Des commandos réactionnaires assassinent un syndicaliste étudiant

Article paru dans Inprecor, n° 138, 6 décembre 1982, p. 29.

 

 

Un jeune étudiant en langues de l’Université d’Alger, âgé de vingt ans, Amzal, vient d’être tué, le 1er novembre dernier, lors des affrontements qui ont eu lieu à la Cité universitaire « Taleb-Abderhamane » de la capitale. Ses obsèques, suivies par 7 000 personnes, ont pris la signification d’un acte politique.

Malgré la vague de répression et les arrestations qui avaient frappé le mouvement étudiant algérien en mai 1981, le régime n’a pas réussi à écraser le mouvement étudiant qui avait manifesté son dynamisme lors des grandes grèves d’avril 1980 dans les universités d’Alger et de Tizi Ouzou (Kabylie). Il est cependant parvenu à l’affaiblir, tout en tolérant ou en favorisant le développement parallèle de courants d’extrême-droite d’inspiration religieuse (Frères musulmans) ou nationalistes arabes (les étudiants militants du FLN, dits « Baathistes »). Ces courants, qui jugent le pouvoir gouvernemental trop « à gauche », se veulent le fer de lance, à l’Université, de la lutte contre les revendications démocratiques des étudiants. A plusieurs reprises ces dernières années, ils se sont illustrés par leurs agressions et leurs actions de terreur, afin d’étouffer le mouvement démocratique et de briser les luttes syndicales étudiantes.

En 1980, Frères musulmans et « Baathistes » s’étaient emparés du comité de la Cité universitaire « Taleb-Abderhamane » (4 000 étudiants). Ils voulaient en finir avec les revendications syndicales contre les conditions déplorables d’hébergement et de restauration. Les assemblées étudiantes furent interdites et la seule musique tolérée se réduisait à la diffusion des versets du Coran par les hauts-parleurs de la mosquée.

A la rentrée de 1982-1983, les résidents s’organisaient dans les pavillons pour réagir en imposant l’élection de délégués représentatifs. Le lundi 1er novembre au soir, les commandos de droite, armés, attaquaient les militants syndicalistes les plus actifs. Le jeune Amzal était tué. On comptait de nombreux blessés, dont certains gravement. Le pouvoir en profitait pour faire boucler la Cité universitaire par la police, arrêter 150 étudiants, faire fouiller les pavillons, interdire l’affichage et les réunions.

Dès le lendemain pourtant, les étudiants des Instituts de langues et de sciences économiques se mettaient en grève et un millier d’étudiants se rassemblait, malgré les intimidations, à la Faculté centrale d’Alger, pour protester contre cette nouvelle agression de groupes d’extrême-droite jouissant de la complaisance du régime. Les Frères musulmans comme les « Baathistes » bénéficient en effet de structures légales – respectivement les mosquées universitaires et les cellules étudiantes du FLN – , alors que toute forme d’organisation indépendante est interdite au mouvement étudiant progressiste. Depuis mai 1981, les collectifs démocratiques sont déclarés hors-la-loi et les universités placées sous le contrôle de la police.

En fait, l’entreprise de mise au pas – officielle et parallèle – contre le mouvement étudiant s’inscrit dans une politique d’ensemble du régime visant à briser le mouvement de masse.

 

INPRECOR

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