Gilbert Simon : La conférence de Bandoeng

Article de Gilbert Simon paru dans Le Libertaire, n° 428, 28 avril 1955.

La conférence de Bandoeng groupant les représentants de vingt-neuf gouvernements asiatiques et africains s’est terminée mardi 25 avril par le vote de quelques résolutions sur la coexistence et l’anticolonialisme.

Cette conférence que certains annonçaient comme devant préparer la formation d’un bloc neutraliste uni s’est en fait achevée par des compromis qui n’apportent rien de réellement nouveau. La condamnation, à l’unanimité, du colonialisme « sous toutes ses formes » a elle-même provoqué des discussions passionnées entre les partisans du capitalisme occidental et Chou En Laï. La résolution anticolonialiste se contente de condamner d’une façon toute platonique un système d’exploitation combattu par la moitié de l’humanité. Cependant, la résolution se contente de « déplorer » le racisme du gouvernement Sud-Africain et « d’encourager » la lutte des peuples coloniaux.

Les « sept principes de la coexistence » marquent la volonté des jeunes bourgeoisies ou des bureaucraties des pays ex-coloniaux de développer leurs économies et de renforcer leurs régimes. La clause de « non-ingérence dans les affaires intérieures » a été payée par une infâme TRAHISON de la part du gouvernement chinois et acceptée par le Vietminh : l’abandon des partisans populaires du Pathet-Lao. Cette condamnation des combattants du Cambodge et du Laos renouvelle la livraison des francs-tireurs de Markos à la répression du gouvernement grec. Une fois de plus, en TRAHISSANT LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE DES PROLETAIRES, un gouvernement dit « socialiste » sert la politique de collaboration avec la bourgeoisie, politique qui assure la survivance du régime stalinien.

Les résolutions de la Conférence de Bandoeng reflètent d’une façon très atténuée la volonté de lutte des masses laborieuses d’Asie et d’Afrique pour leur émancipation. Les motions votées traduisent la peur des dirigeants bourgeois et bureaucratiques qui cherchent à contenir la poussée révolutionnaire des peuples, donc à sauvegarder le système capitaliste.

Même si momentanément l’Inde de Nehru, l’Egypte de Nasser et la Chine de Mao Tsé Toung réalisent un certain « front » neutraliste pour développer leur industrie et renforcer le pouvoir dirigeant, nous pouvons affirmer que chacun de ces pays s’intégrera progressivement au bloc économique correspondant.

La paix universelle ne se réalisera jamais autour des tapis verts des conférences : elle sera imposée à tous les exploiteurs écrasés par la lutte révolutionnaire du prolétariat.

G. SIMON

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