Lettre d’un ancien militant du F.L.N. (Fédération de France)

Lettre parue dans Tribune algérienne, n° 7, juillet 1976, p. 6-8.

Chers frères,

J’ai pris connaissance de la déclaration du Comité de Liaison des Trotskystes algériens pour la Reconstruction de la IVème Internationale, appelant les militants, les groupes, les organisations, les partis, les travailleurs, les paysans, les jeunes, à combattre ensemble contre le régime de l’arbitraire, pour les libertés démocratiques, pour la Constituante Souveraine. Indépendamment du fait qu’il y a dans cette déclaration un certain nombre de points qui me font problème, je me déclare solidaire de ce combat, je le soutiens totalement politiquement et financièrement. Je vous demande de me faire parvenir une vingtaine de déclarations que je diffuserai par mes propres moyens auprès de nos frères immigrés.

De 57 à 62, j’ai combattu. en France – dans la Fédération de France – dans le F.L.N., parce, que je considérais qu’après 130 ans de colonialisme, il était temps pour notre peuple de retrouver sa personnalité, sa dignité, sa liberté. Cela ne pouvait se faire sans le rassemblement de tout le peuple algérien derrière un parti politique solide, structuré, décidé, qui pour moi, à cette époque, ne pouvait être que le F.L.N. Comme des millions de nos frères j’ai donc rejoint ses rangs pour collecter l’argent nécessaire à notre Révolution, pour organiser les militants et les réseaux, bref pour faire les tâches sans lesquelles il était impossible d’affronter le colonialisme, sans lesquelles il ne peut y avoir de victoire de notre Révolution, donc de notre peuple.

Je dois vous avouer qu’à cette époque le contenu politique de ce combat m’importait peu ! Je laissais cela « aux responsables » ! J’ai refusé systématiquement toute « promotion » dans le F.L.N. Je voulais rester à la base, près des travailleurs. Pendant des années j’ai accompli, dans l’ombre, comme des millions de travailleurs, mon devoir d’Algérien et de militant bien que – et je vous fais ici un deuxième aveu – les méthodes que l’on m’imposait pour terroriser les travailleurs algériens m’ont toujours déplu. Je considérais qu’il fallait réserver le terrorisme à l’ennemi ! Vous le savez maintenant, les méthodes utilisées pour « convaincre » les travailleurs à rejoindre les rangs du Front ressemblaient plus à des méthodes de gangster qu’à des méthodes politiques. Combien de travailleurs ont-ils été assassinés dès qu’ils émettaient la moindre critique contre le « Front » et ses méthodes !

Dans ces conditions, nous pouvons dire aujourd’hui que les 2/3 des « militants » du « Front » n’y étaient rentrés que par la force , contre leur gré, et que celui-ci comptait dans ses rangs beaucoup d’aventuriers qui n’y sont venus que pour leurs ambitions personnelles ! Il ne faut pas, bien sûr, mettre tout le monde « dans le même sac », il y avait aussi dans le Front des militants sincères, dévoués totalement à la cause de notre peuple et à la Révolution. En règle générale, on peut dire aujourd’hui que ces valeureux combattants – à l’image des maquisards de l’A.L.N. – sont aujourd’hui dans l’ombre, réduits au silence, ou profondément écœurés… quand ils voient le « résultat » de leur combat ! Sont installés aujourd’hui aux commandes de notre pays, les bureaucrates, les aventuriers et ceux qui attendaient bien au chaud, au Maroc et en Tunisie, que les « choses se passent » pour, à la dernière minute, venir, par la force, s’imposer à notre Révolution, usurper le pouvoir du peuple.

En 62, comme des dizaines de milliers, à l’indépendance, je suis rentré au pays, dans mon pays, que je croyais libre. Je garderai toute ma vie le souvenir des millions et des millions de gens en fête, le jour de l’Indépendance, Je voyais les appartements, les villas, les terres… des colons revenir légitimement à notre peuple !

En même temps d’autres questions sont venues à ma mémoire. Pourquoi BEN KHEDDA lutte-t-il contre BEN BELLA ? Que deviennent les « maquisards » ? Où en est l’U.G.T.A. ? Pourquoi un parti unique maintenant que nous avons notre indépendance ? Pourquoi pas des élections libres ? Pourquoi gardons-nous des relations économiques et politiques avec la France ?… etc…

Ces questions allaient bientôt trouver leurs réponses après que j’aie eu appris l’intervention de « l’armée des frontières » à Boghari, après le déroulement du Congrès de l’U.G.T.A., après les diverses scissions du F.L.N. Il s’agissait de mettre en place un appareil d’Etat contre les masses. Ceci était, au début, une simple hypothèse qui n’allait pas tarder à trouver sa vérification après le Coup d’Etat du 19 Juin 1965, qui allait nous retirer le peu de libertés que nous avions sous le régime BEN-BELLA. Alors, comme des dizaines de milliers (peut-être des centaines), j’ai repris le chemin de l’exil et de l’immigration. Aujourd’hui, les choses sont plus claires. Notre pays n’est pas indépendant. Il entretient toujours des « relations » avec l’impérialisme avec lequel il n’a jamais rompu. La soi-disant « Révolution agraire » est un mensonge pur et simple. Aucune liberté n’existe en Algérie. Cela, des millions d’Algériens le constatent chaque jour dans leur vie quotidienne. Le chômage et la misère s’accroissent. Vous avez raison, notre indépendance est une indépendance formelle !

J’ai pris connaissance par des journaux et des publications françaises (mais aussi par « TRIBUNE ») du combat des travailleurs algériens. J’ai vu comment le régime de la dictature de BOUMEDIENE tente de réprimer ce combat légitime. Aucun Algérien, aucun militant ne peut se cacher les yeux, il s’agit là de toutes les revendications pour lesquelles notre peuple a combattu le colonialisme.

J’ai participé récemment au pays, aux débats sur la Charte Nationale. Je me suis aperçu que les travailleurs sont en train de découvrir le vrai visage de ce régime dictatorial de corruption et d’arbitraire. La conscience du peuple algérien et des travailleurs est en train de s’éveiller.

Il est temps pour moi de rejoindre les rangs des combattants et de la classe ouvrière algérienne. Je reprends à mon compte tous les mots d’ordre de la déclaration du C.L.T.A., même si tout n’est pas clair pour moi.

VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS ET DU PEUPLE ALGERIEN !

VIVE LA REVOLUTION SOCIALISTE !

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