Algérie : sursaut prolétarien (octobre 88)

Article paru dans Communisme, n° 29, octobre 1989, p. 40-47.

Octobre 1988 : Les prolétaires en Algérie ont secoué, une semaine durant, le carcan de leur misère ; pendant trois jours, ils ont brisé la paix sociale, la soumission, ont attaqué l’ordre établi. Contre le monde inhumain que nous impose Ia bourgeoisie aux quatre coins du monde, … la seule réponse de notre classe, c’est celle que les prolétaires ont, malgré toutes les limites de l’époque, remis en avant en Algérie : LA LUTTE.


La survie au quotidien en Algérie

La fraction bourgeoise au gouvernement en Algérie (FLN) chargée de faire régner et de gérer l’austérité, a dû , comme ses consorts du monde entier, accentuer cette austérité pour faire face à l’impitoyable concurrence que se livrent les bourgeois entre eux. Considérée par le FMl comme un élève exemplaire, l’Algérie, ou plutôt ses dirigeants, sûrs d’eux et de leurs méthodes drastiques, se sont même permis de refuser un prêt de 2 milliards de dollars que leur proposait le fond monétaire peu de temps avant les émeutes d’octobre.

Car en effet, depuis plus de 10 ans, le gouvernement impose une austérité exemplaire, où rationnement d’eau, pénurie de marchandises, absence de transports en commun, problème de logement, etc… sont le lot quotidien des prolétaires. Cette situation catastrophique pour le prolétariat a entraîné sur place une spéculation monstrueuse et un marché noir encore plus florissant.

Il s’agit évidemment là d’une nécessité de gestion capitaliste. N’allons pas croire qu’il s’agisse d’un problème de gouvernement, d’un manque de démocratie, ou que la faute en reviendrait à une fraction bourgeoise méchante qui pourrait, si elle était moins rapace, offrir un avenir aux prolétaires. Non, le problème de toute fraction bourgeoise au gouvernement est la gestion du système capitaliste. Le problème est donc de faire face et au prolétariat et à la concurrence internationale. Ainsi, lorsqu’un gouvernement invoque la chute du prix du pétrole, le remboursement de sa dette, etc… , il s’agit de problèmes réels de gestion du Capital mais toujours avec comme conséquence plus de misère, plus de restrictions pour tous les prolétaires du monde.

C’est contre l’accumulation de conditions de survie insupportables, l’austérité drastique imposée depuis des années, en Algérie comme ailleurs, que ces luttes ont explosé.

Et en Algérie plus particulièrement, sur le marché, les marchandises sont de plus en plus frelatées et à des prix incroyablement élevés, la spéculation si forte qu’il devient presque impossible de trouver de quoi manger. Les magasins d’état sont vidés par les spéculateurs et les marchandises stockées, de façon a être vendues au marché noir de trois à quatre fois le prix officiel. Les magouilles, la débrouille, le vol restent la seule manière de trouver de quoi remplir son assiette. Sans piston, sans appui, iI faut payer le prix fort ! Après le travail (pour ceux qui en ont), c’est la recherche désespérée, exaspérante de nourriture, c’est la file, des heures durant, pour quelquefois ne rien trouver. Ce sont les interminables attentes de bus … de plus en plus rares. Ce sont les coupures d’eau quotidiennes, qui obligent les prolétaires à prendre leur bain ou faire leur lessive à 3 heures du matin, ou encore à aller chercher de l’eau loin de la ville (et ceux qui n’ont pas de voiture – la majorité – n’ont plus qu’à se passer d’eau !). Ce sont les coupures de téléphone quasi permanentes. Ce sont les déraillements de train presque quotidiens par manque de personnel ou d’entretien. C’est la spéculation sur les logements, réduisant les prolétaires à vivre à 10 et parfois à 20 dans de minables deux pièces, sans espoir, de changement à court terme, car la reprise d’un appartement coûte de 20 à 30 millions de Dinars alors que le salaire moyen est de 1500 à 2000 Dinars par mois !! 1FF = 1D, au marché noir 1FF = 3D). Cette situation de surpeuplement de l’appartement familial contraint les jeunes à ne pas se marier, à ne pas avoir d’enfants. Quant à ceux qui fuient le surpeuplement, ils doivent se démerder pour trouver où dormir, rechercher de quoi bouffer, abandonner des études qui ne mènent à rien … devenir des « gardiens des murs », des chômeurs. Aucune perspective non plus pour trouver du travail et sur les 200 000 jeunes qui chaque année, en sortant des études, recherchent un emploi, moins de la moitié en trouvent, alors que les 2/3 de la population a moins de 25 ans.

Et c’est enfin la flambée des prix des marchandises de base, avec une augmentation de 30 à 40 % du jour au lendemain, qui pousse à voler, ou alors à se serrer toujours plus la ceinture ! ! ! Et dans le sud du pays, alors que la faim fait mal au ventre, commencent les prolétaires commencent à attaquer systématiquement les camions transportant la semoule, pour se la redistribuer.

Pas de présent, pas d’avenir pour la majorité des prolétaires ! Les conditions de survie impossibles qu’impose la bourgeoisie, la misère et l’ennui, le « no future » ont fait sauter le bouchon !!!


Une seule alternative : la lutte

Si la bourgeoisie mondiale parle de jeunes « désœuvrés en manque de démocratie » nous, nous parlons de prolétaire en lutte s’affrontant à l’Etat, de prolétaires n’ayant d’autre choix que celui de crever de misère, d’ennui ou bien lutter. Les prolétaires en lutte en Algérie montrent qu’il n’y a rien à respecter de ce système de mort : la destruction de ce qui les détruit n’est pas aveugle, leurs attaques sont ciblées et claires : l’Etat capitaliste et ses gestionnaires.

C’est pourquoi ils s’en prennent systématiquement aux mairies, aux commissariats de police, récupérant les armes, détruisant les fichiers de police ou les redistribuant aux prolétaires concernés, aux voitures des représentants du gouvernement (voitures dont la plaque rouge détermine l’appartenance de ses occupants au FLN), aux symboles de l’ordre bourgeois, de l’argent : hôtels d’impôts, banques, palais de justice (avec récupération et destruction des archives et registres de casiers judiciaires). Des compagnies aériennes sont mises à sac, ainsi que les hôtels de luxe, les collèges. Des magasins d’état sont pillés, les marchandises stockées et récupérées, puis redistribuées dans la population : « On rentre, on se sert, on partage !  »

La plupart des actions sont déterminées, ponctuelles et violentes : replis, dispersion rapide et réapparition soudaine des émeutiers … un peu plus loin. Elles sont organisées par petits groupes et lorsque le couvre-feu va être imposé, c’est la nuit que les émeutiers vont agir.

A Alger, Oran, Mostaganem, Tiaret, Annaba, Blida, Bo u fa ri k , Sidi-Bel-Abès, … c’est la traînée de poudre. La révolte part de la rue et non d’une entreprise précise, ce qui ne laisse pas la possibilité au syndicat de prendre sa place habituelle de casseur de luttes. Partout des manifestations spontanées se forment, démarrent des quartiers prolétaires, remontent vers les centres villes, cassent tous les symboles du fric et de l’Etat sur leur passage.

Pendant les trois premiers jours, la bourgeoisie a très peur. Aucun mot d’ordre n’est scandé, aucune banderole déployée : « On ne sait pas ce qu’ils veulent, ils cassent tout et n’expliquent pas pourquoi ». « Tout fout le camp ! » va dire un citoyen algérois ; « En Europe au moins, les gens sont encadrés. Il y a des syndicats, les journaux expriment l’opinion, le mécontentement des gens. S’il y a des manifestations, des grèves, elles sont organisées, il y a un service d’ordre. Ici, rien de tout cela (…) et quand les gens sont descendus dans la rue, personne n’avait d’autorité sur eux. Les voyous en ont profité pour casser (…) ». Et ce citoyen d’exprimer la peur de la bourgeoisie face au chaos, au « débordement », face à ce qu’elle ne peut contrôler et qui veut la détruire, et de réclamer bien sûr plus de contrôle, plus de liberté d’expression, plus de structures encadrantes, plus de démocratie, et ce pour éviter le « pire », pour éviter ce que tout bourgeois redoute et craint, … la remise en question de l’exploitation.


Le gouvernement socialiste massacre les prolétaires en lutte

La réaction de la bourgeoisie va être à la mesure de la peur qu’elle a eue et de l’ampleur de la lutte terreur ouvrière, le gouvernement va répondre par la terreur bourgeoise. Si la bourgeoisie a été surprise et effrayée par la lutte des prolétaires, ce n’est pas tant qu’elle ne s’y attendait pas, mais surtout qu’elle ne s’attendait pas à une telle violence prolétarienne. Depuis des mois la révolte couvait, des grèves surgissaient un peu partout dans les entreprises (à Rouiba-Reghaïa, El-Harrach Bouira, Annaba, … , dans des usines de camions, dans les postes, … mais elles restaient encore encadrées par les syndicats. Le gouvernement a bien senti qu’ il lui fallait réagir avant que l’explosion ne devienne tout à fait incontrôlable. Ainsi, Chadli et sa clique ont préparé un plan de réformes (économiques et politiques) tandis que des perquisitions, arrestations et saisies de documents préventives avaient lieu avant même que le premier pavé n’éclate la première vitrine. Mais cela ne va pas suffire a empêcher le déferlement prolétarien dans les rues.

Aucune promesse de changement n’aurait suffi à arrêter la haine des prolétaires, haine de ce système de misère n’engendrant que l’ennui et le « no future » : « en luttant, on a retrouvé notre dignité », « si on doit mourir, on mourra, tous ensemble comme des frères, on n’a rien à perdre ». Aucun appel au réalisme n’aurait pu arrêter une tel le détermination.

Seule la répression féroce (force principale de dissuasion: sans elle, le bla-bla-bla n’arrête rien) va réussir à désamorcer la révolte. Et l’électro-choc les tirs à la mitrailleuse lourde, les balles explosives, les chars, les arrestations massives (jusqu’à aller chercher les blessés dans les hôpitaux), vont être les armes efficaces de la bourgeoisie. Le simple fait de porter des baskets est suspect aux yeux de la police qui procède alors à des arrestations. Les prisonniers sont entassés dans les stades ou les arènes avant d’être dirigés dans des casernes, des camps militaires, des endroits secrets où sont menés les interrogatoires (tortures, chantages, …). Les enlèvements et disparitions d’émeutiers, les pressions sur les familles, les jugements expéditifs et clandestins, tout ceci mieux que n’importe quel discours va permettre le rétablissement d’un certain calme. Et ce ne sont pas des bavures ! C’est en effet le mode de gestion normal du Capital qui, coûte que coûte, doit rétablir la paix sociale lorsqu’elle est en danger. Et ce, indépendamment de la fraction bourgeoise qui porte le chapeau : ici Chadli et son armée, là Jaruzelski et Walesa, là encore Alfonsin et Menem. On a bien essayé de nous faire croire que Chadli n’avait rien à voir avec les massacres et qu’une fraction rivale de l’armée se serait autonomisée. Mais les prolétaires en Algérie ont bien vu, senti, compris, à travers leur lutte et face à la répression, que la bourgeoisie « socialiste » utilise les mêmes méthodes que celles utilisées par toute la bourgeoisie, et notamment, la bourgeoisie française, il y a 30 ans. Certains prolétaires vont être torturés à quelques mètres de l’endroit où le fut, à l’époque, leur père.

En Kabylie, la région est encerclée préventivement par l’armée et les chars. Partout dans I es villes et les campagnes, des militants du FLN sillonnent et, à l’aide de mégaphones, appellent au calme et au soutien du gouvernement. Avec des slogans tels que : « Pendant le printemps berbère (avril 80), les autres régions ne vous ont pas soutenues, maintenant faites-en autant », ils prônent et organisent la division de notre classe.

Le FLN va organiser ou plutôt tenter d’organiser des manifestations de soutien à Chadli et son gouvernement, mais elles se solderont par des bides complets. Non seulement aucun prolétaire n’accepte de s’y associer, mais de plus, ces manifestations ne regrouperont que quelques militants du parti, que les prolétaires chasseront à coups de pierres.

Pourtant la lutte des prolétaires a contraint la bourgeoisie à faire des concessions ; les villes insurgées sont réapprovisionnées. Tout ce qui faisait défaut dans les magasins d’état réapparaît comme par miracle et au prix « officiel ». Des camions font la navette entre le Maroc et l’Algérie. L’eau revient comme par enchantement, etc … Mais il n’y a aucun miracle dans ces réapparitions, ce sont bien entendu des réappropriations prolétariennes, qui rappellent aux prolétaires du monde entier cette évidence contre les promesses des bourgeois, seule la lutte paye ! Nous savons aussi que l’arme est à double tranchant puisque ces réapprovisionnements sont le plus souvent provisoires, et surtout que la bourgeoisie s’en sert pour tenter de calmer les émeutiers et court-circuiter l’extension de la lutte aux mécontents indécis, non encore mobilisés par la rue. Mais cela peut aussi servir d’exemple aux autres prolétaires et déclencher des luttes ailleurs. C’est ce qui se passe actuellement avec une série de grèves qui viennent d’éclater.

Après la répression monstrueuse, Chadli tient un discours (attendu par toutes les fractions bourgeoises du monde). Et comme il fallait s’y attendre avec un tel rat de sa classe, ce discours est très clair : « Je ne laisserai pas le pays livré à l’anarchie » ( … ) « Nous regrettons les pertes humaines et matérielles. Il était de mon devoir en tant que responsable de Ia nation de prendre (…) les mesures nécessaires pour protéger cet Etat et cette Nation, quelles que soient les circonstances et les difficultés ». En sous-entendu, ceux qui sont morts l’ont bien cherché !

Comme Chadli n’est pas tout à fait un âne (bien que les émeutiers aient peint les crinières des ânes en blanc pour symboliser les cheveux blancs de Chadli), il va savoir allier la fermeté à « l’auto-critique » : « nous devons reconnaître nos erreurs », il promet ainsi moultes changements, un futur train de mesures économiques, des sanctions à l’encontre « des responsables des déficiences du système qui n’ont pas assumé leurs tâches comme il le fallait » – entendez, trouver les boucs émissaires ! -, … et un prochain référendum. En échange de la mort, de l’emprisonnement, de la torture de milliers de prolétaires, la bourgeoisie offre aux autres prolétaires des réformes lui permettant de continuer à les exploiter.

Maintenant que la tempête sociale qui bouleversa le pays durant quelques jours semble calmée, la bourgeoisie met donc en place quelques réformes. Des têtes bourgeoises tombent et sont remplacées par d’autres ayant une image moins « kaki » et encore un peu crédibles (vieux schéma connu). Mais les prolétaires sont moins bêtes que ce que la bourgeoisie voudrait le croire, et les promesses ne rachèteront jamais les morts dans la mémoire du prolétariat insurgé. Les armes volées n’ont pas été récupérées, le soutien au gouvernement et les illusions quant aux changements prévus restent très relatifs : « De toute façon, s’ils ne changent rien, cela repartira comme avant ! (…) Il y aura des bagarres et cette fois, les parents sortiront, même si les militaires tirent. (…) Ils nous embobinent, si cela se calme, c’est provisoire ».

Quant à la participation dite majoritaire suite au référendum, la victoire bourgeoise est toute relative, car une personne qui ne se présente pas au bureau de vote n’a plus droit à sa carte d’électeur ce qui signifie en clair qu’il n’a plus droit non plus à recevoir les papiers officiels dont il peut avoir besoin (passeports, livret de mariage, certificat de naissance, … ) et pleins d’emmerdements à la clef lui sont d’ailleurs garantis.

Les fractions bourgeoises des pays avoisinants (Maroc, Tunisie, …), effrayées par la radicalité du mouvement et la possibilité qu’il puisse faire tâche d’huile, vont faire connaître leur soutien inconditionnel à Chadli et sa clique. Très régulièrement éclatent des émeutes au Maroc, en Tunisie, en Egypte, et les prolétaires d’Algérie ont réveillé la trouille viscérale que les bourgeois ressentent au souvenir de ces explosions.

D’autres fractions bourgeoises du monde vont invoquer « le manque de démocratie en Algérie », « le non respect des droits de l’homme », « le droit légitime des jeunes au travail », d’autres encore parleront du danger du grand méchant loup intégriste. Or, à aucun moment les prolétaires n’ont été mobilisés par le drapeau intégriste : « Ils tentent de récupérer le coup, mais mercredi, jeudi, vendredi, on ne les a pas vus… Ils courent derrière le mouvement et n’ont rien à voir avec nous. Nous, on ne veut pas passer notre temps dans les mosquées, on veut vivre librement, c’est tout … « .

Bien sûr, les Mitterrand et compagnie vont « regretter » publiquement les morts en Algérie et verser quelques larmes de crocodile, mais tous vont être d’accord pour parler de grandes victoires de la démocratie puisqu’aujourd’hui en Algérie, on parle de pluripartisme, de civils au gouvernement, … et que la mort de milliers de prolétaires n’a pas été inutile « car les Algériens ont dorénavant plus de droits constitutionnels ».

Le battage médiatique dans les autres pays, concernant les « bienfaits de la démocratie », s’adresse avant tout aux prolétaires afin qu’ils restent calmes et silencieux et ne prennent exemple de la lutte de leurs frères de classe. Ces campagnes veulent prouver que s’il y a des révoltes, c’est parce qu’il n’y a pas assez de démocratie, qu’ici, on est mieux que là-bas. Ils nous susurrent à l’oreille qu’il n’est pas nécessaire de nous révolter, que nous avons tout pour être heureux : du travail, le droit de vote, … bref, des droits ! Jamais au grand jamais , aucun droit, quel qu’il soit, ne garantira rien au prolétariat qui lutte pour ses intérêts. Au Brésil, en octobre 1988, en même temps qu’était proclamé le droit de grève qui , officiellement, n’existait plus depuis des années), la bourgeoisie tirait sur les ouvriers sidérurgistes en grève à Volta-Redonda, faisant 5 morts au moins, et ce, au nom de la « lutte contre les provocateurs », parce que « ce n’était pas une grève, mais une rébellion, voire une guérilla urbaine », et entre deux séances de négociation avec les ouvriers, le président Sarney participait à une cérémonie « en hommage aux travailleurs brésiliens » !!!

La bourgeoisie a réussi à désamorcer le mouvement d’Octobre en Algérie mais l’exemple est maintenant clairement donné aux autres prolétaires. Et depuis, les grèves, les émeutes ne cessent de se répéter. En mars, avril, mai 1989, à Alger, Oran , Constantine, Tizi-Ouzou, des grèves surgissent (chez les éboueurs, dans les stations de distribution d’essence, chez les commerçants, … ). En mai, à Souk-Ahras, des émeutes ont éclaté contre les magouilles sur les redistributions de logements et, comme en octobre, tous Ies symboles de l’Etat, du FLN en ont fait les frais.

En octobre, la bourgeoisie mettait en avant la nécessité d’ « ouverture politique » pour essayer d’enrayer le mouvement ; en mars 89, elle mettra en avant cette même « ouverture démocratique » pour organiser la répression, en disant que « certaines personnes exploitent les difficultés du monde du travail (… et que) d’autres veulent sans doute affaiblir l’Etat pour démontrer que l’expérience démocratique actuelle ne convient pas …  » dixit Merbah (le nouveau chef du gouvernement). Mais de la répression, on en entendra pratiquement pas parler. Il faut savoir que les affaires ont repris de plus belle (cfr. les affaires à propos du gaz algérien avec la France, la Belgique… et cfr. aussi les promesses d’aides financières de Mitterrand).

Dans les luttes des prolétaires en Algérie, certains n’y verront qu’une révolte minoritaire de jeunes excités, qu’une révolte désordonnée sans parti, qu’une révolte contre la misère ne cherchant à améliorer une vie immédiate en suspens, si dans chaque prolétariat directement à comme lutte du s’opposant l’Etat capitaliste, n’était pas contenu l’hydre de la révolution communiste. Contre tous ceux qui s’imaginent que chaque lutte doit passer par un schéma précis, ouvriériste (luttes partant nécessairement d’une usine, grèves votées à la majorité en assemblée démocratique, manifestations syndicales, ordonnées, démocrates (cf en Pologne), contre tout cela nous affirmons que les luttes des prolétaires en Algérie ont une fois de plus (comme au Maroc, en Tunisie, en Birmanie, au Pérou, … ) écrit une page d’histoire supplémentaire à l’expérience du prolétariat dans sa lutte pour l’abolition de son esclavage. Et cela, jusqu’au jour où les prolétaires en lutte feront le saut qualitatif de dépasser les frontières jusqu’à ce qu’ils s’arment et s’organisent toujours plus clairement contre nos ennemis de toujours. Jusqu’à la révolution communiste mondiale.

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