Mustapha Ben Mohamed : Pour une nouvelle internationale

Entretien avec Mustapha Ben Mohamed réalisé par Linda Ababsa et paru dans Parcours maghrébins, n° 23, décembre 1988, p. 24-25.

Garantir les libertés et répondre aux revendications du peuple.

Organisation socialiste des travailleurs

Pour une nouvelle internationale

Entretien réalisé avec Mustapha Ben Mohamed enseignant en retraite (1), de l’Organisation socialiste des travailleurs, section de la IVe Internationale (centre international de construction).


Parcours Maghrébins : Comment pensez-vous exprimer votre sensibilité ?

Organisation Socialiste des Travailleurs : Nous sommes pour nous exprimer et nous organiser publiquement, mais nous savons que la seule façon pour le peuple de s’exprimer librement consiste en l’abolition du système en place et à l’établissement de toutes les libertés démocratiques y compris en partis politiques indépendants. Pour nous, lutter pour notre liberté d’expression équivaut à lutter pour la liberté d’expression et d’organisation de l’ensemble du peuple, de toutes les forces sociales et politiques. A ce jour, les libertés démocratiques n’existent toujours pas. C’est pourquoi le combat et la lutte actuels doivent se concentrer sur les libertés démocratiques d’expression et d’organisation.

P. M. : Quel est votre programme politique ?

O. S. T. : Premièrement, il faut dire que la situation de notre pays est extrêmement grave – et ce n’est un secret pour personne – il y a de graves problèmes économiques, sociaux, culturels et politiques. Le pouvoir en place a empêché le peuple de décider sur cette question. Le pouvoir en place a toujours affirmé qu’il maîtrisait la situation et que tout allait bien. Ceux qui disaient le contraire étaient emprisonnés ou bannis. Aujourd’hui, le chef de l’Etat lui-même, les hauts membres du pouvoir, la presse du pouvoir dressent leur constat le plus désastreux de la situation. Notre programme politique part de cette situation politique. Nous disons, c’est au peuple de décider, la parole au peuple, au peuple de décider librement et souverainement. Ceci veut dire l’abolition du système en place, l’établissement des libertés démocratiques, l’élection libre d’une assemblée constituante souveraine qui désignera un gouvernement responsable devant elle, chargée de garantir les libertés démocratiques et de répondre aux revendications du peuple. Les libertés démocratiques signifient la libération sans condition de tous les détenus politiques et des personnes arrêtées ces derniers jours, la liberté d’expression, d’organisation, de presse, de réunion, de manifestations, libertés d’associations et d’organisation en partis politiques, de syndicats indépendants, droit de grève, droit de s’exprimer, d’étudier et de diffuser la langue berbère. Séparation de la religion et de l’Etat, égalité en droit entre les hommes et les femmes. Une des origines du soulèvement populaire tenait à la situation catastrophique des travailleurs et des masses populaires de façon plus large ; c’est-à-dire : détérioration des conditions de vie, dégradation du pouvoir d’achat, pénuries, liquidation de l’enseignement et de la santé, faillite agricole, chômage généralisé en particulier pour la jeunesse qui ne voit plus d’avenir. Le mécontentement populaire est exacerbé par l’enrichissement scandaleux de la bourgeoisie algérienne le plus souvent liée à des membres de l’appareil de l’Etat et jouissant de la bénédiction de ce dernier. La démocratie pour nous signifie également la satisfaction des revendications immédiates des travailleurs : hausse immédiate des salaires garantie par l’échelle mobile des salaires, retour aux 40 heures par semaine, garantie et protection des conquêtes ouvrières (sécurité sociale, retraite, mutuelle, allocations familiales) qui doivent être gérées par les travailleurs eux-mêmes. La terre aux paysans pauvres, la terre à ceux qui la travaillent, organisation indépendante des paysans pour décider librement. Un autre problème grave se pose à notre pays, c’est celui de la dette extérieure. Il faut dire à ce sujet que le peuple n’a jamais été consulté, la dette n’est pas celle du peuple. Aujourd’hui, l’impérialisme à travers ses agences (FMI, banque mondiale, CEE, etc…), exerce d’énormes pressions pour faire appliquer les mesures qui consistent en l’austérité pour les masses travailleuses et la jeunesse, l’ouverture à la bourgeoisie mondiale et internationale ; ces mesures déjà expérimentées dans d’autres pays ont eu pour résultat des conséquences dramatiques connues.

La lutte révolutionnaire du peuple algérien, le sacrifice des chouhada et des militants, avaient pour objectifs de chasser l’impérialisme, de recouvrir la liberté, la dignité et la souveraineté. Or, les plans de l’impérialisme et de ses agences sont directement dirigés contre ces conquêtes. Il faut dire clairement que ceux qui acceptent ou accepteront les mesures dictées par l’impérialisme ne peuvent être qualifiés autrement que d’ennemis du peuple et de la révolution algérienne. Il n’y a pas d’autres issues réelles à ce problème que la mobilisation populaire pour faire face et résister à l’impérialisme ; le refus de payer la dette extérieure, l’unité mondiale des travailleurs et des peuples contre l’impérialisme, le FMI, la banque mondiale et le CEE. Ceci nous ramène obligatoirement à la démocratie. La lutte contre l’impérialisme exige la mobilisation de l’ensemble des travailleurs, c’est-à-dire la démocratie pour l’ensemble du peuple algérien. L’O.S.T. lutte pour le socialisme, c’est-à-dire la destruction du système impérialiste des états bourgeois et des bureaucraties parasitaires telles que celle de l’URSS, de la Chine et d’autres, pour le pouvoir des travailleurs.

Ceci nécessite l’organisation indépendante du prolétariat et des travailleurs, à travers les syndicats et leur propre parti, la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire. Ce combat est inséparable de celui pour la démocratie pour les droits et libertés, pour la justice, pour la souveraineté nationale. Il est inséparable de la lutte pour l’unité des travailleurs à l’échelle mondiale, pour la construction d’une nouvelle internationale.

Entretien réalisé par Linda Ababsa


(1) Membre du Comité Central OST

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