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Mourad Saber, l’agent SM 15

Article paru dans El Jarida, organe du Parti de la révolution socialiste, date en cours de vérification.

Sauvage et baveux comme une hyène, le gangster Gobbe se jette sur Farida. La jeune femme se défend, mais son rival est trop fort. En mission secrète à Rome, au service d’El Fath, elle est tombée dans un piège des agents israéliens aidés par la C.I.A. et la Mafia. Soudain, des coups de feu claquent. Sionistes et mafiosi s’écroulent. Un athlète au regard ténébreux apparaît et libère la belle. Mourad Saber, l’agent SM 15, a une fois de plus mis l’ennemi en échec.

C’est le héros le plus flamboyant des bandes dessinées du tiers-monde. Le quotidien « El Moudjahid » lui a déjà consacré quinze feuilletons. Et le récit de ses exploits est un succès de librairie.

Comme James Bond, SM 15 (qui a 30 ans, mesure 1 m 83 et pèse 87 kg 5) a les muscles de Superman, nage comme Tarzan, vise aussi bien que Robin des Bois, il est un as du karaté et il est un génie de la technologie : il pilote tous les avions, déchiffre tous les codes et parle sept langues. Mais, contrairement à 007, Mourad Saber fait ses prières cinq fois par jour. Il maîtrise les connaissances occidentales sans perdre son identité. Il croit en Dieu et ses mœurs sont puritaines : le lit et les jeux d’amour n’ont pas place dans sa vie.

« Depuis que le monde est monde, dit-il, toutes les idioties que peut faire un homme sont presque toujours inspirées par une femme. » Il n’hésite pas à rappeler à l’ordre une militante, émancipée, d’El Fath, lorsqu’elle veut l’embrasser : Il ne s’agit pas de « confondre libération et libertinage ». Mourad reste fidèle aux traditions : le rôle de la femme est au foyer, ou elle « répand la joie et s’occupe des enfants ».

Mais, en politique, il est progressiste. Pendant la guerre d’Algérie, il a lutté contre les Français. Aujourd’hui, il intervient partout où sévit l’exploitation impérialiste et sioniste. En Amérique latine, il empêche une sale affaire de trafic d’armes. En Afrique du Sud, il fait sauter une base militaire. Dans la bande de Gaza, il abat un hélicoptère de l’armée israélienne.

Comme les dirigeants algériens, Mourad Saber croit que les peuples du tiers-monde doivent s’aider eux-mêmes s’ils veulent sortir de leur misère. Le seule Européen qui l’appuie dans une mission est Hassan Petrovitch, le chef des services yougoslaves en Italie. Et il est musulman.

Les éditeurs de Mourad Saber ne peuvent, eux non plus, renoncer entièrement à l’aide européenne. L’auteur des bandes dessinées signe Youssef Khader. Mais c’est un pseudonyme, car il est français.


Cet article a été publié dans plusieurs journaux européens dont « L’Express » et « Der Spiegel ». La revue « Maghreb » n° 52 de juillet-août 1972 consacre elle aussi un article aux romans d’espionnage algériens dans lequel l’auteur s’attache surtout à démontrer le caractère raciste et antisémite de ces quatre romans publiés par la S.N.E.D. : « Délivrez la Fedaya » ; « La vengeance passe par Gaza » ; « Halte aux plan terreur » ; « Pas de phamtoms pour Tel-Aviv », sous la plume de Youssef KHADER.

Pour ce qui nous concerne, nous relevons surtout dans ces romans un contenu idéologique visant à faire l’apologie de la sécurité militaire dont Mourad SABER (S.M. 15) est un lieutenant. Il s’agit, avant tout, de justifier les positions démagogiques du pouvoir algérien dans le conflit israélo-arabe et de faire croire à une participation des Algériens dans la lutte contre le sionisme.

De cette façon, on tente à démontrer la supériorité des militaires algériens sur les autres peuples arabes. Ce qui est d’ailleurs relevé ici par une lectrice d’El Moudjahid qui écrit : « Oh paradoxe ! Dans tout ce délire raciste, nous avons même pu relever une trace de racisme anti-arabe. L’auteur ne parle-t-il pas de l’apathie congénitale de nombre de nos frères ! » Signalons, en outre, que ces romains ont une singulière tendance à sous-estimer l’adversaire et à se consoler de victoires imaginaires. De cette façon, on pourra satisfaire à bon compte le désire légitime des jeunes arabes de libérer les territoires occupés par Israël.

Enfin, bien que notre héros fasse preuve, à longueur de pages, d’un nationalisme exacerbé, cela ne l’empêche pas d’être un produit d’importation de la pire espèce et une caricature « islamisée » de ses homologues occidentaux O.S.S. 117 et autres James Bond 007, et pour cause !

A la lectrice d’El Moudjahid qui s’étonnait de le découvrir « inconnu au bataillon de l’Union des Ecrivains Algériens » Youssef KHADER répond « Je vous signale par contre que je suis membre de la Société des Gens de Lettres de France. Et oui, je suis Français. Youssef KHADER n’est qu’un pseudonyme adopté pour la circonstance, destiné à assurer ma sécurité. » (El Moudjahid du 8 août 1970).

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