Robert Desnos : Description d’une révolte prochaine

Texte de Robert Desnos paru dans La Révolution surréaliste, n° 3, 15 avril 1925, p. 25-27.

Robert Desnos (1900-1945), French poet. France, on 1927. MART-2600 (Photo by Martinie/Roger Viollet via Getty Images)

Issus de l’Est ténébreux, les civilisés continuent la même marche vers l’Ouest qu’Attila, Tamerlan et tant d’autres inconnus. Qui dit civilisés dit anciens barbares, c’est-à-dire bâtards des aventuriers de la nuit, c’est-à-dire ceux que l’ennemi (Romains, Grecs) corrompit. Expulsées des rives du Pacifique et des pentes de l’Himalaya, ces « grandes compagnies », infidèles à leur mission, se trouvent maintenant face à ceux qui les chassèrent aux jours pas très lointains des Invasions.

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André Breton : La dernière grève

Texte d’André Breton paru dans La Révolution surréaliste, n° 2, 15 janvier 1925.

Portrait of French writer Andre Breton. (Photo by Ann Rosener/Pix Inc./The LIFE Images Collection via Getty Images/Getty Images)

C’est sans doute au sujet du travail que se manifestent les plus sots préjugés dont soit imbue la conscience moderne, au sens collectif du mot. Ainsi les ouvriers, excédés à bon droit du sort inférieur qui leur est fait, se fondent généralement pour affirmer leur droit de vivre sur le principe même de leur esclavage. Au nom du sacrifice individuel qu ils consentent, qu’ils luttent de ci de là pour obtenir une légère atténuation de leur peine, selon moi c’est trop peu, en vérité. A leurs grands maux, bien sûr ils n appliquent pas assez les grands remèdes des révolutions. Mais la convention sociale dont ils sont de naissance les prisonniers les plus surveillés leur a fait une âme de misère. Ils se recommandent trop volontiers de leur capacité de travail, par un de ces détours élémentaires qui, dans sa réflexion sur lui-même, conduit l’homme à s’exagérer la valeur de ce qu’on méconnaît en lui. Si paradoxal que cela puisse paraître, ils cultivent de façon quasi-religieuse l’idée du travail. C’est à croire que par là, comme tous les autres, ils éprouvent le besoin de donner la mesure de leur désintéressement. Il n’est pas jusqu’à la dureté du travail qui ne confère à ceux qu’il courbe le plus le maximum d’autorité. Dans les confédérations les voix qui l’emportent ne sont-elles pas aujourd’hui celles du Bâtiment, de la Terrasse, des Métaux ? Toutes proclament le caractère sacré du travail et tendent à l’exalter d’autant plus que ce travail est plus matériel.

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André Priore : En Algérie (mars 1965 – automne 1965). Lutte des classes et syndicalisme

Article d’André Priore paru dans La Révolution prolétarienne, n° 208, octobre 1965, p. 16-18.

Press Conference of President Houari Boumediene after the presentation of new Algerian government on August 8, 1965 in Algiers, Algeria. (Photo by Gamma-Keystone via Getty Images)

Depuis la déposition de Ben Bella par la fraction bureaucratique hétérogène que conduit Boumedienne, les luttes ouvrières en Algérie – qui s’expriment avant tout dans l’action syndicale – n’ont fondamentalement pas changé de nature. Les congrès syndicaux qui se sont tenus depuis le 19 juin ne sont pas qualitativement différents des congrès antérieurs, du moins de ceux qui ont suivi le « congrès-pilote » des cheminots algériens (juin 1964). Pendant un an, jusqu’en juin 1965, la lutte des classes a connu ses développements les plus conscients lors des congrès syndicaux, au niveau des A.G. d’usines et de fermes, des U.L., des U.R. mais surtout à celui des fédérations corporatives ainsi que de la Centrale elle-même (fin mars 1965). En l’absence d’un parti d’avant-garde du prolétariat des villes et des campagnes (ce dernier étant numériquement le plus important), c’est le mouvement syndical qui joue, dans l’Algérie révolutionnaire d’aujourd’hui, l’Algérie des ouvriers et des paysans pauvres, le rôle de canalisateur de la pression des masses.

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Raymond Guilloré : L’Algérie et le socialisme. Une conférence à Paris de Mohammed Boudiaf

Article de Raymond Guilloré paru dans La Révolution prolétarienne, n° 190, février 1964, p. 20.

The members of the Provisional Government of Republic of Algeria at the château d’Aunoy: Hocine Ait Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf and Rabah Bitat on January 2, 1962 in France. (Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le 27 janvier Mohammed Boudiaf a parlé à Paris devant un auditoire composé en majorité d’étudiants français. La réunion était organisée par le C.I.D.R.A. (Comité International de Défense des Révolutionnaires Algériens). Car dans cette Algérie en pleine révolution, les révolutionnaires ont déjà besoin d’être défendus. Boudiaf en est une des figures les plus représentatives. Ancien compagnon de captivité de Ben Bella, il n’est plus d’accord avec son frère de combat et de geôle. Animateur du Parti de la Révolution Socialiste, il l’attaque, pourrait-on dire, sur la gauche. Ben Bella l’a fait emprisonner, puis expulser de son pays.

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Abu Chenaf : L’Algérie est-elle libre ?

Article d’Abu Chenaf paru dans La Révolution prolétarienne, n° 200, janvier 1965, p. 20-23.

Premier Nikita Khrushchev/ President Gamel Abdel Nasser of the UAR and President Ben Bella of Algeria at Karnak Temples.

Le Monde, qui fait souvent assaut de complaisance à l’égard du régime de B.B., avec l’Humanité et aussi avec certains milieux catholiques algériens (je ne dis pas avec La Croix qui est au contraire un des rares journaux à donner de temps en temps quelques informations intéressantes sur l’opposition benbelliste) a tout de même signalé dans son numéro du 29-30 novembre 1964 que d’après Révolution et Travail, la situation sociale serait mauvaise dans le Sud algérien. Il ne m’a pas été possible de me procurer le numéro de l’organe de l’U.G.T.A. où a paru cette nouvelle (qui est d’ailleurs valable pour toutes les régions de l’Algérie).

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Samira Fellah : Les ennemies du FIS

Article de Samira Fellah paru dans Inprecor, n° 344, du 17 au 30 janvier 1992, p. 5-6

Algerians protest against the political party Front Islamique du Salut (FIS), or Islamic Salvation Front. (Photo by Pascal Parrot/Sygma/Sygma via Getty Images)

Les médias occidentaux ont récemment découvert le mouvement des femmes en Algérie, et surtout sa lutte contre les intégristes. Cependant, ce mouvement ne date pas d’hier, comme le rappelle ce témoignage d’une militante du Parti socialiste des travailleurs (PST) et du mouvement des femmes algérien (voir lnprecor n° 325 du 1er mars 1991).


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Algérie. Le prix d’un échec : interview de Mohammed Harbi

Interview de Mohammed Harbi réalisée par Salah Jaber et Sophie Massouri pour Inprecor, n° 333, du 21 juin au 4 juillet 1991, p. 6-8.

Sid Ahmed Ghozali and Mouloud Hamrouche. (Photo by SIDALI-DJENIDI/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le nouveau Premier ministre algérien, Sid Ahmed Ghozali, a annoncé, le 18 juin 1991, la composition de son gouvernement, composé essentiellement de technocrates et sans la participation significative d’aucune autre formation politique en dehors du Front de libération nationale (FLN).

Mohammed Harbi est historien* de la révolution algérienne, à laquelle il a participé activement. Militant du FLN avant l’Indépendance, Mohammed Harbi a occupé des fonctions gouvernementales sous la présidence d’Ahmed Ben Bella (dans le cabinet civil du ministère des Forces armées en 1959-60 ; comme ambassadeur en Guinée en 1961 ; en tant qu’expert aux premières négociations d’Evian en 1961 ; comme secrétaire général du ministère des Affaires étrangères en 1961-62 ; puis, comme conseiller à la présidence de la République entre 1963 et 1965 ). En 1965, il s’est opposé au coup d’Etat d’Houari Boumédiene et a été emprisonné pendant cinq ans, puis en résidence surveillée et exilé. lnprecor l’a rencontré pour recueillir son point de vue sur les origines de la crise actuelle qui secoue l’Algérie.

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Chawki Salhi : Algérie. Entre la mosquée et la caserne

Article de Chawki Salhi paru dans Inprecor, n° 334, du 5 au 18 juillet 1991, p. 3-5.

Abdelkader Hachani, Ali Belhadj et Ali Djeddi lors d’une manifestation du Front islamique du salut le 13 janvier 1991 à Alger en Algérie. (Photo by SIDALI DJENIDI/Gamma-Rapho via Getty Images)

Au lendemain de l’arrestation d’Ali Belhadj, tribun vénéré des jeunes révoltés des quartiers les plus populaires d’Alger, et d’Abassi Madani, porte-parole et président du Front islamique du salut (FIS), le 30 juin 1991, les intégristes étaient prostrés. Ces personnages quasi mythiques, qui menaçaient de « guerre sainte » et traitaient d’égal à égal avec le régime, pouvaient donc être arrêtés par de simples mortels en uniforme de gendarme sans que le ciel ne tombe sur la tête de Chadli. Épuisés par leurs assauts dispersés et minoritaires à travers les quartiers d’Alger, ébranlés par la mise en cause publique d’Abassi, « danger pour l’islam et le pays », lors d’une interview télévisée de membres du Majliss al Choura (1), isolés dans l’opinion publique qui aspire au retour au calme ne voyant aucune issue à la crise, les intégristes sont incapables de riposter et leurs appels à la « guerre sainte » ne sont suivis à Annaba, Mostaganem, M’sila et dans le quartier de Bachdjarah à Alger que de manifestations peu nombreuses et sans efficacité militaire aucune. Les secteurs les mieux préparés ont été démantelés par des perquisitions et des arrestations, comme lors des affrontements du 29 juin au soir à Bel court, quartier d’Alger baptisé « Kaboul » par les islamistes, fief des radicaux du groupe Takfir Oual Hidjra.

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Albert Camus chez les travailleurs du Livre

Article paru dans La Révolution prolétarienne, n° 123, janvier 1958, p. 23-24.

Nobel Prize winning French author and philosopher Albert Camus (1913 – 1960) (left) directs actors during a rehearsal of his play ‘Caligula.’ Paris, France, 1957. (Photo by Loomis Dean/The LIFE Picture Collection via Getty Images/Getty Images)

Samedi 21 décembre, à la Bourse du Travail (avenue Turbigo), invité par le Cercle d’Études syndicales des Correcteurs, Albert Camus a parlé des rapports de l’écrivain et des travailleurs de l’imprimerie, devant deux cents compagnons, parmi lesquels de nombreux correcteurs bien sûr, mais aussi des linotypistes, des typographes, des mécaniciens, des rotativistes, des clicheurs et des photograveurs.

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Chawki Salhi : Algérie. Qu’est-ce que l’intégrisme ?

Article de Chawki Salhi paru dans Inprecor, n° 345, du 31 janvier au 13 février 1992, p. 9-10.

Meeting of the I.S.F. (Islamic Salvation Front). (Photo by Antoine GYORI/Sygma via Getty Images)

Né d’abord dans la petite bourgeoisie, parmi des intellectuels issus de milieux populaires et des petits commerçants, soutenu par des secteurs traditionalistes de la moyenne bourgeoisie, l’intégrisme s’est développé comme phénomène de masse en Algérie, lorsqu’il est devenu un refuge pour nombre de marginalisés et de déshérités des zones urbaines qui, en l’absence d’un parti ouvrier de masse, croyaient rejoindre le parti de la contestation sociale, le plus radical contre le régime de l’oppression.

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Algérie : Les femmes face aux intégristes

Entretien avec Samira Fellah par Djamila Ben Saïd paru dans Inprecor, n° 305, du 23 mars au 5 avril 1990, p. 20-22.

Banner holding feminists calling for democracy & repeal of family law protesting during Women’s Day march. (Photo by Thomas Hartwell/The LIFE Images Collection via Getty Images/Getty Images)

Le 8 mars dernier, 30 000 femmes ont manifesté dans les principales villes d’Algérie, à l’appel de nombreuses associations de femmes. Les femmes algériennes exigent l’abolition du Code de la famille, le droit des femmes à l’instruction et au travail, la citoyenneté à part entière. Elles entendent aussi riposter aux attaques des intégristes dont elles sont la principale cible. lnprecor a rencontré Samira Fellah, membre du Parti socialiste des travailleurs (PST) algérien et de l’Association pour l’émancipation des femmes, pour parler de la situation des femmes en Algérie et des perspectives pour le mouvement des femmes algériennes.


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Algérie : crise sociale et « ouverture »

Entretien de Chawki Salhi avec Erdal Tan paru dans Inprecor, n° 305, du 23 mars au 5 avril 1990, p. 17-20.

Police keep an eye on Muslims at Friday prayers, a week after the military government overturned the results of an election which would have given power to the Islamic Salvation Front. (Photo by Antoine GYORI/Sygma via Getty Images)

Des élections municipales auront lieu en juin prochain en Algérie ; l’équipe du président Chadli Bendjedid entend ainsi enrayer le mécontentement social sans mettre en danger son pouvoir, ni les réformes libérales en cours. Le Parti socialiste des travailleurs (PST), récemment légalisé, joue un rôle important dans le mouvement démocratique algérien, en se battant aussi bien contre les plans d’austérité gouvernementaux que contre les intégristes islamiques. Son porte-parole, Chawki Salhi, fait le point sur la situation dans son pays.


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Le procès de Blida

Article paru dans Programme communiste, n° 84-85, octobre 1980-mars 1981, p. 6-8.

Solidarité avec les condamnés de Blida !

Après des aveux arrachés sous la torture et un simulacre de procès, cinq militants et contacts de notre organisation viennent d’être condamnés par le tribunal militaire de Blida à des peines de 3 à 10 ans de prison. Il s’agit de Mohamed Benssada, Rabah Benkhellat, Abdelmalek Kendour, Ali Akkache et Mohamed Naaman. Nous saluons ces jeunes révolutionnaires qui, malgré deux années de détention au secret entre les mains de la Sécurité militaire algérienne, n’ont pas hésité à revendiquer avec courage leurs idées face à ceux qui s’apprêtaient à les condamner.

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Pierre Naville : Note sur l’histoire des conseils ouvriers

Article de Pierre Naville paru dans Arguments, n° 4, juin-septembre 1957, p. 1-4.

Les jeunes camarades se sont intéressés à l’action des Conseils ouvriers dans les événements de Pologne et de Hongrie depuis octobre 1956, et depuis quelques années en Yougoslavie. Mais pourquoi s’imaginent-ils que l’apparition de tels Conseils est un fait absolument nouveau ? Et pourquoi font-ils souvent à leur sujet de la métaphysique au lieu d’étudier avec soin leur rôle, les transformations de leurs fonctions, les résultats de leur activité, etc… ?

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Abderrahman

Article paru dans l’Encyclopédie des nuisances, n° 6, février 1986, p. 128-129.

C’est sous le long règne d’Abderrahman III que le califat de Cordoue connut au Xe siècle son éclat le plus brillant. Les chroniques nous rapportent qu’il sut maintenir la puissance omeyade contre les princes chrétiens et ses rivaux musulmans, et qu’au cours de cette vie généreusement risquée, il protégea les arts et les sciences et fonda la célèbre école de médecine de Cordoue.

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Guy Germinal : Complot clérical et combat laïque

Article de Guy Germinal paru dans Noir et Rouge, n° 15-16, printemps-été 1960, p. 1-32.

 

 

AVANT-PROPOS

 

L‘historien Michelet, plusieurs fois cité, écrivait : « La liberté du catholicisme dans un gouvernement républicain est uniquement et simplement la liberté de conspiration. »

Il peut sembler paradoxal que la bourgeoisie conspire au sein de son propre régime alors que les représentants de la classe ouvrière en sont réduits bien souvent à lutter pour une « légalité ». Le problème se résume à savoir si l’idéal révolutionnaire peut mieux se développer dans les masses au sein d’un régime de liberté qu’au sein d’un régime de dictature… Continuer la lecture de « Guy Germinal : Complot clérical et combat laïque »

Martine Vidal : La laïcité de l’école publique

Article de Martine Vidal paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 28, juillet-août 1959, p. 80-82.

 

 

C’est la bourgeoisie qui, à la fin du XIXe siècle, a imposé la laïcité de l’enseignement public, parmi une série d’autres réformes anticléricales, à un moment où l’Eglise représentait pour elle un adversaire politique. Depuis, l’Eglise a évolué ; toujours au service de la classe dominante, elle est maintenant au service de la classe bourgeoise. L’anticléricalisme de la bourgeoisie s’est éteint et la laïcité de l’école publique est de nouveau mise en question. Continuer la lecture de « Martine Vidal : La laïcité de l’école publique »