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Maurice Clavel : F.L.N. et M.N.A.

Article de Maurice Clavel paru en deux parties dans Combat, 7 et 12 juin 1957

Les traits hachurés représentent les zones d’influence du M.N.A.

I. – HISTOIRE ET IDEOLOGIE

L’ARTICLE de Gilles Martinet sur le M.N.A. et le F.L.N. apporte une confirmation éclatante aux thèses que j’avançais. L’auteur nous y expose la baisse et les reculs d’un mouvement nationaliste dont il avait omis de nous signaler, en temps utile, la force et la prospérité. Il doute que le M.N.A. puisse organiser encore des manifestations de masse comme celle du 9 mars 1956 à Paris, que nous avions crue F.L.N. : qu’elle fût M.N.A., sur le moment, on ne l’avait pas crié sur les toits. Qui trompe-t-on ? Et quand nous a-t-on trompés ? Et pourquoi diable cette préférence obscure pour un des deux mouvements ? Surtout pour celui qui compte, dans ses victimes, le plus de petits enfants ? Fascination sanguine des âmes tendres, des esprits faibles ? Mystère. M. Claude Bourdet, dans le même numéro, voit dans le massacre de Melouza « une conséquence de la politique des ralliements à tout prix et par tous les moyens » ; autrement dit pas de M.N.A. dans l’affaire : et responsabilité de l’armée française atténuant la culpabilité du F.L.N., auquel, par ailleurs, on adresse de vifs reproches dans le style « Mes amis, mes amis, ah ! que vous me gênez ! » Coup double.

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Maurice Clavel : La vie d’un homme

Article de Maurice Clavel paru dans La Commune, n° 2, mai 1957, p. 10

J’arrive à Alger le 10 avril à la nuit. Le lendemain matin, je me rends au Tribunal Militaire. J’ai une grande partie de la ville à traverser. La mer et le ciel gris ne suggèrent pas l’Afrique. Les murs et les maisons de n’importe quelle ville de chez nous – à ceci près que c’est beau. Un musulman tous les 200 mètres donne une maigre et triste couleur locale. Il paraît qu’ils recommencent à se montrer (que devait-ce être ?). Alger, je le sais depuis hier soir, respire depuis l’opération Massu. La bombe de la « cafeteria » qui a tant marqué l’imagination (20 à 30 victimes, des fillettes amputées) s’éloigne peu à peu des mémoires.

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Maurice Clavel : Le jardin de Djemila

Extrait de Maurice Clavel, Le jardin de Djemila, Paris, René Julliard, 1958, p. 19-22.

 

 

CHRONIQUE

 

Paris, février-avril 1957

 

I

 

J’avais quelques amis au Mouvement National Algérien et je m’en méfiais plaisamment : trop français. En eux semblaient revivre nos vieux révolutionnaires, dont il ne reste plus les noms que dans quelques rues vastes et laides, métros aériens, cœurs désuets : Barbès, Blanqui – ces gens qui ont peu agi dans leur siècle, ayant passé en prisons bourgeoises trop de leur vie, sans rien semer plus loin, la liberté s’étant faite science et police. Mes amis étaient une résurrection étrange, d’un naturel que le dépaysement accusait.

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Herbert R. Lottman : Albert Camus

Extraits de Herbert R. Lottman, Albert Camus, Paris, Le Seuil, 1978, p. 605-608.

 

 

Une autre fois, Roblès vint à Paris prévenir Camus qu’un ami musulman sollicitait son aide pour son frère âgé de dix-huit ans, qui avait tiré sur un ultra et s’était entendu condamner à la peine capitale alors que sa victime s’en était sortie. A cette époque, le général de Gaulle était revenu au pouvoir. Et Camus avait justement rendez-vous avec lui. Il ouvrit un tiroir de son bureau et montra à Roblès une pile de lettres : « Voilà tout ce que j’ai à donner à De Gaulle. Donne-moi ton dossier. »

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M. Maurice Clavel s’adresse au général de Gaulle

Article publié dans Le Monde, le 29 juin 1968


M. Maurice Clavel écrit dans Combat sous le titre « Asile » ;

« Mon général, j’ai suivi le procès Pétain. Je fus le moins âpre des journalistes issus de la Résistance. Le seul crime qui m’apparut inexpiable, sur lequel la défense faiblit et se déroba, le seul qui emporta, selon moi, la condamnation capitale de principe, ce fut d’avoir livré à l’ennemi les étrangers antifascistes, Allemands, Espagnols, Italiens, qui avaient asile en France.