{"id":10185,"date":"2020-10-12T10:10:36","date_gmt":"2020-10-12T08:10:36","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=10185"},"modified":"2025-08-18T21:03:50","modified_gmt":"2025-08-18T19:03:50","slug":"maxime-rodinson-mahomet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/10\/12\/maxime-rodinson-mahomet\/","title":{"rendered":"Maxime Rodinson : Mahomet"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Extrait de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/rodinson-maxime\/\">Maxime Rodinson<\/a>, <em><a href=\"https:\/\/www.seuil.com\/ouvrage\/mahomet-maxime-rodinson\/9782020220330\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Mahomet<\/a><\/em>, Paris, Points-Seuil, 1994 (1\u00e8re \u00e9dition : Paris, Club fran\u00e7ais du livre, 1961), p. 355-379<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-resized\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/images-na.ssl-images-amazon.com\/images\/I\/91YwIRtmVzL.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\" style=\"width:370px;height:auto\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>CHAPITRE VII<br>Victoire sur la mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Ce n\u2019en \u00e9tait pas fini du proph\u00e8te de l\u2019Islam. Dans cette d\u00e9risoire qu\u00eate \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 qui anime tant d\u2019hommes, le fondateur d\u2019une id\u00e9ologie et le fondateur d\u2019un Etat sont favoris\u00e9s. Leurs actes, leurs id\u00e9es, \u00e0 travers les si\u00e8cles, informent l\u2019histoire. Mohammad \u00e9tait les deux \u00e0 la fois, il combinait en un seul \u00eatre J\u00e9sus et Charlemagne.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Sa vie \u00e9tait termin\u00e9e, sa grandeur commen\u00e7ait \u00e0 peine. Il avait cr\u00e9\u00e9 un embryon d\u2019Etat arabe anim\u00e9 par une religion arabe. Que cette cr\u00e9ation ait r\u00e9pondu aux besoins profonds de l\u2019Arabie, c\u2019est un fait \u00e9vident puisqu\u2019elle surv\u00e9cut \u00e0 la crise terrible qui suivit sa mort. De puissants facteurs, que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019analyser, poussaient au maintien de l\u2019\u00e9difice qui r\u00e9pondait \u00e0 tant de n\u00e9cessit\u00e9s. Mais cette pression de la nature des choses ne pouvait se mat\u00e9rialiser que si des hommes se trouvaient qui la comprennent et la traduisent en une s\u00e9rie de d\u00e9cisions politiques au jour le jour. Mohammad avait eu la chance de rencontrer des hommes aptes \u00e0 ce r\u00f4le. Il les avait form\u00e9s. Maintenant ils se trouvaient l\u00e0, Abou Bekr, \u2018Omar, Abou \u2018Obayda, pour r\u00e9sister aux forces de d\u00e9sagr\u00e9gation, pour maintenir la coh\u00e9sion politique et id\u00e9ologique, pour repousser les ennemis, pour conqu\u00e9rir de nouvelles terres \u00e0 l\u2019Etat et \u00e0 la doctrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Une quinzaine de jours apr\u00e8s la mort de Mohammad, Oss\u00e2ma partait pour les confins syriens accomplir la t\u00e2che que lui avait confi\u00e9e le proph\u00e8te. Abou Bekr avait \u00e9nergiquement refus\u00e9 de d\u00e9commander l\u2019exp\u00e9dition ou d\u2019en charger un autre. Le Messager d\u2019Allah devait \u00eatre ob\u00e9i au-del\u00e0 de la mort. En septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, Kh\u00e2lid partait vaincre les opposants arabes r\u00e9volt\u00e9s. L\u2019ann\u00e9e suivante, il s\u2019attaquait \u00e0 l\u2019Empire perse tandis que Yaz\u00eed, le fils d\u2019Abou Sofy\u00e2n, nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral fort politiquement par Abou Bekr, envahissait la Palestine byzantine. La paix arabe, on l\u2019a vu, imposait de trouver au-dehors un exutoire \u00e0 l\u2019\u00e9nergie belliqueuse des tribus et du butin pour les faire vivre. Les Arabes avaient maintes fois auparavant attaqu\u00e9 les peuples s\u00e9dentaires du Croissant Fertile. Au mieux, ils avaient cr\u00e9\u00e9 de petits Etats vite assimil\u00e9s par la civilisation indig\u00e8ne, vite r\u00e9duits \u00e0 la vassalit\u00e9, puis \u00e0 la suj\u00e9tion par les puissants empires mondiaux. Au pire, ils avaient \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s ou massacr\u00e9s. Mais cette fois, ils avaient derri\u00e8re eux un Etat coh\u00e9rent, ils avaient en eux une id\u00e9ologie qui repoussait l\u2019assimilation. Devant eux, ils trouvaient seulement l\u2019Empire sassanide en d\u00e9route, l\u2019Empire byzantin qui, malgr\u00e9 ses victoires r\u00e9centes, \u00e9tait profond\u00e9ment affaibli et d\u00e9suni. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils avan\u00e7aient, les arm\u00e9es s\u2019\u00e9croulaient dans l\u2019indiff\u00e9rence ou avec la complicit\u00e9 des masses dissidentes et opprim\u00e9es. Eux restaient forts, unis, puissants, r\u00e9solus.<\/p>\n\n\n\n<p>Unis ? Pas tellement. Les clans, les groupes, les r\u00e9unions d\u2019int\u00e9r\u00eats ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019Islam et ceux qui s\u2019\u00e9taient form\u00e9s avec lui se d\u00e9chiraient. Mais le spectre de la scission effrayait tout le monde et la majeure partie des masses arabes se retrouvait unie, enthousiaste ou r\u00e9sign\u00e9e, derri\u00e8re le chef de la communaut\u00e9. En 37 de l\u2019h\u00e9gire (657), dans la premi\u00e8re grande bataille entre les Musulmans, entre \u2018Ali et Mo\u2018\u00e2wiya \u00e0 \u00c7iff\u00een, l\u2019horreur de la situation apparut et des combattants attach\u00e8rent des Corans \u00e0 la pointe des lances pour appeler \u00e0 cesser la lutte fratricide. C\u2019\u00e9tait une man\u0153uvre politique, mais l\u2019appel \u00e0 l\u2019unit\u00e9 musulmane fit impression sur tous et l\u2019emporta. On dut cesser le combat et avoir recours \u00e0 l\u2019arbitrage. A part quelques irr\u00e9ductibles comme ceux qu\u2019on appelait les s\u00e9paratistes (Kh\u00e2rijites), les opposants se ralliaient bon gr\u00e9, mal gr\u00e9, au dirigeant que le vent de l\u2019histoire, les man\u0153uvres politiques et le hasard des combats avaient port\u00e9 \u00e0 leur t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une premi\u00e8re p\u00e9riode, les succ\u00e8s ext\u00e9rieurs de l\u2019arm\u00e9e musulmane furent essentiellement des succ\u00e8s arabes. C\u2019\u00e9taient les Arabes qui s\u2019\u00e9lan\u00e7aient \u00e0 la conqu\u00eate du monde, avan\u00e7ant toujours un peu plus loin, \u00e0 mesure qu\u2019ils s\u2019apercevaient que rien n\u2019\u00e9tait en mesure de leur r\u00e9sister. Ils culbutaient les faibles arm\u00e9es adverses, s\u2019emparaient des villes qui leur \u00e9taient souvent ouvertes, prenaient en main l\u2019administration de vastes pays dont les populations se soumettaient sans murmure. Un changement de ma\u00eetre ne les \u00e9tonnait pas. Elles en avaient tant vu ! Les ma\u00eetres anciens n\u2019\u00e9taient pas aim\u00e9s. Un si\u00e8cle apr\u00e8s la date o\u00f9 Mohammad, obscur chamelier, avait commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9unir autour de lui dans sa maison quelques pauvres Mekkois, ses successeurs commandaient des approches de la Loire au-del\u00e0 de l\u2019Indus, de Poitiers \u00e0 Samarkand.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait un Empire arabe. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Nous les Arabes \u00e9tions humili\u00e9s, les autres nous foulaient aux pieds et nous ne les foulions point ; alors Allah envoya un proph\u00e8te d\u2019entre nous et l\u2019une de ses promesses fut que nous conquerrions ce pays et le vaincrions. \u00bb [158] <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les Arabes, tous Musulmans maintenant, b\u00e9n\u00e9ficiaient collectivement des revenus de ces pays immenses et fertiles. Ils percevaient un imp\u00f4t relativement l\u00e9ger, moyennant quoi ils laissaient les habitants cultiver leurs terres, vaquer \u00e0 leurs occupations, arranger leurs rapports personnels comme ils l\u2019entendaient, parler leur langue, adorer leur Dieu, suivre leurs pr\u00eatres. Les vainqueurs se partageaient assez \u00e9quitablement le revenu de cette immense exploitation. A la t\u00eate de cet Empire \u00e9tait la famille de Qoraysh qui s\u2019\u00e9tait le plus oppos\u00e9e au proph\u00e8te, la famille d\u2019Abou Sofy\u00e2n, les Omeyyades. L\u2019organisateur le meilleur en fut Mo\u2018\u00e2wiya, le fils d\u2019Abou Sofy\u00e2n, le fils aussi de Hind, cette femme dont la haine pour l\u2019Islam \u00e9tait all\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie, qui au soir d\u2019Ohod avait extrait de sa poitrine et mang\u00e9 le foie de Hamza, le lion d\u2019Allah, l\u2019oncle du proph\u00e8te. Tout se passait comme si Mohammad avait travaill\u00e9 et pr\u00each\u00e9 pour la plus grande gloire et le plus grand profit de ses ennemis. Il avait conquis un empire \u00e0 Qoraysh qui l\u2019avait rejet\u00e9. R\u00e9sultat fr\u00e9quent des r\u00e9volutions !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les id\u00e9es ont leur vie propre et cette vie est r\u00e9volutionnaire. Une fois ancr\u00e9es dans la m\u00e9moire des hommes, couch\u00e9es par \u00e9crit sur le papyrus, le parchemin ou m\u00eame comme pour le Coran sur des omoplates de chameaux, elles continuent leur action au grand scandale des hommes d\u2019Etat et des hommes d\u2019Eglise qui les ont utilis\u00e9es, les ont canalis\u00e9es, ont \u00e9labor\u00e9 une casuistique afin d\u2019en \u00e9liminer les r\u00e9percussions dangereuses pour le bon ordre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bien r\u00e9gl\u00e9e. Contre les scribes et les Pharisiens, J\u00e9sus dresse les paroles de la Loi et des proph\u00e8tes. Contre les cadres de la grande Eglise, \u00e0 travers les si\u00e8cles, les h\u00e9r\u00e9tiques de tout acabit utilisent les textes explosifs des \u00c9vangiles. Dans les r\u00e9publiques corrompues, les objecteurs de toutes sortes opposent aux gouvernants la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme. Contre les bonzes de la social-d\u00e9mocratie, L\u00e9nine exploite les textes o\u00f9 se traduit la ferveur r\u00e9volutionnaire de Marx. Contre l\u2019oppression stalinienne les opposants font resurgir les d\u00e9clarations de L\u00e9nine. Ainsi l\u2019histoire se fait, torrent de forces vives et bouillonnantes, que les hi\u00e9rarchies essaient, toujours vainement \u00e0 la longue, de contenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi dans l\u2019Islam. Le Coran, parole indiscutable d\u2019Allah, transmettait aux g\u00e9n\u00e9rations le message d\u2019un homme opprim\u00e9 qu\u2019avait, \u00e0 un moment donn\u00e9, indign\u00e9 l\u2019injustice et l\u2019oppression. Il charriait dans son texte chaotique des invectives et des d\u00e9fis aux puissants, des appels \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des hommes. Un jour il se trouva des hommes pour s\u2019emparer de ces paroles et s\u2019en faire des armes. Les gouvernants arabes n\u2019imposaient pas, comme on l\u2019a cru en Europe, la conversion par la force. Ils la voyaient, au contraire, d\u2019un mauvais \u0153il. C\u2019\u00e9tait un moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019imp\u00f4t, de s\u2019agr\u00e9ger \u00e0 la foule des parties prenantes, de diminuer ainsi doublement la part du g\u00e2teau dont pouvait disposer chaque Musulman. Mais le moyen de l\u2019emp\u00eacher ? On a fouett\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque omeyyade quelques chr\u00e9tiens, Juifs ou Mazd\u00e9ens qui voulaient se convertir \u00e0 l\u2019Islam. Mais ce scandale ne pouvait se r\u00e9p\u00e9ter ind\u00e9finiment. Rien dans le Coran ni dans l\u2019exemple de Mohammad ne r\u00e9servait la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9 sur Allah aux seuls Arabes ! Admettre cette hypoth\u00e8se \u00e9tait illogique ce qui, certes, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un argument en politique, mais surtout cela sapait les fondements de l\u2019id\u00e9ologie sur laquelle \u00e9tait b\u00e2ti l\u2019Empire. D\u2019ailleurs, les coutumes arabes admettaient et favorisaient l\u2019adoption par les clans de gens de toute esp\u00e8ce et de toute origine qui devenaient ainsi des Arabes \u00e0 part enti\u00e8re. Le flot des conversions grossit lentement, puis devint irr\u00e9sistible. Des Persans, des Syriens, des \u00c9gyptiens, des Berb\u00e8res, des Goths, des Grecs et tant et tant d\u2019autres se rattach\u00e8rent aux Arabes, se consid\u00e9r\u00e8rent comme des Arabes, devinrent r\u00e9ellement des Arabes. Mais des masses encore bien plus nombreuses devinrent musulmanes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nouveaux Musulmans incompl\u00e8tement ou pas du tout arabis\u00e9s support\u00e8rent bient\u00f4t mal l\u2019h\u00e9g\u00e9monie arabe. Ils devinrent les meilleurs connaisseurs du texte sacr\u00e9, de l\u2019histoire du proph\u00e8te, de la vieille Arabie. Ils cr\u00e9\u00e8rent la philologie arabe et la th\u00e9ologie musulmane. Utilisant le patrimoine culturel de toutes les nations dont ils \u00e9taient issus, brassant les id\u00e9es, les techniques et les mod\u00e8les, ils fond\u00e8rent l\u2019art musulman, la science musulmane, la philosophie musulmane, la civilisation musulmane. Les Arabes de souche eux aussi, maintenant polis, affin\u00e9s, particip\u00e8rent \u00e0 cette cr\u00e9ation collective. Mais ils avaient d\u00fb admettre l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec eux des hommes qu\u2019ils avaient conquis et dont beaucoup maintenant s\u2019identifiaient totalement \u00e0 eux. Le mouvement r\u00e9volutionnaire qui imposa cette \u00e9galit\u00e9 triompha au nom des propres valeurs qui les avaient fait vaincre. Il prit pour drapeau le Coran, pour exemple et pour garant le proph\u00e8te. A travers les si\u00e8cles maint et maint autre mouvement qui bouleversa l\u2019Islam devait faire de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>A la base de tout cela, il y avait, transform\u00e9es, certes, repens\u00e9es en harmonie avec les pensers nouveaux, les id\u00e9es qui avaient hant\u00e9 Mohammad ibn \u2018Abdall\u00e2h. Quelque part \u00e0 la source de ces agitations r\u00e9ussies ou non, de ces conceptions plus ou moins justifi\u00e9es, plus ou moins inad\u00e9quates, il y avait celui qui avait \u00e9t\u00e9 un obscur chamelier d\u2019une humble famille de Qoraysh. Comment estimer exactement son apport, son legs, ce qui dans l\u2019histoire humaine fut diff\u00e9rent parce qu\u2019il avait exist\u00e9, parce que sa vie avait \u00e9t\u00e9 celle qui a \u00e9t\u00e9 dite ? Pour les Musulmans croyants sa venue marque un renversement, une r\u00e9volution, un tournant capital. Avant, c\u2019\u00e9tait l\u2019ignorance, des t\u00e9n\u00e8bres que temp\u00e9raient \u00e0 peine les vagues clart\u00e9s diffus\u00e9es par l\u2019enseignement tronqu\u00e9 des r\u00e9v\u00e9lations juive et chr\u00e9tienne. Apr\u00e8s, ce fut le r\u00e8gne de la v\u00e9rit\u00e9, de la normalit\u00e9, de la Loi divine, juste, sage, raisonnable, pas toujours suivie certes, mais toujours pr\u00e9sente comme \u00e9talon, comme norme, comme recours, agissant par l\u00e0, imposant sa pression sur les actes des hommes, influen\u00e7ant les \u00e9v\u00e9nements, gauchissant l\u2019aventure humaine dans le sens du Bien.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019historien voit naturellement les choses d\u2019une fa\u00e7on bien plus complexe. Il ne peut s\u2019en tirer avec le postulat d\u2019un d\u00e9terminisme con\u00e7u de fa\u00e7on primitive ou d\u2019un marxisme de niveau \u00e9l\u00e9mentaire : si Mohammad n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9, un autre Mohammad impos\u00e9 par la situation serait venu \u00e0 sa place. Non, les \u00e9v\u00e9nements eussent certainement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rents. Que serait-il advenu des deux grands Empires et de l\u2019Arabie ? On peut ind\u00e9finiment sp\u00e9culer. Un autre Mohammad venu vingt ans plus tard aurait peut-\u00eatre trouv\u00e9 l\u2019Empire byzantin consolid\u00e9, pr\u00eat \u00e0 r\u00e9sister victorieusement \u00e0 l\u2019attaque des tribus du d\u00e9sert. L\u2019Arabie e\u00fbt pu se convertir au christianisme. La situation exigeait, nous l\u2019avons vu, des solutions \u00e0 des probl\u00e8mes cruciaux. Mais ces solutions eussent pu \u00eatre tout autres. Un coup de d\u00e9s diff\u00e9rent et le hasard prend une autre tournure.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne savons pas ce qui aurait pu \u00eatre. Mais nous connaissons bien ce qui a \u00e9t\u00e9. Et le legs de Mohammad a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable. Il n\u2019a certainement pas pr\u00e9vu, au d\u00e9but surtout, ce qui allait r\u00e9sulter de ses moindres d\u00e9cisions. L\u2019encha\u00eenement des choses a fait que chaque option qu\u2019il prenait, banale et sans cons\u00e9quences pour un autre, entra\u00eenait des r\u00e9percussions \u00e9normes pour des millions d\u2019hommes et de femmes encore \u00e0 na\u00eetre. Tout a d\u00e9pendu, certains jours, de la direction qu\u2019il prenait dans une ruelle obscure de Mekka. Et s\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00e0 Badr, l\u2019\u00e9volution technique de l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral ou sa marche vers des formes plus productives d\u2019\u00e9conomie n\u2019en eussent pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es sensiblement sans doute, mais que de choses eussent \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes, des Philippines \u00e0 l\u2019Europe Occidentale !<\/p>\n\n\n\n<p>Sans lui, il est bien peu probable que l\u2019Empire arabe, qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vu sans doute, se f\u00fbt jamais constitu\u00e9. Cette immense unit\u00e9 politique, restreinte plus tard \u00e0 une unit\u00e9 id\u00e9ologique et culturelle, a permis un brassage intense d\u2019hommes, de techniques, de comportements, d\u2019id\u00e9es de la Chine \u00e0 l\u2019Espagne, la naissance d\u2019une nouvelle civilisation avec ses valeurs propres, morales, artistiques, id\u00e9ologiques. Chacun des \u00e9l\u00e9ments de cette civilisation pris \u00e0 part a son origine, une origine complexe o\u00f9 l\u2019ancienne Arabie et Mohammad lui-m\u00eame ne figurent souvent que de fa\u00e7on secondaire, souvent m\u00eame pas du tout. Mais leur \u00e9volution, leur groupement, leur expansion ne se seraient pas produits sans l\u2019activit\u00e9 pr\u00e9alable du proph\u00e8te de Qoraysh.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi dans une certaine mesure, dans un certain sens, toute cette histoire vient de lui. De lui l\u2019arabisation de vingt pays des bords de l\u2019Euphrate et du Tigre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Atlantique. De lui la coupure des liens entre l\u2019Occident latin, amput\u00e9 de l\u2019Afrique du Nord, et l\u2019Orient devenu arabe. De lui les royaumes et les Empires musulmans jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Empire ottoman qui mena\u00e7a Vienne. De lui les cavaliers et les marins, les marchands et les pirates, les artistes ciseleurs de bronze et les architectes inspir\u00e9s, la mosqu\u00e9e de Cordoue et le Tadj Mahal.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien plus s\u00fbrement, bien plus directement en tout cas, il faut parler du legs spirituel, id\u00e9ologique du proph\u00e8te. Ce n\u2019est pas que, comme le croient ses fid\u00e8les, tout le monde mental de l\u2019Islam soit d\u00e9riv\u00e9 de la pens\u00e9e qu\u2019il a exprim\u00e9e. Comme nous le verrons dans un moment, cet ensemble d\u2019id\u00e9es a bien d\u2019autres sources. Au cours des si\u00e8cles, on a sanctifi\u00e9 en les pr\u00eatant au proph\u00e8te, on a couvert de son autorit\u00e9 mille pens\u00e9es inspir\u00e9es de l\u2019esprit du temps et des influences culturelles les plus diverses. Mais, malgr\u00e9 tout, ces pens\u00e9es qui lui \u00e9taient si \u00e9trang\u00e8res ont d\u00fb plus ou moins s\u2019adapter \u00e0 un syst\u00e8me pr\u00e9existant, et ce syst\u00e8me, c\u2019\u00e9tait celui qu\u2019il avait peu \u00e0 peu \u00e9labor\u00e9 en accueillant et en transformant, suivant ses tendances mentales propres, des id\u00e9es puis\u00e9es dans son milieu. Ainsi sa pens\u00e9e a influ\u00e9 sur toute id\u00e9ologie musulmane ult\u00e9rieure. Mais surtout il est rest\u00e9 le Coran, produit, comme je l\u2019ai dit, de son inconscient, le Coran lu, relu, r\u00e9cit\u00e9, psalmodi\u00e9, appris par c\u0153ur d\u00e8s l\u2019enfance par tous ses fid\u00e8les. Pour les Musulmans cultiv\u00e9s d\u00e9j\u00e0 qui ont acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres livres, \u00e0 d\u2019autres sources d\u2019influences, le r\u00f4le jou\u00e9 par le Coran est consid\u00e9rable. Mais pour combien de millions d\u2019esprits simples a-t-il repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019unique source de pens\u00e9e un peu haute, la seule r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique, spirituelle et morale ? Ainsi l\u2019univers mental de Mohammad s\u2019impose directement, de la fa\u00e7on la plus imm\u00e9diate, la plus pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019attention du paysan comme \u00e0 celle de l\u2019homme d\u2019Etat ou du philosophe. L\u2019effet en est partout extr\u00eamement sensible. Ainsi cette appr\u00e9hension directe, \u00e9cras\u00e9e, terrifi\u00e9e de ce qui appara\u00eet comme la r\u00e9alit\u00e9 divine, ce sentiment d\u2019impuissance aux mains d\u2019un ma\u00eetre implacable, cette soumission \u00e0 son incompr\u00e9hensible volont\u00e9. Mais aussi, cette orientation positive, active vers les r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019existence humaine, cet effort attentif pour les modeler \u00e0 son gr\u00e9, ce refus du d\u00e9sespoir et de l\u2019angoisse, ce rejet de la souffrance, cet h\u00e9donisme avide de jouir de la vie et de ses plaisirs dans toute la largeur des limites marqu\u00e9es par la volont\u00e9 de Dieu, cette conscience morale intense, mais assez courte, un peu trop ais\u00e9ment raisonnable \u00e0 notre gr\u00e9, un peu trop facilement r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 l\u2019imperfection humaine, un peu trop d\u00e9pourvue de cette anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e devant l\u2019exigence et l\u2019impossibilit\u00e9 de la perfection, de cette tension h\u00e9ro\u00efque et tragique que J\u00e9sus nous a habitu\u00e9s, peut-\u00eatre \u00e0 tort, \u00e0 consid\u00e9rer comme indispensables \u00e0 une vie morale profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme ne se nourrit pas seulement de pain. Il lui faut, pour vivre, au moins quelques id\u00e9es directrices sur sa place et son r\u00f4le dans le monde, quelques r\u00e8gles suivant lesquelles diriger son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re existence. Les r\u00e9formateurs religieux, les proph\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9, avant les id\u00e9ologues modernes, ceux qui ont propos\u00e9 aux masses un syst\u00e8me satisfaisant form\u00e9 de quelques-unes de ces id\u00e9es et de ces r\u00e8gles. Les croyants modernes, les Musulmans comme les autres, ont tendance \u00e0 ne retenir, dans leur religion, que les pr\u00e9ceptes moraux, \u00e0 consid\u00e9rer comme secondaires ou m\u00eame comme symboliques ou n\u00e9gligeables les id\u00e9es. D\u2019o\u00f9 leur indignation devant ceux qui, comme nous, s\u2019attachent surtout \u00e0 analyser l\u2019origine des id\u00e9es, leur liaison avec les conditions de l\u2019\u00e9poque qui les a vu na\u00eetre, qui ont tendance \u00e0 n\u00e9gliger comme banal et sans int\u00e9r\u00eat ce qui dans la morale pr\u00each\u00e9e est universel, \u00e0 ne retenir que ce qui est sp\u00e9cifique et, par cons\u00e9quent, en d\u00e9pendance maximum des conditions de lieu, de temps, de milieu social. Pour eux Mohammad est surtout celui qui leur a demand\u00e9 d\u2019\u00eatre justes, droits et bons. Il faut aussi comprendre ce point de vue. Nous pouvons certes montrer que cette pr\u00e9dication a souvent couvert aussi la soumission \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli et, par cons\u00e9quent, la r\u00e9signation \u00e0 l\u2019injustice. Nous pouvons pr\u00e9f\u00e9rer maintenant une morale plus ouverte, moins li\u00e9e \u00e0 des tabous irrationnels. Nous pouvons surtout condamner des id\u00e9es qui nous paraissent mythologiques. Mais, pendant des si\u00e8cles, cette morale plus large, nos id\u00e9es plus exactes sur le monde \u00e9taient hors d\u2019atteinte de ces foules affam\u00e9es de justice, de paix, de directives \u00e9l\u00e9mentaires pour mener une vie d\u00e9cente, d\u2019id\u00e9es simples qui donnent une signification \u00e0 leur existence terrestre. Nous avons vu na\u00eetre, se former sous nos yeux des id\u00e9ologies d\u00e9riv\u00e9es parfois de principes ouverts, de donn\u00e9es exactes, scientifiquement \u00e9labor\u00e9es. Elles ont pourtant engendr\u00e9 leurs mythes, leurs \u00e9troitesses, leurs iniquit\u00e9s. N\u2019ayons donc pas trop d\u2019orgueil, pas trop de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 envers ces id\u00e9ologies du pass\u00e9 qui ont fourni \u00e0 tant d\u2019hommes des raisons de vivre, qui leur en fourniront encore pendant longtemps sous une forme peut-\u00eatre transform\u00e9e si quelque pr\u00e9vision de l\u2019avenir nous est permise. Et sans na\u00efvet\u00e9, sans illusion, reconnaissons la grandeur des cr\u00e9ateurs de syst\u00e8mes qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le si important, parmi eux de Mohammad.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ceux \u00e0 qui s\u2019attaquaient ses sectateurs, les chr\u00e9tiens surtout, ce devint l\u2019archi-ennemi, un homme ex\u00e9crable, un imposteur \u00e9pileptique. On s\u2019empara de ce que racontaient sur lui ses disciples pour faire un portrait d\u00e9testable de ce cruel et lubrique individu, perdu de vices et de crimes, ayant emprunt\u00e9 sans vergogne ses quelques id\u00e9es \u00e0 des chr\u00e9tiens \u00e9gar\u00e9s, ayant gagn\u00e9 ses cr\u00e9dules sectateurs par des tours de passe-passe. Dans la l\u00e9gende populaire, on allait plus loin. Il avait \u00e9t\u00e9 un bon chr\u00e9tien qui avait converti beaucoup d\u2019\u00e2mes \u00e0 la foi chr\u00e9tienne. Certains en faisaient m\u00eame un cardinal. Mais l\u2019Eglise n\u2019avait pas reconnu ses services comme il l\u2019aurait voulu. Un autre avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pape. Alors il avait fond\u00e9 un schisme et \u00e9gar\u00e9 bien des hommes, m\u00fb par l\u2019orgueil qui le poussait \u00e0 \u00eatre le premier. C\u2019est l\u2019habitude des id\u00e9ologies triomphantes d\u2019expliquer toutes les dissidences par l\u2019orgueil, bon moyen d\u2019exalter l\u2019humble conformisme de l\u2019obscur fid\u00e8le. Certains ajoutaient que, s\u2019\u00e9tant enivr\u00e9, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 par des porcs. Cela expliquait l\u2019horreur de ses fid\u00e8les pour cet animal. Certains \u2014 nous trouvons cela par exemple dans la Chanson de Roland \u2014 voyaient en lui un dieu pa\u00efen, une idole \u00e0 laquelle on rendait un culte r\u00e9pugnant dans les \u00ab mahomeries \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En face, au contraire, la d\u00e9votion croissait de si\u00e8cle en si\u00e8cle. L\u2019id\u00e9ologie qui fournissait leurs raisons de vivre \u00e0 des millions de Musulmans n\u2019\u00e9tait-elle pas tout enti\u00e8re d\u00e9pendante de cet homme unique, dernier transmetteur de la parole d\u2019Allah ? Comme il en \u00e9tait l\u2019origine, il demeurait le symbole de l\u2019unit\u00e9 id\u00e9ologique de la communaut\u00e9 musulmane. Moins celle-ci trouvait de chefs sur lesquels \u00e9pancher sa ferveur, de personnalit\u00e9s \u00ab charismatiques \u00bb pourvues de gr\u00e2ces divines auxquels puissent s\u2019adresser son respect et sa v\u00e9n\u00e9ration, plus elle tendait \u00e0 les remplacer par la figure id\u00e9alis\u00e9e de l\u2019initiateur disparu. Sa conduite dans ses moindres d\u00e9tails \u00e9tait un mod\u00e8le sur lequel chacun devait se r\u00e9gler. On d\u00e9fendait tel parti, telle norme, telle id\u00e9e en lui en attribuant l\u2019origine par ses paroles et par ses actions. Il avait pos\u00e9 les r\u00e8gles du divorce et du gouvernement de m\u00eame qu\u2019il avait montr\u00e9 comment il fallait se tenir \u00e0 table, se moucher et faire l\u2019amour. Il avait \u00e9t\u00e9 un homme parfait et irr\u00e9prochable. Malgr\u00e9 ses d\u00e9clarations expresses, on lui attribua des miracles en nombre croissant. \u00ab Aucun proph\u00e8te n\u2019a jamais accompli de miracles que notre proph\u00e8te n\u2019en ait accompli de semblable \u00bb \u00e9crira au d\u00e9but du XIIe si\u00e8cle le cadi marocain \u2018Iy\u00e2d. Le folklore arabe, les l\u00e9gendes juives, chr\u00e9tiennes, mazd\u00e9ennes et m\u00eame bouddhiques servirent \u00e0 lui constituer une histoire merveilleuse digne de lui et de l\u2019Islam. Quand il \u00e9tait n\u00e9, le palais de l\u2019empereur perse avait trembl\u00e9, quatorze de ses tours s\u2019\u00e9taient \u00e9croul\u00e9es, le feu sacr\u00e9 des Mazd\u00e9ens s\u2019\u00e9tait \u00e9teint, un lac s\u2019\u00e9tait dess\u00e9ch\u00e9, une lumi\u00e8re merveilleuse \u00e9tait sortie du sein de sa m\u00e8re, avait illumin\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la Syrie et les \u00e9toiles s\u2019\u00e9taient approch\u00e9es au point qu\u2019un t\u00e9moin craignit qu\u2019elles ne tombassent sur lui. On dit que son corps ne projetait pas d\u2019ombre, que les mouches ne se posaient pas sur ses v\u00eatements, que ses cheveux tombant dans le feu ne br\u00fblaient pas. A partir d\u2019un verset du Coran, une histoire fantastique se d\u00e9veloppa selon laquelle Allah lui avait soumis la Lune. Pour convaincre les Mekkois, \u00e0 l\u2019appel du proph\u00e8te, la Lune avait fait sept fois le tour de la Ka\u2018ba, puis s\u2019\u00e9tait fendue en deux. Elle avait rendu hommage \u00e0 Mohammad \u00ab d\u2019une voix qu\u2019entendirent le plus lointain et le plus proche \u00bb. Une moiti\u00e9 \u00e9tait entr\u00e9e dans sa manche droite et sortie par sa manche gauche, l\u2019autre avait fait le chemin inverse. Gabriel lui apporte des jardins c\u00e9lestes cinq pommes, une pour lui et une pour chacun des quatre premiers califes. Sa pomme lui parle, chante sa gloire, \u00e9num\u00e8re les prodiges qui d\u00e9montrent sa mission.<\/p>\n\n\n\n<p>Les prosateurs et les po\u00e8tes chantent sa louange. Voici ce qu\u2019en dit, par exemple, un pieux po\u00e8te berb\u00e8re d\u2019Egypte au XIIIe si\u00e8cle, Bou\u00e7\u00eeri :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Mohammad est le seigneur des deux mondes, des deux races (hommes et g\u00e9nies),<br>Des deux nations, les Arabes et les Etrangers.<br>C\u2019est lui, notre proph\u00e8te, qui ordonne et qui d\u00e9fend : nul<br>N\u2019est plus v\u00e9ridique que lui, dans ses n\u00e9gations et ses affirmations.<br>C\u2019est lui l\u2019ami (de Dieu) en l\u2019intercession de qui l\u2019on peut esp\u00e9rer.<br>Contre toutes les terreurs subites\u2026<br>Il a surpass\u00e9 les proph\u00e8tes par ses qualit\u00e9s physiques et morales,<br>Et ils ne l\u2019approchent pas en science, ni en magnanimit\u00e9\u2026<br>Personne n\u2019a de vertus pareilles aux siennes :<\/em><br><em>Il poss\u00e8de sans partage l\u2019essence de la beaut\u00e9\u2026<br>Si ses miracles, par leur grandeur, \u00e9taient en rapport avec son haut rang,<br>L\u2019invocation de son nom rendrait la vie aux os dess\u00e9ch\u00e9s\u2026<br>On e\u00fbt dit une fleur pour la d\u00e9licatesse, la pleine lune pour l\u2019\u00e9clat,<br>La mer pour la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le Temps pour la grandeur des projets\u2026<\/em>[159]<br>(Trad. Ren\u00e9 Basset.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un mystique \u00e9gyptien de la m\u00eame \u00e9poque, D\u00eer\u00eeni, pour prendre au hasard un autre exemple, nous rapporte quelques traditions courantes sur son compte. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Mohammad disait : La premi\u00e8re lumi\u00e8re qu\u2019a cr\u00e9\u00e9e Allah est ma lumi\u00e8re. On dit qu\u2019Allah lorsqu\u2019il cr\u00e9a son divin Tr\u00f4ne \u00e9crivit dessus en lettres de lumi\u00e8re : il n\u2019y a de divinit\u00e9 qu\u2019Allah et Mohammad est le messager d\u2019Allah. Lorsque Adam sortit du Paradis, il vit sur le pied du Tr\u00f4ne et partout dans le Paradis \u00e9crit le nom de Mohammad accoupl\u00e9 au nom d\u2019Allah. Il dit : Seigneur, qui est donc ce Mohammad ? Allah, le Tr\u00e8s Haut, lui dit : C\u2019est ton descendant et, n\u2019\u00e9tait lui, je ne t\u2019aurais pas cr\u00e9\u00e9. Alors Adam dit : Par le caract\u00e8re sacr\u00e9 de cet enfant, sois compatissant envers le p\u00e8re. Alors, on cria : O Adam ! Si tu avais invoqu\u00e9 aupr\u00e8s de Nous l\u2019intercession de Mohammad parmi les habitants des cieux et de la terre, alors Nous l\u2019aurions admise\u2026 Parmi les signes de sa mission, il y a qu\u2019il faisait jaillir l\u2019eau d\u2019entre ses doigts et qu\u2019il en multipliait la quantit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa baraka, \u00e0 de nombreuses occasions qui sont expos\u00e9es dans des traditions authentiques. L\u2019une d\u2019elles raconte qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 Zawr\u00e2\u2019, au souk de M\u00e9dine. Vint l\u2019heure de la pri\u00e8re de l\u2019apr\u00e8s-midi. Il posa sa main dans un vase et trois cents hommes environ firent leurs ablutions avec cette eau. Anas racontait : J\u2019ai vu l\u2019eau sourdre d\u2019entre ses doigts\u2026 Parmi ses signes \u00e9tait aussi la baraka pour la multiplication de la nourriture afin qu\u2019elle rassasie une foule de gens et qu\u2019elle dure longtemps. Il \u00e9tait entr\u00e9 chez Abou Talha et il y avait l\u00e0 des pains d\u2019orge. Il se les fit donner et les \u00e9mietta, puis on mit dessus de la graisse fondue. Alors il pronon\u00e7a les paroles qu\u2019Allah voulut, puis il dit : Invitez dix hommes \u00e0 entrer. On les invita et ils mang\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 sati\u00e9t\u00e9. Puis ils sortirent et on en invita dix autres et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 ce que tout le monde e\u00fbt mang\u00e9 et ils \u00e9taient environ quatre-vingts\u2026 \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les animaux chantaient sa gloire et faisaient des remontrances \u00e0 ceux qui ne le suivaient pas. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Les paroles du loup \u00e0 Ohb\u00e2n ibn Aws sont bien connues. Il faisait pa\u00eetre son troupeau. Le loup s\u2019arr\u00eata devant lui et lui dit : l\u2019\u00e9tonnant avec toi, c\u2019est que tu restes l\u00e0 \u00e0 faire pa\u00eetre ton troupeau et que tu laisses de c\u00f4t\u00e9 un proph\u00e8te tel que jamais Allah n\u2019en a envoy\u00e9 de plus puissant, un proph\u00e8te \u00e0 qui ont \u00e9t\u00e9 ouvertes les portes du Paradis et les habitants de celui-ci regardent d\u2019en haut le combat de ses compagnons. Il n\u2019y a entre toi et lui que ce troupeau, sans lui tu serais dans les arm\u00e9es d\u2019Allah. Ohb\u00e2n alla et se convertit. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ses m\u00e9rites et ses qualit\u00e9s sont innombrables : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Il t\u00e9moigne en faveur de ceux qui croient en lui et qui se laissent guider et contre ceux qui le renient et lui montrent de l\u2019hostilit\u00e9, il apporte la bonne nouvelle de la divine r\u00e9compense \u00e0 celui qui ob\u00e9it \u00e0 Son Ma\u00eetre, il annonce le ch\u00e2timent \u00e0 celui qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 suivre ses passions. Il a appel\u00e9 \u00e0 Allah avec Sa permission, produisant les preuves de Sa puissance, il est le flambeau qui illumine celui qui croit en lui et recherche sa lumi\u00e8re et alors celui-ci aper\u00e7oit la grand-route. Sa lumi\u00e8re a persist\u00e9 depuis le temps d\u2019Adam\u2026 Adam l\u2019a connu et l\u2019a pris comme interm\u00e9diaire pour acc\u00e9der \u00e0 Allah\u2026 Il surpasse les autres proph\u00e8tes comme le soleil surpasse la lune et comme la mer surpasse la goutte d\u2019eau\u2026 Il est le p\u00f4le de leur autorit\u00e9, l\u2019essence de leur d\u00e9cret, la plus belle perle du collier qu\u2019ils forment, l\u2019empreinte de leur chaton, le vers par excellence de leur po\u00e8me, le centre de leur cercle, le soleil de leur matin, le croissant de leur nuit\u2026 L\u00e8ve-toi, im\u00e2m de la terre et hausse-toi \u00e0 la royaut\u00e9 supr\u00eame, deviens im\u00e2m des gens du ciel !\u2026 Les archanges sont venus saluer le chef supr\u00eame, sa lumi\u00e8re est plus brillante, sa d\u00e9monstration plus \u00e9clatante, le secret qu\u2019il d\u00e9tient plus manifeste, sa puissance et son m\u00e9rite sont plus hauts, sa mention plus belle, son aspect plus agr\u00e9able, sa religion plus parfaite, son \u00e9locution plus \u00e9loquente, sa pri\u00e8re plus efficace, sa science plus haute, son appel mieux entendu, ses demandes sont mieux satisfaites, son intercession a plus d\u2019effet, son secours est plein de force, son nom est \u00ab lou\u00e9 \u00bb (mohammad), son corps est le plus d\u00e9vot\u2026 il est le bien-aim\u00e9 du Ma\u00eetre, il est le plus dou\u00e9 de m\u00e9rites aupr\u00e8s des Croyants\u2026 \u00bb [160]<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On raconte en grand d\u00e9tail le voyage qu\u2019il fit au ciel en une nuit tandis que son corps reposait sur son lit, guid\u00e9 par Gabriel, mont\u00e9 sur la jument Bor\u00e2q \u00e0 t\u00eate de femme. Des livres furent compos\u00e9s l\u00e0-dessus, l\u2019un d\u2019eux fut traduit en latin au Moyen Age, inspira peut-\u00eatre Dante, fut connu des po\u00e8tes toscans de son \u00e9poque. A chacun des sept cieux, il rencontre les proph\u00e8tes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, des anges d\u2019une taille immense se montrent \u00e0 lui. Gabriel lui explique les secrets du ciel et de l\u2019enfer. Il arrive en face d\u2019Allah lui-m\u00eame qui lui met la main sur la t\u00eate pour qu\u2019il soit p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 du savoir divin. [161]<\/p>\n\n\n\n<p>Les mystiques, les th\u00e9ologiens, les philosophes sp\u00e9culent et raffinent sur son r\u00f4le, sur le sens de sa venue, sur ses qualit\u00e9s. Pour le grand mystique espagnol Mohyi ad-d\u00een Ibn al-\u2018Arabi, son affection bien connue pour les femmes est le symbole de l\u2019affection du tout pour les parties, de l\u2019amour que Dieu a pour les cr\u00e9atures, du d\u00e9sir qu\u2019il a qu\u2019elles s\u2019unissent \u00e0 Lui. Pour les mystiques, \u00ab tout, cieux, terre, anges, hommes, djinns, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019esprit, de l\u2019\u00e2me, du c\u0153ur, de la chair mohammadienne \u00bb (L. Gardet).[162]<\/p>\n\n\n\n<p>Le peuple fid\u00e8le le respecte et le v\u00e9n\u00e8re. On ne dit, on n\u2019\u00e9crit son nom qu\u2019en le faisant suivre d\u2019une eulogie : \u00ab qu\u2019Allah r\u00e9pande sur lui ses b\u00e9n\u00e9dictions et le garde sain et sauf \u00bb. On jure par son nom. Beaucoup s\u2019abstiennent de consommer des nourritures qu\u2019il n\u2019a pas mang\u00e9es. Un jour, l\u2019Anglais Edward W. Lane admirait dans un souk du Caire de tr\u00e8s jolis fourneaux de narguileh. Il demanda au c\u00e9ramiste qui les avait fabriqu\u00e9s pourquoi il ne les avait pas marqu\u00e9s de son estampille. \u00ab A Dieu ne plaise, r\u00e9pondit l\u2019artisan, mon nom est Ahmad (un des noms attribu\u00e9s au proph\u00e8te). Voudrais-tu que je le fasse passer au feu ? \u00bb [163] On a cru souvent que le fait de porter le m\u00eame nom que le proph\u00e8te donnait droit \u00e0 une indulgence sp\u00e9ciale de la part d\u2019Allah. [164] Mais \u2018Omar aurait voulu l\u2019interdire parce qu\u2019on pouvait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 injurier, maudire, railler \u00ab Mohammad \u00bb. En fait, \u00e0 certains moments, des infid\u00e8les qui ont dit d\u2019un particulier \u00ab Mohammad a menti \u00bb, par exemple, ont eu des ennuis graves. Quant \u00e0 l\u2019injure directe au proph\u00e8te, elle est, selon le droit religieux, passible de la peine de mort. Il y a peu de mois, un professeur europ\u00e9en a soulev\u00e9 un grand scandale parce que, dans une conf\u00e9rence \u00e0 Beyrouth, il avait seulement cit\u00e9, comme t\u00e9moignage historique, sans les prendre aucunement \u00e0 son compte, des injures chr\u00e9tiennes m\u00e9di\u00e9vales sur Mohammad. Ce fut une affaire d\u2019Etat. Il est peu conforme \u00e0 la religion de fumer et de boire du caf\u00e9, a-t-on estim\u00e9 longtemps, parce que ces usages \u00e9taient inconnus au temps du proph\u00e8te. On portait des m\u00e9daillons, des plaquettes, des pierres o\u00f9 \u00e9taient d\u00e9crites ses perfections corporelles et spirituelles et on en attendait des effets merveilleux. On rapportait qu\u2019il avait dit : \u00ab Celui qui verra la description de mes qualit\u00e9s apr\u00e8s moi, c\u2019est comme s\u2019il m\u2019avait vu et celui qui l\u2019aura regard\u00e9e avec un amour pour moi, Allah le gardera du feu de l\u2019Enfer, il sera pr\u00e9serv\u00e9 de l\u2019\u00e9preuve de la tombe et le jour de la R\u00e9surrection il ne sera pas nu. \u00bb [165] On \u00e9num\u00e8re pieusement ses noms. On en trouve 99 comme les noms d\u2019Allah. On les porte en amulettes, en pendentifs. Partout des po\u00e8tes populaires, des d\u00e9clamateurs et des chanteurs de rues clament sa louange devant des auditeurs attentifs et \u00e9merveill\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les descendants du proph\u00e8te, les gens de sa famille ont des privil\u00e8ges particuliers. Ils forment la classe des shar\u00eef (nobles), des sayyid (seigneurs). On leur doit respect, v\u00e9n\u00e9ration, amour. On doit supporter leurs d\u00e9bordements, leurs injustices. Aucun ne subira la peine de l\u2019enfer, car le proph\u00e8te aurait dit : \u00ab Tout lien de parent\u00e9 par alliance et par le sang se d\u00e9liera au jour de la R\u00e9surrection, \u00e0 l\u2019exception du mien. \u00bb Ils se marient entre eux pour pr\u00e9server pur le sang sacr\u00e9. Dans certains pays, ils ont exploit\u00e9 leur ascendance pour accaparer pouvoir et richesse. La doctrine de la confession chiite, religion officielle de l\u2019Iran depuis le XVIe si\u00e8cle, attribue l\u2019infaillibilit\u00e9 et des gr\u00e2ces surnaturelles aux im\u00e2ms, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la succession des premiers-n\u00e9s de la descendance du proph\u00e8te \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration. Comme, au Xe si\u00e8cle, le tout-puissant souverain de l\u2019Egypte, le n\u00e8gre K\u00e2four, chevauchait dans les rues, il laissa tomber \u00e0 terre sa cravache et un shar\u00eef la ramassa et la lui tendit. Il s\u2019\u00e9cria alors : \u00ab Je peux maintenant mourir. Quel but m\u2019assigner encore dans la vie alors qu\u2019un descendant du Messager de Dieu m\u2019a tendu ma cravache ? \u00bb Et, ajoute-t-on, K\u00e2four mourut effectivement peu apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>On v\u00e9n\u00e8re les pierres sur lesquelles il s\u2019appuyait, celle o\u00f9 il \u00e9tait assis. L\u2019une d\u2019elles, \u00e0 Mahajja au Haur\u00e2n, \u00e9tait cens\u00e9e faciliter les accouchements. [166] Non loin de l\u00e0, \u00e0 Malikiyya, on v\u00e9n\u00e9rait une \u00e9cuelle de bois o\u00f9 il avait mang\u00e9. On montrait \u00e0 Qob\u00e2 un puits o\u00f9 il avait crach\u00e9, son eau saum\u00e2tre en \u00e9tait devenue douce. A J\u00e9rusalem, \u00e0 Damas, \u00e0 D\u00eeb\u00een au Haur\u00e2n, comme dans de multiples autres endroits, on voyait et on voit l\u2019empreinte de ses pas sur des pierres, car, dit-on, quand il passait sur un rocher, son pied s\u2019enfon\u00e7ait en y laissant sa trace pour toujours. Vers 1200, un de ses descendants transportait avec lui une relique de ce genre et en tirait de l\u2019argent. On en montre de multiples dans l\u2019Inde de nos jours. [167] Le lieu de sa naissance \u00e0 Mekka, transform\u00e9 en mosqu\u00e9e, \u00e9tait sp\u00e9cialement honor\u00e9. En 1184, le p\u00e8lerin espagnol Ibn Jobayr vint admirer la plaque de marbre vert cercl\u00e9e d\u2019argent qui marquait l\u2019endroit pr\u00e9cis. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Nous frott\u00e2mes nos joues, \u00e9crit-il, sur cette place sainte o\u00f9 vint tomber sur terre le plus illustre des nouveau-n\u00e9s et qu\u2019a touch\u00e9e l\u2019enfant le plus pur et le plus noble par ses origines. \u00bb [168] <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On conserve partout de multiples reliques de lui : des cheveux, des poils, des dents, ses sandales, son manteau, son tapis de pri\u00e8res, une poign\u00e9e d\u2019\u00e9p\u00e9e, une fl\u00e8che qui lui ont servi. A Constantinople, devenue la capitale du monde musulman, on se glorifiait du nombre de ces reliques. Deux poils de sa barbe y \u00e9taient conserv\u00e9s dans quarante pochettes ensach\u00e9es les unes dans les autres ; on les montrait solennellement aux d\u00e9vots une fois l\u2019an.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9n\u00e9ration populaire alla si loin parfois qu\u2019elle mena\u00e7ait le monoth\u00e9isme de la m\u00eame fa\u00e7on que le Coran accusait les chr\u00e9tiens et les Juifs de le faire. Un commentateur n\u2019avait-il pas expliqu\u00e9 un verset du Coran en pr\u00e9tendant qu\u2019Allah avait fait asseoir le proph\u00e8te aupr\u00e8s de Lui sur son Tr\u00f4ne ? Le v\u00e9n\u00e9rable th\u00e9ologien Tabari (autour de 900) ayant protest\u00e9, le peuple croyant de Bagdad lapida sa porte. [169] <\/p>\n\n\n\n<p>Dans divers milieux, on introduisit de bonne heure dans la pri\u00e8re rituelle et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle une invocation en l\u2019honneur du proph\u00e8te. Cette invocation \u00e9tait cens\u00e9e avoir des vertus merveilleuses. On en vint \u00e0 dire que \u00ab 80 b\u00e9n\u00e9dictions \u00bb de ce genre valaient la r\u00e9mission de 80 p\u00e9ch\u00e9s ou m\u00eame des p\u00e9ch\u00e9s de 80 ann\u00e9es. Un mystique voit dans l\u2019autre monde un \u00eatre de lumi\u00e8re s\u2019interposer entre l\u2019ange-bourreau et lui. C\u2019est un \u00eatre form\u00e9 avec les nombreuses \u00ab b\u00e9n\u00e9dictions \u00bb qu\u2019il a r\u00e9cit\u00e9es pendant sa vie en l\u2019honneur du proph\u00e8te. Mohammad, d\u2019ailleurs, du Paradis o\u00f9 est son \u00e2me, aupr\u00e8s de Dieu, interc\u00e8de en personne tandis que, dans sa tombe, son corps demeure, merveilleusement inalt\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A M\u00e9dine, l\u2019humble fosse o\u00f9 son cadavre avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 si furtivement est devenue le centre spirituel d\u2019une mosqu\u00e9e d\u00e9cor\u00e9e d\u2019or, d\u2019argent, de marbre, de mosa\u00efques, de diamants. Les souverains de l\u2019Islam l\u2019ont enrichie de leurs dons, ont rivalis\u00e9 pour l\u2019embellir. A c\u00f4t\u00e9 de lui reposent Abou Bekr et \u2018Omar ses compagnons. On raconte dans le peuple qu\u2019il y a encore une place r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus quand il reviendra \u00e0 la fin des temps. [170] Apr\u00e8s le P\u00e8lerinage \u00e0 Mekka, la plupart des p\u00e8lerins vont \u00e0 M\u00e9dine visiter cette tombe. Le proph\u00e8te n\u2019aurait-il pas dit : \u00ab Celui qui me visite apr\u00e8s ma mort, c\u2019est comme s\u2019il m\u2019avait visit\u00e9 de mon vivant ? \u00bb Voici les conseils que donne un Musulman contemporain de langue fran\u00e7aise : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Tu entreras dans la Mosqu\u00e9e\u2026 et tu t\u2019avanceras vers le tombeau. (La cabane de \u2018A\u00efsha) est maintenant une pi\u00e8ce \u00e0 une seule porte qui n\u2019est ouverte que pour de graves motifs. Les murs sont tendus ext\u00e9rieurement de longues draperies vertes. Un couloir \u00e9troit et sombre qui ne re\u00e7oit aucune lumi\u00e8re en fait le tour. Sur l\u2019un des c\u00f4t\u00e9s, le seul que tu verras, se dressent de magnifiques grilles, pr\u00e9cieusement ouvrag\u00e9es, s\u00e9par\u00e9es par des colonnes dont la base, au contraire des autres, est de marbre blanc orn\u00e9 de rainures dor\u00e9es. Ces colonnes blanches qui se r\u00e9p\u00e8tent dans la largeur de la galerie limitent le \u201cnoble jardin\u201d rawda ech-char\u00eefa, jardin mystique, jardin spirituel. Y prier, dit la tradition, c\u2019est comme si l\u2019on priait au paradis. La tombe du proph\u00e8te ne t\u2019appara\u00eetra donc pas. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et le r\u00e9formiste actuel, craignant l\u2019idol\u00e2trie, ajoute : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Tu te tiendras debout devant la grille et tu ne prieras pas. La pri\u00e8re est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 Dieu\u2026 Mais les pieuses pens\u00e9es que tu ext\u00e9rioriseras, sans trop \u00e9lever la voix, ne te manqueront pas pour honorer grandement l\u2019Envoy\u00e9 de Dieu. \u00bb (J. Roman). [171]<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La m\u00eame frayeur, inspir\u00e9e, il faut le reconna\u00eetre, d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit du Message de Mohammad, devant le culte rendu au proph\u00e8te par les foules ignorantes, a pouss\u00e9 certains r\u00e9formistes \u00e0 des mesures plus radicales. En 1804, \u00e0 M\u00e9dine qu\u2019elles venaient de prendre, les arm\u00e9es des puritains wahh\u00e2bites d\u00e9molirent autant qu\u2019elles le purent les coupoles \u00e9lev\u00e9es sur le saint tombeau et on en enleva tous les objets pr\u00e9cieux. Mais rien n\u2019a pu d\u00e9raciner la pi\u00e9t\u00e9 des masses envers l\u2019homme \u00e0 qui elles doivent leur foi. Et cette pi\u00e9t\u00e9 veut s\u2019exprimer. Comment le ferait-elle si ce n\u2019est sous des formes que les \u00e9lites trouveront grossi\u00e8res ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les Croyants ne peuvent aller tous \u00e0 M\u00e9dine et tous d\u00e9sirent montrer fr\u00e9quemment, r\u00e9guli\u00e8rement, leur v\u00e9n\u00e9ration envers le proph\u00e8te. A une date qu\u2019on ne conna\u00eet pas pr\u00e9cis\u00e9ment, quelques si\u00e8cles apr\u00e8s l\u2019h\u00e9gire, appara\u00eet et se diffuse rapidement une f\u00eate anniversaire du proph\u00e8te. Arbitrairement on la place un lundi, le 12 du mois de rab\u00ee\u2018 premier. C\u2019est aussi un lundi qu\u2019il est mort et un lundi qu\u2019il est parti pour son \u00e9migration \u00e0 M\u00e9dine. La f\u00eate diff\u00e8re par les d\u00e9tails suivant les pays, mais un peu partout il y a une procession aux flambeaux, on offre des repas aux pauvres, on distribue largement des bonbons, des marchands dressent des baraques ou des tentes que des lanternes illuminent la nuit, vendent des friandises ou du caf\u00e9. On voit des danseurs de corde, des charmeurs de serpents, des conteurs publics, des amuseurs de toutes sortes. On habille les enfants de v\u00eatements neufs, on rend des visites, on fait partir des p\u00e9tards, on se parfume, on caracole sur des montures richement capara\u00e7onn\u00e9es. Tout respire la joie. Les membres des confr\u00e9ries mystiques d\u00e9filent, invoquent le nom d\u2019Allah et de Mohammad mille et mille fois, se livrent \u00e0 des gesticulations qui tournent vite au d\u00e9lire, entrent en transe, poussent des hurlements pieux. Au Caire, un cheikh mont\u00e9 sur un cheval passait sur le dos de plusieurs dizaines de derviches prostr\u00e9s. Partout des hommes r\u00e9citent sans arr\u00eat des litanies, des pri\u00e8res, des chants, des po\u00e8mes \u00e0 la gloire du proph\u00e8te. Des discours sont prononc\u00e9s o\u00f9 on expose combien le monde \u00e9tait plong\u00e9 dans l\u2019ignorance et dans les t\u00e9n\u00e8bres avant la venue de Mohammad, comment il apporta la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 pour \u00e9clairer le c\u0153ur des hommes de bien. [172] En Turquie, on r\u00e9cite le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me compos\u00e9 au d\u00e9but du XVe si\u00e8cle par le derviche Suleym\u00e2n Tchelebi avec des additions d\u2019autres po\u00e8tes de la m\u00eame \u00e9poque. On y chante ainsi la naissance du proph\u00e8te :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Toutes choses cr\u00e9\u00e9es l\u2019ont accueilli joyeusement.<br>La tristesse s\u2019en \u00e9tait all\u00e9e, une nouvelle vie ranimait la terre.<br>Tous les atomes de l\u2019univers lan\u00e7aient un appel,<br>Criant en un choeur puissant : Bienvenue, Bienvenue !<br>Bienvenue, \u00f4 sultan tr\u00e8s haut, tu es bienvenu !<br>Bienvenue, \u00f4 source de la connaissance, tu es bienvenu !<br>Bienvenue, toi, rossignol du jardin de la Beaut\u00e9 !<br>Bienvenue, toi, l\u2019intime du Seigneur de Majest\u00e9 !<br>Bienvenue, toi, Lune et Soleil de la Bonne Direction !<br>Bienvenue, toi, qui ne te s\u00e9pares jamais de la Divinit\u00e9 !<br>Bienvenue, toi, seul refuge du p\u00e9cheur de la communaut\u00e9 !<br>Bienvenue, toi, le seul qui puisses soulager le mis\u00e9rable ! \u2026<\/em> [173]<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tandis que la Chr\u00e9tient\u00e9 voyait en lui l\u2019archi-ennemi, malfaisant et lubrique, tandis que l\u2019Islam c\u00e9l\u00e9brait en lui \u00ab la meilleure des cr\u00e9atures \u00bb, des hommes venaient qui, concevant mal la foi religieuse et surtout cette foi-l\u00e0, cherchaient \u00e0 retrouver en lui un homme pensant et agissant sur le m\u00eame plan qu\u2019eux. Le comte de Boulainvilliers, au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, c\u00e9l\u00e9brait en lui un libre-penseur qui cr\u00e9a une religion raisonnable. Voltaire, pour attaquer le christianisme, en fait un cynique imposteur, menant pourtant \u00e0 l\u2019aide de fables son peuple \u00e0 la conqu\u00eate de la gloire. Tout le si\u00e8cle voit en lui le pr\u00e9dicateur de la religion naturelle et rationnelle, bien \u00e9loign\u00e9e de la Folie de la Croix. Les Acad\u00e9mies le c\u00e9l\u00e8brent. Goethe lui consacre un magnifique po\u00e8me o\u00f9, type m\u00eame de l\u2019homme de g\u00e9nie, il est compar\u00e9 \u00e0 un fleuve puissant. Les fleuves et les ruisseaux, ses fr\u00e8res, crient vers lui, demandent son aide pour les amener vers l\u2019Oc\u00e9an qui les attend. Irr\u00e9sistible, triomphant, majestueux, il les entra\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Und so tragt er seine Br\u00fcder,<br>Seine Sch\u00e4tze, seine Kinder<br>Dem erwartenden Erzeuger<br>Freudebrausend an das Herz.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Carlyle place parmi les h\u00e9ros de l\u2019humanit\u00e9 cette grande \u00e2me en laquelle il reconna\u00eet quelque chose de divin. Puis les savants viennent, vont aux sources, reconstruisent sa biographie d\u2019apr\u00e8s les historiens arabes de plus en plus profond\u00e9ment scrut\u00e9s. A la fin du XIXe si\u00e8cle, l\u2019arabisant Hubert Grimme voit en lui un socialiste qui a impos\u00e9 une r\u00e9forme fiscale et sociale \u00e0 l\u2019aide d\u2019une \u00ab mythologie \u00bb, tr\u00e8s r\u00e9duite d\u2019ailleurs, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment invent\u00e9e pour effrayer les riches et emporter leur adh\u00e9sion. Tandis que la plupart des orientalistes essayent de nuancer leur jugement et mettent au premier plan sa ferveur religieuse, haineusement le j\u00e9suite belge Henri Lammens, grand connaisseur des sources, nie encore sa sinc\u00e9rit\u00e9. Les savants sovi\u00e9tiques discutent s\u2019il fut r\u00e9actionnaire ou progressiste. Les nationalistes, les socialistes, les communistes m\u00eame des pays musulmans s\u2019en r\u00e9clament comme d\u2019un pr\u00e9curseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi chacun a cherch\u00e9 en lui le reflet de ses inqui\u00e9tudes et de ses probl\u00e8mes ou de ceux de son si\u00e8cle, chacun l\u2019a amput\u00e9 de ce qu\u2019il ne comprenait pas, chacun l\u2019a model\u00e9 selon ses passions, ses id\u00e9es ou ses fantasmes. Je ne pr\u00e9tends pas avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette loi. Mais, si l\u2019objectivit\u00e9 pure est impossible \u00e0 atteindre, c\u2019est un sophisme que de poser qu\u2019il faut, en cons\u00e9quence, \u00eatre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment partial. Cet homme dont la pens\u00e9e et l\u2019action ont \u00e9branl\u00e9 le monde, nous savons bien peu de choses certaines sur lui. Mais, comme pour J\u00e9sus, \u00e0 travers r\u00e9cits suspects et traditions boiteuses, on peut percevoir quelque chose qui est le reflet d\u2019une personnalit\u00e9 singuli\u00e8re, \u00e9tonnante pour les hommes ordinaires qui se r\u00e9unirent autour d\u2019elle. C\u2019est ce reflet tel que j\u2019ai cru l\u2019apercevoir que j\u2019ai essay\u00e9 de fixer dans ce livre. Ce n\u2019est pas une image simple. Ni le monstre satanique des uns, ni la \u00ab meilleure des cr\u00e9atures \u00bb des autres, ni le froid imposteur, ni le th\u00e9oricien politique, ni le mystique exclusivement \u00e9pris de Dieu. Si nous le comprenons bien, Mohammad \u00e9tait un homme complexe, contradictoire. Il aimait le plaisir et se livrait \u00e0 l\u2019asc\u00e8se, il fut souvent compatissant et quelquefois cruel. C\u2019\u00e9tait un Croyant d\u00e9vor\u00e9 d\u2019amour et de crainte pour son Dieu et un politique pr\u00eat \u00e0 tous les compromis. Dou\u00e9 de peu d\u2019\u00e9loquence dans la vie ordinaire, son inconscient pendant une courte p\u00e9riode fabriqua des textes d\u2019une po\u00e9sie d\u00e9concertante. Il fut calme et nerveux, courageux et craintif, plein de duplicit\u00e9 et de franchise, oublieux des offenses et atrocement vindicatif, orgueilleux et modeste, chaste et voluptueux, intelligent et, sur certains points, \u00e9trangement born\u00e9. Mais il y avait en lui une force qui, avec l\u2019aide des circonstances, devait en faire un des quelques hommes qui ont boulevers\u00e9 le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il s\u2019\u00e9tonner de ces complexit\u00e9s et de ces contradictions, de ces faiblesses et de cette force ? Apr\u00e8s tout c\u2019\u00e9tait un homme d\u2019entre les hommes, soumis \u00e0 nos d\u00e9faillances, disposant de nos pouvoirs, Mohammad ibn \u2018Abdall\u00e2h de la tribu de Qoraysh, notre fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">158. Ab\u00fb Y\u00fbsuf Ya\u2019q\u00fbb, kit\u00e2b al-khar\u00e2j, Le Caire, 1346 H., p. 39, 11. 8 ss.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">159. B\u00fbs\u00een, burda, vers 34-6, 38, 42, 46, 58. Cf. la trad. compl\u00e8te en anglais par Arthur Jeffery, A Reader on Islam, La Haye, Mouton, 1962, p. 607-20. J\u2019ai suivi en partie les interpr\u00e9tations de la traduction fran\u00e7aise de Ren\u00e9 Basset, La Bordah du Cheikh-el-Bousiri, Paris, Leroux, 1894.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">160. \u2018Izz ad-d\u00een \u2018Abd al-\u2018az\u00eez ad-D\u00eer\u00een\u00ee (mort en 697\/ 1297), tah\u00e2rat al-qul\u00fbb (ou al-qalb), Le Caire, 1296 H. (1879 A.D.), p. 26-28, 30-32.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">161. Cf. surtout E. Cerulli, Il \u2018Libro della Scala\u2019 e la questione delle fonti arabo-spagnole della Divina Commedia, Citt\u00e0 del Vaticano, 1949 (coll. \u00ab Studi e Testi \u00bb, 150). J\u2019ai essay\u00e9 de r\u00e9sumer sur ces bases l\u2019\u00e9tat de la question dans mon article \u00ab Dante et l\u2019Islam d\u2019apr\u00e8s des travaux r\u00e9cents \u00bb (Revue de l\u2019histoire des religions, 140, 1951, p. 203-236). On a publi\u00e9 r\u00e9cemment en livre de poche, fort utilement, une nouvelle et meilleure \u00e9dition de la traduction latine faite au XIIIe si\u00e8cle d\u2019un r\u00e9cit de la mont\u00e9e au ciel du Proph\u00e8te, traduction \u00e0 la source de textes en castillan et en vieux fran\u00e7ais, voir Le Livre de l\u2019Echelle de Mahomet (Liber Scale Mahometi) avec une traduction en fran\u00e7ais moderne : Paris, Le Livre de Poche, 1991 (coll. \u00ab Lettres gothiques \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">162. L. Gardet, La pens\u00e9e religieuse d\u2019Avicenne (Ibn Sin\u00e2), Paris, Vrin, 1951, p. 113.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">163. E. W. Lane, An Account of the Manners and Customs of the Modern Egyptians, Londres, C. Knight, 1836-7, vol. I, chap. XIII, p. 384 ; Londres, Dent (Everyman\u2019s Library), p. 288.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">164. Cf. J. Reinaud, Monumens arabes, persans et turcs du Cabinet de M. le duc de Blacas\u2026, Paris, Imprimerie royale, 1828, vol. II, p. 97.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">165. Ibid., vol. II, p. 80-82.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">166. Haraw\u00ee, kit\u00e2b al-ish\u00e2r\u00e2t il\u00e2 ma\u2018rifat az-ziy\u00e2r\u00e2t, \u00e9d. J. Sourdel-Thomine, Damas, Institut fran\u00e7ais, 1953, p. 16. Trad. fr. Guide des lieux de p\u00e8lerinage, Damas, ibid., 1957, p. 42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">167. Ibid., texte arabe, p. 14, 17, 95 ; trad. fr., p. 36, 43 s, 216 ; T. W. Arnold, art. \u00ab Kadam shar\u00eef \u00bb in Encyclop\u00e9die de l\u2019Islam, 1re \u00e9d. fr., t. II, Leiden, Brill et Paris, Picard, 1927, p. 642-4, abr\u00e9g\u00e9 et un peu modifi\u00e9 dans la 2e \u00e9d., t. IV, Leiden, Brill et Paris, Maisonneuve et Larose, 1978, p. 383-4 (avec une addition de J. Burton-Page).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">168. Ibn Jubayr, Travels\u2026, 2e \u00e9d., M. J. de Goeje, Leiden, 1907, p. 162 ss. ; trad. fr. Ibn Jobair, Voyages\u2026, traduits et annot\u00e9s par Maurice Gaudefroy-Demombynes, Paris, Geuthner, 1949-1965, 4 vol., t. II (1951), p. 188.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">169. Cf. I. Goldziher, Muhammedanische Studien, Halle, 1890 (r\u00e9imp. Hildesheim, G. Olms, 1961), p. 168 ; Tor Andrae, Die Person Muhammeds in Lehre und Glauben seiner Gemeinde, Stockholm, 1918, p. 271.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">170. Cf. R. F. Burton, Personal Narrative of a Pilgrimage to Al Madinah and Meccah, London, G. Bell, 1913 (Bohn\u2019s Popular Library), vol. I, p. 315 ss.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">171. Jean Roman, Le P\u00e8lerinage aux lieux saints de l\u2019Islam, Alger, Baconnier, 1954, p. 34 s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">172. Cf. par ex. M. Hadj-Sadok, \u00ab Le mawlid d\u2019apr\u00e8s le mufti-po\u00e8te d\u2019Alger Ibn \u2018Amm\u00e2r \u00bb in M\u00e9langes Louis Massignon, Damas, Institut fran\u00e7ais, 1957, vol. II, p. 269-91 ; H. Fuchs, F. de Jong, J. Knappert, art. \u00ab Mawlid ou Mawl\u00fbd \u00bb in Encyclop\u00e9die de l\u2019Islam, 2e \u00e9d. fr., tome VI, Leiden, Brill et Paris, Maisonneuve et Larose, 1991, p. 886-889.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">173. S\u00fcleyman \u00c7elebi, Ves\u00eelet\u00fc \u2019n-nec\u00e2t Mewlid, \u00e9d. Ahmed Atesh, Ankara, T\u00fcrk Tarih kurumu Bas\u00efmevi, 1954, p. 67 ; cf. la trad. anglaise en vers de F. Lyman Mac Callum (S\u00fcleyman Chelebi, The Mevlidi Sherif, London, John Murray, 1943, p. 23 s. dans la coll. \u00ab Wisdom of the East \u00bb) qui suit parfois un texte l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de Maxime Rodinson, Mahomet, Paris, Points-Seuil, 1994 (1\u00e8re \u00e9dition : Paris, Club fran\u00e7ais du livre, 1961), p. 355-379 CHAPITRE VIIVictoire sur la mort Ce n\u2019en \u00e9tait pas fini du proph\u00e8te de l\u2019Islam. Dans cette d\u00e9risoire qu\u00eate \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 qui anime tant d\u2019hommes, le fondateur d\u2019une id\u00e9ologie et le fondateur d\u2019un Etat sont favoris\u00e9s. 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