{"id":10909,"date":"2020-12-10T08:07:42","date_gmt":"2020-12-10T07:07:42","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=10909"},"modified":"2024-01-10T23:04:59","modified_gmt":"2024-01-10T22:04:59","slug":"jean-francois-lyotard-en-algerie-une-vague-nouvelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/10\/jean-francois-lyotard-en-algerie-une-vague-nouvelle\/","title":{"rendered":"Jean-Fran\u00e7ois Lyotard : En Alg\u00e9rie, une vague nouvelle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/soubscan.org\/pdf\/soub_n32.pdf\" target=\"_blank\">Socialisme ou Barbarie<\/a><\/em>, n\u00b0 32, avril-juin 1961, p. 62-72<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"390\" height=\"639\" data-attachment-id=\"10911\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/10\/jean-francois-lyotard-en-algerie-une-vague-nouvelle\/socialisme-ou-barbarie-avril-1961\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?fit=390%2C639&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"390,639\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?fit=183%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?fit=390%2C639&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?resize=390%2C639&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-10911\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?w=390&amp;ssl=1 390w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Socialisme-ou-Barbarie-avril-1961.png?resize=183%2C300&amp;ssl=1 183w\" sizes=\"auto, (max-width: 390px) 100vw, 390px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">En d\u00e9cembre 1960, les Alg\u00e9riens de toutes les villes prennent possession de leurs rues. La guerre dure depuis six ans, les forces de l&rsquo;ordre sont partout renforc\u00e9es \u00e0 cause du voyage de de Gaulle, \u00e0 Alger le r\u00e9seau administratif-policier install\u00e9 depuis la \u00ab\u00a0bataille\u00a0\u00bb de 1957 s&rsquo;est fait plus serr\u00e9 que jamais, l&rsquo;organisation de la wilaya a \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9mantel\u00e9e \u00bb quatre ou cinq fois, les Alg\u00e9riens n&rsquo;ont pratiquement pas d&rsquo;armes, tous les Europ\u00e9ens sont arm\u00e9s, dans les grandes villes ils prennent m\u00eame l&rsquo;initiative des manifestations, cherchent \u00e0 occuper les quartiers-cl\u00e9s, \u00e0 faire basculer l&rsquo;arm\u00e9e de leur c\u00f4t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de tout cela, les Alg\u00e9riens \u00ab sortent \u00bb. Aussit\u00f4t les ultras s&rsquo;\u00e9vanouissent, tirant ici et l\u00e0 dans les manifestants alg\u00e9riens, appelant les paras \u00e0 la rescousse. Le vrai probl\u00e8me est pos\u00e9. Tous ceux qui parlaient au nom de l&rsquo;Alg\u00e9rie, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la place des Alg\u00e9riens, se taisent. Les Alg\u00e9riens \u00ab manifestent \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire se manifestent, en chair et en os, collectivement. L&rsquo;objet du litige intervient dans le litige retirant \u00e0 tout le monde la parole. <\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr cette intervention des masses urbaines modifie profond\u00e9ment les rapports de force : les ultras disparaissent du devant de la sc\u00e8ne politique, la \u00ab pacification \u00bb et \u00ab l&rsquo;int\u00e9gration des \u00e2mes \u00bb se dissipent tout \u00e0 fait, la politique de la \u00ab troisi\u00e8me voie \u00bb et de la \u00ab\u00a0mise en place d&rsquo;un ex\u00e9cutif provisoire\u00a0\u00bb est ramen\u00e9e \u00e0 sa juste mesure, qui est celle de la r\u00eaverie, le GPRA surgit officiellement comme le repr\u00e9sentant des Alg\u00e9riens, etc. Mais ce n&rsquo;est pas en ce sens seulement que ces manifestations sont importantes ; ce n&rsquo;est pas seulement parce qu&rsquo;elles d\u00e9placent les forces sur l&rsquo;\u00e9chiquier alg\u00e9rien, c&rsquo;est au contraire parce qu&rsquo;elles contiennent la destruction de l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;un \u00ab \u00e9chiquier politique \u00bb, parce qu&rsquo;elles portent au dehors un sens nouveau &#8211; en Alg\u00e9rie &#8211; de la politique. Tout s&rsquo;est pass\u00e9 tout \u00e0 coup comme si la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;\u00e9tait plus d&rsquo;abord une guerre : les fusils de l&rsquo;ordre n&rsquo;ont pas tir\u00e9 sur les manifestants comme ils tirent automatiquement sur les combattants. Le rapport militaire est pass\u00e9 au second plan : entre CRS et manifestants le rapport n&rsquo;\u00e9tait plus celui de la violence pure, mais \u00e0 mi-chemin de la force et de la parole. Tout le monde a commenc\u00e9 \u00e0 comprendre (sauf les paras) que la r\u00e9pression militaire n&rsquo;avait aucun rapport avec le probl\u00e8me pos\u00e9 par ces manifestations, qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas une \u00ab r\u00e9bellion \u00e0 pacifier \u00bb, mais que la r\u00e9volution gagnait les masses. C&rsquo;est pourquoi toute la presse de gauche et de droite, fran\u00e7aise et \u00e9trang\u00e8re, tous les sp\u00e9cialistes de la \u00ab politique \u00bb, y compris de Gaulle, ont conclu qu&rsquo;il fallait se h\u00e2ter de n\u00e9gocier, seule en effet la n\u00e9gociation peut arr\u00eater le \u00ab p\u00e9ril \u00bb, pense-t-on. Ce n&rsquo;est pas s\u00fbr, mais ce qui l&rsquo;est, c&rsquo;est qu&rsquo;ainsi le sens de la n\u00e9gociation \u00e9clate ; elle vise d&rsquo;abord et avant tout \u00e0 \u00e9liminer le danger d&rsquo;un d\u00e9veloppement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Or il y a une corr\u00e9lation essentielle entre la nouvelle signification prise par la question alg\u00e9rienne et l&rsquo;intervention politique d&rsquo;une couche nouvelle de la population. Ce sont les jeunes des ateliers, des bureaux, de l&rsquo;universit\u00e9, des lyc\u00e9es et des \u00e9coles qui \u00e9taient \u00e0 la pointe du mouvement : la jeunesse urbaine. C&rsquo;est elle qu&rsquo;il faut comprendre si l&rsquo;on veut expliquer ce qui se passe maintenant en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La nouvelle ville.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, en Alg\u00e9rie comme dans tous les pays islamiques, une tradition urbaine bien ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation, donc les institutions d&rsquo;une vie collective intense : le quartier d&rsquo;une vieille m\u00e9dina, la m\u00e9dina tout enti\u00e8re elle-m\u00eame, existe ou peut exister socialement comme une unit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9agit ou peut r\u00e9agir \u00e0 une situation en tant qu&rsquo;organisme. Cette unit\u00e9 se concr\u00e9tise dans la topographie m\u00eame des villes traditionnelles : elles apparaissent comme ferm\u00e9es et imp\u00e9n\u00e9trables, mais seulement \u00e0 l&rsquo;adversaire, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. En r\u00e9alit\u00e9 la marquetterie presque continue des toits en terrasse, le r\u00e9seau impr\u00e9visible des ruelles permet la circulation des informations, des id\u00e9es, des hommes, m\u00eame quand les rues sont occup\u00e9es, obtur\u00e9es par les forces de l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vie sociale de la m\u00e9dina traditionnelle est elle-m\u00eame une vie traditionnelle. L\u00e0 se r\u00e9fugient les petits commer\u00e7ants, les artisans que la concurrence europ\u00e9enne menace. La m\u00e9dina est sur la d\u00e9fensive, cern\u00e9e par la ville militaire, administrative, commerciale que les Europ\u00e9ens ont dress\u00e9e autour d&rsquo;elle. La petite bourgeoisie arabe pr\u00e9coloniale qui l&rsquo;habite se replie dans le conservatisme, mais est incapable, par son exp\u00e9rience sociale, d&rsquo;ouvrir \u00e0 ses enfants une perspective de transformation r\u00e9elle de leur vie. Les valeurs, les mod\u00e8les de rapports humains, les mani\u00e8res de vivre, qui sont ceux de la culture maghr\u00e9bine, sont r\u00e9affirm\u00e9s (dans le mouvement des Ul\u00e9mas, par exemple), dans la mesure justement o\u00f9 ils sont contest\u00e9s dans la vie r\u00e9elle, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la situation colonis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, dans les grandes villes les manifestations ont commenc\u00e9 par les banlieues. Dans ces p\u00e9riph\u00e9ries urbaines se trouvait concentr\u00e9e depuis la colonisation la pl\u00e8be des paysans chass\u00e9s de la terre par l&rsquo;usurier, la faim, l&rsquo;expropriation. Les bidonvilles qui cernaient et cernent les quartiers r\u00e9sidentiels sont l&rsquo;expression imm\u00e9diate, g\u00e9ographique de la pr\u00e9sence imp\u00e9rialiste dans le pays : plus de travail sur les terres, pas de travail dans les villes. L&rsquo;ancienne paysannerie sans emploi, sans but, campe et se d\u00e9compose aux portes de la richesse qu&rsquo;on lui a vol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que l&rsquo;essentiel de la population alg\u00e9rienne des villes se partage entre la vie coutumi\u00e8re des m\u00e9dinas et la mis\u00e8re absolue des bidonvilles, il n&rsquo;y a pas de futur pour elle. Son attitude par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, \u00e0 celle des Europ\u00e9ens en particulier est celle de la r\u00e9sistance, de la non-participation, \u00e9ventuellement de la r\u00e9volte &#8211; mais elle ne peut \u00eatre agressive, conqu\u00e9rante. Mais depuis six ans que dure la situation r\u00e9volutionnaire, une collectivit\u00e9 nouvelle s&rsquo;est constitu\u00e9e \u00e0 partir de la pl\u00e8be en haillons et de la petite bourgeoisie traditionnelle. Cette nouvelle couche est \u00e0 tous \u00e9gards le r\u00e9sultat de la lutte des Alg\u00e9riens, elle est la fille de la r\u00e9volution, et c&rsquo;est elle dont on a vu en d\u00e9cembre 1960, s&rsquo;\u00e9taler les images sur tous les journaux du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;occupation administrative, militaire et polici\u00e8re de toute l&rsquo;Alg\u00e9rie a suscit\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es dans les villes une activit\u00e9 \u00e9conomique, factice parce qu&rsquo;elle est plaqu\u00e9e sur des rapports sociaux inchang\u00e9s, mais r\u00e9elle puisque des emplois administratifs et commerciaux ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. La D\u00e9l\u00e9gation a fait construire de nouvelles cit\u00e9s \u00e0 la place de certains bidonvilles. La scolarisation s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e chez les Alg\u00e9riens des villes apr\u00e8s la p\u00e9riode de boycottage des \u00e9coles par le FLN en 56-57. Un prol\u00e9tariat \u00ab moderne \u00bb est ainsi apparu et, m\u00eame si en valeur absolue il est encore peu nombreux, son poids relatif dans la population des villes est sensible parce qu&rsquo;il lui offre, en m\u00eame temps qu&rsquo;une exp\u00e9rience sociale r\u00e9ellement contemporaine du XXe si\u00e8cle, de nouvelles perspectives, ou plut\u00f4t la nouveaut\u00e9 de la perspective, le futur. &#8211; Mais surtout une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration est arriv\u00e9e maintenant \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de comprendre, de travailler et de combattre : les enfants de 1954 ont \u00e0 pr\u00e9sent derri\u00e8re eux sept ans d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, de terreur, de lutte, et ils n&rsquo;ont que cela derri\u00e8re eux. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que cette collectivit\u00e9 ressente le probl\u00e8me de l&rsquo;Alg\u00e9rie, et cherche \u00e0 le r\u00e9soudre, d&rsquo;une mani\u00e8re nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Alg\u00e9riens des nouvelles cit\u00e9s ne sont ni les restes momifi\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9coloniale ni les d\u00e9bris d&rsquo;une colonisation impitoyable. En tant que salari\u00e9s ils ont une exp\u00e9rience sociale toute diff\u00e9rente des petits bourgeois traditionnels ou des paysans mis\u00e9rables ; dans le travail cette exp\u00e9rience n&rsquo;est pas qualitativement autre que celle d&rsquo;un \u00ab petit blanc \u00bb de Bab el Oued, tandis qu&rsquo;elle l&rsquo;est de celle d&rsquo;un artisan de la Kasbah ou d&rsquo;un mendiant. Mais cette situation de salari\u00e9 se heurte \u00e0 la persistance des barri\u00e8res raciales et des attitudes anti-arabes dans la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne en g\u00e9n\u00e9ral, et elle doit se combiner aussi avec les mod\u00e8les de conduite, les types de rapports humains qui viennent de la culture pr\u00e9coloniale. Bref les contradictions de la situation coloniale se trouvent, non pas effac\u00e9es, mais soulign\u00e9es, par la \u00ab modernisation \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la prol\u00e9tarisation, de la vie urbaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut ajouter \u00e0 cela que cette situation nouvelle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e dans le climat de la r\u00e9volution et de la r\u00e9pression. L&rsquo;int\u00e9gration apparente des nouveaux salari\u00e9s \u00e0 \u00ab l&rsquo;Alg\u00e9rie moderne \u00bb recouvre en r\u00e9alit\u00e9 une exp\u00e9rience continuelle de la violence subie. Par exemple ces cit\u00e9s nouvelles, aux noms prometteurs, avec leur hygi\u00e8ne et m\u00eame leur confort de bon aloi, font figure d&rsquo;\u0153uvre philanthropique. Mais en m\u00eame temps leur g\u00e9om\u00e9trisme (ce r\u00eave r\u00e9alis\u00e9 du policier qui dort dans l&rsquo;architecte) accueille \u00e0 merveille les op\u00e9rations de police ; les lignes droites sont des lignes de tir, les appartements-cellules sont herm\u00e9tiques, perch\u00e9s dans le ciel, n&rsquo;ont qu&rsquo;une issue. Une porte d&rsquo;immeuble contr\u00f4le vingt appartements, 150 personnes. Les \u00ab structures parall\u00e8les \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;organisation politico-administrative imagin\u00e9e par les militaires pour \u00e9pouser la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle, s&rsquo;adaptent beaucoup plus ais\u00e9ment \u00e0 cette topographie qu&rsquo;\u00e0 celle d&rsquo;une m\u00e9dina. De ce point de vue ces nouvelles banlieues sont \u00e0 la ville ce que sont les \u00ab regroupements \u00bb \u00e0 la campagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les Alg\u00e9riens commencent \u00e0 exp\u00e9rimenter les divers aspects de la vie moderne, les diverses formes de l&rsquo;unique projet (inscrit jusque dans le b\u00e9ton des immeubles) de d\u00e9truire toute communaut\u00e9, de rapetisser tous les liens sociaux \u00e0 la dimension de la plus petite famille, et encore\u2026 Cette exp\u00e9rience est d&rsquo;autant plus aigu\u00eb que les rapports communautaires de leur culture traditionnelle persistent encore dans leur mani\u00e8re de vivre d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et que de l&rsquo;autre leur nouvelle vie fait l&rsquo;objet d&rsquo;un contr\u00f4le minutieux et continuel : les entr\u00e9es et les sorties du domicile sont enregistr\u00e9es, il faut justifier les achats, l&#8217;emploi des revenus, les visites re\u00e7ues, etc. L&rsquo;appareil r\u00e9pressif qui surveille toute la vie quotidienne n&rsquo;a probablement d&rsquo;\u00e9quivalent que dans l&rsquo;usine moderne. C&rsquo;est pourquoi les manifestations de d\u00e9cembre 60 et de janvier 61 avaient plut\u00f4t le sens d&rsquo;une occupation d&rsquo;usine que d&rsquo;une descente dans la rue : les Alg\u00e9riens prenaient possession de leurs quartiers r\u00e9sistaient activement contre les incursions des forces de r\u00e9pression, expulsaient les indicateurs, for\u00e7aient l&rsquo;arm\u00e9e et la police \u00e0 rester l&rsquo;arme au pied \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ainsi une inversion continuelle du sens des initiatives administratives, qui les retourne contre leurs promoteurs. Au Palais d&rsquo;Et\u00e9, ces banlieues concr\u00e9tisaient s\u00fbrement un r\u00eave d&rsquo;int\u00e9gration, au moins d&rsquo;association, des \u00ab musulmans \u00bb : elles sont devenus le foyer de la r\u00e9volution vivante.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La nouvelle politique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette nouvelle couche sociale, qui est aussi une nouvelle classe d&rsquo;\u00e2ge, n&rsquo;est pas seulement le produit de la situation. Elle en est en m\u00eame temps le centre le plus sensible et le maximum de conscience. C&rsquo;est en effet par rapport \u00e0 ces jeunes, \u00e9lev\u00e9s dans la r\u00e9volution, soumis \u00e0 la r\u00e9pression, et, plus profond\u00e9ment, partag\u00e9s entre la haine de l&rsquo;Occident et la rupture avec la tradition, c&rsquo;est par rapport \u00e0 ces jeunes que le probl\u00e8me de l&rsquo;Alg\u00e9rie se pose dans sa totalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme le probl\u00e8me de leur vie, de ce qu&rsquo;ils vont devenir. Le contenu qu&rsquo;ils donnent \u00e0 la politique est sans commune mesure avec tout ce qui s&rsquo;est fait et pens\u00e9 en Alg\u00e9rie depuis des d\u00e9cennies \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes Alg\u00e9riens veulent en finir avec leur culture traditionnelle, qu&rsquo;ils ressentent \u00e0 la fois comme un frein \u00e0 leur \u00e9mancipation et aussi comme entretenue hypocritement par le colonisateur ; mais en m\u00eame temps ils la respectent, ils la d\u00e9fendent en eux-m\u00eames contre la culture europ\u00e9enne qui l&rsquo;assaille. D&rsquo;autre part ils sont tent\u00e9s de valoriser l&rsquo;organisation \u00ab europ\u00e9enne \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire capitaliste) de la soci\u00e9t\u00e9 parce qu&rsquo;elle a l&rsquo;air de pouvoir r\u00e9soudre le probl\u00e8me essentiel de l&rsquo;Alg\u00e9rie : la mis\u00e8re ; mais en m\u00eame temps, ils savent qu&rsquo;elle est l&rsquo;organisation de l&rsquo;exploitation, au moins de la leur. C&rsquo;est dans cette esp\u00e8ce de chass\u00e9-crois\u00e9 que vivent les jeunes des nouvelles banlieues. La ville pour eux, ce n&rsquo;est plus ni la m\u00e9dina avec son contenu culturel relativement coh\u00e9rent, ni simplement l&rsquo;amalgame a-social des mis\u00e8res dans la frange des bidonvilles. Leur vie urbaine contracte en une seule exp\u00e9rience toutes les faces de la situation coloniale : la destruction de la culture coutumi\u00e8re avec l&rsquo;attraction corr\u00e9lative de la culture europ\u00e9enne ; le refus de celle-ci avec la tentation de d\u00e9fendre les anciennes valeurs. C&rsquo;est-\u00e0-dire au total l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et la disponibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation appelle la r\u00e9ponse d&rsquo;une activit\u00e9 intense, une soif d&rsquo;exp\u00e9rience et de savoir : communication des informations, des hypoth\u00e8ses, mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des \u00ab solutions \u00bb dans des discussions constantes, perception du moindre d\u00e9tail de la vie comme significatif par rapport aux probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;Alg\u00e9rie. La r\u00e9alit\u00e9 sociale n&rsquo;est pas \u00e9touff\u00e9e dans la ouate des institutions, qui la rendent m\u00e9connaissable, mais l&rsquo;individu la rencontre continuellement \u00ab \u00e0 cru \u00bb. Cette vie r\u00e9ellement <em>politique <\/em>est tout le contraire d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e0 part, d&rsquo;une occupation sp\u00e9cialis\u00e9e, d&rsquo;une profession. Elle suppose au contraire la conscience que les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux ne sont pas des probl\u00e8mes s\u00e9par\u00e9s, autres que les probl\u00e8mes quotidiens, mais que les probl\u00e8mes quotidiens sont les plus importants, les seuls r\u00e9els. &#8211; A cet \u00e9gard encore, les initiatives int\u00e9grationnistes de l&rsquo;administration font boomerang : en voulant d\u00e9tacher par la conviction (par l&rsquo;action psychologique) les masses du \u00ab s\u00e9paratisme rebelle \u00bb, les officiers SAS ne font qu&rsquo;entretenir ce bouillonnement ; ils ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s dans les manifestations comme des f\u00e9tus. Et la r\u00e9pression ouverte elle-m\u00eame n&rsquo;y peut rien : la vie politique est encore plus intense dans les prisons et les camps que dans les m\u00e9dinas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ces jeunes Alg\u00e9riens, la politique signifie quelque chose qui n&rsquo;existe pratiquement dans aucune classe sociale en France en ce moment : la discussion et la mise en \u0153uvre, collectivement assum\u00e9es, de l&rsquo;avenir de tous et de chacun. Qu&rsquo;on se rende bien compte : un oranais, un alg\u00e9rois, gar\u00e7on ou fille, de 15 ans, n&rsquo;a aucun avenir pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9. Rien ne l&rsquo;attend, tout est possible. Dans un pays capitaliste moderne, un individu \u00e0 15 ans a d\u00e9j\u00e0, quelle que soit sa classe, un mode d&rsquo;insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9limite assez \u00e9troitement son avenir. C&rsquo;est du reste contre cette pr\u00e9figuration actuelle de tout son futur, contre cette mort pr\u00e9matur\u00e9e, qu&rsquo;il proteste par la violence apparemment absurde des \u00ab blousons noirs \u00bb par exemple. Les jeunes Alg\u00e9riens qui habitent les \u00ab ensembles modernes \u00bb de la banlieue sont des \u00ab blousons noirs \u00bb si l&rsquo;on veut, avec cette diff\u00e9rence que leur violence est efficace, parce que c&rsquo;est elle, et en d\u00e9finitive elle seule, qui sculpte la figure de leur vie. Quand les ultras d&rsquo;Alger disaient que le FLN n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une \u00ab bande de blousons noirs \u00bb, ils exprimaient bien s\u00fbr leur songe : que la soci\u00e9t\u00e9 telle qu&rsquo;elle existe ait raison des \u00ab jeunes voyous \u00bb qui ne veulent pas accepter leur destin ; mais en m\u00eame temps ils l&rsquo;exprimaient \u00e0 partir du fait, \u00e9vident sur place, qu&rsquo;une mentalit\u00e9 nouvelle, comparable \u00e0 celle des villes modernes, surgissait dans la communaut\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que les jeunes Alg\u00e9riens ont manifest\u00e9 dans les villes en d\u00e9cembre 60 et janvier 61, c&rsquo;est l&rsquo;apparition de cette nouvelle collectivit\u00e9, avec l&rsquo;intensit\u00e9 de sa vie politique (sans guillemets).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Front et les manifestations.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils n&rsquo;ont pas manifest\u00e9 pour porter Abbas au pouvoir m\u00eame s&rsquo;il est vrai qu&rsquo;Abbas viendra au pouvoir en se faisant porter par leur manifestation. Ils ont manifest\u00e9 pour le sens de leur vie, et cela exc\u00e8de \u00e9norm\u00e9ment le GPRA : un gouvernement ne peut pas \u00eatre le sens de la vie. Aucun d&rsquo;eux, si l&rsquo;on excepte ceux qui se voient d\u00e9j\u00e0 ministres, ne peut se dire : mes probl\u00e8mes seront r\u00e9solus du jour o\u00f9 l&rsquo;Alg\u00e9rie sera une R\u00e9publique ind\u00e9pendante. En fait les discussions politiques, les hypoth\u00e8ses, les solutions qui circulent concernent beaucoup plus le contenu de la vie dans l&rsquo;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante que le probl\u00e8me formel de l&rsquo;ind\u00e9pendance. L&rsquo;ind\u00e9pendance n&rsquo;est pas un probl\u00e8me pour eux, s&rsquo;il s&rsquo;agit de la forme constitutionnelle de l&rsquo;Alg\u00e9rie future et des \u00ab liens \u00bb ou non avec la France. Pour eux le probl\u00e8me de l&rsquo;ind\u00e9pendance, c&rsquo;est celui de savoir quoi faire quand on ne d\u00e9pend plus de ce qui vous dominait. De ce point de vue, ils sont d\u00e9j\u00e0 ind\u00e9pendants, d\u00e9j\u00e0 en avant des n\u00e9gociations, en train de se demander ce qu&rsquo;il faut faire des terres, de l&rsquo;Islam, des rapports entre les hommes et les femmes, des Europ\u00e9ens qui travaillent, des patrons europ\u00e9ens ou non &#8211; rejoignant ainsi les pr\u00e9occupations des ouvriers alg\u00e9riens les plus form\u00e9s, en France et en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne comprend rien \u00e0 tout cela, on ne per\u00e7oit rien de la signification de la lutte des Alg\u00e9riens, si on se contente d&rsquo;appr\u00e9cier les manifestations de d\u00e9cembre et de janvier comme une \u00ab belle d\u00e9monstration du FLN \u00bb. Pour les malins de la \u00ab politique \u00bb le GPRA a \u00ab marqu\u00e9 un point \u00bb, voil\u00e0 tout. L&rsquo;\u00e9chiquier s&rsquo;est modifi\u00e9, Abbas devient d\u00e9cid\u00e9ment un partenaire s\u00e9rieux ; on peut, il faut discuter avec lui. Donc voter oui, ou non (selon les ex\u00e9g\u00e8ses), au r\u00e9f\u00e9rendum, pour arr\u00eater la partie et prononcer le \u00ab match nul \u00bb (sic, <em>Le Monde<\/em> du 21 f\u00e9vrier 61). Du m\u00eame coup on peut se livrer au jeu passionnant des pronostics, des \u00ab tuyaux \u00bb, du bourguibisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut le dire tout net : il est bien fond\u00e9, le m\u00e9pris que les jeunes Alg\u00e9riens portent aux \u00ab politiques \u00bb fran\u00e7ais. Voir une partie d&rsquo;\u00e9checs ou de football l\u00e0 o\u00f9 une population enti\u00e8re affronte sans armes des centaines de milliers de fusils, de mitraillettes et d&rsquo;indicateurs, afin de faire savoir simplement qu&rsquo;elle veut le pain et la libert\u00e9, &#8211; cela donne la mesure de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la \u00ab politique \u00bb dans ce pays. La philosophie politique dominante chez les sp\u00e9cialistes, y compris \u00ab de gauche \u00bb, c&rsquo;est celle du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur : il n&rsquo;y a que des dirigeants, des \u00ab agitateurs \u00bb ; les \u00ab\u00a0masses\u00a0\u00bb sont des interm\u00e9diaires entre eux-m\u00eames ; ils les remuent et ils disent : vous voyez, les masses remuent, causons. D\u00e9j\u00e0 la latente complicit\u00e9 des \u00ab chefs \u00bb, m\u00eame ennemis, se fait jour par-dessus la t\u00eate des combattants, des militants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on ne peut pas, disent les malins, contester la coordination des manifestations, leur synchronisation avec le voyage de de Gaulle, leur \u00ab orchestration \u00bb. &#8211; Nous voyons bien en effet leur coordination et nous voyons bien leur opportunit\u00e9. Comment nier que ces manifestations aient \u00e9t\u00e9 <em>organis\u00e9es <\/em>? Mais tout le probl\u00e8me est celui-ci : qu&rsquo;est-ce que veut dire \u00ab organis\u00e9es \u00bb ? <em>Vous <\/em>voulez dire que les manifestants ont \u00e9t\u00e9 agis par une organisation, par une force qui les impulsait, les dirigeait. <em>Nous <\/em>disons que les masses ont agi en s&rsquo;organisant au fur et \u00e0 mesure de leur action, et que l&rsquo;action d&rsquo;\u00e9missaires sp\u00e9ciaux et clandestins n&rsquo;explique rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire que le FLN n&rsquo;a jou\u00e9 aucun r\u00f4le dans le d\u00e9clenchement des \u00e9v\u00e9nements ? Dans leur d\u00e9clenchement, s\u00fbrement si. Mais <em>\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/em> des manifestations il n&rsquo;a jou\u00e9 aucun r\u00f4le r\u00e9el en tant qu&rsquo;organisation diff\u00e9renci\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire ext\u00e9rieure \u00e0 la population. Ce n&rsquo;est plus le FLN comme appareil qui a monopolis\u00e9 la conduite des op\u00e9rations, mais des milliers de gar\u00e7ons et de filles, d&rsquo;hommes et de femmes des villes alg\u00e9riennes qui ont pris imm\u00e9diatement sur le terrain les initiatives n\u00e9cessaires. Cela suffit \u00e0 r\u00e9futer la vision polici\u00e8re-bureaucratique de la politique et de l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de preuve \u00e0 donner qu&rsquo;il s&rsquo;est pass\u00e9 quelque chose d&rsquo;absolument nouveau en Alg\u00e9rie en d\u00e9cembre. Les Alg\u00e9riens dans les rues sont cette preuve. Mais les sp\u00e9cialistes ne parviennent pas \u00e0 s&rsquo;en convaincre. Il leur faut chercher pour \u00ab\u00a0expliquer\u00a0\u00bb les manifestations une initiative du MNA, ou encore (dans la mythologie \u00ab d\u00e9fense de l&rsquo;Occident \u00bb) du PCA. C&rsquo;est qu&rsquo;il y avait un divorce trop \u00e9vident entre les paroles apaisantes d&rsquo;Abbas \u00e0 Tunis, par exemple, et l&rsquo;intensit\u00e9 persistante des manifestations. Si ce n&rsquo;est pas le FLN, c&rsquo;est donc quelque fr\u00e8re cadet, pens\u00e8rent les experts. Il fallut pourtant y renoncer : on ne pouvait, dans cette logique arithm\u00e9tico-militaire, expliquer une mobilisation beaucoup plus nombreuse qu&rsquo;aucune autre auparavant par un appareil beaucoup plus faible que le FLN, voire quasi-inexistant. Si bien que les experts rest\u00e8rent, et restent, m\u00e9dus\u00e9s par cette situation comme par un monstre logique. Preuve que leur logique est un monstre. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Nouveau courant. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 le probl\u00e8me de l&rsquo;Alg\u00e9rie se trouve, du fait de l&rsquo;apparition de cette nouvelle force, sensiblement d\u00e9plac\u00e9. En m\u00eame temps que le GPRA et le gouvernement fran\u00e7ais, pour quantit\u00e9 de raisons qu&rsquo;il est inutile d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer, s&rsquo;orientent vers la recherche d&rsquo;un compromis, un obstacle nouveau surgit. Au moment o\u00f9 la question alg\u00e9rienne allait enfin pouvoir quitter les djebels et r\u00e9int\u00e9grer le silence des chancelleries, o\u00f9 ici et l\u00e0 les dirigeants commen\u00e7aient \u00e0 pouvoir en faire leur affaire, cette vague nouvelle annonce une nouvelle menace. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;imm\u00e9diat cette menace vise le sort des vies et des biens fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie. Il a fallu l&rsquo;\u00e9norme poids des forces de l&rsquo;ordre pour emp\u00eacher que les Europ\u00e9ens soient livr\u00e9s \u00e0 la justice populaire des Alg\u00e9riens. Sans doute y a-t-il eu des provocations de la part des \u00ab petits blancs \u00bb les plus excit\u00e9s et des ultras les plus cons\u00e9quents. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel. Ce n&rsquo;est pas \u00e0 tel ou tel acte individuel que les Alg\u00e9riens r\u00e9agissent comme \u00e0 une provocation, mais c&rsquo;est \u00e0 la situation elle-m\u00eame. La lutte a \u00e9t\u00e9 si dure et la conscience de leur invincibilit\u00e9 est telle que la prolongation de l&rsquo;occupation militaire fran\u00e7aise, le maintien de la domination de la minorit\u00e9 europ\u00e9enne apparaissent comme intol\u00e9rables et suscitent une contestation quasi permanente chez les Alg\u00e9riens. De ce point de vue la situation a compl\u00e8tement bascul\u00e9 : le rapport colonial n&rsquo;est plus tol\u00e9r\u00e9 par les colonis\u00e9s, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui fondait ce rapport, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;acceptation par les Alg\u00e9riens eux-m\u00eames, dans leur vie quotidienne, de leur asservissement, le consentement \u00e0 leur propre oppression, a disparu, Se taire, avaler l&rsquo;humiliation, attendre, ne rien laisser para\u00eetre, &#8211; c&rsquo;est cela que les jeunes Alg\u00e9riens des villes ne savent plus faire. En criant publiquement leur volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance, en levant partout les d\u00e9fis que leur lan\u00e7aient les pieds-noirs, en prenant ici et l\u00e0 l&rsquo;initiative de l&rsquo;offensive, ils ont rompu irr\u00e9versiblement avec leur existence de colonis\u00e9s. L&rsquo;affrontement des communaut\u00e9s \u00e9tait l&rsquo;affrontement du pr\u00e9sent et du pass\u00e9 ; les Alg\u00e9riens voulaient se faire reconna\u00eetre comme des \u00e9gaux ,par les Europ\u00e9ens. Mais les Europ\u00e9ens ont eu peur, parce qu&rsquo;ils ne peuvent consentir \u00e0 cette reconnaissance sans supprimer du m\u00eame coup leur domination sans abolir leur repr\u00e9sentation du monde. Ceux qui peuvent partir partent ou partiront. Pour les autres, il leur faudra s\u00fbrement une g\u00e9n\u00e9ration pour s&rsquo;accepter en tant qu&rsquo;Alg\u00e9riens. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cette situation qui donne au probl\u00e8me du statut futur des Europ\u00e9ens son acuit\u00e9. Il est \u00e9vident que le GPRA comme tel a int\u00e9r\u00eat \u00e0 m\u00e9nager les capitaux fran\u00e7ais, et par cons\u00e9quent \u00e0 accorder aux ressortissants fran\u00e7ais des privil\u00e8ge de nationalit\u00e9. Mais il est certain \u00e9galement que la jeune g\u00e9n\u00e9ration urbaine aura du mal \u00e0 accepter que se perp\u00e9tue sous la forme de ces privil\u00e8ges, le rapport colonial qu&rsquo;elle rejette de toutes ses forces. Tant que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 absolue dans les rapports. entre les communaut\u00e9s ne sera pas institu\u00e9e, la tension persistera, et par cons\u00e9quent les relations qui auront \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies entre le capitalisme fran\u00e7ais et le nouvel Etat risqueront d&rsquo;\u00eatre remises en cause. <\/p>\n\n\n\n<p>De ce seul point de vue d\u00e9j\u00e0, une stabilisation de la situation par un gouvernement alg\u00e9rien s&rsquo;av\u00e9rera difficile Car d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 on ne voit pas que celui-ci ne soit contraint d&rsquo;am\u00e9nager des \u00e9tapes, des transitions, et par cons\u00e9quent de faire des concessions \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rialisme en particulier sur la question des biens fran\u00e7ais. Mais de l&rsquo;autre, on voit mal qu&rsquo;il puisse endiguer de fa\u00e7on stable la force de contestation radicale de la colonisation qui s&rsquo;est manifest\u00e9e ces derniers mois dans les villes. Ce que les manifestations ont signifi\u00e9 de ce point de vue, c&rsquo;est que le contr\u00f4le du FLN sur la population n&rsquo;\u00e9tait pas inconditionnel. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment une certaine rupture entre l&rsquo;organisation ext\u00e9rieure tenue en laisse par le GPRA, et la r\u00e9volution int\u00e9rieure s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9e. A la limite les cadres exil\u00e9s, qu&rsquo;ils soient militaires ou politiques, tendent \u00e0 avoir une vue abstraite de la r\u00e9alit\u00e9 alg\u00e9rienne ; ils posent les probl\u00e8mes beaucoup plus du point de vue des relations avec l&rsquo;imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais et des relations internationales en g\u00e9n\u00e9ral (c&rsquo;est-\u00e0-dire des relations avec les Etats) que par rapport aux probl\u00e8mes concrets que rencontrent les masses ; depuis six ans ils se sont forg\u00e9s une mentalit\u00e9 d&rsquo;administrateurs, de personnalit\u00e9s, de fonctionnaires, ils sont devenus l&rsquo;Etat. La nouvelle couche que constitue la jeunesse salari\u00e9e des villes bien qu&rsquo;elle ne soit pas \u00ab politis\u00e9e \u00bb au m\u00eame sens que les cadres, a dans sa majorit\u00e9 une exp\u00e9rience beaucoup plus riche et beaucoup plus radicale de la situation donc un niveau politique beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, au-dessous des tendances qui commen\u00e7aient \u00e0 trouver leur expression au sein des organisations &#8211; notamment la tendance des syndicalistes de l&rsquo;UGTA -, et qui, \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance, seront amen\u00e9es \u00e0 exprimer plus nettement qu&rsquo;elles ne l&rsquo;ont fait les solutions qu&rsquo;elles pr\u00e9conisent pour les probl\u00e8mes de l&rsquo;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante, un courant r\u00e9volutionnaire au sein des masses elles-m\u00eames, surtout au sein de la nouvelle couche de la jeunesse urbaine, commence \u00e0 se dessiner.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute le GPRA s&rsquo;appr\u00eate-t-il d\u00e9j\u00e0 \u00e0 le faire rentrer dans l&rsquo;ordre, dans son ordre : il peut capter une partie de cette force en attelant les jeunes \u00e0 la t\u00e2che de construire la nouvelle soci\u00e9t\u00e9, il peut r\u00e9primer ce qui r\u00e9siste (1). Mais dans tous les cas il faudra bien qu&rsquo;il s&rsquo;ali\u00e8ne une fraction importante de la jeunesse : la conscience acquise par celle-ci, sa participation au modelage de sa propre vie, les exigences qu&rsquo;elle commence \u00e0 manifester quant au sens \u00e0 donner \u00e0 la r\u00e9volution, &#8211; tout cela ne se laissera pas facilement apaiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de ce courant d\u00e9pend de sa consolidation actuelle. En particulier, si la jeunesse alg\u00e9rienne qui a grandi dans la r\u00e9volution ne parvient pas \u00e0 exprimer de la fa\u00e7on la plus claire et la plus compl\u00e8te possible son exp\u00e9rience et sa revendication, elle sera plus ais\u00e9ment jugul\u00e9e par la bureaucratie nationale. Une telle consolidation doit constituer l&rsquo;objectif imm\u00e9diat des \u00e9l\u00e9ments les plus conscients par rapport au probl\u00e8me alg\u00e9rien. Cela ne veut pas dire que l&rsquo;objectif de l&rsquo;ind\u00e9pendance inconditionnelle de l&rsquo;Alg\u00e9rie doit \u00eatre plac\u00e9 au second plan. En fait la question pos\u00e9e par ce nouveau courant, et qu&rsquo;il faut d\u00e9velopper, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la question de l&rsquo;ind\u00e9pendance, mais envisag\u00e9e dans son contenu r\u00e9el. L&rsquo;ind\u00e9pendance est seulement une forme et le courant dont nous parlons a d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9 la critique de cette forme du point de vue de la r\u00e9alit\u00e9 sociale de l&rsquo;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc que le travail de discussion et de clarification qui peut d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00eatre entrepris avec des camarades alg\u00e9riens se place au niveau de conscience auquel ils sont parvenus, et non au niveau d&rsquo;inconscience ou de complicit\u00e9 bureaucratique o\u00f9 stagne la \u00ab gauche \u00bb fran\u00e7aise. Ce travail doit aboutir \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un programme de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne. Sans vouloir aucunement pr\u00e9juger du contenu de ce programme, il est possible d\u00e8s maintenant d&rsquo;en indiquer les principales t\u00eates de chapitre : &#8211; question de la terre (expropriation des grandes compagnies ; partage et collectivisation ; fermiers, petits propri\u00e9taires, ouvriers agricoles) ; &#8211; question de l&rsquo;industrialisation ; &#8211; probl\u00e8me de la \u00ab solution \u00bb chinoise ou cubaine, et de la bureaucratie en pays sous-d\u00e9velopp\u00e9 ; &#8211; probl\u00e8me des syndicats, de leur nature, de leur r\u00f4le dans ces pays ; &#8211; rapports avec Tunisie et Maroc (critique des \u00ab solutions \u00bb tunisienne et marocaine ; possibilit\u00e9 de cr\u00e9er un front r\u00e9volutionnaire du Maghreb ; signification de l&rsquo;Union nationale des Forces Populaires au Maroc) ; &#8211; internationalisme et rapports avec les courants r\u00e9volutionnaires dans les pays capitalistes et bureaucratiques modernes ; &#8211; sens et sort des structures traditionnelles en Alg\u00e9rie : famille, communaut\u00e9s, religion ; &#8211; les Europ\u00e9ens en Alg\u00e9rie ; &#8211; probl\u00e8me des langues, de l&rsquo;enseignement, et plus g\u00e9n\u00e9ralement de la culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces questions ne sont pas des questions de sp\u00e9cialistes, ce sont celles qui sont d\u00e9battues tous les jours entre les Alg\u00e9riens quand ils r\u00e9fl\u00e9chissent au sens de leur r\u00e9volution. M\u00eame quand elles ont un aspect \u00ab technique \u00bb, comme pour les terres, leur solution est n\u00e9cessairement politique ; les techniciens peuvent d\u00e9finir les choix possibles, mais c&rsquo;est aux seuls Alg\u00e9riens de savoir ce qu&rsquo;ils veulent et d&rsquo;imposer les solutions. Chacun a eu et continue d&rsquo;avoir une exp\u00e9rience particuli\u00e8re de la situation r\u00e9volutionnaire, a rencontr\u00e9 sous une forme concr\u00e8te l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces probl\u00e8mes, lui a donn\u00e9 ou a song\u00e9 \u00e0 lui donner telle ou telle solution. C&rsquo;est cette richesse de l&rsquo;exp\u00e9rience accumul\u00e9e par la jeunesse des villes, par les paysans dans les maquis et les centres de regroupement, par les ouvriers en France et en Alg\u00e9rie, que doit cristalliser le programme r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est d&rsquo;elle qu&rsquo;il doit tirer les le\u00e7ons. Alors et alors seulement, la signification r\u00e9elle de la lutte des Alg\u00e9riens ne sera pas perdue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Jean-Fran\u00e7ois LYOTARD.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Un camarade tr\u00e8s bien inform\u00e9, auquel nous devons une meilleure compr\u00e9hension de la situation en Alg\u00e9rie, nous sugg\u00e8re que telle serait la fonction r\u00e9serv\u00e9e aux deux arm\u00e9es ext\u00e9rieures (aux fronti\u00e8res tunisienne et marocaine) ; disciplin\u00e9es comme n&rsquo;importe quelle arm\u00e9e bourgeoise, encadr\u00e9es par des militaires de carri\u00e8re venus de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, arm\u00e9es avec du mat\u00e9riel lourd et moderne, maintenues sous le contr\u00f4le direct des cadres du GPRA, elles apparaissent comme la future force de police de la classe dirigeante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard paru dans Socialisme ou Barbarie, n\u00b0 32, avril-juin 1961, p. 62-72 En d\u00e9cembre 1960, les Alg\u00e9riens de toutes les villes prennent possession de leurs rues. La guerre dure depuis six ans, les forces de l&rsquo;ordre sont partout renforc\u00e9es \u00e0 cause du voyage de de Gaulle, \u00e0 Alger le r\u00e9seau administratif-policier install\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[41,112,138,263,302,472,504,1370,611,2254,1495,1008,1089,1379],"class_list":["post-10909","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-41","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-charles-de-gaulle","tag-colonialisme","tag-front-de-liberation-nationale","tag-gpra","tag-jean-francois-lyotard","tag-jeunesse","tag-manifestations","tag-politique","tag-revolution","tag-socialisme-ou-barbarie","tag-villes"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-2PX","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":3371,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2018\/03\/03\/lyotard-algerie\/","url_meta":{"origin":10909,"position":0},"title":"Jean-Fran\u00e7ois Lyotard : L&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e9vacu\u00e9e","author":"SiNedjib","date":"03\/03\/2018","format":false,"excerpt":"Extrait de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, \"L'Alg\u00e9rie \u00e9vacu\u00e9e\", Socialisme ou Barbarie, n\u00b0 34, mars-mai 1963, p. 1-7 Les lignes qui suivent n'ont pas pour objet de d\u00e9finir une politique r\u00e9volutionnaire en Alg\u00e9rie. 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