{"id":11063,"date":"2020-12-26T12:04:15","date_gmt":"2020-12-26T11:04:15","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11063"},"modified":"2025-08-12T21:09:49","modified_gmt":"2025-08-12T19:09:49","slug":"paul-mattick-humanisme-et-socialisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/26\/paul-mattick-humanisme-et-socialisme\/","title":{"rendered":"Paul Mattick : Humanisme et Socialisme"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Paul Mattick paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/gauchecommuniste\/gauchescommunistes-ap1952\/frontnoir\/frontnoir-n06.pdf\" target=\"_blank\">Front Noir<\/a><\/em>, n\u00b0 6, novembre 1964, p. 20-24<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/bataillesocialiste.files.wordpress.com\/2013\/12\/m38.jpg?w=640&#038;resize=376%2C419\" alt=\"\" width=\"376\" height=\"419\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Tout comme la science, l&rsquo;industrie, le nationalisme et l&rsquo;Etat moderne, l&rsquo;humanisme est un produit du d\u00e9veloppement du capitalisme. Il est le couronnement de l&rsquo;id\u00e9ologie de la bourgeoisie. Celle-ci avait grandi au sein des relations sociales f\u00e9odales, dont le principal soutien id\u00e9ologique \u00e9tait la religion. L&rsquo;humanisme est donc un produit de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire un produit d&rsquo;hommes s&rsquo;attaquant \u00e0 transformer une formation sociale en une autre. Parce qu&rsquo;il se constitua avec l&rsquo;apparition et la croissance du capitalisme, l&rsquo;humanisme doit \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 d&rsquo;abord au sein de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise avant que l&rsquo;on puisse traiter de ses relations avec le socialisme ou avec \u00ab l&rsquo;humanisme socialiste \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Les relations sociales pr\u00e9-capitalistes \u00e9volu\u00e8rent si lentement que leurs changements \u00e9taient presque imperceptibles. Mais, la stagnation absolue n&rsquo;existant pas, le capitalisme devait na\u00eetre \u00e0 la fin du Moyen,Age, marquant la fin d&rsquo;une \u00e9poque de l&rsquo;\u00e9volution sociale et le d\u00e9but d&rsquo;une autre. C&rsquo;\u00e9tait le r\u00e9sultat de l&rsquo;addition de nombreux changements, lents, isol\u00e9s mais cumulatifs, du proc\u00e8s de production et des relations de propri\u00e9t\u00e9. L&rsquo;accumulation de nombreuses richesses, leur concentration dans les centres urbains devaient, tout autant que la persistance des conditions f\u00e9odales qui limitaient cette accumulation, d\u00e9clencher un mouvement intellectuel oppos\u00e9 \u00e0 cette discipline d&rsquo;un autre monde impos\u00e9e par le christianisme m\u00e9di\u00e9val, d\u00e9fenseur de la structure sociale f\u00e9odale et du pouvoir de l&rsquo;Eglise. Pourtant, tout comme la richesse commerciale, cette attitude irr\u00e9ligieuse nouvelle venue qui faisait encore une fois de l&rsquo;homme occidental la \u00ab mesure de toute chose \u00bb, devait rester, pour un certain temps, le privil\u00e8ge du riche et de sa client\u00e8le. Et d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;humanisme parut s&rsquo;\u00e9puiser lorsqu&rsquo;apr\u00e8s avoir lib\u00e9r\u00e9 l&rsquo;esprit du dogmatisme th\u00e9ologique il red\u00e9couvrit les classiques grecs.<\/p>\n\n\n\n<p>Expression d&rsquo;une tendance g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9volution, l&rsquo;humanisme ne pouvait \u00e9viter de la modifier en retour par son attitude critique vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Eglise m\u00e9di\u00e9vale. En quoi il devait aider \u00e0 l&rsquo;extension de la R\u00e9forme, m\u00eame si celle-ci ne pouvait s&rsquo;adapter \u00e0 l&rsquo;humanisme. Jusqu&rsquo;au XVIIIe si\u00e8cle, l&rsquo;humanisme ne devait rester qu&rsquo;un passe-temps d&rsquo;intellectuels. Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9volutionnaires qui suivirent amen\u00e8rent seuls sa floraison compl\u00e8te, en tant que partie de l&rsquo;id\u00e9ologie g\u00e9n\u00e9rale des classes moyennes en lutte pour adjoindre \u00e0 leur importance \u00e9conomique croissante le pouvoir politique, tandis que les r\u00e9gimes f\u00e9odaux allaient sur leur d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p>La classe moyenne r\u00e9volutionnaire finit par voir dans ses propres int\u00e9r\u00eats de classe les besoins et les d\u00e9sirs de la grande majorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 qui souffrait de la domination tyrannique d&rsquo;une minorit\u00e9 d&rsquo;aristocrates. Son \u00e9mancipation politique \u00e9tait \u00e0 ses yeux, l&rsquo;\u00e9mancipation de l&rsquo;humanit\u00e9, la lib\u00e9ration de toute forme d&rsquo;oppression et de superstition. Et c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 tout autant une n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;une conviction, m\u00eame si la riche classe moyenne n&rsquo;avait en r\u00e9alit\u00e9 aucune intention de modifier le sort des basses classes. Cette modification mise \u00e0 part, il fallait que triomphassent : libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9. Les hommes du \u00ab si\u00e8cle des lumi\u00e8res \u00bb se sentaient r\u00e9ellement humanistes. Ils combattaient le surnaturel, exaltaient la v\u00e9ritable nature humaine. A eux seuls revenait le droit de fa\u00e7onner la soci\u00e9t\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 cette nature et \u00e0 la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>La bourgeoisie solidement \u00e9tablie, l&rsquo;humanisme d\u00e9g\u00e9n\u00e9ra en humanitarisme : il fallait adoucir la mis\u00e8re sociale qui accompagnait le processus de formation du capital. S&rsquo;ils consid\u00e9raient le mode de production capitaliste comme immuable (n&rsquo;\u00e9tait-il pas le syst\u00e8me le plus conforme et aux lois naturelles et \u00e0 la nature humaine ?), les r\u00e9formateurs sociaux, nourris des traditions humanistes, pensaient pouvoir combiner le syst\u00e8me de production li\u00e9 au capital avec un syst\u00e8me de distribution plus \u00e9galitaire. Les dures n\u00e9cessit\u00e9s des lois naturelles de l&rsquo;\u00e9conomie exigeaient d&rsquo;\u00eatre temp\u00e9r\u00e9es par la piti\u00e9 et la charit\u00e9 humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus le triomphe de la bourgeoisie s&rsquo;accentuait, plus son outrecuidance et l&rsquo;accroissement de sa richesse masquaient la condition des classes laborieuses et moins l&rsquo;id\u00e9ologie bourgeoise gardait de rapport avec son pass\u00e9 humaniste. Bien au contraire. Les doctrines de Malthus et le darwinisme social remirent en question les attitudes et les politiques humanitaires et conclurent \u00e0 leur contradiction avec les lois naturelles qui imposent \u00ab la survivance du plus apte \u00bb. Au lieu d&rsquo;humanisme on parlait maintenant de <em>\u00ab l&rsquo;homme \u00e9conomique \u00bb<\/em>, seul conforme \u00e0 la v\u00e9ritable nature humaine et aux lois de la nature, maintenant scientifiquement et d\u00e9finitivement \u00e9tablies.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler de \u00ab survie du plus apte \u00bb c&rsquo;\u00e9tait sous-entendre l&rsquo;existence d&rsquo;une coercition et d&rsquo;une id\u00e9ologie : la coercition s&rsquo;exerce contre les inadapt\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire les classes laborieuses, et c&rsquo;est la classe capitaliste, d\u00e9tentrice des moyens de production, qui poss\u00e8de la force n\u00e9cessaire \u00e0 cette coercition politique ; l&rsquo;id\u00e9ologie, qui d\u00e9fend cet \u00e9tat de choses, \u00e0 savoir l&rsquo;exploitation du travail par le capital, proclame que la production capitaliste et les relations sociales qui en sont le fondement sont des relations naturelles sur lesquelles le temps n&rsquo;a pas de prise. Comme deux s\u00fbret\u00e9s valent mieux qu&rsquo;une, on ressuscita les vieilles superstitions pour les ajouter aux nouvelles. Les hommes redevinrent les victimes passives de forces surhumaines hors de toute atteinte. Le processus d&rsquo;humanisation qui avait accompagn\u00e9 la naissance du capitalisme s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9 en un processus de d\u00e9shumanisation encore plus accentu\u00e9 que le pr\u00e9c\u00e9dent. Il fallait que tous les efforts des hommes se fissent au profit du nouveau f\u00e9tiche : la production du capital.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire du capitalisme contrairement aux attentes des premiers id\u00e9ologues de la bourgeoisie, est celle d&rsquo;une d\u00e9shumanisation croissante, aussi bien dans les relations sociales de production que dans la vie sociale en g\u00e9n\u00e9ral. Dans tous les syst\u00e8mes sociaux ant\u00e9rieurs, richesse et travail s&rsquo;opposaient concr\u00e8tement et les rapports sociaux \u00e9taient directement perceptibles : relations du ma\u00eetre et de l&rsquo;esclave, du seigneur et du serf, de l&rsquo;oppresseur et de l&rsquo;opprim\u00e9. Approuv\u00e9s par les dieux, ou par Dieu, l&rsquo;esclavage et le servage ne pouvaient \u00eatre mis en question. Pour supprimer tout probl\u00e8me on avait d&rsquo;ailleurs rel\u00e9gu\u00e9 les esclaves au monde animal. Pourtant les ma\u00eetres savaient ce qu&rsquo;ils faisaient lorsqu&rsquo;ils les mettaient au travail. Le seigneur et le serf connaissaient leur situation dans la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame si le serf pouvait, par instants, douter de la sagesse d&rsquo;un tel arrangement. Mais, les voies du Seigneur sont imp\u00e9n\u00e9trables&#8230; Quoi qu&rsquo;il en f\u00fbt, esclavage et travail forc\u00e9 \u00e9taient des activit\u00e9s, dont une classe devait souffrir et une autre profiter, mais que toutes deux envisageaient telles qu&rsquo;elles \u00e9taient. <\/p>\n\n\n\n<p>La religion, ce f\u00e9tiche, si elle pouvait aider au maintien de ces conditions, ne pouvait masquer les v\u00e9ritables rapports sociaux qui \u00e9taient \u00e0 leur base : tout au plus, elle les rendait acceptables. Les premiers humanistes, en tout cas, ne se souciaient pas des rapports sociaux ; n&rsquo;\u00e9prouvaient-il pas la plus grande affection pour les soci\u00e9t\u00e9s esclavagistes pr\u00e9-chr\u00e9tiennes ? Les classes moyennes ne s&rsquo;en souciaient pas davantage car elles s&rsquo;attaquaient au remplacement du syst\u00e8me f\u00e9odal d&rsquo;exploitation par le syst\u00e8me capitaliste. Ce qui avait un int\u00e9r\u00eat \u00e0 leurs yeux c&rsquo;\u00e9tait la nature, l&rsquo;essence de l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;individu ou de la nature humaine en g\u00e9n\u00e9ral ; ce pouvait \u00eatre aussi la soci\u00e9t\u00e9, mais seulement dans la mesure o\u00f9 elle constituait une entrave \u00e0 la r\u00e9alisation des possibilit\u00e9s que l&rsquo;on attribuait \u00e0 l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette philosophie \u00e9tait adapt\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste des entrepreneurs individuels luttant encore pour sa reconnaissance. Elle justifiait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9go\u00efste en le pr\u00e9sentant comme l&rsquo;instrument m\u00eame de la lib\u00e9ration de l&rsquo;individu et du bien-\u00eatre social. Tout comme la classe moyenne r\u00e9volutionnaire avait identifi\u00e9 ses int\u00e9r\u00eats de classe aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re, cette philosophie identifiait certaines particularit\u00e9s de \u00ab la nature humaine \u00bb li\u00e9es aux conditions du capitalisme \u00e0 la nature humaine en g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, pourtant, au lieu de l&rsquo;homme individuel et de la nature humaine qui ne sont que des concepts abstraits, existaient des hommes v\u00e9ritables, s&rsquo;opposant les uns aux autres au sein du processus de production. Le monde des hommes c&rsquo;est le monde des acheteurs et des vendeurs de force de travail ; leurs relations sont des relations de march\u00e9. La production pour l&rsquo;\u00e9change, c&rsquo;est la production et l&rsquo;accumulation de valeur d&rsquo;\u00e9change exprimable en termes d&rsquo;argent. Mais seuls les acheteurs de la force de travail s&rsquo;enrichissent, les vendeurs ne font que reproduire leur mis\u00e9rable condition d&rsquo;ouvriers salari\u00e9s. La vente et l&rsquo;achat de la force de travail ne peuvent \u00eatre et ne sont manifestement pas un \u00e9change \u00ab \u00e9gal \u00bb puisqu&rsquo;une partie du travail n&rsquo;est pas \u00e9chang\u00e9e du tout mais purement et simplement vol\u00e9e sous forme de plus-value. Ce processus est masqu\u00e9 par la forme mercantile de la production des marchandises. Ceci n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 que, d\u00e8s les d\u00e9buts de la formation du capitalisme, on se soit aper\u00e7u de l&rsquo;exploitation du travail par le capital. D\u00e9plor\u00e9e par les exploit\u00e9s elle allait de soi pour les exploiteurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Ceci, en soi, n&rsquo;impliquait pas une d\u00e9shumanisation croissante de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;humanisme \u00e9tait bien apparu dans les conditions d&rsquo;exploitation qui existaient avant les rapports de production sp\u00e9cifiques du capitalisme. Peut-\u00eatre aurait-il pu mener \u00e0 une lente am\u00e9lioration. de la domination de classe de l&rsquo;\u00e9conomie et finalement la d\u00e9truire ? Et c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, bien s\u00fbr, l&rsquo;espoir de bourgeois remplis de bonnes intentions, des premiers socialistes utopiques. Ils soulignaient le fait que les hommes font partie d&rsquo;une m\u00eame humanit\u00e9 et en appelaient \u00e0 leur sens inn\u00e9 de la justice pour qu&rsquo;ils redressent le cours des choses. <\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ce ne fut que pour un temps, le jeune Marx devait partager cet espoir, dans sa p\u00e9riode de <em>communisme philosophique<\/em>. C&rsquo;est dans les <em>Manuscrits Economiques et Philosophiques<\/em> de 1844, qu&rsquo;il exprime cet espoir sous une forme philosophique extr\u00eamement tortur\u00e9e. Selon Marx, et ceci est \u00e0 rattacher \u00e0 sa critique de l&rsquo;id\u00e9alisme h\u00e9g\u00e9lien, l&rsquo;homme a fait fausse route en s&rsquo;\u00e9cartant de sa v\u00e9ritable essence. Il en r\u00e9sulte que les produits de son travail lui apparaissent comme des objets \u00e9trangers qui exercent un pouvoir sur lui, le monde ext\u00e9rieur comme un monde \u00e9tranger qui s&rsquo;oppose \u00e0 lui. Marx con\u00e7oit l&rsquo;ali\u00e9nation sous l&rsquo;angle du mat\u00e9rialisme de Feuerbach et il l&rsquo;envisage dans le cadre d&rsquo;une critique de l&rsquo;\u00e9conomie bourgeoise ; mais cette \u00e9conomie elle-m\u00eame, il l&rsquo;appr\u00e9hende comme une forme sp\u00e9cifique de l&rsquo;auto-ali\u00e9nation de l&rsquo;homme. Marx jugeait cette mani\u00e8re de voir indispensable pour que l&rsquo;homme puisse prendre conscience de sa nature essentielle et de la nature de son ali\u00e9nation. Cette prise de conscience incombait \u00e0 la philosophie et \u00e0 un humanisme positif. Marx en esp\u00e9rait la fin de toute forme d&rsquo;ali\u00e9nation &#8211; ali\u00e9nation de l&rsquo;homme de sa v\u00e9ritable nature, ali\u00e9nation de l&rsquo;homme de son travail, ali\u00e9nation de l&rsquo;homme de ses camarades humains &#8211; et, bien entendu, de ces diverses manifestations de l&rsquo;ali\u00e9nation que sont la religion et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Dans l&rsquo;optique de Marx, humanisme et communisme, communisme et fin de l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme se confondent.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;essence de l&rsquo;homme ? Pour le jeune Marx c&rsquo;est ce qui diff\u00e9rencie l&rsquo;homme de l&rsquo;animal. Alors que l&rsquo;animal s&rsquo;identifie directement avec son activit\u00e9 vitale, l&rsquo;homme \u00ab fait de son activit\u00e9 vitale elle-m\u00eame l&rsquo;objet de sa volont\u00e9 et de sa conscience\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En produisant pratiquement un monde d&rsquo;objets\u2026 l&rsquo;homme s&rsquo;affirme comme un \u00eatre g\u00e9n\u00e9rique conscient, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme un \u00eatre qui se rapporte \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce comme \u00e0 sa propre nature, ou \u00e0 soi-m\u00eame comme un \u00eatre g\u00e9n\u00e9rique\u2026 La production est sa vie g\u00e9n\u00e9rique cr\u00e9atrice. Gr\u00e2ce \u00e0 cette production, la nature appara\u00eet comme son \u0153uvre et sa r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;objet du travail est donc <em>l&rsquo;objectivation de la vie g\u00e9n\u00e9rique de l&rsquo;homme<\/em> : car l&rsquo;homme ne se refl\u00e8te pas seulement d&rsquo;une fa\u00e7on intellectuelle dans la conscience, mais activement, r\u00e9ellement, et il se contemple donc lui-m\u00eame dans un monde qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9. \u00bb (1)<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi Marx allait-il s&rsquo;encombrer de consid\u00e9rations sur la nature humaine dans un ouvrage qui traite au <em>premier chef<\/em> de probl\u00e8mes d&rsquo;\u00e9conomie politique ? Apr\u00e8s tout ne disait-il pas lui-m\u00eame qu&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9ressait v\u00e9ritablement au \u00ab fait \u00e9conomique r\u00e9el \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ali\u00e9nation du travailleur de son produit, qui, s\u00e9par\u00e9 de lui, s&rsquo;oppose \u00e0 lui comme une force \u00e9trang\u00e8re et ind\u00e9pendante ? Le produit du travail, \u00e9crit Marx, \u00ab est le travail qui s&rsquo;est fix\u00e9, concr\u00e9tis\u00e9 dans un objet, il est <em>l&rsquo;objectivation du travail<\/em>. L&rsquo;actualisation du travail est son objectivation. Au stade de l&rsquo;\u00e9conomie, cette actualisation du travail appara\u00eet comme la perte pour l&rsquo;ouvrier de sa r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;objectivation comme la <em>perte de l&rsquo;objet<\/em> ou <em>l&rsquo;asservissement <\/em>\u00e0 celui-ci, l&rsquo;appropriation comme <em>l&rsquo;ali\u00e9nation<\/em>, le <em>d\u00e9saisissement<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alisation du travail se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre \u00e0 tel point une perte de r\u00e9alit\u00e9 que l&rsquo;ouvrier perd sa r\u00e9alit\u00e9 au point de mourir de faim\u2026 Oui, le travail lui-m\u00eame devient un objet dont il ne peut s&#8217;emparer qu&rsquo;en faisant les plus grands efforts et avec les interruptions les plus irr\u00e9guli\u00e8res. L&rsquo;appropriation de l&rsquo;objet se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 tel point \u00eatre une ali\u00e9nation que plus l&rsquo;ouvrier produit d&rsquo;objets, moins il peut poss\u00e9der et plus il tombe sous la domination de son produit, le capital. \u00bb (2)<\/p>\n\n\n\n<p>On peut trouver ici d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement expos\u00e9e la conception du f\u00e9tichisme de la marchandise et de la production que Marx d\u00e9veloppera dans \u00ab Le Capital \u00bb. Mais ce f\u00e9tichisme est reli\u00e9, non seulement aux rapports sociaux de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, mais \u00e0 la nature de. l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;\u00eatre g\u00e9n\u00e9rique qui produit consciemment les conditions de sa vie. Telle que la con\u00e7oit le jeune Marx, la nature humaine est la m\u00eame pour le capitaliste et pour l&rsquo;ouvrier, pour ceux qui trouvent quelque difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser leur travail comme pour ceux qui n&rsquo;en trouvent aucune \u00e0 s&rsquo;approprier l&rsquo;objet produit par le travail des autres. Ce que Marx affirmait, c&rsquo;est que le capitalisme non seulement exploite le travail mais de surcro\u00eet violente la nature humaine. Marx combattait cette affirmation des bourgeois que leur syst\u00e8me de production du capital est un syst\u00e8me naturel, en harmonie avec la nature humaine, en affirmant que ce syst\u00e8me d\u00e9formait la nature m\u00eame de l&rsquo;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx s&rsquo;aper\u00e7ut rapidement que, jeune h\u00e9g\u00e9lien, il avait propag\u00e9 dans sa critique de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, les m\u00eames inepties que celles que la bourgeoisie avait r\u00e9pandues pour sa d\u00e9fense. Moins de deux ans apr\u00e8s son incursion philosophique dans le domaine de l&rsquo;essence de l&rsquo;homme, il ridiculisa, dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00eame qu&rsquo;il y avait port\u00e9. S&rsquo;il soutenait toujours que \u00ab la production est la vie g\u00e9n\u00e9rique active de l&rsquo;homme \u00bb, il ne s&rsquo;int\u00e9ressait plus \u00e0 l&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral mais seulement \u00e0 l&rsquo;homme \u00ab r\u00e9el, historique \u00bb. Et \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9termin\u00e9e ce que les hommes \u00e9taient d\u00e9fendaient de <em>ce qu&rsquo;ils<\/em> produisaient et <em>comment<\/em>. Leur nature \u00ab d\u00e9pend des conditions mat\u00e9rielles qui d\u00e9terminent leur production : cette production n&rsquo;appara\u00eet qu&rsquo;avec une croissance de la population. En retour celle-ci pr\u00e9suppose des rapports entre individus et la forme de ces rapports est \u00e0 son tour fix\u00e9e par la production \u00bb (3). En d\u00e9veloppant leur production mat\u00e9rielle et leurs rapports mat\u00e9riels, les hommes \u00ab modifient par l\u00e0 leur existence r\u00e9elle, leur pens\u00e9e et le produit de leur pens\u00e9e. \u00bb (4)<\/p>\n\n\n\n<p>Marx soutenait maintenant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de d\u00e9gager un concept comme celui de la nature humaine en \u00e9tudiant un individu isol\u00e9, car la nature humaine r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00ab ensemble de rapports sociaux \u00bb. L&rsquo;homme ne peut \u00eatre rien de plus que ce qu&rsquo;il fait r\u00e9ellement dans son contexte historique et social. S&rsquo;ils modifient leur environnement, les hommes se changent eux-m\u00eames : l&rsquo;histoire peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la transformation continuelle de la nature humaine. Ceci ne veut pas dire qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de tendances d\u00e9termin\u00e9es, caract\u00e9ristiques de l&rsquo;homme et qui ne peuvent \u00eatre modifi\u00e9es par les variations des circonstances sociales que dans leur direction et leur forme. Mais ces tendances n&rsquo;influent en rien sur la mutabilit\u00e9 de la nature humaine au cours du d\u00e9veloppement historique et social.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, soci\u00e9t\u00e9 signifie relations entre individus et non individus isol\u00e9s. On ne peut. dire, par exemple, que \u00ab du point de vue de la soci\u00e9t\u00e9, il n&rsquo;existe ni ma\u00eetre ni esclave car tous deux sont des \u00eatres humains. Car il ne sont ces \u00eatres humains <em>qu&rsquo;en dehors<\/em> de la soci\u00e9t\u00e9 ; esclave et ma\u00eetre \u00e9tant des d\u00e9terminations sociales \u00bb (5). L&rsquo;humanisme ne peut donc \u00eatre reli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essence de l&rsquo;homme ni en \u00eatre d\u00e9riv\u00e9. Il est li\u00e9 \u00e0 des conditions, \u00e0 des rapports sociaux qui d\u00e9terminent le comportement des hommes. Il doit \u00eatre produit par les hommes et, en fait, pour en revenir \u00e0 notre point de d\u00e9part, il a \u00e9t\u00e9 produit dans des circonstances sociales et historiques particuli\u00e8res. S&rsquo;\u00e9tant d\u00e9velopp\u00e9 au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de classes, l&rsquo;humanisme \u00e9tait, par n\u00e9cessit\u00e9, de nature purement id\u00e9ologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il repr\u00e9sentait la fausse conscience d&rsquo;une classe aspirant \u00e0 diriger la soci\u00e9t\u00e9 et qui, pour cette raison, identifiait ses int\u00e9r\u00eats propres \u00e0 ceux de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que valeur \u00e9mancipatrice, l&rsquo;humanisme fut rejet\u00e9 par la bourgeoisie d\u00e8s que celle-ci domina enti\u00e8rement la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est la classe ouvri\u00e8re qui devait le ressusciter en vue de son \u00e9mancipation. Mais, il existait maintenant, une diff\u00e9rence, car il \u00e9tait devenu \u00e9vident que l&rsquo;humanisme \u00e9tait incompatible avec l&rsquo;exploitation et les relations de classes et ne pouvait devenir une r\u00e9alit\u00e9 pratique qu&rsquo;avec l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans classes et sans exploitation. Si l&rsquo;humanisme s&rsquo;identifiait de nouveau au communisme ce n&rsquo;\u00e9tait plus pourtant comme un id\u00e9al auquel il fallait ajuster la r\u00e9alit\u00e9, mais comme un mouvement social r\u00e9el qui s&rsquo;opposait au capitalisme. L&rsquo;humanisme socialiste n&rsquo;\u00e9tait ni plus ni moins que la lutte de la classe prol\u00e9tarienne pour en finir avec le capitalisme et cr\u00e9er ainsi les conditions objectives de la soci\u00e9t\u00e9 humaniste ou de la socialisation de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lutte pour une soci\u00e9t\u00e9 humaniste, l&rsquo;humanisme peut para\u00eetre un \u00ab id\u00e9al \u00bb puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore r\u00e9alit\u00e9. Mais le socialisme qui voit les choses telles qu&rsquo;elles sont ne peut s&#8217;emp\u00eacher de r\u00eaver \u00e0 ce qu&rsquo;elles devraient \u00eatre. Il ne le fait pourtant qu&rsquo;en fonction de buts r\u00e9alisables dans la pratique, d\u00e9termin\u00e9s par les conditions existantes. Ce qui doit \u00eatre fait ne se rattache pas \u00e0 des buts \u00e9thiques abstraits mais \u00e0 des conditions sociales concr\u00e8tes susceptibles d&rsquo;\u00eatre am\u00e9lior\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui peuvent \u00e9voluer vers ce que les hommes consid\u00e8rent \u00eatre le mieux \u00e0 un moment donn\u00e9. Ceci \u00e9carte de l&rsquo;humanisme tous ceux qui sont satisfaits des conditions existantes, donc, en g\u00e9n\u00e9ral les classes dominantes et privil\u00e9gi\u00e9es. Seuls ceux qui veulent am\u00e9liorer leur sort par une modification de la soci\u00e9t\u00e9 adh\u00e9reront \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique pratique du changement social, qui trouve son expression dans les exigences m\u00eames de la lutte sociale. L&rsquo;individualisme c\u00e9dera alors le pas \u00e0 la conscience de classe, l&rsquo;\u00e9go\u00efsme \u00e0 la solidarit\u00e9 prol\u00e9tarienne. Ce sont l\u00e0 les pr\u00e9conditions de l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui, dans son existence et ses r\u00e9alisations futures, ne sera plus d\u00e9termin\u00e9e par des relations de classes et qui, par cons\u00e9quent, pourra r\u00e9aliser les \u00ab id\u00e9aux \u00bb humanistes.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alisation pratique de l&rsquo;humanisme pr\u00e9suppose le socialisme. Et, pour cette r\u00e9alisation concr\u00e8te, ce ne sont ni un homme ni des hommes qui pourront tenter de transformer leur id\u00e9ologie en une arme mais bien toute une classe sociale. Cette tentative sera simultan\u00e9ment une lutte pratique contre l&rsquo;oppression existante et contre la mis\u00e8re, une prise de position contre toute forme d&rsquo;inhumanit\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9e en vue de la d\u00e9fense du statu quo. Le mouvement socialiste est donc un mouvement \u00e9thique, mais il ne l&rsquo;est que dans la mesure o\u00f9 la morale est li\u00e9e \u00e0 un comportement r\u00e9el des hommes et non \u00e0 des \u00ab v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles \u00bb de la nature humaine ou de la nature humaine faite \u00e0 l&rsquo;image de Dieu. Ce mouvement s&rsquo;appliquera \u00e0 mettre en pratique dans ses rangs et dans la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral ces r\u00e8gles r\u00e9sultant d&rsquo;une \u00e9volution historique, ces lois et ces normes de comportement qui assureront le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral et son am\u00e9lioration ; il s&rsquo;opposera \u00e0 celles qui ne servent que des int\u00e9r\u00eats particuliers. Agir ainsi c&rsquo;est mettre \u00e0 nu l&rsquo;inconsistance de la morale et de la pratique bourgeoises et se pr\u00e9parer \u00e0 des conditions sociales o\u00f9 les r\u00e8gles morales puissent vraiment avoir un sens concret.<\/p>\n\n\n\n<p>La classe prol\u00e9tarienne oppose son \u00e9thique mat\u00e9rialiste historique \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique f\u00e9tichiste de la bourgeoisie. L&rsquo;humanisme bourgeois doit c\u00e9der la place \u00e0 l&rsquo;humanisme prol\u00e9tarien qui s&rsquo;exprime par la lutte de classes et qui construit les moyens pour atteindre les buts humanistes. Mais ces moyens ne sont pas d\u00e9termin\u00e9s seulement par les buts qu&rsquo;ils veulent servir mais aussi par la r\u00e9sistance oppos\u00e9e par la bourgeoisie au changement social. Les formes r\u00e9elles de la lutte de classes d\u00e9coulent tout autant des buts socialistes que de la r\u00e9alit\u00e9 des relations de force existant au sein du capitalisme. Il n&rsquo;est pas possible de trouver des moyens humanistes non \u00ab corrompus \u00bb pour atteindre les objectifs humanistes : ceci ne serait possible qu&rsquo;<em>en dehors<\/em> de la lutte de classes, c&rsquo;est-\u00e0-dire si l&rsquo;humanisme \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9 par la bourgeoisie elle.m\u00eame. C&rsquo;est l\u00e0 un espoir vain et une impossibilit\u00e9 objective. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon Marx, le capitalisme repr\u00e9sente le r\u00e9sultat actuel d&rsquo;un long processus de d\u00e9veloppement des modes de production et des rapports sociaux. Ce processus se fonde sur la division sociale du travail, qui, d\u00e8s les origines, fut une division des conditions de travail, autrement dit des outils et des mat\u00e9riaux. Dans le langage moderne ceci s&rsquo;appelle r\u00e9partition du capital accumul\u00e9 entre diff\u00e9rents propri\u00e9taires, ou bien division en travail et capital et division en diverses formes de propri\u00e9t\u00e9. La croissance de la production sociale entra\u00eena le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9change et l&rsquo;utilisation de plus en plus pouss\u00e9e de la monnaie. Consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;abord comme un simple moyen d&rsquo;\u00e9change permettant d&rsquo;assurer la production sociale, la monnaie, et l&rsquo;\u00e9change qu&rsquo;elle facilitait, prirent tr\u00e8s vite un caract\u00e8re apparemment ind\u00e9pendant. Il en r\u00e9sulta que la fortune des producteurs individuels se mit \u00e0 d\u00e9pendre des relations de march\u00e9 puisque ce n&rsquo;\u00e9tait que par le biais de l&rsquo;\u00e9change que les r\u00e9alit\u00e9s sociales pouvaient s&rsquo;affirmer et dominer les producteurs au lieu d&rsquo;\u00eatre domin\u00e9es par eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour expliquer rationnellement le d\u00e9saccord entre production priv\u00e9e et \u00e9change de march\u00e9 la th\u00e9orie bourgeoise de l&rsquo;\u00e9conomie eut recours au concept d&rsquo;\u00e9quilibre du march\u00e9. On supposa que la fixation des prix par la concurrence et le m\u00e9canisme du march\u00e9 conduiraient \u00e0 l&rsquo;allocation la plus \u00e9conomique du travail social et assureraient \u00e0 tous et chacun l&rsquo;\u00e9quivalent de sa contribution personnelle au proc\u00e8s de production. C&rsquo;est justement lorsque l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel est satisfait au maximum au sein des relations de march\u00e9 que celles-ci, telles une \u00ab main invisible \u00bb, peuvent faire \u00e9clore l&rsquo;optimum du bien-\u00eatre social. Toute cette argumentation se trouvait contredite par la r\u00e9alit\u00e9 des crises et des d\u00e9pressions. La th\u00e9orie marxienne en constitua sa r\u00e9futation th\u00e9orique. Mais ce qui nous int\u00e9resse ici en fait c&rsquo;est que l&rsquo;on ait admis fi\u00e8rement que la production et la distribution capitalistes ne sont pas d\u00e9termin\u00e9es consciemment et directement par les hommes mais indirectement par les vicissitudes, hors de port\u00e9e, du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pourtant l\u00e0 qu&rsquo;une partie du tableau m\u00eame si, du point de vue de l&rsquo;\u00e9conomie bourgeoise, il est enti\u00e8rement bross\u00e9. En effet, celui-ci se refuse \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;exploitation du travail par le capital. La production capitaliste est pourtant la production d&rsquo;un travail non pay\u00e9 sous forme de capital exprimable en terme de monnaie. L&rsquo;\u00e9change entre travail et capital sous-entend un sur-travail qui, aux mains des capitalistes, se mat\u00e9rialise en marchandise. Ce sur-travail doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 en dehors de l&rsquo;\u00e9change capital-travail et cette r\u00e9alisation se fait dans la consommation de la population non-productrice et la formation de capital. La croissance de la productivit\u00e9 du travail d\u00e9value le capital existant et r\u00e9duit la quantit\u00e9 de sur-travail qui peut \u00eatre extraite par un <em>capital donn\u00e9<\/em>. C&rsquo;est ce qui contraint les capitalistes \u00e0 accro\u00eetre sans rel\u00e2che leur capital. Il n&rsquo;y a pas lieu d&rsquo;aborder ici le sujet fort compliqu\u00e9 de la dynamique capitaliste ; c&rsquo;est assez de dire ce que chacun peut constater par lui-m\u00eame : la concurrence capitaliste implique la croissance constante du capital. Et si les producteurs sont domin\u00e9s par le march\u00e9, la contrainte de l&rsquo;accumulation d\u00e9termine et les producteurs et <em>le march\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein du capitalisme, tout comportement est subordonn\u00e9 au processus d&rsquo;expansion du capital. Ce processus est le r\u00e9sultat du d\u00e9veloppement des forces sociales au sein du r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Ce r\u00e9gime est \u00e0 son tour d\u00e9termin\u00e9 par la structure de classe de la soci\u00e9t\u00e9 et par son m\u00e9canisme d&rsquo;exploitation. L&rsquo;expansion de la production c&rsquo;est en fait l&rsquo;auto-expansion du capital. Aucun capitaliste ne peut \u00e9viter de se d\u00e9vouer \u00e0 cette id\u00e9e fixe : l&rsquo;expansion de son capital. Bien plus, ce n&rsquo;est que dans la mesure o\u00f9 le capital se d\u00e9veloppe sous forme de capital que la production de biens mat\u00e9riels peut se poursuivre : la satisfaction des besoins des hommes d\u00e9pend de la formation du capital. Bien loin d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9s pour la satisfaction de ces besoins, les moyens de production d\u00e9terminent les conditions d&rsquo;existence de la soci\u00e9t\u00e9, celles du travail et du capital.<\/p>\n\n\n\n<p>Les diverses manifestations de \u00ab l&rsquo;ali\u00e9nation \u00bb de l&rsquo;homme moderne auxquelles s&rsquo;attaque la critique sociale vulgaire r\u00e9sultent d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne fondamental : la production du capital, qui, par l&rsquo;interm\u00e9diaire du march\u00e9, prend la forme du f\u00e9tichisme de la marchandise. Comme la production du capital ne peut se r\u00e9aliser que dans le processus de circulation, il est obligatoire d&rsquo;accro\u00eetre le capital sous forme de valeurs mon\u00e9taires tout en n\u00e9gligeant totalement les besoins sociaux r\u00e9els qui, eux, s&rsquo;expriment en valeurs humaines. Cette obligation transforme tous les rapports sociaux en relations \u00e9conomiques, ce qui veut dire que les relations humaines ne peuvent exister que par le truchement des relations \u00e9conomiques et, en r\u00e9alit\u00e9, poss\u00e8dent ou adoptent, un caract\u00e8re mercantile. Tout est \u00e0 vendre, tout peut \u00eatre achet\u00e9. L&rsquo;obligation sociale de l&rsquo;accumulation du capital contraint les individus \u00e0 mettre leur confiance dans l&rsquo;argent plut\u00f4t que dans les hommes. Seule la possession de l&rsquo;argent permet des rapports sociaux et, par cons\u00e9quent, les relations sociales ne sont qu&rsquo;un moyen de faire de l&rsquo;argent. L&rsquo;homme est un moyen pour l&rsquo;homme de garantir sa position \u00e9conomique propre quels que puissent \u00eatre ses int\u00e9r\u00eats r\u00e9els en termes extra-\u00e9conomiques. Bien qu&rsquo;\u00eatre social, l&rsquo;homme ne l&rsquo;est qu&rsquo;en dehors de la soci\u00e9t\u00e9. Il peut estimer que son comportement asocial est \u00e0 la fois agr\u00e9able et justifi\u00e9, mais en r\u00e9alit\u00e9 il ne le domine pas et il est une victime sans recours des circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9limin\u00e9 par les conditions objectives de la production du capital, l&rsquo;humanisme en tant qu&rsquo;attitude et comportement ne peut \u00eatre que le fait d&rsquo;individus. Il est restreint \u00e0 des dispositions subjectives accidentelles qui, du point de vue social, sont sans grande signification et peuvent avoir ou ne pas avoir d&rsquo;influence. Dans la mesure o\u00f9 il existe, l&rsquo;humanisme n&rsquo;est qu&rsquo;une affaire priv\u00e9e, sans aucun effet sur la nature cannibale du capitalisme. Adolph Eichmann est peut-\u00eatre le meilleur exemple du degr\u00e9 d&rsquo;\u00ab humanisme \u00bb qu&rsquo;autorise la soci\u00e9t\u00e9 actuelle aux individus. Eichmann se sentait lui-m\u00eame incapable de tuer de sa main un seul \u00eatre humain, mais il \u00e9tait tout \u00e0 fait pr\u00eat \u00e0 aider \u00e0 la mise en place des moyens n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;extermination de millions d&rsquo;hommes par d&rsquo;autres hommes. Son cas n&rsquo;est qu&rsquo;une forme plus dramatique d&rsquo;une attitude g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;individu ne voit de r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;en lui-m\u00eame et les autres hommes ne lui apparaissent que comme des abstractions que l&rsquo;on peut manipuler ou sacrifier \u00e0 son aise. Les divers inventeurs, r\u00e9alisateurs, producteurs ou utilisateurs d&rsquo;armes modernes, peuvent tr\u00e8s bien partager la \u00ab faiblesse \u00bb d&rsquo;Eichmann mais ils font r\u00e9ellement, ou en puissance, ce qu&rsquo;Eichmann a fait. Ainsi font \u00e9galement les capitalistes, financiers, marchands, hommes d&rsquo;Etat, politiciens, savants, \u00e9ducateurs, id\u00e9ologues, po\u00e8tes, dirigeants ouvriers et ouvriers eux-m\u00eames au nom de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des f\u00e9tiches qui aident \u00e0 maintenir et perp\u00e9tuer les conditions existantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 une caract\u00e9ristique nouvelle du capitalisme, mais l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 qu&rsquo;elle a atteint provient de l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9veloppement de celui-ci. Dire que la d\u00e9shumanisation de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;est accrue c&rsquo;est tout simplement remarquer l&rsquo;expansion et l&rsquo;extension du r\u00e9gime capitaliste, et constater qu&rsquo;il en r\u00e9sulte la disparition de la seule force humaniste qui subsistait, c&rsquo;est-\u00e0-dire constater la destruction du mouvement socialiste. Marx a certainement surestim\u00e9 la capacit\u00e9 des ouvriers \u00e0 cr\u00e9er une conscience socialiste tout comme il a sous-estim\u00e9 la r\u00e9sistance du capitalisme et sa capacit\u00e9 d&rsquo;augmenter simultan\u00e9ment l&rsquo;exploitation du travail et le niveau de vie des ouvriers. Bref, Marx n&rsquo;a pas pr\u00e9vu l&rsquo;augmentation \u00e9norme de la productivit\u00e9 sous les auspices du capitalisme. Dans les pays capitalistes avanc\u00e9s les conditions en ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es sans que pour autant apparaissent celles qu&rsquo;on esp\u00e9rait et qui auraient permis la cr\u00e9ation d&rsquo;une conscience r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de semble \u00eatre d\u00e9menti par l&rsquo;existence de la partie du monde dite socialiste. On relie d&rsquo;ailleurs habituellement la recherche d&rsquo;un humanisme socialiste \u00e0 l&rsquo;existence m\u00eame des Etats \u00ab socialistes \u00bb. Mais comme il est flagrant que dans ces Etats l&rsquo;humanisme ne fleurit pas plus que dans les Etats capitalistes on les accuse de violer leurs propres principes et d&rsquo;ignorer leurs propres possibilit\u00e9s. Tout se passe comme si les moyens mis en \u0153uvre pour instaurer le socialisme faussaient d&rsquo;eux-m\u00eames le but socialiste ; le probl\u00e8me semble \u00eatre de trouver des m\u00e9thodes nouvelles pour \u00e9viter une telle alternative. Pourtant, les buts imm\u00e9diats que poursuivent les Etats ne sont pas et ne peuvent \u00eatre la r\u00e9alisation du socialisme, mais en fait l&rsquo;accumulation du capital m\u00eame si celle-ci s&rsquo;effectue sous la direction de l&rsquo;Etat au lieu de celle du capitalisme priv\u00e9. Dans ces Etats, le socialisme n&rsquo;existe que comme id\u00e9ologie, fausse conscience d&rsquo;une pratique non-socialiste. Cela n&rsquo;a emp\u00each\u00e9 personne d&rsquo;admettre que le socialisme est r\u00e9alis\u00e9 dans ces pays et la bourgeoisie de la libre entreprise, elle, m\u00eame, l&rsquo;admet \u00e9galement tout simplement parce que, de son point de vue, capitalisme d&rsquo;Etat et socialisme sont identiques puisque le premier se passe de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les nations sous-d\u00e9velopp\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire moins d\u00e9velopp\u00e9es du point de vue capitaliste, la formation du capital, en tant qu&rsquo;appropriation du sur-travail, pr\u00e9suppose l&rsquo;existence de deux classes : les producteurs et les accapareurs. Les rapports qui s&rsquo;\u00e9tabliront entre elles seront des relations de march\u00e9 entre capital et travail, m\u00eame si le taux d&rsquo;accumulation est d\u00e9termin\u00e9 par la planification et non par la concurrence. La planification est en effet d\u00e9cid\u00e9e par les accapareurs et non par les producteurs de la plus-value. Tout comme sous le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, les producteurs sont ali\u00e9n\u00e9s de leurs produits. C&rsquo;est le taux d&rsquo;accumulation, d\u00e9cid\u00e9 par l&rsquo;Etat, c&rsquo;est-\u00e0-dire par un groupe bien sp\u00e9cial de personnes, qui d\u00e9termine les conditions de vie imm\u00e9diates de la population laborieuse. Les d\u00e9cisions de l&rsquo;Etat ne peuvent \u00eatre arbitraires car son existence m\u00eame d\u00e9pend d&rsquo;un taux d&rsquo;accumulation suffisant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays et, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, d&rsquo;un taux suffisamment concurrentiel pour garantir l&rsquo;existence nationale. L&rsquo;accumulation du capital, ici encore, domine les producteurs du capital. Dans de telles conditions, le taux d&rsquo;exploitation ne peut que cro\u00eetre et celle-ci ne peut m\u00eame pas \u00eatre rendue plus douce par une am\u00e9lioration du niveau de vie telle, que, l&rsquo;existence devenue tol\u00e9rable, il s&rsquo;en suivrait une adh\u00e9sion aux rapports sociaux existants. L&rsquo;exploitation exige des m\u00e9thodes autoritaires. Il n&rsquo;y a aucune chance pour que l&rsquo;humanisme rel\u00e8ve la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde capitaliste, incapable de se transformer en soci\u00e9t\u00e9 socialiste mais encore capable soit de neutraliser soit de subjuguer les forces sociales latentes qui pourraient mener \u00e0 une telle transformation, tend vers sa propre destruction. La destruction partielle qu&rsquo;il a subie pendant les deux guerres mondiales a pr\u00e9par\u00e9 le chemin de la destruction totale dans un holocauste nucl\u00e9aire hautement probable. Reconna\u00eetre que la guerre ne peut plus r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui assi\u00e8gent le monde n&#8217;emp\u00eache pas la marche \u00e0 la guerre car la lutte sans tr\u00eave pour la domination politique et \u00e9conomique, que ce soit pour l&rsquo;acqu\u00e9rir ou la conserver, est le r\u00e9sultat et la somme de tout le comportement asocial qui constitue la vie sociale dans le capitalisme. Les politiciens, fabricants de d\u00e9cisions, ne sont pas moins accul\u00e9s dans une impasse que les masses \u00e9mascul\u00e9es et indiff\u00e9rentes. Tout simplement, en prenant les d\u00e9cisions \u00ab correctes \u00bb adapt\u00e9es aux besoins sp\u00e9cifiques de leurs nations et au maintien de leur structure sociale, ils peuvent d\u00e9truire et eux-m\u00eames et une grande partie du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>On entend couramment dire que la guerre, bien qu&rsquo;improbable, pourrait \u00e9clater \u00ab par accident \u00bb. Si l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;humanisme il faut tout au contraire admettre que la guerre est probable mais que la paix pourrait durer \u00ab par accident \u00bb. Si cette derni\u00e8re situation se maintenait, il y aurait possibilit\u00e9 de nouvelles r\u00e9surgences de sentiments et d&rsquo;actions anti-capitalistes. Les possibilit\u00e9s du capitalisme priv\u00e9, sous toutes ses formes, d&rsquo;am\u00e9liorer les conditions d&rsquo;exploitation sont visiblement limit\u00e9es. Ceci se voit dans la division de la classe laborieuse en deux secteurs : un secteur favoris\u00e9 qui va d\u00e9croissant et un secteur d\u00e9favoris\u00e9 qui augmente. L&rsquo;\u00e9limination de travail humain qui accompagne toute nouvelle expansion du capital ne d\u00e9truit pas plus le prol\u00e9tariat num\u00e9riquement qu&rsquo;elle ne d\u00e9truit son d\u00e9sir de vivre d\u00e9cemment. L&rsquo;expansion m\u00eame de syst\u00e8mes capitalistes nouveaux venus entra\u00eene avec elle la croissance d&rsquo;un prol\u00e9tariat industriel et par cons\u00e9quent l&rsquo;apparition des conditions objectives n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement de la conscience de classe, \u00e0 la prise de conscience de ce que le socialisme peut passer de l&rsquo;id\u00e9ologie \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. La reprise de la lutte pour le socialisme serait \u00e9galement la renaissance de l&rsquo;humanisme socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Paul Mattick (Hiver 1963-1964)<br>Traduit de l&rsquo;anglais par S. Daniel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>(1) Marx, <em>Manuscrits de 1844<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>(2) <em>Id<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>(3) Marx et Engels : <em>L&rsquo;Id\u00e9ologie Allemande<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>(4) <em>Id<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>(5) Marx : <em>Grundrisse der Politischen Oekonomie<\/em>. Berlin, 1953, p. 176.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em>Paul MATTICK : N\u00e9 en 1904 en Allemagne. R\u00e9side aux Etats-Unis depuis 1926. Milite dans le mouvement ouvrier allemand et am\u00e9ricain : en Allemagne dans \u00ab Kommunistische Arbeiter Partei ( K.A.P.D.) \u00bb &#8211; Parti communiste ouvrier &#8211; en Am\u00e9rique dans \u00ab Industrial Workers of the World \u00bb (I.W.W.) &#8211; Travailleurs Industriels du monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Collabore \u00e0<\/em> R\u00e4tekorrespondenz <em>(Correspondances des Conseils &#8211; Hollande) et assure la publication de son \u00e9quivalent am\u00e9ricain<\/em> Council Correspondance <em>(Correspondance des Conseils) \u00e0 Chicago.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au nom du \u00ab Communisme des Conseils \u00bb, r\u00e9dige une s\u00e9rie de pamphlets dont <\/em>Les Travailleurs industriels du monde<em> (Chicago, 1933), <\/em>L&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 du Communisme<em> (New-York, 1935), <\/em>Essais marxistes<em> (Melbourne, 1946). Collabore \u00e0 de nombreuses publications acad\u00e9miques et politiques aussi bien en Europe qu&rsquo;en Am\u00e9rique du Nord et du Sud et en Australie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Publications r\u00e9centes : <\/em>Marx et Keynes<em> dans <\/em>Etudes de Marxologie<em> (Paris, janvier 1962) ; <\/em>Karl Korsch<em> dans <\/em>Etudes de Marxologie<em> (Paris, ao\u00fbt 1963) ; <\/em>Le Marxisme de Karl Korsch<em> dans <\/em>Survey <em>(octobre 1964) ; <\/em>L&rsquo;\u00e9conomie moderne<em> (Tel-Aviv).<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"372\" height=\"478\" data-attachment-id=\"11065\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/26\/paul-mattick-humanisme-et-socialisme\/front-noir-novembre-1964\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?fit=372%2C478&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"372,478\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Front-Noir-novembre-1964\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?fit=233%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?fit=372%2C478&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?resize=372%2C478&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11065\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?w=372&amp;ssl=1 372w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Front-Noir-novembre-1964.png?resize=233%2C300&amp;ssl=1 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 372px) 100vw, 372px\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Paul Mattick paru dans Front Noir, n\u00b0 6, novembre 1964, p. 20-24 Tout comme la science, l&rsquo;industrie, le nationalisme et l&rsquo;Etat moderne, l&rsquo;humanisme est un produit du d\u00e9veloppement du capitalisme. 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