{"id":11088,"date":"2020-12-30T11:39:10","date_gmt":"2020-12-30T10:39:10","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11088"},"modified":"2025-07-31T17:36:33","modified_gmt":"2025-07-31T15:36:33","slug":"a-petrachik-les-problemes-de-lhumanisme-dans-les-premieres-oeuvres-de-marx","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/30\/a-petrachik-les-problemes-de-lhumanisme-dans-les-premieres-oeuvres-de-marx\/","title":{"rendered":"A. Petrachik : Les probl\u00e8mes de l&rsquo;humanisme  dans les premi\u00e8res \u0153uvres de Marx"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article d&rsquo;A. Petrachik paru dans <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5816197q?rk=42918;4\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>La Pens\u00e9e<\/em>. <em>Revue du rationalisme moderne<\/em><\/a>, n\u00b0 96, mars-avril 1961, p . 27-41<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"447\" height=\"680\" data-attachment-id=\"11089\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/30\/a-petrachik-les-problemes-de-lhumanisme-dans-les-premieres-oeuvres-de-marx\/la-pensee-mars-1961\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?fit=447%2C680&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"447,680\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-Pensee-mars-1961\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?fit=197%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?fit=447%2C680&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?resize=447%2C680&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11089\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?w=447&amp;ssl=1 447w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/La-Pensee-mars-1961.png?resize=197%2C300&amp;ssl=1 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 447px) 100vw, 447px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">LA question de l&rsquo;humanisme du jeune Marx, de la formation de ses id\u00e9es sur l&rsquo;essence de l&rsquo;homme et sur sa situation dans le monde offre aujourd&rsquo;hui un int\u00e9r\u00eat qui n&rsquo;est pas seulement th\u00e9orique et acad\u00e9mique. Le fait est que cette question se d\u00e9tache comme l&rsquo;un des points centraux dans le subtil \u00ab syst\u00e8me \u00bb de falsification du mat\u00e9rialisme dialectique et du mat\u00e9rialisme historique, auquel travaillent avec z\u00e8le \u00e0 la fois les ennemis directs du marxisme appartenant au camp de la r\u00e9action bourgeoise et les th\u00e9oriciens social-d\u00e9mocrates et r\u00e9visionnistes qui se r\u00e9clament de l&rsquo; \u00ab expos\u00e9 objectif des choses \u00bb et m\u00eame du \u00ab d\u00e9veloppement cr\u00e9ateur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Dans la lutte id\u00e9ologique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;un des arguments pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des<br>calomniateurs du marxisme consiste \u00e0 l&rsquo;accuser d&rsquo;\u00eatre contraire \u00e0 l&rsquo;humanisme, de \u00ab d\u00e9personnaliser \u00bb l&rsquo;homme, de renoncer aux valeurs humaines g\u00e9n\u00e9rales. On d\u00e9clare la th\u00e9orie marxiste de la lutte de classe incompatible avec l&rsquo;humanisme. L&rsquo;humanisme est interpr\u00e9t\u00e9 dans un sens id\u00e9aliste, dans le sens de la morale abstraite. A partir de ces positions, depuis longtemps critiqu\u00e9es par le marxisme qui a fond\u00e9 sur des preuves solides sa th\u00e9orie de \u00ab l&rsquo;humanisme r\u00e9el \u00bb et des moyens pratiques de le r\u00e9aliser, les id\u00e9ologues de la bourgeoisie et leurs sous-ordres r\u00e9visionnistes d\u00e9nigrent le socialisme ainsi que les pays du camp socialiste. Ils essayent de se faire cautionner \u00e0 cet effet par le jeune Marx, d&rsquo;opposer les premi\u00e8res \u0153uvres du fondateur de la philosophie prol\u00e9tarienne aux travaux de sa maturit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En falsifiant le contenu des \u0153uvres de Marx pendant la p\u00e9riode de la formation de sa conception, en sp\u00e9culant sur la terminologie impropre inh\u00e9rente \u00e0 ces \u0153uvres, terminologie qui provient de Hegel et de Feuerbach, on attribu\u00e9 au jeune Marx un ensemble d&rsquo;id\u00e9es relevant d&rsquo;une anthropologie interpr\u00e9t\u00e9e dans le sens id\u00e9aliste, un humanisme abstrait. Un tel \u00ab marxisme \u00bb se r\u00e9v\u00e8le pleinement acceptable aussi bien pour les catholiques fran\u00e7ais que pour les existentialistes d&rsquo;Allemagne occidentale ; ce \u00ab marxisme \u00bb peut entrer pleinement dans l&rsquo;arsenal du \u00ab monde occidental \u00bb, ce que d\u00e9clarait sans d\u00e9tour il y a quelques ann\u00e9es le philosophe allemand Erich Thier dans son livre sur <em>L&rsquo;image de l&rsquo;homme chez le jeune Marx<\/em> (1).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1932, lors de la publication originale des <em>Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques<\/em> de 1844, les premiers \u00e9diteurs d\u00e9 cette oeuvre de Marx, les social-d\u00e9mocrates droitiers d&rsquo;Allemagne Landshut et Mayer ont d\u00e9clar\u00e9 que ce travail \u00e9tait le \u00ab nouvel \u00e9vangile \u00bb, la \u00ab r\u00e9v\u00e9lation du marxisme vrai \u00bb. Interpr\u00e9tant les \u00ab Manuscrits \u00bb dans le sens du socialisme \u00e9thique, ils se sont efforc\u00e9s de les pr\u00e9senter comme \u00ab <em>l&rsquo;oeuvre centrale de Marx, le principal point nodal du d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e<\/em> \u00bb, o\u00f9 \u00ab <em>les principes de l&rsquo;analyse \u00e9conomique d\u00e9coulent imm\u00e9diatement de l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 vraie de l&rsquo;homme<\/em> \u00bb (2). <\/p>\n\n\n\n<p>A les en croire, l&rsquo;essentiel des \u00ab Manuscrits \u00bb, c&rsquo;est le fait que Marx nierait dans cette oeuvre \u00ab <em>la socialisation des moyens de production et la suppression de l&rsquo;exploitation par l&rsquo;expropriation des expropriateurs comme but r\u00e9el de l&rsquo;histoire<\/em> \u00bb et concevrait ce but r\u00e9el comme \u00e9tant \u00ab <em>la r\u00e9alisation et le d\u00e9veloppement harmonieux de l&rsquo;essence humaine<\/em> \u00bb (3). <\/p>\n\n\n\n<p>A. Landshut et Mayer se sont associ\u00e9s de Man et Mareuse. Dans son article \u00ab Marx red\u00e9couvert \u00bb, paru dans la revue Der Kampf, de Man a \u00e9crit que la signification des \u00ab Manuscrits \u00bb consiste en ceci qu&rsquo; \u00ab <em>ils d\u00e9couvrent plus clairement que toute autre oeuvre de Marx les motifs \u00e9thico-humanistes qui soutiennent ses dispositions socialistes<\/em> \u00bb (4). <\/p>\n\n\n\n<p>Mareuse s&rsquo;est exprim\u00e9 encore plus nettement. Dans son article, publi\u00e9 cette m\u00eame ann\u00e9e 1932 dans la revue <em>Die Gesellschaft<\/em>, il d\u00e9clare tout de go que le Marx des \u00ab Manuscrits \u00bb consid\u00e8re l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral, ind\u00e9pendamment de son appartenance \u00e0 une classe d\u00e9termin\u00e9e, et non pas comme sujet de la production, etc. (6). <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, les id\u00e9es marxistes, les conceptions de l&rsquo;humanisme marxiste ont connu une diffusion particuli\u00e8rement large \u00e0 travers le monde : alors commence une nouvelle \u00e9tape dans la falsification des premi\u00e8res oeuvres de Marx ; on part surtout des positions de l&rsquo;irrationalisme. On s&rsquo;efforce de transformer le jeune Marx en un adepte et un pr\u00e9d\u00e9cesseur direct de l&rsquo;existentialiste (Lange, Thier, Mounier, Rloch), de lui imposer une conception existentialiste de l&rsquo;homme comme \u00eatre individuel, souffrant, guett\u00e9 par le n\u00e9ant et toujours immuable en derni\u00e8re analyse. <\/p>\n\n\n\n<p>Le sens philosophique et politique de ce traitement inflig\u00e9 \u00e0 Marx appara\u00eet avec le plus de nettet\u00e9 dans les \u00e9crits de l&rsquo;existentialiste allemand Erich Thier, En 1950, il a muni l&rsquo;\u00e9dition de Cologne des <em>Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques<\/em> d&rsquo;une volumineuse introduction \u00ab l&rsquo;anthropologie du jeune Marx d&rsquo;apr\u00e8s les manuscrits \u00e9conomico-philosophiques de Paris \u00bb (6), dont il a fait en 1957, apr\u00e8s l&rsquo;avoir quelque peu remani\u00e9e, un chapitre de son livre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. D\u00e9clarant que le jeune Marx est \u00ab <em>la d\u00e9couverte de notre temps<\/em> \u00bb, Thier s&rsquo;efforce de d\u00e9montrer que la pr\u00e9occupation, l&rsquo;inqui\u00e9tude de Marx \u00e0 propos de l&rsquo;homme, d&rsquo;une mani\u00e8re fatale et tragique, ont manqu\u00e9 leur but. L&rsquo;humanisme du jeune Marx trouve un terrain, d&rsquo;apr\u00e8s Thier, dans le monde occidental, o\u00f9 l&rsquo;on cherche de l&rsquo;aide chez Marx, mais est banni du monde oriental, qui, fig\u00e9 dans son dogmatisme, craint de voir ses positions \u00e9branl\u00e9es \u00ab par l&rsquo;humanisme r\u00e9el du jeune Marx \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens r\u00e9actionnaire des arguties th\u00e9oriquesde Thier est \u00e9vident : il s&rsquo;agit de se faire du jeune Marx un alli\u00e9 dans la lutte contre le monde socialiste et contre l&rsquo;id\u00e9ologie communiste, l&rsquo;id\u00e9ologie la plus humaine qui existe. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas seulement les existentialistes et les personnalistes (tel Mounier, qui regarde comme la t\u00e2che des prochaines ann\u00e9es de r\u00e9concilier Marx avec Kierkegaard) (7) qui essayent d&rsquo;enr\u00f4ler le jeune Marx sous leur banni\u00e8re : les n\u00e9othomistes, comme Hommes, en font autant. Attribuant \u00e9galement \u00e0 Marx une anthropologie id\u00e9aliste, ils le rapprochent sans vergogne du christianisme. L&rsquo;influence de la philosophie marxiste est si incontestable \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, elle fait de tels progr\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 la fois les n\u00e9othomistes et les existentialistes voudraient bien enrichir leur arsenal d&rsquo;id\u00e9es en empruntant \u00e0 Marx. Ce faisant, ils s&rsquo;accrochent \u00e0 des formules insuffisamment mises au point qu&rsquo;on trouve dans les \u0153uvres datant de la formation du marxisme, formules marqu\u00e9es au coin de l&rsquo;anthropologisme feuerbachien et de l&rsquo;humanisme abstrait ; ils falsifient le sens du concept d&rsquo;ali\u00e9nation formul\u00e9 par Marx dans les <em>Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce concept, employ\u00e9 par Marx dans un sens fonci\u00e8rement concret et historique, on le transforme en une sorte de d\u00e9finition universelle de l&rsquo;\u00eatre, en une caract\u00e9ristique fondamentale du monde actuel et de la situation de l&rsquo;homme dans ce monde. Gr\u00e2ce \u00e0 ce tour de passe, Hommes, par exemple, donne pour le fondement du marxisme cette th\u00e8se que \u00ab <em>l&rsquo;homme est plong\u00e9 dans une ali\u00e9nation profonde, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la contradiction avec lui-m\u00eame<\/em> \u00bb. Voil\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 laquelle \u00ab <em>Marx remporte aujourd&rsquo;hui encore la victoire, alors que beaucoup de parties essentielles de sa philosophie ont disparu \u00e0 jamais<\/em> \u00bb (8). <\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie falsifi\u00e9e de l&rsquo;ali\u00e9nation est \u00e0 la base de beaucoup d&rsquo; \u00ab expos\u00e9s \u00bb du marxisme parus ces derni\u00e8res ann\u00e9es. C&rsquo;est sur elle que reposent les travaux des catholiques fran\u00e7ais Calvez et Rigo, qui s&rsquo;efforcent de ramener \u00e0 cette notion tout le contenu du marxisme. C&rsquo;est ainsi que, dans son livre, <em>Marxisme et humanisme<\/em>, Rigo affirme que Marx est avant tout un moraliste, que l&rsquo;\u00e9conomie politique marxiste est de l&rsquo;\u00e9thique et de la m\u00e9taphysique. A en croire cet auteur, Marx n&rsquo;a pas d\u00e9couvert les lois de l&rsquo;apparition, du d\u00e9veloppement et de la chute in\u00e9vitable de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, mais simplement formul\u00e9 les \u00ab exigences \u00bb de l&rsquo;homme. Encore ces exigences ont-elles \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es, nous dit-on, au nom de l&rsquo;absolu, au nom d&rsquo;une conception \u00e9ternelle de l&rsquo;homme. Marx a \u00ab <em>pos\u00e9 l&rsquo;homme dans l&rsquo;absolu ; l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une transcendance est au fond de toutes ses th\u00e8ses<\/em> \u00bb (9). <\/p>\n\n\n\n<p>Les marxistes fran\u00e7ais ont d\u00e9nonc\u00e9 le sens philosophique et politique de cette interpr\u00e9tation catholique du marxisme. Dans son livre <em>Humanisme marxiste<\/em>, Roger Garaudy montre la conception marxiste de l&rsquo;humanisme ; il \u00e9tablit qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, le marxisme est le seul h\u00e9ritier et repr\u00e9sentant des id\u00e9aux humanistes, que le socialisme et le communisme incarnent dans la vie. <\/p>\n\n\n\n<p>Que repr\u00e9sente donc l&rsquo;humanisme du jeune Marx ? Quels probl\u00e8mes apparaissent lorsqu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9tudi\u00e9 ? Avons-nous r\u00e9ellement affaire ici \u00e0 une conception \u00e9thique abstraite, \u00e0 un point de vue sur \u00ab l&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, qui c\u00e9derait la place plus tard, apr\u00e8s 1848, \u00e0 une \u00e9troite position politique de classe ? A cette question se rattache un autre probl\u00e8me th\u00e9orique important : de quel nouveau contenu scientifique le marxisme a-t-il rempli et enrichi la notion m\u00eame d&rsquo;humanisme ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La formation des id\u00e9es humanistes de Marx<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie de Marx n&rsquo;a pas surgi d&rsquo;un coup, elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat<br>d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation. Il a fallu presque dix ann\u00e9es d&rsquo;un d\u00e9veloppement intellectuel et politique complexe pour que Marx en vienne de l&rsquo;id\u00e9alisme et du d\u00e9mocratisme r\u00e9volutionnaire au mat\u00e9rialisme dialectique et au communisme scientifique. En m\u00eame temps se modifiait, se constituait aussi la notion de l&rsquo;humanisme propre \u00e0 Marx.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1845, il appelait sa conception \u00ab humanisme r\u00e9el \u00bb, et cette d\u00e9signation avait une magnifique signification th\u00e9orique et pratique, puisque Marx rattachait d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9alisation de l&rsquo;humanisme \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 historique concr\u00e8te, \u00e0 la force sociale qui devait apporter l&rsquo;\u00e9mancipation \u00e0 toute l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La formation des id\u00e9es humanistes de Marx s&rsquo;est faite au fur et \u00e0 mesure que se cr\u00e9ait la conception mat\u00e9rialiste de l&rsquo;histoire, la th\u00e9orie de la mission historique du prol\u00e9tariat et de la construction de la soci\u00e9t\u00e9 communiste. L&rsquo;humanisme de Marx s&rsquo;est rempli d&rsquo;un contenu concret parce que Marx a particip\u00e9 aux batailles de classe du prol\u00e9tariat, parce qu&rsquo;il a tir\u00e9 les conclusions th\u00e9oriques de l&rsquo;exp\u00e9rience du mouvement ouvrier international. C&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;est pas possible de saisir ni l&rsquo;essence de l&rsquo;humanisme marxiste ni l&rsquo;histoire de sa formation si l&rsquo;on ne tient pas compte de cette lutte (10).<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;embl\u00e9e, le jeune Marx fait profession d&rsquo;un d\u00e9sir passionn\u00e9 de consacrer sa vie au bien de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00e0 la lutte pour son bonheur et sa libert\u00e9. D\u00e9j\u00e0 ses travaux de lyc\u00e9en, comme les \u00ab R\u00e9flexions d&rsquo;un jeune homme sur le choix de sa profession \u00bb (1834), sont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d&rsquo;un humanisme radieux et tout optimiste. Le bonheur consiste \u00e0 \u00ab <em>rendre heureux le plus grand nombre de gens possible<\/em> \u00bb. En travaillant seulement pour soi, on peut devenir un grand sage, on ne peut pas devenir un grand homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi \u00e9tait d\u00e9finie toute la vie \u00e0 venir ; l&rsquo;option \u00e9tait prise en faveur de la profession la plus dure et la plus noble.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La libert\u00e9, les moyens de la conqu\u00e9rir<\/em> : ce probl\u00e8me occupe instamment et enthousiasme le jeune Marx. Le th\u00e8me de la libert\u00e9, qui se fait entendre pour la premi\u00e8re fois dans la th\u00e8se de doctorat, devient le leitmotiv de toute l&rsquo;activit\u00e9 ult\u00e9rieure de Marx sur le plan th\u00e9orique et le plan pratique, en se concr\u00e9tisant et en recevant des fondements scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix du sujet retenu pour la th\u00e8se de doctorat de Marx, \u00ab Diff\u00e9rence entre la philosophie de la nature de D\u00e9mocrite et celle d&rsquo;Epicure \u00bb (1839-1841), a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 dans une grande mesure par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 ces syst\u00e8mes philosophiques de la p\u00e9riode de d\u00e9clin du monde grec dans le cercle des Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens berlinois auquel Marx appartenait alors. Ces \u00e9coles philosophiques ont essay\u00e9 de trouver les bases de la personne dans la personne elle-m\u00eame, en dehors de la soci\u00e9t\u00e9 hell\u00e9nique qui se d\u00e9sagr\u00e9geait sous leurs yeux. Elles ont attribu\u00e9 une importance exceptionnelle \u00e0 la force du libre esprit humain, capable, disaient-elles, de vaincre toute violence ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;introduction de sa th\u00e8se, Marx intervient au nom de la conscience humaine, face \u00e0 face avec toutes les forces de l&rsquo;univers. Elle n&rsquo;admet \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 aucune divinit\u00e9. Les vers d&rsquo;Eschyle qui expriment la haine de Prom\u00e9th\u00e9e pour tous les dieux (\u00ab <em>En v\u00e9rit\u00e9, je hais tous les dieux<\/em> \u00bb) sont cit\u00e9s par Marx comme la v\u00e9ritable d\u00e9claration d&rsquo;intention de la philosophie elle-m\u00eame, et Prom\u00e9th\u00e9e est proclam\u00e9 \u00ab le plus noble des saints \u00bb du calendrier philosophique.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx se pr\u00e9sente dans sa th\u00e8se comme un ath\u00e9e, comprenant le caract\u00e8re antihumaniste et antihumain de la religion. Il loue Epicure de s&rsquo;\u00eatre dress\u00e9 contre la force oppressive des pr\u00e9jug\u00e9s religieux et il l&rsquo;appelle \u00ab <em>le grand dispensateur grec des lumi\u00e8res <\/em>\u00bb. Marx est s\u00e9duit par le principe actif de la philosophie d&rsquo;Epicure, par sa th\u00e9orie de la libert\u00e9. Analysant en d\u00e9tail la th\u00e9orie d&rsquo;Epicure sur la d\u00e9clinaison de l&rsquo;atome, il la consid\u00e8re comme une grande conqu\u00eate dialectique du penseur antique, comme l&rsquo;incarnation du principe de la libert\u00e9. Marx cite Lucr\u00e8ce disant que la d\u00e9clinaison transgresse \u00ab <em>fati foedera<\/em> \u00bb (les lois de la destin\u00e9e) ; il voit dans cette th\u00e9orie la justification, la preuve de l&rsquo;absolue libert\u00e9 de l&rsquo;homme. La d\u00e9clinaison est le symbole de la conscience individuelle, qui affirme sa libert\u00e9 dans le monde en s&rsquo;en \u00e9cartant, en d\u00e9viant du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est remarquable que Marx lui-m\u00eame ne peut se d\u00e9clarer d&rsquo;accord avec une conception aussi passive de la libert\u00e9, opposant l&rsquo;homme et le monde. En s&rsquo;isolant du monde, l&rsquo;homme se prive de la possibilit\u00e9 d&rsquo;agir sur lui. La libert\u00e9 comprise comme <em>ataraxie <\/em>est \u00ab une fausse libert\u00e9 \u00bb. La question de la libert\u00e9 ne peut \u00eatre r\u00e9solue que dans la soci\u00e9t\u00e9, quand l&rsquo;homme est consid\u00e9r\u00e9 en interaction avec son milieu. Ici nous trouvons d\u00e9j\u00e0, en germe, la critique future de Marx \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la conception de la libert\u00e9 comme un \u00e9tat purement spirituel et th\u00e9orique qui \u00e9tait celle des Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens. Cependant, Marx pose encore la question de la libert\u00e9 en termes tr\u00e8s abstraits, son humanisme est encore v\u00e9ritablement abstrait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Les rapports de la personne et de l&rsquo;Etat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception abstraite de l&rsquo;humanisme commence \u00e0 se remplir d&rsquo;un contenu politique concret en 1842-43, alors qu&rsquo;il travaille \u00e0 la <em>Gazette Rh\u00e9nane<\/em>. Les articles de Marx en ce temps r\u00e9v\u00e8lent un d\u00e9mocratisme r\u00e9volutionnaire cons\u00e9quent. Au centre de son attention se place la d\u00e9fense des pauvres gens qui travaillent. La collaboration au journal confronte Marx avec la n\u00e9cessit\u00e9 de m\u00e9diter et de trancher des probl\u00e8mes mis en avant par l&rsquo;actualit\u00e9, elle l&rsquo;entra\u00eene au plus \u00e9pais de la bataille \u00e9conomique et politique. Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il v\u00e9rifie dans la pratique ses orientations id\u00e9alistes primitives, les conditions se cr\u00e9ent pour son passage \u00e0 la conception mat\u00e9rialiste de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me fondamental qui occupe Marx, c&rsquo;est celui des RAPPORTS DE LA PERSONNE ET DE L&rsquo;ETAT. Marx part, \u00e0 l&rsquo;origine, de la th\u00e9orie h\u00e9g\u00e9lienne sur l&rsquo;Etat rationnel, l&rsquo;Etat qui r\u00e9alise la raison et la libert\u00e9, et sur le droit comme expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de Hegel, il ne prend pas l&rsquo;Etat prussien pour l&rsquo;incarnation d&rsquo;un tel r\u00e9gime; il ne lui applique ce crit\u00e8re qu&rsquo;en, croyant \u00e0 la possibilit\u00e9 de le transformer par les forces de la philosophie. Marx n&rsquo;id\u00e9alise pas non plus le type bourgeois de l&rsquo;Etat, en particulier les Etats cr\u00e9\u00e9s par les r\u00e9volutions bourgeoises d&rsquo;Angleterre et de France. Tout en prenant conscience du caract\u00e8re progressif des r\u00e9volutions bourgeoises, il montre nettement l&rsquo;\u00e9cart entre l&rsquo;id\u00e9al de ces r\u00e9volutions et leur r\u00e9alisation pratique. D\u00e8s son premier article, relatif aux d\u00e9bats sur la libert\u00e9 de la presse (avril-mai 1842), Marx intervient non seulement contre l&rsquo;Etat prussien, mais aussi contre l&rsquo;id\u00e9alisation du syst\u00e8me bourgeois. A partir de l&rsquo;exemple de la presse, il signale le caract\u00e8re formel qu&rsquo;ont en propre les libert\u00e9s bourgeoises. Il formule son id\u00e9al humaniste de l&rsquo;organisation sociale : \u00e9tablir entre les hommes des rapports tels que \u00ab <em>chaque personne se fonde avec l&rsquo;ampleur du tout, tandis que le tout trouve son reflet dans la conscience de chaque personne<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx r\u00eave d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il n&rsquo;y ait pas de division artificielle en \u00ab Etats \u00bb, d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 ne soit que \u00ab la r\u00e9fraction multicolore de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00bb. Il caract\u00e9rise cette soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale comme un grand organisme unique et se prononce, au rebours de Hegel, contre les ordres et l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 qu&rsquo;ils engendrent. Marx parle du monde r\u00e9ellement humain, qui voit r\u00e9gner entre ses membres une unit\u00e9 harmonieuse. Il se tourne \u00e0 ce propos vers le type de Saint-Humanus cr\u00e9\u00e9 par Goethe comme personnification de l&rsquo;humanit\u00e9 ennoblie.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9tablissant la d\u00e9pendance de l&rsquo;Etat par rapport \u00e0 l&rsquo;ensemble des rapports mat\u00e9riels, Marx commence \u00e0 rattacher la r\u00e9alisation des principes de d\u00e9mocratie et de libert\u00e9 \u00e0 des rapports sociaux d\u00e9termin\u00e9s. Caract\u00e9ristique \u00e0 cet \u00e9gard est la fa\u00e7on dont il pose en ce temps la question de la libert\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, de la libert\u00e9 de la presse en particulier (\u00ab Notes sur la derni\u00e8re instruction prussienne en mati\u00e8re de censure \u00bb, \u00ab Les d\u00e9bats sur la libert\u00e9 de la presse \u00bb). Marx intervient en fervent d\u00e9fenseur de la libert\u00e9 de l&rsquo;esprit, il argumente en faveur du droit du peuple a l&rsquo;expression libre de ses opinions. Sa d\u00e9fense de la libert\u00e9 de la presse (dont il identifie l&rsquo;essence \u00e0 celle de la libert\u00e9 morale) est encore toute id\u00e9aliste ; n\u00e9anmoins, sa position est d\u00e9j\u00e0 radicalement diff\u00e9rente non seulement de celle de Hegel, mais de celle des Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens.<\/p>\n\n\n\n<p>Hegel compare la libert\u00e9 de la presse \u00e0 la libert\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard<br>des lois de la nature. Les Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens con\u00e7oivent la n\u00e9cessit\u00e9 de la libert\u00e9 simplement comme une obligation spirituelle et morale. Marx affirme que la libert\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, y compris la libert\u00e9 de la presse, existe ; la question est simplement de savoir si elle constitue un privil\u00e8ge de quelques personnes ou si elle est le privil\u00e8ge de l&rsquo;esprit humain. En analysant les d\u00e9bats de la Di\u00e8te sur la libert\u00e9 de la presse, Marx fait appara\u00eetre que les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rents ordres (princes, nobles, bourgeois de la ville), s&rsquo;appuyant sur la force des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, d\u00e9naturent la libert\u00e9 de l&rsquo;esprit populaire, en font par l&#8217;emploi de la violence l&rsquo;esprit de la libert\u00e9 particuli\u00e8re repr\u00e9sent\u00e9e par les privil\u00e8ges des ordres. Marx n&rsquo;approuve que l&rsquo;intervention du d\u00e9put\u00e9 paysan, trouvant \u00ab indign\u00e9 et magnifique \u00bb son discours en faveur du libre d\u00e9veloppement de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx n&rsquo;est pas satisfait de la fa\u00e7on purement th\u00e9orique de poser la question de la libert\u00e9. Il ridiculise durement les lib\u00e9raux d&rsquo;Allemagne, qui s&rsquo;imaginent faire honneur \u00e0 la libert\u00e9 en la transportant du terrain des r\u00e9alit\u00e9s dans le ciel \u00e9toile de l&rsquo;imagination. En flagellant, en la personne du lib\u00e9ralisme, \u00ab l&rsquo;enthousiasme sentimental \u00bb et \u00ab le raisonnement de l&rsquo;imagination \u00bb, qui consid\u00e8rent comme une profanation le contact de l&rsquo;id\u00e9al avec la r\u00e9alit\u00e9 prosa\u00efque, Marx condamne par l\u00e0 m\u00eame tout l&rsquo;id\u00e9alisme allemand : \u00ab <em>Les Allemands en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale inclinent aux sentiments et \u00e0 l&rsquo;exaltation\u2026 Par respect excessif des id\u00e9es, ils ne les r\u00e9alisent pas. Ils font des id\u00e9es l&rsquo;objet d&rsquo;un culte, mais ils ne les cultivent pas<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La logique de la lutte politique am\u00e8ne Marx en fin de compte non seulement \u00e0 s&rsquo;opposer directement au r\u00e9gime politique prussien, mais \u00e0 r\u00e9viser les repr\u00e9sentations id\u00e9alistes de l&rsquo;Etat. Il arrive tout pr\u00e8s de cette conclusion mat\u00e9rialiste que le principe d&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;Etat existant est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9, \u00e9lev\u00e9 au niveau de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;Etat ; il arrive tout pr\u00e8s du raisonnement qui d\u00e9duit l&rsquo;Etat et les droits des rapports socio-\u00e9conomiques. Il se prononce contre la domination des propri\u00e9taires priv\u00e9s de l&rsquo;Etat. Sans doute il ne pose pas encore la question d&rsquo;abolir la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e elle-m\u00eame, mais il revendique \u00e9nergiquement la suppression de ses privil\u00e8ges politiques (11).<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1843, dans le manuscrit inachev\u00e9 \u00ab Contribution \u00e0 la<br>critique de la philosophie du droit de Hegel \u00bb. Marx se place d\u00e9j\u00e0 sur des positions mat\u00e9rialistes conscientes pour analyser la th\u00e9orie h\u00e9g\u00e9lienne de l&rsquo;Etat et r\u00e9soudre la question de la nature de l&rsquo;Etat, des rapports entre la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;Etat. Il \u00e9tablit le fait de l&rsquo;ali\u00e9nation, l&rsquo;Etat politique \u00e9tant d\u00e9tach\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Le principe de la soci\u00e9t\u00e9 civile est l&rsquo;homme priv\u00e9 ; celui de l&rsquo;Etat est l&rsquo;homme social. La cause de cette ali\u00e9nation r\u00e9side, d&rsquo;apr\u00e8s Marx, dans la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui forme la base de la soci\u00e9t\u00e9 civile ; on ne peut \u00e9liminer l&rsquo;ali\u00e9nation qu&rsquo;en \u00e9liminant cette base.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ali\u00e9nation entre la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;Etat ne sera surmont\u00e9e que si l&rsquo;on \u00e9tablit un r\u00e9gime social fondamentalement nouveau, que Marx appelle encore \u00ab la d\u00e9mocratie \u00bb. Elle lui appara\u00eet comme l&rsquo;\u00e9nigme d\u00e9chiffr\u00e9e de toutes les formes d&rsquo;organisation \u00e9tatique, la d\u00e9mocratie prend pour point de d\u00e9part l&rsquo;homme : l&rsquo;homme n&rsquo;existe pas pour la loi, mais la loi pour l&rsquo;homme. L&rsquo;organisation \u00e9tatique appara\u00eet ici comme l&rsquo;autod\u00e9termination du peuple : \u00ab <em>La d\u00e9mocratie se comporte \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes les autres formes \u00e9tatiques comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son Ancien Testament. En d\u00e9mocratie, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;homme qui existe pour la loi, mais la loi pour l&rsquo;homme; ce qui est ici la loi, c&rsquo;est l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme, tandis que dans les autres formes d&rsquo;organisation \u00e9tatique, l&rsquo;homme est l&rsquo;\u00eatre d\u00e9termin\u00e9 par la loi. Tel est le signe distinctif fondamental de la d\u00e9mocratie<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx se rapproche ainsi de la justification th\u00e9orique du communisme EN TANT QUE R\u00c9GIME AYANT A SA BASE L&rsquo;HOMME, SES DROITS ET SES BESOINS et o\u00f9 \u00ab <em>l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme est la loi<\/em> \u00bb. Les appr\u00e9ciations que Marx porte sur les r\u00e9gimes sociaux, sur telles ou telles institutions, se rattachent indissolublement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il se fait de la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme, de ses besoins et de ses droits.<\/p>\n\n\n\n<p>En quoi consiste donc l&rsquo;essence de l&rsquo;homme ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;essence de l&rsquo;homme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le manuscrit de 1843 montre que la position de Marx sur ce sujet se distingue fonci\u00e8rement non seulement de celle de Hegel, mais en particulier de celle de Feuerbach.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx introduit la notion nouvelle de \u00ab qualit\u00e9 sociale \u00bb. Selon Hegel, les fonctions de l&rsquo;Etat politique et ses sph\u00e8res d&rsquo;activit\u00e9 sont purement ext\u00e9rieures et rattach\u00e9es fortuitement \u00e0 l&rsquo;individu, \u00e0 la \u00ab personne particuli\u00e8re \u00bb. Au contraire, Marx d\u00e9couvre ici une profonde liaison interne : l&rsquo;Etat est rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individu non pas con\u00e7u comme \u00eatre physique, mais comme \u00eatre politique, comme citoyen de l&rsquo;Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;absurdit\u00e9 de Hegel provient du fait qu&rsquo;il consid\u00e8re les fonctions de l&rsquo;Etat et ses sph\u00e8res d&rsquo;activit\u00e9 dans l&rsquo;abstrait, en elles-m\u00eames, tandis qu&rsquo;il regarde l&rsquo;individualit\u00e9 particuli\u00e8re comme leur oppos\u00e9. Mais il oublie que l&rsquo;essence de la \u00ab personne particuli\u00e8re \u00bb est constitu\u00e9e non point par sa barbe, non point par son sang, non point par sa nature physique abstraite, mais par sa QUALIT\u00c9 SOCIALE, et que les fonctions de l&rsquo;Etat, etc. ne sont rien d&rsquo;autre que des modes d&rsquo;existence et d&rsquo;action des qualit\u00e9s sociales de l&rsquo;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette th\u00e8se de la qualit\u00e9 sociale, Marx vient \u00e0 bout de l&rsquo;attitude<br>\u00e0 la fois abstraite et biologique de Hegel, d&rsquo;apr\u00e8s lequel \u00ab <em>la nature fait imm\u00e9diatement les rois et les pairs, comme elle fait les yeux et les nez<\/em> \u00bb, et en m\u00eame temps il d\u00e9passe le point de vue anthropologique de Feuerbach, qui consid\u00e9rait l&rsquo;homme \u00ab simplement comme \u00eatre naturel \u00bb. Marx approche de cette conclusion que l&rsquo;homme est le produit du d\u00e9veloppement historique, le produit de la soci\u00e9t\u00e9 de son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois plus tard, dans l&rsquo;article \u00ab Contribution \u00e0 la critique de la<br>philosophie du droit de Hegel, Introduction \u00bb, publi\u00e9 dans les <em>Annales franco-allemandes<\/em>, Marx formule comme suit cette m\u00eame pens\u00e9e : \u00ab<br><em>L&rsquo;HOMME n&rsquo;est pas un \u00eatre abstrait, nich\u00e9 quelque part en dehors du monde. L&rsquo;homme est LE MONDE DE L&rsquo;HOMME, l&rsquo;Etat, la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 partir de ces positions que Marx pose et r\u00e9sout la question des<br>voies de \u00ab l&rsquo;\u00e9mancipation humaine \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la lib\u00e9ration r\u00e9elle de la personne dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (12).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pol\u00e9mique avec Bruno Bauer (\u00ab La question juive \u00bb), il s&rsquo;agissait de la diff\u00e9rence entre l&rsquo;\u00e9mancipation purement \u00ab politique \u00bb et l&rsquo;\u00e9mancipation \u00ab humaine \u00bb. L&rsquo;\u00e9mancipation politique, \u2014 par ce terme, Marx, d\u00e9signe en ce temps la r\u00e9alisation de l&rsquo;ensemble des transformations d\u00e9mocratiques bourgeoises, \u2014 maintient int\u00e9gralement la scission de l&rsquo;homme en \u00ab homme public \u00bb, citoyen de l&rsquo;Etat, et en \u00ab personne priv\u00e9e \u00bb, membre de la soci\u00e9t\u00e9. Le caract\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui est celui de l&rsquo;Etat bourgeois ne peut \u00eatre supprim\u00e9 par aucune d\u00e9claration et constitution, par aucune libert\u00e9 d\u00e9mocratique illusoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx montre que le contenu de la \u00ab D\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme<br>et du citoyen \u00bb, pr\u00e9sente dans les Constitutions fran\u00e7aises de 1793 et 1795, comme elle l&rsquo;est aussi dans les Constitutions, analys\u00e9es par lui, de deux Etats d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, c&rsquo;est le constat de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, la proclamation des droits du propri\u00e9taire priv\u00e9, de l&rsquo;\u00e9go\u00efste, du bourgeois. Aussi la v\u00e9ritable \u00e9mancipation de l&rsquo;homme ne peut-elle r\u00e9sulter que de la lib\u00e9ration de la soci\u00e9t\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de l&rsquo;abolition m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 domine l&rsquo;esprit du mercantilisme sordide. C&rsquo;est ainsi que Marx aborde l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9volution socialiste. Quant \u00e0 la force capable d&rsquo;accomplir cette r\u00e9volution et d&rsquo;\u00e9manciper par l\u00e0-m\u00eame toute la soci\u00e9t\u00e9, il la d\u00e9couvre dans le prol\u00e9tariat, dont il indique la mission historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lettre de 1843 \u00e0 Ruge, Marx \u00e9crit qu&rsquo; \u00ab <em>il reste seulement \u00e0 \u00e9veiller le sentiment de leur, propre dignit\u00e9, de la libert\u00e9 dans le c\u0153ur\u2026 des hommes. Seul ce sentiment, qui a quitt\u00e9 le monde avec les Grecs et qui, sous le christianisme, s&rsquo;est dissip\u00e9 dans le mirage trompeur du royaume des deux, peut refaire de la soci\u00e9t\u00e9 un groupement d&rsquo;hommes unis pour, atteindre leurs fins \u00e9lev\u00e9es <\/em>\u00bb. Mais Marx ne voit pas sa t\u00e2che dans la compassion inerte. Son humanisme se pr\u00e9sente d\u00e8s le d\u00e9but comme une conception active, exempte d&rsquo;humilit\u00e9 : \u00ab <em>Nous ne disons pas au monde : CESSE DE LUTTER, TOUTE TA LUTTE EST FUTILIT\u00c9. Nous lui donnons le vrai mot d&rsquo;ordre de lutte<\/em>. \u00bb La t\u00e2che de la philosophie scientifique consiste \u00e0 fonder th\u00e9oriquement les changements du monde, c&rsquo;est en cela que r\u00e9side le vrai mot d&rsquo;ordre de lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en continuant les meilleures traditions de l&rsquo;antiquit\u00e9 et des temps<br>modernes, cet humanisme actif signifiait un pas en avant du point de vue des principes. Marx appr\u00e9cie hautement \u00e0 cette \u00e9poque la philosophie mat\u00e9rialiste de Feuerbach et son humanisme. Mais d\u00e8s 1843, il comprend toutes les limites des transformations d\u00e9mocratiques bourgeoises id\u00e9alis\u00e9es par Feuerbach et les Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens. En m\u00eame temps, il conduit \u00e0 son terme logique la critique feuerbachienne de la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>La critique de la religion, \u00e9crit Marx, s&rsquo;ach\u00e8ve par la th\u00e9orie que L&rsquo;HOMME EST L&rsquo;\u00caTRE SUPR\u00caME POUR L&rsquo;HOMME, s&rsquo;ach\u00e8ve par cons\u00e9quent par L&rsquo;IMP\u00c9RATIF CAT\u00c9GORIQUE DE RENVERSER TOUS LES RAPPORTS dans lesquels l&rsquo;homme est un \u00eatre humili\u00e9, asservi, abandonn\u00e9, m\u00e9prisable.<\/em> \u00bb La religion est d\u00e9finie par Marx comme une conscience servile, comme l&rsquo;opium du peuple (toujours en opposition avec Feuerbach, qui a constamment cherch\u00e9 dans la religion le noyau moral). La lutte contre la religion doit se transformer normalement en une lutte contre le monde qui l&rsquo;engendre ; la lutte de l&rsquo;humanit\u00e9 contre les illusions sur sa situation doit devenir une lutte contre le monde qui engendre ces illusions. La source des illusions religieuses est la soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur l&rsquo;exploitation. Conduisant ainsi \u00e0 son ach\u00e8vement logique la critique de Feuerbach, Marx va beaucoup plus loin que lui ; il tire de cette critique des conclusions sur le plan de la pratique r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e8s 1844, l&rsquo;humanisme de Marx prend un caract\u00e8re r\u00e9aliste<\/em>. Marx rattache<br>l&rsquo;accomplissement de son id\u00e9al humaniste \u00e0 l&rsquo;abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ; il d\u00e9couvre en la personne du prol\u00e9tariat la force qui doit accomplir cette grande transformation sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Les \u00ab Manuscrits \u00bb de 1844<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche ult\u00e9rieure dans cette direction est repr\u00e9sent\u00e9e par les <em>Manuscrits \u00e9conomico-philosophiques<\/em> de 1844. Dans l&rsquo;histoire de la formation du marxisme, l&rsquo;ann\u00e9e 1844 est marqu\u00e9e par le passage d\u00e9finitif de ses fondateurs sur les positions du mat\u00e9rialisme et du communisme. L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9conomie politique et de l&rsquo;histoire conduit Marx \u00e0 la conception mat\u00e9rialiste de l&rsquo;histoire, elle lui procure de nouveaux mat\u00e9riaux pour la g\u00e9n\u00e9ralisation philosophique. Marx en arrive \u00e0 la conception du communisme en tant que r\u00e9sultat n\u00e9cessaire du d\u00e9veloppement des contradictions du mode de production capitaliste. <em>L&rsquo;humanisme de Marx se fond organiquement avec la th\u00e9orie du communisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les \u00ab Manuscrits \u00bb de 1844, Marx \u00e9labore compl\u00e8tement la nouvelle conception de l&rsquo;essence de l&rsquo;homme ; il fonde l&rsquo;humanisme en th\u00e9orie, \u00e0 partir des positions du mat\u00e9rialisme historique.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondre \u00e0 la question en quoi consiste l&rsquo;essence de l&rsquo;homme, c&rsquo;est d\u00e9terminer la forme fondamentale de son activit\u00e9 vitale. Un mod\u00e8le classique de toutes les r\u00e9ponses pr\u00e9-marxistes \u00e0 cette question est fourni par la triple formule de Feuerbach : l&rsquo;homme se distingue de l&rsquo;animal par la raison,- le sentiment et la volont\u00e9. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;homme de Feuerbach se r\u00e9v\u00e9lait extr\u00eamement abstrait, la conception de son essence restait toute m\u00e9taphysique. En opposition avec cette abstraction et cet esprit m\u00e9taphysique, Marx d\u00e9veloppe sa conception, toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de sens historique, sur le devenir, sur la formation de l&rsquo;homme dans le cours de l&rsquo;activit\u00e9 sociale du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>La forme sp\u00e9cifique de l&rsquo;activit\u00e9 vitale de l&rsquo;homme est le travail. Toutes les qualit\u00e9s dites \u00ab humaines \u00bb, qui composent ce que l&rsquo;on appelle \u00ab l&rsquo;essence \u00bb de l&rsquo;homme, son profil social et spirituel ne sont pas donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;homme \u00e0 partir de la nature (Feuerbach), mais sont le r\u00e9sultat du travail de toutes les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures. Pour Marx, le travail est le mot de l&rsquo;\u00e9nigme de toute l&rsquo;histoire humaine, le moyen gr\u00e2ce auquel l&rsquo;homme se transforme, d&rsquo;objet, en sujet de l&rsquo;histoire et, au lieu de s&rsquo;adapter passivement \u00e0 la nature, la transforme consciemment en accord avec ses buts.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans le travail que l&rsquo;homme d\u00e9ploie toute la richesse de ses \u00ab<br>forces essentielles \u00bb, de ses capacit\u00e9s cr\u00e9atrices. Non seulement les cinq sens ordinaires, mais aussi les sens qu&rsquo;on appelle spirituels (la volont\u00e9, l&rsquo;amour) sont le produit de l&rsquo;histoire universelle. Chaque personne humaine concr\u00e8te est le r\u00e9sultat, l&rsquo;incarnation et le reflet du niveau de la culture mat\u00e9rielle et spirituelle cr\u00e9\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. Et c&rsquo;est pourquoi, comme Marx le note au printemps de 1845 dans ses fameuses \u00ab Th\u00e8ses sur Feuerbach \u00bb, \u00ab <em>l&rsquo;essence humaine n&rsquo;est pas une abstraction, inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;individu isol\u00e9. Dans sa r\u00e9alit\u00e9, elle est l&rsquo;ensemble de tous les rapports sociaux<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La possibilit\u00e9 pour chaque individu concret d&rsquo;assimiler toute la richesse<br>de la culture accumul\u00e9e, la perception de la r\u00e9alit\u00e9 dans son ensemble sont d\u00e9finies par la situation sociale de cet individu. C&rsquo;est ainsi que les \u0153uvres magnifiques de l&rsquo;art ne peuvent \u00eatre comprises par l&rsquo;homme indigent, qui est accabl\u00e9 de soucis. Le marchand voit en elles non pas leur beaut\u00e9 et leur nature sp\u00e9cifique, mais seulement leur valeur mon\u00e9taire, etc. Marx conclut : l&rsquo;homme dou\u00e9 de toutes les qualit\u00e9s \u00ab humaines \u00bb est le produit de la soci\u00e9t\u00e9, sa cr\u00e9ation. Il est \u00e9vident qu&rsquo;une telle conception de l&rsquo;homme se distingue radicalement aussi bien de l&rsquo;anthropologisme m\u00e9taphysique de Feuerbach que de l&rsquo;anthropologisme id\u00e9aliste des existentialistes actuels. Pour reprendre les termes d&rsquo;Engels, \u00ab <em>le culte de l&rsquo;homme abstrait, ce noyau de la religion nouvelle de Feuerbach<\/em> \u00bb, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Marx \u00ab <em>par la science des hommes r\u00e9els et de leur d\u00e9veloppement historique<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9tabli l&rsquo;importance d\u00e9terminante du travail dans la vie sociale, Marx en vient normalement \u00e0 d\u00e9gager, pour crit\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9 des rapports \u00e9tablis dans la soci\u00e9t\u00e9, la situation des classes laborieuses. Il prend comme principal objet de recherche le <em>rapport du travailleur \u00e0 son acte de travail et aux r\u00e9sultats de cet acte dans les conditions de la production capitaliste<\/em>. Conclusion : le capitalisme est par nature antihumain ; il conduit \u00e0 la destruction, \u00e0 la d\u00e9sagr\u00e9gation de la personne, parce qu&rsquo;il d\u00e9shumanise le travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;ali\u00e9nation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour caract\u00e9riser la forme antagoniste de l&rsquo;activit\u00e9 laborieuse dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, Marx introduit le concept d&rsquo;ali\u00e9nation. La gen\u00e8se de ce concept remonte \u00e0 l&rsquo;humanisme de la philosophie bourgeoise des lumi\u00e8res. D&rsquo;apr\u00e8s Rousseau, l&rsquo;homme est n\u00e9 libre, mais toute l&rsquo;histoire de la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sente une ali\u00e9nation graduelle et cons\u00e9quente de ses droits naturels. Hegel, qui n&rsquo;\u00e9tait pas un penseur sentimental, s&rsquo;efforce de d\u00e9montrer la n\u00e9cessit\u00e9 historique et le caract\u00e8re progressif de l&rsquo;ali\u00e9nation. Il consid\u00e8re que le progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9 a exig\u00e9 d&rsquo;elle qu&rsquo;elle renonce \u00e0 son \u00eatre naturel ; le monde non ali\u00e9n\u00e9, harmonieux et humain qui existait dans les temps antiques a d\u00fb normalement \u00eatre remplac\u00e9 par des formes nouvelles de vie sociale. Hegel exprime cette id\u00e9e g\u00e9niale que la r\u00e9alit\u00e9 sociale est le r\u00e9sultat de l&rsquo;activit\u00e9 propre des hommes. Cependant, il identifie l&rsquo;ali\u00e9nation \u00e0 l&rsquo;objectivation. Et par l\u00e0, toute l&rsquo;histoire est mystifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Feuerbach, le concept d&rsquo;ali\u00e9nation, est employ\u00e9 dans un sens plus \u00e9troit et, au rebours de Hegel, dans un sens anti-historique. La religion est l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;essence humaine, et cette premi\u00e8re ali\u00e9nation engendre toutes les autres formes du m\u00eame mal, toute l&rsquo;oppression sociale. Pour r\u00e9soudre les contradictions sociales, Feuerbach consid\u00e8re comme n\u00e9cessaire d&rsquo;abolir les religions existantes et de cr\u00e9er une \u00ab religion nouvelle \u00bb, qui mette l&rsquo;homme lui-m\u00eame \u00e0 la place de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx concr\u00e9tise la cat\u00e9gorie de l&rsquo;ali\u00e9nation en passant par le concept du travail ali\u00e9n\u00e9 ; il y met un sens historique et social concret. Dans les conditions de la division antagonique du travail et de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, le travailleur se trouve ali\u00e9n\u00e9 des produits cr\u00e9\u00e9s par lui, et ces produits s&rsquo;opposent \u00e0 lui comme des forces \u00e9trang\u00e8res et hostiles. L&rsquo;homme est soumis au jeu spontan\u00e9 des rapports sociaux cr\u00e9\u00e9s par lui-m\u00eame, sa domination sur la nature se transforme en esclavage. Tout le travail mort accumul\u00e9 par les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures s&rsquo;oppose au travail vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">L&rsquo;ouvrier devient d&rsquo;autant plus pauvre qu&rsquo;il produit plus de richesses, que sa production cro\u00eet en puissance et en volume. L&rsquo;ouvrier devient une marchandise d&rsquo;autant plus vile qu&rsquo;il cr\u00e9e plus de marchandises. La d\u00e9pr\u00e9ciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement le produit du travail, mais le travail lui-m\u00eame dans la<br>soci\u00e9t\u00e9 capitaliste deviennent pour le travailleur fonci\u00e8rement -ext\u00e9rieurs, \u00e9trangers et hostiles. Au lieu d&rsquo;\u00eatre une n\u00e9cessit\u00e9 vitale, le travail appara\u00eet comme une activit\u00e9 forc\u00e9e, un moyen douloureux de satisfaire les premiers besoins. C&rsquo;est dans le travail, ce travail qui est la forme fondamentale de l&rsquo;activit\u00e9 humaine, que le travailleur cesse de se sentir un homme, que se produit l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme d&rsquo;avec la nature, d&rsquo;avec lui-m\u00eame et d&rsquo;avec les autres hommes. L&rsquo;ali\u00e9nation \u00e9conomique engendre les autres formes du m\u00eame mal : ali\u00e9nation politique, religieuse et id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait que l&rsquo;homme se perd lui-m\u00eame trouve son expression achev\u00e9e dans la situation de l&rsquo;ouvrier : \u00ab <em>Tout l&rsquo;asservissement de l&rsquo;homme<\/em>, \u00e9crit Marx, <em>est impliqu\u00e9 dans le rapport de l&rsquo;ouvrier \u00e0 la production<\/em>. \u00bb En cons\u00e9quence, sa mission historique consiste \u00e0 lib\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Marx a d\u00e9couvert le sens humain g\u00e9n\u00e9ral de la lutte de la classe ouvri\u00e8re, de sa revendication fondamentale, l&rsquo;abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production. \u00ab\u2026 <em>L&rsquo;\u00e9mancipation de la soci\u00e9t\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, etc., de la servitude, s&rsquo;exprime sous LA FORME POLITIQUE DE L&rsquo;\u00c9MANCIPATION DES OUVRIERS, non pas comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait seulement de LEUR \u00e9mancipation, mais parce que celle-ci implique l&rsquo;\u00e9mancipation universelle de l&rsquo;homme<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ali\u00e9nation, pour Marx, n&rsquo;est nullement une cat\u00e9gorie \u00e9ternelle. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9conomique, social et id\u00e9ologique rattach\u00e9 \u00e0 un mode de production d\u00e9termin\u00e9, et par cons\u00e9quent transitoire (13).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Le communisme est l&rsquo;humanisme pratique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;humanisme du prol\u00e9tariat r\u00e9volutionnaire tel que Marx l&rsquo;avait d\u00e9montr\u00e9 absorbait en lui les meilleures traditions de l&rsquo;humanisme allemand classique. D\u00e9j\u00e0 Goethe et Schiller (\u00ab Lettres sur l&rsquo;\u00e9ducation esth\u00e9tique \u00bb) avaient vu le danger d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, d&rsquo;une d\u00e9shumanisation de la personne dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, o\u00f9 \u00ab <em>l&rsquo;homme, \u00e0 raison des buts qu&rsquo;il s&rsquo;est fix\u00e9, s&rsquo;est oubli\u00e9 lui-m\u00eame <\/em>\u00bb. Mais on ne pouvait trouver le moyen de sortir de cette situation tant qu&rsquo;on restait prisonnier des repr\u00e9sentations bourgeoises de la soci\u00e9t\u00e9. Pour que les id\u00e9aux humanistes condamnent la r\u00e9alit\u00e9, <em>il fallait d\u00e9montrer scientifiquement la possibilit\u00e9 et l&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 du r\u00e9gime social sup\u00e9rieur, le communisme<\/em>. Dans les \u00ab Manuscrits \u00bb de 1844, Marx donne la premi\u00e8re caract\u00e9ristique th\u00e9orique de ce r\u00e9gime. L&rsquo;essence et la base du communisme sont d\u00e9couverts par lui dans le nouveau rapport de l&rsquo;homme au travail con\u00e7u comme une jouissance, comme la satisfaction du premier besoin de l\u00e0 vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste, l&rsquo;abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e entra\u00eenera la disparition de toutes les formes d&rsquo;ali\u00e9nation. \u00ab <em>Le communisme<\/em>, \u00e9crit Marx, <em>en tant que suppression de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, signifie la revendication de la vie r\u00e9elle de l&rsquo;homme comme sa propri\u00e9t\u00e9; il signifie l&rsquo;apparition de l&rsquo;humanisme pratique<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le but du communisme, d&rsquo;apr\u00e8s Marx, est de recr\u00e9er l&rsquo;homme int\u00e9gral,<br>harmonieux, compl\u00e8tement d\u00e9velopp\u00e9, qui a besoin \u00ab <em>de l&rsquo;enti\u00e8re pl\u00e9nitude des manifestations humaines de la vie<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx consid\u00e8re comme la richesse authentique de l&rsquo;homme la diversit\u00e9 de ses besoins, la capacit\u00e9 de jouir de toutes les conqu\u00eates de la civilisation. A partir de ces positions, il critique vivement les th\u00e9ories grossi\u00e8res du communisme \u00e9galitaire, qui ram\u00e8ne l&rsquo;id\u00e9al communiste \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 comprise dans un sens primitif et nivelant tous les hommes. Cette conception du communisme conduit \u00e0 la n\u00e9gation de la personne, \u00e0 la n\u00e9gation abstraite de tout l&rsquo;univers de la culture et de la civilisation, au retour \u00e0 \u00ab <em>la simplicit\u00e9 CONTRAIRE A LA NATURE, de l&rsquo;homme PAUVRE et sans besoin, qui non seulement n&rsquo;a pas d\u00e9pass\u00e9 le stade de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, mais n&rsquo;y est m\u00eame pas encore parvenu<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le communisme n&rsquo;est \u00e0 aucun degr\u00e9 la perte par l&rsquo;homme de toutes les<br>valeurs mat\u00e9rielles et spirituelles accumul\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures. Aussi la simple suppression de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ne -r\u00e9sout-elle pas le probl\u00e8me. Elle ne constitue pas encore le communisme, qui suppose en m\u00eame temps le maintien int\u00e9gral et conscient de toute la richesse du d\u00e9veloppement ant\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9finition primordiale du communisme comme r\u00e9alisation pratique de l&rsquo;humanisme, cette caract\u00e9ristique des moyens r\u00e9els d&rsquo;y arriver s&rsquo;approfondissent et se concr\u00e9tisent au fur et \u00e0 mesure que s&rsquo;\u00e9laborent la conception mat\u00e9rialiste de l&rsquo;histoire, la th\u00e9orie de la dictature du prol\u00e9tariat, la th\u00e9orie \u00e9conomique du marxisme. Dans la <em>Sainte Famille<\/em> (1845), Marx met \u00e0 nu les tendances contradictoires du d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et montre que ces tendances engendrent, avec une n\u00e9cessit\u00e9 objective, la force qui est capable de les lever. Le besoin, expression pratique de cette n\u00e9cessit\u00e9 objective, met en avant le prol\u00e9tariat comme champion de l&rsquo;humanisme r\u00e9el et d\u00e9termine son r\u00f4le historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx r\u00e9fute en m\u00eame temps l&rsquo;accusation des Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens disant que les auteurs socialistes consid\u00e8rent les prol\u00e9taires comme des dieux, font d&rsquo;eux un objet du culte. Au contraire, Marx est d&rsquo;avis que la t\u00e2che pressante du prol\u00e9tariat est de se supprimer lui-m\u00eame avec la qualit\u00e9 qui est la sienne dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Il supprime du m\u00eame coup toutes les conditions de vie inhumaines de cette soci\u00e9t\u00e9, telles qu&rsquo;elles se concentrent dans sa situation propre. Marx expose que la classe ouvri\u00e8re ne lutte pas pour prendre la place des classes exploiteuses renvers\u00e9es, mais pour abolir toute in\u00e9galit\u00e9 et toute exploitation. D\u00e8s lors, son combat rev\u00eat une importance humaine g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>La Sainte Famille<\/em> et dans <em>L&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em> (1845-1846), Marx<br>et Engels s&rsquo;en prennent \u00e0 \u00ab l&rsquo;humanisme sentimental \u00bb des Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens, qui ont substitu\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration du prol\u00e9tariat \u00ab l&rsquo;\u00e9mancipation de la conscience \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>L&rsquo;humanisme r\u00e9el<\/em>, \u00e9crit Marx, dans La Sainte-Famille, <em>n&rsquo;a pas en Allemagne d&rsquo;ennemi plus dangereux que le spiritualisme, ou id\u00e9alisme sp\u00e9culatif, qui met \u00e0 la place de l&rsquo;homme individuel r\u00e9el la<\/em> \u00ab conscience de soi \u00bb <em>ou l&rsquo;<\/em> \u00ab esprit \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En s&rsquo;attaquant \u00e0 la \u00ab Critique critique \u00bb, Marx d\u00e9nonce la tendance, propre en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme, qui transforme les cha\u00eenes r\u00e9elles, objectivement existantes, en cha\u00eenes exclusivement id\u00e9ales et subjectives, qui transforme toutes les batailles mat\u00e9rielles en batailles d&rsquo;id\u00e9es pures. A en croire les Jeunes-h\u00e9g\u00e9liens, tout le mal est dans la conscience des ouvriers. Marx objecte que les ouvriers qui travaillent dans les ateliers de Manchester et de Lyon sentent bien vivement, bien douloureusement la diff\u00e9rence entre la pens\u00e9e et l&rsquo;\u00eatre, entre la conscience et la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ils savent que la propri\u00e9t\u00e9, le capital, l&rsquo;argent, le travail salari\u00e9 et ainsi de suite sont loin de constituer des fant\u00f4mes de l&rsquo;imagination, mais repr\u00e9sentent des produits fort pratiques et fort concrets de l&rsquo;ali\u00e9nation des ouvriers et que, par cons\u00e9quent, ils doivent \u00eatre supprim\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7on tout aussi pratique et concr\u00e8te pour que l&rsquo;homme puisse devenir homme non seulement dans la pens\u00e9e, dans la conscience, mais dans l&rsquo;\u00eatre de masse, dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx r\u00e9sout le probl\u00e8me de la libert\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on nouvelle, mat\u00e9rialiste.<br>L&rsquo;homme aspire \u00e0 la libert\u00e9 non dans la sph\u00e8re de la pens\u00e9e pure, mais dans le monde r\u00e9el de la terre. La conqu\u00eate de la libert\u00e9 r\u00e9elle comporte des conditions \u00e9conomiques et sociales concr\u00e8tes. C&rsquo;est pourquoi le vrai humanisme pratique, qui d\u00e9coule de la conception mat\u00e9rialiste de l&rsquo;histoire, consiste \u00e0 reconna\u00eetre les masses populaires comme principal cr\u00e9ateur de l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>On lit dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em> : \u00ab <em>Pour les mat\u00e9rialistes pratiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour, les communistes, toute la question revient \u00e0 r\u00e9volutionner le monde existant, \u00e0 intervenir pratiquement contre l&rsquo;\u00e9tat de choses existant et \u00e0 le changer <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9alisme, qui d\u00e9forme, qui mystifie l&rsquo;essence du proc\u00e8s historique, qui ne voit pas les forces motrices v\u00e9ritables du d\u00e9veloppement social, est en derni\u00e8re analyse hostile \u00e0 l&rsquo;humanisme. Dans <em>la Sainte-Famille<\/em>, Marx consid\u00e8re le mat\u00e9rialisme comme la pr\u00e9misse th\u00e9orique, \u00ab la base logique \u00bb du communisme et de l&rsquo;humanisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La base scientifique de la th\u00e9orie marxiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jamais, ni dans ses premi\u00e8res \u0153uvres ni dans ses \u0153uvres classiques, Marx n&rsquo;a vu dans le communisme un simple id\u00e9al, une sorte d&rsquo;imp\u00e9ratif moral, ainsi que veulent le faire croire ses interpr\u00e8tes bourgeois et r\u00e9visionnistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (14).<\/p>\n\n\n\n<p>Marx et Engels \u00e9crivent dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le communisme n&rsquo;est pas pour nous un \u00e9tat qui doit \u00eatre \u00e9tabli, il n&rsquo;est pas un id\u00e9al auquel la r\u00e9alit\u00e9 doit se conformer. Nous appelons communisme le mouvement r\u00e9el qui abolit l&rsquo;\u00e9tat actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mouvement trouve dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em> ses fondements procur\u00e9s<br>par le mat\u00e9rialisme historique. En mettant au jour les lois fondamentales du remplacement des formations socio-\u00e9conomiques, Marx et Engels montrent que la lutte de classe et la r\u00e9volution sont la force motrice de l&rsquo;histoire. En d\u00e9couvrant le grand r\u00f4le historique de la r\u00e9volution communiste (abolition de toute exploitation), les fondateurs du marxisme mettent en avant la t\u00e2che du prol\u00e9tariat en tant qu&rsquo;il doit conqu\u00e9rir le pouvoir politique. Marx et Engels pol\u00e9miquent avec le \u00ab socialisme vrai \u00bb de caract\u00e8re petit-bourgeois, dont les repr\u00e9sentants niaient les liens du socialisme avec le mouvement prol\u00e9tarien et voulaient prouver que le socialisme est une th\u00e9orie au-dessus des classes, int\u00e9ressant \u00ab <em>l&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral<\/em> \u00bb ; Marx et Engels \u00e9tablissent le caract\u00e8re de classe, le caract\u00e8re prol\u00e9tarien du socialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx r\u00e9fute l&rsquo;id\u00e9e abstraite d&rsquo;humanit\u00e9 ; il se prononce contre l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation \u00e0 l&rsquo;absolu de l&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, de la personne en g\u00e9n\u00e9ral. La \u00ab personne en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, c&rsquo;est ou bien une absurdit\u00e9 \u00ab en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, ou bien une notion abstraite de la personne. Il faut lutter au nom de la personne humaine r\u00e9elle, sans lui opposer l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;humanit\u00e9 universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx ridiculise avec verve les \u00ab socialistes vrais \u00bb. Il \u00e9crit \u00e0 propos de la doctrine de l&rsquo;un d&rsquo;eux, Kriege, que c&rsquo;est \u00ab <em>une complaisance honteuse et r\u00e9pugnante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de<\/em> \u00ab l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb <em>s\u00e9par\u00e9e de la<\/em> \u00ab personne propre \u00bb <em>et oppos\u00e9e \u00e0 elle<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em>, c&rsquo;est \u00e0 partir de la conception mat\u00e9rialiste de<br>l&rsquo;histoire d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e qu&rsquo;est r\u00e9solue la question des rapports mutuels entre les int\u00e9r\u00eats personnels et les int\u00e9r\u00eats sociaux. L&rsquo;entrelacement complexe des int\u00e9r\u00eats contradictoires avec l&rsquo;antagonisme principal entre classes exploiteuses et classes exploit\u00e9es exclut le libre d\u00e9veloppement de la personne, imprime \u00e0 toute l&rsquo;activit\u00e9 et \u00e0 toutes les. relations des hommes le sceau in\u00e9vitable de l&rsquo;\u00e9troitesse de classe. Par cons\u00e9quent, c&rsquo;est seulement dans la soci\u00e9t\u00e9 sans classe que les gens peuvent se comporter l&rsquo;un avec l&rsquo;autre comme des personnes libres. En esquissant les contours de la soci\u00e9t\u00e9 communiste, Marx et Engels pr\u00e9voient d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9niale les voies concr\u00e8tes qui m\u00e8neront \u00e0 la r\u00e9alisation de l&rsquo;id\u00e9al humaniste : l&rsquo;\u00e9limination des contradictions entre le travail intellectuel et le travail physique, et entre la ville et le village ; l&rsquo;\u00e9limination de la division antagonique du travail asservissante pour l&rsquo;homme, ce qui aura pour r\u00e9sultat de donner \u00e0 l&rsquo;homme la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper harmonieusement toutes ses forces et tous ses talents.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>En 1845-46, la conception marxiste de l&rsquo;essence de l&rsquo;homme et des moyens qu&rsquo;il a de conqu\u00e9rir des conditions d&rsquo;existence vraiment humaines, conception fonci\u00e8rement nouvelle, est d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e dans ses traits essentiels.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande d\u00e9couverte de Marx est sa th\u00e9orie de la mission historique du prol\u00e9tariat, fossoyeur du r\u00e9gime bourgeois, repr\u00e9sentant de l&rsquo;id\u00e9al humaniste, porteur de la force qui a le pouvoir de faire passer cet id\u00e9al en acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette p\u00e9riode, la pens\u00e9e de Marx s&rsquo;enferme encore parfois dans l&rsquo;enveloppe de la terminologie h\u00e9g\u00e9lienne et feuerbachienne, mais son contenu entre incontestablement dans le fonds pr\u00e9cieux du communisme scientifique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* Cet article, pr\u00e9alablement destin\u00e9 au num\u00e9ro de <em>Recherches Internationales<\/em> sur le jeune Marx, n&rsquo;a pas pu y \u00eatre ins\u00e9r\u00e9, les d\u00e9lais de transmission ayant d\u00e9pass\u00e9 les pr\u00e9visions. Nous remercions la r\u00e9daction de la revue de nous avoir permis de le publier ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) E. THIER : <em>Das Menschenbild des jungen Marx<\/em>, G\u00f6ttingen, 1957.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Karl MARX : <em>Der historische Materialismus<\/em>. <em>Die Fr\u00fchschriften<\/em>, Bd I, 1932, S. XIII.<\/p>\n\n\n\n<p>(3) <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) <em>Der Kampf<\/em>, 1932, Nr. 5.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) <em>Die Gesellschaft<\/em>, 1932, Nr. 8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(6) Karl MARX : <em>National\u00f6konomie und Philosophie<\/em>, Mit einem einleitenden Kommentar \u00fcber die Anthropologie des jungen Marx nach den Pariser \u00f6konomisch-philosophischen Manuskripten, von Erich Thfer, Cologne et Berlin, 1950<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(7) E. MOUNIER : <em>Introduction aux existentialismes<\/em>, Paris, 1947, p. 90.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(8) J. HOMMES : <em>Von Hegel zu Marx, Philosophisches Jahrbuch der G\u00f6rres-Gesellschaft<\/em>, 2. Halbband, Munich, 1953, S. 360.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(9) BIGO : <em>Marxisme et humanisme<\/em>, p. 142.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(10) On multiplie cependant de telles tentatives. C&rsquo;est ainsi que Breuer (Allemagne occidentale), dans sa dissertation sur \u00ab Karl Marxi, sa marche au communisme \u00bb, s&rsquo;efforce d&rsquo;expliquer le d\u00e9veloppement des id\u00e9es de Marx uniquement par les stimulants propres \u00e0 la structure de sa personnalit\u00e9. D&rsquo;apr\u00e8s cet auteur, le stimulant \u00e9thique (anti\u00e9go\u00efsme) a d\u00e9termin\u00e9 l&rsquo;hostilit\u00e9 de Marx envers la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et la bourgeoisie ; le stimulant m\u00e9taphysique (hostilit\u00e9 envers la pens\u00e9e sp\u00e9culative) a conduit Marx au \u00ab contact imm\u00e9diat de la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb. Le stimulant humaniste (profond respect de l&rsquo;homme) a provoqu\u00e9 le d\u00e9sir d&rsquo;abolir toutes les formes d&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme et engendr\u00e9 l&rsquo;id\u00e9al de la soci\u00e9t\u00e9 future (Voir K. H. BREUER : <em>Der junge Marx. Sein Weg zum Kommunismus<\/em>, Cologne, 1954, p. 121).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(11) Comme le remarque avec juste raison Auguste Cornu, les arguments dont Marx se sert alors, sont non pas socio-\u00e9conomiques, mais socio-juridiques<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(12) Une appr\u00e9ciation particuli\u00e8re de cette p\u00e9riode dans la formation des id\u00e9es de Marx est donn\u00e9e par Henri Lefebvre. Dans l&rsquo;article qu&rsquo;il a confi\u00e9 en 1958 \u00e0 une revue polonaise et qui est consacr\u00e9, sous le titre \u00ab Les liaisons de la philosophie et de la politique dans les premiers travaux de Marx \u00bb, \u00e0 l&rsquo;analyse des \u0153uvres de Marx en 1842-43, et d&rsquo;abord au manuscrit \u00ab Contribution \u00e0 la critique de la philosophie du droit de Hegel \u00bb, Lefebvre \u00e9crit \u00ab <em>La recherche en question montre quelle erreur ont commise ceux qui supposaient que le marxisme a surmont\u00e9 les premiers travaux de Marx. Ceux-ci continuent \u00e0 vivre, donnant la cl\u00e9 qui permet de comprendre la pens\u00e9e de Marx, d\u00e9couvrant les \u00e9l\u00e9ments de principe inclus clans le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur du marxisme. Par une \u00e9trange ironie de l&rsquo;histoire, une s\u00e9rie de probl\u00e8mes avec lesquels Marx \u00e9tait aux prises dans sa critique de l&rsquo;Etat et du syst\u00e8me h\u00e9g\u00e9lien, se sont dress\u00e9s devant nous dans le contexte le plus inattendu. O\u00f9 est la cl\u00e9 de cette \u00e9nigme ? Aujourd&rsquo;hui comme il y a cent ans pour Marx, elle est dans l&rsquo;homme. Il faut l&rsquo;\u00e9tudier et le comprendre tel qu&rsquo;il est c&rsquo;est-\u00e0-dire encore plus compliqu\u00e9 et plus contradictoire que Marx ne l&rsquo;a vu et ne l&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9.<\/em> \u00bb (<em>Studia filosoficzna<\/em>, Varsovie, 1958, n\u00b0 5, page 11.) Du point de vue de Lefebvre, Marx, \u00e0 la p\u00e9riode indiqu\u00e9e, concentre l&rsquo;attention sur l&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral, voyant en lui la cl\u00e9 d&rsquo;une critique de l&rsquo;Etat et de la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne. Exactement de la m\u00eame fa\u00e7on, Erich Thier affirme qu&rsquo;en 1843, Marx commence sa critique de Hegel \u00e0 partir des positions de l&rsquo;existentialisme !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(13) La cat\u00e9gorie de l&rsquo;ali\u00e9nation chez Marx refl\u00e8te non seulement la force, mais aussi une certaine faiblesse de sa th\u00e9orie : elle refl\u00e8te le caract\u00e8re insuffisamment \u00e9labor\u00e9 de sa th\u00e9orie \u00e9conomique. Par comparaison avec les \u0153uvres classiques du marxisme, la cat\u00e9gorie d&rsquo;ali\u00e9nation caract\u00e9rise le capitalisme d&rsquo;une fa\u00e7on encore assez abstraite, sans d\u00e9couvrir dans leur int\u00e9gralit\u00e9 les lois de son d\u00e9veloppement. C&rsquo;est pourquoi, au fur et \u00e0 mesure que s&rsquo;approfondit la th\u00e9orie marxiste, cette cat\u00e9gorie c\u00e8de la place \u00e0 des notions plus concr\u00e8tes et plus riches de contenu ; elle entre, en particulier, dans la th\u00e9orie du f\u00e9tichisme de la marchandise. C&rsquo;est ce que ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre les auteurs bourgeois et r\u00e9visionnistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui (par exemple Bigo, Lefebvre et autres), qui consid\u00e8rent cette cat\u00e9gorie comme essentielle dans le marxisme, en \u00e9tendant et en falsifiant sa signification. Une id\u00e9e particuli\u00e8rement r\u00e9pandue chez eux veut qu&rsquo;il soit impossible de surmonter l&rsquo;ali\u00e9nation, parce qu&rsquo;elle se fonde dans la nature m\u00eame du travail m\u00e9canique contemporain, parce qu&rsquo;elle tient au \u00ab d\u00e9mon de la technique \u00bb, \u00e9galement inh\u00e9rent au capitalisme et au socialisme. Christine Bourbeck, dans son livre <em>Le communisme, question pour les chr\u00e9tiens<\/em>, affirme, en se r\u00e9f\u00e9rant aux premi\u00e8res \u0153uvres de Marx, que la paup\u00e9risation des ouvriers, l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme sont des suites in\u00e9vitables de l&rsquo;industrialisation ; la forme industrielle du travail rend impossible l&rsquo;existence de l&rsquo;homme libre. (Voir Christine BOURBECK : <em>Kommunismus, Frage an die Christen<\/em>, Nuremberg, 1957).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(14) Cette id\u00e9e p\u00e9n\u00e8tre en particulier l&rsquo;ouvrage de M. RUBEL : <em>Essai de biographie intellectuelle de Marx<\/em>. D&rsquo;apr\u00e8s lui, Marx est un moraliste qui verra toujours dans la r\u00e9volution sociale un imp\u00e9ratif spirituel. Le marxisme est repr\u00e9sent\u00e9 par Rubel comme une combinaison d&rsquo;\u00e9thique et de sociologie, d&rsquo;eschatologie et de pragmatisme (avec des \u00e9l\u00e9ments de fatalisme et d&rsquo;anarchie). Quand il d\u00e9finit la th\u00e9orie marxiste du communisme, Rubel affirme que l&rsquo;originalit\u00e9 de la pens\u00e9e marxiste par comparaison avec le socialisme utopique provient du lien \u00e9tabli entre l&rsquo;utopie et la sociologie gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique ; il passe sous silence la base scientifique de la th\u00e9orie marxiste, la connaissance des lois du d\u00e9veloppement historique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article d&rsquo;A. Petrachik paru dans La Pens\u00e9e. Revue du rationalisme moderne, n\u00b0 96, mars-avril 1961, p . 27-41 LA question de l&rsquo;humanisme du jeune Marx, de la formation de ses id\u00e9es sur l&rsquo;essence de l&rsquo;homme et sur sa situation dans le monde offre aujourd&rsquo;hui un int\u00e9r\u00eat qui n&rsquo;est pas seulement th\u00e9orique et acad\u00e9mique. 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