{"id":11275,"date":"2021-01-18T09:24:17","date_gmt":"2021-01-18T08:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11275"},"modified":"2026-03-26T19:42:33","modified_gmt":"2026-03-26T18:42:33","slug":"joachim-israel-lhumanisme-dans-les-theories-de-marx","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/01\/18\/joachim-israel-lhumanisme-dans-les-theories-de-marx\/","title":{"rendered":"Joachim Israel : L&rsquo;humanisme dans les th\u00e9ories de Marx"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Joachim Israel paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/homso_0018-4306_1969_num_11_1_1180\" target=\"_blank\">L&rsquo;Homme et la soci\u00e9t\u00e9<\/a><\/em>,<\/strong> <strong>n\u00b0 11, janvier-f\u00e9vrier-mars 1969, p. 109-126<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" height=\"535\" width=\"300\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/esconderijodoslivros.pt\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Lali%C3%A9nation-de-Marx-%C3%A0-la-sociologie-contemporaine-Joachim-Israel-1jan35-foto2-300x535.jpg?resize=300%2C535&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Nombreux sont ceux pour qui le socialisme signifie un syst\u00e8me social, fortement centralis\u00e9 et un contr\u00f4le s&rsquo;exer\u00e7ant sur toute la vie individuelle. En ce qui nous concerne, nous partageons l&rsquo;opinion d&rsquo;Erich Fromm lorsqu&rsquo;il affirme : \u00ab Pour Marx, le but du socialisme \u00e9tait l&rsquo;\u00e9mancipation de l&rsquo;homme \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00c9mancipation signifie transformation des conditions sociales qui produisent l&rsquo;ali\u00e9nation. La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, comme Marx le souligne plus d&rsquo;une fois, en est une des conditions d\u00e9terminantes. Il d\u00e9crit comme suit une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n&rsquo;existe pas : \u00ab Alors seulement la nature appara\u00eet comme le <strong>fondement <\/strong>de l&rsquo;exp\u00e9rience <strong>humaine <\/strong>et un \u00e9l\u00e9ment vital de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. L&rsquo;existence <strong>naturelle <\/strong>de l&rsquo;homme devient alors son existence <strong>humaine <\/strong>et la nature elle-m\u00eame se trouve humanis\u00e9e. La <strong>soci\u00e9t\u00e9<\/strong>, c&rsquo;est la r\u00e9alisation de l&rsquo;union de l&rsquo;homme avec la nature, la r\u00e9alisation de l&rsquo;homme naturel et de l&rsquo;humanit\u00e9 de la nature \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Marx oppose <strong>humanit\u00e9 <\/strong>et <strong>nature<\/strong>, et les r\u00e9unit dans une synth\u00e8se o\u00f9 l&rsquo;homme se trouve uni \u00e0 la nature. Pour comprendre ce texte assez difficile, et particuli\u00e8rement la signification <strong>d&rsquo;humanit\u00e9 <\/strong>et de <strong>nature<\/strong>, nous pouvons relier cette analyse \u00e0 notre discussion du d\u00e9but. Lorsqu&rsquo;il analyse les crit\u00e8res qui diff\u00e9rencient le travail de l&rsquo;homme de celui de l&rsquo;animal, Marx parle de <strong>l&rsquo;humanisation de la nature<\/strong>. C&rsquo;est l&rsquo;extension constante de l&rsquo;activit\u00e9 productive de l&rsquo;homme, pour inclure des portions de plus en plus vastes de la <strong>nature<\/strong>, qui constitue ce processus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cas, l&rsquo;homme et son activit\u00e9 se situent \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la <strong>nature<\/strong>. <strong>Nature <\/strong>signifie ici tout ce qui est ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;homme, aux produits cr\u00e9\u00e9s par lui et aux organisations sociales. En d&rsquo;autres termes, la <strong>nature <\/strong>est l&rsquo;\u00e9quivalent de tout ce qui n&rsquo;est pas cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;homme. Dans ce sens, nous parlerons d&rsquo;une <strong>nature ext\u00e9rieure<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, dans un autre contexte, Marx met l&rsquo;accent sur l&rsquo;homme consid\u00e9r\u00e9 comme faisant partie de la nature : \u00ab L&rsquo;affirmation selon laquelle la vie physique et mentale de l&rsquo;homme, et la nature, sont interd\u00e9pendants signifie seulement que la nature est interd\u00e9pendante avec elle-m\u00eame, car l&rsquo;homme est partie int\u00e9grante de la nature \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici <strong>nature <\/strong>rev\u00eat une signification diff\u00e9rente, \u00e0 savoir <strong>tout objet mat\u00e9riel au sein de l&rsquo;univers, qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;homme<\/strong>. Dans ce sens, l&rsquo;homme fait partie de la nature. Nous parlerons dans ce sens, de <strong>nature en g\u00e9n\u00e9ral<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Marx se sert aussi du terme de <strong>nature<\/strong> dans une troisi\u00e8me acception, lorsqu&rsquo;il parle de <strong>nature humaine<\/strong>. Ici <strong>nature <\/strong>est l&rsquo;\u00e9quivalent de <strong>l&rsquo;\u00eatre <\/strong>ou de <strong>l&rsquo;essence <\/strong>de l&rsquo;homme. <strong>Nature en g\u00e9n\u00e9ral<\/strong> constitue le sens le plus large, puis vient <strong>nature ext\u00e9rieure<\/strong>, enfin <strong>nature humaine<\/strong>, qui a le sens le plus restreint.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, dans les lignes cit\u00e9es plus haut, Marx parle de <strong>nature<\/strong>, je pense qu&rsquo;il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la r\u00e9alisation de la nature humaine, rendue possible par des conditions sociales sp\u00e9cifiques. Dans ce cas, \u00ab l&rsquo;existence <strong>naturelle <\/strong>de l&rsquo;homme devient son existence humaine \u00bb, car les conditions sociales permettent la r\u00e9alisation de la <strong>nature humaine<\/strong>. Si <strong>nature <\/strong>veut dire ici r\u00e9alisation de la nature humaine, alors <strong>humanit\u00e9 <\/strong>signifie humanisation de la nature ext\u00e9rieure. Si le processus de production est organis\u00e9 de telle sorte qu&rsquo;il permette \u00e0 l&rsquo;homme de se r\u00e9aliser lui-m\u00eame, alors la nature ext\u00e9rieure peut \u00eatre humanis\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00eatre syst\u00e9matiquement transf\u00e9r\u00e9e dans la sph\u00e8re de la satisfaction des besoins humains, ce qui \u00e0 son tour aide l&rsquo;homme \u00e0 se r\u00e9aliser lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cette interpr\u00e9tation, l&rsquo;expression ici cit\u00e9e : \u00ab la r\u00e9alisation de la nature de l&rsquo;homme \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 dire <strong>la nature de l&rsquo;homme r\u00e9alis\u00e9e par son activit\u00e9 propre<\/strong>. Parler de \u00ab la r\u00e9alisation de l&rsquo;humanit\u00e9 de la nature \u00bb \u00e9quivaut \u00e0 <strong>l&rsquo;humanisation de la nature ext\u00e9rieure, accomplie de fa\u00e7on \u00e0 rendre possible \u00e0 l&rsquo;homme de se r\u00e9aliser<\/strong>. Donc l&rsquo;humanisme doit \u00eatre d\u00e9fini dans ce contexte en termes de nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la cr\u00e9ation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 communiste, la synth\u00e8se entre nature et humanisme se trouve r\u00e9alis\u00e9e. Dans cette soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;autres oppositions dialectiques trouvent aussi leur unit\u00e9 dans une synth\u00e8se totale. L\u00e0 dispara\u00eet le conflit entre l&rsquo;essence de l&rsquo;homme et son \u00eatre actualis\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre ce qu&rsquo;il peut \u00eatre et ce qu&rsquo;il est en fait dans une p\u00e9riode historique donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9coutons ce que Marx dit dans sa magnifique vision messianique : \u00ab Le communisme en tant que nature pleinement d\u00e9velopp\u00e9e est un humanisme, et en tant qu&rsquo;humanisme pleinement d\u00e9velopp\u00e9 il rel\u00e8ve de la nature. C&rsquo;est la solution <strong>d\u00e9finitive <\/strong>de l&rsquo;antagonisme entre l&rsquo;homme et la nature, et entre l&rsquo;homme et l&rsquo;homme. C&rsquo;est la v\u00e9ritable solution du conflit entre l&rsquo;essence et l&rsquo;existence, entre l&rsquo;objectivation et l&rsquo;affirmation de soi, entre la libert\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9, entre l&rsquo;individu et l&rsquo;esp\u00e8ce. C&rsquo;est la solution de l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;histoire, et il sait qu&rsquo;il est cette solution \u00bb. (mega I, 3 p. 1 14)<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, dans les <strong>Manuscrits<\/strong>, Marx se sert du terme <strong>humanisme <\/strong>pour d\u00e9crire la r\u00e9alisation de l&rsquo;homme \u00e0 travers son activit\u00e9 productive. De sorte que l&rsquo;on peut trouver trois aspects normatifs dans son humanisme :<\/p>\n\n\n\n<p>1) une th\u00e9orie philosophico-anthropologique tr\u00e8s fortement normative ;<\/p>\n\n\n\n<p>2) des notions concernant l&rsquo;importance de l&rsquo;activit\u00e9 cr\u00e9atrice ;<\/p>\n\n\n\n<p>3) des notions concernant la fa\u00e7on dont l&rsquo;homme doit se rapporter \u00e0 son activit\u00e9 comme \u00e0 une valeur en soi. Ces trois \u00e9l\u00e9ments normatifs constituent les conditions pr\u00e9alables de la notion de travail ali\u00e9n\u00e9. Cependant nous sommes d&rsquo;accord avec le philosophe sovi\u00e9tique Dawidow, lorsqu&rsquo;il remarque que le <strong>travail ali\u00e9n\u00e9<\/strong> aboutit \u00e0 \u00eatre une ali\u00e9nation en fonction de <strong>l&rsquo;id\u00e9al de travail<\/strong>. (1)<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me suivant est de savoir si le passage d&rsquo;une th\u00e9orie anthropologico-philosophique \u00e0 une th\u00e9orie sociale de l&rsquo;homme, conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination des aspects normatifs et surtout humanistes de la seconde th\u00e9orie marxienne de l&rsquo;ali\u00e9nation. Ce qui pr\u00e9c\u00e8de montre que nous ne pensons pas que ce soit le cas, mais encore faut-il analyser et d\u00e9montrer ce que sont les aspects humanistes sur lesquels Marx a mis l&rsquo;accent par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons cit\u00e9 ailleurs un passage du troisi\u00e8me tome du <strong>Capital <\/strong>dans lequel Marx traite de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;organiser la production sociale de sorte qu&rsquo;elle soit \u00ab valable et adapt\u00e9e \u00e0 la nature humaine \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Que signifie cette expression ? Ces termes ne peuvent s&rsquo;expliquer par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa d\u00e9finition de l&rsquo;homme. Si l&rsquo;homme est le r\u00e9sultat de l&rsquo;ensemble de ses relations sociales et si cette somme constitue la nature humaine, alors parler des conditions \u00ab valables et adapt\u00e9es \u00e0 la nature humaine \u00bb n&rsquo;est qu&rsquo;une tautologie. Si l&rsquo;homme est le r\u00e9sultat de ses relations sociales, et si ce r\u00e9sultat constitue la nature humaine, alors les conditions qui sont valables et adapt\u00e9es \u00e0 la nature humaine ne sont rien d&rsquo;autre que les conditions m\u00eames dont l&rsquo;homme est le r\u00e9sultat. Je ne pense pas pour ma part que Marx ait fait usage d&rsquo;une tautologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Par l&#8217;emploi de cette phrase, il va au-del\u00e0 de sa d\u00e9finition d&rsquo;une nature humaine vue comme r\u00e9sultat de l&rsquo;interaction sociale. A celle-ci vient s&rsquo;ajouter la conception d&rsquo;un homme futur dans une soci\u00e9t\u00e9 future, et de la fa\u00e7on dont cet homme <strong>doit <\/strong>fonctionner. Comment cet homme se pr\u00e9sente-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>On peut en trouver une indication dans la th\u00e9orie marxienne de la valeur. Comme on sait, Marx maintient que la seule fa\u00e7on de cr\u00e9er de la valeur r\u00e9side dans le travail humain. L&rsquo;analyse qu&rsquo;il fait dans le <strong>Capital <\/strong>s&#8217;emploie \u00e0 d\u00e9montrer que l&rsquo;activit\u00e9 cr\u00e9atrice de valeur est organis\u00e9e de telle sorte que les produits du travail deviennent des marchandises et que l&rsquo;homme est r\u00e9gent\u00e9 par les lois du march\u00e9. \u00ab Des conditions adapt\u00e9es et valables pour la nature humaine \u00bb seraient celles o\u00f9 l&rsquo;homme planifierait la production <strong>rationnellement <\/strong>et prendrait sous son contr\u00f4le conscient les processus sociaux et \u00e9conomiques. Si cette interpr\u00e9tation est exacte (et un nombre consid\u00e9rable de textes de Marx confirment une telle interpr\u00e9tation), alors Marx se r\u00e9f\u00e8re bien \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9thique rationaliste puissant : l&rsquo;homme doit \u00eatre un individu actif et organisateur conscient des cons\u00e9quences de son action et non leur \u00eatre aveugl\u00e9ment livr\u00e9. Ce type de rationalit\u00e9 qui veut que la soci\u00e9t\u00e9 soit soumise au contr\u00f4le de la <strong>volont\u00e9 consciente<\/strong> de l&rsquo;homme constitue un vieil id\u00e9al humaniste.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une autre interpr\u00e9tation qui n&rsquo;exclut pas n\u00e9cessairement la premi\u00e8re. Marx avait une vision messianique de la soci\u00e9t\u00e9 future. <strong>Valable et adapt\u00e9e<\/strong> se rapporteraient alors aux conditions qui rendent possible la soci\u00e9t\u00e9 future : une soci\u00e9t\u00e9 sans classes, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans in\u00e9galit\u00e9s entre les hommes et d&rsquo;o\u00f9 aurait disparu l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. Ces id\u00e9es rel\u00e8vent aussi de l&rsquo;\u00e9thique humaniste traditionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, contrairement \u00e0 des auteurs comme Althusser, nous en arrivons \u00e0 conclure que la th\u00e9orie marxienne contient des \u00e9l\u00e9ments normatifs m\u00eame apr\u00e8s le rejet par Marx des id\u00e9es philosophiques qui ont marqu\u00e9 ses premiers ouvrages.<\/p>\n\n\n\n<p>Adam Schaff fait remarquer que chaque syst\u00e8me humaniste poss\u00e8de sa propre th\u00e9orie du bonheur. Une telle conception peut se d\u00e9velopper dans deux directions : soit <strong>positivement<\/strong>, par la description des conditions pr\u00e9liminaires au bonheur humain, soit <strong>n\u00e9gativement<\/strong>, en montrant les conditions de l&rsquo;abolition du malheur de l&rsquo;homme. Dans les th\u00e9ories de Marx, se trouvent sans doute \u00e0 la fois ces \u00e9l\u00e9ments positifs et n\u00e9gatifs. Mais il y a plus : on trouve m\u00eal\u00e9s le propos \u00e9thique et normatif \u00e0 l&rsquo;analyse socio-\u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>De sorte que Marx poursuit un double but : d\u00e9crire et analyser la soci\u00e9t\u00e9 et les conditions qui lui sont propres et d\u00e9velopper la connaissance comme moyen de libert\u00e9 et d&rsquo;\u00e9mancipation. Dans sa volont\u00e9 d&rsquo;obtenir un statut scientifique et d&rsquo;appara\u00eetre comme ayant une orientation strictement scientifique, la sociologie, dans sa version moderne, s&rsquo;est d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de cette seconde t\u00e2che. C&rsquo;est le tribut pay\u00e9 \u00e0 la science. Il s&rsquo;agit de savoir si le prix n&rsquo;en est pas trop \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La fausse conscience. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience subjective des processus de l&rsquo;ali\u00e9nation objective<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous vous proposons maintenant de traiter d&rsquo;un probl\u00e8me th\u00e9orique plein d&rsquo;int\u00e9r\u00eat : jusqu&rsquo;\u00e0 quel point les processus objectifs d&rsquo;ali\u00e9nation, co\u00efncident avec l&rsquo;exp\u00e9rience psychologique individuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec le sentiment d&rsquo;\u00eatre ali\u00e9n\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on dire par exemple que ceux qui travaillent dans les conditions de monotonie produites par le processus de la division du travail exp\u00e9rimentent ainsi l&rsquo;ali\u00e9nation telle que Marx l&rsquo;a d\u00e9crite ? Nous allons rapidement r\u00e9sumer le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisons l&rsquo;hypoth\u00e8se suivante : en \u00e9tudiant une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, nous constatons un processus d&rsquo;ali\u00e9nation tel que Marx l&rsquo;a d\u00e9crit. Si on interroge alors des individus isol\u00e9s, on obtient deux types de r\u00e9ponses. Certains n&rsquo;ont aucune exp\u00e9rience de l&rsquo;ali\u00e9nation. D&rsquo;autres, bien qu&rsquo;ils connaissent la situation psychologique habituelle que produit l&rsquo;ali\u00e9nation, ne jugent pas qu&rsquo;il y ait l\u00e0 quoi que ce soit d&rsquo;extraordinaire. Soit qu&rsquo;ils n&rsquo;aient jamais r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la question, soit qu&rsquo;ils consid\u00e8rent cette situation comme <strong>normale<\/strong>. Tout au plus peuvent-ils penser que quelque chose ne va pas sans que pour autant ils estiment pouvoir y rem\u00e9dier.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut rendre compte de ces \u00e9tats psychologiques &#8211; interpr\u00e9tation qui correspond \u00e0 la th\u00e9orie de Marx &#8211; par le fait que le processus d&rsquo;ali\u00e9nation sociale est si efficace, ou s&rsquo;est maintenu pendant une si longue p\u00e9riode, qu&rsquo;on n&rsquo;en fait plus l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e0 un niveau cognitif. Dans de telles conditions, il n&rsquo;appara\u00eet plus comme \u00ab \u00e9tranger \u00e0 la nature humaine \u00bb et \u00e0 ses besoins fondamentaux. L&rsquo;oblit\u00e9ration de la conscience concernant sa propre situation, par exemple le fait que l&rsquo;exp\u00e9rience psychologique de l&rsquo;ali\u00e9nation ne soit pas saisie comme telle, doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un niveau suppl\u00e9mentaire d&rsquo;ali\u00e9nation psychologique. On peut d\u00e9finir ce niveau par le fait que l&rsquo;ali\u00e9nation de l&rsquo;homme est telle qu&rsquo;il n&rsquo;est plus conscient de celle-ci. La situation psychologique de l&rsquo;\u00eatre ali\u00e9n\u00e9 peut conduire \u00e0 un clivage entre l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;ali\u00e9nation et l&rsquo;analyse qu&rsquo;il fait de sa propre situation et qui lui permet d&rsquo;en devenir conscient. On aboutit \u00e0 ce que le sujet devienne \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience psychologique de l&rsquo;ali\u00e9nation, ou qu&rsquo;il exp\u00e9rimente quelque chose dont il est devenu incapable de rendre compte \u00e0 un niveau cognitif. On peut comparer cette situation \u00e0 celle que conna\u00eet le malade mental incapable d&rsquo;avoir une vision claire de sa maladie. Le concept de la non- conscience de la maladie joue, comme on le sait, un r\u00f4le important en psychiatrie. Les extraits suivants du texte d&rsquo;une Commission d&rsquo;Etat su\u00e9doise traitant des probl\u00e8mes des maladies mentales, illustrent cet \u00e9tat de chose : \u00ab L&rsquo;aptitude \u00e0 \u00e9valuer la r\u00e9alit\u00e9 repose en partie sur la possibilit\u00e9 de prendre position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des sympt\u00f4mes de la maladie et de ses cons\u00e9quences, c&rsquo;est-\u00e0-dire avoir une perception interne de sa propre maladie comme telle. Une telle perception ne peut exister que si l&rsquo;individu est capable de traiter psychologiquement ses propres sympt\u00f4mes et de prendre position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux-ci et des mesures qu&rsquo;il faudrait prendre pour qu&rsquo;ils disparaissent \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le sujet n&rsquo;a pas conscience de sa propre maladie, cela signifie qu&rsquo;il est incapable d&rsquo;\u00e9prouver comme tels les sympt\u00f4mes observ\u00e9s par un praticien ou qu&rsquo;il ne peut comprendre quelles mesures sont n\u00e9cessaires pour transformer la situation, ou les deux \u00e0 la fois. Lorsque l&rsquo;oblit\u00e9ration de la conscience \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la maladie atteint un degr\u00e9 particuli\u00e8rement grave, la personne qui en souffre peut \u00eatre admise dans un h\u00f4pital psychiatrique sans son consentement : \u00ab Ind\u00e9pendamment de son consentement et selon les r\u00e8gles indiqu\u00e9es plus haut, un malade mental peut \u00eatre soign\u00e9 dans un h\u00f4pital psychiatrique si des soins s&rsquo;imposent, compte tenu de la gravit\u00e9 de la maladie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La comparaison entre la maladie mentale et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;ali\u00e9nation n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on outr\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas par hasard si le terme <strong>d&rsquo;ali\u00e9nation <\/strong>est employ\u00e9 en terminologie psychiatrique. Les deux usages impliquent l&rsquo;existence de crit\u00e8res objectifs ou normatifs (ou les deux \u00e0 la fois), en fonction desquels on peut juger de la conscience qu&rsquo;a un individu de son \u00e9tat. L&rsquo;ali\u00e9nation psychologique <strong>inconsciente <\/strong>peut avoir des cons\u00e9quences graves pour l&rsquo;action sociale de la personne. S&rsquo;il \u00e9prouve sa situation comme <strong>normale <\/strong>il est peu probable qu&rsquo;il r\u00e9fl\u00e9chisse aux conditions sociales qui cr\u00e9ent l&rsquo;ali\u00e9nation. Au contraire, il les tiendra pour normales. Il est incapable de les percevoir comme \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;origine de sa propre situation psychologique. Dans pareil cas, l&rsquo;individu, pour employer un concept marxiste, n&rsquo;a pas de <strong>conscience de classe<\/strong>. Dans ce cas particulier, l&rsquo;absence de conscience de classe provient de l&rsquo;incapacit\u00e9 o\u00f9 se trouve l&rsquo;individu d&rsquo;analyser ses probl\u00e8mes psychologiques ainsi que les probl\u00e8mes sociaux en g\u00e9n\u00e9ral, ce qui est l&rsquo;aboutissement m\u00eame du processus sociologique d&rsquo;ali\u00e9nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9canisme dont nous avons tent\u00e9 ici la description peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un cas particulier d&rsquo;une cat\u00e9gorie de ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont \u00e9t\u00e9 class\u00e9s sous la d\u00e9nomination de <strong>fausse conscience<\/strong> par Marx et Engels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point de d\u00e9part en est une th\u00e8se c\u00e9l\u00e8bre de Marx : \u00ab Ce n&rsquo;est pas la conscience qui d\u00e9termine l&rsquo;existence mais l&rsquo;existence qui d\u00e9termine la conscience \u00bb. Cette hypoth\u00e8se sociologique a connu une nouvelle formulation plus tard dans la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Pr\u00e9face \u00e0 la Contribution \u00e0 la Critique de l&rsquo;Economie politique \u00bb de Marx, o\u00f9 il \u00e9crit : \u00ab Ce n&rsquo;est pas la conscience de l&rsquo;homme qui d\u00e9termine son \u00eatre mais au contraire son \u00eatre social qui d\u00e9termine sa conscience \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donner \u00e0 cette phrase diverses interpr\u00e9tations. Elle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une proposition m\u00e9taphysique ou une hypoth\u00e8se sociologique, en fonction du sens que l&rsquo;on entend donner \u00e0 l&rsquo;expression <strong>\u00eatre social<\/strong>. Une interpr\u00e9tation sociologique plausible est que la situation sociale de l&rsquo;individu (et, pour Marx, surtout son appartenance \u00e0 une classe d\u00e9termin\u00e9e), d\u00e9termine sa conscience. Le terme <strong>conscience <\/strong>a une signification plus large dans la th\u00e9orie de Marx qu&rsquo;il n&rsquo;en a en psychologie.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une part il se r\u00e9f\u00e8re aux formes de notre pens\u00e9e. A cet \u00e9gard on peut le consid\u00e9rer comme l&rsquo;\u00e9quivalent des processus cognitifs analytiques. Par ailleurs il d\u00e9note les productions de notre pens\u00e9e telles que les id\u00e9es, croyances, etc..<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Marx, le progr\u00e8s de la pens\u00e9e et le d\u00e9veloppement des id\u00e9es,et par cons\u00e9quent de la conscience, est intimement li\u00e9 au processus de production, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la production mat\u00e9rielle. Dans <strong>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/strong> il \u00e9crit : \u00ab La production des id\u00e9es, des modes de pens\u00e9e et de la conscience, est tout d&rsquo;abord \u00e9troitement li\u00e9e aux activit\u00e9s mat\u00e9rielles et aux rapports mat\u00e9riels entre les hommes, avec le langage de la vie r\u00e9elle \u00bb. On trouve plus loin dans le m\u00eame chapitre : \u00ab Les hommes sont les producteurs de leurs conceptions, de leurs id\u00e9es, etc &#8211; les hommes r\u00e9els, actifs, dans la mesure o\u00f9 ils sont conditionn\u00e9s par un d\u00e9veloppement donn\u00e9 de leurs forces productives, et par les rapports qui leur correspondent, et ceci dans tous les domaines. La conscience ne peut \u00eatre autre chose que l&rsquo;existence consciente, et l&rsquo;existence de l&rsquo;homme est le processus de vie r\u00e9el \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent que l&rsquo;on trouve chez Marx une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9tique de la conscience. Par bien des c\u00f4t\u00e9s, elle est \u00e0 rapprocher d&rsquo;une des th\u00e9ories de George Herbert Mead. Marx souligne l&rsquo;importance du langage et des interactions sociales pour la conscience de l&rsquo;homme ainsi que pour la conscience de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il souligne aussi que le fait de prendre conscience d&rsquo;autrui et de l&rsquo;existence d&rsquo;objets ext\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;homme est le premier pas du d\u00e9veloppement de la conscience de soi. Je voudrais citer ici quelques lignes de sa th\u00e9orie du d\u00e9veloppement de la conscience : \u00ab La conscience est d&rsquo;abord, bien s\u00fbr, une simple perception de l&rsquo;environnement sensible imm\u00e9diat et des rapports limit\u00e9s entretenus avec le monde ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;individu, lequel devient conscient de soi \u00bb. Plus loin, Marx parle du r\u00f4le du langage dans le d\u00e9veloppement de la conscience : \u00ab Le langage est aussi ancien que la conscience, il s&rsquo;identifie pratiquement avec celle-ci, en tant qu&rsquo;ayant une existence pour autrui, et par l\u00e0-m\u00eame, en tant qu&rsquo;ayant aussi une existence pour soi. Le langage, comme la conscience, n&rsquo;\u00e9merge que du besoin, de la n\u00e9cessit\u00e9 des rapports avec autrui \u00bb. On voit que ces citations font appara\u00eetre les th\u00e9ories de <strong>l&rsquo;interaction <\/strong>adopt\u00e9es par Marx.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on admet que c&rsquo;est l&rsquo;environnement social de l&rsquo;individu qui d\u00e9termine ses id\u00e9es et ses croyances, en d&rsquo;autres termes, sa conscience, une question se pose avec force : comment expliquer par exemple que bon nombre d&rsquo;ouvriers partagent les opinions de membres d&rsquo;autres classes sociales, et ceci dans une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l&rsquo;antagonisme de classe ? On peut r\u00e9pondre par la proposition marxiste selon laquelle le fait de partager les points de vue des adversaires de classe est la manifestation d&rsquo;une <strong>fausse conscience<\/strong> qui peut \u00eatre d\u00e9finie comme une \u00ab pens\u00e9e ali\u00e9n\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00eatre social r\u00e9el du penseur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de <strong>fausse conscience<\/strong> est particuli\u00e8rement complexe. On peut le d\u00e9crire comme l&rsquo;inad\u00e9quation existant entre les opinions, les croyances et les valeurs d&rsquo;une personne et son <strong>existence sociale<\/strong>. Non seulement il y a d\u00e9saccord entre celles-l\u00e0 et son existence sociale, mais elles peuvent m\u00eame entrer en conflit avec les <strong>int\u00e9r\u00eats r\u00e9els<\/strong> d&rsquo;un individu tels qu&rsquo;ils sont d\u00e9termin\u00e9s par sa position sociale. Supposons que la cr\u00e9ativit\u00e9 soit partie int\u00e9grante de la <strong>nature <\/strong>humaine. Une personne qui se trouve dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;exprimer, \u00e0 travers son travail, ses possibilit\u00e9s cr\u00e9atrices doit dans ce cas &#8211; et dans la mesure o\u00f9 ses sentiments et sa pens\u00e9e s&rsquo;accordent avec sa nature &#8211; <strong>\u00e9prouver son travail comme non-naturel<\/strong> et s&rsquo;y opposer. Sa position sociale, par exemple celle d&rsquo;un ouvrier mal pay\u00e9 dans une entreprise capitaliste, d\u00e9terminerait sa conscience de fa\u00e7on telle qu&rsquo;il r\u00e9agirait contre son travail et les conditions dans lesquelles il l&rsquo;accomplit.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il ne r\u00e9agit pas ainsi parce qu&rsquo;il ne consid\u00e8re pas son travail comme non-naturel, et si de surcro\u00eet il ne saisit pas le contenu ou la signification de son propre comportement, alors on peut dire qu&rsquo;il est victime de sa <strong>fausse conscience<\/strong>, autrement dit qu&rsquo;il pense de mani\u00e8re ali\u00e9n\u00e9e. Il n&rsquo;est pas \u00ab conscient de sa propre maladie \u00bb parce qu&rsquo;il ne per\u00e7oit pas son \u00e9tat d&rsquo;ali\u00e9nation.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie de la <strong>fausse conscience<\/strong> telle que nous venons de l&rsquo;interpr\u00e9ter pr\u00e9suppose d&rsquo;entr\u00e9e de jeu un certain nombre d&rsquo;hypoth\u00e8ses sociologiques concernant les rapports entre l&rsquo;<strong>existence sociale<\/strong> et la <strong>conscience<\/strong>. En deuxi\u00e8me lieu, elle implique des hypoth\u00e8ses anthropologiques concernant la nature humaine. On peut utiliser ces deux types d&rsquo;hypoth\u00e8ses pour pr\u00e9voir le comportement de l&rsquo;individu ou la fa\u00e7on dont il devrait se comporter dans une situation donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons le raisonnement suivi en un certain nombre de points :<\/p>\n\n\n\n<p>1) La <strong>nature humaine<\/strong> donne naissance \u00e0 un certain nombre de besoins primaires, B 1, B 2&#8230;&#8230;.Bn, qui sont le propre de toute <strong>l&rsquo;esp\u00e8ce humaine<\/strong>. D&rsquo;autres besoins sont acquis, BA 1, BA 2&#8230;&#8230;.BAn. Enfin, faisant partie int\u00e9grante de la nature humaine, il existe certains processus cognitifs tels que la capacit\u00e9 de penser, de se repr\u00e9senter son groupe environnant et d&rsquo;en devenir conscient, ainsi que d&rsquo;autrui et de soi-m\u00eame. On conviendra de d\u00e9signer ces processus cognitifs par C 1, C 2&#8230;&#8230;.Cn.<\/p>\n\n\n\n<p>2) L&rsquo;individu occupe une position sociale donn\u00e9e qui fait partie de la structure sociale de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>3) Le contenu des processus cognitifs des individus est d\u00e9termin\u00e9 par la position sociale individuelle. Ce contenu se rapporte entre autres \u00e0 l&rsquo;image de soi et \u00e0 celle-ci dans ses rapports avec l&rsquo;environnement social.<\/p>\n\n\n\n<p>4) La structure de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9termine l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;individu, et tout particuli\u00e8rement son travail en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment constitutif du processus total de la production sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>5) Lorsque l&rsquo;activit\u00e9 individuelle est en contradiction avec B 1, B 2&#8230;&#8230;.Bn, alors il y a ali\u00e9nation. Ce qui donne naissance \u00e0 des besoins acquis, BAn + 1, BAn + 2, BAn + O.<\/p>\n\n\n\n<p>6) BAn + 1, BAn +2&#8230; BAn + 0 influencent la conscience de l&rsquo;individu de fa\u00e7on telle que le contenu de ses processus cognitifs se trouve fauss\u00e9. Ceci signifie entre autres que l&rsquo;individu ne comprend pas que son activit\u00e9 ne satisfait pas B 1, B 2&#8230;Bn. De m\u00eame, il ne croit pas que la structure sociale est la cause principale de son incompr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>7) L&rsquo;individu a une <strong>fausse conscience<\/strong> ce qui signifie une conscience ali\u00e9n\u00e9e et qui par cons\u00e9quent l&#8217;emp\u00eache de prendre \u00ab conscience de sa propre maladie \u00bb, \u00e0 la fois en ce qui le concerne et pour ce qui touche \u00e0 la structure qui produit son ali\u00e9nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le diagramme suivant, nous illustrons les processus d\u00e9crits et y ajoutons quelques <strong>m\u00e9canismes de feed-back<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.persee.fr\/renderIllustration\/homso_0018-4306_1969_num_11_1_T1_0116_0000_2.png?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.persee.fr\/renderIllustrationThumbnail\/homso_0018-4306_1969_num_11_1_T1_0116_0000_2.png?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"M\u00e9canismes de feed-back\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Ce diagramme sugg\u00e8re deux syst\u00e8mes. Chaque \u00e9l\u00e9ment ou compartiment du syst\u00e8me se trouve en relations au moins avec un autre \u00e9l\u00e9ment. La r\u00e9union des \u00e9l\u00e9ments par des lignes droites constitue, pour ainsi dire, le syst\u00e8me <strong>normal<\/strong>. Le processus social de production (PP) ou <strong>l&rsquo;activit\u00e9 vivante<\/strong> des hommes est pour une part influenc\u00e9e par la nature humaine (NH) et ses besoins, et d&rsquo;autre part par la structure sociale (SS). La position sociale d&rsquo;un individu (PS) influence sa conscience (C) qui \u00e0 son tour forme une repr\u00e9sentation de PP et SS. De cette mani\u00e8re, PP peut affecter SS. Dans ce syst\u00e8me, qui comprend des m\u00e9canismes de feed-back, l&rsquo;influence se produit dans deux directions.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;autre syst\u00e8me, qui est indiqu\u00e9 par des pointill\u00e9s est en partie plus simple, et en partie n&rsquo;a pas de rapports avec certains \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me original, \u00e0 savoir NH et C. PP est ici source d&rsquo;ali\u00e9nation (A) , ce qui, \u00e0 son tour, produit certains besoins acquis (BA). Ces derniers entrent en rapport avec la <strong>fausse conscience<\/strong> individuelle (FC). La fausse conscience fait surgir \u00e0 son tour une conception de SS, telle que SS influence l&rsquo;activit\u00e9 individuelle, qui participe \u00e0 PP, mais PP n&rsquo;influence pas SS.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9 : dans le processus de production sociale, l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;individu satisfait ses besoins fondamentaux et cr\u00e9e la possibilit\u00e9 pour celui-ci d&rsquo;agir en accord avec sa <strong>nature humaine<\/strong>. La position sociale de l&rsquo;individu influencera ses id\u00e9es de mani\u00e8re telle qu&rsquo;il obtiendra une <strong>conscience juste<\/strong> de lui-m\u00eame, des objets avec lesquels il entre en rapport et du monde social o\u00f9 il vit.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il y a des processus d&rsquo;ali\u00e9nation dans le syst\u00e8me social, ils affecteront le processus de production sociale de telle mani\u00e8re que l&rsquo;individu acquerra de <strong>faux <\/strong>besoins, qui \u00e0 leur tour cr\u00e9eront un <strong>\u00e9tat <\/strong>d&rsquo;ali\u00e9nation. Si cet \u00e9tat d&rsquo;ali\u00e9nation est suffisamment v\u00e9cu, c&rsquo;est-\u00e0-dire, par exemple, de fa\u00e7on continue et pendant une longue p\u00e9riode, il finira par \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 comme <strong>normal<\/strong>. Il en r\u00e9sultera que l&rsquo;individu ne se sentira plus ali\u00e9n\u00e9. Il acquerra au contraire une fausse conscience de lui-m\u00eame, et par cons\u00e9quent des croyances inexactes concernant l&rsquo;environnement social.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que cette th\u00e9orie implique des hypoth\u00e8ses concernant les rapports entre la vie sociale individuelle et la <strong>conscience <\/strong>de celle-ci. Elle implique aussi certaines hypoth\u00e8ses <strong>normatives <\/strong>sur la nature humaine. A cet \u00e9gard cependant, il n&rsquo;y a pas de diff\u00e9rence entre les th\u00e9ories psychiatriques concernant la maladie mentale et cette th\u00e9orie, ceci d&rsquo;autant plus que dans les th\u00e9ories de la maladie mentale, des \u00e9l\u00e9ments normatifs sont habituellement impliqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Fausse conscience et int\u00e9r\u00eats<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Essayons maintenant d&rsquo;interpr\u00e9ter autrement le concept de fausse conscience, bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une interpr\u00e9tation de type psycho-social. Elle pr\u00e9suppose toute une s\u00e9rie d&rsquo;hypoth\u00e8ses :<\/p>\n\n\n\n<p>1) L&rsquo;homme s&rsquo;efforce d&rsquo;agir conform\u00e9ment \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats ;<\/p>\n\n\n\n<p>2) Ses int\u00e9r\u00eats <strong>r\u00e9els <\/strong>ou <strong>v\u00e9ritables <\/strong>sont d\u00e9termin\u00e9s par son appartenance de classe ;<\/p>\n\n\n\n<p>3) par une analyse <strong>scientifique<\/strong> de la situation sociale d&rsquo;une classe donn\u00e9e, il est possible de d\u00e9terminer quels sont objectivement les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;homme (appartenant \u00e0 une classe donn\u00e9e) ;<\/p>\n\n\n\n<p>4) Tout le monde n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de faire une telle analyse. Cela est d\u00fb au fait qu&rsquo;une analyse de la situation sociale exige une connaissance minimum des faits sociaux, \u00e9conomiques et sociologiques. C&rsquo;est pourquoi ceux qui ne peuvent analyser la situation ne peuvent savoir s&rsquo;ils agissent en accord avec leurs int\u00e9r\u00eats <strong>v\u00e9ritables<\/strong>, ou au contraire contre ceux-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>5) Lorsque les hommes ont un type de connaissance tel qu&rsquo;ils croient agir en accord avec leurs int\u00e9r\u00eats <strong>r\u00e9els<\/strong>, mais que pratiquement ils agissent \u00e0 rencontre de ceux-ci, alors on peut dire qu&rsquo;ils ont une fausse conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>6) On peut dire d&rsquo;une classe enti\u00e8re qu&rsquo;elle a une fausse conscience qu&rsquo;elle manque de conscience de classe. On peut appeler conscience de classe la conscience qui fait qu&rsquo;une classe ou une partie de ses membres est capable d&rsquo;agir en accord avec ses int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables. .<\/p>\n\n\n\n<p>Cette interpr\u00e9tation de la <strong>fausse conscience<\/strong> soul\u00e8ve un certain nombre de probl\u00e8mes int\u00e9ressants. Consid\u00e9rons la premi\u00e8re hypoth\u00e8se comme un postulat, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;elle para\u00eet s&rsquo;accorder avec les th\u00e9ories psychologiques commun\u00e9ment admises qui consid\u00e8rent que le comportement humain est orient\u00e9 vers un but. De telles hypoth\u00e8ses affirment que l&rsquo;on doit envisager les buts par rapport aux besoins et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;individu. C&rsquo;est avec la seconde hypoth\u00e8se que commencent les difficult\u00e9s. Supposons qu&rsquo;une personne se trouve devant le choix suivant : avoir un comportement tel qu&rsquo;il satisfasse soit ses int\u00e9r\u00eats propres et ceux de sa famille (femme et enfants), soit ceux qui sont d\u00e9termin\u00e9s par son appartenance de classe. Prenons par exemple le cas d&rsquo;un ouvrier qui peut choisir de faire gr\u00e8ve, ou bien de poursuivre le travail et par l\u00e0 de subvenir aux besoins de sa famille. O\u00f9 se situent ses int\u00e9r\u00eats <strong>v\u00e9ritables <\/strong>? Est-ce que les int\u00e9r\u00eats de sa famille sont plus <strong>r\u00e9els <\/strong>que ses int\u00e9r\u00eats de classe ? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, on peut distinguer entre int\u00e9r\u00eats \u00e0 court et \u00e0 long terme. On peut alors affirmer que la d\u00e9cision de ne pas faire gr\u00e8ve peut satisfaire des int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme, tandis que la participation \u00e0 une gr\u00e8ve satisferait <strong>\u00e0 long terme<\/strong> et de fa\u00e7on plus d\u00e9cisive les int\u00e9r\u00eats de sa classe et partant ceux de l&rsquo;ouvrier et de sa famille. Mais l&rsquo;introduction de cette distinction entre court et long terme fait surgir des difficult\u00e9s nouvelles. D&rsquo;un point de vue psychologique, il il est possible qu&rsquo;une personne poss\u00e9dant un niveau donn\u00e9 de connaissances \u00e9prouve des difficult\u00e9s dans l&rsquo;analyse de ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme, et soit r\u00e9duite \u00e0 essayer de satisfaire ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme. Mais il y a encore un autre probl\u00e8me : les normes de notre soci\u00e9t\u00e9 exigent souvent l&rsquo;identification avec la famille, avec un groupe concret de personnes, plut\u00f4t qu&rsquo;avec une <strong>classe <\/strong>qui comprend un nombre consid\u00e9rable de personnes avec lesquelles l&rsquo;individu n&rsquo;entretient pas de rapport direct, et qui lui sont inconnus. Mais supposons que le niveau des connaissances et la capacit\u00e9 de s&rsquo;identifier avec une classe rev\u00eatent une importance suffisante. Dans ce cas, de nouvelles difficult\u00e9s peuvent se pr\u00e9senter. Pour maintenir l&rsquo;affirmation que les int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables de l&rsquo;individu sont ses int\u00e9r\u00eats de classe, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9finir la classe de fa\u00e7on telle qu&rsquo;il soit possible de pr\u00e9ciser les <strong>int\u00e9r\u00eats de classe<\/strong> en question. Si l&rsquo;on d\u00e9finit la <strong>classe <\/strong>comme il est d&rsquo;usage de le faire dans la th\u00e9orie de Marx, sur la base de la position individuelle dans le processus de production, il appara\u00eet qu&rsquo;il y a deux classes, celle qui poss\u00e8de les moyens de production, et la classe ouvri\u00e8re, le prol\u00e9tariat. Si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 cette d\u00e9finition, il n&rsquo;existe que deux types d&rsquo;int\u00e9r\u00eats de classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la r\u00e9alit\u00e9 sociale est telle que les <strong>classes <\/strong>peuvent \u00eatre constitu\u00e9es sur la base d&rsquo;un bien plus grand nombre de crit\u00e8res que la position dans le processus de production. Par exemple, on peut d\u00e9finir la classe par rapport \u00e0 la part de la production sociale totale que re\u00e7oit l&rsquo;individu, autrement dit en fonction de son revenu et de son niveau de vie. On peut montrer que des individus occupant la m\u00eame position dans le processus de production, ne poss\u00e9dant pas les moyens de production, ont des parts compl\u00e8tement diff\u00e9rentes du produit social, des niveaux diff\u00e9rents de revenu et des privil\u00e8ges variables.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble raisonnable d&rsquo;affirmer que les int\u00e9r\u00eats de ces groupes doivent les pousser \u00e0 d\u00e9fendre leur propre niveau de vie et leurs propres privil\u00e8ges par rapport \u00e0 d&rsquo;autres personnes qui, bien qu&rsquo;elles occupent la m\u00eame position dans le proc\u00e8s de production, ont un niveau de vie plus bas. Ceci sera du moins le cas dans une soci\u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e par une attitude comp\u00e9titrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Etant donn\u00e9 que la r\u00e9alit\u00e9 sociale est plus complexe qu&rsquo;elle ne le semble dans la th\u00e9orie marxienne des classes, il est difficile de d\u00e9terminer ce qui est une conscience de classe <strong>correcte <\/strong>et quels sont les int\u00e9r\u00eats <strong>v\u00e9ritables <\/strong>d&rsquo;une classe donn\u00e9e. Ceci est particuli\u00e8rement vrai si l&rsquo;on ne consid\u00e8re pas les tendances \u00e0 long terme, autrement dit si l&rsquo;on ne tient pas compte des int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme et si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un probl\u00e8me politique concret et pr\u00e9cis. Prenons par exemple le fait que ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les gr\u00e8ves en Su\u00e8de aient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rares. Celles organis\u00e9es par les pilotes de ligne et les universitaires sont des exceptions caract\u00e9ristiques ; leurs salaires sont parmi les plus \u00e9lev\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 su\u00e9doise. La question se pose alors de savoir s&rsquo;il est de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la classe ouvri\u00e8re de soutenir une gr\u00e8ve qui aurait pour but de donner \u00e0 des groupes d\u00e9j\u00e0 privil\u00e9gi\u00e9s des privil\u00e8ges suppl\u00e9mentaires, ou ne serait-il pas dans son int\u00e9r\u00eat de s&rsquo;y opposer ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui dans ce cas devient le <strong>v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat de la classe ouvri\u00e8re<\/strong> peut souvent \u00eatre identifi\u00e9 avec la prise de positions politiques tactiques bien d\u00e9finies.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appara\u00eet ainsi qu&rsquo;il est difficile de d\u00e9cider quels sont les int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables de la classe ouvri\u00e8re. Ils peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9s par au moins deux types de consid\u00e9rations. Dans un cas, ce seront des d\u00e9cisions politiques \u00e0 court terme, parfois de nature tactique et en rapport avec les conditions politiques, sociales et \u00e9conomiques existant dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Dans l&rsquo;autre cas, on tiendra compte des buts \u00e0 long terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire la cr\u00e9ation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les partis politiques qui fondent leur action sur la th\u00e9orie marxiste sont souvent confront\u00e9s au dilemme de savoir quelle d\u00e9cision concr\u00e8te doit \u00eatre prise dans une situation donn\u00e9e. Etant donn\u00e9 que ces d\u00e9cisions sont souvent compliqu\u00e9es et comme on estime souvent que les ouvriers peuvent avoir une <strong>fausse conscience<\/strong>, il est ais\u00e9 de d\u00e9velopper une th\u00e9orie des \u00e9lites. Si l&rsquo;on en croit une telle th\u00e9orie, il existe une avant- garde au sein de la classe ouvri\u00e8re qui est capable d&rsquo;analyser une situation donn\u00e9e, et qui conna\u00eet les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats de la classe ouvri\u00e8re. Ceux qui appartiennent \u00e0 cette \u00e9lite sont souvent des intellectuels, non des travailleurs, et constituent la direction du Parti communiste. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9lite qui est en possession du savoir n\u00e9cessaire- la conscience v\u00e9ritable, pour d\u00e9cider ce que sont les int\u00e9r\u00eats de la classe ouvri\u00e8re implique certaines cons\u00e9quences. L&rsquo;une d&rsquo;elles est la croyance que la conscience authentique (c&rsquo;est-\u00e0-dire la conscience de classe prol\u00e9tarienne) n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la totalit\u00e9 des th\u00e9ories ad\u00e9quates au r\u00e9el qui sont formul\u00e9es par des intellectuels sans attache prol\u00e9tarienne, sous la direction de la classe ouvri\u00e8re, repr\u00e9sent\u00e9e par le Parti Communiste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La vraie conscience<\/strong> est donc introduite de l&rsquo;ext\u00e9rieur au sein de la classe ouvri\u00e8re par les id\u00e9ologues du parti, qui sont capables de mener les analyses <strong>scientifiques <\/strong>n\u00e9cessaires et d&rsquo;en tirer les conclusions correctes. On peut difficilement soutenir de nos jours une semblable illusion, lorsque non seulement la classe ouvri\u00e8re est politiquement scind\u00e9e dans presque tous les pays d&rsquo;Europe occidentale, mais que le mouvement communiste mondial ne constitue plus un mouvement unitaire. Ce qui, pour un groupe, est la th\u00e9orie repr\u00e9sentant les <strong>besoins r\u00e9els de la classe ouvri\u00e8re<\/strong> peut appara\u00eetre \u00e0 un autre groupe ou faction un <strong>r\u00e9visionnisme m\u00e9prisable<\/strong> c&rsquo;est-\u00e0-dire un exemple de <strong>fausse conscience<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons la seconde interpr\u00e9tation de la notion de <strong>fausse conscience<\/strong>. Nous avons d\u00e9but\u00e9 avec quelques postulats psychologiques et hypoth\u00e8ses sociologiques. Un de ces postulats affirmait que le comportement individuel est guid\u00e9 par ses int\u00e9r\u00eats ; un autre faisait la distinction entre int\u00e9r\u00eats \u00e0 court et \u00e0 long terme. Les int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme sont ceux qui sont produits par des besoins imm\u00e9diats. Les int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme sont habituellement ceux qui se rapportent \u00e0 la r\u00e9alisation de buts futurs. Un troisi\u00e8me postulat affirme que les <strong>v\u00e9ritables <\/strong>int\u00e9r\u00eats d&rsquo;un individu sont ceux qui sont fond\u00e9s sur son appartenance de classe. Ainsi, les <strong>v\u00e9ritables <\/strong>int\u00e9r\u00eats d&rsquo;un travailleur, ce sont les int\u00e9r\u00eats de toute la classe ouvri\u00e8re. Le but \u00e0 long terme de la classe ouvri\u00e8re est le renversement du capitalisme et la cr\u00e9ation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 socialiste parce que, selon la th\u00e9orie marxiste, ce but constitue une <strong>n\u00e9cessit\u00e9 historique<\/strong>. C&rsquo;est le r\u00f4le historique de la classe ouvri\u00e8re de la r\u00e9aliser, de m\u00eame que ce fut le r\u00f4le historique de la bourgeoisie de renverser la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale et de cr\u00e9er la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Il en r\u00e9sulte que lorsque la poursuite d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat va dans le sens de la r\u00e9alisation de ce but ultime, cet int\u00e9r\u00eat peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme v\u00e9ritable.<\/p>\n\n\n\n<p>Un probl\u00e8me essentiel surgit alors. Selon Marx, c&rsquo;est la position de l&rsquo;homme dans la soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9termine sa conscience. Puisque Marx se sert d&rsquo;une approche rationnelle du comportement humain, la conscience de l&rsquo;homme doit d\u00e9terminer ses int\u00e9r\u00eats et donc son comportement. Cependant, des faits empiriques indiquent que nombreux sont les travailleurs qui n&rsquo;agissent pas selon leurs <strong>v\u00e9ritables<\/strong> int\u00e9r\u00eats. On peut expliquer ces faits de deux fa\u00e7ons. Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;homme est guid\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme plus que par des int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme, en partie parce que les int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme sont souvent associ\u00e9s avec les besoins pressants du moment. Ensuite, pour comprendre les int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme, il faut une certaine somme de connaissances ou, pour employer le langage de Marx, un certain niveau de conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour de nombreuses raisons, les membres de la classe ouvri\u00e8re ne sont pas toujours capables d&rsquo;acqu\u00e9rir un niveau de conscience qui leur permette d&rsquo;expliquer correctement une situation donn\u00e9e et de d\u00e9terminer l&rsquo;action ad\u00e9quate, c&rsquo;est-\u00e0-dire la poursuite des int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme. Au lieu de cela, ils sont victimes de leur <strong>fausse conscience<\/strong>. Leur perception de certaines situations les fait agir au d\u00e9triment des buts \u00e0 long terme de leur propre classe. Il s&rsquo;ensuit que les intellectuels qui se sont d\u00e9gag\u00e9s des liens les rattachant \u00e0 leur milieu social constituent une \u00e9lite. Les <strong>membres les plus avanc\u00e9s<\/strong> de cette \u00e9lite forment la direction collective des organisations politiques qui repr\u00e9sentent les <strong>v\u00e9ritables <\/strong>int\u00e9r\u00eats de la classe ouvri\u00e8re. Leurs d\u00e9cisions au jour le jour sont cens\u00e9es se fonder sur une analyse correcte et \u00eatre fonction des int\u00e9r\u00eats \u00e0 long terme de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fa\u00e7on de voir les choses ne soul\u00e8ve pas seulement des probl\u00e8mes politiques, comme nous avons essay\u00e9 de le montrer, mais aussi une s\u00e9rie de probl\u00e8mes th\u00e9oriques que nous allons envisager maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Id\u00e9ologie et fausse conscience<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de \u00ab fausse conscience \u00bb joue un r\u00f4le important dans le raisonnement marxiste. Cependant il y a peu de tentatives d&rsquo;en faire une analyse plus compr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1893, Engels, dans une lettre \u00e0 Franz Mehring \u00e9crit : \u00ab L&rsquo;id\u00e9ologie est un processus conscient de la pens\u00e9e, mais qui est tributaire d&rsquo;une fausse conscience \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est probablement la premi\u00e8re fois que le terme de <strong>fausse conscience<\/strong> appara\u00eet dans les travaux de Marx et d&rsquo;Engels, mais ceux-ci avaient depuis longtemps \u00e9crit sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne, mais sans employer ce terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de <strong>fausse conscience<\/strong> est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 celui <strong>d&rsquo;id\u00e9ologie<\/strong>. Il faut donc analyser en d\u00e9tail la signification de ces deux concepts.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre la signification des concepts d&rsquo;id\u00e9ologie et de fausse conscience, il faut se reporter \u00e0 certaines th\u00e9ories fondamentales de la philosophie de Marx. Ceci ne peut \u00eatre entrepris dans le cadre de cette \u00e9tude que de fa\u00e7on limit\u00e9e et superficielle. On distingue habituellement entre <strong>mat\u00e9rialisme dialectique<\/strong> et <strong>mat\u00e9rialisme historique<\/strong>. L&rsquo;un traite des probl\u00e8mes \u00e9pist\u00e9mologiques, l&rsquo;autre des probl\u00e8mes socio-\u00e9conomiques dans une perspective historique. Il s&rsquo;ensuit que le mat\u00e9rialisme dialectique concerne surtout les probl\u00e8mes philosophiques touchant le processus de la connaissance, tandis que le mat\u00e9rialisme historique a affaire aux probl\u00e8mes propres aux science sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question fondamentale dans le mat\u00e9rialisme dialectique concerne le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9mergence du savoir. Engels, par exemple, \u00e9crit dans son ouvrage philosophique le plus important que la pens\u00e9e et la conscience sont les produits du cerveau humain. Puisque l&rsquo;homme est une <strong>production de la nature<\/strong>, les produits du cerveau humain sont aussi des <strong>produits naturels<\/strong>. Alors surgit la question : qu&rsquo;est-ce que la <strong>nature <\/strong>? Dans un sens, la <strong>nature<\/strong>, c&rsquo;est la <strong>mati\u00e8re<\/strong>. Ainsi le probl\u00e8me concernant la cr\u00e9ation et le d\u00e9veloppement de la connaissance peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 celui des rapports entre <strong>mati\u00e8re <\/strong>et <strong>id\u00e9es<\/strong>. Diff\u00e9rentes solutions ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es. Selon certains, les id\u00e9es ne font que <strong>refl\u00e9ter <\/strong>la mati\u00e8re et la connaissance correcte n&rsquo;est possible qu&rsquo;en tant que processus par lequel la nature est refl\u00e9t\u00e9e dans les id\u00e9es, comme dans un miroir. Cette <strong>th\u00e9orie <\/strong>du reflet a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9e. En fait, on peut r\u00e9futer la probl\u00e9matique des rapports entre <strong>mati\u00e8re <\/strong>et <strong>pens\u00e9e <\/strong>comme relevant de la m\u00e9taphysique. Cette conception du reflet ne correspond pas avec une autre conception qui occupe une place centrale dans le mat\u00e9rialisme historique, \u00e0 savoir l&rsquo;hypoth\u00e8se \u00e9nonc\u00e9e plus haut sur le rapport entre la position sociale de l&rsquo;individu et sa pens\u00e9e ou sa conscience. L&rsquo;hypoth\u00e8se marxiste implique que la conscience est <strong>influenc\u00e9e <\/strong>par les conditions sociales. De sorte que cette hypoth\u00e8se est une r\u00e9futation de la <strong>th\u00e9orie du reflet<\/strong>. Mais elle soul\u00e8ve un autre probl\u00e8me essentiel, qui n&rsquo;est pas m\u00e9taphysique mais empirique, \u00e0 savoir comment la position sociale, par exemple l&rsquo;appartenance \u00e0 une classe, affecte la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le rapport entre position sociale et conscience n&rsquo;est qu&rsquo;un cas particulier d&rsquo;un probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral. Il s&rsquo;agit du rapport entre le processus de production sociale (ou production mat\u00e9rielle) et les syst\u00e8mes d&rsquo;id\u00e9es et de connaissance, tels que la science, la loi, la morale, les arts, etc.. Etant donn\u00e9 que nous traiterons de ce probl\u00e8me dans le dernier chapitre, nous nous contenterons ici de citer la formulation essentielle qu&rsquo;en donne Marx. Ce dernier consid\u00e8re comme fondamental le processus social de production, c&rsquo;est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont l&rsquo;homme produit et reproduit les conditions mat\u00e9rielles de son existence. Il l&rsquo;appelle la <strong>base mat\u00e9rielle<\/strong>. Dans cette optique , les syst\u00e8mes d&rsquo;id\u00e9es et le savoir constituent la <strong>superstructure id\u00e9ologique<\/strong>. Dans ce sens, on peut dire que <strong>l&rsquo;id\u00e9ologie <\/strong>comprend l&rsquo;ensemble de la superstructure id\u00e9elle en relation avec sa base mat\u00e9rielle. Se pose alors le probl\u00e8me de conna\u00eetre la nature de ce rapport qui pourrait \u00eatre celui d&rsquo;une superstructure se pr\u00e9sentant comme reflet de la base mat\u00e9rielle. Mais la relation peut \u00eatre inverse <strong>l&rsquo;id\u00e9ologie <\/strong>agissant \u00e0 son tour sur les <strong>conditions mat\u00e9rielles<\/strong>. On y reviendra dans le dernier chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, <strong>l&rsquo;id\u00e9ologie<\/strong>, dans la premi\u00e8re acception du terme, appara\u00eet comme l&rsquo;\u00e9quivalent des syst\u00e8mes d&rsquo;id\u00e9es et de connaissances constituant la superstructure et se trouvant dans un certain rapport (qui n&rsquo;est pas sp\u00e9cifi\u00e9 ici) avec la base mat\u00e9rielle du proc\u00e8s de production sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de cette d\u00e9finition, on ne peut pas savoir si le syst\u00e8me de connaissances donn\u00e9 comme id\u00e9ologie, repr\u00e9sente un vrai ou un faux savoir, et on n&rsquo;a pas le moyen d&rsquo;\u00e9valuer la part de v\u00e9rit\u00e9 que contiendrait une id\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant le concept <strong>d&rsquo;id\u00e9ologie <\/strong>a aussi une autre signification dans la th\u00e9orie marxiste. Si l&rsquo;on admet le principe que la situation dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9termine le syst\u00e8me id\u00e9el, autrement dit la conscience, on peut se demander comment cette d\u00e9termination est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. \u00ab Ceci veut dire que les opinions, affirmations propositions et syst\u00e8mes d&rsquo;id\u00e9es ne sont pas jug\u00e9s en tant que tels, mais par rapport au v\u00e9cu de celui qui- les exprime. Ce qui veut dire que le caract\u00e8re sp\u00e9cifique et le v\u00e9cu du sujet influencent ses opinions, perceptions et interpr\u00e9tations \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, une <strong>id\u00e9ologie <\/strong>est un syst\u00e8me de pens\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9 par un individu \u00e0 partir de sa position sociale et de son v\u00e9cu en g\u00e9n\u00e9ral. Mannheim la qualifie de <strong>conception particuli\u00e8re<\/strong> de l&rsquo;id\u00e9ologie s&rsquo;opposant \u00e0 la conception totale. Cette derni\u00e8re se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie d&rsquo;une \u00e9poque historique, ou \u00e0 celle de tout un groupe ou classe au sein d&rsquo;une p\u00e9riode historique donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne l&rsquo;analyse des id\u00e9ologies <strong>totales <\/strong>Mannheim distingue entre une approche qui se caract\u00e9rise par son d\u00e9gagement par rapport aux jugements de valeur, et une approche, normativement orient\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mannheim parle ainsi de la premi\u00e8re mani\u00e8re d&rsquo;aborder ce probl\u00e8me : \u00ab Il faut chercher d&rsquo;abord la conception g\u00e9n\u00e9rale et totale de l&rsquo;id\u00e9ologie non entach\u00e9e de jugements de valeur, dans les recherches historiques o\u00f9, provisoirement ou pour simplifier le probl\u00e8me, on ne porte pas de jugement sur l&rsquo;exactitude des id\u00e9es que l&rsquo;on consid\u00e8re. Cette approche se limite \u00e0 faire ressortir les rapports qu&rsquo;il y a entre certaines structures mentales et le v\u00e9cu dans lequel elles se manifestent. Nous devons constamment nous demander comment il se fait qu&rsquo;une situation sociale donn\u00e9e produise une interpr\u00e9tation donn\u00e9e. Ainsi c&rsquo;est la pens\u00e9e humaine qui constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment id\u00e9ologique, du moins \u00e0 ce niveau, lequel est toujours li\u00e9 au v\u00e9cu de celui qui pense. Dans cette optique, la pens\u00e9e humaine \u00e9merge, et accomplit ses op\u00e9rations non dans le vide social mais dans un milieu social bien d\u00e9fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche non valorisante constitue principalement une orientation m\u00e9thodologique qui se propose de d\u00e9couvrir les rapports entre les conditions sociales et l&rsquo;exp\u00e9rience de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est exprim\u00e9e dans les syst\u00e8mes de connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant lorsqu&rsquo;on entreprend cette analyse, on peut trouver qu&rsquo;il existe des distorsions de la r\u00e9alit\u00e9. Ces distorsions ont une fonction sociale particuli\u00e8re. Elles op\u00e8rent comme des <strong>rationalisations <\/strong>au sens psychanalytique. Elles fournissent des explications des conditions sociales et \u00e9conomiques existantes en vue de d\u00e9fendre certains int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Mannheim fait un pas de plus. Il estime que la pens\u00e9e de la classe dirigeante constitue une <strong>id\u00e9ologie<\/strong>, tandis que les syst\u00e8mes de pens\u00e9e des groupes opprim\u00e9s, qui esquissent une transformation sociale, sont qualifi\u00e9s <strong>d&rsquo;utopies<\/strong>. Mannheim \u00e9crit : \u00ab Le concept d&rsquo; id\u00e9ologie \u00bb refl\u00e8te la d\u00e9couverte qui a surgi des conflits politiques, \u00e0 savoir que les groupes dirigeants peuvent \u00eatre intellectuellement attach\u00e9s au maintien d&rsquo;une situation donn\u00e9e, qu&rsquo;ils ne percevront plus certains faits qui porteraient atteinte \u00e0 leur d\u00e9sir de domination. Le terme <strong>d&rsquo;id\u00e9ologie <\/strong>implique que dans certaines situations, l&rsquo;inconscient collectif de certains groupes obscurcit les conditions r\u00e9elles de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 la fois \u00e0 lui-m\u00eame et aux autres, et jouent par l\u00e0 un r\u00f4le stabilisateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de pens\u00e9e <strong>utopique <\/strong>se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la d\u00e9couverte oppos\u00e9e concernant la lutte politique, \u00e0 savoir que certains groupes opprim\u00e9s sont intellectuellement si int\u00e9resses \u00e0 la destruction et \u00e0 la transformation de certaines conditions existantes dans une soci\u00e9t\u00e9, qu&rsquo;involontairement ils ne per\u00e7oivent que les \u00e9l\u00e9ments qui tendent \u00e0 la mettre en cause. Leur pens\u00e9e est incapable de faire le diagnostic correct des conditions r\u00e9gnant dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Ils ne se sentent pas concern\u00e9s par ce qui existe r\u00e9ellement ils essaient plut\u00f4t de transformer dans leur pens\u00e9e la situation existante. Leur pens\u00e9e n&rsquo;est jamais une analyse v\u00e9ritable de la situation, elle ne peut \u00eatre employ\u00e9e que comme un guide pour l&rsquo;action \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi <strong>l&rsquo;id\u00e9ologie <\/strong>a dans ce sens une fonction conservatrice, tandis que les syst\u00e8mes de pens\u00e9e qui se d\u00e9tournent les conditions existantes sont qualifi\u00e9s d&rsquo;utopies.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre d\u00e9marche consistera maintenant \u00e0 \u00e9tablir le rapport entre <strong>id\u00e9ologie <\/strong>et <strong>fausse conscience<\/strong>. On peut dire d&rsquo;une personne qu&rsquo;elle est dans un \u00e9tat de fausse conscience lorsqu&rsquo;elle est ali\u00e9n\u00e9e. Cet \u00e9tat l&#8217;emp\u00eache de se rendre compte de ce qui correspond aux int\u00e9r\u00eats inh\u00e9rents \u00e0 sa situation sociale. Au contraire, elle accepte les <strong>id\u00e9ologies <\/strong>au sens de <strong>syst\u00e8mes de pens\u00e9e d\u00e9form\u00e9s<\/strong>. Ce qui \u00e0 son tour l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;avoir certaines formes d&rsquo;action sociale, par exemple celles qui auraient pour but de transformer l&rsquo;ordre social existant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce concept de <strong>fausse conscience<\/strong> implique certaines hypoth\u00e8ses qui viennent s&rsquo;ajouter \u00e0 celles que nous avons indiqu\u00e9es dans les sections pr\u00e9c\u00e9dentes. D&rsquo;abord il exige une th\u00e9orie conflictuelle de la soci\u00e9t\u00e9, et plus particuli\u00e8rement il pr\u00e9suppose l&rsquo;existence d&rsquo;antagonismes de classe fond\u00e9s sur des int\u00e9r\u00eats incompatibles. Ensuite, il pr\u00e9suppose une approche normative dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;id\u00e9ologie. Un syst\u00e8me de pens\u00e9e, une th\u00e9orie dans le cas pr\u00e9sent, est vrai seulement par rapport \u00e0 certaines cons\u00e9quences pratiques. \u00ab Une th\u00e9orie est donc fausse si dans une situation pratique donn\u00e9e, elle fait usage de concepts de cat\u00e9gories qui, si on les adapte s\u00e9rieusement, emp\u00eacheront l&rsquo;homme d&rsquo;\u00eatre ad\u00e9quat \u00e0 lui-m\u00eame sur la sc\u00e8ne historique \u00bb, \u00e9crit Mannheim. De sorte que le concept de fausse conscience doit \u00eatre r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au concept marxien de praxis et \u00e0 la th\u00e9orie pragmatique de la connaissance dans sa version marxiste.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9tude qui se propose d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;id\u00e9ologie, si on la compare avec l&rsquo;autre d\u00e9marche o\u00f9 ce souci est absent, non seulement essaie d&rsquo;\u00e9tablir des relations entre une situation sociale et certains int\u00e9r\u00eats individuels ou communs, mais aussi avec certains buts futurs et certaines th\u00e9ories et syst\u00e8mes de pens\u00e9e. Seules les th\u00e9ories qui permettent l&rsquo;action sociale en fonction de certains int\u00e9r\u00eats fondamentaux bien d\u00e9finis, et se proposent des buts sp\u00e9cifiques, sont qualifi\u00e9es de <strong>vraies<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Une personne qui est dans un \u00e9tat de fausse conscience, autrement dit qui accepte les id\u00e9ologies, peut le faire soit parce qu&rsquo;elle ne fait pas siens certains buts qu&rsquo;elle devrait accepter dans l&rsquo;optique d&rsquo;un syst\u00e8me normatif donn\u00e9. Il s&rsquo;ensuit que la notion de fausse conscience renvoie soit \u00e0 une <strong>connaissance inexacte<\/strong> soit \u00e0 des <strong>conditions incorrectes<\/strong> qui emp\u00eachent d&rsquo;acqu\u00e9rir le savoir. Cette th\u00e9orie de la fausse conscience implique qu&rsquo;il y ait des crit\u00e8res pour juger de ce qui est <strong>faux <\/strong>et de ce qui est <strong>correct<\/strong>. Il s&rsquo;agit de crit\u00e8res normatifs et la v\u00e9rit\u00e9 est envisag\u00e9e par rapport \u00e0 la praxis.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement nous devons nous rappeler la distinction que fait Mannheim entre les id\u00e9ologies particuli\u00e8res et totales, les unes \u00e9tant des syst\u00e8mes incorrects de connaissance d&rsquo;un individu, les autres \u00e9tant le fait d&rsquo;une totalit\u00e9, par exemple, de l&rsquo;ensemble d&rsquo;une p\u00e9riode historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, nous pouvons faire la diff\u00e9rence entre la fausse conscience individuelle et collective, selon le niveau d&rsquo;abstraction auquel nous nous situons.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut en effet penser et d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 divers niveaux d&rsquo;abstraction. Un niveau consiste dans la description des conditions concr\u00e8tes ou d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, par exemple, la description et l&rsquo;analyse d&rsquo;une gr\u00e8ve dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Un autre type de description est employ\u00e9 \u00e0 un plus haut niveau d&rsquo;abstraction par exemple dans l&rsquo;analyse des <strong>conditions de production dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste<\/strong>. Une telle analyse g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 un niveau id\u00e9al-typique, pour employer la terminologie weberienne, fait abstraction des d\u00e9tails. Elle consid\u00e8re les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux comme des totalit\u00e9s et les met en rapport avec d&rsquo;autres totalit\u00e9s, par exemple lorsqu&rsquo;on met en relation les <strong>conditions de production<\/strong> et le <strong>syst\u00e8me l\u00e9gal<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Marx dans son analyse ne traite pas des conditions concr\u00e8tes, comme par exemple dans le <strong>Capital<\/strong>, on constate souvent que son raisonnement est men\u00e9 \u00e0 un si haut niveau d&rsquo;abstraction qu&rsquo;il se sert de cat\u00e9gories d\u00e9crivant des totalit\u00e9s. \u00ab Ce n&rsquo;est pas la pr\u00e9dominance des d\u00e9terminations \u00e9conomiques dans l&rsquo;explication de l&rsquo;histoire qui diff\u00e9rencie fondamentalement le marxisme de la science bourgeoise, mais le point de vue totalisant w, \u00e9crit George Lukacs. Parmi ces <strong>totalit\u00e9s <\/strong>dont Marx se sert, il y a la notion de <strong>classe <\/strong>et tout particuli\u00e8rement celle de <strong>prol\u00e9tariat<\/strong>. Sa t\u00e2che historique en tant que totalit\u00e9 est le renversement de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste &#8211; autre totalit\u00e9 dont le prol\u00e9tariat est une partie constitutive- et de donner naissance \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 socialiste. Si l&rsquo;on analyse les conditions sociales comme des totalit\u00e9s, le probl\u00e8me de la <strong>fausse conscience<\/strong> se pose en des termes tr\u00e8s diff\u00e9rents. Ce n&rsquo;est plus un probl\u00e8me de conscience individuelle. \u00ab Dans le prol\u00e9tariat compl\u00e8tement d\u00e9velopp\u00e9, \u00e9crit Marx,tout ce qui est humain est aboli, y compris <strong>l&rsquo;apparence <\/strong>de l&rsquo;humanit\u00e9. Dans les conditions d&rsquo;existence du prol\u00e9tariat se trouvent condamn\u00e9es, dans leurs formes les plus inhumaines, toutes les conditions d&rsquo;existence de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine \u00bb. C&rsquo;est pourquoi Marx soutient qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de savoir ce que tel ou tel prol\u00e9taire, voire l&rsquo;ensemble du prol\u00e9tariat, con\u00e7oit \u00e0 un moment donn\u00e9 comme son objectif. Il s&rsquo;agit de savoir ce que le prol\u00e9tariat <strong>est<\/strong>, et ce qu&rsquo;il doit accomplir historiquement en accord avec sa <strong>nature<\/strong>. Son but et son activit\u00e9 historique sont d\u00e9termin\u00e9s irr\u00e9vocablement, tant par sa situation propre que par l&rsquo;organisation globale de la soci\u00e9t\u00e9 civile contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appara\u00eet clairement dans cette citation que les id\u00e9es qu&rsquo;exprime une certaine classe, ou la majorit\u00e9 de ses membres, et qui peuvent \u00eatre mesur\u00e9es empiriquement, peuvent \u00eatre d\u00e9finies comme <strong>conscience de classe<\/strong> si elles correspondent \u00e0 une certaine interpr\u00e9tation de l&rsquo;histoire et au r\u00f4le de cette classe dans l&rsquo;histoire. Selon le sociologue polonais Szacki les analyses marxistes de la <strong>fausse conscience<\/strong> faites \u00e0 un haut niveau d&rsquo;abstraction traitent de trois types d&rsquo;illusions. La premi\u00e8re peut \u00eatre d\u00e9crite comme la <strong>fausse conscience<\/strong> de l&rsquo;\u00e9poque. Ce qui signifie que les id\u00e9es dominantes d&rsquo;une p\u00e9riode donn\u00e9e peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme <strong>fausses <\/strong>\u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement produit durant cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, une classe enti\u00e8re peut avoir une <strong>fausse conscience<\/strong>, par exemple, en n&rsquo;analysant pas son r\u00f4le au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Marx \u00e9crit que la petite bourgeoisie a tendance, en tant que classe, \u00e0 s&rsquo;imaginer \u00ab au dessus de la m\u00eal\u00e9e des antagonismes de classe en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb. Il ressort de ces lignes que la <strong>fausse conscience<\/strong> doit \u00eatre mise en relation avec une th\u00e9orie de la soci\u00e9t\u00e9 et des conflits qui se produisent en son sein.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il y a enfin une <strong>fausse conscience<\/strong> des id\u00e9ologues \u00bb, \u00e9crit Szacki. Le probl\u00e8me concerne entre autres les intellectuels qui produisent les id\u00e9ologies des <strong>classes dirigeantes<\/strong>, c&rsquo;es-\u00e0-dire les savants, les \u00e9crivains et tous ceux qui mod\u00e8lent l&rsquo;opinion publique \u00e0 travers les mass-media. Selon Marx la t\u00e2che essentielle consiste \u00e0 contrecarrer cette influence par une prise de conscience. \u00ab La prise de conscience, c&rsquo;est le monde consid\u00e9rant sa propre activit\u00e9 ; le but consiste \u00e0 le faire cesser de se r\u00eaver et de lui expliquer sa propre activit\u00e9&#8230; notre devise sera donc : prise de conscience, non par des dogmes, mais par l&rsquo;analyse de la conscience mystique qui est obscure \u00e0 elle-m\u00eame&#8230; Il deviendra alors \u00e9vident que le monde a largement r\u00eav\u00e9 les choses qu&rsquo;il lui faut encore r\u00e9aliser afin de les poss\u00e9der r\u00e9ellement. Il sera alors clair que ce qui est en question, ce n&rsquo;est pas de tracer une ligne de d\u00e9marcation entre le pass\u00e9 et le futur mais <strong>d&rsquo;accomplir <\/strong>les id\u00e9es du pass\u00e9. Finalement, il appara\u00eetra que l&rsquo;humanit\u00e9 n&rsquo;entreprend pas un <strong>nouveau <\/strong>travail mais qu&rsquo;elle ach\u00e8ve consciemment son travail ancien \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette optique, Marx voit dans l&rsquo;abolition de la <strong>fausse conscience<\/strong>, le moyen de r\u00e9aliser les r\u00eaves qui ont toujours hant\u00e9 l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Marx, l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une conscience correcte par l&rsquo;analyse scientifique des conditions existantes est un moyen important pour la cr\u00e9ation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. La r\u00e9alisation des objectifs pr\u00e9suppose des valeurs et des comportements orient\u00e9s quant au but, \u00e0 partir de ces valeurs et en accord avec elle. <strong>Les id\u00e9es obscures<\/strong>, ce sont donc celles qui se fondent sur des <strong>fausses valeurs<\/strong>, ou qui, bien que partant des valeurs <strong>correctes<\/strong>, ne sont pas pertinentes pour l&rsquo;accomplissement des objectifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Universit\u00e9 de Stockholm<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(*) Ce texte constitue un chapitre d&rsquo;un ouvrage intitul\u00e9 : <strong>Le concept d&rsquo;ali\u00e9nation, de Marx \u00e0 la sociologie contemporaine<\/strong>, qui vient de sortir \u00e0 Stockholm et dont une traduction sera publi\u00e9e par les \u00c9ditions Anthropos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Dawidow J. N. <strong>Freiheit und Entfremdung<\/strong>, Berlin 1964. p. 50<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.persee.fr\/renderIssueCoverThumbnail\/homso_0018-4306_1969_num_11_1.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Joachim Israel paru dans L&rsquo;Homme et la soci\u00e9t\u00e9, n\u00b0 11, janvier-f\u00e9vrier-mars 1969, p. 109-126 Nombreux sont ceux pour qui le socialisme signifie un syst\u00e8me social, fortement centralis\u00e9 et un contr\u00f4le s&rsquo;exer\u00e7ant sur toute la vie individuelle. 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Essai sur le d\u00e9p\u00e9rissement du marxisme, Paris, Editions de l'Encyclop\u00e9die des Nuisances, 2009 [1967], p. 17-34 IMARXISME ET ORTHODOXIE \u00ab Tout ce que je sais c\u2019est que moi, je ne suis pas marxiste. \u00bb Marx \u00ab\u2026 Ils ont fait de notre th\u00e9orie un dogme unique de\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;livres&quot;","block_context":{"text":"livres","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/livres\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11275","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11275"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11275\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28426,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11275\/revisions\/28426"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11275"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11275"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11275"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}