{"id":11385,"date":"2021-01-30T10:44:44","date_gmt":"2021-01-30T09:44:44","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11385"},"modified":"2025-08-11T20:50:18","modified_gmt":"2025-08-11T18:50:18","slug":"karel-kosic-la-dialectique-du-concret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/01\/30\/karel-kosic-la-dialectique-du-concret\/","title":{"rendered":"Karel Kosic : La dialectique du concret"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Karel Kosic, <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/garap.org\/pdf\/bibliotheque\/KOSIC%20Karel_dialectique%20du%20concret.pdf\" target=\"_blank\">La dialectique du concret<\/a><\/em>, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1978, p. 165-170<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/2.bp.blogspot.com\/-UoGyPRSIHUw\/WCrF03KvJHI\/AAAAAAAAAqg\/P_S8JWVra5wYL1P9EX0u52rOgEb5r9SNACEw\/s1600\/Photo_karel_kosik-mitchell.jpg?resize=434%2C671&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"434\" height=\"671\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Les dieux n\u2019existent que pour celui qui les reconna\u00eet. Est-ce \u00e0 dire qu\u2019au-del\u00e0 des limites de notre terre, ils se transforment en simple bois, tout comme le roi devient simple mortel ? En fait, un dieu n\u2019est pas du bois, mais un produit et un rapport social. La critique rationaliste, qui a enlev\u00e9 aux hommes la religion et leur a d\u00e9montr\u00e9 que les autels, les dieux, les saints et les \u00e9glises n\u2019\u00e9taient \u00ab rien d\u2019autre \u00bb que du bois, de l\u2019\u00e9toffe et de la pierre, est, du point de vue philosophique, en retrait sur la simple foi des croyants, car les dieux, les saints et les temples sont effectivement autre chose que de la cire, du bois ou de la pierre. Ce sont des produits de la soci\u00e9t\u00e9, et non de la nature. C\u2019est pourquoi la nature ne peut ni les cr\u00e9er ni les remplacer. Est-ce \u00e0 dire que le baba de Sylvie est autre chose qu\u2019un drap ?<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Cette conception naturaliste nous donne une image fausse de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, de la conscience humaine et de la nature. Elle ne voit dans la conscience qu\u2019une fonction biologique d\u2019adaptation et d\u2019orientation de l\u2019organisme au sein de son milieu, fonction caract\u00e9ris\u00e9e par deux \u00e9l\u00e9ments fondamentaux : l\u2019impulsion et la r\u00e9action. Ce qui lui permet d\u2019expliquer que la conscience est une propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 toutes les esp\u00e8ces sup\u00e9rieures d\u2019animaux et ne repr\u00e9sente pas une caract\u00e9ristique sp\u00e9cifique de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>La conscience humaine est activit\u00e9 du sujet, qui cr\u00e9e la r\u00e9alit\u00e9 humaine et sociale en tant qu\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et de la signification, de la r\u00e9alit\u00e9 et de l&rsquo;intentionalit\u00e9. Alors que le mat\u00e9rialisme souligne traditionnellement le caract\u00e8re mat\u00e9riel du monde et l\u2019appartenance de l\u2019homme \u00e0 la nature, le transcendantalisme revendique l&rsquo;autonomie de la raison et de l&rsquo;esprit, en tant qu&rsquo;activit\u00e9 du sujet : il s\u00e9pare la mat\u00e9rialit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9, parce que les valeurs et les significations ne sont pas inscrites dans la nature et que l&rsquo;on ne peut d\u00e9duire la libert\u00e9 de la cha\u00eene causale qui conduit du lichen et du protozoaire \u00e0 l&rsquo;homme. Tandis que l&rsquo;id\u00e9alisme isole les significations de la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle pour en faire une r\u00e9alit\u00e9 autonome, le positivisme naturaliste d\u00e9pouille la r\u00e9alit\u00e9 de toute signification et fait ainsi oeuvre mystificatrice : la r\u00e9alit\u00e9 est d&rsquo;autant plus r\u00e9elle qu&rsquo;on en \u00e9limine plus compl\u00e8tement l&rsquo;homme et les significations humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 humaine \u00bb, chass\u00e9e de la science et de la philosophie, ne cesse pas pour autant d&rsquo;exister. C&rsquo;est dans ce contexte seulement que s&rsquo;expliquent les vogues p\u00e9riodiques de l&rsquo; \u00ab anthropologie \u00bb, qui tourne son attention vers l&rsquo;homme \u00ab oubli\u00e9 \u00bb et sur ses probl\u00e8mes. On pr\u00e9tend, alors, que l&rsquo;homme se pr\u00e9occupe de tout ce qui existe entre ciel et terre, mais s&rsquo;oublie lui-m\u00eame. On \u00e9labore une typologie d\u00e9montrant que seules les \u00e9poques d\u2019isolement de l&rsquo;homme sont favorables \u00e0 l&rsquo;anthropologie philosophique, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la connaissance de l&rsquo;homme, alors que les \u00e9poques extraverties parlent de l\u2019homme \u00e0 la troisi\u00e8me personne, comme s&rsquo;il s\u2019agissait de pierres et d&rsquo;animaux [23], et ignorent sa nature sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>On justifie donc le besoin et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une anthropologie philosophique par le fait que jamais l&rsquo;homme n&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 pour lui- m\u00eame un probl\u00e8me aussi urgent qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent : quoiqu&rsquo;on ait rassembl\u00e9 aujourd&rsquo;hui une somme de connaissances incomparablement plus grande sur lui-m\u00eame, on sait bien moins ce qu&rsquo;il est que par le pass\u00e9 [24]. Aux temps o\u00f9 l&rsquo;anthropologie pr\u00e9domine, on estime qu&rsquo;elle n\u2019est pas d&rsquo;abord et surtout une science de l&rsquo;homme (science au demeurant probl\u00e9matique et difficile \u00e0 d\u00e9finir), mais une <em>tendance fondamentale<\/em> de l&rsquo;\u00e9poque qui a rendu l\u2019homme probl\u00e9matique [25].<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;\u00ab anthropologie philosophique \u00bb se pr\u00e9tend science de l&rsquo;homme et se propose d&rsquo;examiner sa position dans l&rsquo;univers, il faut se demander pourquoi l\u2019homme, dans l&rsquo;<em>isolement<\/em> qui l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 se pencher sur lui-m\u00eame, serait plus homme que dans le monde \u00ab extraverti \u00bb, o\u00f9 il se pr\u00e9occupe de tout ce qui existe entre ciel et terre. L&rsquo; \u00ab anthropologie philosophique \u00bb ne soutient-elle pas que les \u00e9poques du d\u00e9racinement, de la solitude et de la probl\u00e9matisation de l\u2019homme sont les moments les plus f\u00e9conds pour la pens\u00e9e anthropologiste, tout simplement parce que la probl\u00e9matique de l&rsquo;homme s y pose d\u00e9j\u00e0 sous une forme d\u00e9termin\u00e9e, et qu\u2019elle ne consid\u00e8re que certains aspects d\u00e9termin\u00e9s de l&rsquo;homme comme des probl\u00e8mes anthropologiques ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il se tourne vers le monde ext\u00e9rieur et recherche les lois des processus naturels, l\u2019homme n\u2019est pas moins homme que lorsqu\u2019il s\u2019interroge de mani\u00e8re dramatique sur lui-m\u00eame : \u00ab Quid ergo sum, Deus meus, quae natura mea ? \u00bb Si 1\u2019\u00ab anthropologie philosophique \u00bb donne une place privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 des aspects et des probl\u00e8mes d\u00e9termin\u00e9s, elle d\u00e9montre du m\u00eame coup qu\u2019elle n\u2019est pas n\u00e9e comme probl\u00e9matique de l\u2019\u00eatre de l\u2019homme et de la position humaine dans l\u2019univers, mais comme r\u00e9action contre une situation <em>historique d\u00e9termin\u00e9e<\/em> de l\u2019homme au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019anthropologie philosophique pr\u00e9tend \u00eatre une philosophie de l\u2019homme et faire de l\u2019homme le fondement de la probl\u00e9matique philosophique. Cette pr\u00e9tention est-elle l\u00e9gitime ? Observons tout d\u2019abord que la d\u00e9finition \u00ab: philosophie de l\u2019homme \u00bb peut avoir de nombreuses significations. Les probl\u00e8mes philosophiques ne sont pas inscrits dans l\u2019univers, c\u2019est l\u2019homme qui les pose. \u00ab Philosophie de l\u2019homme \u00bb signifie avant tout que seul l\u2019homme philosophe et pose des probl\u00e8mes philosophiques. En ce sens, toute philosophie est \u00ab philosophie de l\u2019homme\u00bb, et point n\u2019est besoin de confirmer ce caract\u00e8re humain de la philosophie par une d\u00e9nomination particuli\u00e8re. Mais, la \u00ab philosophie de l\u2019homme \u00bb a encore une autre signification : <em>toute <\/em>probl\u00e9matique philosophique est par d\u00e9finition anthropologique, parce que l\u2019homme anthropomorphise tout ce qui entre en contact avec lui sur le plan th\u00e9orique et pratique. Toutes les questions et r\u00e9ponses, tous les doutes et certitudes partent en fin de compte de l\u2019homme. Dans chacune de ses actions \u2014 de l\u2019effort pratique \u00e0 l\u2019observation du mouvement des corps c\u00e9lestes \u2014, l\u2019homme se d\u00e9finit d\u2019abord lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00ab anthropologie philosophique \u00bb se r\u00e9f\u00e8re aux questions fameuses de Kant :<\/p>\n\n\n\n<p>1. Que puis-je savoir?<\/p>\n\n\n\n<p>2. Que dois-je faire ?<\/p>\n\n\n\n<p>3. Que puis-je esp\u00e9rer ?<\/p>\n\n\n\n<p>A ces trois questions, Kant en ajoute une quatri\u00e8me : Qu\u2019est-ce que l\u2019homme ? La m\u00e9taphysique r\u00e9pond \u00e0 la premi\u00e8re question, la morale \u00e0 la seconde, la religion \u00e0 la troisi\u00e8me, et l\u2019anthropologie \u00e0 la quatri\u00e8me. Mais Kant note explicitement qu\u2019en fait les trois premi\u00e8res questions entrent dans l\u2019anthropologie, parce qu\u2019elles sont toutes en rapport avec la quatri\u00e8me [28]. Quel est l\u2019\u00eatre qui s\u2019interroge sur ce qu\u2019il peut savoir, ce qu\u2019il peut faire et ce qu\u2019il peut esp\u00e9rer ?<\/p>\n\n\n\n<p>Selon que l\u2019on d\u00e9place l\u2019accent, les questions de Kant peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es au sens de la finitude de l\u2019homme (Heidegger) ou de la participation humaine \u00e0 l\u2019infini (Buber). Mais, ind\u00e9pendamment des diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations, les trois premi\u00e8res questions <em>pr\u00e9d\u00e9terminent<\/em> la r\u00e9ponse \u00e0 la quatri\u00e8me. L\u2019homme est un \u00eatre qui conna\u00eet ce qu\u2019il peut conna\u00eetre, faire et esp\u00e9rer. Les trois premi\u00e8res questions d\u00e9finissent l\u2019homme comme sujet <em>cognitif<\/em> ou sujet de la connaissance. Dans l\u2019horizon de pens\u00e9e ainsi trac\u00e9, les g\u00e9n\u00e9rations successives apport\u00e8rent des compl\u00e9ments et des pr\u00e9cisions et aboutirent \u00e0 la conclusion que l\u2019homme n\u2019est pas seulement un sujet cognitif, mais encore un \u00eatre qui vit et agit : l\u2019homme est sujet de la connaissance, de la vie et de l\u2019activit\u00e9. En allant jusqu\u2019au bout de ce sch\u00e9ma, le monde se r\u00e9v\u00e8le comme dessein de l\u2019homme : le monde est l\u00e0 dans la mesure seulement o\u00f9 l\u2019homme existe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette seconde signification, la \u00ab philosophie de l\u2019homme \u00bb exprime la position de la subjectivit\u00e9 humaine : le fondement et le point de d\u00e9part de la philosophie n\u2019est pas l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral, mais une <em>conception<\/em> d\u00e9termin\u00e9e de l\u2019homme. L\u2019anthropologie philosophique est une philosophie de l\u2019homme pour autant qu\u2019elle con\u00e7oit l\u2019homme comme subjectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la philosophie de l\u2019homme poss\u00e8de encore une troisi\u00e8me signification. C\u2019est une discipline programmatique qui s\u2019attache \u00e0 des questions que l\u2019on n\u00e9glige, celles de la responsabilit\u00e9 de l\u2019individu, du sens de la vie, du caract\u00e8re conflictuel de la morale, etc. En ce sens, elle traite de ce qui a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 ou n\u00e9glig\u00e9, interdit ou tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Elle se consid\u00e8re comme un prolongement indispensable, qui compl\u00e8te la philosophie existante afin d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur des probl\u00e8mes de son \u00e9poque et de r\u00e9pondre \u00e0 toutes les questions qui se posent \u00e0 elle. En dehors du fait prosa\u00efque qu\u2019il donne aux probl\u00e8mes de l\u2019\u00e9thique un tour grandiloquent, le programme de la \u00ab philosophie de l\u2019homme \u00bb souffre d\u2019une contradiction insurmontable. Elle masque et contredit les principes fondamentaux de la philosophie qui a besoin de ce \u00ab compl\u00e9ment anthropologique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir <em>\u00e9cart\u00e9<\/em> l\u2019homme ou apr\u00e8s l\u2019avoir accueilli, pour autant seulement qu\u2019elle l\u2019a transform\u00e9 en non-homme en le r\u00e9duisant \u00e0 une grandeur physique de type math\u00e9matique, la philosophie \u00e9prouve soudain, sous la pression de n\u00e9cessit\u00e9s ext\u00e9rieures, le besoin de compl\u00e9ter sa trame et sa structure fondamentale par quelque chose qui lui manque : l\u2019homme. A la philosophie d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sans homme, on surajoute une philosophie de l\u2019homme. Nous avons ainsi les deux p\u00f4les oppos\u00e9s : d\u2019une part, la conception selon laquelle la seule r\u00e9alit\u00e9 est humaine, le monde \u00e9tant une projection de l\u2019homme ; d\u2019autre part, la conception d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle le monde n\u2019est authentique et objectif que dans un ordre universel excluant l\u2019homme. Or, ce monde sans l\u2019homme n\u2019est pas la r\u00e9alit\u00e9 authentique, il n\u2019est qu\u2019une projection de la subjectivit\u00e9 humaine, une forme possible de l\u2019appropriation humaine du monde (et de sa reproduction intellectuelle). L\u2019image physique du monde construite par la science naturelle moderne de Galil\u00e9e \u00e0 Einstein est l\u2019un des modes pratico-spirituels d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 : l\u2019un des modes possibles de syst\u00e9matisation th\u00e9orique (de reproduction spirituelle) et de domination pratique de la r\u00e9alit\u00e9. Si l&rsquo;on donne une forme ontologique \u00e0 cette image (ce qui est exclu pour la philosophie mat\u00e9rialiste, qui con\u00e7oit la connaissance comme reproduction spirituelle de la r\u00e9alit\u00e9) et si l&rsquo;on tient donc cette image pour la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, de sorte que l\u2019homme cherche \u00e0 d\u00e9finir sa propre position et son rapport vis-\u00e0-vis d\u2019une telle \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, l\u2019homme ne peut r\u00e9soudre positivement ce probl\u00e8me qu\u2019en se transformant lui-m\u00eame en une grandeur physique de type math\u00e9matique, c\u2019est-\u00e0-dire en une partie calculable du syst\u00e8me ainsi \u00e9chafaud\u00e9, soit en s\u2019ins\u00e9rant, soit en s\u2019ajoutant \u00e0 ce syst\u00e8me comme sujet, c\u2019est-\u00e0-dire comme th\u00e9oricien, physicien ou math\u00e9maticien.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas une r\u00e9alit\u00e9 (authentique) <em>sans<\/em> l\u2019homme, pas plus qu\u2019elle n\u2019est (seulement) la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019homme. Elle est r\u00e9alit\u00e9 de la nature comme totalit\u00e9 absolue, ind\u00e9pendante non seulement de la conscience de l\u2019homme, mais encore de son existence, en m\u00eame temps qu\u2019elle est r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019homme qui cr\u00e9e, au sein de la nature et comme fraction de celle-ci, une r\u00e9alit\u00e9 sociale et humaine, sup\u00e9rieure \u00e0 la nature et d\u00e9finissant dans l\u2019histoire sa place dans l\u2019univers. L\u2019homme ne vit pas dans deux sph\u00e8res. Il n\u2019habite pas pour une partie de son \u00eatre dans l\u2019histoire, et pour l\u2019autre dans la nature. <em>L&rsquo;homme est toujours \u00e0 la fois dans la nature et dans l&rsquo;histoire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019\u00eatre historique, c\u2019est-\u00e0-dire social, il humanise la nature, mais il la conna\u00eet \u2014 et la reconna\u00eet aussi \u2014 comme totalit\u00e9 absolue, comme <em>causa sui<\/em> se suffisant \u00e0 elle-m\u00eame, comme condition et pr\u00e9supposition de l\u2019humanisation. Dans la conception cosmique d\u2019H\u00e9raclite et de Spinoza, l\u2019homme conna\u00eet la nature comme totalit\u00e9 absolue et in\u00e9puisable, par rapport \u00e0 laquelle il se d\u00e9finit toujours \u00e0 nouveau dans l\u2019histoire : en dominant les forces de la nature, en d\u00e9couvrant les lois d\u00e9termin\u00e9es des processus naturels, en cr\u00e9ant mythes et po\u00e9sies, etc. Mais, dans tout changement de la position humaine par rapport \u00e0 la nature, dans tout progr\u00e8s de la domination et de la connaissance des processus de la nature par l\u2019homme, la nature continue d\u2019exister comme totalit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, dans l\u2019industrie, la technique, la science et la culture, la nature est pour l\u2019homme une nature <em>humanis\u00e9e<\/em>, il ne s\u2019ensuit pas pour autant qu\u2019elle soit en g\u00e9n\u00e9ral une \u00ab cat\u00e9gorie sociale \u00bb. La connaissance et la domination de la nature sont conditionn\u00e9es socialement ; c\u2019est en ce sens <em>seulement<\/em> que la nature est une cat\u00e9gorie sociale historiquement variable, mais l\u2019existence absolue de la nature n\u2019est conditionn\u00e9e par rien, par personne.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Si la nature se transformait compl\u00e8tement en un objet de l&rsquo;activit\u00e9 humaine, \u00e9conomique ou productive, et cessait d\u2019exister comme nature irr\u00e9ductible, l\u2019homme s\u2019appauvrirait d\u2019un \u00e9l\u00e9ment essentiel de sa vie humaine. Une culture qui aurait chass\u00e9 compl\u00e8tement la nature de la vie, se d\u00e9truirait elle-m\u00eame et serait insupportable [27]. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme n&rsquo;est pas emmur\u00e9 dans la subjectivit\u00e9 de la race, de la socialit\u00e9 et des projets subjectifs dans lesquels il ne pourrait jamais d\u00e9finir que lui-m\u00eame sous des formules diverses. De par son existence \u2014 qui est praxis \u2014, il est en mesure de d\u00e9passer sa propre subjectivit\u00e9 et de conna\u00eetre l&rsquo;essence r\u00e9elle des choses. L&rsquo;existence de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas seulement production de la r\u00e9alit\u00e9 humaine et sociale, mais encore reproduction intellectuelle de la r\u00e9alit\u00e9 dans sa totalit\u00e9. Si l&rsquo;homme participe \u00e0 la totalit\u00e9 du monde, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la facult\u00e9 qu&rsquo;il a de reproduire spirituellement la totalit\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme doit \u00eatre inclus dans le projet de la r\u00e9alit\u00e9 con\u00e7ue comme totalit\u00e9 de la nature et de l&rsquo;histoire, pour que l&rsquo;on obtienne les pr\u00e9suppositions de la solution du probl\u00e8me philosophique de l&rsquo;homme. Si la r\u00e9alit\u00e9 est incompl\u00e8te sans l&rsquo;homme, l&rsquo;homme est tout aussi fragmentaire sans le monde. La nature de l&rsquo;homme ne peut \u00eatre d\u00e9couverte par une anthropologie philosophique, qui enferme l&rsquo;homme dans la subjectivit\u00e9 de la conscience, de la race, de la socialit\u00e9, et le s\u00e9pare radicalement du monde. La connaissance de l&rsquo;univers et des lois des processus naturels est <em>toujours<\/em>, directement ou indirectement, aussi connaissance de l&rsquo;homme et de sa nature sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les processus de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, humaine aussi bien qu&rsquo;extrahumaine, se rencontrent et s&rsquo;interp\u00e9n\u00e8trent de mani\u00e8re d\u00e9termin\u00e9e dans l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme. L&rsquo;homme est une cr\u00e9ature dont l&rsquo;essence est d\u00e9finie par la production mat\u00e9rielle de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et humaine et par la reproduction intellectuelle de la r\u00e9alit\u00e9 humaine et extra-humaine. La praxis donne acc\u00e8s aussi bien \u00e0 l&rsquo;homme et \u00e0 sa compr\u00e9hension qu&rsquo;\u00e0 la nature, \u00e0 son explication et \u00e0 sa domination. Le dualisme de l&rsquo;homme et de la nature, de la libert\u00e9 et de la n\u00e9cessit\u00e9, de l&rsquo;anthropologie et du scientisme ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 sur le plan de la conscience ou de la mati\u00e8re, mais seulement sur la base de la praxis, au sens de la philosophie mat\u00e9rialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>La dialectique traite de la \u00ab chose elle-m\u00eame \u00bb. Mais celle-ci n&rsquo;est pas un objet quelconque, elle n\u2019est m\u00eame pas un objet du tout. La \u00ab chose elle-m\u00eame \u00bb dont s&rsquo;occupe la philosophie, c&rsquo;est l&rsquo;homme et sa position dans l&rsquo;univers, ou, ce qui exprime la m\u00eame chose en d&rsquo;autres termes : la totalit\u00e9 du monde, qui se manifeste \u00e0 l&rsquo;homme dans l&rsquo;histoire, et l&rsquo;homme qui existe dans la totalit\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">23. Cf. Martin Buber, <em>Das Problem des Menschen<\/em>, Heidelberg, 1948, p. 9 et s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">24. \u00ab A aucun moment de l\u2019histoire, l\u2019homme n\u2019est devenu aussi probl\u00e9matique \u00e0 ses propres yeux que de nos jours. \u00bb (Max Scheler, <em>Die Stellung des Menschen im Kosmos<\/em>, Darmstadt, 1928, p. 14.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">25. Cf. M. Heidegger, <em>Kant und das Problem der Metaphysik<\/em>, Frankfurt-am-Main, 1951, p. 189 et s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">26. \u00ab En d\u00e9finitive, on pourrait les compter toutes dans l\u2019anthropologie, parce que les trois premi\u00e8res se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la derni\u00e8re. \u00bb (Cf. E. Kant, <em>op. cit<\/em>., III, p. 448.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">27. Rubinstein, <em>op. cit<\/em>., p, 205.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/pictures.abebooks.com\/inventory\/md\/md30242818984.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Karel Kosic, La dialectique du concret, Paris, Fran\u00e7ois Maspero, 1978, p. 165-170 Les dieux n\u2019existent que pour celui qui les reconna\u00eet. Est-ce \u00e0 dire qu\u2019au-del\u00e0 des limites de notre terre, ils se transforment en simple bois, tout comme le roi devient simple mortel ? 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