{"id":11446,"date":"2021-02-05T09:09:32","date_gmt":"2021-02-05T08:09:32","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11446"},"modified":"2024-01-10T23:37:10","modified_gmt":"2024-01-10T22:37:10","slug":"paul-mattick-marxisme-dernier-refuge-de-la-bourgeoisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/05\/paul-mattick-marxisme-dernier-refuge-de-la-bourgeoisie\/","title":{"rendered":"Paul Mattick : Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Paul Mattick, <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/entremonde.net\/IMG\/pdf\/RUPTURE09-Livre.pdf\" target=\"_blank\">Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ?<\/a><\/em>, Gen\u00e8ve, Entremonde, 2011 [1983], p. 356-365<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/images-na.ssl-images-amazon.com\/images\/I\/516pVhm0k7L.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\" style=\"width:325px;height:500px\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ID\u00c9OLOGIE ET CONSCIENCE DE CLASSE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Apr\u00e8s coup, toutes les causes perdues paraissent irrationnelles et toutes celles qui ont triomph\u00e9 rationnelles et justes. Invariablement, les buts vis\u00e9s par une minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire d\u00e9faite ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s d\u2019utopiques et, par cons\u00e9quent, consid\u00e9r\u00e9s comme ind\u00e9fendables. Pourtant, le terme \u00ab utopique \u00bb ne peut gu\u00e8re \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 des projets objectivement r\u00e9alisables, mais doit \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des syst\u00e8mes imaginaires qui peuvent avoir, ou ne pas avoir, des bases mat\u00e9rielles concr\u00e8tes qui permettraient leur r\u00e9alisation. Il n\u2019y avait rien d\u2019utopique dans la tentative de prendre le contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce aux conseils ouvriers et de mettre ainsi fin \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, puisque, dans le syst\u00e8me capitaliste d\u00e9velopp\u00e9, le prol\u00e9tariat industriel est le facteur d\u00e9terminant du processus de reproduction sociale dans son ensemble, et qu\u2019il n\u2019est absolument pas obligatoire que ce processus passe par l\u2019utilisation du travail salari\u00e9. Que la soci\u00e9t\u00e9 soit capitaliste ou socialiste, c\u2019est, dans chaque cas, la classe ouvri\u00e8re qui lui permet d\u2019exister. La production peut \u00eatre effectu\u00e9e sans qu\u2019il soit besoin de prendre en compte une expansion exprim\u00e9e en termes de valeur, ni de satisfaire les exigences de l\u2019accumulation du capital. Il n\u2019est pas forc\u00e9 que la distribution et l\u2019allocation du travail social empruntent le chemin des relations d\u2019\u00e9change indirectes du march\u00e9, car elles peuvent \u00eatre organis\u00e9es consciemment gr\u00e2ce \u00e0 de nouvelles institutions sociales plac\u00e9es sous le contr\u00f4le ouvert et direct des producteurs. Le capitalisme occidental de 1918 n\u2019\u00e9tait pas Le syst\u00e8me de production sociale obligatoire, mais simplement celui qui existait et son renversement aurait simplement supprim\u00e9 les embarras capitalistes.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Ce qui a manqu\u00e9, ce n\u2019est pas la possibilit\u00e9 objective d\u2019un changement social, mais la volont\u00e9 subjective de la majorit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re de saisir l\u2019occasion de renverser la classe dominante et de prendre possession des moyens de production. Le mouvement ouvrier a \u00e9volu\u00e9 avec le capitalisme mais dans un sens oppos\u00e9 aux espoirs de Marx. En d\u00e9pit de son id\u00e9ologie pseudo-marxiste, il est all\u00e9 vers cette position apolitique qui caract\u00e9rise les mouvements ouvriers des pays anglo-saxons, avec leur acceptation positive du syst\u00e8me capitaliste. En quelque sorte, le mouvement est devenu politiquement \u00ab neutre \u00bb, laissant les d\u00e9cisions politiques aux partis accr\u00e9dit\u00e9s de la d\u00e9mocratie bourgeoise, dont, entre autres, le parti social-d\u00e9mocrate. Les travailleurs ont soutenu le parti qui promettait et semblait avoir l\u2019intention de prendre soin de leurs besoins imm\u00e9diats et particuliers et qui \u00e9taient, de fait, leurs seuls besoins pour le moment. Ils n\u2019avaient rien contre la nationalisation de l\u2019industrie, ce qui pouvait \u00eatre le but proclam\u00e9 de leur parti favori, mais ils \u00e9taient tout autant pr\u00eats \u00e0 abandonner ce projet pour se rabattre sur le syst\u00e8me de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Tout simplement, ils laissaient la d\u00e9cision \u00e0 leurs dirigeants \u00e9lus, en qui ils avaient plus ou moins confiance, tout comme ils attendaient les ordres des managers et des entrepreneurs dans les usines. Ils continuaient de refuser toute sorte d\u2019autod\u00e9termination, pr\u00e9f\u00e9rant laisser les choses en l\u2019\u00e9tat que de se lancer dans les bouleversements et les incertitudes d\u2019une lutte prolong\u00e9e contre les autorit\u00e9s traditionnelles. On ne peut donc pas dire que la social-d\u00e9mocratie ait \u00ab trahi \u00bb la classe ouvri\u00e8re. Ce que les dirigeants de ce parti ont \u00ab trahi \u00bb, c\u2019est leur propre pass\u00e9, en devenant une partie appr\u00e9ci\u00e9e de l\u2019establishment capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9chec de la R\u00e9volution allemande semble justifier l\u2019assertion des bolcheviques selon laquelle la classe ouvri\u00e8re, laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, est incapable de faire une r\u00e9volution socialiste si bien qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019avoir recours \u00e0 la direction d\u2019un parti r\u00e9volutionnaire, pr\u00eat \u00e0 exercer des pouvoirs dictatoriaux. Mais la classe ouvri\u00e8re allemande n\u2019a jamais tent\u00e9 de faire une r\u00e9volution socialiste, si bien que son \u00e9chec ne peut prouver la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019assertion des bolcheviques. De plus, il faut remarquer qu\u2019il y avait une \u00ab avant-garde \u00bb r\u00e9volutionnaire qui, elle, a essay\u00e9 de modifier le caract\u00e8re purement politique de la R\u00e9volution. Cette minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire n\u2019adh\u00e9rait certainement pas \u00e0 la conception du parti d\u00e9fendue par les bolcheviques, mais elle \u00e9tait n\u00e9anmoins pr\u00eate \u00e0 exercer un certain r\u00f4le directeur mais comme partie int\u00e9grante et non comme dominatrice de la classe ouvri\u00e8re. Dans les conditions r\u00e9gnant alors en Europe occidentale, la r\u00e9volution socialiste devait visiblement \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019actions de classe et non de celles d\u2019un parti, car, ici, c\u2019\u00e9tait la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble qui devait prendre le pouvoir politique et se saisir des moyens de production. Il est bien s\u00fbr vrai \u2013 et cela vaut pour toute classe, bourgeoise ou prol\u00e9tarienne \u2013 que ce n\u2019est toujours qu\u2019une partie de la classe qui s\u2019engage r\u00e9ellement dans les affaires sociales, l\u2019autre restant inactive. Mais, pour la bourgeoisie comme pour le prol\u00e9tariat, c\u2019est cette partie active qui joue le r\u00f4le d\u00e9cisif pour le r\u00e9sultat de la guerre de classes. La question n\u2019est donc pas que l\u2019ensemble de la classe ouvri\u00e8re prenne litt\u00e9ralement part au processus r\u00e9volutionnaire, mais qu\u2019il y ait une masse suffisante pour s\u2019opposer avec succ\u00e8s aux forces mobilis\u00e9es par la bourgeoisie. En Allemagne, cette masse ne s\u2019est pas rassembl\u00e9e suffisamment rapidement pour compenser la puissance croissante de la contre-r\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la strat\u00e9gie de la contre-r\u00e9volution visait \u00e0 pr\u00e9venir une possible croissance de la minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire. La course \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, but politique de la social-d\u00e9mocratie, \u00e9tait \u00e9galement le r\u00e9sultat de la crainte qu\u2019une existence prolong\u00e9e des conseils ouvriers ne d\u00e9bouch\u00e2t sur leur radicalisation, sur une \u00e9volution en direction de la minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire. On craignait qu\u2019avec la d\u00e9mobilisation de l\u2019arm\u00e9e, la diversit\u00e9 politique qui \u00e9tait celle des conseils de soldats dispar\u00fbt et que la composition des conseils, maintenant restreinte aux usines, p\u00fbt prendre un caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire consistent. Que cette peur ait \u00e9t\u00e9 injustifi\u00e9e, le r\u00e9sultat des \u00e9lections \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le montra \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, avec ses 37,9 % de votes aux socialistes majoritaires et seulement 7,6 % aux socialistes ind\u00e9pendants, plus radicaux. La social-d\u00e9mocratie gardait toujours la confiance de la classe ouvri\u00e8re, malgr\u00e9, ou peut-\u00eatre, \u00e0 cause de son programme antir\u00e9volutionnaire. Pourtant, on continuait de craindre que la victoire de la d\u00e9mocratie bourgeoise ne f\u00fbt pas le dernier acte de la R\u00e9volution. Avec la pr\u00e9sence de la Russie r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, un nouveau soul\u00e8vement r\u00e9volutionnaire restait possible et il fallait d\u00e9truire syst\u00e9matiquement les forces r\u00e9volutionnaires qui refusaient d\u2019accepter la reconsolidation du r\u00e9gime capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>Si elle exigea la fin de la guerre, l\u2019arm\u00e9e allemande ne rejoignit pas, dans son ensemble, la R\u00e9volution. N\u00e9anmoins, pour faciliter un retrait dans l\u2019ordre depuis les premi\u00e8res lignes et \u00e9viter une guerre civile d\u2019envergure, le haut commandement accepta la formation de conseils de soldats et celle du gouvernement provisoire social-d\u00e9mocrate. Coop\u00e9rant \u00e9troitement avec l\u2019\u00e9tat-major, le gouvernement nouvellement \u00e9tabli commen\u00e7a de s\u00e9lectionner les \u00e9l\u00e9ments les plus dignes de confiance dans cette arm\u00e9e qui se dissolvait, de les organiser en formations de volontaires (<em>Freikorps<\/em>) pour les opposer aux forces r\u00e9volutionnaires, afin de d\u00e9sarmer celles-ci et de les d\u00e9truire. Sous le commandement du social-d\u00e9mocrate militariste Gustav Noske, ces formations r\u00e9ussirent petit \u00e0 petit \u00e0 \u00e9liminer les r\u00e9volutionnaires arm\u00e9s, chaque fois que ceux-ci tent\u00e8rent de pousser la r\u00e9volution au-del\u00e0 des limites de la d\u00e9mocratie bourgeoise. Le recours \u00e0 la terreur blanche troubla la qui\u00e9tude des masses sociales-d\u00e9mocrates, quelque peu davantage que l\u2019agitation r\u00e9volutionnaire des communistes. Mais cette perte de confiance dans la direction social-d\u00e9mocrate ne b\u00e9n\u00e9ficia pas \u00e0 ces derniers : elle renfor\u00e7a les range des socialistes ind\u00e9pendants, parti de l\u2019opposition fortement divis\u00e9. Entre les \u00e9lections \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale de janvier 1919 et celles au Reichstag de juin 1920, les socialistes majoritaires pass\u00e8rent de 37,9 \u00e0 21,6 % des voix et les socialistes ind\u00e9pendants de 7,6 \u00e0 18 %.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parti social-d\u00e9mocrate utilisait le mouvement des conseils pour renforcer son influence politique et il ne s\u2019opposa pas \u00e0 l\u2019exigence du 2e congr\u00e8s des conseils ouvriers qui r\u00e9clamait la nationalisation de la grande industrie. Simplement, celle-ci aurait \u00e0 \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e nationale, ce qui, \u00e9videmment, ne garantissait pas que cette exigence serait satisfaite. Mais ce ralliement apparent \u00e0 un programme de r\u00e9alisation concr\u00e8te de nationalisations \u2013 consid\u00e9r\u00e9es comme synonymes de socialisation \u2013 permit au gouvernement provisoire de camoufler sa conduite contre-r\u00e9volutionnaire par la promesse de poursuivre le processus de socialisation par des moyens pacifiques et l\u00e9gaux, contrairement aux communistes qui s\u2019effor\u00e7aient d\u2019atteindre le m\u00eame but par la guerre civile. Si la terreur blanche r\u00e9gnait, c\u2019\u00e9tait parce que le \u00ab socialisme \u00e9tait en marche \u00bb et ne rencontrait sur sa route qu\u2019un seul obstacle : \u00ab l\u2019anarchisme bolchevique \u00bb. Cette promesse de la marche en avant du socialisme fut parfois prise au s\u00e9rieux, d\u00e9bouchant sur des initiatives ind\u00e9pendantes, comme lorsque les conseils de soldats et d\u2019ouvriers du district de la Ruhr, faisant un pas vers la socialisation, prirent le contr\u00f4le des industries et des mines, esp\u00e9rant que le gouvernement ratifierait leur action et la m\u00e8nerait \u00e0 terme. Chaque fois, au contraire, on y mit fin rapidement en utilisant des moyens militaires. Le concept social-d\u00e9mocrate de nationalisation ne contenait en aucun cas celui d\u2019autod\u00e9termination prol\u00e9tarienne, tout au plus visait-il la prise en charge des industries par l\u2019\u00c9tat. Ce n\u2019\u00e9tait que dans ce sens-l\u00e0, d\u2019ailleurs celui des bolcheviques \u00e9galement, qu\u2019il fallait comprendre le mot de nationalisation. Rapidement, toute discussion \u00e0 ce sujet cessa, tout comme prit fin l\u2019activit\u00e9 du Comit\u00e9 de socialisation, d\u00fbment mis en place par le Parlement.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volution de Novembre n\u2019eut donc comme r\u00e9sultat que\u2026 la r\u00e9volution de Novembre. La monarchie fut renvers\u00e9e, les proc\u00e9dures \u00e9lectorales un peu modifi\u00e9es, la journ\u00e9e de huit heures institu\u00e9e et les conseils d\u2019usine transform\u00e9s, sous les auspices des syndicats, en comit\u00e9s de <em>shop stewarts<\/em> (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019atelier) non politiques. L\u2019\u00e9conomie capitaliste resta indemne et l\u2019\u00c9tat demeura un \u00c9tat bourgeois. Tout ce que la R\u00e9volution avait accompli, c\u2019\u00e9taient quelques maigres r\u00e9formes qu\u2019on aurait pu aussi bien obtenir dans le cadre du d\u00e9veloppement \u00ab normal \u00bb du capitalisme. Selon la conception social-d\u00e9mocrate r\u00e9formiste, le changement social est toujours un processus purement \u00e9volutif form\u00e9 de petites am\u00e9liorations progressives qui, au bout, d\u00e9bouche sur un syst\u00e8me social quantitativement diff\u00e9rent. En 1914, comme en 1918, les sociaux-d\u00e9mocrates ne se voyaient pas du tout \u00ab contre-r\u00e9volutionnaires \u00bb ou \u00ab tra\u00eetres \u00e0 la classe ouvri\u00e8re \u00bb, au contraire, ils se consid\u00e9raient comme ses v\u00e9ritables repr\u00e9sentants, luttant \u00e0 la fois pour les besoins les plus imm\u00e9diats des travailleurs et pour leur \u00e9mancipation finale. Il n\u2019y a l\u00e0 rien de bien \u00e9tonnant, car les capitalistes se voient, plus souvent qu\u2019\u00e0 leur tour, bienfaiteurs de la classe ouvri\u00e8re. Avec plus de justification, la direction social-d\u00e9mocrate pouvait s\u2019imaginer que ses interventions dans le processus r\u00e9volutionnaire allaient finalement \u00eatre plus profitables \u00e0 la classe ouvri\u00e8re qu\u2019un bouleversement radical des conditions existantes, qui entra\u00eenerait l\u2019interruption des n\u00e9cessaires fonctions sociales de production. Le \u00ab gradualisme \u00bb semblait fournir la seule assurance que la transformation sociale puisse se faire au moindre co\u00fbt en mis\u00e8res humaines et, bien s\u00fbr, au moindre risque pour la direction social-d\u00e9mocrate. De plus, la r\u00e9volution politique fournissait, au moins en th\u00e9orie, l\u2019occasion d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le processus de r\u00e9forme sociale en jetant un pont par-dessus l\u2019antagonisme travail-capital, gr\u00e2ce \u00e0 un \u00c9tat et un gouvernement plus d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cette conception, on pouvait toujours calmer un conflit, car l\u2019intervention du gouvernement pouvait contraindre la bourgeoisie \u00e0 faire des concessions \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. Il pourrait ainsi y avoir extension de la d\u00e9mocratie politique dans la sph\u00e8re \u00e9conomique et \u00ab cod\u00e9termination \u00bb du processus social de production et de distribution. Point n\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire la dictature de classe, bourgeoise ou prol\u00e9tarienne. La collaboration de classes, pratiqu\u00e9e pendant la guerre, pouvait se poursuivre afin d\u2019atteindre des buts pacifiques, b\u00e9n\u00e9fiques pour toute la soci\u00e9t\u00e9. On imagina de nouvelles conditions, qu\u2019on retrouverait quelques d\u00e9cennies plus tard dans le <em>welfare state<\/em> (\u00e9tat de bien-\u00eatre) et la <em>social market economy<\/em> (\u00e9conomie sociale de march\u00e9), et pour lesquelles tout conflit pouvait \u00eatre arbitr\u00e9 au lieu d\u2019\u00eatre d\u00e9clench\u00e9, si bien que s\u2019\u00e9tablirait une harmonie sociale avantageuse pour tout le monde. Comme avant la guerre, on continuait d\u2019avoir confiance dans la viabilit\u00e9 \u00e9conomique du capital : les d\u00e9g\u00e2ts de la guerre pouvaient \u00eatre r\u00e9par\u00e9s par un accroissement de la production, maintenant non entrav\u00e9e par des exp\u00e9riences sociales d\u00e9voreuses de temps qui disloquent tout. On ne croyait pas que la banqueroute du capitalisme fournissait une base solide pour \u00e9difier le socialisme: comme on l\u2019avait toujours pr\u00e9tendu, celui-ci ne pouvait \u00eatre qu\u2019un probl\u00e8me qui se poserait lorsque l\u2019\u00e9conomie serait de nouveau florissante. Quelques ouvriers ne voulaient pas voir cette r\u00e9alit\u00e9 ? Il ne fallait pas permettre \u00e0 leur folie de priver le reste de la soci\u00e9t\u00e9 de la possibilit\u00e9 de sortir des ravages de la guerre et de satisfaire ses besoins les plus imm\u00e9diats : le pain et le beurre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9formistes n\u2019avaient aucun principe \u00e0 \u00ab trahir \u00bb. Ils restaient ce qu\u2019ils avaient toujours \u00e9t\u00e9, mais ils \u00e9taient maintenant contraints de sauver le syst\u00e8me o\u00f9 leur pratique ch\u00e9rie pouvait se poursuivre. Il leur fallait r\u00e9duire la r\u00e9volution \u00e0 une pure r\u00e9forme pour \u00eatre en accord avec leur conviction profonde et, incidemment, pour assurer leur existence politique. La seule chose dont on peut s\u2019\u00e9tonner, c\u2019est qu\u2019il y ait eu tant d\u2019ouvriers socialistes pour penser que les r\u00e9formes ne seraient qu\u2019une \u00e9tape sur la voie de la r\u00e9volution sociale, ou pour adopter cette id\u00e9ologie. Au moment o\u00f9 l\u2019occasion leur \u00e9tait donn\u00e9e de r\u00e9aliser leur \u00ab mission historique \u00bb, ils ne la saisissaient pas, pr\u00e9f\u00e9rant le \u00ab chemin facile \u00bb de la r\u00e9forme sociale et de la liquidation de la R\u00e9volution. R\u00e9p\u00e9tons une fois de plus qu\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 confirmation de la proposition de Kautsky et L\u00e9nine sur l\u2019incapacit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re d\u2019\u00e9lever sa conscience de classe au-del\u00e0 du trade-unionisme car la classe ouvri\u00e8re allemande avec sa forte \u00e9ducation socialiste \u00e9tait parfaitement apte \u00e0 concevoir une r\u00e9volution sociale pour renverser le capitalisme. D\u2019ailleurs, ce n\u2019\u00e9tait pas la \u00ab conscience r\u00e9volutionnaire \u00bb que les intellectuels de la classe moyenne injectaient dans la classe ouvri\u00e8re, mais leurs propres id\u00e9es r\u00e9formistes et opportunistes. Ils minaient ainsi la conscience r\u00e9volutionnaire qui aurait pu y germer. Le r\u00e9visionnisme marxiste n\u2019est pas n\u00e9 dans la classe ouvri\u00e8re, c\u2019est un produit de sa direction, pour laquelle syndicalisme et parlementarisme \u00e9taient des moyens suffisants pour r\u00e9aliser un d\u00e9veloppement social progressiste. Tout simplement, il transformait une pratique historiquement restreinte du mouvement ouvrier en th\u00e9orie du socialisme et, en monopolisant l\u2019id\u00e9ologie, il se montra capable d\u2019influencer les ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, les ouvriers ne se montr\u00e8rent que trop enclins \u00e0 partager les convictions r\u00e9formistes de leurs dirigeants. L\u00e9nine y voyait une preuve suffisante de leur incapacit\u00e9 cong\u00e9nitale de d\u00e9velopper une conscience r\u00e9volutionnaire, ce qui les condamnait \u00e0 suivre la direction r\u00e9formiste. La solution \u00e9tait donc simplement de remplacer les dirigeants r\u00e9formistes par des dirigeants r\u00e9volutionnaires qui ne \u00ab trahiraient \u00bb pas le potentiel r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re. C\u2019\u00e9tait donc une question de \u00ab direction correcte \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de lutte entre intellectuels pour conqu\u00e9rir les esprits des ouvriers, de comp\u00e9tition entre id\u00e9ologies pour obtenir le ralliement du prol\u00e9tariat. C\u2019est donc le caract\u00e8re du parti qui est l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif dans le processus r\u00e9volutionnaire m\u00eame si le parti doit gagner la confiance des masses, leur faire reconna\u00eetre intuitivement qu\u2019il repr\u00e9sente leurs int\u00e9r\u00eats, int\u00e9r\u00eats qu\u2019elles sont, par elles-m\u00eames, incapables d\u2019exprimer sous forme d\u2019action politique effective.<\/p>\n\n\n\n<p>Simultan\u00e9ment, la diff\u00e9rence entre classe et parti \u00e9tait vue comme une expression de leur identit\u00e9, car le parti compense l\u2019absence de conscience politique du prol\u00e9tariat moins \u00e9duqu\u00e9. Contrairement \u00e0 la th\u00e9orie marxienne pour qui ce sont les conditions mat\u00e9rielles et les relations sociales qui sont responsables de la mont\u00e9e d\u2019une conscience r\u00e9volutionnaire dans le prol\u00e9tariat, la conception social-d\u00e9mocrate \u2013 r\u00e9formiste ou r\u00e9volutionnaire \u2013 estimait que c\u2019\u00e9taient justement ces conditions qui emp\u00eachaient les ouvriers de reconna\u00eetre leurs propres int\u00e9r\u00eats de classes, de trouver la voie et les moyens de les faire triompher. Selon cette conception, les ouvriers sont bien capables de se r\u00e9volter, mais pas de transformer leur col\u00e8re en action r\u00e9volutionnaire victorieuse et en changements sociaux significatifs. L\u00e0, ils ont besoin de l\u2019aide des intellectuels de la classe moyenne qui font leur la cause des ouvriers, m\u00eame si, ou parce que, les intellectuels ne partagent les privations de la classe ouvri\u00e8re, ces privations qui, du point de vue marxien, transformeront les ouvriers en r\u00e9volutionnaires. Cette notion \u00e9litiste sous-entend, cela va de soi, que, quoique les id\u00e9es aient leur source dans les conditions sociales mat\u00e9rielles, elles n\u2019en sont pas moins l\u2019\u00e9l\u00e9ment irrempla\u00e7able et dominant dans le processus de transformation sociale. Mais, en tant qu\u2019id\u00e9es, elles sont le privil\u00e8ge de ce groupe social qui, \u00e9tant donn\u00e9 la division du travail, r\u00e9pond \u00e0 ces exigences.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, au fond, qu\u2019est-ce que la conscience de classe ? Si c\u2019est reconna\u00eetre la position de chacun dans la soci\u00e9t\u00e9, elle est imm\u00e9diate : le bourgeois sait qu\u2019il appartient \u00e0 la classe dominante, l\u2019ouvrier que sa place est parmi les domin\u00e9s et les groupes sociaux qui sont entre les deux ne se comptent ni dans l\u2019une, ni dans l\u2019autre des deux classes fondamentales. Il n\u2019y a aucun probl\u00e8me aussi longtemps que les diff\u00e9rentes classes adh\u00e8rent \u00e0 une id\u00e9ologie unique, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les relations de classe existantes sont naturelles et dureront toujours, car elles sont l\u2019expression d\u2019une caract\u00e9ristique fondamentale de la condition humaine. Or, bien entendu, les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels des diverses classes divergent, ce qui conduit \u00e0 des frictions sociales et \u00e0 un conflit avec l\u2019id\u00e9ologie commune. Progressivement, on vient \u00e0 reconna\u00eetre que cette id\u00e9ologie est celle de la classe dominante, qu\u2019elle d\u00e9fend l\u2019arrangement social existant, qu\u2019elle doit \u00eatre rejet\u00e9e lorsqu\u2019elle pr\u00e9tend \u00eatre l\u2019expression de l\u2019in\u00e9vitable destin\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. L\u2019id\u00e9ologie dominante doit donc dispara\u00eetre avec l\u2019extension de la conscience de classe dans la sph\u00e8re de l\u2019id\u00e9ologie. Les diff\u00e9rences d\u2019int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel se traduisent en diff\u00e9rences id\u00e9ologiques et, de l\u00e0, en th\u00e9ories politiques qui reposent sur les contradictions sociales concr\u00e8tes. Ces th\u00e9ories politiques peuvent \u00eatre tout \u00e0 fait rudimentaires par comparaison \u00e0 la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes sociaux, mais, n\u00e9anmoins, elles repr\u00e9sentent un changement par rapport \u00e0 la conscience de classe pure et simple : elles d\u00e9bouchent sur la compr\u00e9hension que les arrangements sociaux peuvent \u00eatre diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils sont. On est alors sur la route qui m\u00e8ne de la conscience de classe pure \u00e0 la conscience r\u00e9volutionnaire, celle qui voit que l\u2019id\u00e9ologie dominante ne r\u00e8gne que par la confiance mise en elle, et qui s\u2019attache \u00e0 d\u00e9couvrir moyens et chemins pour changer les conditions existantes. Si tel n\u2019\u00e9tait pas le cas, alors aucun mouvement ouvrier ne pourrait na\u00eetre et le d\u00e9veloppement social ne serait pas caract\u00e9ris\u00e9 par la lutte de classes.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que l\u2019id\u00e9ologie dominante ne suffit pas pour maintenir les relations sociales existantes, mais que celles-ci doivent \u00eatre aussi \u00e9tay\u00e9es par les forces mat\u00e9rielles de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, de m\u00eame une contre-id\u00e9ologie n\u2019est qu\u2019une contre-id\u00e9ologie si elle ne peut produire des forces mat\u00e9rielles plus puissantes que celles correspondant \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie dominante. S\u2019il n\u2019en est pas ainsi, la qualit\u00e9 de la contre-id\u00e9ologie \u2013 qu\u2019elle soit essentiellement intuitive ou qu\u2019elle repose sur des consid\u00e9rations scientifiques \u2013 n\u2019a aucune esp\u00e8ce d\u2019importance, et pas plus les intellectuels que les ouvriers ne peuvent changer les relations sociales existantes. Les r\u00e9volutionnaires peuvent \u00eatre, ou ne pas \u00eatre, autoris\u00e9s \u00e0 exposer leurs vues, selon la mentalit\u00e9 qui r\u00e8gne dans la classe dominante, mais quelles que soient les conditions, ils ne peuvent d\u00e9loger cette classe par de simples moyens id\u00e9ologiques. De ce point de vue, la classe dominante a tous les avantages puisqu\u2019elle d\u00e9tient les moyens de production et les forces de l\u2019\u00c9tat, ce qui lui permet de contr\u00f4ler les instruments de diffusion et de perp\u00e9tuation de sa propre id\u00e9ologie. Comme cet \u00e9tat de fait persiste jusqu\u2019au renversement r\u00e9el du syst\u00e8me social consid\u00e9r\u00e9, les r\u00e9volutions doivent toujours se d\u00e9clencher avec une pr\u00e9paration id\u00e9ologique insuffisante. Bref, la contre-id\u00e9ologie ne peut triompher que par une r\u00e9volution qui met les moyens de production et le pouvoir politique aux mains des r\u00e9volutionnaires. Tant que ce n\u2019est pas accompli, la conscience de classe r\u00e9volutionnaire reste toujours moins efficace que l\u2019id\u00e9ologie dominante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paul Mattick, Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ?, Gen\u00e8ve, Entremonde, 2011 [1983], p. 356-365 ID\u00c9OLOGIE ET CONSCIENCE DE CLASSE Apr\u00e8s coup, toutes les causes perdues paraissent irrationnelles et toutes celles qui ont triomph\u00e9 rationnelles et justes. 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