{"id":11472,"date":"2021-02-08T08:26:42","date_gmt":"2021-02-08T07:26:42","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11472"},"modified":"2024-01-10T23:35:50","modified_gmt":"2024-01-10T22:35:50","slug":"algerie-islamisme-et-violence-des-origines-a-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/08\/algerie-islamisme-et-violence-des-origines-a-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : Islamisme et violence des origines \u00e0 aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article paru dans <em>Courant alternatif<\/em>, n\u00b0 45, janvier 1995, p. 27-30<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"443\" height=\"630\" data-attachment-id=\"11473\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/08\/algerie-islamisme-et-violence-des-origines-a-aujourdhui\/courant-alternatif-janvier-1995\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?fit=443%2C630&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"443,630\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Courant-alternatif-janvier-1995\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?fit=211%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?fit=443%2C630&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?resize=443%2C630&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11473\" style=\"width:418px;height:594px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?w=443&amp;ssl=1 443w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Courant-alternatif-janvier-1995.png?resize=211%2C300&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 443px) 100vw, 443px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><em>L&rsquo;islamisme alg\u00e9rien n&rsquo;est pas neuf. Cependant, son organisation sous forme de parti \u00e0 partir de 1989 a consid\u00e9rablement modifi\u00e9 la donne politique. En effet, elle a mis le pouvoir \u00e0 port\u00e9e de sa main, \u00e9cartant pour un temps les tenants de la voie arm\u00e9e.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">En 1956, les oul\u00e9mas (chefs religieux) rejoignent le FLN. Les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;ind\u00e9pendance vont voir \u00e9merger des groupes et des hommes qui vont peu \u00e0 peu se d\u00e9marquer de cette orientation de soutien au FLN et au r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>En 63 est cr\u00e9\u00e9e l&rsquo;association EL QYAM EL ISLAMIA (les valeurs) dont l&rsquo;objectif proclam\u00e9 est la d\u00e9fense des valeurs islamiques. Fond\u00e9e par Hach\u00e9mi El Tijani, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Alger, on y retrouve les futurs fondateurs du mouvement islamiste alg\u00e9rien : Sahnoun, Soltani, Houidek, Abassi Madani. Des proches de Ben Bella et d&rsquo;A\u00eft Ahmed tournent \u00e9galement autour de cette organisation, comme Mohamed Khider (beau-fr\u00e8re d&rsquo;A\u00eft Ahmed).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette association va faire parler d&rsquo;elle lors de la r\u00e9pression exerc\u00e9e par Nasser contre les fr\u00e8res musulmans. Dans les ann\u00e9es 60, les islamistes \u00e9gyptiens constituent une force non n\u00e9gligeable. Sayed Kobt, leur figure de proue, est arr\u00eat\u00e9 pour complot contre l&rsquo;Etat au profit de la CIA. Son passage aux Etats-Unis de 1949 \u00e0 1951 renforce l&rsquo;accusation. L&rsquo;Egypte nasserienne est \u00e0 cette \u00e9poque au c\u0153ur des tensions internationales (crise de-Suez, guerre isra\u00e9lo-arabe de 67). Les fr\u00e8res musulmans s&rsquo;inscrivent objectivement dans une strat\u00e9gie de d\u00e9stabilisation de l&rsquo;Egypte qui appara\u00eet comme le phare des pays arabes et de la lutte anti-imp\u00e9rialiste. Sayed Kobt est ex\u00e9cut\u00e9 en d\u00e9cembre 1966.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;association El Qyam apr\u00e8s avoir exig\u00e9 sa lib\u00e9ration, proteste aupr\u00e8s des gouvernements \u00e9gyptien et alg\u00e9rien. Cette agitation conduit \u00e0 son interdiction le 22 septembre 1966. Elle est l\u00e9galement dissoute le 17 mars 1970 ainsi que l&rsquo;association Djounoud Allah (soldats de dieu). En 71, une r\u00e9forme de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur est mise en oeuvre dans le sens de son arabisation. Or les int\u00e9gristes sont les fervents d\u00e9fenseurs de la langue arabe (celle du Coran mais aussi celle des coop\u00e9rants \u00e9gyptiens, syriens). Ils vont s&#8217;emparer de l&rsquo;arabisation pour s&rsquo;affirmer sur le terrain universitaire. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, le pouvoir lance la r\u00e9volution agraire. Le PAGS qui approuve celle-ci, scelle alors, avec le r\u00e9gime, une alliance. A partir de 1972, les milices du PAGS vont quadriller les universit\u00e9s pour le grand profit de Boum\u00e9dienne dont les sbires ont mat\u00e9, en 1971, l&rsquo;Union Nationale des Etudiants Alg\u00e9riens. Les Pagsistes vont refouler les islamistes des campus manu militari. En 1973, la mosqu\u00e9e de l&rsquo;Universit\u00e9 centrale d&rsquo;Alger est volontairement incendi\u00e9e. S&rsquo;en suivent de violents affrontements entre la gauche alg\u00e9rienne et les int\u00e9gristes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"258\" height=\"443\" data-attachment-id=\"11474\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/08\/algerie-islamisme-et-violence-des-origines-a-aujourdhui\/presse\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?fit=258%2C443&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"258,443\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"presse\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?fit=175%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?fit=258%2C443&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?resize=258%2C443&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11474\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?w=258&amp;ssl=1 258w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/presse.png?resize=175%2C300&amp;ssl=1 175w\" sizes=\"auto, (max-width: 258px) 100vw, 258px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>En 1976, le r\u00e9gime abandonne ses alli\u00e9s du PAGS devenus trop g\u00eanants. R\u00e9affirmant son attachement \u00e0 l&rsquo;Islam dans la charte et la Constitution de 1976, Boum\u00e9dienne multiplie les concessions aux int\u00e9gristes. Le 12 mars 1976, les paris, la vente d&rsquo;alcool aux musulmans sont interdits. Le 16 ao\u00fbt, le repos hebdomadaire passe du dimanche au vendredi, jour de pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela n&#8217;emp\u00eachera pas les int\u00e9gristes de critiquer la charte et la constitution de 76. Le passage du dimanche au vendredi renforce leur position.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cela permettra aux Alg\u00e9riens de se rendre en plus grand nombre \u00e0 la mosqu\u00e9e le vendredi. Or, expuls\u00e9s des universit\u00e9s, les islamistes se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans les mosqu\u00e9es, certes contr\u00f4l\u00e9es tr\u00e8s strictement par le pouvoir. Mais, entre 1965 et 1975, leur nombre a tripl\u00e9. Cette croissance leur a laiss\u00e9 une marge de man\u0153uvre r\u00e9elle. Ils se structurent d&rsquo;ailleurs en associations \u00e0 vocation religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi lorsque Boum\u00e9dienne meurt en 1978, le mouvement islamiste est pr\u00eat \u00e0 repartir \u00e0 l&rsquo;offensive. La r\u00e9volution islamique iranienne et le combat des moudjahidines afghans vont venir lui apporter la mati\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 sa relance.<\/p>\n\n\n\n<p>En f\u00e9vrier 1979, le r\u00e9gime du shah d&rsquo;Iran tombe. Derri\u00e8re la figure embl\u00e9matique de Khomeyni se rangent la population, les intellectuels, et m\u00eame la gauche iranienne dont le PC. S&rsquo;appuyant sur l&rsquo;exasp\u00e9ration populaire, une r\u00e9publique des mollahs voit le jour. La r\u00e9volution islamique en Iran obtiendra la sympathie du peuple alg\u00e9rien et de son r\u00e9gime aussi. Mais surtout, elle va redonner espoir aux int\u00e9gristes alg\u00e9riens. A leurs yeux, l&rsquo;instauration d&rsquo;une r\u00e9publique islamique devient r\u00e9alisable. Ils sont convaincus que seule la violence pourra les y mener rapidement et s\u00fbrement.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;invasion de l&rsquo;Afghanistan par les troupes sovi\u00e9tiques donnera encore plus de poids \u00e0 cette th\u00e8se. L&rsquo;Afghanistan va de m\u00eame permettre \u00e0 certains int\u00e9gristes alg\u00e9riens d&rsquo;acqu\u00e9rir une exp\u00e9rience d\u00e9sastreuse pour leur pays. En effet, ils seront un certain nombre \u00e0 se rendre l\u00e0-bas pour combattre les Sovi\u00e9tiques au nom du djihad, gr\u00e2ce aux bons auspices de la Ligue mondiale islamique et du croissant rouge saoudien. De retour en Alg\u00e9rie, ils formeront les rangs des maquis islamistes. On les d\u00e9signe par le vocable d&rsquo;Afghan.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de 1979, les islamistes alg\u00e9riens n&rsquo;h\u00e9sitent plus \u00e0 partir a la conqu\u00eate du terrain. Les premiers vitriolages (jets d&rsquo;acide sur des femmes jug\u00e9es ind\u00e9centes) apparaissent \u00e0 cette \u00e9poque. L&rsquo;Universit\u00e9 demeure un lieu d&rsquo;affrontement. En 80, des gr\u00e8ves y s\u00e9vissent. Les islamistes s&rsquo;allient aux Baath&rsquo;istes autour de l&rsquo;arabisation de l&rsquo;enseignement et contre la gauche la\u00efque et francophone. 1980 sera marqu\u00e9e par de nombreux heurts violents et la r\u00e9pression polici\u00e8re (notamment du printemps berb\u00e8re). En 82, un sommet est atteint par l&rsquo;assassinat \u00e0 coup de sabre d&rsquo;un \u00e9tudiant trotskyste. Mais 82, est aussi le moment o\u00f9 une fraction du mouvement int\u00e9griste d\u00e9cide de recourir \u00e0 la violence comme m\u00e9thode de conqu\u00eate de l&rsquo;espace politique. Ce sera l&rsquo;\u00e9pisode Bouyali et la constitution du Mouvement Islamique Arm\u00e9 connu pour l&rsquo;attaque le 30 octobre 82 d&rsquo;un commissariat de police, une fusillade le 23 novembre avec un barrage de gendarmerie, l&rsquo;attaque d&rsquo;une usine en janvier 83, l&rsquo;assaut d&rsquo;un commissariat de police le 27 ao\u00fbt 85 et enfin la mort de Bouyali le 3 avril 87. Au total pr\u00e8s de 200 personnes seront impliqu\u00e9es dont Abassi Madani. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne arm\u00e9 n&rsquo;est pas nouveau. D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 70, il existait des groupes arm\u00e9s comme Ansar Allah tr\u00e8s durement r\u00e9prim\u00e9 et dirig\u00e9 par Mahfoud Nahnah. Bien que condamn\u00e9 \u00e0 15 ann\u00e9es de prisons en 76, Nahnah en est ressorti rapidement en 81 et il dirige aujourd&rsquo;hui, en homme tr\u00e8s respectable, le parti islamiste mod\u00e9r\u00e9 Hamas.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les islamistes alg\u00e9riens ne sont pas lanc\u00e9s sur la voie arm\u00e9e. Bien au contraire, certains ont cr\u00e9\u00e9 leur propre espace politique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des mosqu\u00e9es. Il s&rsquo;en est construit au rythme d&rsquo;une tous les deux jours. En 84, 1\/3 d&rsquo;entre elles sont entre leurs mains. Ils ont investi \u00e9galement le champs des 11 000 associations religieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve ici, les influences \u00e9trang\u00e8res de l&rsquo;islamisme alg\u00e9rien. En effet, l&rsquo;Arabie saoudite gr\u00e2ce \u00e0 la largesse de ses finances a contribu\u00e9 fortement \u00e0 la multiplication des mosqu\u00e9es. Au demeurant, l&rsquo;activisme islamiste saoudien s&rsquo;inscrit plus globalement dans la d\u00e9marche des Etats-Unis d&rsquo;endiguement du communisme. Aussi l&rsquo;int\u00e9grisme musulman (sauf celui d&rsquo;ob\u00e9dience iranienne) peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le fruit de la guerre froide. L&rsquo;aide saoudienne a continu\u00e9 quand le mouvement alg\u00e9rien s&rsquo;est transform\u00e9 en partis. Aissa Khelladi raconte l&rsquo;anecdote suivante \u00e0 propos de \u00ab l&rsquo;utilisation d&rsquo;un laser, lors de certains rassemblements des militants du FIS, tenus pendant la campagne \u00e9lectorale des municipales. Devant une assistance \u00e9bahie, les noms de dieu et du proph\u00e8te illumin\u00e8rent le ciel (\u2026). Jamais plus le FIS ne renouvela l&rsquo;exp\u00e9rience. Ce laser f\u00fbt introduit par les diplomates saoudiens (dans des valises diplomatiques).<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;octobre 1988, une nouvelle p\u00e9riode s&rsquo;ouvre : la conqu\u00eate du pouvoir politique \u00e0 travers l&rsquo;organisation en partis politiques. Cette orientation va porter ses fruits puisque le FIS remportera les \u00e9lections municipales puis le premier tour des l\u00e9gislatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FIS, principal parti islamiste, va r\u00e9aliser la jonction entre deux cat\u00e9gories de population pourtant oppos\u00e9es et \u00e9loign\u00e9es par leur condition sociale : la bourgeoisie commer\u00e7ante et les fonctionnaires arabisants ; la grande masse des jeunes exclus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut donc pas pr\u00e9senter le FIS comme un bloc monolithique. Abassi Madani reconna\u00eet lui-m\u00eame : \u00ab Le FIS n&rsquo;est pas un parti classique. C&rsquo;est un front qui rassemble plusieurs tendances. Mais les grandes lignes du discours sont identiques \u00bb. Ainsi, il existe en son sein deux grands courants : les Salafistes (anciens ou dogmatiques), ils se r\u00e9f\u00e8rent au wahabisme saoudien, nostalgie de la cit\u00e9 islamique des temps du proph\u00e8te ; les Djaza\u00efristes (alg\u00e9rianistes), ils pr\u00f4nent un islam alg\u00e9rien et sont l\u00e9galistes. Ils conduiront le FIS aux \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement islamiste n&rsquo;est pas uni non plus. Aux cot\u00e9s du FIS, on trouve le HAMAS ex \u00ab al irchad wal islah \u00bb, qui s&rsquo;opposera au FIS au niveau de sa strat\u00e9gie en juin 1991, autour de l&rsquo;image mod\u00e9r\u00e9e de Nahnah, le mouvement de la renaissance (nahda) islamique (MRI) ou encore appel\u00e9 Al Nahda dirig\u00e9 quant \u00e0 lui par un jeune imam.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame organis\u00e9 en partis, l&rsquo;islamisme ne rejettera pas l&rsquo;action arm\u00e9e, ou tout au moins la violence. En novembre 89, une infirmi\u00e8re est vivement br\u00fbl\u00e9e par des int\u00e9gristes parce que dans le cadre de son travail, elle est amen\u00e9e \u00e0 toucher des hommes ; l&rsquo;appartement d&rsquo;une enseignante appartenant \u00e0 une association d&rsquo;\u00e9mancipation des femmes est incendi\u00e9. D\u00e9but d\u00e9cembre, une manifestation contre les agissements du FIS regroupe 5 000 personnes \u00e0 Alger, les int\u00e9gristes r\u00e9pondent en faisant d\u00e9filer 100 000 404 b\u00e2ch\u00e9es c&rsquo;est \u00e0 dire 100 000 femmes portant le Hijab pour d\u00e9noncer la recrudescence des attaques contre l&rsquo;islam. Elles scandent notamment : \u00ab not east, not west, islam is the best, islam is a way of life \u00bb, ou encore \u00ab non \u00e0 la mixit\u00e9 \u00bb. En janvier 1990, les int\u00e9gristes attaquent une salle de l&rsquo;universit\u00e9 de Constantine o\u00f9 se d\u00e9roulait un meeting avec A\u00eft Ahmed. Le pouvoir fera jouer constamment les islamistes contre le reste de l&rsquo;opposition. Ce type d&rsquo;incident se reproduira donc souvent. Le 10 janvier, un commissariat de police est attaqu\u00e9 \u00e0 Alger. Le 16, le palais de justice de Blida est soumis \u00e0 un violent assaut de la part d&rsquo;int\u00e9gristes. En f\u00e9vrier 90, le premier de ce mois, des \u00e9tudiantes sont agress\u00e9es \u00e0 la cit\u00e9 universitaire des 2 000 lits \u00e0 Constantine.<\/p>\n\n\n\n<p>En avril 90, le 3, \u00e0 Blida une \u00e9tudiante est agress\u00e9e et notamment fouett\u00e9e. Le 8, pr\u00e8s de Bou Sa\u00e2da, l&rsquo;appartement de 4 femmes divorc\u00e9es est incendi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela n&#8217;emp\u00eache pas le FIS de remporter les \u00e9lections municipales en juin 90 avec 4 331 472 voix soit 57,44 %. Toutes les grandes villes du pays sont sous sa coupe. L&rsquo;islamisme est bien une tendance lourde de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Le FIS a faim. En cons\u00e9quence, il r\u00e9clame la dissolution de l&rsquo;assembl\u00e9e populaire nationale. Le Gouvernement refuse dans un premier temps, puis fixe pour juin 1991 des \u00e9lections l\u00e9gislatives.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;adoption le 2 avril 1991 d&rsquo;une nouvelle loi \u00e9lectorale va relancer les tensions. Le FIS r\u00e9clame imm\u00e9diatement son abrogation et des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles anticip\u00e9es. Le 3 avril, l&rsquo;arm\u00e9e lui r\u00e9pond dans son journal, <em>El Djeich<\/em>, de fa\u00e7on fort violente : \u00ab l&rsquo;extr\u00e9misme politico-religieux, qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 dans sa pratique, un moyen insidieux de d\u00e9sint\u00e9gration des structures modernes des Etats \u00bb a deux objectifs : \u00ab perturber le syst\u00e8me \u00e9ducatif et culturel afin de priver nos pays de leurs ressources intellectuelles \u00bb et \u00ab la d\u00e9t\u00e9rioration des relations arm\u00e9e-nation mais aussi l&rsquo;\u00e9chec des exp\u00e9riences de d\u00e9veloppement ou de d\u00e9mocratisation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FIS, suivi par 8 partis : le MAJD, le MDA, le PRA, le PNSD, le RCD, l&rsquo;UDL, l&rsquo;UFD, l&rsquo;UFP, menace \u00e0 son tour d&rsquo;organiser une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale politique. Le 15 avril, il se permet m\u00eame de lancer un avertissement \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e dans l&rsquo;hypoth\u00e8se o\u00f9 elle tenterait de s&rsquo;opposer \u00e0 son action.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 mai, les listes \u00e9lectorales sont closes. Seuls le FIS est le FLN sont \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9senter un candidat dans chaque circonscription. Il semble donc que le FIS souhaite aller jusqu&rsquo;au bout du processus \u00e9lectoral. Pourtant, il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;\u00e9lection le 27 juin 1991. D\u00e8s le 17 mai, l&rsquo;arm\u00e9e dispose des troupes autour des principales villes du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 mai, le FIS lance un mot d&rsquo;ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale illimit\u00e9e. Il est aussit\u00f4t condamn\u00e9 par le FFS, le MDA, le HAMAS et le PAGS qui proclame la patrie en danger. Du 25 au 28 des marches ont lieu dans Alger. Mais elles ne rassemblent pas grand monde : 30 000 manifestants le 28. Le FIS qui a concentr\u00e9 son activit\u00e9 dans les entreprises \u00e0 travers le syndicat islamique du travail, subit en effet les contre coup de ses revirements lors de la guerre du Golfe et de sa gestion communale. A la perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 s&rsquo;ajoute celle de leur principale source de financement : l&rsquo;Arabie S\u00e9oudite. Mais cela n&rsquo;est pas suffisant pour expliquer pourquoi, le FIS a eu recours \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en mai 91 puis \u00e0 la violence comme m\u00e9thode d&rsquo;action, ce malgr\u00e9 la proximit\u00e9 des \u00e9lections. Il existe en effet, un autre \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse. Il r\u00e9side dans la crise interne au FIS entre les diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s mais aussi tendances du courant int\u00e9griste alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"347\" height=\"426\" data-attachment-id=\"11475\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/08\/algerie-islamisme-et-violence-des-origines-a-aujourdhui\/crise\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?fit=347%2C426&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"347,426\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"crise\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?fit=244%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?fit=347%2C426&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?resize=347%2C426&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11475\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?w=347&amp;ssl=1 347w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/crise.png?resize=244%2C300&amp;ssl=1 244w\" sizes=\"auto, (max-width: 347px) 100vw, 347px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Aussi, le journal <em>Le Monde<\/em> du 31 mai \u00e9crit en cons\u00e9quence : \u00ab \u00e0 un mois des \u00e9lections en Alg\u00e9rie, les islamistes ont subi un grave revers \u00bb. Mais, les \u00e9v\u00e9nements rebondissent par l&rsquo;occupation de l&rsquo;universit\u00e9 Bab Ezzouar. Le FIS d\u00e9cide de changer de tactique et d&rsquo;occuper les places publiques d&rsquo;Alger. Les brigades anti-\u00e9meutes interviennent dans la nuit du 3 au 4 juin. Aux grenades lacrymog\u00e8nes des gendarmes, les islamistes r\u00e9pondent par les cocktails Molotov, les barricades et d\u00e9montrent leur organisation : talkies-walkies, jumelles \u00e0 infrarouge, masques \u00e0 gaz, armes \u00e0 feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Alger devient ainsi le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une v\u00e9ritable gu\u00e9rilla urbaine qui selon les sources aura fait entre 3 et 17 morts dont un capitaine de gendarmerie et plusieurs dizaines de bless\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais surtout, ces \u00e9v\u00e9nements sont le pr\u00e9texte id\u00e9al pour l&rsquo;arm\u00e9e de reprendre en main les politiques. Un jour seulement apr\u00e8s la signature de l&rsquo;accord avec le FMI, l&rsquo;Alg\u00e9rie vit sous l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge. Les \u00e9lections sont report\u00e9es. Le gouvernement est d\u00e9mis. Le couvre-feu est instaur\u00e9. On assiste donc \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition grandeur nature du coup d&rsquo;\u00e9tat de janvier 92. L&rsquo;arm\u00e9e reprend ce qu&rsquo;elle avait conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;issue des \u00e9meutes d&rsquo;octobre 88. Les mouvements de troupes encerclant les villes, du 17 au 22 mai n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9s par les pouvoirs ex\u00e9cutif et l\u00e9gislatif. Ils r\u00e9sultent d&rsquo;une initiative unilat\u00e9rale de l&rsquo;Etat major comme l&rsquo;indique le communiqu\u00e9 de ce dernier \u00e0 l&rsquo;Agence APS le 22 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 7 juin Ghozali devenu premier ministre, annonce que des \u00e9lections l\u00e9gislatives auront lieu avant la fin de l&rsquo;ann\u00e9e. Le m\u00eame jour, le FIS proclame la fin du mouvement. Tout semble redevenir calme. Cependant, une premi\u00e8re vague de r\u00e9pression a lieu. 244 personnes sont inculp\u00e9es de r\u00e9bellion. 12 000 salari\u00e9s gr\u00e9vistes sont licenci\u00e9s. 20 morts et 213 bless\u00e9s sont officiellement d\u00e9nombr\u00e9s. Les affrontements reprennent le 20 juin. Le lendemain, Ali Belhadj exhorte au stockage d&rsquo;armes et d&rsquo;explosifs. L&rsquo;arm\u00e9e exige le r\u00e9tablissement des devises r\u00e9publicaines sur les fa\u00e7ades des APC ; que les \u00e9lus du FIS avaient fait enlever. Du 24 au 26 juin, des fusillades \u00e9clatent dans Alger. Elles feront une vingtaine de morts dont 13 dans la capitale. Les tensions internes au FIS conduisent 3 des membres de son Majlis El Choura (comit\u00e9 central) \u00e0 d\u00e9noncer Abassi Madani lors d&rsquo;une \u00e9mission \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que l&rsquo;arm\u00e9e met en garde le FIS, Abassi Madani appelle le 28 juin au Djihad contre l&rsquo;arm\u00e9e. Le 30 juin Abassi Madani et Ali Belhadj sont arr\u00eat\u00e9s pour conspiration contre la s\u00fbret\u00e9 de l&rsquo;Etat. Une vaste op\u00e9ration de d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;organisation du FIS est lanc\u00e9e. 2 600 personnes sont arr\u00eat\u00e9s (8 000 selon la ligue alg\u00e9rienne des droits de l&rsquo;homme). Des centres de s\u00fbret\u00e9s sont ouverts. Amnesty recense 2 601 interpellations et 693 inculpations, ainsi que des cas de torture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 1\/8\/1991, Ghozali dresse un bilan officiel de trois mois de violence : 55 morts (300 selon la LADDH) dont 4 militaires, 326 bless\u00e9s, 2 976 interpellations, 1 100 incarc\u00e9rations, 809 personnes d\u00e9f\u00e9r\u00e9es devant la justice militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre temps, le calme est revenu. Les derni\u00e8res violences datent du 12 juillet 1991 : un mort et 11 bless\u00e9s \u00e0 la mosqu\u00e9e de Kouba. Le 17 juillet 1991, le couvre feu est lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Persuad\u00e9e que le FIS est d\u00e9finitivement \u00e9limin\u00e9, l&rsquo;Etat-major autorise en cons\u00e9quence la poursuite d&rsquo;un processus \u00e9lectoral bien \u00e9branl\u00e9. Une seule chose n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 prise en compte, l&rsquo;enracinement r\u00e9el du FIS dans le tissu politique du pays. Malgr\u00e9 la r\u00e9pression, le FIS conserve sa force qui \u00ab consiste \u00e0 proposer une nouvelle rupture avec l&rsquo;Etat actuel en retrouvant les mots, le vocabulaire de l&rsquo;ancienne rupture avec l&rsquo;Etat colonial \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir \u00e0 la crise du FIS, une de ses causes est sa composition h\u00e9t\u00e9roclite : \u00ab un fond de vrai d\u00e9vots, un grand bol d&rsquo;exclus sociaux, quelques pinc\u00e9es de commer\u00e7ants qui voient loin et, pour pimenter le tout, une copieuse cuiller\u00e9e de jeunes, qui la rage au c\u0153ur, n&rsquo;ont plus pour boussole que la haine des \u00e9ternels vaincus \u00bb. Mais la cause principale est avant tout la vacance de pouvoir en son sein. D\u00e8s le 3 juillet, Mohamed Said s&rsquo;autoproclame seul successeur officiel et l\u00e9gitime d&rsquo;Abassi Madani. Enfin, le FIS est travers\u00e9 par plusieurs probl\u00e8mes autour de la participation aux conf\u00e9rences gouvernement\/partis, aux \u00e9lections, le passage \u00e0 la lutte arm\u00e9e. Toutes ces questions seront tranch\u00e9es lors d&rsquo;une r\u00e9union du Majlis Choura du FIS le 26 juillet \u00e0 Batna o\u00f9 une partie de la tendance djazairiste r\u00e9alisera un coup de force.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courant \u00ab moderniste \u00bb du FIS, inspir\u00e9 par Bennabi et Ben Badis, port\u00e9 par de jeunes m\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, universitaires, r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9largir la composition du Majlis. Le fait qu&rsquo;un certain nombre de ses membres soit en fuite ou incarc\u00e9r\u00e9s facilite cette op\u00e9ration. Le coup d&rsquo;\u00e9tat interne est d&rsquo;abord dirig\u00e9 vers les salafistes, la tendance r\u00e9trograde du FIS, pro-saoudienne et qui avait condamn\u00e9 Abassi Madani. Les tenants de la voie arm\u00e9e sont \u00e9galement la cible des jeunes djazairistes. On y retrouve d&rsquo;ailleurs aussi bien des djazairistes que des salafistes. L&rsquo;option violente est transversale \u00e0 toutes les tendances islamistes. Said Mekloufi et Kameredine Kherbane tous deux d&rsquo;anciens afghans cr\u00e9eront un groupe intitul\u00e9 \u00ab les fid\u00e8les du serment \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu&rsquo;Abassi Madani et Ali Belhadj sont reconduits respectivement aux postes de pr\u00e9sident et vice-pr\u00e9sident du FIS, Abdelkader Hachani second\u00e9 par Rabah K\u00e9bir est nomm\u00e9 pr\u00e9sident du bureau ex\u00e9cutif du parti. Une purge est \u00e9galement op\u00e9r\u00e9e. Des exclusions sont prononc\u00e9es (A. Marani, B. Fkih), ainsi que des suspensions (Mohamed Karrar, Kameredine Kherbane, Makloufi Said, Hach\u00e9mi Shanouni, Benazouz Zoubdaj).<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le 6 ao\u00fbt 91, Chadli annonce la tenue d&rsquo;\u00e9lections l\u00e9gislatives en novembre. Elles auront lieu en fait en d\u00e9cembre. Dix jours plus tard, 300 islamistes sont lib\u00e9r\u00e9s. Le 27 ao\u00fbt, les d\u00e9tentions administratives cessent. Les centre de \u00ab s\u00fbret\u00e9 \u00bb sont ferm\u00e9s le 30. Mais la tension reprend en septembre avec la gr\u00e8ve de la faim des leaders du FIS emprisonn\u00e9s. Dans une pri\u00e8re du vendredi, Hachani va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 lancer un appel \u00e0 la d\u00e9sertion aux appel\u00e9s. Il est arr\u00eat\u00e9 le 28 septembre. Cependant, cela ne contrarie aucunement la lev\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FIS pour sa part continue sa r\u00e9organisation. Le 2 octobre, il r\u00e9unit l&rsquo;ensemble de ses \u00e9lus locaux. Durant les mois d &lsquo;octobre et novembre, il va multiplier les d\u00e9monstrations de force : 31 octobre attaque d&rsquo;un si\u00e8ge du FLN, attaques des meetings de Ben Bella, attaques de ceux d&rsquo;Hamrouche. Le 31 octobre, il atteint son apog\u00e9e avec une manifestation de 300 000 \u00e0 l&rsquo;issue de laquelle Hachani lib\u00e9r\u00e9 depuis 2 jours est re\u00e7u par le Pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e Populaire Nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 3 novembre, le d\u00e9p\u00f4t des candidatures aux l\u00e9gislatives est clos. Le FIS et le FLN seront les seules organisations \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sentes dans l&rsquo;ensemble des circonscriptions. Le 28 novembre Mohamed Said est lib\u00e9r\u00e9. Aussit\u00f4t, la violence monte d&rsquo;un cran. En effet, le lendemain a lieu l&rsquo;attaque du poste frontalier de Guemmar par un commando islamiste. Trois gendarmes sont tu\u00e9s. Le FIS est mis en cause. L&rsquo;arm\u00e9e montre sa d\u00e9termination : 27 morts c\u00f4t\u00e9 islamiste, 10 bless\u00e9s, 44 arrestations. Le 1er d\u00e9cembre, l&rsquo;assembl\u00e9e populaire nationale adopte une nouvelle loi restrictive en mati\u00e8re de rassemblement, de manifestation et autorisant l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 participer \u00e0 des missions d&rsquo;ordre public. Deux grands rassemblements islamistes se d\u00e9rouleront les 6 et 23 d\u00e9cembre \u00e0 Alger.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que les \u00e9lections s&rsquo;approchent, la violence s\u2019accro\u00eet. Les deux jours pr\u00e9c\u00e9dents le scrutin, des fusillades \u00e9clatent. Chadli bien discret depuis les \u00e9v\u00e9nements de juin 91, sort de sa r\u00e9serve. Le 24, dans une conf\u00e9rence de presse, il annonce qu&rsquo;il acceptera de cohabiter avec un gouvernement d&rsquo;opposition. Mais il met \u00e9galement en garde ceux qui seraient tent\u00e9s par toute forme d&rsquo;aventurisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 26 d\u00e9cembre 1991, la participation est de 58,55 %. Seuls 7,8 millions d&rsquo;Alg\u00e9riens sont all\u00e9s voter sur 13,2 millions d&rsquo;inscrits. 232 si\u00e8ges sont attribu\u00e9s d\u00e8s le premier tour : 188 vont au FIS avec 3 260 222 voix (24,79 %), 16 sont gagn\u00e9s par le FLN avec 1 612 947 suffrages. Le FFS avec seulement 510 661 voix (3 fois moins que le FLN) remporte 25 si\u00e8ges. Quant aux autres, ils se partages 3 si\u00e8ges. Le FIS est au demeurant en ballottage dans 199 des circonscriptions restantes. Un s\u00e9isme politique \u00e9branle une nouvelle fois l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 26 d\u00e9cembre 1990, soit un an jour pour jour avant le scrutin, le ministre de la d\u00e9fense avait annonc\u00e9 que \u00ab l&rsquo;arm\u00e9e \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 garantir le processus d\u00e9mocratique \u00bb. Apr\u00e8s coup (d&rsquo;Etat), la nomination du G\u00e9n\u00e9ral Larbi Belkheir \u00e0 la t\u00eate du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur le 16 octobre 1991 n&rsquo;\u00e9tait pas fortuite. \u00ab Avec le g\u00e9n\u00e9ral Khaled Nezzar, ministre de la d\u00e9fense, ils pourraient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 prendre le contr\u00f4le du pays, notamment en cas d&rsquo;instauration, une nouvelle fois de l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge. La transition vers la d\u00e9mocratie s&rsquo;ach\u00e8verait alors sur une impasse. Et commencerait, comme le souhaitent de plus en plus de responsables au sein du FLN et dans l&rsquo;entourage du pr\u00e9sident, la voie autoritaire vers l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9. A la chilienne ou \u00e0 la sud cor\u00e9enne\u2026 \u00bb pouvait-on lire dans <em>le Monde diplomatique<\/em> en d\u00e9cembre 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Ajoutons-y les propos d&rsquo;Abassi Madani et nous avons tous les \u00e9l\u00e9ments pour compl\u00e9ter le puzzle alg\u00e9rien qui pr\u00e9vaut d\u00e9sormais : \u00ab si l&rsquo;arm\u00e9e sort des casernes, nous (NDR les islamistes) sortirons tous, nous serons une arm\u00e9e islamique au service de la cause du proph\u00e8te \u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ann\u00e9es plus tard, l&rsquo;affrontement pouvoir militaire\/int\u00e9grisme a fait 30 000 victimes. On voit donc que la remise en cause des r\u00e9sultats du 26 d\u00e9cembre 1991 a renforc\u00e9 les tenants d&rsquo;un islam politique violent. Cependant, il serait faux de croire que tous les islamistes souhaitent recourir \u00e0 l&rsquo;action arm\u00e9e. La preuve en est la participation de certains de leur dirigeants \u00e0 la r\u00e9union de Rome avec d&rsquo;autres partis alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela fera l&rsquo;objet d&rsquo;un second article : islamisme et violence depuis le coup d&rsquo;Etat de 1992.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans Courant alternatif, n\u00b0 45, janvier 1995, p. 27-30 L&rsquo;islamisme alg\u00e9rien n&rsquo;est pas neuf. Cependant, son organisation sous forme de parti \u00e0 partir de 1989 a consid\u00e9rablement modifi\u00e9 la donne politique. 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