{"id":11546,"date":"2021-02-16T11:23:06","date_gmt":"2021-02-16T10:23:06","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=11546"},"modified":"2025-08-03T20:22:45","modified_gmt":"2025-08-03T18:22:45","slug":"tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/16\/tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir\/","title":{"rendered":"Tizi-Ouzou : la r\u00e9volte de l&rsquo;espoir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dossier paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/odysseo.generiques.org\/medias\/customer_28\/pdf\/FRGNQ_P0031_1980_013\/FRGNQ_P0031_1980_013.pdf\" target=\"_blank\">Sans Fronti\u00e8re<\/a><\/em>, n\u00b0 13, 6 mai 1980, p. 7-11<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/babzman.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/printemps.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>D\u00e9tournement de&#8230; manifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Pour les tous jeunes, on rappelle en effet que c&rsquo;est d\u00e8s octobre 1956 que la France, soi-disant championne d&rsquo;un certain nombre de droits essentiels &#8211; ceux de l&rsquo;homme y compris ? &#8211; dont, naturellement, les tr\u00e8s r\u00e9publicains droits d&rsquo;opinion et de circulation, a d\u00e9tourn\u00e9 un avion de la ligne Rabat-Tunis, dans lequel, il est vrai, se trouvaient cinq Alg\u00e9riens qui avaient le tort de penser que, \u00ab 2 000 ans, \u00e7a suffisait ! \u00bb. N&rsquo;est-ce pas Kateb ? Bonjour !<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 pr\u00e9sent que le d\u00e9tournement d&rsquo;avion est devenu le pain quotidien des contestataires et des presses en tous genres, le g\u00e9nie de la France Eternelle se doit de se situer ailleurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, un peu \u00e0 l&rsquo;improviste, mais il y avait le feu, il faut dire, le Comit\u00e9 pour la d\u00e9fense des droits culturels en Alg\u00e9rie a appel\u00e9 \u00e0 une \u00ab marche silencieuse sur l&rsquo;ambassade alg\u00e9rienne \u00e0 Paris, \u00e0 partir du m\u00e9tro Kl\u00e9ber \u00bb. Il serait injuste de dire que l&rsquo;interdiction de cette manifestation, communiqu\u00e9e moins de 24 heures avant l&rsquo;heure H (pr\u00e9vue pour 15 heures, le 26 avril) sous forme de d\u00e9cret pr\u00e9fectoral aux organisateurs, \u00e9tait certainement due \u00e0 quelque r\u00e9flexe (\u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9flexion) \u00e0 relent plus ou moins raciste : trois autres manifestations, dont une devant l&rsquo;ambassade d&rsquo;URSS, une autre devant l&rsquo;ambassade d&rsquo;Argentine et une troisi\u00e8me de ce m\u00eame comit\u00e9 de d\u00e9fense allaient \u00eatre interdites pour le Premier Mai !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00e7a sent le gaz<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais les conditions de l&rsquo;interdiction et ce qui s&rsquo;ensuivit, donnaient raison \u00e0 <em>El Moudjahid<\/em>, le \u00ab Grand quotidien national d&rsquo;information \u00bb alg\u00e9rien, officiel ou officieux, on ne sait plus, au moins sur un point : il y avait des relents de gaz dans l&rsquo;air\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, catastroph\u00e9s mais dans l&rsquo;ensemble calme, les organisateurs essay\u00e8rent de \u00ab rattraper \u00bb la bavure de leur mieux, en particulier en se pointant aux m\u00e9tros Boissi\u00e8re et Kl\u00e9ber pour informer le peuple des nouvelles de derni\u00e8re heure. Dans l&rsquo;ensemble, cela s&rsquo;est bien pass\u00e9 : bien du monde \u00e9tait venu, l&rsquo;explication et les commentaires du comit\u00e9 comprises, \u00e0 ceci pr\u00e8s qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 toujours \u00e9vident d&rsquo;expliquer que ce n&rsquo;\u00e9taient pas des membres de \u00ab Amicale \u00bb qui invitaient les gens \u00e0 reprendre le m\u00e9tro, dans le calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci dit, de nombreuses personnes quitt\u00e8rent le m\u00e9tro et tomb\u00e8rent dans la sourici\u00e8re mise en place \u00e0 la bouche du m\u00e9tro d&rsquo;abord, entre les m\u00e9tros Kl\u00e9ber et Etoile ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la noria des fourgons et des bus gris de commencer. Le pacifique et p\u00e9destre \u00ab Kl\u00e9ber-Hamelin \u00bb \u00e9tait transform\u00e9 en un dense et mouvement\u00e9 \u00ab Kl\u00e9ber-Vincennes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amicale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A partir de l\u00e0, c&rsquo;est la routine, sauf qu&rsquo;il est bon de signaler les points suivants<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Avec chaque fourn\u00e9e, au moins un membre du service d&rsquo;ordre de la manifestation s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9 accompagnateur volontaire, alors que la police les avait plus ou moins \u00ab \u00e9pargn\u00e9 \u00bb. Ce fut une excellente chose, et la plupart d&rsquo;entre eux furent les derniers \u00e0 quitter le centre de tri vers minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La t\u00e9l\u00e9 s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9e mais, repartie trop t\u00f4t, elle rata \u00ab l&#8217;embarquement \u00bb de quelques 350 \u00ab typ\u00e9s \u00bb \u00e0 cinquante m\u00e8tres de la place Charles-de-Gaulle comme on l&rsquo;appelle.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pour de nombreux Alg\u00e9riens, c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 une r\u00e9\u00e9dition : ils avaient connu octobre \u00e0 Paris \u00bb en 1961.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non seulement, aucune des personnes embarqu\u00e9es n&rsquo;avait manifest\u00e9 mais encore nombre d&rsquo;entre elles ont \u00e9t\u00e9 cueillies dans le quartier \u00ab au jug\u00e9 \u00bb, par des voitures de police banalis\u00e9es qui \u00ab rondaient \u00bb. D&rsquo;o\u00f9, d&rsquo;ailleurs, l&#8217;embarquement de quelques Iraniens, Marocains, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Amicale des Alg\u00e9riens en Europe \u00e9tait venue en force, pour \u00ab contre-manifester \u00bb semble-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, la carte d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 cette honorable institution, n&rsquo;est pas encore de ces signes distinctifs que les limiers en tenue de la Cit\u00e9 d\u00e9c\u00e8lent du premier coup d\u2019\u0153il. R\u00e9sultat : les \u00ab militants \u00abfurent aussi embarqu\u00e9s, m\u00eame pas dans des fourgons sp\u00e9ciaux. Il faut cependant rendre hommage \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de nos services diplomatiques : d\u00e8s la premi\u00e8re heure, les \u00ab cadres \u00bb &#8211; ou le personnel diplomatique ? &#8211; furent nomm\u00e9ment appel\u00e9s et lib\u00e9r\u00e9s, puis le gros des troupes put sortir sur pr\u00e9sentation de la carte magique. Le peuple n&rsquo;avait pas beaucoup appr\u00e9ci\u00e9, mais la police fut intraitable : les ordres \u00e9taient les ordres. A tel point que de nombreux \u00ab amicaux \u00bb qui, prudence calcul\u00e9e ou \u00e9tourderie, avaient omis de se munir de leur carte de fid\u00e9lit\u00e9, furent refoul\u00e9s et durent suivre la fili\u00e8re populaire du commun : relev\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9, mini-interrogatoire, photographie, fichier informatique, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;apprends qu&rsquo;un autre lot a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 sur le Commissariat de St Lazare. Derni\u00e8res sorties : dimanche vers 2h du matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">R. S.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"312\" data-attachment-id=\"11550\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/16\/tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir\/koreichi\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?fit=787%2C423&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"787,423\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Koreichi\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?fit=300%2C161&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?fit=580%2C312&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?resize=580%2C312&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11550\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?w=787&amp;ssl=1 787w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?resize=300%2C161&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Koreichi.png?resize=768%2C413&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption>Tableau de Rachid Koreichi<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">(Humeur !)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Je suis kabyle, alg\u00e9rien et arabe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Dans un grandiose \u00e9lan r\u00e9volutionnaire, le pouvoir alg\u00e9rien, ses plumitifs du <em>Moudjahid<\/em> et autres bonnes feuilles, se sont jur\u00e9s de ne point passer pour des moiti\u00e9s de cons.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vain d&rsquo;essayer de trouver dans les r\u00e9actions du pouvoir et de ses scribouillards un semblant de caricature d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, ou de bonne foi, qui permettrait d&rsquo;engager un d\u00e9but de r\u00e9flexion sur les revendications culturelles de ces Alg\u00e9riens qui sont les Kabyles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut se r\u00e9signer avec beaucoup d&rsquo;efforts \u00e0 mettre ce flot de <em>\u00ab fiente verbale \u00bb <\/em>d\u00e9vers\u00e9 sur le peuple alg\u00e9rien au compte des grandes t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9difications socialistes d\u00e9mocratiquement d\u00e9cid\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On reste p\u00e9trifi\u00e9 devant le surr\u00e9alisme des commentaires de la presse alg\u00e9rienne. D\u00e9mesur\u00e9e dans la perfidie, la couardise et le m\u00e9pris de l&rsquo;autre. La raison vacille, la connerie l&#8217;emporte\u2026 Plus grave la connerie assassine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e2nes (H&rsquo;achakoum) qui nous gouvernent ont parfaitement compris, soyez-en s\u00fbrs, toute la probl\u00e9matique culturelle des peuples (pour preuve le <em>Moudjahid<\/em>\u2026 qui parle au nom du peuple).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e2nes donc, ont parfaitement pig\u00e9, eux qui accusent le mouvement d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la solde de l&rsquo;\u00e9tranger, le concept d&rsquo;\u00e9tat nation, concept n\u00e9 bien avant le Hard rock ou les punks\u2026 en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>Messieurs du pouvoir, est-ce au nom de ce concept que vous emp\u00eacheriez ce peuple de parler sa langue, et \u00e0 ses enfants de l&rsquo;apprendre dans ses \u00e9coles ?<\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e2les et serviles copies de l&rsquo;Occident, l&rsquo;Alg\u00e9rie que vous le vouliez ou non, ne sera jamais cette nation monolithique dont vous avez par manque <em>d&rsquo;imagination<\/em>, \u00e9t\u00e9 chercher le mod\u00e8le <em>cl\u00e9 en main<\/em> \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>La Nation arabe ? Celle dont vous parlez\u2026 Idem. Caricature de nation o\u00f9 de l&rsquo;Atlantique \u00e0 la Syrie, on r\u00e9prime et on torture ceux qui osent ouvrir leurs gueules.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Vos petites fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous n&rsquo;avez vraiment pas l&rsquo;air cons dans vos costards trois pi\u00e8ces et vos petites, fronti\u00e8res de nous parler de nationalisme, et de Nation Arabe. Alors que dans le m\u00eame temps vous vous acharnez \u00e0 d\u00e9truire une composante de la culture alg\u00e9rienne, et au-del\u00e0 du monde arabe (celui dont je parle n&rsquo;est pas le v\u00f4tre certainement). Kabyle, Alg\u00e9rien, arabe\u2026 Je suis ! Toi l&rsquo;immonde crapule qui donne des le\u00e7ons de patriotisme. Immonde crapule quand tu te revendiques du million et demi de martyres de la r\u00e9volution, pour me taxer d&rsquo;agent de l&rsquo;\u00e9tranger ! Immonde crapule encore quand tu exhumes ces martyres et nous les montre \u00e0 la face du momie comme les putains montrent leurs cuisses.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;invective certes fige, mais quoi, cela soulage quelquefois, merde !\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le fond tout de m\u00eame, qu&rsquo;en est-il ? Serait-ce seulement un probl\u00e8me kabyle ? Pour s\u00fbr non ! Cette explosion soudaine n&rsquo;est que l&rsquo;aboutissement naturel et logique des contradictions accumul\u00e9es au fil des ann\u00e9es. Contradictions d&rsquo;autant plus insens\u00e9es et criminelles que l&rsquo;Appareil dirigeant du Parti et de l&rsquo;Etat a toujours \u00e9lud\u00e9, la r\u00e9flexion sur la composante culturelle de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il parle de patriotisme culturel de l&rsquo;Alg\u00e9rie, mais qu&rsquo;en a-t-il fait ?\u2026 Rien\u2026 Si ce n&rsquo;est de l&rsquo;avoir scl\u00e9ros\u00e9. Dans sa faillite et son inefficacit\u00e9 il persiste \u00e0 se pr\u00e9senter comme d\u00e9fenseur de l&rsquo;h\u00e9ritage culturel, et taxe de \u00ab vils comploteurs \u00bb ces Alg\u00e9riens qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le bol de l&rsquo;inertie chronique des appareils dirigeants. Ces gens dans la rue, ce qu&rsquo;ils ont violemment signifi\u00e9 au pouvoir, c&rsquo;est qu&rsquo;un patrimoine ou un h\u00e9ritage culturel ne peut \u00eatre r\u00e9duit dans nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 une simple r\u00e9f\u00e9rence anecdotique. Il n&rsquo;est de soci\u00e9t\u00e9s qui ne se d\u00e9finissent \u00e0 des degr\u00e9s divers par rapport \u00e0 son h\u00e9ritage culturel. Par l\u00e0 m\u00eame, \u00e0 Tizi, \u00e9tait pos\u00e9e la question du <em>\u00ab\u00a0rapport \u00e0 cet h\u00e9ritage\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapport de folklorisation et d&rsquo;objet de curiosit\u00e9 dans un cas o\u00f9 alibi dans l&rsquo;autre, pour le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapport d&rsquo;assimilation critique, et plateforme de projection dans le futur pour tout non-d\u00e9ficient incurable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Imp\u00e9rialisme culturel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vouloir construire l&rsquo;unit\u00e9 nationale sur des frustrations, sur l&rsquo;ignorance des r\u00e9alit\u00e9s profondes et du fonctionnement de ses structures rel\u00e8ve de la d\u00e9mence et sans trop chercher, de l&rsquo;imp\u00e9rialisme culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 culturelle a \u00e9t\u00e9 le moteur de l&rsquo;histoire du Mouvement R\u00e9volutionnaire Alg\u00e9rien, et cette m\u00eame motivation joue aujourd&rsquo;hui dans la revendication kabyle. El\u00e9ments antipatriotiques disent-ils !\u2026 diversion et injure facile. Le patriotisme dans la mesure o\u00f9 il jaillit du terroir et est un sentiment \u00e9l\u00e9mentaire qui ob\u00e9it \u00e0 l&rsquo;instinct, est pr\u00e9cis\u00e9ment contenu dans le mouvement berb\u00e8re. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mouvement loin d&rsquo;\u00eatre le fait de groupe d&rsquo;opposition ou d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments antinationaux manipul\u00e9s, est bien au contraire un mouvement populaire qui a \u00e9branl\u00e9 le pouvoir central habitu\u00e9 au ronronnement de ses appareils.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s coup il y dessine la main de l&rsquo;\u00e9tranger, mais pendant des ann\u00e9es, il n&rsquo;a pas vu la course de la main alg\u00e9rienne lui arriver dans la gueule.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exigence collective, de destin, impose que l&rsquo;on consid\u00e8re la diversit\u00e9 ethnique et linguistique comme composante de base de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, et au-del\u00e0 du monde arabe. Autour de la langue de communication commune peuvent s&rsquo;\u00e9panouir des cultures sp\u00e9cifiques. C&rsquo;est \u00e0 cette exigence que tient la r\u00e9alit\u00e9 de nos entit\u00e9s nationales, et du monde arabe. La reconnaissance des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles et leur d\u00e9veloppement est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui dynamiserait le sentiment de l&rsquo;appartenance \u00e0 une entit\u00e9 politique d\u00e9finie. Celle des \u00e9tats et d&rsquo;autre part une aire culturelle plus vaste celle du monde arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u00e0 est toute la probl\u00e9matique\u2026 car qui dit culture dit objet de connaissance et donc mutations d\u00e9cisives : et l\u00e0 du Maroc \u00e0 la Syrie il est peu probable que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir alg\u00e9rien dans cet \u00e9pisode s&rsquo;en tire aussi lamentablement que le pouvoir tunisien dans le soul\u00e8vement de GAFSA. Les m\u00eames arguments, les m\u00eames justifications\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au fait, \u00e9taient-ils berberophones ou arabophones \u00e0 Gafsa ?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">J.S.K.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"565\" height=\"347\" data-attachment-id=\"11551\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/16\/tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir\/cafe\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?fit=565%2C347&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"565,347\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"cafe\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?fit=300%2C184&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?fit=565%2C347&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?resize=565%2C347&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11551\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?w=565&amp;ssl=1 565w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/cafe.png?resize=300%2C184&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 565px) 100vw, 565px\" \/><figcaption>(Photo DR)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>A Paris : du c\u00f4t\u00e9 des caf\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Des centaines de bless\u00e9s ? Peut-\u00eatre des morts ? Des dizaines d&rsquo;arrestations tant \u00e0 Alger qu&rsquo;\u00e0 Tizi-Ouzou, \u00ab Radio-Trottoir \u00bb a travers\u00e9 la mer emmenant avec elle les rumeurs les plus folles et des plus alarmistes\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faute d&rsquo;informations de la part des autorit\u00e9s alg\u00e9riennes et du \u00ab tout va bien \u00bb (<em>El Moudjahid<\/em>). L&rsquo;isolement de la Kabylie ne fait que renforcer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a eu un \u00ab massacre \u00bb durant les trois jours d&rsquo;\u00e9meute \u00e0 Tizi-Ouzou. Une maladie s&rsquo;est empar\u00e9e des Alg\u00e9riens depuis les \u00e9v\u00e9nements : \u00ab la journalite \u00bb. Il n&rsquo;est pas rare de rencontrer un Alg\u00e9rien avec deux ou trois journaux sous le bras, bien qu&rsquo;une certaine m\u00e9fiance r\u00e8gne \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une presse nostalgique connue pour ses sentiments anti-alg\u00e9riens. \u00ab On veut savoir \u00bb. \u00ab Pourquoi a-t-on envoy\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e occuper la Kabylie ? \u00bb. \u00ab Que veulent les \u00e9tudiants ? \u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, beaucoup de travailleurs ont leurs enfants scolaris\u00e9s dans les diff\u00e9rents lyc\u00e9es de la r\u00e9gion de Tizi-Ouzou. C&rsquo;est donc leur prog\u00e9niture qui s&rsquo;est affront\u00e9e trois jours durant avec les C.N.S., ces \u00ab gladiateurs \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant dire que dans la communaut\u00e9 alg\u00e9rienne de Paris, l&rsquo;\u00e9motion est grande. Chacun ici voudrait \u00eatre rassur\u00e9 sur sa famille. De Barb\u00e8s \u00e0 M\u00e9nilmontant, en passant par Stalingrad, Crim\u00e9e, Jaur\u00e8s, etc. Les discussions vont bon train. Au moins, ici, le d\u00e9bat est ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Azazga, Sidi A\u00efch, A\u00efn El Hammam, Akbou, etc. Autant de bourgades de Kabylie d&rsquo;o\u00f9 sont issus nombre d&rsquo;immigr\u00e9s alg\u00e9riens. En effet, 65% de la communaut\u00e9 alg\u00e9rienne vivant en France est originaire de Kabylie et particuli\u00e8rement de la r\u00e9gion de Tizi-Ouzou.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les sc\u00e8nes d&rsquo;\u00e9meutes de ces derniers jours qui ont secou\u00e9 toute cette r\u00e9gion, l&rsquo;\u00e9motion c\u00e8de la place \u00e0 l&rsquo;indignation. Pourtant, les caf\u00e9s ont retrouv\u00e9 une de leur fonction que l&rsquo;on avait cru morte : celle d&rsquo;\u00eatre un lieu de d\u00e9bat (sorte de djemaa du village).<\/p>\n\n\n\n<p><em>On s&rsquo;interroge sur les motivations des \u00e9tudiants. Pourquoi le pouvoir a-t-il choisi la force au dialogue ? Vraiment, on ne comprend pas ! Comment a-t-on pu en arriver l\u00e0 ? Envoyer l&rsquo;arm\u00e9e couper la Kabylie du reste de l&rsquo;Alg\u00e9rie. D&rsquo;apr\u00e8s certains t\u00e9moignages de travailleurs arriv\u00e9s du pays ces derniers jours, des blind\u00e9s camperaient aux portes de la ville et deux bataillons de parachutistes seraient venus renforcer les C.N.S. et les gendarmes. Ceux qui reviennent du pays parlent aussi de plusieurs dizaines d&rsquo;arrestations dont les chanteurs A\u00eft Menguelet et Ferhat, le groupe Yougourten\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un caf\u00e9 d&rsquo;Aubervilliers, un vieux travailleur en cong\u00e9s en Alg\u00e9rie au moment des \u00e9v\u00e9nements dira<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Je ne pouvais croire qu&rsquo;on en arriverait l\u00e0 entre Alg\u00e9riens. Ce sont les C.N.S. qui ont fait le plus de mal, ils sont arriv\u00e9s par un train sp\u00e9cial venant de Sidi-Bel-Abbes. Quand ils ont pris l&rsquo;universit\u00e9, ils ont charg\u00e9 ba\u00efonnette au canon. Je suis s\u00fbr qu&rsquo;il y a eu des morts. Le lendemain, toute la population des montagnes est descendue sur la ville pour savoir ce qu&rsquo;\u00e9taient devenus les \u00e9tudiants. Et les affrontements avec la police ont repris de plus belle et cela a dur\u00e9 pendant trois jours.<\/em><\/p><p><em>Jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, j&rsquo;avais confiance dans le gouvernement, mais apr\u00e8s ce qu&rsquo;il vient de se passer, c&rsquo;est fini. Boumedienne, lui, il aurait pas fait \u00e7a, il est bien mort, pourtant, je souhaite de tout mon c\u0153ur que tout cela se passe vite car on peut craindre le pire. J&rsquo;ai peur de la guerre civile et l&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;a rien \u00e0 y gagner \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le 19e arrondissement, dans les caf\u00e9s, l&rsquo;heure est \u00e0 l&rsquo;indignation surmont\u00e9e d&rsquo;un sentiment d&rsquo;impuissance. Tel Ahmed, la cinquantaine, que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 dans un caf\u00e9 tout proche de Stalingrad, et \u00e0 qui je demande ce qu&rsquo;il pense de ce qui se passe en Alg\u00e9rie en ce moment<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Ecoute, j&rsquo;ai deux fils l&rsquo;un est \u00e9tudiant \u00e0 Tizi-Ouzou et l&rsquo;autre travaille \u00e0 la SONELEC. Avec tout ce que j&rsquo;entend, j&rsquo;en suis malade. Je ne sais pas lire pourtant j&rsquo;ach\u00e8te les journaux pour voir s&rsquo;il y a des photos. Au d\u00e9but, je n&rsquo;ai pas bien compris ce qu&rsquo;ils voulaient, les \u00e9tudiants. Je savais qu&rsquo;il y avait une histoire de langue kabyle, oui, enfin qu&rsquo;ils manifestaient pour pouvoir parler notre langue sans honte ; apr\u00e8s tout, le kabyle est une langue d&rsquo;Alg\u00e9rie. Moi, je n&rsquo;ai jamais fait de diff\u00e9rence entre un Constantinois, un Oranais ou un Kabyle. Nous avons fait la guerre ensemble pour le m\u00eame drapeau. Les Fran\u00e7ais n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 nous faire plier pendant 130 ans, alors, quand je pense \u00e0 ceux qui sont morts pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, j&rsquo;ai honte \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Beaucoup, de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Ahmed, me diront \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames choses. La honte : voil\u00e0 ce qui revient sur toutes les bouches des \u00ab vieux \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre caf\u00e9 de la rue Caill\u00e9, un repr\u00e9sentant de l&rsquo;Amicale essaie d&rsquo;\u00ab accr\u00e9diter \u00bb la version officielle. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab C&rsquo;est un complot des Marocains et des Fran\u00e7ais pour briser notre unit\u00e9 nationale et casser notre r\u00e9volution \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Areski a aussi la cinquantaine, il croit dur comme fer \u00e0 la th\u00e8se du \u00ab complot orchestr\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tranger \u00bb. A l&rsquo;autre bout du bar, un jeune l&rsquo;\u00e9coute sans rien dire puis soudain, lui lance sans d\u00e9tours : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Tu as bien appris ta le\u00e7on dans <\/em>El Moudjahid<em>. Ceux qui sapent l&rsquo;unit\u00e9 nationale sont au gouvernement. Qui cr\u00e9e le climat de guerre civile en envoyant l&rsquo;arm\u00e9e occuper la Kabylie et en la coupant du reste de l&rsquo;Alg\u00e9rie ? Sache que je suis d&rsquo;accord avec les revendications des \u00e9tudiants. Nous devons d\u00e9fendre notre culture qu&rsquo;elle soit d&rsquo;origine arabe ou berb\u00e8re \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&rsquo;intervention de Mohand jette un froid dans le caf\u00e9. Plus personne ne parle. Areski va vers le bar fuyant le d\u00e9bat. A la table voisine, les dominos claquent\u2026 c&rsquo;est reparti pour un tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 l&rsquo;ambiance qui pr\u00e9vaut dans les caf\u00e9s alg\u00e9riens. Des sentiments m\u00e9lang\u00e9s de honte, d&rsquo;angoisse et de r\u00e9volte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, c&rsquo;est \u00e0 Barb\u00e8s que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 le moins de compr\u00e9hension pour les \u00e9tudiants de Tizi-Ouzou, hormis quelques caf\u00e9s. La peur de la division hante les esprits, plus sensibles \u00e0 la propagande officielle ici. Tahar, un jeune \u00e9tudiant que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 dans un bar de la Goutte d&rsquo;Or, m&rsquo;explique qu&rsquo;il n&rsquo;est pas contre les revendications avanc\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Et si c&rsquo;est vraiment un coup de Hassan II pour nous attaquer comme en 63 ? Je n&rsquo;ai rien contre la langue berb\u00e8re. Je pense que sur le fond, leurs revendications sont l\u00e9gitimes mais que le moment est mal choisi. Je pense que le pouvoir a commis une grande erreur en interdisant la conf\u00e9rence que devait donner M. Mammeri. Enfin, nous verrons bien ! L&rsquo;Histoire tranchera\u2026 \u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ces petites \u00ab tourn\u00e9es \u00bb de bistrot en bistrot, \u00ab pour \u00bb ou \u00ab contre \u00bb, \u00ab Kabyle \u00bb ou \u00ab Arabe \u00bb, tout le monde attend un geste d&rsquo;apaisement et surtout que l&rsquo;on retire les forces de r\u00e9pression de Tizi-Ouzou. Beaucoup sont sans nouvelles de leur famille. Et comme la rumeur, la col\u00e8re pourrait bien aussi traverser la mer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Farid A\u00efchoune<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Libre opinion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>\u00ab\u00a0Les semeurs d&rsquo;espoir\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">par Mohammed Harbi<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le probl\u00e8me de l&rsquo;Etat, lieu d&rsquo;organisation privil\u00e9gi\u00e9 des int\u00e9r\u00eats bourgeois est au c\u0153ur des crises d&rsquo;identit\u00e9 qui secouent l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;arabo-islamisme s&rsquo;exacerbe et jette les \u00e9tudiants arabisants dans la rue, c&rsquo;est que l&rsquo;arabisation promise depuis 1962 n&rsquo;aboutit pas et ne peut pas aboutir : con\u00e7ue et men\u00e9e comme une op\u00e9ration de contr\u00f4le social, elle est l&rsquo;objet de manipulations politiques de la part de nouvelles f\u00e9odalit\u00e9s qui visent \u00e0 investir l&rsquo;Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les b\u00e9n\u00e9ficiaires de la culture en fran\u00e7ais, arabophones et berb\u00e9rophones, regimbent, c&rsquo;est que leur pr\u00e9\u00e9minence politique et sociale est remise en question par tous ceux qui veulent g\u00e9rer la langue arabe pour orienter la parole du peuple. Ils ont cependant raison de souligner que la confusion entre la langue arabe, la religion et le conservatisme m\u00e8ne droit \u00e0 une traditionalisation qui compromet la modernisation du pays m\u00eame si on se doit de leur objecter que les masses ont raison d&rsquo;\u00eatre hostiles \u00e0 une modernisation \u00e0 l&rsquo;iranienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la Kabylie se r\u00e9volte, c&rsquo;est que depuis 1962, l&rsquo;Etat alg\u00e9rien, h\u00e9ritier de la tradition jacobine fran\u00e7aise et des pratiques r\u00e9pressives du despotisme oriental, cherche \u00e0 briser toutes les diversit\u00e9s. Il interdit le pluralisme culturel pour ramener autour de lui un peuple diversifi\u00e9 en utilisant l&rsquo;id\u00e9e de nation, il centralise l&rsquo;\u00e9conomie, se fait entrepreneur culturel et rejette dans les marges tous ceux qui pourraient faire obstacle \u00e0 ses tentatives d&rsquo;int\u00e9gration. L&rsquo;am\u00e9nagement du territoire et le d\u00e9veloppement servent moins \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins des populations qu&rsquo;a renforcer le pouvoir incontr\u00f4l\u00e9 de la caste dirigeante. L&rsquo;attention particuli\u00e8re accord\u00e9e \u00e0 la Kabylie depuis 1964 vise d&rsquo;abord, il faut le dire et le r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 faire avaliser l&rsquo;\u00e9limination des repr\u00e9sentants enracin\u00e9s dans le terroir et la r\u00e9duction de la revendication culturelle, source de <em>pluralisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arabo-islamisme consacr\u00e9 par voie autoritaire doctrine officielle du FLN depuis 1956, conforte l&rsquo;Etat dans son jacobinisme et justifie l&rsquo;exclusive contre la culture berb\u00e8re parce qu&rsquo;elle r\u00e9int\u00e8gre le pluralisme dans le champ politique. Id\u00e9ologie inapte par d\u00e9finition, \u00e0 assimiler l&rsquo;apport ant\u00e9rieur, \u00e0 la conqu\u00eate arabe, l&rsquo;arabo-islamisme ne peut d\u00e9boucher que sur la r\u00e9pression culturelle et l&rsquo;\u00e9touffement de l&rsquo;esprit critique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tentatives <em>coloniales<\/em> de dresser les Alg\u00e9riens les uns contre les autres pour s&rsquo;opposer \u00e0 la reconnaissance d&rsquo;une entit\u00e9 nationale ne peuvent \u00eatre d\u00e9cemment oppos\u00e9es \u00e0 la reconnaissance de la langue berb\u00e8re. Faut-il rappeler \u00e0 ce sujet, que les hommes qui avaient soulev\u00e9 en 1949 dans le Parti du Peuple Alg\u00e9rien, la question culturelle berb\u00e8re se recrutaient dans le parti de l&rsquo;insurrection et que nombre de leurs adversaires \u00e9taient des r\u00e9formistes. Que la colonisation ait cherch\u00e9 \u00e0 utiliser la sp\u00e9cificit\u00e9 berb\u00e8re \u00e0 son profit ne pr\u00e9juge en rien de sa r\u00e9alit\u00e9. Soutenir le contraire revient \u00e0 dire que le probl\u00e8me berb\u00e8re existe parce que la France a eu une politique kabyle. Ce raisonnement sp\u00e9cieux rappelle celui du gouvernement fran\u00e7ais, qui en 1954, imputait la r\u00e9volution alg\u00e9rienne \u00e0 la politique de l&rsquo;Egypte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas plus que la politique coloniale fran\u00e7aise, la primaut\u00e9 du d\u00e9veloppement ne saurait \u00eatre invoqu\u00e9e contre la satisfaction de la revendication culturelle berb\u00e8re en Kabylie. L&rsquo;argument de la croissance dont l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens ne conna\u00eet les d\u00e9boires, sert \u00e0 l\u00e9gitimer une strat\u00e9gie d&rsquo;int\u00e9gration nationale dans un cadre absolutiste et \u00e0 occulter la formation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une nouvelle bourgeoisie. La lutte pour l&rsquo;enseignement du berb\u00e8re est une lutte l\u00e9gitime dont l&rsquo;aboutissement doit \u00eatre celle de tous les Alg\u00e9riens r\u00e9ellement soucieux d&rsquo;unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a rouvert le d\u00e9bat sur les choix fondamentaux de l&rsquo;Alg\u00e9rie que le FLN a arbitrairement clos en 1956. Port\u00e9e par des g\u00e9n\u00e9rations nouvelles qui n&rsquo;ont pas <em>\u00ab\u00a0\u00e9t\u00e9 \u00e0 la soupe\u00a0\u00bb<\/em> elle a agi comme un r\u00e9v\u00e9lateur des m\u00e9canismes de pouvoir et mis \u00e0 nu, le formalisme des institutions et la nature r\u00e9pressive du r\u00e9gime alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc une revendication d\u00e9mocratique qui repose dans leur ensemble, les rapports de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de l&rsquo;Etat et permet de reconstruire une Alg\u00e9rie o\u00f9 la diversit\u00e9 dans la libert\u00e9, la tol\u00e9rance religieuse, la la\u00efcit\u00e9, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 totale de l&rsquo;homme et de la femme, l&rsquo;anti-racisme, deviennent concevables.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ceux qui veulent pr\u00e9munir l&rsquo;Alg\u00e9rie du p\u00e9ril de la r\u00e9gression et faire en sorte qu&rsquo;elle ne soit plus <em>l&rsquo;archipel de la totalitarit\u00e9<\/em> doivent s&rsquo;\u00e9lever contre les pr\u00e9tentions du gouvernement alg\u00e9rien d&rsquo;exclure les citoyens de la solution de leurs probl\u00e8mes. Ils doivent condamner la r\u00e9pression en Kabylie et se mobiliser d&rsquo;urgence pour la lib\u00e9ration des d\u00e9tenus, \u00ab\u00a0ces semeurs d&rsquo;espoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Idir : \u00ab\u00a0La chanson est la r\u00e9action \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;opinion\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Depuis la mi-mars, le probl\u00e8me berb\u00e8re est au centre de l&rsquo;actualit\u00e9. Parti sur un probl\u00e8me culturel, il d\u00e9bouche aujourd&rsquo;hui sur un probl\u00e8me politique de fond qui en fait, \u00e9tait latent. Parmi la foule d&rsquo;anonymes interpell\u00e9s \u00bb des artistes dont le seul crime est de r\u00e9percuter les volont\u00e9s profondes de leur peuple.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Paris, nous avons rencontr\u00e9 Idir, chanteur alg\u00e9rien, interpr\u00e8te du fameux \u00ab Avava nouva \u00bb et Ali Sayad, membre du comit\u00e9 de d\u00e9fense des droits culturels en Alg\u00e9rie. Tous deux, lors d&rsquo;une discussion, nous donnent leur point de vue, et comment ils s\u2019int\u00e8grent face au probl\u00e8me culturel qui est soulev\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Idir, apr\u00e8s son retour de Belgique, a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller en Alg\u00e9rie, rejoindre les autres, parce que vivre dans l&rsquo;incertitude de nouvelles gonfl\u00e9es ou pas, n&rsquo;est pas une solution pour lui.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons une culture qui nous est propre depuis des mill\u00e9naires. En passant neuf mois dans le ventre de nos m\u00e8res, les premiers sons que nous entendons sont les siens. Au foyer on s&rsquo;exprime d&rsquo;une certaine mani\u00e8re on sort de la maison pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole on apprend autre chose ; autre chose que l&rsquo;on ne retrouve pas dans ce que l&rsquo;on a appris \u00e0 la maison\u2026 Cette diff\u00e9rence fait d\u00e9j\u00e0 en nous des opprim\u00e9s parce que ce que l&rsquo;on apprend \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur nous est impos\u00e9. On nous emp\u00eache m\u00eame de d\u00e9velopper cette atmosph\u00e8re dans laquelle nous baignons : notre propre culture. Et c&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 que les r\u00e9actions se l\u00e9gitiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>POURQUOI LA CHANSON ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La chanson est un moyen des plus accessibles \u00e0 la culture. Les autres formes d&rsquo;expression sont pratiquement Inexistantes. Du c\u00f4t\u00e9 de la tradition kabyle, tout ce qui \u00e9tait th\u00e9\u00e2tre, chanson \u00e9tait mal vu, car c&rsquo;\u00e9tait vendre sa personne, sa voix. Pour une tribu particulariste comme la n\u00f4tre il ne fallait pas que l&rsquo;on sache ce que nous poss\u00e9dions\u2026 Il n&rsquo;y avait pas encore de prise de conscience collective de la berb\u00e9rit\u00e9. Toutes ces difficult\u00e9s ont fait qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun mode d&rsquo;expression valable si ce n&rsquo;est la chanson qui s&rsquo;\u00e9chappait par le biais des bergers, des parias, des hors la loi, et de tous ceux qui se moquaient de la loi du village ou de la loi des hommes. Il y avait des troubadours qui venaient chanter en \u00e9change de poign\u00e9es de figues, des gens qu&rsquo;on ne consid\u00e9rait pas vraiment int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 kabyle. Les po\u00e8tes aussi comme Si Moh ou M&rsquo;hand qui a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 de son village et a d\u00fb quitter la Kabylie pour pouvoir \u00e9crire. A travers son oeuvre on ressent tout ce qu&rsquo;un prisonnier peut \u00e9prouver. M\u00eame \u00e0 la cr\u00e9ation de la radio kabyle, il y a eu \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9s pour ceux qui y travaillaient, notamment les chanteurs. Jusqu&rsquo;\u00e0 moi qui ai commenc\u00e9 en 1973. Si mon p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas mort, je n&rsquo;aurais certainement jamais pu chanter. L&rsquo;art n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un moyen d&rsquo;expression\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance, il ne se faisait rien du point de vue culturel. La chanson est n\u00e9e surtout de l&rsquo;\u00e9migration. Les gens venaient ici. Ils \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s de leur contexte familial, sociologique, du village ou de la tribu. Ils vivaient dans d&rsquo;autres conditions\u2026 Donc forc\u00e9ment ils chantent et quoi ? La terre qui est loin, les enfants, qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9s, la mis\u00e8re dans laquelle ils sont\u2026 C&rsquo;est la r\u00e9action \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;oppression. La prise de conscience \u00e9tait telle que n&rsquo;importe qui chantait. Il n&rsquo;y avait pas de belle ou mauvaise voix, de bons ou de mauvais musiciens, on venait dire des paroles sur un support musical archa\u00efque et cela passait. Vers 72-73, la prise de conscience des gens venait \u00e0 parler de l&rsquo;identit\u00e9 culturelle, de retour aux sources. Nous avions une raison de vivre, nous avions des motifs\u2026 nous les avons transpos\u00e9 l\u00e0-dedans. Et c&rsquo;est dire qu&rsquo;est n\u00e9e la nouvelle forme de chanson kabyle qui a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre plus engag\u00e9e, plus contestataire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>IL Y A DES MAINS QUI SE TENDENT <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but cela a \u00e9t\u00e9 une man\u0153uvre de stockage\u2026 des descriptions peut-\u00eatre un peu na\u00efves sur notre mode de vie, des relations que nous avions entre nous, notre originalit\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui nous entourait, de ce que l&rsquo;on nous enseignait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et de ce que l&rsquo;on vivait \u00e0 la maison\u2026 Maintenant c&rsquo;est arriv\u00e9 au stade o\u00f9 l&rsquo;engagement devient politique. Ce qui est dommage parce que c&rsquo;est un peu une fausse route on a commenc\u00e9 par la Kabylie. On \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la famille, ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du village, ensuite \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un clan, de la tribu. On sort un peu \u00e0 Alger parce que le Kabyle a longtemps \u00e9t\u00e9 repli\u00e9 sur lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 ces deux, trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Les gens pensaient kabyle et n&rsquo;essayaient pas de s&rsquo;ouvrir un peu, de respirer. Cela se retrouvait dans la chanson. On chantait le Djudjura, la femme kabyle, le petit lait, la robe kabyle\u2026 Maintenant cela commence un peu \u00e0 d\u00e9passer ce qui avait un lien direct avec la r\u00e9gion. Mais on n&rsquo;est pas sorti de l&rsquo;auberge. \u00c7a fait peur \u00e0 certains mais je les comprends. La prise de conscience n&rsquo;est pas encore totale. Elle n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 elle doit arriver comme de chanter aujourd&rsquo;hui en arabe aux gens qui ne comprennent pas le kabyle. Si on le fait, les gens vont prendre cela comme une l\u00e2chet\u00e9, une trahison. C&rsquo;est dire qu&rsquo;on est \u00e0 un point assez primaire de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. Apr\u00e8s il s&rsquo;agit de prendre conscience d&rsquo;autres groupuscules kabyles \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale les Aur\u00e8s, les Touaregs\u2026 d&rsquo;essayer d&rsquo;\u00e9tablir des contacts avec eux et les lier directement \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie, il y a un public arabophone qui ne comprend pas le kabyle, mais qu&rsquo;on est arriv\u00e9 \u00e0 attirer vers nous avec une musicalit\u00e9, avec du travail. Cela veut dire qu&rsquo;il y a des mains qui se tendent. Le tout maintenant c&rsquo;est d&rsquo;organiser les rencontres. Mais des incidents comme il y en a eu ne risquent pas d&rsquo;arranger les choses. Cela ne risque que d&rsquo;augmenter les inimiti\u00e9s qui existent entre les faux concepts arabes, chaouias, kabyles\u2026 Cela tend \u00e0 monter les tensions r\u00e9gionales. Quand ils disent notre unit\u00e9 nationale est \u00e0 travers l&rsquo;arabe classique, l&rsquo;arabe classique n&rsquo;est pas le reflet des aspirations du peuple. Si on reconnait le berb\u00e8re comme une composante de la culture d&rsquo;ensemble alg\u00e9rienne, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 on reconna\u00eetra l&rsquo;arabe dialectal en tant que tel et les communications se feront. C&rsquo;est pour cela que personnellement je combats \u00e0 travers la chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il peut y avoir un probl\u00e8me entre l&rsquo;arabe et le kabyle, il peut y avoir le probl\u00e8me entre le fils d&rsquo;immigr\u00e9 qui parle le fran\u00e7ais le p\u00e8re qui le parle moins. J&rsquo;ai remarqu\u00e9 qu&rsquo;il y avait un foss\u00e9 entre le p\u00e8re qui a une certaine culture et les jeunes qui sortent de la rue et qui \u00e9coutent autre chose \u00e0 la radio. Depuis que cette musique est n\u00e9e, elle met \u00e0 contribution le vieux et le jeune. Ils se retrouvent en elle. Le texte rappelle des choses au vieux et la musicalit\u00e9 n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re au jeune. Il se cr\u00e9e un moyen de communication qui ne se faisait peut-\u00eatre pas avant. Les jeunes se font m\u00eame traduire le texte qu&rsquo;ils poss\u00e8dent mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part j&rsquo;\u00e9tais aussi traditionnel que possible et par la suite j&rsquo;ai senti ce besoin de d\u00e9passer ce cadre et de me rattacher \u00e0 une cause politique. Parmi les chanteurs kabyles, nous sommes tous d&rsquo;accord pour une cause commune, une revendication culturelle, mais quand il s&rsquo;agit de greffer, l\u00e0-dessus, une id\u00e9ologie politique, cela devient autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Propos d&rsquo;Idir recueillis par Anth\u00e9a<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Point de vue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Le pouvoir a politis\u00e9 lui-m\u00eame le probl\u00e8me<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">par Ali Sayad<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L&rsquo;Afrique du Nord a \u00e9t\u00e9 le pays des Berb\u00e8res et \u00e0 la suite des hasards de l&rsquo;histoire, une partie de la population a \u00e9t\u00e9 arabis\u00e9e, mais l&rsquo;arabe alg\u00e9rien, entre autres, est un vocabulaire arabe sur une grammaire berb\u00e8re. En fait, l&rsquo;arabe classique est une langue qui nous est \u00e9trang\u00e8re, qui n&rsquo;est parl\u00e9e par personne. Les arabisants qui pratiquent, tous les jours, par l&rsquo;\u00e9crit cette langue, ne la pratiquent pas quotidiennement dans leurs rapports avec les gens. Pour acheter du pain, on utilise soit le berb\u00e8re, soit l&rsquo;arabe alg\u00e9rien. C&rsquo;est au nom d&rsquo;un nationalisme arabe qu&rsquo;on nous impose cette langue. Or, la nation arabe est un mythe qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9. On veut reproduire le moyen-\u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;arabe classique avait effectivement produit ses chirurgiens, ses philosophes\u2026 Mais \u00e0 partir des 13e, me si\u00e8cle, cet arabe mythique qui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 seulement \u00e0 une certaine caste de clercs, ne s&rsquo;est jamais reproduit. La masse populaire a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette langue qui appartient encore aujourd&rsquo;hui aux clercs. L&rsquo;arabe classique est une s\u00e9quelle du colonialisme. On a encourag\u00e9 l&rsquo;Arabe en Alg\u00e9rie comme moyen d&rsquo;\u00e9change sur le march\u00e9 ; or, celui-ci n&rsquo;a jamais utilis\u00e9 l&rsquo;arabe classique. Aujourd&rsquo;hui, le pouvoir, mais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 partir de Ben Bella qui disait \u00ab\u00a0Nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes\u2026\u00a0\u00bb, a suivi cette s\u00e9quelle et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il y a eu une marche vers l&rsquo;arabisation. Si avant, le combat c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ancien colonisateur, aujourd&rsquo;hui, le combat est pour l&rsquo;identit\u00e9 nationale o\u00f9 la nation alg\u00e9rienne doit reconna\u00eetre ses composantes qui sont l&rsquo;arabe alg\u00e9rien et le berb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LA GOUTTE QUI FAIT DEBORDER LE VASE\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie, il n&rsquo;est pas possible de manifester pour des revendications politiques ou sociales. Seul le culturel pouvait l&#8217;emporter. Ayant \u00e9t\u00e9 effectivement \u00e9cras\u00e9e, la population en a eu ras-le-bol, si bien qu&rsquo;une conf\u00e9rence, \u00ab po\u00e9sies anciennes de Kabylie \u00bb, qui n&rsquo;a vraiment aucune signification, mais qui fait partie du patrimoine culturel, ayant \u00e9t\u00e9 interdite, cela a d\u00e9clench\u00e9 une manifestation pacifique des \u00e9tudiants. Face \u00e0 cela, le pouvoir a r\u00e9pondu par les armes, par la force. Donc, \u00e0 partir du moment o\u00f9 le pouvoir a r\u00e9pondu par les armes, par l&rsquo;agression, par la r\u00e9pression, il a politis\u00e9 lui-m\u00eame le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LE PHENOMENE N&rsquo;EST PAS REGIONAL <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pas r\u00e9gional comme une certaine presse l&rsquo;imagine. Il est national. Le probl\u00e8me ne s&rsquo;est pas pos\u00e9 seulement \u00e0 Tizi-Ouzou mais dans l&rsquo;ensemble du d\u00e9partement de la Kabylie : Bougie, Batna, S\u00e9tif, Bouira ; suivi \u00e0 100% \u00e0 Alger. La gr\u00e8ve n&rsquo;\u00e9tait pas seulement estudiantine, mais concernait aussi les travailleurs et les paysans. Les usines SONELEC et SONELGAZ, les usines textiles ont suivi le mouvement. Mieux, ils ont form\u00e9 des comit\u00e9s de d\u00e9fense des droits culturels ainsi que dans d&rsquo;autres universit\u00e9s r\u00e9gionales comme Bel Abbes, Batna au nom de l&rsquo;arabe alg\u00e9rien, du berb\u00e8re, et aussi au nom de la libert\u00e9 d&rsquo;expression et de la d\u00e9mocratisation. Deux cents arrestations ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es l&rsquo;h\u00f4pital de Tizi a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9, les \u00e9tudiants d&rsquo;Alger avancent le chiffre de trente-deux morts \u2026 et \u00e0 Batna, cinquante \u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. A cela, les autorit\u00e9s ont r\u00e9pondu que le mouvement \u00e9tait manipul\u00e9 par l&rsquo;\u00e9tranger. L&rsquo;information du pouvoir, <em>El Moudjahid<\/em>, qui donne des informations parfaitement erron\u00e9es, a limit\u00e9 cela \u00e0 la Kabylie pour r\u00e9gionaliser le ph\u00e9nom\u00e8ne et pr\u00e9tendre qu&rsquo;il est manipul\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur, par les officines ou encore par des berb\u00e9ro-marxistes-\u00e0-la-solde-de-l&rsquo;imp\u00e9rialisme-anti-islamique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LE MYTHE KABYLE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un mythe kabyle que l&rsquo;ancien colonisateur a encourag\u00e9. Nous, nous le d\u00e9non\u00e7ons ce mythe kabyle cr\u00e9\u00e9 par les Fran\u00e7ais \u00e0 savoir le Kabyle aux yeux bleus, aux cheveux blonds, super-intelligent, on en a ras-le-bol\u2026 C&rsquo;est vrai que le colonisateur a essay\u00e9 de favoriser la Kabylie par l&rsquo;institution d&rsquo;\u00e9coles, etc. Mais c&rsquo;est rest\u00e9 tr\u00e8s limit\u00e9 par rapport \u00e0 la masse d&rsquo;analphab\u00e8tes\u2026 Mais la Kabylie a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment, entre autres, qui s&rsquo;est oppos\u00e9 par la force \u00e0 la colonisation. Le nombre de veuves de guerre en Kabylie est incalculable ainsi que dans les Aur\u00e8s et le nord-Constantinois. Le pouvoir a ent\u00e9rin\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne kabyle afin de r\u00e9gionaliser le ph\u00e9nom\u00e8ne berb\u00e9rophone.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein du pouvoir en place, les Kabyles sont largement repr\u00e9sent\u00e9s\u2026 et s&rsquo;ils d\u00e9tiennent un pouvoir \u00e9conomique, \u00e9ducatif, ils ne d\u00e9tiennent pas le pouvoir politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>L&rsquo;ISLAM ORIGINEL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Islam a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9 puisque dans la Constitution, l&rsquo;Islam est la religion d&rsquo;Etat. Ce n&rsquo;est pas une question de conviction personnelle. L&rsquo;imam, chef religieux, est un fonctionnaire et per\u00e7oit un salaire. Tout \u00e7a a pour but de caporaliser l&rsquo;islam ; non pas l&rsquo;islam tel qu&rsquo;il est ressenti par les populations mais donner un islam qui est absolument diff\u00e9rent de l&rsquo;islam alg\u00e9rien parce que celui-ci rend compte des croyances populaires. L&rsquo;islam maghr\u00e9bin n&rsquo;est pas l&rsquo;islam originel. Le minist\u00e8re des affaires religieuses (minist\u00e8re des Habous) a \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence pour lui donner plus de poids et tend \u00e0 enseigner l&rsquo;islam originel tel qu&rsquo;il \u00e9tait enseign\u00e9 par Ben Badis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>C&rsquo;EST QUOI L&rsquo;AUTHENTICITE ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un certain nombre d&rsquo;organisations, dites de bienfaisance en faveur des immigr\u00e9s, n&rsquo;ont rien fait pour permettre \u00e0 l&rsquo;immigr\u00e9 sa r\u00e9insertion au pays. On lui enseigne deux langues qu&rsquo;il n&rsquo;est pas appel\u00e9 \u00e0 pratiquer au pays, dont l&rsquo;arabe classique. Quand le jeune immigr\u00e9 part, il est compl\u00e8tement perdu au nom d&rsquo;une authenticit\u00e9 alg\u00e9rienne. Or, il n&rsquo;appartient pas \u00e0 d&rsquo;autres de nous la donner ; appartient aux Alg\u00e9riens de se la fixer, de la r\u00e9cup\u00e9rer. Et puis, l&rsquo;authenticit\u00e9 est un mythe qui ne veut rien dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Ali SAYAD<br><em>Ethnologue, directeur de la revue d&rsquo;\u00e9tudes berb\u00e8res <\/em>Tisuraf <em>(\u00e0 petits pas) et membre du comit\u00e9 de d\u00e9fense des droits culturels en Alg\u00e9rie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"398\" data-attachment-id=\"11552\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/16\/tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir\/kabylie\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?fit=576%2C398&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"576,398\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"kabylie\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?fit=300%2C207&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?fit=576%2C398&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?resize=576%2C398&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11552\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?w=576&amp;ssl=1 576w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/kabylie.png?resize=300%2C207&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Tizi-Ouzou : la r\u00e9volte de l&rsquo;espoir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Correspondance de Tizi Ouzou <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le canon du PM du motard se balance \u00e0 5 cm du nez du conducteur. \u00c7a y est. 4\u00e8me barrage de gendarmerie franchi depuis Alger. Tizi-Ouzou est \u00e0 10 minutes. C&rsquo;est lundi 21 avril et il est 5 heures quand nous tournons autour de la place du Rond-Point. Quelques cailloux et du verre bris\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 sur la route et une quinzaine de C.N.S. en tenue veillent encore autour de l&rsquo;immeuble de l&rsquo;UGTA. <\/p>\n\n\n\n<p>Quelques heures plus tard je suis r\u00e9veill\u00e9 par des cris. Des groupes de 5 \u00e0 10 jeunes marchent tranquillement au milieu de la rue, quelques vieux s&rsquo;y m\u00ealent. Je me pr\u00e9cipite \u00e0 la fen\u00eatre, c&rsquo;est pour voir une premi\u00e8re charge rapide qui fait refluer tout le monde vers la mosqu\u00e9e. Il est 9 heures. Un ami arrive et nous raconte les derniers \u00e9v\u00e9nements. L&rsquo;avant veille les gendarmes sont intervenus \u00e0 la facult\u00e9 occup\u00e9e (celle-ci se trouve \u00e0 5 km \u00e0 la sortie de la ville) \u00e0 4h du matin, tous les occupants endormis ils frappent, visant la t\u00eate avec les crosses des kalashnikovs. Il y a 340 bless\u00e9s dont beaucoup gravement, fractures du cr\u00e2ne yeux arrach\u00e9s. Voil\u00e0 d&rsquo;o\u00f9 vient la nouvelle des 32 morts entendue tout au long de ces 4 jours : il est tout \u00e0 fait probable qu&rsquo;il y ait eu des morts vu la gravit\u00e9 des blessures. D&rsquo;autres nouvelles circulent \u00e9galement : les filles auraient \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es, les chiens auraient \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9s. Ce matin seuls quelques panneaux routiers sont tordus et aplatis sur la chauss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sortons, les groupes se forment et se d\u00e9forment, pas de h\u00e2te apparente ni d&rsquo;\u00e9nervement. Les flics n&rsquo;interviennent qu&rsquo;aux ordres et les manifestants peuvent les approcher de pr\u00e8s. Arriv\u00e9s aux alentours de la Wilayia vers le midi l&rsquo;agitation est grande.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques poutrelles m\u00e9talliques et autres mat\u00e9riels sont en travers des rues formant des mini barricades.<\/p>\n\n\n\n<p>Une femme nous crie avec de grands gestes quelque chose en berb\u00e8re je me fais traduire : \u00ab Allez-y tous ! Tapez fort \u00bb. Au d\u00e9tour d&rsquo;une petite rue les flics qui ont amen\u00e9s un de leur camion auto-pompe ne semblent pas tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise, les canons \u00e0 eau balayent rapidement la foule, des jeunes pour la plupart arm\u00e9s de barres de fer de frondes traditionnelles et de quelques mini cocktails molotov fabriqu\u00e9s dans des bouteilles de soda.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de flics en civil tra\u00eenent un peu partout. A un carrefour derri\u00e8re la poste gard\u00e9e par des hommes casqu\u00e9s de blanc PM et Kalashnikovs munis du chargeur. nous nous attardons un peu. Les flics arrivent chargeant de fa\u00e7on dispers\u00e9e. quelques grenades \u00e0 main explosent sur notre droite. Des vieux assis accroupis devant leur logis nous font signe de nous \u00e9loigner. Nous sommes bien trop voyants. Tout au long de ces journ\u00e9es nous entendrons souvent les vieux nous dire sans aucune animosit\u00e9 : \u00ab Rentrez chez vous c&rsquo;est plus prudent \u00bb et les jeunes alors vous venez avec nous vous battre ? \u00bb. Les flics sont un peu partout, souvent quelques uns qui chargent entre les baraquements d&rsquo;une vieille cit\u00e9. Interm\u00e8de de couscous aux f\u00e8ves. Ici c&rsquo;est la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale depuis le \u00ab\u00a0massacre\u00a0\u00bb de la facult\u00e9. Toutes les boutiques ont store baiss\u00e9. J&rsquo;essaye de savoir comment la population se ravitaille. Cela fait 48h, pour l&rsquo;instant pas de probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous rendons chez un ami d&rsquo;o\u00f9 nous pourrons assister aux affrontements de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. c&rsquo;est \u00e0 une des sorties de la ville. L\u00e0 jusqu&rsquo;\u00e0 19h les gens se battent autour d&rsquo;une maison en construction. Les flics ont l&rsquo;avantage du terrain, ils sont en haut d&rsquo;une pente ils peuvent jeter leurs grenades \u00e0 main plus loin. Les manifestants ripostent avec des projectiles divers et les frondes visent juste. Certains s&rsquo;approchent \u00e0 10m des CNS. Un camion autopompe arrive en haut de la pente mais ne peut avancer il serait trop vuln\u00e9rable dans ce petit chemin de terre. Plusieurs jeunes me racontent qu&rsquo;un groupe d&rsquo;officiers commandant les op\u00e9rations du secteur a \u00e9t\u00e9 encercl\u00e9 quelques instants plus t\u00f4t par des manifestants qui les ont finalement laiss\u00e9s passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup des discussions s&rsquo;engagent entre forces de l&rsquo;ordre et manifestants ; quelques flics jettent leur matraque en direction des manifestants et leur demandent de venir s&rsquo;approcher. Quelques flottements et un des plus actifs s&rsquo;avance. Nous pensons \u00e0 un pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Juste derri\u00e8re c&rsquo;est la campagne : quelques groupes se reposent \u00e0 l&rsquo;ombre des figuiers et des oliviers. La situation \u00e9volue, les flics laissent passer les gens et les affrontements cessent. Nous en profitons pour regagner le centre. Les barricades ont grandies et se sont multipli\u00e9es elles atteignent toutes 1m50, et les arbres coup\u00e9s \u00e0 la scie s&#8217;emm\u00ealent avec les poteaux \u00e9lectriques.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de d\u00e9bris jonchent les rues. Les affrontements se sont d\u00e9roul\u00e9s partout dans la ville avec comme limite l&rsquo;avenue principale : au nord les quartiers populaires autod\u00e9fendus et barricad\u00e9s au sud la caserne, le tribunal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>L&rsquo;unit\u00e9 nationale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Survient un groupe de manifestants avec en t\u00eate une seule banderole (la seule que je verrais durant tous les \u00e9v\u00e9nements) y est inscrit en fran\u00e7ais et en arabe au-dessous : \u00ab Vive l&rsquo;unit\u00e9 nationale ! \u00bb. Ils avancent vite dans l&rsquo;avenue principal et sont bient\u00f4t 2 000. A la gendarmerie devant laquelle ils passent, c&rsquo;est la prise d&rsquo;arme et la lev\u00e9e du drapeau. Voil\u00e0 quelques heures, ce m\u00eame drapeau a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9 par les manifestants. Les forces de l&rsquo;ordre n&rsquo;interviennent pas et les jeunes et souvent tr\u00e8s jeunes qui sont l\u00e0 crient lib\u00e9rez les \u00e9tudiants. Rencontre d&rsquo;un enseignent fran\u00e7ais qui parle du malaise dans les lyc\u00e9es. Certains \u00e9l\u00e8ves ont en effet d\u00e9j\u00e0 \u00ab disparus \u00bb et lui-m\u00eame semble tr\u00e8s affect\u00e9 de ces faits. Nous nous s\u00e9parons, deux gros flics en civil tournaient autour de nous cherchant \u00e0 \u00e9couter les nouvelles que nous \u00e9changions. Reconfirmation du nombre de bless\u00e9s, il dit 440 \u00e0 500, et dont la gravit\u00e9 de certains, parlent de plaies faites par ba\u00efonnettes aux membres et au ventre qui lui auraient \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites par un coll\u00e8gue fran\u00e7ais travaillant \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Rien de plus \u00e0 propos des morts sinon que tout le monde indique le nombre de 32.<\/p>\n\n\n\n<p>La manif revient, il est \u00e0 peu pr\u00e8s 19h. Depuis d\u00e9j\u00e0 un quart d&rsquo;heure beaucoup de cars et de Landrover sont partis derri\u00e8res eux et les contournent mais pas d&rsquo;interventions. Les jeunes continuent de demander la lib\u00e9ration de leurs camarades. Un car de police qui arrive droit sur la manif est encercl\u00e9 mais les manifestants le contournent et donnent \u00e0 peine quelques coups dans la t\u00f4le. Cela ressemble vraiment \u00e0 de la provocation. Des groupes de jeunes discutent avec les \u00ab\u00a0darakis\u00a0\u00bb en armes autour de la gendarmerie. J&rsquo;en vois m\u00eame un qui seul s&rsquo;explique avec beaucoup de gestes entour\u00e9 d&rsquo;une vingtaine de flics et de gendarmes. Encore des cars qui foncent sur la manif et remontent vers la caserne. Des jeunes sautent et s&rsquo;accrochent aux grilles quelques secondes d&rsquo;o\u00f9 ils essaient de briser les vitres, et resautent vite : quelques dizaines de m\u00e8tres plus loin c&rsquo;est la caserne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Parti en qu\u00eate d&rsquo;information si possible plus s\u00fbr, nous revenons \u00e0 la nuit. Les rues sont calmes, seuls les convois de gendarmes-flics n&rsquo;arr\u00eatent pas de circuler. L&rsquo;ambiance est tendue. Ce silence\u2026 Lorsque nous rentrons chez nous, nous sommes seuls dans les rues, il est minuit pass\u00e9. Nous croisons les Galeries Alg\u00e9riennes dont les vitres ont \u00e9t\u00e9 cass\u00e9es et \u00ab aveugl\u00e9es \u00bb par des cartons mais en se penchant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur je vois quelques matous berb\u00e8res se faufiler entre les piles de shampoings jaunes et pisser d&rsquo;aise sur le bo\u00eetes de conserves.<\/p>\n\n\n\n<p>Des marquages sur la chauss\u00e9e \u00ab\u00a0berb\u00e8res vivront\u00a0\u00bb au tube d&rsquo;encre de ron\u00e9o. Nous arrivons au rond-point. Quelques CNS nous d\u00e9visagent vraiment surpris. Beaucoup de d\u00e9bris partout sur la voie publique. Quelques vitres cass\u00e9es \u00e0 l&rsquo;immeuble du FLN. Nous rentrons nous coucher. R\u00e9veill\u00e9s mardi d\u00e8s 9h par les cris dans la rue. M\u00eame sc\u00e8ne qu&rsquo;hier. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous parcourons la ville, les barricades sont toutes cons\u00e9quentes, le feu est mis \u00e0 de vieux pneus. Des rouleaux de grillage de fer \u00e0 b\u00e9ton sont \u00e9tendus verticalement barrant sur 2,50 m les rues. Seul un petit passage sur un c\u00f4t\u00e9 permet de circuler.<\/p>\n\n\n\n<p>La population d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s nombreuse continue \u00e0 occuper les rues, ils commentent la journ\u00e9e d&rsquo;hier. Nous arrivons chez notre ami. Ils nous faut chercher de l&rsquo;essence et un v\u00e9hicule pour circuler. L\u00e0, un de ses amis qui vient de faire 30 km \u00e0 pieds \u00e0 travers les montagnes pour lui apporter\u2026 du pain. C&rsquo;est tout naturel explique-t-il. Il fait presque \u00e7a tous les jours. Mais aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est particulier, une grande manif est pr\u00e9vue \u00e0 Tizi en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, et il nous montre des colonnes d&rsquo;hommes descendants des collines environnantes. 6 000 montagnards nous dira-t-on plus tard. Nous prenons la direction des Montagnes du Djudjura qui se d\u00e9tachent maintenant sur un fond de ciel bleu. La journ\u00e9e sera belle le soleil est l\u00e0. Nous croisons des groupes de jeunes hommes certains sont partis depuis la veille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Un guide curieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un nous raconte qu&rsquo;il y a un mois aux Beni Yenni (petit village au flanc du Djudjura) les cars de la SNTV ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s par les habitants et cass\u00e9s. Alger, a depuis cess\u00e9 de faire parvenir ceux-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux portes de la ville plusieurs pierres et boulons sifflent \u00e0 mes oreilles ; mais je ne vois pas les lanceurs. Un homme pantalon et blouson de jean environ la quarantaine, la moustache noire, arrive vers nous et nous demande qui nous sommes. Apr\u00e8s lui avoir expliqu\u00e9, ils nous proposent de nous escorter. Il fait un signe \u00e0 des coll\u00e8gues. Je vois une fronde se d\u00e9plier (une simple bande de cuir souple) derri\u00e8re un mur au bout d&rsquo;un bras. Au moins cinquante m\u00e8tres. De temps \u00e0 autre, notre \u00ab\u00a0guide\u00a0\u00bb ramasse une pierre et la lance dans les fourr\u00e9s. Nous n&rsquo;apercevons rien. Il nous explique que des hommes sont l\u00e0 munis de frondes, de projectiles et de barres. Cela va durer jusqu&rsquo;\u00e0 la grande caserne de pompiers \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la ville\u2026 Ceux-ci sont en gr\u00e8ve \u00e9galement avec occupation et auto-d\u00e9fense. Ils nous expliquent que toute la population est contre les violences.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvriers occupent avec piquets de gr\u00e8ve. Un tas de pierres et de barres \u00e0 la porte de l&rsquo;usine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous quitte l\u00e0 et nous remet une signature sur une feuille de carnet. C&rsquo;est un laissez-passer. Nous allons \u00e0 10km et pouvons rencontrer des obstacles\u2026 Un vieux maquisard attend les arrivants et leur donne les premi\u00e8res consignes : visez ceux qui portent des mitraillettes avec des pierres. Quelques explosions retentissent les premi\u00e8res grenades. Des fum\u00e9es noires s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, les vieux pneus qui br\u00fblent. Une deux trois colonnes au-dessus de la ville. Les cigognes qui avaient fait leurs nids sur les pyl\u00f4nes \u00e9lectriques autour du FLN s&rsquo;\u00e9cartent de Tizi et planent boudeuses au-dessus des champs humides. Aux alentours les femmes vont laver le linge d&rsquo;un pas tranquille, les troupeaux paissent, des gosses nous font un brin de conduite, et nous montrent de derri\u00e8re l&rsquo;universit\u00e9 Oued Aissi. De nombreux cars et camions kakis forment un barrage derri\u00e8re les grilles. Sur la route qui relient les montagnes de nombreuses 404 et 504 b\u00e2ch\u00e9s bond\u00e9es de montagnards se dirigent vers la ville. Sur l&rsquo;autre route un important convoi de gendarmerie avance lentement.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, les v\u00e9hicules devant nous font pr\u00e9cipitamment demi-tour \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la ville. Un convoi de darakis, une vingtaine de cars et landrovers, deux autopompes s&rsquo;avancent et stoppent tout autour des hommes courent dans la campagne. Les gendarmes descendent avec d&rsquo;abord des chiens bergers allemands tenus en laisse. Une trentaine. Tout ce qui se trouvait l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 mis en travers de la route pour stopper les forces de l&rsquo;ordre. Nous continuons sans nous occuper des flics.<\/p>\n\n\n\n<p>La bagnole force pour passer un arbre. On g\u00eane au maximum la progression des gendarmes qui nous oblige \u00e0 aller sur la droite : une route qui monte en direction du chantier de la nouvelle mosqu\u00e9e. Tout autour ce sont les champs et les gendarmes ne poursuivent qu&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont attaqu\u00e9s sur leurs c\u00f4t\u00e9s depuis les champs. Je remarque l&rsquo;air crisp\u00e9 des meneurs de chiens en casquette. Nous continuons vers la ville mais stop l\u00e0 on ne passe plus, une barricade de terre de 1,80m sur toute la largeur de la route. La pelle m\u00e9canique qui a servi \u00e0 cet usage est en travers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Tout ce qui est cassable\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes nous proposent de soulever la bagnole pour la lui faire franchir. Mais ils renoncent bien vite, il faudrait d&rsquo;abord d\u00e9blayer. Par derri\u00e8re, les gendarmes se sont encore avanc\u00e9s sur la route. Ils sont bien vuln\u00e9rables au jeu de pierres. Dans les mains des hommes des faucilles, des pelles et des fers \u00e0 b\u00e9ton. Les vieux qui sont descendus avec leurs p\u00e9toires ont \u00e9t\u00e9 pri\u00e9s de retourner\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Demi-tour nous prenons \u00e0 droite au carrefour et continuons ainsi jusqu&rsquo;au prochain barrage de Darakis qui nous obligent \u00e0 prendre un chemin de traverse. Nous allons traverser comme \u00e7a tout le quartier nord les gens soulevant \u00e0 chacune des vingt barricades franchis la voiture que nous laissons \u00e0 la sortie Oppos\u00e9e. Toute la population masculine est dehors. Quelques filles \u00e9galement. Mais ce sont des \u00e9tudiantes. Sur les barricades, de vieux pneus flambent un peu partout. La casse est \u00e9norme. En quelques heures, tout ce qui est officiel a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement cass\u00e9, pill\u00e9, br\u00fbl\u00e9. La gare routi\u00e8re est d\u00e9vast\u00e9 sur les deux \u00e9tages : toutes les vitres cass\u00e9s, bureaux, classeurs et paperasses \u00e9vacu\u00e9s par les fen\u00eatres. Autour un feu allum\u00e9 s&rsquo;est \u00e9teint. La villa de l&rsquo;ancien wali, actuel ministre de l&rsquo;enseignement a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e et br\u00fbl\u00e9e. Les \u00e9coles ont leurs vitres cass\u00e9es. Tout ce qui est cassable l&rsquo;a \u00e9t\u00e9. Des tonnes de papiers officiels sont r\u00e9pandus sur la chauss\u00e9e. Des gosses ramassent quelques classeurs et partent fiers de leur butin. Un homme sort de la nouvelle biblioth\u00e8que avec un bureau en bois sur son dos. Les CNS sont \u00e0 100m occup\u00e9s sur leur droite. Ils nous emp\u00eachent de passer et nous faisons le d\u00e9tour par la place du rond-point. L\u00e0 le spectacle est tout \u00e0 fait digne des meilleures journ\u00e9es parisiennes 8 R16 retourn\u00e9es enti\u00e8rement br\u00fbl\u00e9es devant le FLN. Un camion auto-pompe finit de se consumer enti\u00e8rement d\u00e9truit Les rues sont couvertes de pierres, briques, verres bris\u00e9s sur une \u00e9paisseur de 10cm. Les flics certains assis par terre \u00e0 l&rsquo;abri semblent avoir d\u00e9gust\u00e9. Le cin\u00e9ma a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9 les deux h\u00f4tels \u00e9galement. Du si\u00e8ge du FLN, il ne reste que les murs et le toit. Tout l&rsquo;int\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 sorti les dossiers d\u00e9chir\u00e9s. Les affrontements vont durer encore tard jusque dans la soir\u00e9e. Des gendarmes viennent relayer les CNS derri\u00e8res le si\u00e8ge du FLN. Deux sont \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;une sorte de fusil d&rsquo;assault avec lance grenade anti-personnelle, un troisi\u00e8me, porte deux petits caisses grises. D&rsquo;autres ont la ba\u00efonnette au canon du Kalashnikov.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9s dans la maison, les flics nous ordonnent de fermer volets et fen\u00eatres. J&rsquo;observe accroupi depuis un balcon : les gens qui sont abrit\u00e9s dans des chantiers voisins d&rsquo;o\u00f9 ils dirigent leurs attaques. Cela durera ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 23h. Nous ressortons \u00e0 cette heure l\u00e0 : dans notre dos \u00e0 15 m les paroles \u00e9chang\u00e9es dans les talkies-walkies par les gendarmes. On passe seuls au milieu de la rue. Devant la mosqu\u00e9e un vieil homme allong\u00e9 sur le dos au milieu de la chauss\u00e9e s&rsquo;est assoupi les pieds nus r\u00e9chauff\u00e9s par la lueur orang\u00e9e d&rsquo;un pneu qui finit de briller. Il est \u00e0 200m des flics prot\u00e9g\u00e9 par un de ces grillages en travers qui ne se voit plus la nuit qu&rsquo;en arrivant dessus. Nous faisons un rapide tour et voyons dans la cit\u00e9 autour de la poste toujours gard\u00e9e, les gens s&rsquo;agglutiner les uns chez les autres, pour se nourrir et \u00e9changer les informations. Lorsque nous remontons je vois la 505 blanche du tribunal (Break am\u00e9nag\u00e9e en cellule \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re) remonter vers les quartiers nord escort\u00e9e par deux Landrovers. Puis deux coups de feux nets: et la 504 redescend \u00e0 toute allure pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 des deux Landrovers bombard\u00e9es de pierres et roulant sur le tapis de projectiles. Quelques instants plus tard je vois dans l&rsquo;immeuble en face des gens qui observent de derri\u00e8re les volets, allument et \u00e9teignent rapidement la lumi\u00e8re d\u00e8s qu&rsquo;il y a du passage dans la rue. Il semble que la peur s&rsquo;est install\u00e9e. Nous pensons \u00e0 une ratonnade syst\u00e9matique des \u00eelots aux alentours. De fait, au cours de la nuit je verrai plusieurs sc\u00e8nes de ce type. Quelques civils accompagn\u00e9s de darakis se pr\u00e9cipitent dans un immeuble qui est devant et o\u00f9 il y a un passage marchand et en ressort \u00e0 chaque fois avec un prisonnier. Tr\u00e8s rapidement. Aucun bruit. Aucun cri. Ce silence est horrible. Pas pr\u00e9cipit\u00e9s sous la fen\u00eatre, 4 gendarmes courent vers l&rsquo;immeuble de l&rsquo;UGTA. Il est trois heures du matin. Le lendemain la situation reste inchang\u00e9e barricades, partout les gens contemplent l&rsquo;importance des combats et de la casse. Les affrontements continuent encore mais le plus gros est pass\u00e9. Maintenant les montagnards repartent, les gens parlent. La banni\u00e8re \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;Unit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb reste accroch\u00e9e \u00e0 la barricade devant la wilaya. On me parle de plantes de pieds br\u00fbl\u00e9es. Nous quittons Tizi en fin de matin\u00e9e, \u00e0 Bordj Menael, tous les panneaux routiers cass\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s sur les bords de la chauss\u00e9e. La caserne de gendarmerie a son enseigne cass\u00e9e. Toute la population est dehors. Nous avons crois\u00e9 plusieurs convois de flics qui se dirigent vers Tizi Ouzou. Six barrages de gendarmes contr\u00f4lent les v\u00e9hicules dans cette direction mais nous laissent passer vers Alger.<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi soir \u00e0 Alger, plusieurs groupes courent dans les rues presque d\u00e9sertes criant \u00ab\u00a0Berb\u00e8res vivront\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain je sens les regards souvent agressifs peser sur moi. Je surprendrai le patron de l&rsquo;h\u00f4tel visitant ma chambre. Pas g\u00ean\u00e9, il ne s&rsquo;explique m\u00eame pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">LOUIS PAGES<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"453\" height=\"610\" data-attachment-id=\"11553\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/02\/16\/tizi-ouzou-la-revolte-de-lespoir\/sans-frontiere-6-mai-1980\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?fit=453%2C610&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"453,610\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Sans-Frontiere-6-mai-1980\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?fit=223%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?fit=453%2C610&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?resize=453%2C610&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11553\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?w=453&amp;ssl=1 453w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Sans-Frontiere-6-mai-1980.png?resize=223%2C300&amp;ssl=1 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier paru dans Sans Fronti\u00e8re, n\u00b0 13, 6 mai 1980, p. 7-11 D\u00e9tournement de&#8230; manifs Pour les tous jeunes, on rappelle en effet que c&rsquo;est d\u00e8s octobre 1956 que la France, soi-disant championne d&rsquo;un certain nombre de droits essentiels &#8211; ceux de l&rsquo;homme y compris ? 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