{"id":12275,"date":"2021-05-02T11:22:15","date_gmt":"2021-05-02T09:22:15","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=12275"},"modified":"2026-03-25T18:53:46","modified_gmt":"2026-03-25T17:53:46","slug":"georges-lamizet-reflexions-sur-le-journal-dun-ouvrier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/05\/02\/georges-lamizet-reflexions-sur-le-journal-dun-ouvrier\/","title":{"rendered":"Georges Lamizet : R\u00e9flexions sur le \u00ab\u00a0Journal d&rsquo;un ouvrier\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Georges Lamizet paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n137.pdf\" target=\"_blank\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>, n\u00b0 137,<\/strong> <strong>avril 1959,<\/strong> <strong>p. 17-18<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/servimg.eyrolles.com\/static\/media\/9923\/9782402299923_internet_h1400.jpg?resize=392%2C672&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"392\" height=\"672\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>\u00ab\u00a0Car l&rsquo;esprit ouvrier, \u00e0 peine ses yeux sont-ils ouverts, revient \u00e0 son \u00ab\u00a0Je pense\u00a0\u00bb, tout comme Descartes. Il tient bon l\u00e0 ; il se forme une id\u00e9e juste de ce que c&rsquo;est qu&rsquo;une vie humaine ; et cette id\u00e9e est qu&rsquo;il ne faut pas attendre de tout comprendre pour vivre en homme. Cette id\u00e9e est en marche, et le moindre progr\u00e8s de la connaissance l&rsquo;\u00e9claire un peu plus. Et c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;id\u00e9e de rationalisation, qui porte la marque des brevet\u00e9s, a trouv\u00e9, contre l&rsquo;attente des rois de ce monde-l\u00e0, une r\u00e9sistance. Le citoyen riveur et le citoyen ajusteur ont dit : \u00ab\u00a0Produire n&rsquo;est pas le tout ; et aussi bien votre \u00e9difice industriel s&rsquo;\u00e9croule par le haut, ce qui prouve que vous \u00eates bien loin de conna\u00eetre assez pour l\u00e9gif\u00e9rer. Humanit\u00e9 et justice valent mieux que puissance : et puisque vous nous consultez, nous allons dire, non ce que nous savons, mais ce que nous voulons. C&rsquo;est \u00e0 vous, les rois, de vous en arranger.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><cite>ALAIN (1931)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Ce journal de deux ann\u00e9es, 1956-1958, est paru aux Editions de Minuit. Un mot d&rsquo;abord sur l&rsquo;auteur, <em>Daniel Moth\u00e9<\/em>, un m\u00e9tallo. Il y a parmi les m\u00e9tallos des man\u0153uvres, des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s, O.S., et des ouvriers professionnels. Daniel Moth\u00e9 est un de ceux-ci ; il est P.2. c&rsquo;est-\u00e0-dire professionnel de la cat\u00e9gorie moyenne, dans un atelier d&rsquo;outillage, chez Renault. Il est d&rsquo;autre part un des animateurs du petit groupe marxiste \u00ab Socialisme ou barbarie \u00bb. C&rsquo;est dire que, par les livres et les discussions, cet ouvrier, qu&rsquo;il le veuille ou non, est aussi un intellectuel. Il sait mettre par \u00e9crit ce qu&rsquo;il pense et ce que pensent ses camarades. <\/p>\n\n\n\n<p>Racontant la gr\u00e8ve du 25 octobre 1957, dont on retrouve dans ce livre un r\u00e9cit malheureusement abr\u00e9g\u00e9, il disait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Qu&rsquo;est-ce que je suis dans tout cela ? Celui \u00e0 qui on demande de faire marcher sa t\u00eate ou sa plume pour d\u00e9patouiller la situation. Je fais marcher ma t\u00eate et l&rsquo;on me dit : \u00ab \u00e7a va \u00bb, ou bien : \u00ab ce n&rsquo;est pas \u00e7a qu&rsquo;il faut dire, c&rsquo;est \u00e7a \u00bb. Et je refais marcher ma t\u00eate et ma plume. \u00bb<\/em> <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Intellectuel \u2014 et il sera bon de le rappeler aux intellectuels de la \u00ab petite gauche \u00bb qui reconna\u00eetront sous cette plume leurs mots, leurs probl\u00e8mes, et pourront \u00eatre entretenus dans l&rsquo;illusion qu&rsquo;ils se donnent, salari\u00e9s, d&rsquo;appartenir \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. Ils n&rsquo;en sont pas s\u00fbrs, ils aiment se le dire, et c&rsquo;est faux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA CONDITION OUVRI\u00c8RE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a aussi dans ce livre tout ce qu&rsquo;il faut pour d\u00e9truire une telle illusion. Mettons que Daniel Moth\u00e9 est un intellectuel qui sait de quoi il parle \u2014 esp\u00e8ce rare \u2014 ou qu&rsquo;il est devenu un intellectuel sans cesser d&rsquo;\u00eatre un ouvrier. La condition ouvri\u00e8re, son \u00ab Journal \u00bb la d\u00e9finit avec la plus grande nettet\u00e9. Elle ne peut pas \u00eatre d\u00e9finie seulement par le niveau des salaires. Et elle n&rsquo;est nullement mise en question, aux yeux de Moth\u00e9, par les revendications syndicales : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab\u00a0L&rsquo;ouvrier, comme consommateur, est maintenu \u00e0 un rang de machine ; il a les m\u00eames besoins qu&rsquo;elle : alimentation, entretien, repos. C&rsquo;est sur cette base essentiellement bourgeoise que se place le syndicat. On discute interminablement pour savoir si le repos et l&rsquo;alimentation de l&rsquo;ouvrier sont suffisants et on mettra pour cela \u00e0 contribution les techniciens de la machine humaine, m\u00e9decins, psychologues, neurologues, etc. Des syndicats pol\u00e9miqu\u00e8rent pendant des mois pour faire admettre au patronat et au gouvernement que l&rsquo;on doit remplacer la balle de tennis par le ballon de football dans les 213 articles du minimum vital. Mais l&rsquo;ouvrier a beau manger des biftecks, et m\u00eame avoir la t\u00e9l\u00e9vision et son automobile, il reste dans la soci\u00e9t\u00e9 une machine productive, rien de plus. Et c&rsquo;est l\u00e0 sa vraie mis\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on lit au d\u00e9but du \u00ab\u00a0Journal d&rsquo;un ouvrier\u00a0\u00bb. Et vers la fin, \u00e0 propos du balayeur : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas politis\u00e9 et, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il est en plus un Africain, il ne perd pas de vue les aspirations humaines les plus \u00e9l\u00e9mentaires. Il est plus r\u00e9volt\u00e9 que les autres d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un robot. Il dit que ses cheveux blanchissent et qu&rsquo;il voudrait partir de l\u00e0 avant qu&rsquo;ils ne soient compl\u00e8tement blancs. C&rsquo;est le syst\u00e8me de vie qu&rsquo;on lui impose qu&rsquo;il refuse. Gagner un peu plus ou un peu moins, ce n&rsquo;est pas le grand probl\u00e8me pour lui. \u00ab On se fout de moi, dit-il, parce que je suis man\u0153uvre, mais ceux qui se moquent sont aussi idiots que moi. Quand j&rsquo;arrive le matin, ils sont l\u00e0 aussi, \u00e0 pointer leur carton, comme moi. Quand j&rsquo;ai sommeil, et que je me frotte les yeux, eux aussi ils ont sommeil. Ils restent ici autant de temps que moi jusqu&rsquo;au soir. Alors ? Ils gagnent un peu plus que moi parce qu&rsquo;ils sont professionnels, mais ils ne peuvent rien faire d&rsquo;autre que venir tous les jours, comme moi, et faire la mente chose comme des idiots, sans savoir pourquoi \u00bb. Il r\u00e9p\u00e8te : \u00ab Ils se croient plus malins, mais ils sont comme moi \u00bb. Et, pour se consoler : \u00ab Ils en bavent tous, comme moi. \u00bb <\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, si aujourd&rsquo;hui comme hier quelque chose peut dans une certaine mesure arracher l&rsquo;ouvrier \u00e0 sa condition, c&rsquo;est une diminution de la dur\u00e9e du travail. Autrefois cela sautait aux yeux : lutte pour la journ\u00e9e de 8 heures, lutte pour la semaine de 40 heures. Mais depuis la guerre on a pris les ouvriers au pi\u00e8ge des heures suppl\u00e9mentaires. Dangereux obscurcissement de la conscience de classe, pour ne pas dire de la conscience tout court.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>RATIONALISATION ET D\u00c9BROUILLAGE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le qui fait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui plus que jamais l&rsquo;ouvrier sent sa vie lui \u00e9chapper, du moins dans cette trop durable part qu&rsquo;en prend son gagne-pain, c&rsquo;est la rationalisation. On le sait pour l&rsquo;O.S. On peut apprendre par le \u00ab\u00a0Journal\u00a0\u00bb de Moth\u00e9 comment cela devient vrai, dans des usines comme l&rsquo;usine Renault, pour l&rsquo;ouvrier qualifi\u00e9 lui-m\u00eame. La part d&rsquo;initiative qu&rsquo;on lui laisse dans son travail est de plus en plus r\u00e9duite. Mais Moth\u00e9 montre en m\u00eame temps que cette rationalisation est une mystification :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab Quand la Direction pr\u00e9sente un sch\u00e9ma rationnel de l&rsquo;usine, n&rsquo;importe qui est enclin \u00e0 le consid\u00e9rer comme vrai. Notre atelier figure en bonne place dans ces sch\u00e9mas. Pourtant, \u00e0 notre niveau il nous est difficile de parler de rationalit\u00e9. Ce que nous percevons est m\u00eame la n\u00e9gation de tout plan organis\u00e9 ; en d&rsquo;autres termes, c&rsquo;est ce que nous appelons le bordel. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en apparence que tout est r\u00e9gl\u00e9 d&rsquo;en haut, pour le mieux, jusque dans le plus extr\u00eame d\u00e9tail, que rien n&rsquo;est laiss\u00e9 au hasard. Rien n&rsquo;est possible que parce que les ouvriers, dans chaque atelier, \u00ab\u00a0se d\u00e9brouillent\u00a0\u00bb. En voici un exemple parmi d&rsquo;autres : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab\u00a0\u2026la multiplication des interm\u00e9diaires qui nous s\u00e9parent du stock d&rsquo;outillage et des aff\u00fbteurs est pour nous un obstacle permanent. Nous le surmontons en cr\u00e9ant nous-mentes une esp\u00e8ce des magasins plus ou moins clandestin o\u00f9 nous stockons pour nous et pour nos camarades les outils ad\u00e9quats que nous nous sommes procur\u00e9s. Encore une fois nous avons, le faisant, court-circuit\u00e9 l&rsquo;organisation de l&rsquo;usine : encore une fois nous sommes en faute ; mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 ce prix que nous pouvons travailler.\u00a0\u00bb <\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re m\u00eame dont l&rsquo;industrie est illusoirement organis\u00e9e, planifi\u00e9e, rationalis\u00e9e par les \u00ab\u00a0managers\u00a0\u00bb finit par conduire les ouvriers, pour la production <em>mais contre la Direction<\/em>, \u00e0 reprendre une petite part de l&rsquo;initiative qu&rsquo;on leur a \u00f4t\u00e9e et dans une petite mesure \u00e0 organiser eux-m\u00eames leur travail. La guerre des classes \u00e9clate jusque dans les op\u00e9rations du travail d&rsquo;usine. Et Moth\u00e9 ne nous laisse pas prendre les vessies de la bureaucratie pour les lanternes de la rationalisation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>GUERRE AUX SYNDICATS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame qu&rsquo;il y a une mystification de l&rsquo;organisation industrielle, il y a aux yeux de Moth\u00e9 une mystification de l&rsquo;action syndicale. La bureaucratisation des syndicats est all\u00e9e de pair avec la bureaucratisation des entreprises. Croissance. Scl\u00e9rose. Chez Renault les rapports de l&rsquo;ouvrier avec la direction de son syndicat sont du m\u00eame genre que ses rapports avec la direction de l&rsquo;usine : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00a0\u00bb &#8230;l&rsquo;ouvrier, s&rsquo;il ne sait pas ce qu&rsquo;il fabrique, s&rsquo;il ignore comment on pr\u00e9serve son corps des accidents, doit aussi ignorer comment on d\u00e9tend ses propres int\u00e9r\u00eats aupr\u00e8s de la Direction.\u00a0\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 est moins le repr\u00e9sentant des ouvriers que le repr\u00e9sentant du syndicat. Une sorte de contrema\u00eetre. On objectera qu&rsquo;il n&rsquo;en va pas ainsi dans les petites entreprises, que les sections syndicales peuvent y \u00eatre vivantes. Mais peut-il en \u00eatre autrement au niveau f\u00e9d\u00e9ral et conf\u00e9d\u00e9ral ? Dans une soci\u00e9t\u00e9 en proie \u00e0 la bureaucratie, la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9chappe autant aux ouvriers que l&rsquo;organisation de leur travail. Et la concurrence des syndicats (chez Renault : le syndicat C.G.T., le syndicat F.O., le syndicat C.F.T.C., le syndicat ind\u00e9pendant, d&rsquo;inspiration gaulliste) accentue cette situation. On n&rsquo;est pas mieux servi, ouvrier, par les syndicats que, citoyen, par les partis \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard desquels la \u00ab R.P. \u00bb nourrit une si juste m\u00e9fiance. Le syndicat, qu&rsquo;il soit ou non l&rsquo;annexe d&rsquo;un parti, doit-il \u00eatre mis dans le m\u00eame sac ? C&rsquo;est ce que pensent Daniel Moth\u00e9 et ses camarades du groupe \u00ab\u00a0Socialisme ou barbarie\u00a0\u00bb. La part faite de l&rsquo;esprit de syst\u00e8me, il faut comprendre que ce n&rsquo;est pas sans s\u00e9rieuses raisons. Je ne dis pas que ces raisons soient sans r\u00e9plique. Je dis qu&rsquo;elles m\u00e9ritent examen et qu&rsquo;il ne faut pas r\u00e9pondre \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA DEMOCRATIE OUVRIERE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que faire ? Il est une formule de Pelloutier que tout le monde sait par c\u0153ur \u00e0 la \u00ab R.P. \u00bb et \u00e0 la-quelle Moth\u00e9 souscrirait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0poursuivre plus m\u00e9thodiquement, plus obstin\u00e9ment que jamais l&rsquo;oeuvre d&rsquo;\u00e9ducation morale, administrative et technique n\u00e9cessaire pour rendre viable une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes fiers et libres\u00a0\u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il faut en croire Moth\u00e9, ce que sont devenus les syndicats les rend incapables d&rsquo;accomplir ce que le syndicalisme r\u00e9volutionnaire se proposait le 1er mai 1895. On en peut discuter. Mais telle est bien l&rsquo;oeuvre \u00e0 laquelle il faut se remettre. <\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re ne peut \u00eatre la fin si elle n&rsquo;est le moyen. Il importe que dans la marge d&rsquo;action qui leur reste les travailleurs ne laissent rien soustraire \u00e0 leur propre Jugement et \u00e0 leur propre volont\u00e9, qu&rsquo;ils ne laissent personne se substituer \u00e0 eux. Il importe que tous pensent, que tous s&rsquo;expriment, que tous d\u00e9cident :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab\u00a0Certains d&rsquo;entre nous s&rsquo;\u00e9taient ing\u00e9ni\u00e9s \u00e0 r\u00e9veiller l&rsquo;esprit critique et \u00e0 redonner \u00e0 nos camarades le sens de leur responsabilit\u00e9. L&rsquo;arme redoutable que nous avions tent\u00e9 d&rsquo;introduire partout, c&rsquo;\u00e9tait la discussion. la critique des ordres des organisations syndicales. Et cela n&rsquo;avait pas cr\u00e9\u00e9 la division entre les ouvriers, mais bien au contraire ressoud\u00e9 leur unit\u00e9. Nous \u00e9tions donc arriv\u00e9s \u00e0 une conclusion qui peut para\u00eetre paradoxale \u00e0 tous ceux qui portent aux nues le cr\u00e9tinisme bureaucratique. Cette conclusion peut s&rsquo;exprimer ainsi : pour qu&rsquo;un ordre puisse avoir la chance d&rsquo;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, il doit passer par le crible de la critique des ouvriers\u00a0\u00bb. <\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Conclusion r\u00e9confortante, mais qu&rsquo;il ne faudrait peut-\u00eatre pas tirer trop vite. On ne doit pas remettre \u00e0 plus tard de s&rsquo;engager dans ce chemin, mais il ne faut pas laisser croire qu&rsquo;il soit ais\u00e9, ni court. Il est certain qu&rsquo;\u00e0 la longue l&rsquo;efficacit\u00e9 ne peut que gagner \u00e0 la critique. Mais cela n&rsquo;appara\u00eetra pas toujours dans l&rsquo;imm\u00e9diat. C&rsquo;est sans crainte de renoncer \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 imm\u00e9diate, et par un effort de longue haleine, que doit \u00eatre r\u00e9veill\u00e9e la critique ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Moth\u00e9 \u00e9crivait, au moment de la gr\u00e8ve du 25 octobre 1957 aux usines Renault : \u00ab La d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re, ce n&rsquo;est pas une morale, c&rsquo;est une m\u00e9thode, \u2014 et la seule m\u00e9thode efficace \u00bb. Si elle est la seule m\u00e9thode efficace, tant mieux, mais elle est aussi une morale, et c&rsquo;est en \u00e9tant d&rsquo;abord une morale qu&rsquo;elle peut \u00eatre une m\u00e9thode. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet esprit critique ins\u00e9parable du sens de la responsabilit\u00e9, son \u00ab Journal \u00bb nous en montre les assoupissements et les r\u00e9veils. On y voit ses camarades, ceux de son atelier et ceux des chaines, au moment d&rsquo;une gr\u00e8ve ou d&rsquo;une autre, du rappel des disponibles, de l&rsquo;insurrection hongroise, des \u00e9v\u00e9nements du 13 mai. On les voit travailler, aller pisser ou se laver les mains, d\u00e9brayer, s&rsquo;engueuler, rire, se r\u00e9signer ou se ressaisir \u2014 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Georges LAMIZET.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"410\" height=\"598\" data-attachment-id=\"12276\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/05\/02\/georges-lamizet-reflexions-sur-le-journal-dun-ouvrier\/la-revolution-proletarienne-avril-1959\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/La-revolution-proletarienne-avril-1959.png?fit=410%2C598&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"410,598\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-revolution-proletarienne-avril-1959\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/La-revolution-proletarienne-avril-1959.png?fit=410%2C598&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/La-revolution-proletarienne-avril-1959.png?resize=410%2C598&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-12276\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/La-revolution-proletarienne-avril-1959.png?w=410&amp;ssl=1 410w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/La-revolution-proletarienne-avril-1959.png?resize=206%2C300&amp;ssl=1 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Georges Lamizet paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 137, avril 1959, p. 17-18 \u00ab\u00a0Car l&rsquo;esprit ouvrier, \u00e0 peine ses yeux sont-ils ouverts, revient \u00e0 son \u00ab\u00a0Je pense\u00a0\u00bb, tout comme Descartes. 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