{"id":13392,"date":"2021-07-24T09:43:59","date_gmt":"2021-07-24T07:43:59","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=13392"},"modified":"2026-02-17T21:07:49","modified_gmt":"2026-02-17T20:07:49","slug":"george-orwell-grandeur-et-decadence-du-roman-policier-anglais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/07\/24\/george-orwell-grandeur-et-decadence-du-roman-policier-anglais\/","title":{"rendered":"George Orwell : Grandeur et d\u00e9cadence du roman policier anglais"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de George Orwell<\/strong> <strong>paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/fontaine\/1-janvier-1944\/1739\/4078415\/69\" target=\"_blank\">Fontaine<\/a><\/em>, n\u00b0 37-40, janvier 1944, p. 69-75<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"291\" height=\"466\" data-attachment-id=\"13394\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/07\/24\/george-orwell-grandeur-et-decadence-du-roman-policier-anglais\/fontaine-janvier-1944\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?fit=291%2C466&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"291,466\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Fontaine-janvier-1944\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?fit=187%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?fit=291%2C466&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?resize=291%2C466&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-13394\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?w=291&amp;ssl=1 291w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Fontaine-janvier-1944.png?resize=187%2C300&amp;ssl=1 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 291px) 100vw, 291px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">C&rsquo;EST de 1920 \u00e0 1940 que fut lu et \u00e9crit le plus grand nombre de romans policiers et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment durant cette p\u00e9riode que le roman policier en tant que genre litt\u00e9raire devint d\u00e9cadent. Au cours de ces ann\u00e9es inqui\u00e8tes et utiles, les \u00ab\u00a0crime stories\u00a0\u00bb comme on les appelait (en d\u00e9signant ainsi le roman d\u00e9tective proprement dit aussi bien que le \u00ab\u00a0thriller\u00a0\u00bb o\u00f9 l&rsquo;auteur utilise la formule grand-guignolesque) constituaient en Angleterre un palliatif universel au m\u00eame titre que le th\u00e9, l&rsquo;aspirine, les cigarettes et la radio. Ces ouvrages parurent en quantit\u00e9 industrielle et l&rsquo;on ne peut qu&rsquo;\u00eatre surpris de compter parmi leurs auteurs des professeurs d&rsquo;\u00e9conomie politique et des pr\u00eatres tant catholiques qu&rsquo;anglicans. L&rsquo;amateur que jamais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire un roman n&rsquo;avait effleur\u00e9 se sentait de taille \u00e0 taquiner le roman policier qui n&rsquo;exige que de tr\u00e8s vagues connaissances de toxicologie et un alibi plausible derri\u00e8re lequel dissimuler le coupable. Bient\u00f4t pourtant le roman policier tendait \u00e0 se compliquer : il demandait \u00e0 l&rsquo;auteur plus d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 car il fallait satisfaire chez le lecteur un app\u00e9tit de violence et une soif de sang toujours croissants. Les crimes devinrent plus sensationnels et plus difficiles \u00e0 d\u00e9celer. Mais il n&rsquo;en reste pas moins que dans cette multitude d&rsquo;ouvrages l&rsquo;on n&rsquo;en trouve point ou presque qui vaille la peine d&rsquo;\u00eatre relus. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;en fut pas toujours ainsi. La litt\u00e9rature distrayante n&rsquo;est pas forc\u00e9ment de la mauvaise litt\u00e9rature. Entre 1880 et 1920 nous avons eu, en Angleterre, trois sp\u00e9cialistes du roman d\u00e9tective qui firent preuve de qualit\u00e9s artistiques ind\u00e9niables. Conan Doyle appartenait bien entendu \u00e0 cette trinit\u00e9 et, avec lui, deux \u00e9crivains qui ne le valent pas mais que l&rsquo;on ne doit pas m\u00e9priser : Ernest Bramah et R. Austin Freeman. Les \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0Aventures de Sherlock Holmes\u00a0\u00bb, Max Carrados\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0Yeux de Max Carrados\u00a0\u00bb de Bramah, \u00ab\u00a0L&rsquo;Oeil d&rsquo;Osiris\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0L&rsquo;Os qui chante\u00a0\u00bb de Freeman sont, avec les deux ou trois nouvelles d&rsquo;Edgar Allan Poe dont ils s&rsquo;inspirent, les classiques de la litt\u00e9rature d\u00e9tective anglaise. L&rsquo;on retrouve dans chacun de ces ouvrages des qualit\u00e9s de style, et mieux encore une <em>atmosph\u00e8re <\/em>auxquelles les auteurs contemporain, ne nous ont gu\u00e8re habitu\u00e9s (Dorothy Sayers, par exemple, ou Agatha Christie ou Freeman Wills Croft). Il vaut la peine d&rsquo;en rechercher les raisons. <\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s son entr\u00e9e en sc\u00e8ne, Sherlock Holmes reste l&rsquo;un des personnages les plus populaires du roman anglais. Son physique mince et athl\u00e9tique, son nez en bec d&rsquo;oiseau, sa robe de chambre frip\u00e9e, les pi\u00e8ces encombr\u00e9es de son appartement de Baker Street avec leurs recoins et leur \u00e9prouvettes, le violon, le tabac dans la pantoufle hindoue, les traces de balles sur les murs, tout cela fait partie du mobilier intellectuel de l&rsquo;Anglais qui conna\u00eet ses auteurs. D&rsquo;autre part, les exploits de Sherlock Holmes ont \u00e9t\u00e9 traduits en une vingtaine de langues, du Norv\u00e9gien au Japonais. Les deux autres \u00e9crivains dont j&rsquo;ai parl\u00e9, Ernest Bramah et R. Austin Freeman, n&rsquo;atteignirent jamais un aussi vaste public, mais tous deux ont su cr\u00e9er des types inoubliables. Le Docteur Thorndyke de Freeman est le d\u00e9tective de laboratoire, l&rsquo;expert m\u00e9dico-l\u00e9gal qui r\u00e9sout l&rsquo;\u00e9nigme \u00e0 coups de microscope et d&rsquo;appareil photographique. Quant au Max Carrados d&rsquo;Ernest Bramah, il est aveugle. La c\u00e9cit\u00e9 ayant hypertrophi\u00e9 ses autres sens, il n&rsquo;en devient que plus fort. Si nous cherchons \u00e0 d\u00e9terminer les raisons pour lesquelles ces trois auteurs nous attirent, nous sommes amen\u00e9s \u00e0 faire une premi\u00e8re constatation d&rsquo;ordre purement technique, qui met en relief les faiblesses du roman policier contemporain et de toutes les nouvelles anglaises de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;on d\u00e9couvre que la \u00ab\u00a0d\u00e9tective story\u00a0\u00bb de la bonne \u00e9poque (de Poe \u00e0 Freeman) en infiniment plus <em>fournie <\/em>que le roman moderne. Le dialogue est plus \u00e9toff\u00e9, les digressions sont plus fr\u00e9quentes. Si les contes de Conan Doyle ou de Poe avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits hier, l&rsquo;on doute fort qu&rsquo;un \u00e9diteur en e\u00fbt voulu. Ils sont trop longs pour les revues ramass\u00e9es d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et leurs interminables entr\u00e9es en mati\u00e8re vont \u00e0 l&rsquo;encontre de la marotte actuelle de l&rsquo; \u00ab\u00a0\u00e9conomie\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cependant d&rsquo;une accumulation de d\u00e9tails \u00e0 premi\u00e8re vue superflus que Conan Doyle, comme Dickens avant lui, tire ses effets les plus frappants. Si l&rsquo;on se livre \u00e0 un examen des ouvrages de la s\u00e9rie Sherlock Holmes, l&rsquo;on s\u2019aper\u00e7oit que les excentricit\u00e9s et la perspicacit\u00e9 de ce personnage se manifestent surtout durant les \u00e9pisodes qui ne rentrent pas int\u00e9gralement dans la trame du roman. Holmes brille surtout par sa m\u00e9thode de \u00ab\u00a0raisonnement par d\u00e9duction\u00a0\u00bb qui stup\u00e9fie le bon docteur Watson et dont nous trouvons un exemple au d\u00e9but du \u00ab\u00a0Blue Carbuncle\u00a0\u00bb. Il suffit \u00e0 Holmes d&rsquo;examiner un chapeau melon trouv\u00e9 dans la rue pour qu&rsquo;il donne une description minutieuse \u2014 et, comme la suite le prouve, exacte \u2014 de son propri\u00e9taire. L&rsquo;incident du chapeau n&rsquo;a pourtant que des rapports tr\u00e8s vagues avec l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement principal ; plusieurs \u00e9pisodes sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de conversations qui remplissent jusqu&rsquo;\u00e0 six ou sept pages et ne pr\u00e9tendent pas \u00eatre autre chose que de la digression pure et simple. C&rsquo;est surtout par le truchement de ces conversations que sont d\u00e9montr\u00e9s le g\u00e9nie de Holmes et la na\u00efvet\u00e9 de Watson. <\/p>\n\n\n\n<p>Ernest Bramah et R. Austin Freeman travaillent eux aussi avec ce m\u00eame m\u00e9pris de l&rsquo;\u00e9conomie. Si leurs r\u00e9cits sont des \u0153uvres litt\u00e9raires et non de simples \u00ab\u00a0puzzles\u00a0\u00bb c&rsquo;est beaucoup gr\u00e2ce aux digressions que l&rsquo;on y trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman policier des bonnes ann\u00e9es n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement \u00e9chafaud\u00e9 sur un myst\u00e8re et il se laisse lire m\u00eame s&rsquo;il ne se termine pas par une surprise ou une r\u00e9v\u00e9lation sensationnelles. Ce qui nous agace le plus chez l&rsquo;\u00e9crivain de \u00ab\u00a0d\u00e9tective stories\u00a0\u00bb modernes c&rsquo;est l&rsquo;effort constant, douloureux presque, auquel il se livre pour cacher l&rsquo;identit\u00e9 du coupable &#8211; formule d&rsquo;autant plus aga\u00e7ante que le lecteur, en se blasant, finit par trouver les proc\u00e9d\u00e9s de dissimulation grotesques. Au contraire, dans bon nombre de nouvelles de Conan Doyle et dans le c\u00e9l\u00e8bre conte de Poe, \u00ab\u00a0The Purloined Letter\u00a0\u00bb, l&rsquo;auteur du crime est connu d\u00e8s le d\u00e9but. Comment le coupable man\u0153uvre-t-il, comment sera-t-il enfin livr\u00e9 \u00e0 la justice ? Toute la question est l\u00e0. Austin Freeman pousse parfois l&rsquo;audace jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9crire d&rsquo;abord le crime par le menu d\u00e9tail, puis se borne \u00e0 expliquer la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00e9nigme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue. Dans les romans de la premi\u00e8re heure, le crime n&rsquo;est donc pas forc\u00e9ment sensationnel ou ing\u00e9nieusement con\u00e7u. Dans le roman policier moderne l&rsquo;incident-clef est presque toujours un assassinat (la formule ne varie gu\u00e8re : un cadavre, une douzaine de suspects, ayant chacun leur alibi \u00e9tanche) ; mais chez les pr\u00e9curseurs il est souvent question d&rsquo;humbles m\u00e9faits, le coupable n&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;un filou de troisi\u00e8me zone. Peut-\u00eatre d\u00e9couvre-t-on m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;y a ni coupable ni crime. Nombreux sont les myst\u00e8re sond\u00e9s par Holmes qui plac\u00e9s en pleine lumi\u00e8re ne sont que des trompe-l\u2019\u0153il. Bramah \u00e9crivit dix ou vingt contes, dont deux ou trois seulement ont trait \u00e0 des assassinats. Les auteurs peuvent se payer ce luxe car le succ\u00e8s de leur ouvrage ne d\u00e9pend pas de la d\u00e9couverte du criminel mais bien de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pr\u00e9sente pour le lecteur un expos\u00e9 des m\u00e9thodes de d\u00e9tection ch\u00e8res \u00e0 Holmes, Thorndyke ou Carrados. Ces personnages exaltent l&rsquo;imagination et le lecteur, s&rsquo;il r\u00e9agit comme on entend le faire r\u00e9agir, fait d&rsquo;eux des g\u00e9ants intellectuels. <\/p>\n\n\n\n<p>Il nous est possible maintenant d&rsquo;\u00e9tablir une distinction fondamentale entre les deux \u00e9coles du roman policier \u2014 l&rsquo;ancienne et l&rsquo;actuelle. <\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9curseurs croyaient en leurs propres personnages. Ils faisaient de leurs d\u00e9tectives des \u00eatres exceptionnellement dou\u00e9s, des demi-dieux pour lesquels ils \u00e9prouvaient une admiration sans bornes. De nos jours, dans notre d\u00e9cor de guerres mondiales, de ch\u00f4mage universel, de famines, d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mies et de totalitarisme, le crime a beaucoup perdu de sa saveur ; nous sommes par trop conscients de ses causes sociales et \u00e9conomiques pour faire du simple policier un bienfaiteur de l&rsquo;humanit\u00e9. Il ne nous est pas facile non plus de consid\u00e9rer comme un but en soi la gymnastique de l&rsquo;esprit que nous impose ce genre d&rsquo;ouvrage. Assis dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qui l&rsquo;accompagne partout, le Dupin de Poe exerce ses facult\u00e9s mentales sans songer un instant \u00e0 l&rsquo;action ; de ce fait, il ne provoque pas chez nous toute l&rsquo;admiration que lui voue Poe. \u00ab\u00a0Le myst\u00e8re de Marie Roget\u00a0\u00bb, exemple typique de pure acrobatie de l&rsquo;esprit, exigeant du lecteur l&rsquo;agilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9m\u00ealeur de mots crois\u00e9s, ne pouvait voir le jour qu&rsquo;a une \u00e9poque de loisirs. Dans les histoires de Sherlock Holmes l&rsquo;on surprend l&rsquo;auteur tirant un \u00e9vident plaisir de ces jonglerie qui paraissent se d\u00e9tacher compl\u00e8tement de la trame. Il en est de m\u00eame pour \u00ab\u00a0Silver Blaze\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le Rite de Musgrave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0The Dancing Men\u00a0\u00bb, ou cet \u00e9pisode qui permet \u00e0 Holmes de d\u00e9duire l&rsquo;histoire d&rsquo;un passant de son apparence ext\u00e9rieure ou d&rsquo;\u00e9bahir Watson en devinant ses pens\u00e9es du moment. Pourtant, l&rsquo;oeuvre que ces d\u00e9tectives s&rsquo;effor\u00e7aient d&rsquo;accomplir rev\u00eatait aux yeux de leurs cr\u00e9ateurs une importance \u00e9vidente. Durant les paisibles ann\u00e9es de la derni\u00e8re fin de si\u00e8cle, la Soci\u00e9t\u00e9 pouvait passer pour compos\u00e9e essentiellement de bonnes gens dont le criminel seul troublait la qui\u00e9tude. Aux yeux de ses contemporains, le docteur Moriarty \u00e9tait un personnage aussi d\u00e9moniaque qu&rsquo;Hitler de nos jours. Le vainqueur de Moriarty devenait un chevalier errant ou un h\u00e9ros national. Et Conan Doyle, lorsqu&rsquo;il fait passer Holmes de vie \u00e0 tr\u00e9pas, \u00e0 la fin des \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb (1), inspire \u00e0 Watson les mots d&rsquo;adieu de Platon \u00e0 Socrate, ceci sans nulle crainte du ridicule. <\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les modernes, il en est deux seulement qui nous paraissent croire \u00e0 leurs d\u00e9tectives : ce sont G. K. Chesterton et Edgar Wallace. Leurs motifs n&rsquo;\u00e9taient pourtant pas aussi d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s que ceux de Doyle ou de Freeman. Wallace, \u00e9crivain extraordinairement prolifique et dou\u00e9, dans le genre morbide, \u00e9tait inspir\u00e9 par une forme de sadisme particuli\u00e8re que nous n&rsquo;avons pas le temps d&rsquo;analyser ici. Le h\u00e9ros de Chesterton, le P\u00e8re Brown, est un pr\u00eatre catholique dont Chesterton se sert comme d&rsquo;un instrument de propagande religieuse. Dans les autres romans policiers, du moins dans tous ceux que j&rsquo;ai lus, je constate soit un c\u00f4t\u00e9 burlesque, soit un effort peu convaincant de la part de l&rsquo;auteur de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re de terreur autour de crimes qu&rsquo;il a lui-m\u00eame de la peine \u00e0 trouver horribles. Et puis, pour arriver \u00e0 leurs fins, les d\u00e9tectives du roman contemporain comptent avant tout sur la chance et sur l&rsquo;intuition. Ils sont moins intellectuels que les h\u00e9ros de Poe, Doyle, Freeman ou Bramah. Il est clair que Holmes, Thorndyke, et d&rsquo;autres encore, sont chacun dans l&rsquo;esprit des pr\u00e9curseurs, le prototype de l&rsquo;homme de science, mieux, de l&rsquo;omniscient, qui doit tout \u00e0 la logique et rien au hasard. Le p\u00e8re Brown de Chesterton poss\u00e8de, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, les pouvoirs du magicien. Holmes est un rationaliste du XIX\u00e8me si\u00e8cle. En cr\u00e9ant ce personnage Conan Doyle ne faisait que reproduire fid\u00e8lement l&rsquo;image que ses contemporains se faisaient du savant. <\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9tective du si\u00e8cle pass\u00e9 est invariablement c\u00e9libataire. Il faut voir l\u00e0 une preuve de plus de sa sup\u00e9riorit\u00e9. Le d\u00e9tective moderne a, lui aussi, un go\u00fbt marqu\u00e9 pour le c\u00e9libat (il est vrai que dans un roman policier une \u00e9pouse complique beaucoup les choses) ; pourtant le c\u00e9libat de Holmes et de Thorndyke a ceci de particulier qu&rsquo;il est monastique. Il est dit carr\u00e9ment de ces deux individus qu&rsquo;ils ne portent aucun int\u00e9r\u00eat au sexe oppos\u00e9. Le sage, estime-t-on, ne doit pas \u00eatre mari\u00e9 ; tout comme le Saint doit pratiquer le c\u00e9libat. Le sage doit avoir \u00e0 port\u00e9e de la main un personnage compl\u00e9mentaire : le sot. Par contraste, le sot rehausse les qualit\u00e9s du sage. Tel est le r\u00f4le r\u00e9serv\u00e9 au pr\u00e9fet de police dont Dupin r\u00e9sout le probl\u00e8me dans \u00ab\u00a0The Purloined Letter\u00a0\u00bb. Jarvis, le sot qui seconde le Docteur Thorndyke manque d&rsquo;ampleur, mais M. Carlyle, l&rsquo;ami de Max Carrados, est un type bien camp\u00e9. Quant \u00e0 Watson dont l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9 est presque chronique, il est un personnage plus vivant encore que Holmes lui-m\u00eame. C&rsquo;est \u00e0 dessein et non par accident que les premiers d\u00e9tectives sont des amateurs et non des fonctionnaires de la police. C&rsquo;est Edgar Wallace qui devait lancer le mode du policier professionnel de Scotland Yard. Le respect de l&rsquo;amateur est un trait caract\u00e9ristiquement britannique. L&rsquo;on trouve chez Sherlock Holmes une certaine ressemblance avec un de ces contemporains : Raffles, le voleur-gentilhomme, \u00e9quivalent anglais d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin. Pourtant le r\u00f4le officieux que joue le limier de la premi\u00e8re heure sert encore une fois \u00e0 faire ressortir ses dons sup\u00e9rieurs. Dans les premiers Sherlock Holmes et dans certaines aventures du Dr Thorndyke, la police se montre nettement hostile \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des enqu\u00eateurs du dehors. Les professionnels se trompent r\u00e9guli\u00e8rement et n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 accuser les innocents. Le g\u00e9nie analytique de Holmes, les connaissances encyclop\u00e9diques de Thorndyke n&rsquo;en brillent que d&rsquo;un \u00e9clat plus vif, compar\u00e9s \u00e0 la plate routine des organisations officielles. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette br\u00e8ve \u00e9tude je n&rsquo;ai pu parler un peu longuement que d&rsquo;un seul groupe d&rsquo;\u00e9crivains et j&rsquo;ai d\u00fb passer sous silence les auteurs \u00e9trangers, les romanciers am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;exception de Poe. Depuis 1920, la production de romans policiers a \u00e9t\u00e9 \u00e9norme et la guerre ne l&rsquo;a pas ralentie ; cependant, pour des raisons que je me suis efforc\u00e9 de souligner, la baguette du magicien d&rsquo;autrefois a perdu ses pouvoirs. L&rsquo;on trouve dans le roman moderne une plus grande ing\u00e9niosit\u00e9, mais l&rsquo;auteur semble incapable de cr\u00e9er une \u00ab\u00a0atmosph\u00e8re\u00a0\u00bb. Parmi les modernes, il faut sans doute placer en t\u00eate de liste le sombre Edgar Wallace, plus enclin \u00e0 terroriser son lecteur qu&rsquo;\u00e0 le guider dans le maquis des probl\u00e8mes complexes. Il faut mentionner aussi Agatha Christie qui manie \u00e9l\u00e9gamment le dialogue et trace avec art les fausses pistes. Les nouvelles tant vant\u00e9es de Dorothy Sayers n&rsquo;auraient probablement gu\u00e8re attir\u00e9 l&rsquo;attention si l&rsquo;auteur n&rsquo;avait eu l&rsquo;astuce de faire de son d\u00e9tective le fils d&rsquo;un Duc. Quant \u00e0 l&rsquo;oeuvre des autres contemporains, de Freeman Wills Croft, de G.D.H. et Margaret Cole, de Ngaio Marsh ou de Philip Macdonald, elle n&rsquo;a gu\u00e8re plus de rapports avec la litt\u00e9rature que le mot crois\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;on imagine ais\u00e9ment que le roman con\u00e7u comme pur exercice intellectuel \u2014 \u00ab\u00a0Le Scarab\u00e9e d&rsquo;Or\u00a0\u00bb, par exemple \u2013 puisse rena\u00eetre un jour. Mais il est peu probable qu&rsquo;il reparaisse sous la forme d&rsquo;un roman policier. J&rsquo;ai del\u00e0 signal\u00e9, et le fait me parait significatif, que les meilleurs auteurs de romans policiers ont pu tirer parti de m\u00e9faits sans envergure. Comment croire que le jeu des Gendarmes et des Voleurs puisse inspirer encore des \u00e9crivains du calibre de Conan Doyles sans parler de Poe. Le roman policier tel que nous l&rsquo;avons connu appartient au XIX\u00e8me si\u00e8cle, et surtout \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Il appartient au Londres de 1880 et de 1890, au Londres triste et myst\u00e9rieux o\u00f9, dans la lumi\u00e8re tremblotante des r\u00e9verb\u00e8res \u00e0 gaz glissaient des chapeaux melons \u00e0 la calotte sur\u00e9lev\u00e9e, o\u00f9 les grelots des <em>hansom cabs<\/em> tintaient dans d&rsquo;\u00e9ternels brouillards ; il appartient \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;opinion anglaise \u00e9tait plus profond\u00e9ment remu\u00e9e par les exploits de Jack The Ripper (2) que par les probl\u00e8mes de la \u00ab\u00a0Home Rule\u00a0\u00bb d&rsquo;Irlande ou par la batailla de Majuba ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">George ORWELL <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Traduit par Fernand AUBERJONOIS.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">1) Doyle avait eu l&rsquo;intention de terminer, avec les \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb sa s\u00e9rie Sherlock Holmes ; pourtant ses lecteurs protest\u00e8rent avec une telle vigueur qu&rsquo;il se sentit oblig\u00e9 de poursuivre. De toutes les parties du monde les lettres afflu\u00e8rent et, dit-on, certains de leurs auteurs menac\u00e8rent Doyle de lui faire un mauvais parti s&rsquo;il ne reprenait pas les aventures de Holmes. Ainsi les \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb furent-ils suivis de plusieurs volumes. Les premiers restent pourtant les meilleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">2) \u00c9quivalent londonien de Landru, qui s\u00e9vit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque dans la capitale anglaise et sema l&rsquo;\u00e9pouvante dans le pays tout entier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de George Orwell paru dans Fontaine, n\u00b0 37-40, janvier 1944, p. 69-75 C&rsquo;EST de 1920 \u00e0 1940 que fut lu et \u00e9crit le plus grand nombre de romans policiers et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment durant cette p\u00e9riode que le roman policier en tant que genre litt\u00e9raire devint d\u00e9cadent. 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