{"id":13442,"date":"2021-07-27T07:14:07","date_gmt":"2021-07-27T05:14:07","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=13442"},"modified":"2021-07-27T07:14:07","modified_gmt":"2021-07-27T05:14:07","slug":"jean-texcier-un-conte-philosophique-les-animaux-partout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/07\/27\/jean-texcier-un-conte-philosophique-les-animaux-partout\/","title":{"rendered":"Jean Texcier : Un conte philosophique \u00ab\u00a0Les animaux partout !\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article132271\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Jean Texcier<\/a> paru dans <em><a href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/gavroche\/09-oct-1947\/1455\/2838831\/1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gavroche<\/a><\/em>, n\u00b0 158, 9 octobre 1947<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/images-na.ssl-images-amazon.com\/images\/I\/91aKTTkNg-L.jpg?resize=421%2C670&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"421\" height=\"670\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Les animaux deviennent facilement, en litt\u00e9rature, des personnages philosophiques. Ou plut\u00f4t ils se mettent ais\u00e9ment au service des moralistes. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>La critique des m\u0153urs a, en effet, de tout temps, utilis\u00e9 le truchement de nos fr\u00e8res inf\u00e9rieurs pour d\u00e9noncer les vices ou pour ridiculiser la pr\u00e9tention d&rsquo;une humanit\u00e9 qui \u00e9prouve quelque penchant \u00e0 diviniser ses folies comme ses ridicules. Il n&rsquo;est pas besoin de remonter aux premiers \u00e2ges. On conna\u00eet les <strong>Grenouilles <\/strong>et les <strong>Oiseaux <\/strong>d&rsquo;Aristophane. Dans le <strong>Suppl\u00e9ment <\/strong>\u00e0 l&rsquo;<strong>Histoire v\u00e9ritable<\/strong> de Lucien, on trouve une r\u00e9publique des animaux. De m\u00eame \u00c9sope, Ph\u00e8dre, avant La Fontaine, ont fait raisonner les b\u00eates pour instruire les hommes. Quant \u00e0 Swift, dans ses admirables <strong>Voyages de Gulliver<\/strong>, il s&rsquo;est plu \u00e0 faire aborder son h\u00e9ros au pays des Houyhnhms qui est la patrie de ces chevaux raisonnables ayant pour esclaves les \u00ab\u00a0yahous\u00a0\u00bb couverts de poils, marchant sur deux pattes et poss\u00e9dant tous les vices des hommes. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;indique malicieusement Swift, le mot <strong>houyhnhms<\/strong>, dans la langue du pays, signifie bien <strong>cheval <\/strong>mais, suivant l&rsquo;\u00e9tymologie, il veut dire : <strong>la perfection de la nature<\/strong>. Ironie suppl\u00e9mentaire, car c&rsquo;est bien l\u00e0 le jugement que les hommes portent sur eux-m\u00eames, alors qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du cheval ils consentent \u00e0 proclamer que ce quadrup\u00e8de constitue leur plus noble conqu\u00eate. Ainsi le terrible pamphl\u00e9taire de <strong>Gulliver <\/strong>et du <strong>Conte du tonneau<\/strong>, utilise le cheval de raison pour faire toucher du doigt la mis\u00e8re et la vanit\u00e9 de l&rsquo;esprit humain. Ce sera la m\u00e9thode qu&#8217;emploiera, plus tard, Anatole France dans <strong>l\u2019\u00cele des pingouins<\/strong>, pour railler l&rsquo;histoire de la civilisation et la pr\u00e9tention qu&rsquo;ont les hommes de constituer toujours un admirable mod\u00e8le. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u00e9num\u00e9ration sommaire il serait peut-\u00eatre injuste d&rsquo;oublier le <strong>Chantecler <\/strong>d&rsquo;Edmond Rostand, qui est bien dans la tradition des moralistes animaliers, mais il serait impardonnable de ne pas \u00e9voquer l&rsquo;admirable <strong>Livre de la jungle<\/strong>, de Rudyard Kipling, o\u00f9 Mowgli, le petit d&rsquo;homme, re\u00e7oit de la part de toutes les b\u00eates que l&rsquo;on dit sauvages, de tr\u00e8s grandes le\u00e7ons de sagesse. <\/p>\n\n\n\n<p>Un ouvrage de George Orwell, jeune \u00e9crivain anglais, a paru \u00e0 Londres, en 1945, sous le titre de <strong>Animal farm<\/strong> et si la traduction fran\u00e7aise si vive et si intelligente, que va en donner Sophie D\u00e9vil (1) est aujourd&rsquo;hui intitul\u00e9e : <strong>Les animaux partout !<\/strong> les lecteurs auront t\u00f4t fait de saisir le sens de cette libert\u00e9. En fait, l&rsquo;homme figure \u00e0 peine dans ce r\u00e9cit o\u00f9 il semble faire monde \u00e0 part. Il est vrai que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;histoire est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette tentative d&rsquo;\u00e9limination de l&rsquo;homme puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une lib\u00e9ration animale avec son corollaire philosophique et politique : <strong>l&rsquo;animalisme<\/strong>. Il s&rsquo;agit, venu du pays de Swift, et tout \u00e0 fait dans la mani\u00e8re de l&rsquo;audacieux moraliste, d&rsquo;une sorte de fable, ou mieux, de conte philosophique qui, au pays de Voltaire et d&rsquo;Anatole France, trouvera une audience naturelle. D&rsquo;autant qu&rsquo;avec son petit air innocent de livre d&rsquo;images, cette oeuvre est charg\u00e9e d&rsquo;explosifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Fable et conte, sans doute, mais aussi pamphlet dont les hommes de notre contr\u00e9e, o\u00f9 le rire et m\u00eame le sourire ont toujours eu une port\u00e9e r\u00e9volutionnaire, n&rsquo;auront pas beaucoup de peine \u00e0 trouver la clef. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense, d&rsquo;ailleurs, que tout le monde peut rire de cette Iliade fermi\u00e8re. En tout cas, ceux qui croiraient devoir se f\u00e2cher n&rsquo;auraient certainement pas le beau r\u00f4le. Je leur conseille de se fendre d&rsquo;un sourire, m\u00eame s&rsquo;il doit \u00eatre jaune, car si vraiment il leur arrivait de se mettre en col\u00e8re et de parler de blasph\u00e8me, tous les rieurs seraient contre eux, ce qui, en France, est tout de m\u00eame assez grave. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce pamphlet, \u00e0 la fois bon enfant et cruel, chacun s&rsquo;amusera \u00e0 d\u00e9couvrir les figures cach\u00e9es sous les masques et chacun trouvera des rapprochements plus ou moins justes. Ce sera comme un jeu. <\/p>\n\n\n\n<p>Qui se cache, en r\u00e9alit\u00e9, sous l&rsquo;aspect du <strong>Vieux major<\/strong>, ce grand cochon inspir\u00e9, qui, ayant fait un songe, rassemble le peuple de la ferme, depuis la poule jusqu&rsquo;au cheval, pour lui annoncer l&rsquo;heure de la grande r\u00e9volte contre l&rsquo;homme, cet exploiteur historique ? Oui, quel est le nom de ce pr\u00e9curseur, qui, descendu au royaume des ombres, verra son cr\u00e2ne illustre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme une sainte relique, par le peuple des animaux ? Que repr\u00e9sentent les trois grands verrats, h\u00e9ritiers des pouvoirs : <strong>Snowball<\/strong>, le th\u00e9oricien, promoteur de la grande id\u00e9e du moulin, mais bient\u00f4t accus\u00e9 de tra\u00eetrise et chass\u00e9 par son compagnon, <strong>C\u00e9sar<\/strong>, l\u00e2chant sur lui les terribles dogues \u00e9lev\u00e9s en secret ? Qui d&rsquo;ailleurs est C\u00e9sar \u2014 Napol\u00e9on dans le texte anglais &#8212; ce cochon \u00e0 la fois cynique et opportuniste, bient\u00f4t pourtant embourgeois\u00e9 et traitant commercialement avec l&rsquo;homme, cet ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire ? Qui est <strong>Squealer<\/strong>, troisi\u00e8me grand verrat, toujours agit\u00e9 et brillant causeur ? Que repr\u00e9sente <strong>Boxer<\/strong>, le brave cheval de trait qui ne discute jamais, qui prend plaisir \u00e0 transmettre tous les ordres et qui, chaque soir, \u00e9puis\u00e9 par son labeur quotidien, se couche en disant : \u00ab\u00a0Demain, je travaillerai davantage\u00a0\u00bb ? Qui est <strong>Benjamin<\/strong>, le vieil \u00e2ne grincheux, qui en a tant vu et tant entendu qu&rsquo;il en est devenu irr\u00e9m\u00e9diablement sceptique ? Qui est <strong>Mo\u00efse<\/strong>, le corbeau apprivois\u00e9, le cafard, la mauvaise langue et aussi l&rsquo;espion de la ferme ? Et les sept dogues qui constituent la garde du corps de <strong>C\u00e9sar <\/strong>? Et tous ces moutons en troupeau qui, b\u00ealant bruyamment \u00e0 tout propos les maximes de la r\u00e9volution animaliste et les commandements changeants de <strong>C\u00e9sar<\/strong> r\u00e9ussissent \u00e0 emp\u00eacher toute discussion valable ? <\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 quoi se rapporte ce grand proc\u00e8s des tra\u00eetres alors que les cochons, parvenus \u00e0 la toute-puissance, en arrivant \u00e0 coucher dans le lit des hommes, \u00e0 boire comme eux de l&rsquo;alcool et bient\u00f4t \u00e0 marcher leur mode en se dandinant sur leurs pattes de derri\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, d&rsquo;autre part, ne pas sourire des interpr\u00e9tations opportunistes des \u00ab\u00a0Sept commandements\u00a0\u00bb qui, \u00e0 l&rsquo;origine, constitu\u00e8rent la charte de la r\u00e9volution animaliste et qui, inscrite sur le mur de la grange, se transforment un beau jour en ce commandement unique : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Tous les animaux sont \u00e9gaux : mais certains animaux sont plus \u00e9gaux que d&rsquo;autres\u00a0\u00bb ? <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>J&rsquo;en ai sans doute assez dit pour que le lecteur imagine aussit\u00f4t, sous les masques, les traits de quelques personnages ou les \u00e9l\u00e9ments de quelques \u00e9v\u00e9nements d\u00e9j\u00e0 historiques. Chacun pourra donc s&rsquo;amuser \u00e0 trouver la clef de ce petit roman philosophique qui pourrait bien \u00eatre aussi un pamphlet politique. Le trait est peut-\u00eatre un peu appuy\u00e9 mais il est toujours heureux. D&rsquo;ailleurs, \u00e0 l&rsquo;exag\u00e9ration m\u00eame du trait, \u00e0 son prolongement d\u00e9mesur\u00e9, et comme inhumain, on reconnait l&rsquo;humour qui est tout de m\u00eame autre chose que l&rsquo;ironie et qui est proprement un genre anglo-saxon. La chose \u00e9clate dans Orwell, mais elle \u00e9clate aussi dans Swift, dans Marc Twain et aussi dans Dickens, sans parler de ces contemporains qui se nomment Bernard Shaw ou Chesterton.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel joli film, en dessins anim\u00e9s<em>, <\/em>composerait Disney avec cet <strong>Animal farm<\/strong> ! <\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si le lecteur ne r\u00e9ussissait pas \u00e0 mettre un nom sous les principaux personnages et \u00e9v\u00e9nements &#8211; ce qui m&rsquo;\u00e9tonnerait &#8211; son plaisir n&rsquo;en serait pas moins grand, car l&rsquo;aventure qui nous est cont\u00e9e, \u00e0 la fois instructive et r\u00e9jouissante \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une fable de La Fontaine, en dehors de ses c\u00f4t\u00e9s satiriques, offre aux \u00e2mes sensibles des images fort touchantes. Ne serait-ce que la puret\u00e9 h\u00e9ro\u00efque de Boxer, mourant \u00e0 la peine, et l&rsquo;impuret\u00e9 d\u00e9sarmante de cette coquette de Mollie, la jument blanche, qui, totalement \u00e9trang\u00e8re aux passions politiques qui d\u00e9vorent la ferme, ne peut r\u00e9sister \u00e0 la saveur d&rsquo;un morceau de sucre et d\u00e9serte un beau jour pour un bout de ruban.<\/p>\n\n\n\n<p>George Orwell, l&rsquo;auteur de ce pamphlet cruel et charmant, est n\u00e9 en 1903 aux Indes, o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait fonctionnaire. Boursier, il a fait ses \u00e9tudes au coll\u00e8ge d&rsquo;Eton, qui est est un \u00e9tablissement fort aristocratique, de 1917 \u00e0 1921. De 1922 \u00e0 1927 il a servi comme officier en Birmanie, d&rsquo;o\u00f9 il a rapport\u00e9 la mati\u00e8re d&rsquo;un livre traduit en fran\u00e7ais sous le titre <strong>Trag\u00e9die birmane<\/strong>. Ayant d\u00e9missionn\u00e9 il vint alors \u00e0 Pars et, pour vivre, il y fit un peu tous les m\u00e9tiers y compris celui de gar\u00e7on de restaurant, entrem\u00ealant le tout de vagabondages. Il habitait alors une chambre assez vaguement meubl\u00e9e dans cette rue du Pot-de-Fer qui ressemble \u00e0 une sorte de fosse entre deux murs de prison. De ce s\u00e9jour parisien datent les impressions recueillies dans un ouvrage qui a pour titre : <strong>Down and out in Paris and London<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>De retour en Angleterre il devient ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9tole puis employ\u00e9 de librairie. Mais, pouss\u00e9 par le d\u00e9mon de l&rsquo;aventure, et aussi par ce besoin de d\u00e9fendre la libert\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve en p\u00e9ril, le voici parti faire la guerre en Espagne, dans les rangs du P.O.U.M. Apr\u00e8s six mois de combats, il est bless\u00e9 \u00e0 Huesca en \u00e9t\u00e9 1937. Il passe alors au Maroc fran\u00e7ais et quand la guerre \u00e9clate il revient en Grande-Bretagne o\u00f9 il entre au service de la section indienne de la B.B.C. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1943, il est directeur litt\u00e9raire de l&rsquo;hebdomadaire <strong>Tribune <\/strong>qui est l&rsquo;organe de la gauche du labour Party. Les articles parus \u00e0 cette \u00e9poque ont \u00e9t\u00e9 derni\u00e8rement publi\u00e9s en volume sous le titre <strong>Essais critiques<\/strong>. En 1945 Orwell \u00e9tait envoy\u00e9 sp\u00e9cial de l&rsquo;<strong>Observer<\/strong>, en France et en Allemagne. <\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pas dire que la besogne de journaliste ait jamais enchant\u00e9 cet \u00e9crivain. Aujourd&rsquo;hui, ayant derri\u00e8re lui une douzaine de volumes, il se consacre enti\u00e8rement \u00e0 la litt\u00e9rature et, dans la solitude d&rsquo;une \u00eele lointaine, il pr\u00e9pare lentement un roman sur les temps futurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que <strong>Animal farm<\/strong>, traduit aujourd&rsquo;hui sous le titre r\u00e9v\u00e9lateur : <strong>Les animaux partout !<\/strong> et \u00e9crit par lui pour se refaire la main, soit, dans son oeuvre, comme un point de d\u00e9part. Orwell qui, en effet, a toujours \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par les questions sociales, est de plus en plus pr\u00e9occup\u00e9 des devoirs de l&rsquo;\u00e9crivain vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A un journaliste l&rsquo;ayant interrog\u00e9 sur ce point, il a ainsi expliqu\u00e9 sa position : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Je crois que le premier devoir d&rsquo;un \u00e9crivain est de pr\u00e9server son int\u00e9grit\u00e9 et de ne pas se laisser contraindre \u00e0 dire des mensonges, \u00e0 supprimer des faits, \u00e0 falsifier des sentiments subjectifs sous pr\u00e9texte que la v\u00e9rit\u00e9 serait \u00ab\u00a0inopportune\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ferait le jeu\u00a0\u00bb de telle ou telle sinistre influence. Parall\u00e8lement, je ne crois pas \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une litt\u00e9rature authentiquement politique, pas plus que je ne crois possible ou d\u00e9sirable d&rsquo;\u00e9viter de prendre parti sur les questions d&rsquo;importance primordiale\u00a0\u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une bonne r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9crivain \u00e0 la question derni\u00e8rement soulev\u00e9e par J.-P. Sartre au sujet de la litt\u00e9rature \u00ab\u00a0engag\u00e9e\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une position d&rsquo;honn\u00eate homme et d&rsquo;homme libre, conscient \u00e0 la foi de ses devoirs envers son semblable et de ses devoirs envers soi-m\u00eame. Il est agr\u00e9able d&rsquo;entendre aujourd&rsquo;hui, au milieu de tant de mornes ou agressifs conformismes, un \u00e9crivain d\u00e9fendre, avec tranquillit\u00e9, la libert\u00e9 de l&rsquo;esprit en m\u00eame temps que le respect de l&rsquo;authenticit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Et, comme nous sommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge du militantisme, qui est une forme de l&rsquo;\u00e2ge militaire, et o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de tactique et le souci des disciplines passent avant le respect de la raison ; comme nous en sommes au temps de la servitude volontaire, d\u00e9nonc\u00e9e jadis par Etienne de la Bo\u00e9tie, il est vraiment r\u00e9confortant d&rsquo;entendre un \u00e9crivain d\u00e9clarer avec tranquillit\u00e9 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0En pratique, la probit\u00e9 intellectuelle, n&rsquo;est pas compatible avec une adh\u00e9sion vigoureuse \u00e0 un parti politique, mais je pense que l&rsquo;\u00e9crivain devrait se tenir en contact aussi \u00e9troit avec la politique que les politiciens professionnels voudront bien le lui permettre\u00a0\u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aime cette politesse un peu arrogante. Elle me pla\u00eet chez un homme qui a vant\u00e9 les vertus du citoyen \u00ab\u00a0lib\u00e9ral\u00a0\u00bb &#8212; il entend l&rsquo;homme libre &#8212; du XIXe si\u00e8cle, capable d&rsquo;\u00e9prouver une col\u00e8re g\u00e9n\u00e9reuse mais dont l&rsquo;intelligence sait pr\u00e9server son ind\u00e9pendance <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0type d&rsquo;homme ha\u00ef d&rsquo;une haine \u00e9gale par tous les malodorants petits conformismes qui se disputent aujourd&rsquo;hui nos \u00e2mes\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tel est l&rsquo;auteur de <strong>Les animaux partout !<\/strong> Quoi d&rsquo;\u00e9tonnant que cet \u00e9crivain libre et ce citoyen passionn\u00e9ment raisonnable ait tant de go\u00fbt pour Swift, Daniel de Fo\u00eb, Fielding, Stendhal, Thackeray, Flaubert, Voltaire et Anatole France ? <\/p>\n\n\n\n<p>Et, puisque cet homme poss\u00e8de \u00e0 la fois une langue et un style, comment s&rsquo;\u00e9tonner que <strong>Les animaux partout !<\/strong> soit le meilleur conte philosophique qu&rsquo;il nous ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de lire depuis l&rsquo;<strong>\u00cele des pingouins<\/strong> ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Jean TEXCIER.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) \u00e0 para\u00eetre aux \u00e9ditions Odile Path\u00e9, \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"337\" height=\"469\" data-attachment-id=\"13447\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/07\/27\/jean-texcier-un-conte-philosophique-les-animaux-partout\/gavroche-9-octobre-1947\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?fit=337%2C469&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"337,469\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Gavroche-9-octobre-1947\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?fit=216%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?fit=337%2C469&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?resize=337%2C469&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-13447\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?w=337&amp;ssl=1 337w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gavroche-9-octobre-1947.png?resize=216%2C300&amp;ssl=1 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 337px) 100vw, 337px\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Jean Texcier paru dans Gavroche, n\u00b0 158, 9 octobre 1947 Les animaux deviennent facilement, en litt\u00e9rature, des personnages philosophiques. Ou plut\u00f4t ils se mettent ais\u00e9ment au service des moralistes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[29,4490,4625,1432,3478,3476,4622,4623,1211,703,4624,2001,4626],"class_list":["post-13442","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse","tag-29","tag-animal-farm","tag-conte","tag-critique","tag-gavroche","tag-george-orwell","tag-jean-texcier","tag-les-animaux-partout","tag-litterature","tag-livre","tag-odile-pathe","tag-recension","tag-sophie-devil"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-3uO","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":26007,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/04\/04\/orwell-6\/","url_meta":{"origin":13442,"position":0},"title":"Guy Lavaud : Trag\u00e9die birmane, par George Orwell, traduit de l&rsquo;anglais par Guillot de Saix","author":"SiNedjib","date":"04\/04\/2025","format":false,"excerpt":"Article de Guy Lavaud paru dans Gavroche, n\u00b0 123, 2 janvier 1947, p. 4 C'EST l'histoire, dans un village birman, de quelques Europ\u00e9ens, des Anglais naturellement, la description de leur existence partag\u00e9e entre la sieste, la boisson, le tennis et quelques tr\u00e8s vagues occupations. 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