{"id":13514,"date":"2021-08-05T10:27:24","date_gmt":"2021-08-05T08:27:24","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=13514"},"modified":"2021-08-05T10:27:24","modified_gmt":"2021-08-05T08:27:24","slug":"michel-gordey-une-interview-de-lecrivain-richard-wright-lamerique-nest-pas-le-nouveau-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/05\/michel-gordey-une-interview-de-lecrivain-richard-wright-lamerique-nest-pas-le-nouveau-monde\/","title":{"rendered":"Michel Gordey : Une interview de l&rsquo;\u00e9crivain Richard Wright. L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;est pas le nouveau monde"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Interview parue dans <em><a href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/les-lettres-francaises\/10-jan-1947\/2951\/4360561\/1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les Lettres fran\u00e7aises<\/a><\/em>, 10 janvier 1947, p. 1 et 7<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"256\" height=\"381\" data-attachment-id=\"13522\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/05\/michel-gordey-une-interview-de-lecrivain-richard-wright-lamerique-nest-pas-le-nouveau-monde\/richard-wright-1\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?fit=256%2C381&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"256,381\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Richard-Wright-1\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?fit=202%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?fit=256%2C381&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?resize=256%2C381&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-13522\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?w=256&amp;ssl=1 256w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Richard-Wright-1.png?resize=202%2C300&amp;ssl=1 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/><figcaption>RICHARD WRIGHT<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>RICHARD WRIGHT, qui compte aujourd&rsquo;hui parmi les cinq ou six plus grands \u00e9crivains am\u00e9ricains et qui est incontestablement le plus grand prosateur noir des Etats-Unis, me re\u00e7oit dans son petit appartement du boulevard Saint-Michel, quelques jours avant son retour en Am\u00e9rique. Une fois de plus, tout au long d&rsquo;un entretien qui dure plus de deux heures, je suis frapp\u00e9 pas le calme, par la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 lucide de cet homme dont les cris de r\u00e9volte et de protestation retentissent pourtant depuis quelque dix ann\u00e9es avec une vigueur croissante. Cris de r\u00e9volte qui sont entendus, puisque les livres de Wright battent les records de vente aux Etats-Unis et paraissent partout dans le monde : en France, en Italie, en Angleterre, en Suisse, au Danemark et en Su\u00e8de. <\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>Richard Wright termine actuellement son premier s\u00e9jour en France et en Europe. Il a pass\u00e9 dans notre pays la plus grande partie de l&rsquo;ann\u00e9e 1946. Il a v\u00e9cu, observ\u00e9, \u00e9cout\u00e9, absorbant avidement, pour la premi\u00e8re fois de sa vie, l&rsquo;atmosph\u00e8re d&rsquo;un pays exempt de ces violents pr\u00e9jug\u00e9s de race et de couleur dont ses fr\u00e8res portent le fardeau en Am\u00e9rique depuis plus de deux si\u00e8cles. Richard Wright aime la France, sa culture, son esprit, ses hommes. Il connaissait \u00e0 fond et admirait d\u00e9j\u00e0 la litt\u00e9rature fran\u00e7aise avant son arriv\u00e9e \u00e0 Paris, en mai dernier. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement touch\u00e9, <em>me dit-il<\/em>, de l&rsquo;accueil que m&rsquo;a fait le monde litt\u00e9raire fran\u00e7ais. \u00c9crivains, \u00e9diteurs, tout le milieu des lettres fran\u00e7aises m&rsquo;a re\u00e7u \u00e0 Paris avec une chaleur \u00e0 laquelle je ne m&rsquo;attendais pas. Je suis profond\u00e9ment reconnaissant au gouvernement fran\u00e7ais de m&rsquo;avoir fait b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un ordre de mission et d&rsquo;une invitation officielle. J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 faire en France un s\u00e9jour d&rsquo;un mois. Je suis rest\u00e9 huit mois : c&rsquo;est dire combien j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 l&rsquo;hospitalit\u00e9 fran\u00e7aise. Je voudrais dire au peuple fran\u00e7ais que son gouvernement est actuellement un des rares gouvernements au monde qui aient eu le courage d&rsquo;adresser une telle invitation \u00e0 un \u00e9crivain noir am\u00e9ricain. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Quelles sont, Wright, vos impressions apr\u00e8s ce s\u00e9jour de huit mois ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Forc\u00e9ment limit\u00e9es \u00e0 une partie seulement de la France. Je ne suis pas assez pr\u00e9somptueux pour pouvoir \u00e9mettre un jugement d\u00e9finitif sur toute la culture fran\u00e7aise. Mais je puis dire que l&rsquo;impact de cette culture sur un \u00e9crivain am\u00e9ricain, et en particulier sur un \u00e9crivain noir am\u00e9ricain qui vient de quitter l&rsquo;atmosph\u00e8re \u00ab\u00a0enferm\u00e9e\u00a0\u00bb des Etats-Unis, est absolument prodigieux. Parmi les impressions les plus aigu\u00ebs que j&rsquo;ai ressenties \u00e0 Paris, comme partout en France, est ce sentiment humaniste de la vie qui p\u00e9n\u00e8tre si profond\u00e9ment les rites et habitudes de l&rsquo;existence quotidienne, tout comme la litt\u00e9rature, l&rsquo;architecture et les arts en France. En particulier, quelle surprise pour un \u00e9crivain de constater l&rsquo;estime accord\u00e9e \u00e0 un homme de lettres en France, surtout lorsqu&rsquo;il compare cette attitude aux relations plut\u00f4t pr\u00e9caires entre un \u00e9crivain am\u00e9ricain \u2014 qu&rsquo;il soit blanc ou noir \u2014 et son pays. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs senti un tel contraste entre les civilisations fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine qu&rsquo;en l&rsquo;espace de six mois de vie \u00e0 Paris, j&rsquo;ai finalement appris davantage de choses sur l&rsquo;Am\u00e9rique que je n&rsquo;aurais pu le faire en cinq ann\u00e9es de vie confortable \u00e0 New-York. Ici, j&rsquo;ai clairement vu ce que nous avons et ce qui nous manque aux Etats-Unis. Personnellement, je suis de plus en plus obs\u00e9d\u00e9 par le sentiment \u2014 qui est devenu conviction \u2014 que la vie am\u00e9ricaine est pleine d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9trangement inhumains. Il m\u2019appara\u00eet clairement que notre civilisation am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 construite, malgr\u00e9 ses traditions des premiers jours, sur un m\u00e9pris complet des \u00e9motions, des sensibilit\u00e9s et des personnalit\u00e9s humaines. Ici, \u00e0 Paris, j&rsquo;ai pu percevoir \u00e0 quel point la civilisation de mon pays est quantitative, par opposition aux aspects qualitatifs de la culture fran\u00e7aise&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Richard Wri<\/em>g<em>ht r\u00e9fl\u00e9chit pendant quelques minutes, comme s&rsquo;il cherchait une formule simple et nette : <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La crudit\u00e9 brutale de la vie am\u00e9ricaine, <em>me dit-il calmement<\/em>, est une r\u00e9alit\u00e9 accept\u00e9e par les Am\u00e9ricains. Nous sommes tellement absorb\u00e9s par la t\u00e2che consistant \u00e0 accumuler et \u00e0 multiplier les conforts et les biens mat\u00e9riels que nous n&rsquo;avons plus le temps de tous arr\u00eater pour nous demander ce que l&rsquo;individu r\u00e9colte en fin de compte d&rsquo;un tel \u00e9tat de choses. Nous demandons en parlant d&rsquo;un homme : <em>Combien est-il pay\u00e9 ?<\/em> Nous ne demandons pas si ses besoins humains sont satisfaits ou accomplis. Car, en Am\u00e9rique, notre question classique est : <em>Combien d&rsquo;argent fait-il ?<\/em> tandis qu&rsquo;en France on demande plut\u00f4t : <em>Que pense-t-il ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On suppose et on admet g\u00e9n\u00e9ralement, <em>poursuit Richard Wright<\/em>, que l&rsquo;Am\u00e9rique est un pays tr\u00e8s jeune, un nouveau monde que l&rsquo;on oppose au vieux monde &#8212; \u00e0 l&rsquo;Europe. Il est vrai qu&rsquo;au point de vue historique, l&rsquo;Am\u00e9rique est jeune. Mais les \u00e9l\u00e9ments sociaux des Etats-Unis sont parmi les plus anciens qui existent dans le monde contemporain. Notre structure sociale n&rsquo;a pas subi un seul bouleversement notable depuis trois si\u00e8cles. Elle op\u00e8re et fonctionne comme au temps des premiers p\u00e8lerins.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;Europe, elle a abandonn\u00e9 son ancienne structure et se trouve actuellement en pleine lutte douloureuse, pr\u00e9cis\u00e9ment pour forger un \u00e9difier social nouveau. En ce sens, la France et peut-\u00eatre toute l&rsquo;Europe devraient \u00eatre aujourd&rsquo;hui consid\u00e9r\u00e9es comme le nouveau monde. Assez curieusement, c&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique qui est, en 1947, le vieux monde.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je demande \u00e0 Wright quelles expressions litt\u00e9raires l&rsquo;ont particuli\u00e8rement frapp\u00e9 en France. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement int\u00e9ress\u00e9 par la r\u00e9cente pi\u00e8ce de J.-P. Sartre : <em>La Putain respectueuse<\/em>. L&rsquo;expression litt\u00e9raire de Sartre m&rsquo;int\u00e9resse \u00e9norm\u00e9ment, car il semble ressentir profond\u00e9ment la r\u00e9alit\u00e9 de mon pays. Cette perception tr\u00e8s claire se fait sentir dans sa pi\u00e8ce \u00e0 un point tel qu&rsquo;\u00e0 mon avis nombre d&rsquo;\u00e9crivains am\u00e9ricains pourraient la prendre comme exemple du traitement des r\u00e9alit\u00e9s am\u00e9ricaines. Cette pi\u00e8ce fut inspir\u00e9e par un des principaux personnages de la fameuse affaire de Scottsboro. Mieux que tous les autres \u00e9crivains ayant trait\u00e9 de cette affaire, Sartre a r\u00e9ussi \u00e0 mettre le doigt au c\u0153ur m\u00eame de la situation. Aucun visiteur \u00e9tranger n&rsquo;a senti avec autant de justesse l&rsquo;incroyable na\u00efvet\u00e9 de la civilisation am\u00e9ricaine. En particulier, le caract\u00e8re de la prostitu\u00e9e est fondamentalement vrai, aussi bien au point de vue humain qu&rsquo;\u00e0 celui de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>En dehors des questions litt\u00e9raires, quelles sont vos impressions de la vie fran\u00e7aise d&rsquo;apr\u00e8s-guerre ?<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Voyez-vous, <em>me dit Wright<\/em>, j&rsquo;ai vu les mis\u00e8res et les souffrances des Fran\u00e7ais qui cherchent \u00e0 reconstruire ce qui a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9 et souill\u00e9 par les Allemands. Mais ce n&rsquo;est pas cela qui m&rsquo;inqui\u00e8te, car je crois au courage du peuple fran\u00e7ais. Ce qui m&rsquo;a troubl\u00e9 parfois fut cette sorte de \u00ab bont\u00e9 \u00bb ou de na\u00efvet\u00e9 des Fran\u00e7ais qui leur fait ignorer ou oublier la brutalit\u00e9 de la civilisation industrielle. Il me semble que les Fran\u00e7ais ne pensent pas assez que le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est domin\u00e9 par d&rsquo;immenses Etats industrialis\u00e9s. J&rsquo;ai eu assez souvent l&rsquo;impression que la France voulait rester immuable, malgr\u00e9 tous les changements subis par la civilisation qui l&rsquo;entoure. <\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que la France devrait s&rsquo;efforcer de garder les \u00e9l\u00e9ments humanistes de sa civilisation, mais qu&rsquo;elle devrait aussi chercher, en m\u00eame temps, \u00e0 s&rsquo;adapter aux besoins et aux exigences de la civilisation industrielle moderne. Par exemple, <em>me dit Wright en riant<\/em> \u2014 et c&rsquo;est un exemple sans importance \u2014 je trouve inconcevable qu&rsquo;une centrale t\u00e9l\u00e9phonique soit ferm\u00e9e de midi \u00e0 deux heures, sans que l&rsquo;on puisse faire r\u00e9parer son t\u00e9l\u00e9phone ou obtenir un renseignement administratif. Je comprends et appr\u00e9cie ces deux heures de d\u00e9jeuner qui, en France, font pr\u00e9cis\u00e9ment partie de cette existence \u00ab\u00a0humaine\u00a0\u00bb. Mais la culture et l&rsquo;efficience ne pourraient-elles pas \u00eatre simultan\u00e9es ? Ainsi, pour le d\u00e9jeuner, le personnel pourrait probablement \u00e9chelonner \u00e0 des heures diff\u00e9rentes la pause n\u00e9cessaire\u2026 Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un exemple ridicule, et vous savez exactement ce que je veux dire par l\u00e0. Ce n&rsquo;est pas une critique, mais une inqui\u00e9tude. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Je dis que je comprends, et Richard Wright \u00e9clate de rire, de ce profond rire guttural, un peu enfantin, et si clair. Mais, \u00e0 ma prochaine question, il redevient tr\u00e8s s\u00e9rieux, tr\u00e8s grave, comme s&rsquo;il se sentait investi de la souffrance de ses fr\u00e8res de couleur, partout dans le monde. Je lui demande, en effet, ce qu&rsquo;il pense du r\u00e9gime et des probl\u00e8mes coloniaux fran\u00e7ais. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J&rsquo;ai rencontr\u00e9, <em>me dit-il<\/em>, beaucoup de n\u00e8gres des colonies fran\u00e7aises. A ma grande surprise, je les ai trouv\u00e9s bien plus fran\u00e7ais que n\u00e8gres. Je dis \u00e0 ma surprise, car tout le monde sait que la France contr\u00f4le de vastes territoires dont les populations indig\u00e8nes sont tout de m\u00eame subjugu\u00e9es dans des conditions assez analogues \u00e0 celles des autres empires coloniaux. Or, en parlant \u00e0 des noirs fran\u00e7ais, je n&rsquo;ai pas pu me rendre compte des r\u00e9alit\u00e9s de la vie coloniale dans l&rsquo;Empire \u2014 ou dans ce que vous appelez maintenant l&rsquo;Union fran\u00e7aise. J&rsquo;avais constamment en face de moi des \u00e9tudiants ou des fonctionnaires ou des intellectuels, mais j&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;ils \u00e9taient en quelque sorte <em>dipl\u00f4m\u00e9s <\/em>Fran\u00e7ais, promus soudainement du servage \u00e0 la citoyennet\u00e9. De ce fait, ils ne s&rsquo;identifiaient plus avec l&rsquo;existence de leur peuple, avec les r\u00e9alit\u00e9s brutales de la vie coloniale. Et c&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai bien envie de voir par moi-m\u00eame, de visiter l&rsquo;Afrique noire. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Avez-vous bien travaill\u00e9 pendant votre s\u00e9jour ici ? lui dis-je. Quel livre \u00e9crivez-vous ce moment ? demandai-je alors \u00e0 Wright. Sur son bureau, la machine \u00e0 \u00e9crire \u00e9tait ouverte. Un \u00e9pais manuscrit se trouvait \u00e0 sa droite. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p> \u2014 J&rsquo;ai d&rsquo;abord vu beaucoup de monde, et j&rsquo;ai mis de longues semaines \u00e0 absorber l&rsquo;atmosph\u00e8re de Paris. Mais je n&rsquo;ai pas cess\u00e9 de travailler. J&rsquo;ai termin\u00e9 ici un recueil de nouvelles dont la traduction fran\u00e7aise para\u00eetra d&rsquo;ailleurs avant m\u00eame l&rsquo;\u00e9dition am\u00e9ricaine. D&rsquo;autre part, je suis tellement heureux de la prochaine publication, \u00e0 Paris, en fran\u00e7ais, de trois de mes livres : <em>Native son<\/em>, <em>Les Enfants de l&rsquo;oncle Tom<\/em>, <em>Black Boy<\/em>. Mon ouvrage <em>Douze millions de voix noires<\/em> sera \u00e9galement publi\u00e9, l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, en France et en Suisse. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Mais<\/em> <em>puisque vous partez, ces livres para\u00eetront en votre absence ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non. Je pars seulement pour quelques mois. Je reviendrai l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;une fois que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 en France, on y revient toujours. Moi, je n&rsquo;ai pas fini de faire connaissance avec Paris. Et j&rsquo;ai encore tant de choses et de gens \u00e0 voir dans votre pays\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Tandis que je prends cong\u00e9 de Richard Wright, sa petite fille, \u00e2g\u00e9e de quatre ans, nous raconte une passionnante histoire. Celle-l\u00e0, nous ne la livrerons pas au grand public. Il nous suffira de dire que l&rsquo;histoire fut racont\u00e9e en fran\u00e7ais. La petite Julia reviendra, elle aussi, \u00e0 Paris et au jardin du Luxembourg. Et sa m\u00e8re reviendra chez les bouquinistes des quais, chez les antiquaires de la rive gauche. La famille Wright est en bonne voie de&#8230; naturalisation parisienne. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Michel GORDEY.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"305\" height=\"425\" data-attachment-id=\"13523\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/05\/michel-gordey-une-interview-de-lecrivain-richard-wright-lamerique-nest-pas-le-nouveau-monde\/les-lettres-francaises-10-janvier-1947\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?fit=305%2C425&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"305,425\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?fit=215%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?fit=305%2C425&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?resize=305%2C425&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-13523\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?w=305&amp;ssl=1 305w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-Lettres-francaises-10-janvier-1947.png?resize=215%2C300&amp;ssl=1 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 305px) 100vw, 305px\" \/><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview parue dans Les Lettres fran\u00e7aises, 10 janvier 1947, p. 1 et 7 RICHARD WRIGHT, qui compte aujourd&rsquo;hui parmi les cinq ou six plus grands \u00e9crivains am\u00e9ricains et qui est incontestablement le plus grand prosateur noir des Etats-Unis, me re\u00e7oit dans son petit appartement du boulevard Saint-Michel, quelques jours avant son retour en Am\u00e9rique. 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