{"id":13694,"date":"2021-08-24T10:14:05","date_gmt":"2021-08-24T08:14:05","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=13694"},"modified":"2021-08-26T11:14:01","modified_gmt":"2021-08-26T09:14:01","slug":"edgar-morin-les-heros-desesperes-ou-le-mal-daujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/24\/edgar-morin-les-heros-desesperes-ou-le-mal-daujourdhui\/","title":{"rendered":"Edgar Morin : Les h\u00e9ros d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ou le mal d&rsquo;aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article d&rsquo;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article147666\" target=\"_blank\">Edgar Morin<\/a> paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/les-lettres-francaises\/18-jul-1947\/2951\/4360715\/1\" target=\"_blank\">Les Lettres fran\u00e7aises<\/a><\/em>, n\u00b0 165, 18 juillet 1947, p. 1 et 3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"306\" height=\"432\" data-attachment-id=\"13695\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/24\/edgar-morin-les-heros-desesperes-ou-le-mal-daujourdhui\/les-lettres-francaises-18-juillet-1947\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?fit=306%2C432&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"306,432\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Les-lettres-francaises-18-juillet-1947\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?fit=213%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?fit=306%2C432&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?resize=306%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-13695\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?w=306&amp;ssl=1 306w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Les-lettres-francaises-18-juillet-1947.png?resize=213%2C300&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 306px) 100vw, 306px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">LE spectre de T.E. Lawrence, Lawrence d&rsquo;Arabie, hante une partie du monde intellectuel. <\/p>\n\n\n\n<p>A Lawrence peuvent se rattacher par une parent\u00e9 de moins en moins obscure les h\u00e9ros de Malraux ; les conqu\u00e9rants qu&rsquo;anime \u00ab une passion pour laquelle les objets \u00e0 conqu\u00e9rir ne sont plus rien. Une passion parfaitement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, un des plus purs soutien de la force \u00bb, les \u00ab ambitieux assez lucides pour m\u00e9priser tous les objets de leur ambition, et leur ambition m\u00eame \u00bb, et finalement le Berger, de <em>Noyers de l&rsquo;Altenburg<\/em>, transposition \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de Lawrence lui-m\u00eame. A Lawrence peut s&rsquo;appliquer la notion de \u00ab service inutile \u00bb, de Henry de Montherlant, et celle de \u00ab destin absurde \u00bb, qu&rsquo;Albert Camus, dans le <em>Mythe de Sisyphe<\/em>, trouve propre \u00e0 \u00ab s\u00e9duire et attirer un c\u0153ur clairvoyant \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Lawrence est l\u00e0, pour fasciner les nostalgies de ceux qui ne croient plus au salut chr\u00e9tien, de ceux qui ne croient pas au salut humain collectif, de iceux qu&rsquo;\u00e9touffent dans leur nihilisme, leur solitude, leur obsession de la mort, leur qu\u00eate des \u00ab secrets pour changer la vie \u00bb dont parlait Rimbaud, de ceux qui veulent partir \u00ab sans savoir sur quel continent ils accosteront \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa biographie r\u00e9cente de Lawrence, Victoria Ocampo aurait pu reprendre dans son livre balbutiant d&rsquo;extase, quasi amoureux, m\u00e9diocre, la parole de Rimbaud, du Rimbaud non encore d\u00e9livr\u00e9 de l&rsquo;enfer sur le \u00ab for\u00e7at intraitable sur qui se referme toujours le bagne \u00bb : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Il avait plus de force qu&rsquo;un saint, plus de bon sens qu&rsquo;un voyageur \u2014 <em>et lui, lui seul ! pour t\u00e9moin de sa gloire et de sa raison<\/em>. \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Lawrence est le h\u00e9ros moderne des solitaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. \u00ab Un h\u00e9ros de notre temps \u00bb dans le sens d\u00e9risoire et tragique ou le Petchorin de Lermontov \u00e9tait un h\u00e9ros de son temps, mais bien plus tragique et sans doute bien plus d\u00e9risoire. C&rsquo;est le for\u00e7at intraitable, le r\u00e9volt\u00e9 \u2014 sur qui se referme toujours la soci\u00e9t\u00e9 \u2014 le bagne \u2014 qu&rsquo;il sert et qu&rsquo;il hait \u00e0 la fois ; c&rsquo;est aussi le Napol\u00e9on de notre romantisme contemporain, un Napol\u00e9on d\u00e9grad\u00e9, malheureux, un Napol\u00e9on de l&rsquo;\u00e9chec, comme notre romantisme contemporain est un romantisme d\u00e9grad\u00e9, malheureux, un romantisme de l&rsquo;\u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Le salut violent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, aujourd&rsquo;hui, dans toute d\u00e9marche romantique deux \u00e9tapes. La premi\u00e8re : la recherche du \u00ab salut violent \u00bb, selon le mot de Rimbaud, d&rsquo;un salut analogue \u00e0 celui que les Romains blas\u00e9s du troisi\u00e8me si\u00e8cle recherchaient dans les myst\u00e8res et les religions dites justement de \u00ab salut \u00bb. Ces Romains cherchaient le salut hors du monde romain, hors de ses fronti\u00e8res et de ses structures. Aujourd&rsquo;hui les romantiques (ceux que par commodit\u00e9 nous appelons romantiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui ne mettent pas la raison au service de leur inqui\u00e9tude) cherchent utopiquement le salut hors des structures et des fronti\u00e8res de notre soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 trouver le salut ? Dans le r\u00e9veil de nos puissances animales ? Ce sont les discours du Gide des <em>Nourritures <\/em>qui r\u00e9pondent au discours de Calliclis. C&rsquo;est le salut sportif et tor\u00e9adoresque de Henry de Montherland qui trouve sa forme d\u00e9grad\u00e9e et atroce dans le salut S.S. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans une surhumanit\u00e9 nietzsch\u00e9enne, qui aboutit aux m\u00eames ruines que l&rsquo;attitude pr\u00e9c\u00e9dente ? Ou encore dans ce satanisme que l&rsquo;on remet \u00e0 la mode avec Sade et Blake et qui consiste \u00e0 mettre Dieu \u00e0 la place du diable, le diable \u00e0 la place de Dieu ? <\/p>\n\n\n\n<p>Telles sont quelques-unes des voies dans lesquelles s&rsquo;engagent nos romantiques. Mais d&rsquo;autres voyagent ; ils s&rsquo;\u00e9lancent sers tout ce qui est autre que l&rsquo; \u00ab Europe aux anciens parapets \u00bb, en qu\u00eate des \u00ab secrets pour changer la vie \u00bb, de la \u00ab sagesse premi\u00e8re et \u00e9ternelle \u00bb, de la \u00ab patrie primitive \u00bb (Rimbaud).<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans cette perspective d&rsquo;\u00e9vasion et de salut que d\u00e9lirent les sociologues fous : Spengler annon\u00e7ant l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;Orient, Frobenius proposant ses mythes africains, Labriola (Antonio) r\u00eavant sur les civilisations indiennes d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud. M\u00eame qu\u00eate d&rsquo;\u00e9vasion et en m\u00eame temps de salut qui pousse Gauguin \u00e0 Tahiti, Malraux \u00e0 travers l&rsquo;Asie, et d&rsquo;autres, qui en Syrie, qui au Tibet, qui en Chine. Alors que les Lamartine, les Nerval, les Th. Gautier allaient chercher dans le classique voyage en Orient du XIXe si\u00e8cle la couleur, le pittoresque, le divertissement \u2014 en un mot l&rsquo;exotisme \u2014 les romantiques du XXe si\u00e8cle partent pour y transformer leur vie. <\/p>\n\n\n\n<p>Loin de nous l&rsquo;id\u00e9e que notre civilisation machiniste d&rsquo;hommes blancs n&rsquo;ait rien \u00e0 tirer des autres civilisations, que le monde n&rsquo;ait rien \u00e0 nous enseigner. Bien au contraire. Nous sommes persuad\u00e9 qu&rsquo;il faut en sortir, des \u00ab marais occidentaux \u00bb. Mais les romantiques, s&rsquo;ils nous rapportent des fragments de v\u00e9rit\u00e9 de leurs voyages et de leurs exp\u00e9riences, ne peuvent, quant \u00e0 l&rsquo;objet lui-m\u00eame de leur recherche, v\u00e9ritablement s&rsquo;enrichir et nous enrichir : ils cherchent le \u00ab salut violent \u00bb, ils cherchent ces choses inconnues que l&rsquo;on ne trouve jamais, sinon dans le d\u00e9lire. Et comme ils ne trouvent pas, c&rsquo;est la deuxi\u00e8me \u00e9tape, le deuxi\u00e8me aspect du romantisme : le d\u00e9sespoir. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>\u00ab L&rsquo;autod\u00e9gradation est mon but \u00bb<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>On comprend alors pourquoi Lawrence tient une telle place aux yeux des contemporains. Il est \u00e0 la fois l&rsquo;homme qui essaya d&rsquo;\u00eatre surhomme \u2014 surhomme dans l&rsquo;asc\u00e8se, surhomme dans la politique et la guerre \u2014 l&rsquo;homme qui, avec le plus d&rsquo;instance, demanda \u00e0 l&rsquo;Orient ses secrets, qui lui demanda la grande r\u00e9conciliation avec soi-m\u00eame et le monde \u2014 et en m\u00eame tempe, l&rsquo;homme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qui fut de plus en plus conscient de son \u00e9chec \u2014 et illustra avec une r\u00e9volte \u00ab faite de chair et de sang \u00bb une philosophie de d\u00e9sespoir, celle m\u00eame dont Camus rassemble les lieux communs dans <em>Le Mythe de Sisyphe<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Lawrence \u00e9choua en Orient. Bien s\u00fbr, il n&rsquo;\u00e9choua pas dans ce sens qu&rsquo;il a conquis l&rsquo;Arabie pour l&rsquo;Angleterre. Mais cette r\u00e9ussite imp\u00e9rialiste ne fait que mieux ressortir l&rsquo;\u00e9chec humain fondamental : <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il avait cherch\u00e9, \u00e0 travers sa grande parade solitaire dans le d\u00e9sert, un rapport primitif et vrai avec le monde, avec la nature, le \u00ab sens de la vie \u00bb comme on dit couramment \u2014 il ne le trouva pas. <\/p>\n\n\n\n<p>Les vestiges mill\u00e9naires du \u00ab sourd \u00e9lan de conqu\u00eate \u00bb des vieilles terres d&rsquo;Elam, d&rsquo;Akkad, de Sumer, ne lui livr\u00e8rent aucun secret. Il ne trouva pas la r\u00e9conciliation \u00e9ternellement cherch\u00e9e de la pens\u00e9e et de l&rsquo;action. \u00ab Nous ne devons pas d\u00e9passer dans nos pens\u00e9es les limites que nous nous donnons dans nos actes \u00bb, disait Lawrence, mais jamais ses actions conqu\u00e9rantes ne furent \u00e0 la hauteur de ses r\u00eaveries grandioses, et jamais il ne put rogner ses pens\u00e9es \u00e0 la limite de ses actions de condottiere. <\/p>\n\n\n\n<p>Il ne trouva rien que sa r\u00e9volte \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur, une r\u00e9volte \u00e0 approfondir vertigineusement dans le vide, et surtout une r\u00e9volte qui se sait vaincue \u2014 donc qui se m\u00e9prise suffisamment elle-m\u00eame pour ne pas combattre les choses r\u00e9voltantes dans le monde \u2014 comme l&rsquo;Intelligence Service, l&rsquo;imp\u00e9rialisme colonial \u2014 mais les servir. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Un esclavage volontaire est l&rsquo;orgueil le plus profond d&rsquo;un esprit morbide \u00bb (Lawrence). <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab Pouss\u00e9 par cette volont\u00e9 d\u00e9vorante qui le for\u00e7ait \u00e0 faire ce qu&rsquo;il d\u00e9testait le plus \u00bb (Ocampo), Lawrence s&rsquo;appliquera \u00e0 faire noblement des choses ignobles et consciencieusement des choses vaines. Il s&rsquo;appliquera d\u00e9sormais \u00e0 se d\u00e9grader, s&rsquo;humilier soi-m\u00eame. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 roi tout puissant dans le Moyen-Orient, Lawrence s&rsquo;engage dans la R.A.F. comme simple soldat, et il \u00e9crit alors : <em>L&rsquo;autod\u00e9gradation est mon but<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Par l&rsquo;humiliation, le masochisme, le d\u00e9sespoir et aussi un formidable orgueil (car, comme l&rsquo;a dit Nietzsche \u00ab qui se m\u00e9prise soi-m\u00eame s&rsquo;honore du moins comme contempteur \u00bb) Lawrence aboutit \u00e0 une m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u00e9chec. C&rsquo;est bien cela que dit Victoria Ocampo : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Une soif d&rsquo;absolu qui ne se d\u00e9salt\u00e8re que dans l&rsquo;\u00e9chec in\u00e9vitable o\u00f9 tout triomphe se dissout \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La course dans l&rsquo;impasse <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que cette philosophie de l&rsquo;\u00e9chec o\u00f9 le romantisme devient nihilisme ? <\/p>\n\n\n\n<p>Le nihiliste citera, avec Victoria Ocampo, cette phrase du Richard II, de Shakespeare : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Ni moi, ni aucun homme qui n&rsquo;est qu&rsquo;homme, ne trouvera rien qui le contente jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il se contente de n&rsquo;\u00eatre rien \u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il dira : \u00ab Toute vie humaine n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9chec \u00bb. Il recherchera alors l&rsquo;\u00e9chec total, conscient, orgueilleux, l&rsquo;\u00e9chec voulu par d\u00e9rision, pour se venger. Mais se venger de qui ? D&rsquo;un Dieu que l&rsquo;on sait inexistant ? Du monde ? Mais qui pourra jamais se venger de l&rsquo;\u00e9ternelle indiff\u00e9rence du monde ? De soi-m\u00eame ? Mais alors cette vengeance n&rsquo;apporte que d\u00e9chirement et malheur. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Lawrence a v\u00e9cu d\u00e9chir\u00e9, malheureux. Il s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 dans l&rsquo;impasse, courant avec toujours plus d&rsquo;ardeur, sachant pourtant d\u00e8s le d\u00e9but qu&rsquo;il n&rsquo;y avait devant lui que le mur, le mur o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9craserait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Des solitudes gu\u00e9rissables <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut sans doute fr\u00e9mir. Mais il ne faut pas admirer et moins encore suivre ces chemins. Un suicid\u00e9 path\u00e9tique reste un suicid\u00e9. Et il n&rsquo;y a pas que cela : il y a la mystification, il y a le m\u00e9pris que de telles destin\u00e9es portent avec elles. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a la mystification : nul ne se croit plus lucide, clairvoyant, que celui qui pense avoir d\u00e9cel\u00e9 la vanit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9chec de toute la vie, alors que souvent cet homme n&rsquo;applique pas sa lucidit\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir la signification de sa vie non plus consid\u00e9r\u00e9e en soi, s\u00e9par\u00e9e artificiellement des autres vies humaines, mais dans la communaut\u00e9 sociale. La puret\u00e9 st\u00e9rile de Lawrence s&rsquo;est en fin de compte d\u00e9pens\u00e9e au service de la plus impure des causes, celle des compagnies p\u00e9troli\u00e8res. Bien entendu, Lawrence m\u00e9prisait la cause qu&rsquo;il servait. Il aurait m\u00eame voulu, tandis qu&rsquo;il travaillait \u00e0 les asservir, lib\u00e9rer les peuples arabes. De m\u00eame, d&rsquo;autres passionn\u00e9s de puret\u00e9, de v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure, de salut, finissent ainsi \u00e0 vouer leur vie \u00e0 tout ce qui nie la puret\u00e9, l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure, la recherche du salut.  \u00ab Que nous importe ? \u00bb diront ceux pour qui il importe peu de servir le capitalisme ou le socialisme, les puissances d&rsquo;exploitation ou de lib\u00e9ration sociale, puisqu&rsquo;ils voient le mal partout dans la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab Peu vous importe ? \u00bb C&rsquo;est bien l\u00e0 la mystification. C&rsquo;est bien l\u00e0 que vous ne vous montrez ni lucides, ni clairvoyants, incapables de discerner ce qu&rsquo;il est indigne et digne de servir.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, le h\u00e9ros \u00ab lucide \u00bb \u00e0 la Lawrence arr\u00eate toujours sa lucidit\u00e9 \u00e0 mi-chemin dans la connaissance de soi-m\u00eame. Il n&rsquo;analyse gu\u00e8re \u2014 ni ne psychanalyse \u2014 ce qui dans son drame tient \u00e0 des fatalit\u00e9s physiologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, des probl\u00e8mes cosmiques ont leur point de d\u00e9part dans des probl\u00e8mes d&rsquo;hormones. Souvent un malheur m\u00e9taphysique a son origine dans un malheur sexuel. Bien s\u00fbr, les probl\u00e8mes de la solitude humaine, du malheur, de la mort, existent. Mais seuls les hommes heureux, peuvent les poser <em>dans l&rsquo;universel<\/em>. L&rsquo;homme heureux, r\u00e9concili\u00e9, \u00e9quilibr\u00e9, \u2014 ou celui qui veut le bonheur, donc qui croit au bonheur \u2014 peut seul se poser lucidement le probl\u00e8me du malheur. Parce qu&rsquo;il sait que ni la solitude, ni le malheur ne sont des fatalit\u00e9s humaines. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais Lawrence ? Qui nous dit qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine de son drame \u00ab existentiel \u00bb, il n&rsquo;y a pas son drame sexuel ? Qui nous dit que la grandiose solitude sociale de Lawrence n&rsquo;a pas son point de d\u00e9part dans la courante solitude sociale de l&rsquo;homosexuel ? <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est certes pas sa faute \u2014 et loin de nous l&rsquo;id\u00e9e de m\u00e9priser quelque souffrance que ce soit. Mais il faut le dire avec force, il y a des solitudes gu\u00e9rissables, qui peuvent et doivent se gu\u00e9rir dans et par la soci\u00e9t\u00e9. Le manque de clairvoyance chez Lawrence et ses fanatiques vient de ce qu&rsquo;ils ont m\u00e9pris\u00e9 les origines physiologiques ou sociales de leur solitude \u2014 et qu&rsquo;ils en ont fait le malheur \u00e9ternel, irr\u00e9m\u00e9diable de l&rsquo;homme. Ils se sont menti \u00e0 eux-m\u00eames, et, par-l\u00e0, ils nous ont menti. <\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a le m\u00e9pris. \u00ab Il n&rsquo;est pas de destin qui ne puisse \u00eatre surmont\u00e9 par le m\u00e9pris \u00bb, a dit Camus. Phrase terrible et folle. De m\u00eame qu&rsquo;il est vain de vouloir se venger du monde, des autres (la m\u00e9thode fasciste) et de soi-m\u00eame, il est vain de penser que le m\u00e9pris puisse surmonter quoi que ce soit. Rien ne peut se surmonter par le m\u00e9pris. C&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;y a pas de salut nihiliste, de salut absurde. Le salut se fait avec le contraire du m\u00e9pris. Le salut se fait contre le m\u00e9pris, la grande  \u00ab plaie du monde \u00bb. Il a manqu\u00e9 \u00e0 ces conqu\u00e9rants le sens de la fraternit\u00e9. Non pas de la  \u00ab fraternit\u00e9 virile \u00bb, celle d&rsquo;une petite caste d&rsquo;\u00e9lus, de combattants qui a exist\u00e9 et existe partout chez les Spartiates comme chez les S.S, chez les aviateurs comme chez les footballeurs, mais de la fraternit\u00e9 vraie, inconditionn\u00e9e, humaine. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Un salut d&rsquo;ardente patience<\/strong>  <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mon esprit, prends garde. Pas de partis de salut violent \u00bb, dit Rimbaud apr\u00e8s avoir \u00e9puis\u00e9 en esprit toutes les possibilit\u00e9s, toutes les tentations, au moment de quitter les portes de l&rsquo;enfer, au moment o\u00f9 il va conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9clair :  <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Le travail humain ! c&rsquo;est l&rsquo;explosion qui \u00e9claire mon ab\u00eeme de temps en temps \u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il y a salut, ce sera un salut progressif, collectif, fraternel, un salut \u2014, toujours Rimbaud \u2014  \u00ab d&rsquo;ardente patience \u00bb. Contre l&rsquo;absurde, le nihilisme, le d\u00e9sespoir, il y a cette id\u00e9e de bonheur, toujours neuve en Europe, toujours neuve dans le monde. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Edgar MORIN.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article d&rsquo;Edgar Morin paru dans Les Lettres fran\u00e7aises, n\u00b0 165, 18 juillet 1947, p. 1 et 3 LE spectre de T.E. Lawrence, Lawrence d&rsquo;Arabie, hante une partie du monde intellectuel. A Lawrence peuvent se rattacher par une parent\u00e9 de moins en moins obscure les h\u00e9ros de Malraux ; les conqu\u00e9rants qu&rsquo;anime \u00ab une passion pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[29,107,2988,1432,372,4684,1957,3532,703,896,2001,4682,4683],"class_list":["post-13694","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse","tag-29","tag-albert-camus","tag-arthur-rimbaud","tag-critique","tag-edgar-morin","tag-exotisme","tag-gallimard","tag-les-lettres-francaises","tag-livre","tag-orient","tag-recension","tag-t-e-lawrence","tag-victoria-ocampo"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-3yS","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":13707,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/26\/roger-worms-mise-au-point-sur-une-mise-au-pas\/","url_meta":{"origin":13694,"position":0},"title":"Roger Worms : Mise au point sur une mise au pas","author":"SiNedjib","date":"26\/08\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Roger Worms alias Roger St\u00e9phane paru dans Combat, 25 juillet 1947, p. 2 NOUS n'avons malheureusement pas eu l'occasion de lire une r\u00e9futation de Nietzsche par M. 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