{"id":14714,"date":"2021-11-21T16:17:07","date_gmt":"2021-11-21T15:17:07","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=14714"},"modified":"2024-01-06T19:02:44","modified_gmt":"2024-01-06T18:02:44","slug":"maxime-rodinson-la-revolution-economique-moderne-et-lislam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/11\/21\/maxime-rodinson-la-revolution-economique-moderne-et-lislam\/","title":{"rendered":"Maxime Rodinson : La r\u00e9volution \u00e9conomique moderne et l&rsquo;Islam (1\/2)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.google.com\/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjqg76OgZT0AhUpy4UKHTd2Dw0QFnoECAIQAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fmaitron.fr%2Fspip.php%3Farticle175030&amp;usg=AOvVaw3QqQEbavL8buDhXOx7m7cK\" target=\"_blank\">Maxime Rodinson<\/a> paru dans <em>Partisans<\/em>, n\u00b0 24, d\u00e9cembre 1965, p. 19-29<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"352\" height=\"494\" data-attachment-id=\"14715\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/11\/21\/maxime-rodinson-la-revolution-economique-moderne-et-lislam\/partisans-decembre-1965\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?fit=352%2C494&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"352,494\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Partisans-decembre-1965\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?fit=214%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?fit=352%2C494&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?resize=352%2C494&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14715\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?w=352&amp;ssl=1 352w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Partisans-decembre-1965.png?resize=214%2C300&amp;ssl=1 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 352px) 100vw, 352px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><em>Le texte qu&rsquo;on lira dans les pages suivantes correspond \u00e0 une conf\u00e9rence que j&rsquo;ai donn\u00e9e \u00e0 Alger, \u00e0 la salle Ibn Khaldoun, le 1er avril 1965.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Elle faisait suite \u00e0 deux conf\u00e9rences prononc\u00e9es au m\u00eame endroit dans les<\/em> <em>semaines pr\u00e9c\u00e9dentes et que je ne connais que par ou\u00ef-dire. L&rsquo;une, celle de Jacques Berque, avait insist\u00e9, m&rsquo;a-t-on dit, sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lan arabe (et alg\u00e9rien en particulier) vers l&rsquo;ind\u00e9pendance et la la conscience nationales, sur l&rsquo;enracinement de cet \u00e9lan dans les valeurs transhistoriques particuli\u00e8res \u00e0 ce peuple et sur les pulsions \u00ab\u00a0anthropologiques\u00a0\u00bb o\u00f9 ce mouvement puisait sa force. L&rsquo;autre, celle de Roger Garaudy, introduisait l&rsquo;id\u00e9e de lutte sociale en invoquant Marx. Il canonisait la R\u00e9publique Alg\u00e9rienne comme poursuivant une r\u00e9volution de type marxiste et justifiait les efforts faits pour lui donner une r\u00e9f\u00e9rence islamique. D&rsquo;une part, il rejetait l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une opposition radicale entre le sentiment religieux et la vision marxiste de la lib\u00e9ration humaine. D&rsquo;autre part, il assimilait l&rsquo;id\u00e9ologie musulmane \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie marxiste ou du moins les rapprochait. C&rsquo;est en tous cas l&rsquo;impression qu&rsquo;en recueillirent ses auditeurs. <\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>Je ne suis pas en d\u00e9saccord total avec mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs et je suis sensible aux pr\u00e9occupations qui inspiraient leur attitude. Les aspirations \u00e0 l&rsquo;autonomie nationale m\u00e9ritent, je pense, la sympathie et le soutien ; une certaine sp\u00e9cificit\u00e9 est \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 toute formation ethnique encore que je sois moins s\u00fbr que J. Berque de son caract\u00e8re stable et permanent et que je ne crois pas que la pouss\u00e9e vers l&rsquo;autonomie nationale rel\u00e8ve de facteurs plus transhistoriques ou extra-historiques que d&rsquo;autres aspirations sociales. Je crois aussi, avec R. Garaudy, que le sentiment religieux peut coexister avec des efforts de lib\u00e9ration terrestre, qu&rsquo;il peut m\u00eame, concurremment avec d&rsquo;autres sentiments, servir de motivation pour certains \u00e0 de tels efforts. Je pense enfin, on le verra, que la religion musulmane s&rsquo;est propos\u00e9e \u00e0 certains moments, sous certaines de ses formes, de tels buts.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourtant je crois qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle, mettre l&rsquo;accent uniquement sur ces aspects des probl\u00e8mes est dangereux. L&rsquo;ind\u00e9pendance politique est acquise presque partout. Les menaces qui p\u00e8sent sur la libert\u00e9 r\u00e9elle, sur l&rsquo;autonomie de d\u00e9cision des peuples du Tiers-Monde prennent la voie de la pression \u00e9conomique et ne mettent pas en question les sentiments d&rsquo;originalit\u00e9 de ces peuples. La conqu\u00eate d&rsquo;une ind\u00e9pendance plus compl\u00e8te ne peut se faire que par le progr\u00e8s \u00e9conomique. Ce progr\u00e8s \u00e9conomique se r\u00e9alise d\u00e8s maintenant (ou ne se r\u00e9alise pas) dans une ambiance de lutte des couches et cat\u00e9gories sociales, des clans, des classes, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 pour conserver ou acqu\u00e9rir des privil\u00e8ges, pour faire peser sur les autres le plus possible des sacrifices exig\u00e9s par la situation, pour d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 r\u00e9clamer l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sacrifices et des b\u00e9n\u00e9fices de l&rsquo;effort entrepris. C&rsquo;est l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, que la vision marxiste de l&rsquo;histoire humaine permettait de pr\u00e9voir. Dans cette lutte sourde ou d\u00e9clar\u00e9e, non moins normalement, les couches privil\u00e9gi\u00e9es ou qui entendent se privil\u00e9gier mettent l&rsquo;accent sur des th\u00e8mes susceptibles de gagner l&rsquo;adh\u00e9sion des masses : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;union nationale, le respect des traditions, les menaces d\u00e9nonc\u00e9es contre ces traditions et la foi religieuse. Cela ne veut pas dire pas dire qu&rsquo;il faille se dresser contre la foi religieuse en soi, ni m\u00eame contre toutes les traditions et toutes les formes d&rsquo;unit\u00e9 nationale. Mais cela signifie que ceux qui veulent \u00eatre honn\u00eates envers les peuples auxquels ils s&rsquo;adressent, sans souci des inconv\u00e9nients qui ne manqueront pas de les atteindre, ont pour devoir d&rsquo;attirer l&rsquo;attention sur l&rsquo;usage mystificateur et int\u00e9ress\u00e9 qui peut \u00eatre fait de ces th\u00e8mes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Cela ne signifie pas, insistons-y, un appel imm\u00e9diat \u00e0 la lutte r\u00e9volutionnaire violente. Tout d\u00e9pend des circonstances et, si je peux faire \u00e0 part moi des pr\u00e9visions ou \u00e9mettre des jugements, je n&rsquo;ai certainement pas \u00e0 en d\u00e9cider. Dans chaque pays, il appartient aux couches plus ou moins d\u00e9favoris\u00e9es et \u00e9ventuellement \u00e0 ceux qui croient pouvoir s&rsquo;en faire les repr\u00e9sentants, de d\u00e9cider si les sacrifices qui leur sont demand\u00e9s sont acceptables, si les favoris\u00e9s n&rsquo;abusent pas de leurs privil\u00e8ges, si les t\u00e2ches d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de d\u00e9fense et de construction nationales priment ou non et pendant combien de temps l&rsquo;urgence des revendications. Il est fort possible que, pendant un laps de temps important \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des vies humaines, m\u00eame s&rsquo;il est transitoire aux yeux de l&rsquo;historien, ce soit le plus souvent ce dernier cas qui pr\u00e9vale. On ne d\u00e9cr\u00e8te pas la lutte des classes.<\/em> <em>C&rsquo;est un facteur permanent de l&rsquo;histoire humaine, comme la lutte des groupes ethniques et nationaux. Mais elle se manifeste sous de multiples formes et tr\u00e8s souvent sous celle de la comp\u00e9tition, de la concurrence, des compromis, de la lutte sourde sans violence collective. Comme dans la lutte des groupes ethniques et des nations, la violence collective, la guerre n&rsquo;est que la forme paroxystique de la comp\u00e9tition non violente permanente. Encore une fois, c&rsquo;est au militant r\u00e9volutionnaire indig\u00e8ne de peser les facteurs en pr\u00e9sence, de voir si les orientations du pr\u00e9sent sont objectivement n\u00e9cessaires, de juger \u00e0 partir de quand elles compromettent par trop l&rsquo;avenir, de d\u00e9cider de l&rsquo;action \u00e0 mener, des tendances \u00e0 appuyer ou \u00e0 combattre et sous quelle forme. Le sociologue et l&rsquo;historien ne peuvent que lui fournir des donn\u00e9es et des r\u00e9flexions \u00e0 prendre en consid\u00e9ration. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un publiciste int\u00e9griste musulman d&rsquo;Alger a attaqu\u00e9 la conf\u00e9rence de Roger Garaudy et la mienne. Il m&rsquo;a accus\u00e9 particuli\u00e8rement (outre des avertissements sur mes d\u00e9fauts de diction dont je lui suis reconnaissant) de manquer de respect envers l&rsquo;Islam. Il a accus\u00e9 les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes d&rsquo;avoir appel\u00e9 deux ath\u00e9es \u00e0 traiter, \u00e0 Alger, de questions musulmanes, accusation qui pr\u00e9sageait celles qui suivirent et justifi\u00e8rent l&rsquo;op\u00e9ration militaire du 19 juin 1965. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il s&rsquo;agit de s&rsquo;entendre. Si l&rsquo;on consid\u00e8re que parler de l&rsquo;Islam pour un homme qui n&rsquo;adh\u00e8re pas \u00e0 la religion musulmane, qu&rsquo;essayer de comprendre l&rsquo;Islam, par cons\u00e9quent, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne historique et non comme une r\u00e9v\u00e9lation divine, c&rsquo;est manquer de respect \u00e0 l&rsquo;Islam, alors effectivement j&rsquo;ai commis ce crime et Garaudy \u00e9galement. Si un \u00c9tat la\u00efque a pour obligation de nous y autoriser, il est du droit strict d&rsquo;un \u00c9tat <\/em>religieux <em>musulman de nous en emp\u00eacher. Mais j&rsquo;attire l&rsquo;attention des hommes attach\u00e9s <\/em>sinc\u00e8rement <em>\u00e0 la foi musulmane sur les cons\u00e9quences de cette<\/em> <em>attitude. Qu&rsquo;ils le veuillent ou non, le monde moderne dans lequel ils baignent v\u00e9hicule des attitudes mettant en question l&rsquo;appr\u00e9hension religieuse des choses. Qu&rsquo;ils le veuillent ou non, de multiples voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent d\u00e9j\u00e0 et s&rsquo;\u00e9l\u00e8veront de plus en plus contre la conception traditionnelle de la religion. Beaucoup par prudence ne parlent pas, mais leurs restrictions mentales n&rsquo;en p\u00e8sent pas moins lourdement sur l&rsquo;opinion collective. D&rsquo;autres religions sont, avant l&rsquo;islamisme, pass\u00e9es par la m\u00eame \u00e9preuve. Leur premier r\u00e9flexe a \u00e9t\u00e9 aussi de se prot\u00e9ger artificiellement en supprimant la contradiction publique. Le r\u00e9sultat en a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9saffection de plus en plus compris \u00e9tendue des masses jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 les \u00e9lites religieuses ont compris qu&rsquo;elles auraient eu int\u00e9r\u00eat \u00e0 affronter de face une opposition stimulante et \u00e0 repenser leurs conceptions \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles tendances, des nouvelles aspirations, des nouvelles objections. Plus on tarde \u00e0 prendre cette attitude nouvelle et plus la situation est catastrophique pour l&rsquo;id\u00e9ologie qui s&rsquo;est prot\u00e9g\u00e9e artificiellement de la critique et s&rsquo;est fig\u00e9e dans un conservatisme crisp\u00e9. Mais c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;affaire des id\u00e9ologues musulmans et des gouvernements qui veulent prot\u00e9ger l&rsquo;id\u00e9ologie musulmane. Je ne le conteste nullement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais si manquer de respect c&rsquo;est exprimer son m\u00e9pris pour les adh\u00e9rents de l&rsquo;Islam, je proteste de mon innocence. Puisque que je ne suis pas musulman, il est \u00e9vident que j&rsquo;aborde la foi musulmane du dehors, que je consid\u00e8re les dogmes musulmans comme erron\u00e9s et les rites musulmans comme correspondant \u00e0 des dogmes erron\u00e9s. \u00c9tant ath\u00e9e, j&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs la m\u00eame attitude envers les dogmes et les rites chr\u00e9tiens, juifs, bouddhistes, etc\u2026 Mais je connais beaucoup d&rsquo;hommes ayant des opinions que j&rsquo;estime erron\u00e9es et que je respecte profond\u00e9ment pour leur intelligence, leur honn\u00eatet\u00e9, leur bont\u00e9, etc\u2026 J&rsquo;ai moi-m\u00eame chang\u00e9 d&rsquo;opinion sur des points fondamentaux et ai \u00e9t\u00e9 longtemps (selon mon jugement actuel) dans l&rsquo;erreur. Peut-\u00eatre jugerai-je ainsi, avant ma mort, mon attitude actuelle. Je ne puis avoir de m\u00e9pris envers les hommes qui ne sont pas de mon opinion aujourd&rsquo;hui. Si j&rsquo;ai pu \u00eatre sarcastique, c&rsquo;est envers la r\u00e9currence des illusions id\u00e9ologiques en soi, ph\u00e9nom\u00e8ne dont j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 moi-m\u00eame victime.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce sont l\u00e0 des banalit\u00e9s. Mais il faut les r\u00e9p\u00e9ter sans cesse \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle, surtout quand il s&rsquo;agit du Tiers-Monde. En effet, dans celui-ci m\u00eame, beaucoup d&rsquo;esprits qui ne croient plus en la v\u00e9rit\u00e9 des dogmes ni en l&rsquo;efficacit\u00e9 des rites n&rsquo;en jugent pas moins n\u00e9cessaire de protester de leur attachement \u00e0 la religion qui les professe ou les prescrit. C&rsquo;est pour eux un acte de foi politique, nationaliste, bien plut\u00f4t que religieux. De nombreux Europ\u00e9ens, sympathiques aux aspirations des masses du Tiers-Monde, jugent pour la m\u00eame raison qu&rsquo;il faut se garder de marquer un d\u00e9saccord quelconque avec ces dogmes et ces rites. Je ne crois pas que cette attitude soit justifi\u00e9e. Qu&rsquo;on m&rsquo;entende bien. Il ne s&rsquo;agit pas de se livrer \u00e0 quelque<\/em> Kulturkampf, <em>de faire de la propagande anti-musulmane ou dirig\u00e9e contre quelque autre religion. Mais d&rsquo;une part, l&rsquo;amiti\u00e9 sinc\u00e8re exige la franchise. Et d&rsquo;autre part, c&rsquo;est cette attitude m\u00eame qui est au fond la plus m\u00e9prisante pour la religion puisqu&rsquo;elle la consid\u00e8re comme un stock de mythes utiles. Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 de la foi et les hommes vraiment religieux le comprennent bien. Beaucoup commencent \u00e0 comprendre aussi qu&rsquo;une foi apparente motiv\u00e9e par une adh\u00e9sion politique peut \u00eatre un certain temps un r\u00e9confort pour ceux qui sentent crouler leur univers conceptuel. Mais, \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance, elle se r\u00e9v\u00e8le plus n\u00e9faste qu&rsquo;utile, elle se r\u00e9v\u00e8le m\u00eame mortelle pour les valeurs proprement religieuses. D&rsquo;autres en ont fait la dure exp\u00e9rience<\/em> <em>avant les ul\u00e9mas musulmans.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ainsi donc la sympathie que j&rsquo;ai toujours montr\u00e9e envers les aspirations nationales des peuples musulmans ne me conduira pas \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;Islam, ni \u00e0 dissimuler hypocritement ma non-adh\u00e9sion sous un verbiage syncr\u00e9tique quelconque. Pas plus que ma sympathie pour les revendications des peuples noirs ne m&rsquo;a fait consid\u00e9rer comme scientifiquement valables les \u00e9lucubrations de Cheikh Anta Diop par exemple sur la n\u00e9gritude des anciens \u00c9gyptiens. Les formulations hypocrites, l&rsquo;adh\u00e9sion avec restriction mentale, c&rsquo;est l\u00e0 que serait le m\u00e9pris. Cette attitude peut ne pas \u00eatre comprise et susciter les critiques et des difficult\u00e9s. J&rsquo;ai confiance en l&rsquo;avenir pour la justifier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le texte qu&rsquo;on lira ne correspond pas mot \u00e0 mot \u00e0 ce que j&rsquo;ai dit \u00e0 Alger. Un enregistrement magn\u00e9tophonique en avait \u00e9t\u00e9 pris, mais avait beaucoup de d\u00e9fauts techniques et m&rsquo;est inaccessible. J&rsquo;avais parl\u00e9 non en lisant un texte pr\u00e9par\u00e9, mais en d\u00e9veloppant un plan tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9. J&rsquo;ai simplement mis celui-ci en fran\u00e7ais normal.  Sur deux ou trois points, j&rsquo;ai, \u00e0 la r\u00e9flexion, corrig\u00e9 ou nuanc\u00e9 ce que j&rsquo;avais \u00e9nonc\u00e9. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J&rsquo;ai laiss\u00e9 ce texte sans r\u00e9f\u00e9rences justificatives. Pour une bonne part, on les trouvera, ainsi que des d\u00e9veloppements plus amples, dans mon livre,<\/em> <a href=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/30\/maxime-rodinson-islam-et-capitalisme\/\">Islam et capitalisme<\/a>, <em>qui doit para\u00eetre prochainement aux \u00c9ditions du Seuil.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Paris, le 21 septembre 1965<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le monde est aujourd&rsquo;hui le t\u00e9moin d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements grandioses. Il n&rsquo;est pas difficile de discerner l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moteur. Tout le monde en est d&rsquo;accord implicitement ou explicitement, m\u00eame ceux qui r\u00e9pugnent le plus \u00e0 mettre en relief les facteurs \u00e9conomiques dans l&rsquo;histoire. L&rsquo;industrialisation sur une grande \u00e9chelle a atteint un palier nouveau, un niveau encore jamais vu. Les forces de production se sont hauss\u00e9es, dans une s\u00e9rie de pays, \u00e0 un nouveau degr\u00e9 qualitatif. Ce n&rsquo;est plus une \u00e9volution, c&rsquo;est une r\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nations depuis longtemps engag\u00e9es sur la voie du d\u00e9veloppement industriel ont surtout b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette r\u00e9volution. Celle-ci a accru encore leur puissance d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable. Potentiellement ou pratiquement, elles dominent le monde plus qu&rsquo;aucun des conqu\u00e9rants de jadis n&rsquo;a pu le r\u00eaver. Les deux plus puissantes d\u00e9j\u00e0 ont le pouvoir, d&rsquo;un mot, d&rsquo;un geste, d&rsquo;an\u00e9antir \u00e0 coup s\u00fbr des pays entiers et m\u00eame, si elles le voulaient, la plan\u00e8te. <\/p>\n\n\n\n<p>Les nations qui n&rsquo;ont pas suivi ce processus sont devant un choix plus dramatique et de plus de cons\u00e9quence que toutes leurs options du pass\u00e9. Ou bien elles s&rsquo;industrialiseront, se \u00ab d\u00e9velopperont \u00bb comme se sont, d\u00e9velopp\u00e9es les nations europ\u00e9o-am\u00e9ricaines, \u00ab d\u00e9colleront \u00bb \u00e0 leur tour. Ou bien elles seront d\u00e9pendantes des d\u00e9cisions des vraies puissances. Elles peuvent certes arriver \u00e0 louvoyer, \u00e0 jouer de leurs contradictions et maintenir ainsi leur ind\u00e9pendance dans une certaine mesure comme l&rsquo;ont fait de multiples \u00c9tats du pass\u00e9, \u00e9voluant eux aussi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de puissances qui eussent pu, si l&rsquo;on tient compte de la seule force, les an\u00e9antir. Mais chacun sait depuis toujours qu&rsquo;une ind\u00e9pendance de ce type est toujours pr\u00e9caire et limit\u00e9e. La seule mani\u00e8re de faire entendre sa voix, de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats avec le maximum d&rsquo;efficacit\u00e9 est d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame une puissance, \u00e0 la rigueur d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 un groupe qui est, collectivement, une puissance. Cela est vrai de la vie individuelle comme de la vie des \u00c9tats. Tout le reste est litt\u00e9rature. Les protestations contre le \u00ab n\u00e9o-colonialisme \u00bb sont certes justifi\u00e9es. Elles sont n\u00e9cessaires. Mais elles ne sont que parade verbale tant qu&rsquo;on ne peut les traduire en termes de force. <\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement, la volont\u00e9 ne suffit pas et le choix doit d&rsquo;abord \u00eatre possible. Certaines conditions naturelles, g\u00e9ographiques, sont n\u00e9cessaires ou au moins d\u00e9sirables. Pour les pays dont je m&rsquo;occupe ici, je supposerai, ce qui semble confirm\u00e9 par l&rsquo;exp\u00e9rience, qu&rsquo;au moins les conditions naturelles, si elles ne sont pas des plus favorables partout, si elles font surgir des difficult\u00e9s, ne s&rsquo;opposent pourtant pas de fa\u00e7on dirimante \u00e0 l&rsquo;industrialisation. Je ne m&rsquo;occuperai donc que des obstacles et des facteurs favorables sociaux et humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pays dont je traite forment ce qu&rsquo;on appelle le monde musulman. Cela signifie que, dans ces pays, jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque toute r\u00e9cente au moins, dominant ce type d&rsquo;id\u00e9ologie qu&rsquo;on appelle la religion musulmane. Cela ne signifie pas, loin de l\u00e0, une unit\u00e9 de tous les plans, cela ne signifie nullement que les conditions sociales y soient les m\u00eames. Mais, pourtant, cela implique que toute une s\u00e9rie de probl\u00e8mes, ceux pr\u00e9cis\u00e9ment que j&rsquo;aborderai ici, s&rsquo;y pr\u00e9sentent de fa\u00e7on analogue, que certains facteurs jouent partout. Je m&rsquo;en tiendrai d&rsquo;ailleurs aux grandes lignes, \u00e0 ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment est le plus g\u00e9n\u00e9ralement valable pour tous les pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde musulman ainsi d\u00e9fini se trouve donc devant des probl\u00e8mes qui n&rsquo;ont rien d&rsquo;exceptionnel. Ce sont les probl\u00e8mes fondamentaux du Tiers-Monde auxquels je viens de faire allusion et qui pr\u00e9sentent ici seulement un faci\u00e8s particulier que ma sp\u00e9cialisation me permet d&rsquo;aborder avec plus de comp\u00e9tence qu&rsquo;ailleurs. Voici comment je crois possible de d\u00e9finir ces probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>1) Quel mod\u00e8le d&rsquo;industrialisation choisir ? <\/p>\n\n\n\n<p>2) La tradition culturelle du monde musulman lui permet-elle :<br>a) de se moderniser, c&rsquo;est-\u00e0-dire de s&rsquo;industrialiser ? <br>b) de choisir librement le mod\u00e8le d&rsquo;industrialisation qu&rsquo;il peut suivre ou lui prescrit-elle, favorise-t-elle un des mod\u00e8les ? Permet-elle une transformation des structures qui, dans un des cas au moins, semble n\u00e9cessaire ?<br>c) lui permet-elle de choisir, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une id\u00e9ologie qui semble \u00e0 beaucoup n\u00e9cessaire pour entra\u00eener les masses aux efforts requis pour la modernisation dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ses types, peut-\u00eatre dans tous ? <\/p>\n\n\n\n<p>3) L&rsquo;\u00e9volution envisag\u00e9e permet-elle au monde musulman de garder une certaine originalit\u00e9 culturelle en continuit\u00e9 avec la tradition pass\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire son identit\u00e9 ou l&rsquo;identit\u00e9 des peuples qui le composent ? <\/p>\n\n\n\n<p>Comment peut-on r\u00e9pondre \u00e0 ces questions ? De toutes mani\u00e8res, par la seule voie relativement s\u00fbre qui s&rsquo;offre \u00e0 l&rsquo;homme, la voie de la connaissance \u00e9labor\u00e9e selon les m\u00e9thodes \u00e9prouv\u00e9es de l&rsquo;analyse scientifique. Toute autre m\u00e9thode ne peut aboutir, dans le meilleur des cas, qu&rsquo;\u00e0 des intuitions fulgurantes peut-\u00eatre, mais incontr\u00f4l\u00e9es et susceptibles d&rsquo;\u00e9garer. Plusieurs disciplines scientifiques ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9labor\u00e9 des m\u00e9thodes de recherche et d\u00e9gag\u00e9 des donn\u00e9es qui n&rsquo;ont peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es assez largement et de fa\u00e7on suffisamment coordonn\u00e9e pour fournir des r\u00e9ponses au moins provisoires et partielles aux questions ci-dessus pos\u00e9es. L&rsquo;\u00e9conomiste peut donner des avis autoris\u00e9s sur les qualit\u00e9s et les d\u00e9fauts des mod\u00e8les propos\u00e9s et les cons\u00e9quences \u00e9conomiques des options choisies. Le sociologue, de toute \u00e9vidence, a beaucoup \u00e0 dire. Mais il est clair que celui-ci doit recourir (les sociologues qui se sont occup\u00e9s du probl\u00e8me l&rsquo;ont tr\u00e8s peu fait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent) aux le\u00e7ons de l&rsquo;exp\u00e9rience collective de l&rsquo;humanit\u00e9. Particuli\u00e8rement dans la partie du monde dont je traite aujourd&rsquo;hui, il s&rsquo;agira \u00e9videmment de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Islam, magasin prodigieux d&rsquo;exp\u00e9riences aussi vari\u00e9es qu&rsquo;instructives, domaine trop ignor\u00e9 m\u00eame par les Musulmans (je veux dire les habitants du monde musulman) qui s&rsquo;en font le plus souvent une image mythique. Cette image mythique s&rsquo;est souvent impos\u00e9e par ignorance ou par complaisance aux savants non musulmans eux-m\u00eames, par ailleurs p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d&rsquo;autres mythes, ceux de la p\u00e9riode coloniale. Or, pour traiter de fa\u00e7on scientifiquement valable de ces probl\u00e8mes, il faut laisser de c\u00f4t\u00e9 ces mythes. Je ne nie pas que certains de ces mythes n&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 ou ne soient, sur un certain plan, \u00e0 certains moments utiles. Je n&rsquo;ignore pas qu&rsquo;en les ignorant ou en les critiquant, je chagrine ou j&rsquo;indigne beaucoup de mes auditeurs, que je m&rsquo;expose \u00e0 des suspicions et \u00e0 des cons\u00e9quences personnelles d\u00e9sagr\u00e9ables. Mais la lucidit\u00e9 a aussi ses droits et j&rsquo;entends profiter du privil\u00e8ge que j&rsquo;ai de pouvoir \u00e9noncer tout haut des v\u00e9rit\u00e9s dont beaucoup dans le monde musulman ont conscience, mais qu&rsquo;ils doivent taire, dont d&rsquo;autres estiment qu&rsquo;elles ne ne sont pas bonnes \u00e0 dire. Beaucoup vivront assez vieux pour s&rsquo;apercevoir que les mythes ne sont pas la voie royale pour la compr\u00e9hension des probl\u00e8mes de leur monde et de leur temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I.<\/strong> <strong>QUEL MOD\u00c8LE DE MODERNISATION CHOISIR ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux mod\u00e8les sont offerts par le monde moderne. On les appelle couramment le mod\u00e8le capitaliste et le mod\u00e8le socialiste. Ils pr\u00e9sentent des variations et des formes qui paraissent interm\u00e9diaires. <\/p>\n\n\n\n<p>Le monde musulman a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit, successivement, par les deux mod\u00e8les. Mais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, c&rsquo;est surtout au niveau d&rsquo;une \u00e9lite dirigeante que s&rsquo;est exerc\u00e9e cette s\u00e9duction. Ils ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9s surtout selon leur valeur apparente pour le projet de d\u00e9veloppement sans trop de consid\u00e9ration pour leur valeur relative sur d&rsquo;autres plans.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici et ailleurs, des efforts ont \u00e9t\u00e9 faits pour chercher une troisi\u00e8me voie parce que ces deux mod\u00e8les ont paru trop \u00e9trangers au monde qui voulait les appliquer. Des \u00e9conomistes et sociologues europ\u00e9ens ont encourag\u00e9 par leurs \u00e9crits cette tendance \u00e0 la recherche d&rsquo;une troisi\u00e8me voie pour toutes sortes de raisons dont je me contenterai de dire ici que certaines sont assez impures.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux s\u00e9ries de remarques s&rsquo;imposent ici, \u00e0 mon avis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) Les options fondamentales : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une grande vari\u00e9t\u00e9 de formes s&rsquo;offre en effet et d&rsquo;autres encore seront trouv\u00e9es. On peut toujours choisir une de ses formes, la baptiser d&rsquo;un nom quelconque (par exemple solidarisme, justicialisme, etc.) ou lui accoler un adjectif quelconque (socialisme arabe, musulman, argentin, chr\u00e9tien, etc.) pour dissimuler ses rapports avec un mod\u00e8le bien connu ailleurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais, malgr\u00e9 toute cette vari\u00e9t\u00e9, les m\u00eames questions se posent partout et doivent \u00eatre pos\u00e9es par rapport aux m\u00eames grands probl\u00e8mes. Et il est n\u00e9faste de masquer ceux-ci. <\/p>\n\n\n\n<p>La grande question est toujours la m\u00eame : qui d\u00e9tient le pouvoir de d\u00e9cision sur les options \u00e9conomiques ? <\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;est que trois possibilit\u00e9s, toujours et partout : <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 les producteurs eux-m\u00eames, c&rsquo;est-\u00e0-dire, dans le contexte \u00e9conomique moderne, des groupes de producteurs ; <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 des individus autonomes ayant le contr\u00f4le des moyens de production sans \u00eatre eux-m\u00eames producteurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire, dans le contexte \u00e9conomique moderne, des capitalistes ; <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement le pouvoir de d\u00e9cision \u00e9conomique peut \u00eatre partag\u00e9 entre deux ou trois de ces \u00e9l\u00e9ments. D&rsquo;autre part, l\u2019\u00c9tat peut \u00eatre domin\u00e9 par les producteurs, par les capitalistes, par d&rsquo;autres groupes et il peut \u00eatre la r\u00e9sultante de compromis entre plusieurs groupes \u2014 sans \u00eatre jamais probablement, sauf peut-\u00eatre pendant des phases transitoires, l&rsquo;organe impartial de la volont\u00e9 collective comme il devrait l&rsquo;\u00eatre id\u00e9alement. Tout cela permet une grande vari\u00e9t\u00e9 de formes mixtes. Mais ce qui est important est de savoir lequel domine de ces \u00e9l\u00e9ments. <\/p>\n\n\n\n<p>Le choix, qui ne peut \u00eatre \u00e9lud\u00e9, appartient aux pays concern\u00e9s. L&rsquo;\u00e9tranger comme moi peut seulement lancer un avertissement. Attention aux id\u00e9ologies et aux nomenclatures qui camouflent et masquent ce choix. Il ne sert \u00e0 rien, d&rsquo;invoquer un nom ou un adjectif attrayant, de faire miroiter les avantages de tel syst\u00e8me, son ancrage dans la tradition nationale, son parfum de religiosit\u00e9. La question fondamentale se pose malgr\u00e9 tout, partout dans les m\u00eames termes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) Leur valeur universelle et la tradition culturelle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les trois options en question et leurs dosages multiples ne sont pas li\u00e9es \u00e0 une nation ou \u00e0 un groupe de nations. Elles d\u00e9coulent de la nature m\u00eame de toute soci\u00e9t\u00e9 et de toute production possibles. Elles ont donc une valeur universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on veut pourtant les rattacher \u00e0 une tradition locale dans les pays aujourd&rsquo;hui musulmans du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord, cela est parfaitement possible. Cela est probablement possible d&rsquo;ailleurs \u00e0 peu pr\u00e8s n&rsquo;importe o\u00f9. Mais on peut montrer, si l&rsquo;on y tient, qu&rsquo;aucune n&rsquo;est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la tradition culturelle de ces pays.<\/p>\n\n\n\n<p>La coop\u00e9ration des producteurs y appara\u00eet d\u00e8s l&rsquo;aube de l&rsquo;histoire et a \u00e9t\u00e9 un facteur sous des formes institutionnelles diverses. Ainsi, dans la production agricole, on a souvent eu affaire \u00e0 des communes agricoles o\u00f9 on repartageait p\u00e9riodiquement les terres. Dans la production pastorale, les clans communautaires d&rsquo;\u00e9leveurs ont toujours jou\u00e9 un r\u00f4le important. Il est vrai que ces communaut\u00e9s ont rarement exerc\u00e9 de fa\u00e7on \u00e9galitaire une forte influence sur l\u2019\u00c9tat. Quand les clans d&rsquo;\u00e9leveurs l&rsquo;ont fait, cela a \u00e9t\u00e9 au d\u00e9triment des autres \u00e9l\u00e9ments de la population, particuli\u00e8rement des communes agricoles. De plus, ce processus s&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral accompagn\u00e9 d&rsquo;une diff\u00e9renciation sociale et d&rsquo;une hi\u00e9rarchisation au sein du clan. Mais toutes ces communaut\u00e9s ont souvent joui d&rsquo;une autonomie ou d&rsquo;une quasi-autonomie. En outre, l&rsquo;artisanat urbain a souvent fonctionn\u00e9 selon le mode production que les marxistes appellent la petite production marchande. Autrement dit, le producteur, aid\u00e9 surtout par sa famille, vendait directement au march\u00e9. Il est arriv\u00e9 que des groupes de ces producteurs ind\u00e9pendants, des corporations dominent les villes ou exercent une forte influence sur le gouvernement municipal. La petite production agricole par des cultivateurs ind\u00e9pendants, apportant eux-m\u00eames au march\u00e9 leurs produits a aussi exist\u00e9 \u00e0 diverses reprises et a eu aussi une forte influence sur l\u2019\u00c9tat. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;entreprise priv\u00e9e capitaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire contr\u00f4l\u00e9e par des propri\u00e9taires priv\u00e9s non-producteurs a aussi dans ces pays une tradition fort ancienne puisqu&rsquo;on peut la suivre depuis la pr\u00e9histoire. Elle a surtout domin\u00e9 le plus souvent l&rsquo;activit\u00e9 commerciale, moins souvent l&rsquo;artisanat ou l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re. Il lui est arriv\u00e9 de dominer des \u00c9tats, surtout dans les villes antiques comme Tyr ou Carthage, mais aussi dans les cit\u00e9s musulmanes du Moyen-Age. Elle a pour le moins beaucoup pes\u00e9 sur l\u2019\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9tatisme, contrairement \u00e0 une opinion r\u00e9pandue, a \u00e9t\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent. Il suffira d&rsquo;invoquer ici l&rsquo;exemple de l\u2019\u00c9gypte o\u00f9, depuis l&rsquo;antiquit\u00e9, \u00e0 de nombreuses reprises, l\u2019\u00c9tat a contr\u00f4l\u00e9 toute l&rsquo;\u00e9conomie ou au moins une grande partie de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II. LA TRADITION CULTURELLE ET LA MODERNISATION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) La tradition culturelle permet-elle la modernisation ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a souvent pr\u00e9tendu que la tradition culturelle du monde musulman v\u00e9hiculait un certain mison\u00e9isme, un <em>Nicht-progressivismus<\/em>, comme l&rsquo;a dit \u00e9nergiquement un \u00e9conomiste allemand \u00e9tudiant \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2me \u00e9conomique de l&rsquo;Islam\u00a0\u00bb. On a souvent avanc\u00e9 que ce mison\u00e9isme, cette r\u00e9pugnance \u00e0 l&rsquo;innovation,<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9sidait dans l&rsquo;id\u00e9ologie centrale de cette tradition depuis treize si\u00e8cles, dans la tradition musulmane.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est certain que ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 (trop sommairement) la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle, non seulement dans le monde musulman, mais aussi bien en Chine, dans l&rsquo;Inde, en Europe au Moyen-Age et ailleurs, ignorait en g\u00e9n\u00e9ral<br>l&rsquo;id\u00e9e moderne du progr\u00e8s. Elle n&rsquo;avait pas cette conception suivant laquelle l&rsquo;humanit\u00e9 progresse ind\u00e9finiment par passage \u00e0 des stades qualitatifs de plus en plus \u00e9lev\u00e9s, hausse de niveau continuelle obtenue par l&rsquo;action de l&rsquo;homme. En g\u00e9n\u00e9ral, on \u00e9prouvait non pas un espoir li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution historique, mais au contraire une peur de l&rsquo;histoire comme l&rsquo;a bien vu Mircea Eliade, une peur du changement, une angoisse devant le d\u00e9roulement du temps et la d\u00e9t\u00e9rioration qu&rsquo;il pouvait apporter, un immense d\u00e9sir de stabilit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Cela est exact en gros, mais il convient tout de suite de faire quelques remarques qui restreignent la port\u00e9e de cette constatation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>En premier lieu, le document de base, le texte sacr\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9ologie musulmane, le Coran favorise l&rsquo;activit\u00e9. Il est oppos\u00e9 au fatalisme dans sa tendance dominante, contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion courante en Europe. <\/p>\n\n\n\n<p>Il a d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e courante auparavant, notamment chez les Arabes, de la toute-puissance d&rsquo;un Destin aveugle et implacable. Il l&rsquo;a remplac\u00e9 par Dieu, Allah, volont\u00e9 libre qu&rsquo;on peut invoquer, prier, fl\u00e9chir, de sorte que l&rsquo;action humaine n&rsquo;est jamais vou\u00e9e d&rsquo;avance \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. <\/p>\n\n\n\n<p>On y trouve certes l&rsquo;id\u00e9e de la toute-puissance d&rsquo;Allah et m\u00eame celle de la pr\u00e9d\u00e9termination des actions humaines. Mais, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;expression de cette id\u00e9e, on trouve des incitations incessantes \u00e0 l&rsquo;action. C&rsquo;est contradictoire certes, mais des contradictions de ce type se trouvent dans toutes les religions et peut-\u00eatre dans toutes les id\u00e9ologies. Ce qui importe, c&rsquo;est que ceux qui veulent agir trouvent dans le Coran des encouragements nombreux et pr\u00e9cis. La contradiction logique est r\u00e9solue de fa\u00e7on plus ou moins satisfaisante par l&rsquo;id\u00e9e que la puissance divine aide l&rsquo;action, lui permet d&rsquo;\u00eatre efficace. Dans le Coran, Allah dit de David repr\u00e9sent\u00e9 comme un proph\u00e8te forgeron : \u00ab Pour lui, nous avons amolli le fer, disant : Fa\u00e7onne d&rsquo;amples (cottes de mailles) ! Mesure bien les mailles ! \u00bb (34 : 10\/10-11). Ces exhortations au technicien nous rappellent invinciblement la fa\u00e7on dont un autre technicien (historique celui-l\u00e0), un chr\u00e9tien, Ambroise Par\u00e9, avait r\u00e9solu pour son compte, sans th\u00e9ologie complexe, la m\u00eame contradiction: \u00ab\u00a0Je le soignai, Dieu le gu\u00e9rit !\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la th\u00e9ologie dominante, elle s&rsquo;est toujours efforc\u00e9e, elle aussi, de concilier l&rsquo;id\u00e9e de la toute-puissance divine avec l&rsquo;incitation \u00e0 l&rsquo;action. Elle a condamn\u00e9 le qui\u00e9tisme pur, l&rsquo;abandon (<em>tawakkol<\/em>) total \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu. Elle a pr\u00f4n\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral une activit\u00e9 moyenne, raisonnable, ni trop avide, ni trop distraite, r\u00e9servant \u00e0 Dieu sa part. Elle a toujours insist\u00e9 sur les devoirs politiques des chefs de la communaut\u00e9 musulmane et de ses membres puisque ces devoirs font partie des obligations religieuses au m\u00eame titre que les actes de culte. Dans cette id\u00e9ologie o\u00f9 le spirituel et le temporel sont beaucoup moins s\u00e9par\u00e9s qu&rsquo;en Occident chr\u00e9tien, la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Communaut\u00e9 est, elle aussi, un devoir religieux. <\/p>\n\n\n\n<p>En second lieu, il a exist\u00e9 aussi, dans cette tradition culturelle des id\u00e9ologies du progr\u00e8s par l&rsquo;action humaine avec passage \u00e0 des stades qualitativement sup\u00e9rieurs, autrement dit des id\u00e9ologies r\u00e9volutionnaires. Au Moyen-Age particuli\u00e8rement, de nombreuses \u00ab sectes \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire des partis politico-religieux) ont pr\u00each\u00e9 l&rsquo;action r\u00e9volutionnaire pour instaurer un ordre nouveau. Il est vrai qu&rsquo;ils comptaient aussi, pour obtenir ce r\u00e9sultat, sur leur accord avec la volont\u00e9 de Dieu ou avec celle des Intelligences Sup\u00e9rieures. Mais le fait que les partis r\u00e9volutionnaires modernes comptent sur la complicit\u00e9 des lois de l&rsquo;histoire, n&#8217;emp\u00eache nullement leur appel primordial \u00e0 l&rsquo;action humaine. L&rsquo;histoire de l&rsquo;Islam appara\u00eet faussement aux Musulmans mystifi\u00e9s ou aux esprits mystiques comme baign\u00e9e dans une perp\u00e9tuelle soumission. En v\u00e9rit\u00e9, on pourrait bien plut\u00f4t la caract\u00e9riser comme une r\u00e9volution permanente. L&rsquo;histoire de l&rsquo;Internationale r\u00e9volutionnaire isma\u00eflienne du Xe si\u00e8cle est particuli\u00e8rement typique. D&rsquo;ailleurs on sait que la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle dans les autres parties du monde n&rsquo;\u00e9tait pas non plus d\u00e9pourvues d&rsquo;id\u00e9ologies du progr\u00e8s en liaison avec des projets de bouleversement de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. La peur de l&rsquo;histoire n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne si g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;Eliade, par exemple, a bien voulu le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, s&rsquo;il est bien vrai que les id\u00e9ologues religieux (ou une partie d&rsquo;entre eux) se sont bien souvent oppos\u00e9s aux innovations, que cette r\u00e9sistance s&rsquo;est bien souvent manifest\u00e9e provenant d&rsquo;un milieu traditionnaliste ou aussi du milieu des pauvres en g\u00e9n\u00e9ral, il n&rsquo;en est pas moins vrai que, dans l&rsquo;histoire, ce mison\u00e9isme s&rsquo;est souvent trouv\u00e9 vaincu, tourn\u00e9 ou surmont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Islam traditionnel condamne en principe les <em>bida&rsquo;<\/em> (singulier <em>bid&rsquo;a<\/em>), coutumes, fa\u00e7ons de faire nouvelles. A l&rsquo;apparition d&rsquo;une coutume nouvelle, les id\u00e9ologues religieux ont souvent prononc\u00e9 des condamnations vigoureuses. Mais lorsque la pouss\u00e9e innovatrice a \u00e9t\u00e9 vraiment forte, elle s&rsquo;est impos\u00e9e malgr\u00e9 ces condamnations. Au bout d&rsquo;un temps plus ou moins long, il s&rsquo;est trouv\u00e9 d&rsquo;autres fonctionnaires religieux pour l\u00e9gitimer en droit le fait que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs n&rsquo;avaient pu emp\u00eacher. Ainsi en a-t-il \u00e9t\u00e9, par exemple, de l&rsquo;usage du caf\u00e9 et du tabac.<\/p>\n\n\n\n<p>Les transformations les plus profondes ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 pratiquement sans r\u00e9sistance, quand elles co\u00efncidaient avec les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat ou avec les int\u00e9r\u00eats de couches puissantes de particuliers, quelles qu&rsquo;aient pu \u00eatre les r\u00e9ticences th\u00e9oriques pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des comportements qu&rsquo;elles entra\u00eenaient. Ainsi, s&rsquo;il est faux que ce soit la religion musulmane qui ait provoqu\u00e9, comme on l&rsquo;a dit, la r\u00e9volution \u00e9conomique m\u00e9di\u00e9vale, il est bien vrai que le monde musulman n&rsquo;a pas boud\u00e9, pour des raisons th\u00e9oriques, cette r\u00e9volution. De m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, il a accept\u00e9 sans r\u00e9ticence des pratiques li\u00e9es justement \u00e0 la modernisation de l&rsquo;\u00e9conomie dans le sens capitaliste. Par exemple, pour prendre une pratique que j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9e plus en d\u00e9tail dans mon livre : <em><a href=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/30\/maxime-rodinson-islam-et-capitalisme\/\">Islam et Capitalisme<\/a><\/em>, il a accept\u00e9 les banques modernes pratiquant le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat et les emprunts d\u2019\u00c9tat portant int\u00e9r\u00eat sans aucune r\u00e9ticence au d\u00e9but, malgr\u00e9 la condamnation formelle du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat dans l&rsquo;Islam classique. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est instructif d&rsquo;examiner rapidement comment se sont pass\u00e9es les choses \u00e0 ce propos dans l&rsquo;Empire ottoman au XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. L&rsquo;Empire ottoman \u00e9tait la plus grande puissance musulmane ind\u00e9pendante et de beaucoup. C&rsquo;\u00e9tait m\u00eame presque la seule. Son souverain se proclamait calife, successeur du Proph\u00e8te et ombre de Dieu sur la terre. M\u00eame en dehors de son Empire, la plupart des Musulmans de confession sunnite (c&rsquo;est-\u00e0-dire de la confession musulmane qui groupe la grande majorit\u00e9 des Musulmans) le reconnaissaient comme tel. Or, en 1840, sans gu\u00e8re se soucier de l&rsquo;interdiction formelle de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, le gouvernement ottoman \u00e9met des bons du tr\u00e9sor (<em>q\u00e2&rsquo;im\u00e9<\/em>) portant int\u00e9r\u00eat de 8 %. C&rsquo;est le d\u00e9but de ces fameux emprunts ottomans, de cette \u00ab\u00a0Dette ottomane\u00a0\u00bb flottante, puis consolid\u00e9e sous forme de titres de rentes depuis 1857 qui joua un si grand r\u00f4le dans la d\u00e9cadence de l&rsquo;Empire. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque dans l&rsquo;Empire ottoman comme une pratique normale sur laquelle on l\u00e9gif\u00e9rait sans aucune g\u00eane. Ainsi un firman ottoman de 1288 de l&rsquo;h\u00e9gire (1851-2) r\u00e9duit le taux de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 8 %, le Code de Commerce maritime ottoman adopt\u00e9 en 1863 pr\u00e9voit normalement des cas de pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat, etc, etc&#8230; Dans son effort de modernisation plus ou moins irr\u00e9solu et surtout handicap\u00e9 par la supr\u00e9matie \u00e9conomique europ\u00e9enne, l&rsquo;Empire ottoman reconnaissait la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er des institutions de cr\u00e9dit sur le mod\u00e8le europ\u00e9en. Une des deux grandes chartes du r\u00e9formisme ottoman, le <em>khatt-i houmayo\u00fbn<\/em>, du 18 f\u00e9vrier 1856, pr\u00e9voit donc la cr\u00e9ation de banques et cette disposition fut appliqu\u00e9e plus ou moins rapidement. Ces banques devaient avoir les m\u00eames fonctions que leurs mod\u00e8les europ\u00e9ens. La charte de fondation d&rsquo;une banque cr\u00e9\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, la Banque agricole, en 1888, pr\u00e9voit qu&rsquo;elle pr\u00eatera aux agriculteurs au taux de 6 % et qu&rsquo;elle paiera \u00e0 ceux qui d\u00e9poseront leur \u00e9pargne \u00e0 ses guichets un int\u00e9r\u00eat de 4 %.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tout ceci, il n&rsquo;est pas question de l&rsquo;interdiction canonique du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat. Il est fort possible que la pratique ait \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e du point de vue religieux par une consultation (<em>fatwa<\/em>) favorable de la plus grande autorit\u00e9 religieuse de l&rsquo;Empire, le <em>cheikh-ul-Isl\u00e2m<\/em>,  consultation plus ou moins fond\u00e9e sur les textes, plus ou moins impr\u00e9gn\u00e9e de casuistique. Mais si cette consultation et cette autorisation ont exist\u00e9, elles ne semblent gu\u00e8re avoir re\u00e7u de publicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier indice qu&rsquo;on a pris conscience de la contradiction entre la pratique officielle de l&rsquo;Empire et la Loi religieuse est un indice n\u00e9gatif et il est bien tardif. En 1877, la <em>Medjell\u00e9<\/em>, sorte de Code civil ottoman, tentative de coordonner, sous l&rsquo;influence du droit europ\u00e9en, les principes du droit ottoman en tenant compte des prescriptions de l&rsquo;Islam, omet tout simplement de parler du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat. C&rsquo;est un silence honteux et d&rsquo;autant plus significatif. Il faut attendre 1887, \u00e0 peu pr\u00e8s un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9mission de bons du tr\u00e9sor portant int\u00e9r\u00eat, pour relever dans la l\u00e9gislation ottomane le premier effort, bien timide, pour tenir compte du droit religieux. A cette date, il est sp\u00e9cifi\u00e9 que le taux de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sera de 9 %, mais que le montant total de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat per\u00e7u ne devra pas d\u00e9passer le principal de la cr\u00e9ance. C&rsquo;est une tentative inavou\u00e9e, implicite, de jouer sur l&rsquo;obscurit\u00e9 du passage du Coran sur lequel se fonde l&rsquo;interdiction de l\u2019int\u00e9r\u00eat. Treize si\u00e8cles d&rsquo;Islam l&rsquo;avaient consid\u00e9r\u00e9 comme interdisant tout int\u00e9r\u00eat. On essaye ici, sans le dire, de l&rsquo;interpr\u00e9ter comme signifiant seulement l&rsquo;interdiction de doubler son capital par la pratique du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat. <\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re sentence d&rsquo;une autorit\u00e9 religieuse musulmane traitant en face le probl\u00e8me, s&rsquo;effor\u00e7ant de justifier selon le droit religieux une pratique depuis longtemps courante, semble \u00eatre une <em>fatwa <\/em>du grand mufti d\u2019\u00c9gypte (pays alors sous la suzerainet\u00e9 th\u00e9orique de l&rsquo;Empire ottoman, mais gouvern\u00e9 par un <em>kh\u00e9dive<\/em>, sous le protectorat anglais) en 1903. Le grand mufti d\u2019\u00c9gypte, autorit\u00e9 religieuse supr\u00eame dans ce pays, \u00e9tait alors le moderniste Mohammad &lsquo;Abdoh. Encore cette <em>fatwa<\/em>, l\u00e9gitimant le fonctionnement de caisses d&rsquo;\u00e9pargne qui d\u00e9livraient un int\u00e9r\u00eat, fut-elle si peu diffus\u00e9e qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 impossible jusqu&rsquo;ici \u00e0 des chercheurs s\u00e9rieux d&rsquo;en retrouver le texte. La loi instituant ces caisses d&rsquo;\u00e9pargne administr\u00e9es par les services postaux se mettait aussi d&rsquo;accord apparemment avec les stipulations religieuses par une s\u00e9rie d&rsquo;astuces assez peu convaincantes. On appelait \u00ab dividende \u00bb l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, on sp\u00e9cifiait que le fonctionnement devrait ne pas \u00eatre contraire au droit religieux (alors que les stipulations de la Loi le violaient, du moins sous sa forme traditionnelle depuis treize si\u00e8cles) et finalement on excluait l\u00e0 encore le doublement du capital. Du moins tenait-on quelque compte de ce droit alors que soixante ans de l\u00e9gislation ottomane l&rsquo;avaient tout bonnement ignor\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas avant cette date, semble-t-il, que les scrupules qu&rsquo;\u00e9prouvaient assur\u00e9ment un certain nombre de Musulmans pieux aboutissent \u00e0 quelque action concert\u00e9e. Des essais de cr\u00e9dit gratuit au moyen de coop\u00e9ratives de cr\u00e9dit sont tent\u00e9es par des Musulmans de l&rsquo;Inde d\u00e9sireux de mettre en pratique les stipulations du Droit musulman traditionnel tout en reconnaissant les exigences de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste moderne. Encore convient-il de signaler que ces essais de faire entrer le Droit religieux dans les faits ont \u00e9t\u00e9 aussi influenc\u00e9s par le mouvement coop\u00e9rativiste europ\u00e9en. Ils sont rest\u00e9s d&rsquo;une port\u00e9e et d&rsquo;une extension limit\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette histoire de la l\u00e9gislation du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine peut assez bien servir de mod\u00e8le. C&rsquo;est ainsi que les choses se sont souvent pass\u00e9es. Les innovations ont d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es spontan\u00e9ment par des milieux plus ou moins \u00e9tendus. Les scrupules sont souvent venus ensuite et, en dernier lieu, les sentences des \u00ab\u00a0ulemas\u00a0\u00bb, de ceux qui constituent une sorte de clerg\u00e9 en Islam, les savants en loi religieuse. Les <em>fatwas <\/em>de Mohammad &lsquo;Abdoh autorisant, par exemple, autour de 1900, \u00e0 manger de la nourriture pr\u00e9par\u00e9e par des non-musulmans des groupes tr\u00e8s restreints et tr\u00e8s pieux une pratique tout \u00e0 fait courante. Bien longtemps avant cette date, \u00e0 peu pr\u00e8s personne en Islam n&rsquo;appliquait le pr\u00e9cepte de droit religieux en cens contraire qui remontait au haut Moyen-Age. <\/p>\n\n\n\n<p>On a souvent invoqu\u00e9 et port\u00e9 au compte de l&rsquo;Islam la r\u00e9pugnance au changement observ\u00e9e souvent dans des milieux tr\u00e8s d\u00e9favoris\u00e9s, surtout chez les paysans pauvres. Mais, quand on \u00e9tudie de pr\u00e8s les cas cit\u00e9s, on s&rsquo;aper\u00e7oit souvent que la r\u00e9sistance venant surtout du fait que l&rsquo;innovation n&rsquo;\u00e9tait nullement en concordance avec les besoins r\u00e9els des populations auxquelles on l&rsquo;offrait en mod\u00e8le, voire qu&rsquo;elle leur apportait des d\u00e9savantages. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a montr\u00e9 par exemple G. Destanne de Bernis \u00e0 propos de maisons modernes que les paysans tunisiens boudaient. Quand on s&rsquo;est aper\u00e7u de leurs d\u00e9fauts par rapport aux n\u00e9cessit\u00e9s de la vie et des travaux de ces paysans, quand on a offert \u00e0 ceux-ci des maisons bien con\u00e7ues en fonction de ces besoins, ils les ont adopt\u00e9es avec enthousiasme. De m\u00eame de certaines innovations agraires progressives en elles-m\u00eames, mais dont l&rsquo;adoption par les paysans repr\u00e9sentait un risque que leur \u00e9tat de mis\u00e8re leur rendait difficile d&rsquo;envisager. Lorsque les d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires exig\u00e9es par ces innovations sont apparues nettement rentables, elles ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es sans r\u00e9ticence.<\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement, tout cela ne signifie pas que le monde musulman n&rsquo;ait pas pass\u00e9 par une longue p\u00e9riode o\u00f9 a domin\u00e9 le mison\u00e9isme, qu&rsquo;on ne s&rsquo;y est souvent heurt\u00e9 \u00e0 une forte r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;innovation. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est abusif d&rsquo;expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne par la religion. Il a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9 secondairement par la religion, mais il est d\u00fb \u00e0 bien d&rsquo;autres causes que je ne puis ici \u00e9lucider en d\u00e9tail et dont toutes d&rsquo;ailleurs ne sont pas \u00e9lucid\u00e9es. La dynamique des structures sociales est sans doute la principale responsable. Mais ici comme ailleurs (et peut-\u00eatre plus qu&rsquo;ailleurs) la r\u00e9f\u00e9rence religieuse a servi \u00e0 sacraliser tout le mode de vie traditionnel. Les exemples abondent de coutumes n\u00e9es bien avant l&rsquo;Islam (comme le voile des femmes) ou tout \u00e0 fait ind\u00e9pendamment de cette religion et qui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es comme li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Islam. Devant toute infraction \u00e0 ces coutumes, les conservateurs ont pouss\u00e9 les hauts cris, d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 des innovateurs. N&rsquo;importe quoi, par une liaison toute contingente avec les Musulmans, peut acqu\u00e9rir le statut de pratique musulmane. Pour prendre un exemple qui, ici, \u00e0 Alger, ne soul\u00e8vera pas de contestation, en \u00c9thiopie, l&rsquo;usage du <em>q\u00e2t<\/em>, plante intoxicante, introduite \u00e0 partir du Y\u00e9men par les Musulmans, est consid\u00e9r\u00e9e par les Chr\u00e9tiens indig\u00e8nes comme une pratique sp\u00e9cifiquement musulmane au point qu&rsquo;apr\u00e8s des victoires sur les Musulmans, les rois chr\u00e9tiens faisaient arracher les plans de <em>q\u00e2t<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 des r\u00e9formateurs ha\u00efs, surtout quand ils \u00e9taient \u00e9trangers, s&rsquo;est souvent aussi pr\u00e9sent\u00e9e sous le masque d&rsquo;un mison\u00e9isme sacral. Je me souviens de ce cimeti\u00e8re musulman de Beyrouth dont, sous le mandat fran\u00e7ais, les Musulmans beyrouthins refusaient farouchement la transformation au nom de la religion. Le cas s&rsquo;est souvent pr\u00e9sent\u00e9 ailleurs. L&rsquo;ind\u00e9pendance acquise, ce cimeti\u00e8re fut rapidement \u00e9limin\u00e9 et on construisit sur le terrain un cin\u00e9ma ou quelque building de rapport. <\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;innovation a \u00e9t\u00e9 surtout puissante quand celle-ci heurtait des int\u00e9r\u00eats. Elle n&rsquo;en a que plus fortement fait appel \u00e0 des arguments religieux, que ceux-ci aient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s ou pas. Il n&rsquo;est que de voir la r\u00e9sistance de beaucoup des ulemas syriens aux nationalisations d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par le parti Ba&rsquo;th ou l&rsquo;argumentation religieuse utilis\u00e9e au Pakistan par l&rsquo;id\u00e9ologue religieux conservateur Mawdo\u00fbdi contre la nationalisation des terres. Il est tr\u00e8s clair aux yeux de tous que les motivations de ces campagnes n&rsquo;ont de religieuses que la teinture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>(\u00e0 suivre)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Maxime RODINSON.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Maxime Rodinson paru dans Partisans, n\u00b0 24, d\u00e9cembre 1965, p. 19-29 Le texte qu&rsquo;on lira dans les pages suivantes correspond \u00e0 une conf\u00e9rence que j&rsquo;ai donn\u00e9e \u00e0 Alger, \u00e0 la salle Ibn Khaldoun, le 1er avril 1965. Elle faisait suite \u00e0 deux conf\u00e9rences prononc\u00e9es au m\u00eame endroit dans les semaines pr\u00e9c\u00e9dentes et que [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[45,115,251,1944,2274,558,572,749,765,1221,4411,1351,1017,1088,1135],"class_list":["post-14714","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-45","tag-alger","tag-capitalisme","tag-conference","tag-editions-maspero","tag-independance","tag-islam","tag-marxisme","tag-maxime-rodinson","tag-modernisation","tag-partisans","tag-rationaliste","tag-religion","tag-socialisme","tag-tiers-monde"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-3Pk","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":3514,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2018\/07\/02\/rodinson-integrisme\/","url_meta":{"origin":14714,"position":0},"title":"Maxime Rodinson : Sur l&rsquo;int\u00e9grisme islamique","author":"SiNedjib","date":"02\/07\/2018","format":false,"excerpt":"Extrait de l'entretien de Maxime Rodinson avec Gilbert Achcar r\u00e9alis\u00e9 en 1986 et paru dans Mouvements, n\u00b0 36, novembre-d\u00e9cembre 2004, p.\u00a075-76 L\u2019int\u00e9grisme islamique est une id\u00e9ologie pass\u00e9iste. Les mouvements int\u00e9gristes musulmans ne cherchent pas du tout \u00e0 bouleverser la structure sociale, ou ne le cherchent que tout \u00e0 fait secondairement.\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/97827071447371.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/97827071447371.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/97827071447371.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/97827071447371.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":14730,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/11\/18\/reponse-de-maxime-rodinson-a-elements-revue-du-comite-de-la-gauche-pour-la-paix-negociee-au-moyen-orient\/","url_meta":{"origin":14714,"position":1},"title":"R\u00e9ponse de Maxime Rodinson \u00e0 \u00c9l\u00e9ments (revue du Comit\u00e9 de la gauche pour la paix n\u00e9goci\u00e9e au Moyen-Orient)","author":"SiNedjib","date":"18\/11\/2021","format":false,"excerpt":"R\u00e9ponse de Maxime Rodinson au questionnaire d\u2019\u00c9l\u00e9ments, n\u00b0 5-6, 2e et 3e trimestres 1970, p. 19 et 47-48 le questionnaire d\u2019\u00c9l\u00e9ments Nous pensons que la crise du Proche-Orient rel\u00e8ve de deux exigences compl\u00e9mentaires : I \u2014 Reconna\u00eetre l'irr\u00e9ductibilit\u00e9 de la r\u00e9sistance des Palestiniens et de leur vocation nationale, sans m\u00e9conna\u00eetre\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Elements-1970.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":24242,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/09\/21\/rodinson-4\/","url_meta":{"origin":14714,"position":2},"title":"Maxime Rodinson : Si j&rsquo;\u00e9tais arabe&#8230;","author":"SiNedjib","date":"21\/09\/2024","format":false,"excerpt":"Discours de Maxime Rodinson paru dans France Observateur, 15e ann\u00e9e, n\u00b0 724, 19 mars 1964, p. 10 ; suivi de \"Nos lecteurs \u00e9crivent\", France Observateur, n\u00b0 725, 26 mars 1964 ; \"Nos lecteurs \u00e9crivent\" et \"Les \u00e9tudiants juifs r\u00e9pondent\", France Observateur, n\u00b0 726, 2 avril 1964 ; Maxime Rodinson, \"Nationalisme\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/France-Observateur-28-mai-1964.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/France-Observateur-28-mai-1964.png?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/France-Observateur-28-mai-1964.png?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x"},"classes":[]},{"id":9988,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/22\/maxime-rodinson-desastre-autres\/","url_meta":{"origin":14714,"position":3},"title":"Maxime Rodinson : Le d\u00e9sastre pour les autres","author":"SiNedjib","date":"22\/09\/2020","format":false,"excerpt":"Tribune de Maxime Rodinson parue dans Le Monde, 12 juin 1982 Une fois de plus les dirigeants d'Isra\u00ebl se servent du nom et des malheurs pass\u00e9s de tous les juifs pour couvrir une op\u00e9ration brutale qui, malgr\u00e9 son nom de code mystifiant, ne peut apporter la paix ni \u00e0 la\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":9970,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/09\/20\/maxime-rodinson-immigres-esclaves\/","url_meta":{"origin":14714,"position":4},"title":"Maxime Rodinson : Immigr\u00e9s ou esclaves ?","author":"SiNedjib","date":"20\/09\/2020","format":false,"excerpt":"Article de Maxime Rodinson paru dans Le Monde, 17 mai 1980 La d\u00e9nonciation est salubre, utile, indispensable. 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