{"id":14912,"date":"2021-12-02T08:11:40","date_gmt":"2021-12-02T07:11:40","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=14912"},"modified":"2024-01-06T18:55:46","modified_gmt":"2024-01-06T17:55:46","slug":"algerie-est-il-possible-de-penser-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/02\/algerie-est-il-possible-de-penser-lavenir\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : Est-il possible de penser l&rsquo;avenir ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Entretien paru dans les <em>Cahiers du f\u00e9minisme<\/em>, n\u00b0 71-72, Hiver 1994\/Printemps 1995, p. 39-44<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"390\" height=\"593\" data-attachment-id=\"14914\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/02\/algerie-est-il-possible-de-penser-lavenir\/cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?fit=390%2C593&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"390,593\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?fit=197%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?fit=390%2C593&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?resize=390%2C593&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14914\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?w=390&amp;ssl=1 390w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Cahiers-du-feminisme-hiver-1994-printemps-1995.png?resize=197%2C300&amp;ssl=1 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 390px) 100vw, 390px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Les int\u00e9gristes l&rsquo;avaient annonc\u00e9, le mois du ramadan serait, cette ann\u00e9e encore, marqu\u00e9 par leurs actions. Ainsi, un nouveau palier dans la violence a \u00e9t\u00e9 franchi. Du c\u00f4t\u00e9 des int\u00e9gristes comme du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir et de l&rsquo;arm\u00e9e, aucune tr\u00eave ne semble envisag\u00e9e. Les chiffres les plus couramment cit\u00e9s parlent maintenant d&rsquo;une trentaine de morts par jour. Au moment o\u00f9 nous mettons sous presse, nous apprenons avec une douleur particuli\u00e8re l&rsquo;assassinat de Nabila Djahnine, pr\u00e9sidente de l&rsquo;association Thighri N&rsquo;Tmtout (\u00ab\u00a0Cri de femmes\u00a0\u00bb), \u00e0 Tizi-Ouzou (cf. p. 44). A travers elle, c&rsquo;est toute la r\u00e9volte des femmes qui est vis\u00e9e.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">En d\u00e9cembre dernier, nous avions organis\u00e9 une table-ronde r\u00e9unissant Adel, enseignant \u00e0 Constantine et militant du PST, de passage en France, et trois militantes alg\u00e9riennes vivant actuellement \u00e0 Paris &#8211; Fatiha et Sanhadja, de l&rsquo;association Plurielles-Alg\u00e9rie, et Le\u00efla, du R\u00e9seau international de solidarit\u00e9 avec les femmes alg\u00e9riennes (RISFA). <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La situation se d\u00e9grade de jour en jour, aucune issue ne para\u00eet proche. Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ?<\/em><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Au-del\u00e0 des trag\u00e9dies insupportables, on a besoin de r\u00e9fl\u00e9chir, d&rsquo;analyser les raisons de la mont\u00e9e int\u00e9griste. L&rsquo;int\u00e9grisme a commenc\u00e9 \u00e0 exister essentiellement comme courant id\u00e9ologique : le FIS n&rsquo;avait pas initialement de programme, ni de projet politique, le seul objectif des islamistes \u00e9tait de moraliser la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Leur action s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e dans un contexte de crise sociale totale, la crise d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui a perdu tous ses rep\u00e8res : la crise du r\u00e9gime et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques croissantes avaient fait na\u00eetre de profondes frustrations, une soif de revanche sociale extraordinaire avait grandi. Cette col\u00e8re a explos\u00e9 dans la r\u00e9volte d&rsquo;octobre 1988. Le FIS a su tr\u00e8s bien capter ce sentiment : quand on n&rsquo;a pas d&rsquo;explication de la situation politique, \u00e9conomique et sociale, on se rabat sur ce qui est apparent. Ce qui est apparent, c&rsquo;est la femme qui travaille, qui bouge, qui parle, c&rsquo;est l&rsquo;alcoolisme, c&rsquo;est la drogue\u2026 Les femmes ont \u00e9t\u00e9 ainsi, d\u00e8s le d\u00e9but, au centre de la probl\u00e9matique int\u00e9griste, et les premiers crimes ont \u00e9t\u00e9 commis contre des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Pour les femmes, le probl\u00e8me ne date pas de l&rsquo;arriv\u00e9e du FIS. Le code de la famille de 1984, ce n&rsquo;est pas le FIS qui l&rsquo;a vot\u00e9, c&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne ; c&rsquo;est le pouvoir qui nous a plac\u00e9es sous tutelle \u00e0 vie. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il y a aujourd&rsquo;hui des agressions, mais pour les femmes, cela a toujours \u00e9t\u00e9 terrible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Il faut quand m\u00eame distinguer des moments diff\u00e9rents dans l&rsquo;histoire r\u00e9cente. M\u00eame si le bilan de l&rsquo;\u00e9poque Boumediene peut \u00eatre s\u00e9v\u00e8re, on peut mettre \u00e0 son actif une scolarisation massive qui a permis de d\u00e9velopper la mixit\u00e9. Cette mixit\u00e9 a jou\u00e9 le r\u00f4le d&rsquo;un m\u00e9canisme quotidien de subversion de la soci\u00e9t\u00e9. Certes, il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;une conception th\u00e9oris\u00e9e de la mixit\u00e9, ni du r\u00e9sultat d&rsquo;un combat conscient des femmes, c&rsquo;\u00e9tait la cons\u00e9quence de la volont\u00e9 d&rsquo;industrialiser le pays qui n\u00e9cessitait d&rsquo;ouvrir celui-ci \u00e0 la modernit\u00e9. Mais ceci a permis aux femmes de pouvoir dire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab\u00a0j&rsquo;ai ma licence, je veux travailler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je ne veux pas me marier tout de suite\u00a0\u00bb<\/em> ; <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>on a pu voir dans les rues une mixit\u00e9 quotidienne, pas encore compl\u00e8tement banalis\u00e9e mais r\u00e9elle. Malheureusement, cette ouverture en termes de scolarisation et de travail des femmes n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suivie au niveau des mentalit\u00e9s. Le FIS a pu ainsi d\u00e9velopper ses th\u00e8ses : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab cette modernit\u00e9 n&rsquo;est pas la n\u00f4tre, elle ne s&rsquo;appuie pas sur les valeurs islamiques, il faut que la femme revienne \u00e0 la maison \u00bb.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Sans d\u00e9fendre le FIS, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;il a trouv\u00e9 un terrain tr\u00e8s favorable. Le pourcentage de femmes qui travaillent est toujours rest\u00e9 tr\u00e8s faible. Parmi les filles qui sont all\u00e9es \u00e0 la fac, beaucoup ont tout arr\u00eat\u00e9 quand elles se sont mari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, le gouvernement Ben Bella puis celui de Boumediene ont essaye de jouer sur deux fronts ; d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ils cherchaient \u00e0 s&rsquo;identifier au bloc des pays communistes &#8211; il fallait donc prendre quelques mesures vis-\u00e0-vis des femmes, d&rsquo;autant qu&rsquo;elles avaient particip\u00e9 en grand nombre \u00e0 la guerre de lib\u00e9ration &#8211; , de l&rsquo;autre, ils ont voulu m\u00e9nager les courants musulmans, qui \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeables : pendant la guerre, l&rsquo;opposition au colon chr\u00e9tien, porteur de certaines valeurs, s&rsquo;identifiait partiellement \u00e0 l&rsquo;islam, par exemple dans l&rsquo;Union g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudiants musulmans. Cette contradiction se refl\u00e8te dans la Constitution, dont un article d\u00e9cr\u00e8te l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes, mais dont le premier article proclame que l&rsquo;islam est religion d\u2019\u00c9tat. Dans l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;apr\u00e8s 1962, on a continu\u00e9 \u00e0 marier les femmes de force, notamment dans les villages, et une bonne partie des filles fr\u00e9taient toujours leurs \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est une r\u00e9alit\u00e9, mais il faut faire la part des choses : m\u00eame si le code de la famille fait de moi une mineure \u00e0 vie, j&rsquo;ai pu militer comme syndicaliste, comme f\u00e9ministe, comme communiste r\u00e9volutionnaire. J&rsquo;ai subi la pression du pouvoir, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9e, mais j&rsquo;avais quand m\u00eame le droit d&rsquo;exister, d&rsquo;exercer ma citoyennet\u00e9 &#8211; m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait entre parenth\u00e8ses, car cette citoyennet\u00e9 n&rsquo;existe pas dans les textes. Je fais une grande diff\u00e9rence avec les int\u00e9gristes qui, aujourd&rsquo;hui, peuvent me br\u00fbler vivante, qui s&rsquo;attaquent aux femmes dont le seul tort est d&rsquo;avoir envie de vivre seules ou d&rsquo;\u00eatre enseignantes, d&rsquo;avoir choisi de ne pas porter le <em>hijab<\/em>&#8230; Il ne faut pas faire d&rsquo;amalgame : la soci\u00e9t\u00e9 int\u00e9griste que le FIS veut instaurer est la pire pour les femmes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Oui, m\u00eame sous la r\u00e9pression du FLN et de l&rsquo;arm\u00e9e, les femmes ont eu des petites possibilit\u00e9s d&rsquo;ouverture sur le monde : pouvoir aller en classe, dans la rue, sur une plage, etc&#8230; J&rsquo;ai connu une p\u00e9riode, quand j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tudiante, o\u00f9 l&rsquo;on pouvait entre filles aller s&rsquo;installer \u00e0 la terrasse d&rsquo;un caf\u00e9, seules ou avec des copains, m\u00eame dans une ville comme Constantine, pourtant rigoureuse et asc\u00e9tique. Oui, il y a eu une p\u00e9riode comme cela, qui dur\u00e9 jusqu&rsquo;en 1974-1975. Ensuite, la chape de plomb est retomb\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas que nos dirigeants aient \u00e9t\u00e9 ang\u00e9liques, mais entre ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9velopper la scolarit\u00e9 des filles, en contraignant parfois les familles \u00e0 envoyer leurs filles en classe au-del\u00e0 de la pubert\u00e9, et ceux qui disent <em>\u00ab\u00a0toutes les femmes doivent \u00eatre voil\u00e9es\u00a0\u00bb<\/em> ou bien <em>\u00ab\u00a0celles qui travaillent prennent le boulot des hommes\u00a0\u00bb<\/em>, je fais quand mente une diff\u00e9rence ! <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: En tout cas, la situation est paradoxale pour la premi\u00e8re fois en Alg\u00e9rie, on discute de questions fondamentales qui \u00e9taient jusqu&rsquo;ici tabou, comme la la\u00efcit\u00e9, la d\u00e9mocratie, la place des femmes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Je ne suis pas d&rsquo;accord, ces discussions ont eu lieu, mais la r\u00e9pression gouvernementale a emp\u00each\u00e9 toute opposition depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Pour reprendre ce que disait Sanhadja, dans la culture du FLN, on peut trouver \u00e0 la fois de l&rsquo;islamisme et du marxisme. Dans un mouvement populaire qui affronte un monstre comme l&rsquo;imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais, c&rsquo;est la logique unitaire et nationale qui prime, les questions internes ne sont pas pris\u00e9s en compte. <\/p>\n\n\n\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 fonctionne encore autour de la religion et d&rsquo;une conception r\u00e9trograde des rapports sociaux. M\u00eame si les femmes \u00e9taient tr\u00e8s minoritaires \u00e0 aller \u00e0 la fac, \u00e0 travailler, cela apparaissait comme une r\u00e9volution pour le sch\u00e9ma mental de l&rsquo;Alg\u00e9rien. Tant qu&rsquo;on n&rsquo;aura pas d\u00e9battu de la religion et de sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, l&rsquo;islamisme restera une potentialit\u00e9 permanente, la femme sera toujours en sursis dans un statut moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1962, cependant, il n&rsquo;y avait pas de courants islamistes organis\u00e9s, seulement quelques personnalit\u00e9s (dont certaines au gouvernement) et des pr\u00eacheurs isol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Il y a eu un d\u00e9veloppement progressif des religieux. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es soixante-dix, nous avant connut une multiplication des qu\u00eates, sur les lieux publics, pour la construction de mosqu\u00e9es. Tout cela, sans que personne ne s&rsquo;inqui\u00e8te vraiment. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: L&rsquo;int\u00e9grisme a trouv\u00e9 place dans un vide, dans une crise sociale sans pr\u00e9c\u00e8dent. Le pouvoir a r\u00e9agi par une r\u00e9pression f\u00e9roce aux manifestations spontan\u00e9es d&rsquo;octobre 1988. Les forces d\u00e9mocratiques, \u00e0 cette \u00e9poque, n&rsquo;\u00e9taient pas encore organis\u00e9es en tant que partis, m\u00eame s&rsquo;il y avait un potentiel dans certains milieux, dans quelques secteurs de l&rsquo;intelligentsia, m\u00eame s&rsquo;il y avait une activit\u00e9 autour des droits des femmes. Le FIS a profit\u00e9 de ce vide pour se d\u00e9velopper, en organisant des milices qui s&rsquo;attaquaient aux femmes ind\u00e9pendantes et faisaient la chasse \u00e0 ceux qui se so\u00fblaient ou se droguaient. Au-del\u00e0 de cette moralisation de la vie quotidienne, il n su capter la frustration sociale et le rejet du pouvoir, en utilisant la formule magique d&rsquo;\u00ab \u00c9tat islamique \u00bb qui est apparue comme une r\u00e9ponse politique. De mouvement id\u00e9ologique, il est devenu mouvement social parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;alternative. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1988, le pouvoir a \u00e9t\u00e9 contraint \u00e0 une ouverture d\u00e9mocratique, les partis ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9s, m\u00eame si cette l\u00e9galisation \u00e9tait instrumentalis\u00e9e : le pouvoir s&rsquo;est servi du FIS pour contr\u00f4ler le mouvement social, et il a utilis\u00e9 les autres partis pour faire contre-poids \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grisme. Les marges de man\u0153uvre \u00e9conomiques et financi\u00e8res du gouvernement \u00e9taient limit\u00e9es, le pouvoir \u00e9tait en pleine d\u00e9composition, incapable de s&rsquo;auto-r\u00e9former, de d\u00e9mocratiser r\u00e9ellement les institutions, il a pens\u00e9 que le FIS pouvait jouer un r\u00f4le de r\u00e9gulateur social de la crise, emp\u00eacher une nouvelle explosion qui aurait pu se transformer cette fois en v\u00e9ritable \u00ab r\u00e9volution sociale \u00bb. Le FIS a donc \u00e9t\u00e9 rapidement l\u00e9galis\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 rejoint par de nombreux cadres, des \u00e9lites qui voyaient en lui un moyen d&rsquo;exprimer leur rejet du pouvoir et prendre leur revanche. En effet, l&rsquo;histoire de la domination du FLN est une longue histoire de m\u00e9pris, d&rsquo;\u00e9crasement, de dignit\u00e9 \u00e9clabouss\u00e9e, le discr\u00e9dit du r\u00e9gime ne vient pas seulement de probl\u00e8mes \u00e9conomiques. Le vote massif pour le FIS aux \u00e9lections municipales de 1990 a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;abord un vote sanction, je pense que la moiti\u00e9 des \u00e9lecteurs, maintenant, ne voterait plus FIS.<\/p>\n\n\n\n<p>Le FIS  a pu ainsi s&rsquo;installer dans toutes les institutions p\u00e9riph\u00e9riques de l&rsquo;Etat et, parall\u00e8lement, il a multipli\u00e9 les milices qui s&rsquo;attaquaient notamment, dans les universit\u00e9s, aux militants et militantes des autres organisations politiques. De 1989 \u00e0 1991, le FIS a exerc\u00e9 une pression croissante sur l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, le terrorisme mental s&rsquo;est install\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 ; le pouvoir ne r\u00e9agissait pas, il pr\u00e9f\u00e9rait laisser le FIS \u00ab\u00a0nettoyer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0jouer \u00e0 la terreur\u00a0\u00bb, l&rsquo;essentiel \u00e9tant que l&rsquo;opinion publique ne soit pas polaris\u00e9e par les vrais probl\u00e8mes. Dans cette p\u00e9riode, la seule r\u00e9sistance a \u00e9t\u00e9 celle des associations de femmes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Il faut rappeler que la r\u00e9volte de 1988 n&rsquo;est pas tomb\u00e9e du ciel. Il y a eu d&rsquo;abord le mouvement berb\u00e8re dans les ann\u00e9es 80, le grand rassemblement islamiste de 1982, les gr\u00e8ves \u00e9tudiantes \u00e0 Constantine et S\u00e9tif suivies d&rsquo;une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 Constantine en 1986, la grande gr\u00e8ve nationale des \u00e9tudiants de 1987, la gr\u00e8ve des ouvriers de Rouiba en septembre 1988\u2026 Autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui ont contraint le gouvernement \u00e0 cette br\u00e8che d\u00e9mocratique. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Vous parlez de d\u00e9mocratie, je n&rsquo;y ai jamais cru. Le pouvoir alg\u00e9rien est capable de liquider la moiti\u00e9 de la population pour garder ses privil\u00e8ges. Moi, ce qui m&rsquo;angoisse, c&rsquo;est de voir des jeunes de vingt ans qui en viennent \u00e0 \u00e9gorger leurs voisins. Mais comment s&rsquo;\u00e9tonner de la violence actuelle ? Ce sont les autorit\u00e9s qui en portent la responsabilit\u00e9 : en octobre 1988, il y a eu une r\u00e9pression horrible, on a tortur\u00e9 des jeunes, ce sont ceux-l\u00e0 qui avaient 16 ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, qui en ont maintenant plus de 20. J&rsquo;ai longtemps cru, et beaucoup de monde avec moi, que ces jeunes qui tuaient ne pouvaient \u00eatre que drogu\u00e9s. On sait ramenant qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u2022 Comment la situation s&rsquo;est-elle d\u00e9grad\u00e9e, comment est-on pass\u00e9 des criaques individuelles et du terrorisme \u00ab\u00a0mental\u00a0\u00bb aux maquis et aux attentats meurtriers ? <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Le gouvernement a arr\u00eat\u00e9 les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1991. Le FIS avait remport\u00e9 plus de trois millions et de voix, on ne pouvait pas lui dire <em>\u00ab\u00a0vous nous faites peur, on arr\u00eate tout\u00a0\u00bb<\/em> ! Tr\u00e8s peu d&rsquo;Alg\u00e9riens ont d\u00e9nonc\u00e9 ce coup de force. Le gouvernement a pouss\u00e9 les int\u00e9gristes \u00e0 aller dans les maquis.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Les partis alg\u00e9riens<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Ennahda <\/strong>: parti islamiste.<br><strong>FFS <\/strong>: Front des forces socialistes.<br><strong>FIS <\/strong>: Front islamique du salut. <br><strong>FLN <\/strong>: Front de lib\u00e9ration nationale. <br><strong>GIA <\/strong>: Groupe islamique arm\u00e9. <br><strong>Hamas <\/strong>: Parti islamiste, affili\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Internationale islamiste. <br><strong>MCB <\/strong>: Mouvement culturel berb\u00e8re. <br><strong>MDA <\/strong>: Mouvement d\u00e9mocratique Alg\u00e9rien (parti de Ben Bella). <br><strong>PST <\/strong>: Parti socialiste des travailleurs. <br><strong>PT <\/strong>: Parti des travailleurs, proche du PT fran\u00e7ais (ex PCI). <br><strong>RCD <\/strong>: Rassemblement pour la culture et la d\u00e9mocratie.  <\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Certains ont parl\u00e9 \u00e0 ce moment d&rsquo;arr\u00eat du processus d\u00e9mocratique, \u00e0 mon avis, il s&rsquo;agit d&rsquo;un arr\u00eat du processus \u00e9lectoral car ces \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 largement truqu\u00e9es : le pouvoir a fait un d\u00e9coupage \u00e9lectoral \u00e0 sa mesure pour essayer d&rsquo;\u00e9liminer les int\u00e9gristes (il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que ceux-ci avaient une assise beaucoup plus profonde que pr\u00e9vue), de leur c\u00f4t\u00e9, les islamistes n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 menacer les gens, \u00e0 faire pression <em>\u00ab\u00a0si tu ne votes pas pour le FIS, tu votes contre Dieu\u00a0\u00bb<\/em>. Ceci ne justifie pas l&rsquo;arr\u00eat du processus \u00e9lectoral, bien entendu. Je reconnais cependant que, comme des milliers de femmes, j&rsquo;ai dit <em>\u00ab ouf, je ne serai pas \u00e9gorg\u00e9e demain ! \u00bb<\/em>. H\u00e9las, je suis convaincue qu&rsquo;on ne fait que reculer les \u00e9ch\u00e9ances : on fera, un jour ou l&rsquo;autre, l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9griste. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Je ne comprends pas cette focalisation sur les int\u00e9gristes. Le pouvoir alg\u00e9rien, lui aussi, a fait des choses atroces : octobre 1988 s&rsquo;est sold\u00e9 par des milliers de morts. Dans sa chasse au FIS, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 torturer, \u00e0 faire dispara\u00eetre des gens. <\/p>\n\n\n\n<p>Tous ceux qui se r\u00e9clament du FIS ne sont pas des \u00e9gorgeurs ! Laissons-les faire leur exp\u00e9rience, nous verrons jusqu&rsquo;o\u00f9 ils vont. Si on n&rsquo;avait pas interrompu les \u00e9lections, on n&rsquo;en serait pas l\u00e0, je crois qu&rsquo;il y aurait eu une r\u00e9action populaire s&rsquo;ils \u00e9taient all\u00e9s trop loin. Aujourd&rsquo;hui, ils apparaissent comme des victimes et le peuple alg\u00e9rien ne r\u00e9agit pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Les m\u00e9thodes terroristes, on les a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cues avant la r\u00e9pression, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 une moindre \u00e9chelle. Les maquis sont apparus avant m\u00eame l&rsquo;arr\u00eat du processus \u00e9lectoral. D\u00e8s 1977-1978, les int\u00e9gristes ont pris des casernes pour r\u00e9cup\u00e9rer des armes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Il ne faut pas oublier l&rsquo;importance de la guerre en Afghanistan qui a jou\u00e9 le r\u00f4le de mod\u00e8le : les moudjahidine afghans ont beaucoup influenc\u00e9 Ali Belhadj et les jeunes, c&rsquo;\u00e9tait le Djihad, des jeunes sont partis combattre l\u00e0-bas. A la suite de cela, il y a eu des pr\u00e9paratifs &#8211; bien avant l&rsquo;arr\u00eat du processus \u00e9lectoral &#8211; mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s organis\u00e9 : il s&rsquo;agissait plut\u00f4t d&rsquo;initiatives autonomes, avec autant de chefs que de maquis. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand le FIS a pris le contr\u00f4le de nombreuses municipalit\u00e9s, en juin 1990, ces pr\u00e9paratifs se sont amplifi\u00e9s. On s&rsquo;est rendu compte, lors des premi\u00e8res vagues d&rsquo;arrestations ou d&rsquo;assassinats de terroristes, que les int\u00e9gristes avaient accumul\u00e9 des moyens mat\u00e9riels consid\u00e9rables : pi\u00e8ces d&rsquo;identit\u00e9, tampons, camions, etc\u2026 Maintenant, il y a le GIA qui fonctionne comme une sorte de centrale alg\u00e9roise du terrorisme. Les principaux maquis se trouve dans l&rsquo;Alg\u00e9rois, autour de Blida, Chlef. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous connaissons mieux aujourd&rsquo;hui les maquis gr\u00e2ce \u00e0 quelques repentis qui sont pass\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Le GIA ne fonctionne pas comme une coordination nationale et centralis\u00e9e. Ce sont en g\u00e9n\u00e9ral des petites bandes de 15 \u00e0 20 personnes. Leur gu\u00e9rilla est un peu artisanale, non dans sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9gorger mais dans son organisation, si on la compare aux exp\u00e9riences d&rsquo;Am\u00e9rique latine ou m\u00eame \u00e0 la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. <\/p>\n\n\n\n<p>Il a souvent \u00e9t\u00e9 question de drogu\u00e9s et de d\u00e9linquants, il y en a mais ce n&rsquo;est pas le point le plus important. Il est \u00e9vident que les gens les plus audacieux sont souvent des gens qui ont des comptes \u00e0 rendre \u00e0 la police. Mais ils ne sont pas seuls, ils sont encadr\u00e9s, en particulier, par des id\u00e9ologues. Actuellement, il y a une offensive r\u00e9elle du pouvoir, les maquis sont tr\u00e8s affaiblis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Ce n&rsquo;est pas mon impression : tous les jours, les journaux annoncent le d\u00e9mant\u00e8lement d&rsquo;un maquis, l&rsquo;assassinat d&rsquo;un chef mais cela continue\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Je vis \u00e0 Constantine, dans un quartier populaire dangereux, il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;attentats depuis deux mois. Les maquis s&rsquo;\u00e9puisent. L&rsquo;\u00e9tau se resserre autour d&rsquo;eux. Contre certains maquis, l&rsquo;arm\u00e9e a utilis\u00e9 des roquettes, parfois m\u00eame du napalm. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat des d\u00e9clarations des repentis, c&rsquo;est de montrer le fonctionnement de ces groupes. L\u2019\u00c9mir, le chef, se permet tout, il a tous les privil\u00e8ges, les autres sont charg\u00e9s d&rsquo;ob\u00e9ir et d&rsquo;ex\u00e9cuter. Si quelqu&rsquo;un conteste, il est mis en quarantaine, s&rsquo;il continue, il est abattu. Je connais personnellement beaucoup de gens qui s&rsquo;\u00e9taient mobilis\u00e9s pour le FIS et qui vivent d\u00e9sormais cach\u00e9s : cach\u00e9s du pouvoir parce que, en cas d&rsquo;attentat, ils sont aussit\u00f4t appr\u00e9hend\u00e9s par la S\u00e9curit\u00e9 Militaire (SM), cach\u00e9s du FIS parce qu&rsquo;ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 assumer une complicit\u00e9 qui peut leur co\u00fbter cher. Avant, pour \u00e9chapper \u00e0 la police, ils allaient au maquis, maintenant, ils pr\u00e9f\u00e8rent se cacher.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans toutes les villes, il y a des arrestations en permanence : les forces r\u00e9pressives ont des fichiers, elles arr\u00eatent, elles \u00e9liminent, elles liquident des gens. Cela va des activistes aux sympathisants actifs, puis aux sympathisants larges, puis \u00e0 la famille\u2026 Les repr\u00e9sailles apr\u00e8s des attentats peuvent \u00eatre terribles : pour un officier de police, trois ou quatre personnes sont abattues au m\u00eame endroit le lendemain, pour un officier de la SM, cela peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 dix ou treize personnes. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Des personnes, le plus souvent, prises au hasard, beaucoup de jeunes !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Il faut \u00eatre prudent dans ce genre d&rsquo;affirmations. Des deux c\u00f4t\u00e9s, il y a des victimes prises au hasard. Mais la rumeur va bon train, ce n&rsquo;est jamais quelque chose de constructif. <\/p>\n\n\n\n<p>La question principale qui me pr\u00e9occupe, c&rsquo;est de savoir pourquoi les actions des islamistes ne sont pas davantage dirig\u00e9es contre le pouvoir ou ses repr\u00e9sentants, contre des personnes connues pour leur corruption ou pour avoir particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression. Par exemple, dans l&rsquo;Airbus d\u00e9tourn\u00e9 en d\u00e9cembre, les deux repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9 n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s par le commando du GIA. Je suis en mesure de comprendre un islam r\u00e9volutionnaire, je ne comprends pas qu&rsquo;on puisse, au nom de l&rsquo;islam, abattre de simples citoyens anonymes ou des gens connus pour leur opposition au pouvoir. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, les m\u00e9faits des uns et des autres sont \u00e9quivalents, ce sont, dans les deux cas, des comportements de violence dict\u00e9s par la volont\u00e9 de terroriser la population pour la faire basculer de son c\u00f4t\u00e9. Il y a deux groupes, l&rsquo;un a le pouvoir et fait tout pour ne pas le l\u00e2cher, l&rsquo;autre veut le pouvoir et utilise tous les moyens pour y parvenir. Les populations, dans ces conditions, n&rsquo;ont, la plupart du temps, aucune position politique, elles se contentent d&rsquo;essayer de survivre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Pour moi, c&rsquo;est tr\u00e8s important de montrer l&rsquo;ampleur de la r\u00e9pression en Alg\u00e9rie, car en France on ne pr\u00e9sente, le plus souvent, qu&rsquo;une seule vision, celle des \u00ab barbares islamistes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2666 <strong><em>Que pensez-vous des n\u00e9gociations amorc\u00e9es \u00e0 Rome entre les islamistes et certains partis alg\u00e9riens ? Y a-t&rsquo;il un islamisme mod\u00e9r\u00e9 avec lequel on pourrait dialoguer ? Quand des repr\u00e9sentants du FIS \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger publient un communiqu\u00e9 d\u00e9sapprouvant plus ou moins clairement certaines actions du GIA, s&rsquo;agit-il d&rsquo;une position de fond ou d&rsquo;un geste tactique ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Je suis pour le dialogue. Le FIS repr\u00e9sente le peuple, je pense sinc\u00e8rement qu&rsquo;il y a dans la mouvance islamiste des gens avec qui l&rsquo;on peut discuter, tous ne sont pas des \u00e9gorgeurs. Il faut arr\u00eater le massacre, il faut dialoguer ! Le GIA est barbare dans ses m\u00e9thodes, le FIS n&rsquo;a pas encore bascul\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. Je salue la position du FFS et l&rsquo;organisation du colloque de Rome. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Parler de dialogue, c&rsquo;est \u00e0 mes yeux une vaste fumisterie : il y a actuellement deux clans qui se font face, quand ils se mettront \u00e0 dialoguer, quelle sera la place de la population ? D&rsquo;autre part, qu&rsquo;entend-on par mod\u00e9r\u00e9 ? A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le FIS jouait un r\u00f4le important (avant l&rsquo;apparition du GIA), on consid\u00e9rait comme \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb des groupes comme Hamas ou Ennanda qui ont pourtant le m\u00eame projet social, le FIS \u00e9tait alors per\u00e7u comme regroupant les ultras. On a depuis gravi une marche, le GIA est apparu, les attentats sont devenus de plus en plus violents et le FIS fait figure maintenant de mod\u00e9r\u00e9. Je ne suis pas capable de parler de mod\u00e9ration dans l&rsquo;islamisme int\u00e9griste ! <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: II faut rappeler d&rsquo;abord que le FIS a \u00e9t\u00e9 officiellement dissous en 1992. Cette dissolution et l&rsquo;arrestation de ses chefs, Abassi Madani et Ali Belhadj, ont quand m\u00eame port\u00e9 un coup tr\u00e8s dur \u00e0 cette organisation. Mais de toute fa\u00e7on, le FIS et le GIA ont le m\u00eame projet de soci\u00e9t\u00e9 : une soci\u00e9t\u00e9 islamiste, r\u00e9actionnaire, totalitaire. Quand il y a des actions d&rsquo;\u00e9clat du GIA, quelque part le FIS est gagnant dans l&rsquo;affaire car cela constitue une pression sur le pouvoir ; mais s&rsquo;il s&rsquo;aper\u00e7oit que cela ne lui rapporte pas beaucoup au niveau de l&rsquo;opinion publique, alors il se d\u00e9marque du GIA. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le FIS n&rsquo;a pas d\u00e9menti ou condamn\u00e9 : ainsi Rabah K\u00e9bir, porte-parole officiel du FIS en Allemagne, a justifi\u00e9 l&rsquo;assassinat d&rsquo;intellectuels en disant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de \u00ab m\u00e9cr\u00e9ants \u00bb. Les dirigeants du FIS n&rsquo;ont-ils pas expliqu\u00e9 que tout parti non islamique est \u00ab contre Dieu \u00bb et que la d\u00e9mocratie est un p\u00e9ch\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Aujourd&rsquo;hui, Abassi Madani et Ali Belhadj se disent pr\u00eats \u00e0 jouer le jeu de la d\u00e9mocratie pour arriver au pouvoir : en fait, leur objectif est d&rsquo;arriver, par la d\u00e9mocratie, \u00e0 instaurer une dictature.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Je ne pr\u00e9tends pas avoir de solution toute faite, mais on n&rsquo;a m\u00eame pas essay\u00e9 vraiment de dialoguer ! <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td> <strong>La rencontre de Rome, espoir ou illusion ? <\/strong><\/td><\/tr><tr><td> A Rome, le 13 janvier 1995, les principales forces de l&rsquo;opposition &#8211; parmi lesquelles le FLN, le FFS, le MDA, le PT, Ennahda\u2026 &#8211; ont sign\u00e9 avec des repr\u00e9sentant du FIS une plate-forme commune <em>\u00ab\u00a0pour une solution politique et pacifique de la crise alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb<\/em> (1). Lueur d&rsquo;espoir pour beaucoup, cette initiative peut-elle permettre de sortir de l&rsquo;impasse dans laquelle se trouve l&rsquo;Alg\u00e9rie ? <br><br>Les principales exigences formul\u00e9es sont l&rsquo;arr\u00eat de la violence et l&rsquo;organisation d&rsquo;\u00e9lections libres et pluralistes, dans un d\u00e9lai assez bref. Moyen de pression sur le pouvoir non n\u00e9gligeable, cette d\u00e9marche peut forcer ce dernier \u00e0 mettre fin \u00e0 la r\u00e9pression sauvage qu&rsquo;il exerce sur une partie de la population. Mais, peut-on vraiment esp\u00e9rer une am\u00e9lioration de la situation quand les tenants de la violence, le pouvoir et l&rsquo;arm\u00e9e, d&rsquo;une part et les groupes islamistes arm\u00e9s, d&rsquo;autre part, rejettent en bloc ces tentatives de conciliation ? <br><br>Deuxi\u00e8me probl\u00e8me : pour mettre fin \u00e0 la violence, faut-il s&rsquo;allier au diable et peut-on lui faire confiance ? Pourquoi le FFS et le PT, partisans de la la\u00efcit\u00e9 et de l&rsquo;abrogation du code de la famille, s&rsquo;engagent-ils \u00e0 appliquer le principe suivant : <em>\u00ab\u00a0la restauration de I&rsquo;\u00c9tat Alg\u00e9rien souverain, d\u00e9mocratique et social dans le cadre de l&rsquo;Islam\u00a0\u00bb<\/em>, premier article de la plate-forme ? Rappelons-nous, en 1979, en Iran, c&rsquo;est au nom de l&rsquo;opposition contre le Shah que des partis de gauche et d\u00e9mocratiques se sont alli\u00e9s avec Khomeiny qui, une fois au pouvoir, les a ex\u00e9cut\u00e9s. Les dirigeants du FIS le disent : <em>\u00ab\u00a0Nous n&rsquo;acceptons pas cette d\u00e9mocratie qui permet \u00e0 un \u00e9lu d&rsquo;\u00eatre en contradiction avec l&rsquo;Islam, la charia, sa doctrine et ses valeurs\u00a0\u00bb<\/em> (Abassi Madani, <em>Alg\u00e9rie Actualit\u00e9s<\/em>, 24 d\u00e9cembre 1989), ou <em>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9mocratie en Islam, la d\u00e9mocratie est kofr<\/em> [m\u00e9cr\u00e9ante]<em>\u00a0\u00bb <\/em>(Ali Belhadj, <em>le Maghreb<\/em>, 20 octobre 1989). <br><br>Aujourd&rsquo;hui plus que jamais, une plate-forme doit rassembler tous les d\u00e9mocrates qui rejettent \u00e0 la fois le projet de l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9pressif et le projet int\u00e9griste totalitaire. <br><br><strong><em>Sanhadja A.<\/em><\/strong><\/td><\/tr><tr><td> I- Un premier colloque, rassemblant les m\u00eames organisations, avait eu lieu, \u00e0 Rome \u00e9galement, en novembre 1994.  <\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Je suis d&rsquo;accord avec Leila pour dire qu&rsquo;il ne peut y avoir de dialogue entre deux logiques destructrices qui s&rsquo;affrontent. Pour trouver une issue \u00e0 cette impasse, il faut une autre perspective, il faut sortir de cette polarisation pouvoir\/FIS et trouver des m\u00e9canismes de dialogue avec la population. Il faut une dynamique d\u00e9mocratique qui ne se r\u00e9duise pas \u00e0 des \u00e9lections. <\/p>\n\n\n\n<p>Le premier probl\u00e8me vient de la difficult\u00e9 pour les forces d\u00e9mocratiques \u00e0 construire quelque chose ensemble. Le deuxi\u00e8me, c&rsquo;est l&rsquo;absence de tradition d\u00e9mocratique : il n&rsquo;y a jamais eu, dans ce pays, de r\u00e9elle participation des citoyens \u00e0 la vie publique. Et la terreur quotidienne, aujourd&rsquo;hui, rend les choses encore plus difficiles, en anesth\u00e9siant le mouvement syndical, le mouvement social. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9bloquer la situation, il faut arriver \u00e0 trouver une perspective politique s&rsquo;appuyant \u00e0 la fois sur des exigences d\u00e9mocratiques et des luttes sociales. La priorit\u00e9 est de s&rsquo;attaquer \u00e0 la racine du probl\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la crise sociale qui constitue le vivier dans lequel a ferment\u00e9 l&rsquo;int\u00e9grisme. Il faut tenter d&rsquo;apporter des solutions aux revendications les plus imm\u00e9diates : le droit d&rsquo;avoir un logement, le droit de travailler, le droit d&rsquo;esp\u00e9rer en un futur. Ce sont les probl\u00e8mes quotidiens de tous les jeunes, notamment. Il faudrait que les partis d\u00e9mocratiques arrivent \u00e0 sortir des calculs politiciens : qu&rsquo;un parti comme le RCD, par exemple, ne se contente pas de formules m\u00e9prisantes sur l&rsquo;int\u00e9grisme mais s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce qui, socialement, a permis le FIS. <\/p>\n\n\n\n<p>Les batailles doivent se mener \u00e9galement sur le front d\u00e9mocratique : les droits des femmes, les droits constitutionnels, la fin de la r\u00e9pression, les libert\u00e9s d\u00e9mocratiques les plus \u00e9l\u00e9mentaires. <\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes jou\u00e9 un r\u00f4le important \u00e0 un moment donn\u00e9 dans ce type de batailles : elles ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res r\u00e9sistantes face \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grisme, entre 1989 et 1991. H\u00e9las elles ont \u00e9t\u00e9 quasiment les seules \u00e0 porter cette r\u00e9sistance et aujourd&rsquo;hui, les associations de femmes sont tr\u00e8s affaiblies.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: A ce propos il faut rappeler que, d\u00e8s 1963, des avant-projets de code de la famille ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s par le gouvernement et que des regroupements de femmes se sont constitu\u00e9s d\u00e8s cette \u00e9poque pour s&rsquo;y opposer. Apr\u00e8s 1988, plusieurs associations de femmes se sont cr\u00e9\u00e9es mais elles \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 des id\u00e9ologies partisanes, ce qui les a emp\u00each\u00e9es d&rsquo;aller de l&rsquo;avant. De plus, les militants des partis, quels qu&rsquo;ils soient, se sont toujours d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s des probl\u00e8mes des femmes, en disant <em>\u00ab ce n&rsquo;est pas la priorit\u00e9 \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: De r\u00e9elles divergences traversaient pour les associations : les unes \u00e9taient pour l&rsquo;abrogation du code de la famille, d&rsquo;autres pour sa r\u00e9vision ; certaines insistaient sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un travail sur les mentalit\u00e9s, pour d&rsquo;autres cette question \u00e9tait secondaire. Ce n&rsquo;est pas \u00e0 cause de l&rsquo;appartenance politique des unes ou des autres que les associations se sont effondr\u00e9es, c&rsquo;est beaucoup plus complexe. La situation des femmes dans une soci\u00e9t\u00e9 archa\u00efque est particuli\u00e8rement difficile, elles sont confront\u00e9es \u00e0 toutes les contradictions. Entre 1989 et 1991, les femmes ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res \u00e0 poser des questions, \u00e0 la fois contre le pouvoir \u2014 \u00e0 travers l&rsquo;opposition au Code de la famille \u2014 et contre les int\u00e9gristes. Le mouvement des femmes, minoritaire, a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des questions qui d\u00e9passaient de loin les seules femmes, qui se posaient \u00e0 toute la classe politique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Pour en revenir \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9, je pense qu&rsquo;il est indispensable de constituer un front d\u00e9mocratique, mais il ne faut pas que cela se r\u00e9duise \u00e0 une dynamique de chefs qui s&rsquo;entendent entre eux. Actuellement, les partis qui se disent d\u00e9mocratiques me semble plus soucieux d&rsquo;afficher leur leadership ou leur l\u00e9gitimit\u00e9 historique que d&rsquo;initier un rassemblement autour du \u00ab minimum vital \u00bb qui est la lutte contre le fascisme et la r\u00e9pression. Si l&rsquo;on ne sort pas de cette vision partisane, l&rsquo;union ne se fera jamais !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Si on arrive \u00e0 conjuguer des initiatives sur le plan d\u00e9mocratique et des luttes sociales, des bouts d&rsquo;espoir sont permis. Des explosions sociales peuvent se produire \u00e0 tout moment, car la situation est catastrophique. En \u00e9change du r\u00e9\u00e9chelonnement de sa dette, le FMI a impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie des conditions draconiennes : d\u00e9valuation du dinar de 40 %, r\u00e9duction du d\u00e9ficit budg\u00e9taire, restructuration des entreprises publiques. Ces nouvelles mesures \u00e9conomiques vont aggraver encore la situation, on va assister \u00e0 des licenciements massifs, le pouvoir d&rsquo;achat va d\u00e9gringoler. La lib\u00e9ralisation du commerce ext\u00e9rieur permet l&rsquo;entr\u00e9e de produits de luxe, on trouve de plus en plus de magasins qui se sp\u00e9cialisent dans la vente de produits \u00e9trangers (\u00e9lectro-m\u00e9nagers par exemple), en ciblant les couches \u00e0 revenu sup\u00e9rieur : il n&rsquo;y a pas de place dans cet espace commercial pour les travailleurs, les jeunes, les couches populaires. Ceci n&rsquo;est pas nouveau mais a pris plus d&rsquo;ampleur. Il y a eu des gr\u00e8ves importantes ces derniers temps, notamment une gr\u00e8ve de toutes les entreprises affili\u00e9es \u00e0 la Sonatrach, contre son d\u00e9mant\u00e8lement ; un compromis de derni\u00e8re minute est intervenu. Cela montre que le mouvement social peut permettre de sortir de ce qui appara\u00eet comme un enfermement tragique. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;autant plus indispensable que la dictature est en train de s&rsquo;incruster dans le pays, que la S\u00e9curit\u00e9 militaire r\u00e9encadre la soci\u00e9t\u00e9. La loi adopt\u00e9e r\u00e9cemment contre le terrorisme est tout autant une loi contre la \u00ab subversion \u00bb : des journaux ont ainsi \u00e9t\u00e9 suspendus, beaucoup de journalistes ont \u00e9t\u00e9 censur\u00e9s, menac\u00e9s, ou m\u00eame arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Cette \u00e9volution n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9tonnant : ce pouvoir n&rsquo;a jamais voulu ni du multipartisme ni de la d\u00e9mocratie. Pour lui, la situation actuelle est l&rsquo;occasion r\u00eav\u00e9e de r\u00e9interdire ce qu&rsquo;il avait toujours interdit avant que les gosses ne sortent dans la rue, en 1988. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: Ce qui peut \u00e9galement aider \u00e0 faire \u00e9voluer la situation, c&rsquo;est la pression internationale. L&rsquo;opinion publique doit se mobiliser, comme elle a commenc\u00e9 \u00e0 le faire le 3 d\u00e9cembre, \u00e0 Paris, autour de revendications d\u00e9mocratiques. Il faut \u00e9galement exiger du gouvernement fran\u00e7ais qu&rsquo;il annule la part fran\u00e7aise de la dette, ce qui aurait un effet important sur les possibilit\u00e9s de relancer l&rsquo;\u00e9conomie, m\u00eame si on sait que le r\u00e9gime actuel pille une partie des richesses. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Qu&rsquo;on annule la dette, oui, mais que cela profite encore \u00e0 ceux qui en profitent depuis trente-deux ans, non ! Les partis d\u00e9mocratiques devraient proposer au moins une commission de contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Adel <\/strong>: L&rsquo;annulation de la dette, comme les autres mesures, doit \u00eatre li\u00e9e \u00e0 la question des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques : face \u00e0 un pouvoir qui garde tous les m\u00e9canismes de d\u00e9cision, il faut cr\u00e9er une logique de contre-poids qui devrait se traduire \u00e0 un moment donn\u00e9 par un pouvoir plus populaire, plus repr\u00e9sentatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Pour moi, l&rsquo;espoir r\u00e9side aussi du c\u00f4t\u00e9 des femmes. Ce qui m&rsquo;a frapp\u00e9e lorsque je suis all\u00e9e en Alg\u00e9rie, au mois d&rsquo;ao\u00fbt, c&rsquo;est la r\u00e9sistance des femmes, qui continuent \u00e0 aller travailler, \u00e0 ne pas porter le <em>hijab <\/em>\u2014 pas seulement \u00e0 Alger, m\u00eame dans des petites villes. Mes cousines, par exemple : pour elles, parler, sortir, c&rsquo;est presque un geste militant, pour d\u00e9fier le terrorisme et les menaces. J&rsquo;admire le courage des femmes qui ont manifest\u00e9 le 22 mars, ou en juin, m\u00eame si je ne partage pas totalement le point de vue des organisateurs de ces manifestations, enti\u00e8rement dirig\u00e9es contre les int\u00e9gristes, sans un mot sur la politique r\u00e9pressive du pouvoir. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2666 <strong><em>Pour terminer, parlez-nous des associations de solidarit\u00e9 dans lesquelles vous militez ici.<\/em><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatiha <\/strong>: Je fais partie du collectif Plurielles Alg\u00e9rie, qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 en mars dernier pour aider les femmes alg\u00e9riennes en France. Nous organisons une permanence d&rsquo;accueil, tous les samedis matin. La plupart des femmes viennent pour des papiers, pour obtenir une prolongation de visa. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9gler un certain nombre de probl\u00e8mes, avec beaucoup d&rsquo;interventions aupr\u00e8s de la Pr\u00e9fecture ; mais il devient maintenant de plus en plus difficile de quitter l&rsquo;Alg\u00e9rie, Pasqua a r\u00e9ussi \u00e0 fermer presque compl\u00e8tement les fronti\u00e8res. Nous recevons des lettres de SOS tr\u00e8s p\u00e9nibles, auxquelles nous r\u00e9pondons par courrier. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous essayons en m\u00eame temps d&rsquo;obtenir des logements HLM pour h\u00e9berger les femmes qui arrivent en France en urgence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00efla <\/strong>: Pour ma part, je milite dans le R\u00e9seau international de solidarit\u00e9 avec les femmes alg\u00e9riennes, le RISFA. Le probl\u00e8me essentiel auquel nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es est celui des enfants : les femmes arrivaient \u00e0 sortir d&rsquo;Alg\u00e9rie, souvent par le biais d&rsquo;une inscription \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 mais les enfants, eux, n&rsquo;obtiennent pas de visa et ne peuvent b\u00e9n\u00e9ficier du regroupement familial puisque cette proc\u00e9dure suppose un statut de salari\u00e9. Ainsi, les m\u00e8res repartent au bout d&rsquo;un certain temps parce que leurs enfants sont rest\u00e9s sur place. <\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;occupe plus particuli\u00e8rement d&rsquo;une commission qui essaie de trouver des financements pour des petites unit\u00e9s de production locale : nous voulons donner la possibilit\u00e9 \u00e0 des femmes d&rsquo;apprendre un travail qui leur permettre de survivre et de faire survivre leur famille. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que c&rsquo;est en se rassemblant ainsi autour de projets concrets, limit\u00e9s, qu&rsquo;on apprend \u00e0 vivre ensemble. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanhadja <\/strong>: Diff\u00e9rentes organisations se sont regroup\u00e9es, \u00e0 Paris, autour d&rsquo;une plate-forme pour r\u00e9clamer un droit d&rsquo;asile territorial. Mais la premi\u00e8re bagarre \u00e0 mener, aujourd&rsquo;hui, est celle pour obtenir le droit pour les Alg\u00e9riens et les Alg\u00e9riennes d&rsquo;avoir des visas : beaucoup ne souhaitent pas venir s&rsquo;installer en France mais ont besoin simplement de sortir un peu d&rsquo;Alg\u00e9rie, un mois ou deux, pour respirer. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>Propos recueillis le 30\/12\/94 par Anne-Marie Granger et Marie-Annick Vigan <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>Plurielles Alg\u00e9rie<\/em><\/strong> : 21 ter, rue Voltaire. 75011 Paris <br>T\u00e9l : (1) 43 71 03 54<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong><em>RISFA <\/em><\/strong>: BP 396, 75526 Paris Cedex 11 <br>T\u00e9l. : (1) 53 79 18 73<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><strong>Nabila Djahnine assassin\u00e9e<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>C&rsquo;est avec une peine infinie que nous avons port\u00e9, accompagn\u00e9 Nabila Djahnine jusqu&rsquo;\u00e0 ce carr\u00e9 de terre o\u00f9 elle repose d\u00e9sormais. Nabila, notre s\u0153ur, dans la souffrance et la r\u00e9volte, notre irrempla\u00e7able amie de toutes ces ann\u00e9es de lutte, notre in\u00e9branlable camarade de tous les rendez-vous.<br><br>Des discussions fi\u00e9vreuses en petit cercle \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;associations unitaires, de la rencontre nationale des femmes de 1989 \u00e0 celle de Tizi-Ouzou, elle \u00e9tait de celles qui ont b\u00e2ti le formidable essor du mouvement associatif f\u00e9minin, contre l&rsquo;oppression et pour la citoyennet\u00e9 effective.<br><br>Revendiquant d&rsquo;\u00eatre reconnue comme un \u00eatre humain, \u00e0 part enti\u00e8re, elle vivait de toutes ses forces comme universitaire, travailleuse, s\u0153ur, fille, amie. Elle \u00e9tait de toutes les luttes d\u00e9mocratiques, sociales, culturelles&#8230; Elle \u00e9tait&#8230; ? <br><br>Hier encore, elle pleurait avec nous nos s\u0153urs enlev\u00e9es, viol\u00e9es, massacr\u00e9es\u2026 Et c&rsquo;est elle que nous pleurons aujourd&rsquo;hui. <br><br>Nous habituerons-nous jamais \u00e0 la mort, \u00e0 la souffrance, aux mutilations ?<br><br>Chaque disparition ravive la plaie, chaque d\u00e9part nous frappe en plein c\u0153ur et nous laisse d\u00e9sarm\u00e9es\u2026 pour un temps. <br><br>Nabila \u00e9tait justement de celles qui ne baissent pas les bras, de celles qui continuent l&rsquo;activit\u00e9 militante, dans l&rsquo;adversit\u00e9. <br><br>Ceux qui ont os\u00e9 faire pleurer les parents admirables de Nabila, savaient-ils son infini respect pour l&rsquo;humanit\u00e9 ? <br><br>Savaient-ils, ceux qui t&rsquo;ont poursuivie, ceux qui t&rsquo;ont tir\u00e9 une balle dans le ventre pour te voir souffrir avant de t&rsquo;achever, savaient-ils seulement que tu les attendais&#8230; Ni depuis la petite Belhadj, ni depuis la belle Katia de 17 ans, ni depuis les s\u0153urs Boufarik, ni depuis Mme Ourais\u2026 Oh non, tu les attendais depuis\u2026 que tu avais, toi, choisi de te battre plut\u00f4t que de broder tes draps de trousseau, que tu avais d\u00e9cid\u00e9, toi, que femme, tu ne serais ni boniche, ni potiche. <br><br>Et tu savais depuis l&rsquo;infirmi\u00e8re de Remchi qu&rsquo;ils ne te pardonneraient pas d&rsquo;\u00eatre une femme belle et brave. Depuis la m\u00e8re d&rsquo;Omar mort dans l&rsquo;incendie d&rsquo;Ouargla, tu les savais capables de donner la mort aux innocents. <br><br>Ils se sont mis \u00e0 plusieurs pour t&rsquo;abattre, Nabila, ce sinistre mercredi, car ils n&rsquo;aiment pas les femmes fi\u00e8res qui l\u00e8vent la t\u00eate. <br><br>Mais ils ont tort de croire qu&rsquo;en te d\u00e9chiquetant le ventre, ils ont entam\u00e9 ton id\u00e9al car nous le portons. Et si nos vies n&rsquo;y suffisent pas, d&rsquo;autres, plus jeunes, apr\u00e8s nous, en enfanteront. <br><br>C&rsquo;est cette marche inexorable du temps qu&rsquo;ils ne pourront atteindre de leurs canons sci\u00e9s, c&rsquo;est cette avanc\u00e9e implacable de l&rsquo;Histoire au f\u00e9minin qu&rsquo;ils ne pourront assassiner. <br><br>Ce pouvoir de vie, cette force d&rsquo;espoir toujours renaissant, ils n&rsquo;y pourront jamais rien. <br><br>C&rsquo;est ton corps que nous avons mis en terre, \u00e0 Beja\u00efa, Nabila, mais tes id\u00e9es, ton id\u00e9al, ton combat, comment feront-ils pour nous y arracher ? La col\u00e8re qui t&rsquo;animait, nous anime encore plus aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est ainsi que tu vis et que tu vivras !<\/td><\/tr><tr><td><strong>L&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme.<br>Alger le 19\/02\/1995<\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien paru dans les Cahiers du f\u00e9minisme, n\u00b0 71-72, Hiver 1994\/Printemps 1995, p. 39-44 Les int\u00e9gristes l&rsquo;avaient annonc\u00e9, le mois du ramadan serait, cette ann\u00e9e encore, marqu\u00e9 par leurs actions. Ainsi, un nouveau palier dans la violence a \u00e9t\u00e9 franchi. Du c\u00f4t\u00e9 des int\u00e9gristes comme du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir et de l&rsquo;arm\u00e9e, aucune tr\u00eave ne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[2295,4870,4841,3984,397,4869,514,4868,3331,3195,4847,3981,4784,4851],"class_list":["post-14912","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-2295","tag-adel","tag-anne-marie-granger","tag-association-pour-lemancipation-de-la-femme","tag-entretien","tag-fatiha","tag-guerre-civile","tag-leila","tag-les-cahiers-du-feminisme","tag-ligue-communiste-revolutionnaire","tag-marie-annick-vigan","tag-nabila-djahnine","tag-reseau-international-de-solidarite-avec-les-femmes-algeriennes","tag-sanhadja"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-3Sw","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":14763,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/11\/17\/lalgerie-entre-mosquees-et-casernes\/","url_meta":{"origin":14912,"position":0},"title":"L&rsquo;Alg\u00e9rie entre mosqu\u00e9es et casernes","author":"SiNedjib","date":"17\/11\/2021","format":false,"excerpt":"Entretien paru dans les Cahiers du f\u00e9minisme, n\u00b0 58, automne 1991, p. 30-32 En juin dernier, \u00e0 trois semaines des premi\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives pluralistes en Alg\u00e9rie, les rues d'Alger \u00e9taient le th\u00e9\u00e2tre de violents affrontements entre manifestants int\u00e9gristes du Front islamique du salut (FIS), auxquels se joignaient de nombreux jeunes\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Cahiers-du-feminisme-automne-1991.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":5407,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/04\/15\/feminisme\/","url_meta":{"origin":14912,"position":1},"title":"F\u00e9minisme, lutte de classes et antiracisme","author":"SiNedjib","date":"15\/04\/2019","format":false,"excerpt":"Mon article intitul\u00e9 \"F\u00e9minisme, lutte de classes et antiracisme\" a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 804 (mars 2019), p. 31-32. 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