{"id":15081,"date":"2021-12-26T11:07:37","date_gmt":"2021-12-26T10:07:37","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=15081"},"modified":"2025-07-28T19:21:06","modified_gmt":"2025-07-28T17:21:06","slug":"algerie-femmes-voilees-rues-interdites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : femmes voil\u00e9es, rues interdites \u00ab\u00a0je ne sais qu&rsquo;une chose, qui me fait passer des nuits blanches : je suis une femme et je veux vivre\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Dossier paru dans <em>Des femmes en mouvements<\/em>, n\u00b0 3, mars 1978, p. 22-30<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"437\" height=\"509\" data-attachment-id=\"15099\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?fit=437%2C509&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"437,509\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"des-femmes-en-mouvement-mars-1978\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?fit=258%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?fit=437%2C509&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?resize=437%2C509&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15099\" style=\"width:385px;height:448px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?w=437&amp;ssl=1 437w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/des-femmes-en-mouvement-mars-1978.png?resize=258%2C300&amp;ssl=1 258w\" sizes=\"auto, (max-width: 437px) 100vw, 437px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong><em>une femme, des femmes \u00e0 Alger<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>dans les rues, <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>marcher seule d&rsquo;abri en abri <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>marcher \u00e0 dix, <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>une libert\u00e9 inconnue, inou\u00efe<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>cette revendication \u00e9touffante d&rsquo;unit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">D&rsquo;une famille non pas prol\u00e9taire, mais sans doute sauv\u00e9e de la bourgeoisie par un d\u00e9racinement toujours pr\u00e9sent, un exil r\u00e9cent, une b\u00e2tardise. Fille de plusieurs races, d&rsquo;un pays o\u00f9 il n y a pas \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb origine \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb racine mais plusieurs continents, \u00e0 la crois\u00e9e de Madagascar, de l&rsquo;Asie, de l&rsquo;Afrique et de l&rsquo;Inde, une \u00eele o\u00f9 se posent les probl\u00e8mes d&rsquo;identit\u00e9 (les colons n&rsquo;en sont pas partis, ceux qu&rsquo;on a chass\u00e9s d&rsquo;Alg\u00e9rie y sont venus), mais aussi une \u00eele o\u00f9 les habitants n&rsquo;en sortent pas de la lutte nationaliste, qui sert les int\u00e9r\u00eats de la petite bourgeoisie. Ce nationalisme que je ne supporte pas. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais quitt\u00e9 l&rsquo;\u00eele, cette revendication \u00e9touffante d&rsquo;unit\u00e9, d&rsquo;un peuple, d&rsquo;une nation et un lyc\u00e9e o\u00f9 il y avait cette volont\u00e9 d&rsquo;effacer toutes contradictions de race, de classes. Mais Paris \u00e9tait terrorisant. Alger au bord de mer, semblait plus accessible, mais ce n&rsquo;\u00e9tait quand m\u00eame que le nord de l&rsquo;Afrique. <\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie, pourtant ce qui me permettait d&rsquo;y \u00eatre les premiers temps, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;ils avaient chass\u00e9 les fran\u00e7ais ; ils \u00e9taient chez eux, ils parlaient leur langue ; je me suis dit que j&rsquo;allais y apprendre l&rsquo;arabe, que l\u00e0 peut-\u00eatre je pourrais parler, \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>dans les rues, circuler d&rsquo;abri en abri<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je marchais dans les rues ; je ne connaissais pas de ville aussi grande, o\u00f9 on a besoin de bus pour circuler, mais c&rsquo;\u00e9taient les rues des hommes, les caf\u00e9s des hommes, leurs regards ; ils remplissaient toute la ville, tous les endroits : pas un espace o\u00f9 respirer. Les femmes avaient devant leur bouche un ha\u00efk, elles riaient derri\u00e8re leurs mains, elles avaient les yeux baiss\u00e9s. A Bab-el-Oued, les femmes faisaient descendre leurs paniers de leur balcon jusqu&rsquo;aux marchands ambulants ; elles n&rsquo;avaient m\u00eame plus \u00e0 sortir pour faire leurs courses. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la rue, partout, n&rsquo;importe quel homme, petit, grand, vous parle, vous tutoie. Il peut. Alger c&rsquo;est l&rsquo;usure quotidienne, marcher dans la rue est une guerre, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9puisement des forces. Pour ne pas tenir les yeux baiss\u00e9s, pour avancer, marcher, rire, regarder, s&rsquo;arr\u00eater. Il faut circuler d&rsquo;abri en abri. De chez soi dans le taxi, le bus (toujours accompagn\u00e9e) \u00e0 l&rsquo;autre maison, le march\u00e9. A 20 h c&rsquo;est le couvre feu pour les femmes. Il faut tenir t\u00eate \u00e0 la folie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"327\" height=\"410\" data-attachment-id=\"15100\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/rush\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?fit=327%2C410&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"327,410\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"rush\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?fit=239%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?fit=327%2C410&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?resize=327%2C410&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15100\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?w=327&amp;ssl=1 327w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/rush.png?resize=239%2C300&amp;ssl=1 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 327px) 100vw, 327px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo Rush<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>quelques m\u00e8tres de stand \u00ab\u00a0des femmes\u00a0\u00bb, une force<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 76, on est all\u00e9es \u00e0 trois \u00e0 Alger pour installer un stand des \u00e9ditions des femmes : c&rsquo;\u00e9tait une force ! juste quelques m\u00e8tres \u00e0 d\u00e9fendre plus que tout, quelques m\u00e8tres qui allaient les mettre en danger. On nous avait cas\u00e9es dans un coin du stand de l&rsquo;UGTA (syndicat national des travailleurs alg\u00e9riens) de la foire. Deux jours apr\u00e8s, quand nous sommes revenues, nous n&rsquo;avons plus trouv\u00e9 un seul livre. Les voisins de l&rsquo;UGTA avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 nos tissus et les punaisaient sous leurs revues. Les chaises, les tables, tout avait disparu. Les livres \u00e9taient \u00e0 la gendarmerie, saisis. L&rsquo;administration de la foire parlait au habous (le minist\u00e8re religieux), tout le monde se renvoyait la balle&#8230; plusieurs jours d&rsquo;attente dans les couloirs. On nous accusait d&rsquo;\u00e9diter des livres qui causaient tort \u00e0 la morale, la famille. Face \u00e0 la femme de l&rsquo;Islam nous repr\u00e9sentions l&rsquo;occident d\u00e9prav\u00e9, perverti. <\/p>\n\n\n\n<p>Des femmes sont venues nous voir, timidement. Un soir, nous sommes all\u00e9es \u00e0 une dizaine d\u00eener, en sortant on marchait dans la rue et l\u00e0-bas, pour elles, c&rsquo;\u00e9tait une libert\u00e9 inconnue, inou\u00efe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>la premi\u00e8re ann\u00e9e, ils \u00e9pient, ils interdisent\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous avons rouvert le stand, nous avions mis une grande banderole \u00ab\u00a0des femmes\u00a0\u00bb ; elle se voyait de tr\u00e8s loin. Les femmes venaient \u00e9tonn\u00e9es. Nous \u00e9tions trois, trois femmes \u00ab sans hommes \u00bb, comme ils disent. <\/p>\n\n\n\n<p>Trois femmes dans un stand. L&rsquo;inconnu ! alors pendant des heures des hommes restaient l\u00e0, vous regardaient sans rien dire, sans bouger, tout pr\u00e8s. Sur les plages l&rsquo;\u00e9t\u00e9 aussi ils s&rsquo;allongent tr\u00e8s pr\u00e8s et regardent, regardent, \u00e9pient. Vous sentez que vous allez tout casser. On avait install\u00e9 une ficelle pour se prot\u00e9ger, un fil pour les tenir \u00e0 distance, se garder quelques m\u00e8tres pour respirer, avant leur monde. Sinon ils viennent et font mur. Silencieux et violeurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>la deuxi\u00e8me ann\u00e9e ils tapent <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, de nouveau aller \u00e0 Alger. Un stand \u00e9tait retenu de Paris, en fait sur place rien. Encore plusieurs jours de lutte pour l&rsquo;obtenir. Le dernier jour, trente hommes arrivent. Ils se mettent \u00e0 taper, taper sur les caissons, le comptoir, \u00e0 arracher les affiches. Leur l\u00e2chet\u00e9 est tr\u00e8s grande. Un fascisme quotidien. Ils se poussent les uns les autres sur moi, sur les cartons de livres. Ils veulent piller, piller ; ils crient, ils veulent que je leur r\u00e9ponde en arabe. Je ne peux pas \u00eatre fran\u00e7aise donc je suis arabe, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution. Ils sont tr\u00e8s l\u00e2ches. \u00c7a va durer une heure. Personne n&rsquo;intervient, des femmes passent, elles regardent : \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est une autre femme qui prend les coups\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>pour faire des \u00e9tudes il faut dispara\u00eetre<\/em><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions all\u00e9es \u00e0 Ben Aknoun \u00e0 la Cit\u00e9 Universitaire de jeunes filles. Une tr\u00e8s jeune fille vient nous voir boulevers\u00e9e, elle est partie de chez elle prot\u00e9g\u00e9e par sa m\u00e8re et ses s\u0153urs, son p\u00e8re et ses fr\u00e8res ne veulent pas qu&rsquo;elle fasse d&rsquo;\u00e9tudes, pour eux elle a disparu. Elle vit cach\u00e9e. Elle a reconnu le chauffeur de taxi qui nous a amen\u00e9es. C&rsquo;est son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Elle a peur. Comme les hommes ne peuvent entrer dans la cit\u00e9 elle pense que son fr\u00e8re nous a envoy\u00e9es la chercher. Elle a peur tous les jours. D&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e, la r\u00e9pression se fait plus dure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le tunnel des facs il y avait des femmes vietnamiennes qui mendiaient. Pendant la guerre du Vietnam des soldats alg\u00e9riens avaient fait des enfants, \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance Ben Bella a fait venir ces femmes : bien s\u00fbr les familles des militaires n&rsquo;ont pas voulu de ces \u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8res\u00a0\u00bb, de ces enfants b\u00e2tards. Elles vivent ensemble \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, avec leurs enfants. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-large-font-size\"><strong><em>socialistes et toujours barbares, les alg\u00e9riens<\/em><\/strong> <strong><em>voilent encore les femmes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance les femmes alg\u00e9riennes ont lutt\u00e9 ; certaines sont devenues \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efnes nationales\u00a0\u00bb ; tous les ans pour les f\u00eates de l&rsquo;ind\u00e9pendance on leur demande d&rsquo;assister aux d\u00e9fil\u00e9s militaires, c&rsquo;est tout. <\/p>\n\n\n\n<p>Militer dans l&rsquo;U.N.F.A. ? dans les comit\u00e9s de volontariat ? Certaines ont essay\u00e9. L&rsquo;illusion d&rsquo;une r\u00e9forme agraire, une liaison travailleurs manuels-travailleurs intellectuels, mais aujourd&rsquo;hui entre le d\u00e9sespoir et le d\u00e9sir de vivre, de dire non \u00e0 cet \u00e9touffement. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;\u00eele j&rsquo;avais vu les paras occuper comme \u00e7a une ville ; terroriser, chasser les gens de tous leurs lieux, circuler en conqu\u00e9rants. A Alger, les paras \u00e9taient partis, ils y avaient laiss\u00e9 leurs violences, leur p\u00e9d\u00e9rastie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>une biblioth\u00e8que de femmes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes que nous avions rencontr\u00e9es cette ann\u00e9e (et l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re) avaient eu envie d&rsquo;ouvrir une librairie &#8211; mais elles savaient aussi que c&rsquo;\u00e9tait impossible &#8211; que ce serait un lieu trop expos\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Elles pensaient \u00e0 une biblioth\u00e8que de femmes mais aux derni\u00e8res nouvelles, ce projet \u00e9tait loin de se r\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"371\" data-attachment-id=\"15101\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/femmes-algerie\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?fit=250%2C371&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"250,371\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"femmes-algerie\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?fit=202%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?fit=250%2C371&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?resize=250%2C371&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15101\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?w=250&amp;ssl=1 250w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-algerie.png?resize=202%2C300&amp;ssl=1 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo Gamma<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong><em>elles ne peuvent plus monter sur les terrasses discuter avec les voisines<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00ab\u00a0Les femmes avec qui je parle, en ont assez de l&rsquo;enfermement ; avant il y avait plus de relations, je crois : les femmes allaient d&rsquo;une maison \u00e0 une autre, elles allaient au bal ; \u00e7a tend \u00e0 devenir de plus en plus individualiste\u2026 c&rsquo;est pire qu&rsquo;avant. Elles ne peuvent plus monter sur les terrasses, discuter avec les voisines ; il y a un repli et dans ces villages construits apr\u00e8s la r\u00e9forme araire ! ces villages g\u00e9om\u00e9triques encercl\u00e9s par les b\u00e2timents administratifs : police, arm\u00e9e\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Comment les femmes pourraient travailler ! il y a un tel ch\u00f4mage ; et les filles qui voudraient aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole : il n&rsquo;y a pas assez de classes alors on pr\u00e9f\u00e8re les garder \u00e0 la maison et que ce soient les gar\u00e7ons qui y aillent. <\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes qui viennent en France, pour celles-l\u00e0 c&rsquo;est la bonne \u00e9toile ; elles peuvent porter des jupes, des pantalons. <\/p>\n\n\n\n<p>La violence ? j&rsquo;ai vu une femme pi\u00e9tin\u00e9e dans la rue, personne n&rsquo;est intervenu. Une fille \u00e0 la facult\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, ses parents sont venus le lendemain, ils l&rsquo;ont rou\u00e9e de coups en public sur la place de la cit\u00e9, puis l&rsquo;ont emmen\u00e9e ; je n&rsquo;ai jamais su ce qu&rsquo;elle \u00e9tait devenue. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans les cit\u00e9s, les mecs entrent, forcent les portes, frappent les filles, pour l&rsquo;instant il vaut mieux des cit\u00e9s non mixtes, sinon le soir les filles ont peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les proc\u00e8s d&rsquo;adult\u00e8re, si le mari a seulement tu\u00e9 l&rsquo;amant, on peut entendre le procureur dire \u00ab\u00a0comment \u00e7a se fait que vous n&rsquo;ayez pas tu\u00e9 votre femme ?\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es quand nous \u00e9tions proches de l&rsquo;Ind\u00e9pendance, c&rsquo;\u00e9tait plus tranquille ; on sortait, on allait au cin\u00e9ma, au th\u00e9\u00e2tre. Ils n&rsquo;ont pas encore sorti le code de la famille dont ils parlent tant, ce n&rsquo;est pas que j&rsquo;y crois mais je trouve \u00e7a symptomatique. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9pression est imm\u00e9diate, il y a un monopole d&rsquo;\u00e9tat sur tout, tout reste clandestin. <\/p>\n\n\n\n<p>Les groupes de femmes sont embryonnaires, pourtant on ne parle que de \u00e7a dans les r\u00e9unions ; pour l&rsquo;instant \u00e7a se passe beaucoup entre copines, on ne sait pas ce qui se passe dans les autres villes, ce n&rsquo;est pas encore un mouvement. <\/p>\n\n\n\n<p>De plus en plus dans la rue ils passent aux coups directement ; je ne sors plus le soir apr\u00e8s 7 h, c&rsquo;est fini ; parfois on se dit on va descendre \u00e0 une douzaine et s&rsquo;installer \u00e0 un caf\u00e9, arm\u00e9es ; il faut bien qu&rsquo;ils s&rsquo;habituent, qu&rsquo;ils sachent que nous ne sommes pas \u00e0 leur disposition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Rabia<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong><em>pour parler de l&rsquo;oppression des femmes alg\u00e9riennes, des faits, des t\u00e9moignages.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em><strong>une femme sort trois fois dans sa vie : <\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>la premi\u00e8re fois du ventre de sa m\u00e8re, <\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>la deuxi\u00e8me fois pour rejoindre la maison de son \u00e9poux, <\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>la troisi\u00e8me pour \u00eatre port\u00e9e en terre.<\/strong><\/em><\/p>\n<cite>dicton populaire arabe<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>(Je suis une \u00e9trang\u00e8re. Je suis une femme \u00e9trang\u00e8re dans la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Je ne peux m\u00eame pas me pr\u00e9valoir d&rsquo;\u00eatre une ressortissante de l&rsquo;ancienne puissance coloniale. J&rsquo;ai 30 ans et je vis depuis 30 mois en Alg\u00e9rie. J&rsquo;y vis en femme. Arec un corps, un regard, une t\u00eate de femme mais j&rsquo;y suis vue comme une f\u00e9ministe. Dans mon milieu (l&rsquo;universit\u00e9), certains (mais pas tous, loin de l\u00e0) me conc\u00e8dent peut-\u00eatre d&rsquo;\u00eatre une intellectuelle f\u00e9ministe, et ceci dans le but, avou\u00e9 ou non, de m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00eatre partie prenante dans la lutte des femmes alg\u00e9riennes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour parler de l&rsquo;oppression des femmes alg\u00e9riennes, j&rsquo;ai pris le parti d&rsquo;aligner des faits, le plus souvent fournis par des documents alg\u00e9riens, le plus souvent officiels. Elle se lit dans n&rsquo;importe quel tableau statistique. dans n&rsquo;importe quel journal.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Fait divers\u00a0\u00bb (1), le 14 mai 1977 :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(1) rapport\u00e9 par \u00ab\u00a0El Moudjahid\u00a0\u00bb quotidien national d&rsquo;information<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pourtant c&rsquo;est un homme pieux. Parce que c&rsquo;est un homme pieux, un p\u00e8re de famille \u00e0 la conduite irr\u00e9prochable, il donne sa fille en mariage. Quelques temps apr\u00e8s, le mariage non consomm\u00e9 est rompu par la famille de l&rsquo;\u00e9poux. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ? \u00ab\u00a0Ma fille aurait-elle des relations avec un homme ?\u00a0\u00bb Cette question mart\u00e8le sa t\u00eate, l&rsquo;obs\u00e8de, le ronge. Il se met \u00e0 l&rsquo;\u00e9pier. <\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 30 avril, alors qu&rsquo;il fait ses ablutions \u00e0 l&rsquo;aube, dans la cour de sa maison, Mergharbi Sa\u00efd, 45 ans, ouvrier agricole, aper\u00e7oit une ombre glissant sur ses toits. Quelques instants apr\u00e8s, il voit sa fille. Elle sortait de la p\u00e9nombre : ses cheveux \u00e9taient d\u00e9faits et sa robe n&rsquo;avait pas de ceinture, dira-t-il aux enqu\u00eateurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9branl\u00e9 par ce qu&rsquo;il vient de voir. Il ne supportera jamais les comm\u00e9rages des voisins s&rsquo;ils venaient \u00e0 apprendre que sa fille a un amant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son esprit, le verdict se dessine d\u00e9j\u00e0 de lui-m\u00eame. Dimanche 1er mai , le village d&rsquo;Aghlal (da\u00efra d&rsquo;A\u00efn-Temouchent) s&rsquo;est assoupi sous le poids d&rsquo;un apr\u00e8s-midi trop chaud pour une premi\u00e8re journ\u00e9e de mai. Il est aux environs de 14 h 30. C&rsquo;est le moment que choisit le ma\u00eetre de maison pour \u00ab\u00a0laver son honneur\u00a0\u00bb. Empoignant une barre de fer, il en assomme sa fille et sa femme, qu&rsquo;il consid\u00e8re comme complice. Cela ne suffit pas il se saisit d&rsquo;une faucille et les \u00e9gorge l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre. Il laisse ses victimes gisant dans une mare de sang et se dirige vers le si\u00e8ge de la compagnie du Darak El Watani (2) pour avouer son crime. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(2) gendarmerie nationale<\/p>\n\n\n\n<p>Ses quatre autres enfants, \u00e2g\u00e9s de 2 \u00e0 12 ans, r\u00e9veill\u00e9s par les bruits, ont assist\u00e9 au d\u00e9roulement de l&rsquo;effroyable carnage. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon le rapport \u00e9tabli par le m\u00e9decin l\u00e9giste de l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;A\u00efn-Temouchent, la femme (36 ans) \u00e9tait enceinte de 8 mois. Quant \u00e0 la fille, 19 ans, elle \u00e9tait vierge.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Oui. il s&rsquo;agit du mai 1977 ! Huit mois apr\u00e8s, je ne sais toujours pas ce qui me r\u00e9volte le plus \u00e0 la lecture de ce texte. L&rsquo;acte du p\u00e8re ? La fatuit\u00e9 du journaliste ? Dans l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb, un ouvrier agricole, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui a droit au \u00ab\u00a0respect\u00a0\u00bb, c&rsquo;est une \u00ab\u00a0force vive de la R\u00e9volution\u00a0\u00bb\u2026 au moins sur papier. Et un homme pieux, en plus, dans une Alg\u00e9rie \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb qui vient de pl\u00e9bisciter l&rsquo;Islam religion d\u2019\u00c9tat ! Cet homme a vraiment tout pour lui : d&rsquo;autant que, comme chacun sait, si une fille est r\u00e9pudi\u00e9e juste apr\u00e8s son mariage, c&rsquo;est que, bien s\u00fbr, elle n&rsquo;\u00e9tait pas vierge ! La faute des fautes. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;affaire n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e, mais il est tr\u00e8s probable que les jur\u00e9s seront cl\u00e9ments, ils comprendront\u2026 \u00e0 l&rsquo;instar du journaliste et de ses lecteurs.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"296\" height=\"560\" data-attachment-id=\"15102\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/femmes-voilees-3\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?fit=296%2C560&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"296,560\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"femmes-voilees\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?fit=159%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?fit=296%2C560&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?resize=296%2C560&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15102\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?w=296&amp;ssl=1 296w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees.png?resize=159%2C300&amp;ssl=1 159w\" sizes=\"auto, (max-width: 296px) 100vw, 296px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo Magnum<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>L&rsquo;encadrement des femmes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aligne aussi des t\u00e9moignages. La plupart sont extraits d&rsquo;<em>El Djaza\u00efria<\/em> (1) la revue de l&rsquo;Union nationale des femmes alg\u00e9riennes. On pourrait croire, \u00e0 la lecture de ce qui suit, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une revue militante qui d\u00e9fend et organise les femmes en lutte. L\u00e0 encore, il n&rsquo;en est rien. Ni la revue, ni l&rsquo;Union qui la publie n&rsquo;ont la possibilit\u00e9 ni la capacit\u00e9 de d\u00e9fendre la cause des femmes. L&rsquo;U.N.F.A. est une \u00ab\u00a0organisation de masse\u00a0\u00bb qui a pour fonction d&rsquo;\u00ab encadrer \u00bb les masses et plus particuli\u00e8rement les \u00ab masses f\u00e9minines \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle a pour fonction de d\u00e9courager l&rsquo;initiative des masses. Les t\u00e9moignages accablants que je tire de la revue ne sont absolument pas exploit\u00e9s par ses r\u00e9dactrices ou, quand ils le sont, c&rsquo;est dans le sens de la temporisation \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(1) Dans la mesure o\u00f9 les document existants sont tr\u00e8s peu nombreux et o\u00f9 il m&rsquo;est pratiquement interdit de faire des recherches sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne sont d&rsquo;ailleurs exploit\u00e9s par personne. J&rsquo;ai d\u00fb faire ce travail seule malgr\u00e9 mes essais r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pour qu&rsquo;il devienne le travail d&rsquo;un groupe de femmes alg\u00e9riennes. Je ne peux m&rsquo;avancer sur la situation d&rsquo;un \u00ab mouvement \u00bb de femmes \u00e0 Alger ni sur la situation en dehors de l&rsquo;universit\u00e9 (2). A l&rsquo;universit\u00e9, les \u00e9tudiantes sont largement minoritaires et affront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes sp\u00e9cifique, tr\u00e8s importants surtout dans les cit\u00e9s universitaires. La plupart r\u00e9solvent individuellement leurs probl\u00e8mes en se mettant sous la protection et la coupe d&rsquo;un mec. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(2) Je crois savoir qu&rsquo;\u00e0 Alger, des femmes alg\u00e9riennes essaient de se constituer en groupe mais leur rayonnement ne semble pas tr\u00e8s grand. L&rsquo;universit\u00e9 n&rsquo;est certainement pas repr\u00e9sentative : pourtant m\u00e8me si l&rsquo;Europe ne doit pas constituer le mod\u00e8le et m\u00e8me si cet \u00e9tat de fait doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, il faut bien reconna\u00eetre que le mouvement des femmes y est re-n\u00e9 parmi les intellectuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques-unes sont pr\u00eates \u00e0 admettre qu&rsquo;il existe un probl\u00e8me des femmes mais la majorit\u00e9 de cette petite minorit\u00e9 estime que l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme fait partie des t\u00e2ches d&rsquo;\u00e9dification nationale (influence pagsiste) (3), d&rsquo;autres, tr\u00e8s peu nombreuses estiment qu&rsquo;il y a des probl\u00e8mes de femmes, voire une lutte des sexes, mais que celle-ci doit se subordonner \u00e0 la lutte de classes ; il faut pourtant constater une \u00e9volution, r\u00e9cente, plus r\u00e9aliste chez ces derni\u00e8res. Certains t\u00e9moignages cit\u00e9s dans ce texte pourraient inciter \u00e0 penser qu&rsquo;une prise de conscience s&rsquo;amorce. Pourtant, la tache appara\u00eet immense dans la mesure o\u00f9 non seulement tout est fait pour maintenir la masse des femmes dans l&rsquo;oppression mais aussi o\u00f9 la r\u00e9pression \u2014 polici\u00e8re mais surtout id\u00e9ologique \u2014 et l&rsquo;auto-r\u00e9pression sont telles que la r\u00e9volte individuelle de quelques femmes peut difficilement d\u00e9boucher sur une action collective tant qu&rsquo;une organisation n&rsquo;existe pas. Cette organisation ne doit \u00e9videmment pas n\u00e9cessairement \u00e9merger de groupes d&rsquo;\u00e9tudiantes mais si celles-ci ne posent pas th\u00e9oriquement et pratiquement leurs probl\u00e8mes, qui le fera ? Les femmes clo\u00eetr\u00e9es ? Les quelques dizaines  d&rsquo;ouvri\u00e8res ext\u00e9nu\u00e9es par une double journ\u00e9e de travail ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(3) P.A.G.S. : parti de l&rsquo;avant-garde socialiste, issu du P.C.A.. interdit par le gouvernement alg\u00e9rien, align\u00e9 sur les positions de Moscou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-large-font-size\"><strong><em>\u2026 inscrit dans la loi<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La Constitution alg\u00e9rienne (1976) stipule que \u00ab\u00a0tous les droits politiques, \u00e9conomiques, sociaux et culturels de la femme alg\u00e9rienne sont garantis par la Constitution\u00a0\u00bb (art. 42) et que \u00ab\u00a0la femme doit participer pleinement \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification socialiste et au d\u00e9veloppement national\u00a0\u00bb (art. 81). Mais elle pr\u00e9cise dans son art. 65 que \u00ab\u00a0la famille est la cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9. Elle b\u00e9n\u00e9ficie de la protection de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00c9tat prot\u00e8ge la maternit\u00e9, l&rsquo;enfance, la jeunesse et la vieillesse par une politique et des institutions appropri\u00e9es\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Des discours de responsables politiques aux prises de position de l&rsquo;Union nationale des femmes alg\u00e9riennes (U.N.F.A., \u00ab l&rsquo;organisation de masse des femmes \u00bb), on peut rep\u00e9rer trois id\u00e9es relatives \u00e0 la participation des femmes \u00e0 la vie publique. Elles sont officiellement encourag\u00e9es \u00e0 y participer. On leur rappelle qu&rsquo;elles poss\u00e8dent les droits civiques acquis gr\u00e2ce \u00e0 leur participation \u00e0 la lutte de lib\u00e9ration nationale et inscrits, depuis, dans les textes (Charte de Tripoli en 1962, Charte d&rsquo;Alger en 1964, Charte nationale en 1976) ; de plus, la participation des femmes est n\u00e9cessaire au socialisme et au d\u00e9veloppement du pays. \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9mancipation\u00a0\u00bb des femmes doit se faire dans le cadre des valeurs arabo-islamiques. Ainsi, la Charte nationale rappelle que \u00ab\u00a0l&rsquo;U.N.F.A. doit adapter son action aux probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques que pose l&rsquo;int\u00e9gration de la femme dans la vie moderne. Elle doit \u00eatre consciente que l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme n&rsquo;implique pas l&rsquo;abandon de l&rsquo;\u00e9thique dont notre peuple est profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"440\" height=\"452\" data-attachment-id=\"15103\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/femmes-voilees-algerie\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?fit=440%2C452&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"440,452\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"femmes-voilees-algerie\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?fit=292%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?fit=440%2C452&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?resize=440%2C452&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15103\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?w=440&amp;ssl=1 440w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-voilees-algerie.png?resize=292%2C300&amp;ssl=1 292w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo Gam<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-large-font-size\"><em><strong>gardiennes de la religion et de la morale ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le Pr\u00e9sident lui-m\u00eame s&rsquo;est pench\u00e9 sur ce probl\u00e8me : \u00ab\u00a0Mais lorsqu&rsquo;on parle des droits de la femme et du r\u00f4le qu&rsquo;elle doit jouer dans les domaines politique, \u00e9conomique et social, nous ne devons pas perdre de vue l&rsquo;\u00e9volution de la femme : cette \u00e9volution ne signifie nullement imitation de la femme occidentale (1). Nous disons non \u00e0 ce genre d&rsquo;\u00e9volution car notre soci\u00e9t\u00e9 est une soci\u00e9t\u00e9 islamique et socialiste. A ce propos, un probl\u00e8me se pose, il s&rsquo;agit du respect de la morale. Nous sommes pour l&rsquo;\u00e9volution et le progr\u00e8s, pour que la femme joue un r\u00f4le dans tous les domaines, tant sur le plan politique, \u00e9conomique, social et culturel que technique. Mais cette \u00e9volution ne doit pas \u00eatre la cause de pourrissement de notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Lors de la distribution des prix qu&rsquo;il a pr\u00e9sid\u00e9 dans un lyc\u00e9e de filles \u00e0 Kouba (Alger) le 3 juillet 1969, le Pr\u00e9sident Boumediene rappelle que l&rsquo;avenir de la nation repose en premier lieu sur cette g\u00e9n\u00e9ration montante : <em>filles qui seront demain les meilleures m\u00e8res et jeunes gar\u00e7ons qui deviendront les hommes forts pr\u00eats \u00e0 assumer vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9tat et de la Nation toutes leurs responsabilit\u00e9s.<\/em> (\u2026) Confiants en la fille alg\u00e9rienne, nous sommes persuad\u00e9s qu&rsquo;elle saura tout \u00e0 la fois suivre la voie qui m\u00e8ne au v\u00e9ritable progr\u00e8s et sauvegarder les principes moraux qui r\u00e9gissent notre soci\u00e9t\u00e9 arabo-islamique (2).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(1) voir Benachenhou A. L&rsquo;Islam, \u00e9d. pop arm\u00e9e, Alger<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(2) cit\u00e9 par H. Vandevelde. La participation des femmes alg\u00e9riennes \u00e0 la vie politique et sociale, th\u00e8se d\u2019\u00c9tat, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>en Alg\u00e9rie, l&rsquo;Islam est la religion de l\u2019\u00c9tat<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e que la femme doit \u00eatre la gardienne des valeurs arabo-islamiques prend de plus en plus le pas sur celle de sa n\u00e9cessaire participation \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification du pays. H\u00e9l\u00e8ne Vandevelde s&rsquo;est livr\u00e9e \u00e0 une enqu\u00eate pour d\u00e9tecter le sens accord\u00e9 par des hommes et des femmes aux trois mots-cl\u00e9s de l&rsquo;id\u00e9ologie ambiante : R\u00e9volution, Socialisme et Arabo-Islamisme. Voici sa pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats : \u00ab\u00a0R\u00e9volution : ce terme qui \u00e9voque pour la Nation la \u00ab\u00a0modernisation de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas employ\u00e9 concernant la condition f\u00e9minine ; on ne remet pas en cause fondamentalement le r\u00f4le traditionnellement attribu\u00e9 \u00e0 la personnalit\u00e9 f\u00e9minine, on ne parle pas de modernisation dans domaine. <em>Socialisme <\/em>: dans la mesure o\u00f9 ce terme est porteur d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de soif de participation, il va dans le sens d&rsquo;un progr\u00e8s pour les femmes. Mais il semble qu&rsquo;il ait une r\u00e9sonance plus grande dans les esprits qu&rsquo;il n&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 dans les manifestations officielles et de toute fa\u00e7on c&rsquo;est rarement que l&rsquo;on fait appel pour les femmes \u00e0 la justice qu&rsquo;il \u00e9voque. <em>Arabo-islamisme<\/em>, cette expression qui \u00e9voque pour la Nation, la r\u00e9cup\u00e9ration de ses valeurs profondes est toujours utilis\u00e9e concernant le probl\u00e8me f\u00e9minin mais, semble-t-il, pour fixer des limites aux femmes, tout en les chargeant de garder, et au besoin r\u00e9cup\u00e9rer, les valeurs culturelles traditionnelles (langue, religion\u2026). <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi une discrimination \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la population f\u00e9minine appara\u00eet dans l&rsquo;id\u00e9ologie qui n&rsquo;a pas encore admis une nouvelle id\u00e9e de la femme. Les transformations \u00e9conomiques, sociales et aussi culturelles en cours n&rsquo;ont pas encore permis l&rsquo;\u00e9laboration de nouvelles repr\u00e9sentations concernant la femme. Au contraire il semble que plus la volont\u00e9 de renouvellement est radicale dans certains domaines, plus la femme doit rester inchang\u00e9e. Plus l&rsquo;homme va vers la modernit\u00e9, plus la femme doit \u00eatre enracin\u00e9e dans la tradition : la soci\u00e9t\u00e9, fragilis\u00e9e par les mutations dont elle est l&rsquo;objet, s&rsquo;accroche \u00e0 ses principes de permanence et de continuit\u00e9.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-large-font-size\"><strong><em>ce silence a trop dur\u00e9&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un Code de la Famille est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude depuis 1963. Il n&rsquo;est toujours pas paru. On a dit que ce serait une des premi\u00e8res t\u00e2ches de l&rsquo;A.P.N. Mais six mois apr\u00e8s son entr\u00e9e en fonction, on n&rsquo;a toujours rien vu venir. La premi\u00e8re version de ce Code \u00e9tait particuli\u00e8rement \u00ab\u00a0d\u00e9savantageuse\u00a0\u00bb pour les femmes. Pour m\u00e9moire, reprenons quelques articles : <\/p>\n\n\n\n<p>art. 3 (\u2026) la validit\u00e9 du mariage est subordonn\u00e9 \u00e0 la fixation d&rsquo;une dot vers\u00e9e par le mari \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse et \u00e0 l&rsquo;approbation du tuteur, le cas \u00e9ch\u00e9ant. <\/p>\n\n\n\n<p>art. 18. Le mineur, l&rsquo;interdit et la femme, m\u00eame majeurs, ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leur tuteur matrimonial. <\/p>\n\n\n\n<p>art. 32. Est prohib\u00e9 le mariage d&rsquo;une musulmane avec un non-musulman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>la claustration : \u00ab Je meurs doucement \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La claustration des femmes est une r\u00e9alit\u00e9 physique aujourd&rsquo;hui encore en Alg\u00e9rie. Bien s\u00fbr, il est impensable que j&rsquo;aille seule en rue la nuit tomb\u00e9e. Bien s\u00fbr, il est impensable que j&rsquo;aille seule au cin\u00e9ma, m\u00eame l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Bien s\u00fbr, il est impensable que j&rsquo;aille seule m&rsquo;attabler dans un caf\u00e9 \u00e0 Oran. Mais il y a des femmes alg\u00e9riennes qui ne franchissent jamais seules le seuil de leur maison, m\u00eame en pleine journ\u00e9e. Je connais une jeune femme de 32 ans, mari\u00e9e depuis 15 ans, qui doit attendre le bon vouloir de sa belle-m\u00e8re, de son mari ou de son fils a\u00een\u00e9\u2026 pour pouvoir se rendre chez le dentiste !<\/p>\n\n\n\n<p>Une jeune femme de Tlemcen (Ouest) : <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai 28 ans, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 20 ans avec un cousin. Apr\u00e8s bien des p\u00e9rip\u00e9ties, je suis retourn\u00e9e au toit paternel. Encore une fois me voil\u00e0 attendant le mektoub, (1) afin de redevenir la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un autre homme. l&rsquo;\u00e9pouse soumise. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(1) La chance, le sort favorable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a fait trois ans que je suis ainsi et je n&rsquo;en peux plus. Je ne sais qu&rsquo;une chose qui me revient tout le temps et qui me fait passer des nuits blanches : je suis un \u00eatre humain et je veux vivre. Mais je n&rsquo;ai pas de niveau d&rsquo;instruction (c&rsquo;est ma voisine, qui m&rsquo;a \u00e9crit cette lettre), je ne sais o\u00f9 aller, <em>je meurs doucement<\/em>. Mais je veux vivre. Il y a pourtant des femmes qui travaillent, des femmes qui ont des responsabilit\u00e9s, des femmes qu&rsquo;on voit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. J&rsquo;ai beau discuter avec mon p\u00e8re : il ne veut pas me laisser aller chercher du travail. Que faire ? Se soumettre ? Je ne tiens plus\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Un autre paru dans un autre num\u00e9ro de la m\u00eame revue (2) : \u00ab\u00a0Je suis une jeune fille de 18 ans qui fut enferm\u00e9e entre quatre murs d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, j&rsquo;ai suivi le m\u00eame sort que mes quatre s\u0153urs\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(2) El Djaza\u00efria n\u00b0 47. 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e du lyc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, je n&rsquo;ai aucun dipl\u00f4me. Naturellement, c&rsquo;est mon p\u00e8re qui s&rsquo;oppose \u00e0 ce que j&rsquo;aille en classe de m\u00eame que mes s\u0153urs. Bref ! Je suis donc rest\u00e9e \u00e0 la maison avec mes pauvres s\u0153urs, en essayant de poursuivre mes \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;aide de cours par correspondance. Je pensais pouvoir d\u00e9crocher un brevet et de nouveau mon p\u00e8re s&rsquo;y opposa. Est-ce qu&rsquo;il a raison ? avec quatre filles \u00e0 la maison sans revenu mat\u00e9riel\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, notre situation financi\u00e8re n&rsquo;est pas bonne. Il ne veut pas nous acheter des machines \u00e0 coudre ou \u00e0 tricoter, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d&rsquo;argent. Alors pourquoi ne nous laisse-t-il pas \u00e9tudier pour pouvoir l&rsquo;aider et nous aider ? A-t-il raison ou tort ? Devons-nous nous r\u00e9signer ou nous r\u00e9volter ? Ce silence a trop dur\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-large-font-size\"><strong><em>\u00ab\u00a0\u00f4 m\u00e8re, que n&rsquo;ai-je pas endur\u00e9 pendant mon enfance\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit l\u00e0 de femmes de la campagne mais la situation des habitantes de bidonvilles n&rsquo;est pas meilleure : <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00ab\u00a0Une jeune femme, 28 ans, sans enfant, mari ch\u00f4meur, explique qu&rsquo;elle vit toujours enferm\u00e9e dans sa seule pi\u00e8ce avec m\u00e8re malade. Son mari, ch\u00f4meur, est absent toute la journ\u00e9e, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sans travail. Lorsqu&rsquo;il rentre, il n&rsquo;ouvre pas la bouche, ne parle pas. Elle n&rsquo;a aucun \u00e9change avec les voisines, ne sort jamais, ne conna\u00eet rien. Elle n&rsquo;attend rien, n&rsquo;esp\u00e8re rien&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La femme d&rsquo;un m\u00e9canicien (30-39 ans) : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans ce cadre, rester toujours \u00e0 la maison, sans aucun contact utile, sans pouvoir go\u00fbter \u00e0 l&rsquo;ambiance de la vie sociale, donc pour moi tout cela est indiff\u00e9rent\u2026 Je me contente de prier, de faire car\u00eame\u2026 et d&rsquo;attendre la fin de mes jours. M\u00eame quand l&rsquo;occasion se pr\u00e9sente pour participer \u00e0 une f\u00eate, je me contente de regarder et de ne pas bouger dans mon coin\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>le mariage<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e en 1968 (1), 16 % des femmes se sont mari\u00e9es entre 8 et 14 ans. 42 % entre 15 et 17 ans, 21 % entre 18 et 19 ans et 20 % \u00e0 20 ans et plus. Le mariage de 69 % de ces femmes a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par les parents ; celui de 29 % a \u00e9t\u00e9 arrang\u00e9 par les parents avec l&rsquo;accord de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9e et celui de 1,5 % est le r\u00e9sultat d&rsquo;un choix libre. Les modalit\u00e9s varient bien s\u00fbr selon les cat\u00e9gories socio-culturelles. <\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie, il semble que le syst\u00e8me matrimonial se caract\u00e9rise par deux traits compl\u00e9mentaire. Les mariages s&rsquo;effectuent g\u00e9n\u00e9ralement, du point de vue de l&rsquo;homme, \u00ab\u00a0du haut vers le bas\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans le sens d&rsquo;une in\u00e9galit\u00e9 sociale qui consacre la pr\u00e9sence masculine et lignag\u00e8re. De plus, la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge entre \u00e9poux renforce cette in\u00e9galit\u00e9 d\u00e9favorable \u00e0 la femme.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e2ge du mariage des femmes et ses modalit\u00e9s d&rsquo;arrangement font de celui-ci une institution qui l\u00e9galise la violence. Surtout pour les femmes mais aussi pour les hommes. La diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge implique que l&rsquo;homme atteigne un certain \u00e2ge pour pouvoir se marier. Tant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas mari\u00e9, un homme est consid\u00e9r\u00e9 comme un adolescent. Le mariage lui donne la possibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der r\u00e9ellement au rang d&rsquo;adulte et donc aussi, dans une certaine mesure, la possibilit\u00e9 de contester la hi\u00e9rarchie familiale \u2014 le r\u00f4le du p\u00e8re. Offrant \u00e0 son fils une \u00e9pouse socialement inf\u00e9rieure \u00e0 sa famille et sensiblement plus jeune que lui, le p\u00e8re parvient \u00e0 \u00e9carter ou \u00e0 postposer le danger.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"440\" height=\"301\" data-attachment-id=\"15105\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/femmes-algerie-3\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?fit=440%2C301&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"440,301\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"femmes-Algerie-3\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?fit=300%2C205&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?fit=440%2C301&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?resize=440%2C301&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15105\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?w=440&amp;ssl=1 440w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/femmes-Algerie-3.png?resize=300%2C205&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">ph. Violet<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>l&rsquo;enjeu de la virginit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et dans toutes les classes sociales, le mariage donne lieu \u00e0 des festivit\u00e9s importantes. \u00ab La f\u00eate \u00bb peut durer plusieurs jours ; les hommes sont s\u00e9par\u00e9s des femmes. Il est rare le jeudi apr\u00e8s-midi non ponctu\u00e9 d&rsquo;un concert de klaxons : la fianc\u00e9e quitte la maison paternelle pour rejoindre celle de son mari et moi je pense avec effroi que ces hommes klaxonnent pour couvrir \u00e0 l&rsquo;avance les plaintes de la femme qui va se faire violer. Le soir m\u00eame a lieu la fameuse nuit de noces : encore fr\u00e9quemment il s&rsquo;agit l\u00e0 de la premi\u00e8re rencontre des \u00e9poux. <\/p>\n\n\n\n<p>Voici comment l&rsquo;enqu\u00eate de l&rsquo;A.A.R.D.E.S. d\u00e9crit la rencontre : \u00ab en entrant dans la chambre le mari remet \u00e0 la femme un pr\u00e9sent (collier, bracelet ou broche en or, <em>parfois une somme d&rsquo;argent<\/em> (\u2026) <em>Sans s&rsquo;attarder plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire dans la chambre nuptiale<\/em>, le mari y laisse son \u00e9pouse \u00bb. Il est d&rsquo;ailleurs de bon ton que tout se passe le plus vite possible : signe de virilit\u00e9 ! La d\u00e9floration est d\u00fbment constat\u00e9e et proclam\u00e9e. Le <em>ouazir<\/em>, qui \u00e9tait rest\u00e9 devant la porte pour recueillir la chemise de nuit ou le linge, l&rsquo;envoie aux femmes. L\u00e0, on l&rsquo;examine, on le critique, on le fait tourner. Puis les filles de la famille du mari, en criant des f\u00e9licitations, l&#8217;emportent jusque la m\u00e8re de la fille et celle-ci l&rsquo;expose en attendant visites et commentaires. Si la jeune fille n&rsquo;est pas vierge, le mari peut la r\u00e9pudier s\u00e9ance tenante. Pour \u00e9viter ce \u00ab d\u00e9shonneur \u00bb, la m\u00e8re de la mari\u00e9e fait \u00e9tablir par un ou des m\u00e9decins un ou plusieurs <em>certificat(s) de virginit\u00e9<\/em> : \u00ab Comme \u00e7a, on est plus tranquille, \u00e7a \u00e9vite des histoires \u00bb. Parfois, le futur mari l&rsquo;exige. Toujours dans le m\u00eame souci d&rsquo;\u00e9viter des \u00ab complications \u00bb, on m&rsquo;a dit (c&rsquo;est inv\u00e9rifiable par moi) que des officiers d&rsquo;Etat-civil. outrepassant leurs pr\u00e9rogatives, le r\u00e9clamaient avant d&rsquo;\u00e9tablir les formalit\u00e9s civiles. Mais ce ou ces certificats ne sont m\u00eame pas toujours une garantie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><em>c&rsquo;est moi qui porte le nom de femme <br>je suis n\u00e9e <br>se sont endeuill\u00e9es les traverses de la toiture <br>celle qui m&rsquo;a mise au monde est accabl\u00e9e <br>et rel\u00e9gu\u00e9e derri\u00e8re les fagots <br>elle ne fut pas m\u00eame rassasi\u00e9e de restes d&rsquo;orge <br>et ne fut r\u00e9chauff\u00e9e en guise de feu <br>que de cendres d&rsquo;hiver <\/em><br><em>comme si je n&rsquo;\u00e9tais pas cr\u00e9ature d&rsquo;\u00e2me <br>mon p\u00e8re est devenu mis\u00e9rable <br>en pleine place publique, il se tient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart <br>\u00e0 cause de celle qu&rsquo;il a laiss\u00e9e au berceau <br>regarde-moi, regarde dans mes yeux <br>j&rsquo;ai marqu\u00e9 mes paupi\u00e8res du kh\u00f4l des tisons <br>\u00f4 m\u00e8re, que n&rsquo;ai-je pas endur\u00e9 durant mon enfance <br>ma jeunesse a \u00e9t\u00e9 dilapid\u00e9e <br>le jour o\u00f9 j&rsquo;ai eu \u00e0 m&rsquo;enqu\u00e9rir de mes origines <br>j&rsquo;ai d\u00e9couvert qu&rsquo;on les a d\u00e9terr\u00e9es jusqu&rsquo;aux racines <br>pourtant des voix me crient, je suis l&rsquo;astre du berger <br>le soleil de l&rsquo;hiver <br>la cl\u00f4ture prot\u00e9geant l&rsquo;interdit <br>c&rsquo;est du soleil que j&rsquo;ai pris racines <br>je suis la fille issue de l&rsquo;honneur <br>je suis le sceau en argent <br>je suis la beaut\u00e9 du c\u0153ur errant. <\/em><\/td><\/tr><tr><td> <em>chanson du groupe djurdjura<\/em><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Selon Nefissa Zerdoumi (1), la \u00ab virginit\u00e9 (de la fille) est pour sa famille une question d&rsquo;honneur quasi mystique. Autrefois, si une fille se r\u00e9v\u00e9lait ne plus \u00eatre vierge, ses parents masculins, fr\u00e8res et oncles, se jetaient sur elle et allaient jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9figurer et m\u00eame la blesser mortellement. J&rsquo;ai connu un cas o\u00f9 une jeune femme a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par son fr\u00e8re. C&rsquo;est la m\u00e8re qui est la plus acharn\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre la virginit\u00e9 de sa fille et sa r\u00e9putation auxquelles le prestige et l&rsquo;honneur de la famille sont \u00e9troitement li\u00e9s. C&rsquo;est elle qui lui apprendra qu&rsquo;il ne faut pas montrer son visage et ses bras aux hommes, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas convenable de para\u00eetre les bras nus devant son p\u00e8re, de se coiffer devant lui ou de manger \u00e0 sa table, de rire aux \u00e9clats devant qui que ce soit, de chanter devant des hommes, de parler en leur pr\u00e9sence de sujets f\u00e9minins\u2026 Tout cela est mals\u00e9ant, honteux. La vigilance doit rester sans failles. (\u2026) La m\u00e8re terrorise sa fille \u00e0 un tel point que le jour o\u00f9 elle a ses premi\u00e8res r\u00e8gles, elle est vivement secou\u00e9e. Elle s&rsquo;en souvient longtemps. Elle pleure parfois croyant avoir perdu sa virginit\u00e9 d\u00e9rob\u00e9e pendant son sommeil par le diable ou un g\u00e9nie. Encore aujourd&rsquo;hui en milieu universitaire, la virginit\u00e9 est vue comme quelque chose de sacr\u00e9. Non que toutes les \u00e9tudiantes soient vierges ; mais si certaines cohabitent de fait avec leur ami, elles n&rsquo;imaginent pas qu&rsquo;elles pourraient ne pas se marier avec lui, m\u00eame si d\u00e9j\u00e0, il leur semble que tout ne va pas et n&rsquo;ira pas pour le mieux. Mais, n&rsquo;\u00e9tant plus vierges, elles con\u00e7oivent mal comment elles pourraient trouver un autre homme qui voudrait encore bien d&rsquo;elles. Elles se contentent donc de celui qu&rsquo;elles ont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(1) Zerdoumi N. Enfants d&rsquo;hier, Maspero, 1970.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>les maternit\u00e9s<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si elle n&rsquo;est pas r\u00e9pudi\u00e9e (rien ne dit qu&rsquo;elle ne le sera jamais), la femme enfante et beaucoup. On constate (2) un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 de la descendance finale : 7,4 enfants \u00e0 45-49 ans si l&rsquo;on ne distingue pas l&rsquo;\u00e9tat matrimonial des femmes, et 8,5 enfants, si l&rsquo;on ne retient que les femmes encore mari\u00e9es en premi\u00e8re union \u00bb. <em>L&rsquo;Alg\u00e9rie appara\u00eet comme l&rsquo;un des pays d&rsquo;Afrique o\u00f9 la f\u00e9condit\u00e9 est la plus \u00e9lev\u00e9e<\/em>. Apr\u00e8s avoir eu 6 enfants, une femme alg\u00e9rienne a encore 95 \u00ab\u00a0chances\u00a0\u00bb sur 100 d&rsquo;en avoir un septi\u00e8me, si elle reste mari\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 45-49 ans apr\u00e8s en avoir eu 10, elle a encore 70 \u00ab\u00a0chances\u00a0\u00bb sur 100 d&rsquo;en avoir un 11e. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">(2) A.A.R.D.E.S.. Enqu\u00eate socio-d\u00e9mographique, 1970 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-large-font-size\"><strong><em>et la polygamie encore, de plus en plus<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes sont per\u00e7ues \u2014 et souvent bien s\u00fbr aussi par elles-m\u00eames \u2014  comme des machines \u00e0 produire des enfants. C&rsquo;est l\u00e0 leur fonction \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb. Cette fa\u00e7on de voir est assez r\u00e9pandue. Ainsi, lors d&rsquo;une discussion dans le cadre d&rsquo;un cours \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 \u00e0 propos d&rsquo;une enqu\u00eate \u00e0 effectuer dans des centres de planning familial, un \u00e9tudiant a estim\u00e9 pouvoir dire qu&rsquo;il ne comprenait pas l&rsquo;objet de la discussion : il n&rsquo;y a pas lieu de planifier ou de limiter les naissances puisque <em>par nature<\/em>, les femmes doivent procr\u00e9er. Lors d&rsquo;une conversation, une directrice de P.M.I. (Protection maternelle et infantile) disait que l&rsquo;id\u00e9e elle-m\u00eame de planning familial rencontrait encore beaucoup de r\u00e9sistance \u00e9tant donn\u00e9 la croyance encore fort r\u00e9pandue selon laquelle chaque femme a en elle un nombre d\u00e9termin\u00e9 d\u2019\u0153ufs qu&rsquo;elle doit couver. Un nombre fix\u00e9 d&rsquo;avance et quoi qu&rsquo;elle fasse\u2026 Il n&rsquo;est donc pas n\u00e9cessaire que les femmes utilisent des m\u00e9thodes contraceptives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>la polygamie, en principe<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon D. Tabutin, la polygamie est un ph\u00e9nom\u00e8ne relativement peu r\u00e9pandu en Alg\u00e9rie : 18 polygames pour 1 000 hommes mari\u00e9s et 98 des polygames sont des bigames. Les polygames sont plus nombreux \u00e0 la campagne (21 pour 1 000) qu&rsquo;\u00e0 la ville (13 pour 1 000). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>en fait<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article r\u00e9cent (1), Fatiha Hadri aborde ce probl\u00e8me. Elle constate que \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la polygamie est uniquement le fait des paysans ou des gens de conditions modestes semble de plus en plus erron\u00e9e. <em>Dans les grandes villes, chez les cadres et les intellectuels avant un certain niveau de r\u00e9flexion, elle existe de plus en plus<\/em>. La forme diff\u00e8re, mais le principe reste le m\u00eame. C&rsquo;est une mani\u00e8re comme une autre de ne pas tomber dans l&rsquo;adult\u00e8re. Les femmes travaillant de plus en plus, et participant aux frais du foyer, le polygame de notre \u00e9poque y trouve m\u00eame un avantage puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas oblig\u00e9 \u00e0 la cohabitation des deux \u00e9pouses, et sur le plan des frais, il ne gr\u00e8ve pas sur son budget\u00a0\u00bb. Elle cite deux cas, l&rsquo;un d&rsquo;un polygame l&rsquo;autre d&rsquo;un bigame. Le premier est un \u00ab\u00a0p\u00e8re de famille qui avait 8 enfants install\u00e9s avec leur m\u00e8re chez ses parents. Cadre de l\u2019\u00c9tat, il \u00e9tait souvent amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer. Et au gr\u00e9 de ses affections multiples, il se remarie avec une deuxi\u00e8me femme dont il a 2 enfants. Une troisi\u00e8me, \u00e9pous\u00e9e dans une autre ville, lui donne un enfant. Il vient d&rsquo;\u00e9pouser la quatri\u00e8me qui doit accoucher incessamment d&rsquo;un 3e enfant. La premi\u00e8re semble \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9e sur le plan mat\u00e9riel bien entendu puisque son beau-p\u00e8re s&rsquo;occupe d&rsquo;elle et de ses enfants. Il a en outre d\u00e9savou\u00e9 son fils pour son manque de s\u00e9rieux et de constance. La deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me ont assign\u00e9, chacune dans sa ville, leur mari commun pour abandon de famille. La quatri\u00e8me semble privil\u00e9gi\u00e9e sur tous les plans puisqu&rsquo;elle exige de le suivre \u00e0 chaque mutation et de r\u00e9sider avec lui et ce, depuis qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e de l&rsquo;existence des trois premi\u00e8res femmes, dans trois localit\u00e9s distinctes\u00a0\u00bb. Le second Salah \u00ab joue au mariage avec ses deux femmes. Toutes deux enseignantes, chacune en sa demeure a droit \u00e0 un mari qui tente de se partager tant bien que mal. Dans ce cas, nous dit l&rsquo;une d&rsquo;elles, il peut se permettre d&rsquo;\u00eatre \u00e9quitable puisque lorsqu&rsquo;il est chez l&rsquo;autre il est son mari, et lorsqu&rsquo;il est chez moi, il est le mien. M\u00eame sur la plan du respect des normes religieuses, il n&rsquo;est pas en d\u00e9saveu avec la morale contenue dans le Coran ! 50 % du mari pour chacune. 50 % du budget pour chacune. <\/p>\n\n\n\n<p>Et le tour semble parfaitement jou\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>M. B.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Hadri. F.., La famille alg\u00e9rienne et ses probl\u00e8mes, <em>El Djaza\u00efria<\/em>, n\u00b0 52, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Selon une \u00e9tude de Negadi, et Valtin, <em>Population<\/em>, n\u00b0 3, 1974 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Les statistiques viennent des travaux effectu\u00e9s par l&rsquo;A.A.R.A.E.S. institut d&rsquo;enqu\u00eates alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><em><strong>\u00ab\u00a0enclos de femmes voil\u00e9es par les si\u00e8cles\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"434\" height=\"560\" data-attachment-id=\"15097\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/lemsine-la-chrysalide\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?fit=434%2C560&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"434,560\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"lemsine-la-chrysalide\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?fit=233%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?fit=434%2C560&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?resize=434%2C560&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15097\" style=\"width:242px;height:312px\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?w=434&amp;ssl=1 434w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/lemsine-la-chrysalide.png?resize=233%2C300&amp;ssl=1 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 434px) 100vw, 434px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> <em>extrait de \u00ab\u00a0la Chrysalide\u00a0\u00bb<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L\u00e0-bas, derri\u00e8re une de ces portes closes, une femme \u00e9tait assise, les jambes repli\u00e9es sur une natte. Sa t\u00eate dodelinait doucement, agit\u00e9e par la bise douloureuse du d\u00e9sespoir. Sa gangoura bariol\u00e9e formait autour de sa taille un large p\u00e9tale fan\u00e9. La femme se frappait la figure\u2026 Ses mains ponctuant son chagrin s&rsquo;abattaient sur ses cuisses. Elle regardait autour d&rsquo;elle, avec parfois la fureur muette de l&rsquo;animal traqu\u00e9. On ne distinguait pas bien son visage, mais ses cheveux teints au henn\u00e9 disaient son \u00e2ge et la fermet\u00e9 de ses bras d\u00e9mentait le fl\u00e9chissement pr\u00e9coce du menton. Les cheveux de la femme, telles des flammes apeur\u00e9es par sa col\u00e8re s&rsquo;\u00e9chappaient de son foulard \u00e0 ramages. Elle bondit ! Se cabra, mena\u00e7a le ciel. Sa compagne, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, \u00e9tait plus jeune son visage calme \u00e9tait appuy\u00e9 sur sa paume ouverte. Son air r\u00eaveur \u00e9tait plus angoissant que les houles fantastiques de la pleureuse. Elle semblait perdue dans quelque vision nostalgique du pass\u00e9. Un enfant pleura. La jeune femme pensive s&rsquo;arracha \u00e0 son r\u00eave pour disparaitre dans l&rsquo;ombre d&rsquo;une des pi\u00e8ces qui s&rsquo;alignaient en spectatrices fig\u00e9es de l&rsquo;univers : enclos de femmes voil\u00e9es par les si\u00e8cles\u2026 Elle reparut avec un b\u00e9b\u00e9 dans ses bras. <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin sa voix jaillit comme une onde pure : <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cesse donc de pleurer, Khadidja ! Par Dieu ! C&rsquo;est moi qui devrais m&rsquo;arracher la figure et l&rsquo;\u00e2me ! Toi, tu sais ! Tu es habitu\u00e9e depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 !\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Khadidja leva son visage color\u00e9 par le sang de la col\u00e8re et de l&rsquo;indignation, dans lequel brillait \u00e0 travers des larmes, une pais d&rsquo;yeux immenses, noirs et vifs comme un ultime d\u00e9fi \u00e0 la jeunesse fuyante. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non ! Jamais ! A chaque fait c&rsquo;est comme une blessure nouvelle\u2026 Et cette derni\u00e8re me fait mourir ! Je n&rsquo;ai plus personne sur qui m&rsquo;appuyer\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Sa jeune compagne hocha la t\u00eate attrist\u00e9e par ces mots. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Et les enfants alors ? Et moi ? Tu nous oublies d\u00e9j\u00e0 ! <\/p>\n\n\n\n<p>Khadidja parut \u00e9cras\u00e9e de honte Elle eut un geste dramatique vers son interlocutrice. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous \u00eates mon unique raison de vivre ! Akila, tu es une fille de bien\u2026 Mais cette nouvelle femme qui va venir, la Zina ! &#8230; Oh ! Non ! Non ! Je ne pourrai plus supporter une \u00e9preuve comme celle-ci ! \u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"575\" height=\"395\" data-attachment-id=\"15104\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/26\/algerie-femmes-voilees-rues-interdites\/groupe-djurdjura\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?fit=575%2C395&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"575,395\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"groupe-djurdjura\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?fit=300%2C206&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?fit=575%2C395&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?resize=575%2C395&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15104\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?w=575&amp;ssl=1 575w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/groupe-djurdjura.png?resize=300%2C206&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photo M\u00e9ran<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong><em>djouhra, fatima, malha, trois s\u0153urs<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>alg\u00e9riennes, kabyles, elles chantent tout haut ce que leurs m\u00e8res ont fredonn\u00e9 tout bas<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00ab\u00a0Nous sommes trois s\u0153urs, deux n\u00e9es en Alg\u00e9rie ; venues tr\u00e8s jeunes ici au d\u00e9but de la guerre, on a v\u00e9cu une enfance tr\u00e8s difficile. Mon p\u00e8re \u00e9tait un responsable politique FLN ; \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s s\u00e9par\u00e9, enfants alg\u00e9riens, enfants fran\u00e7ais, de chaque c\u00f4t\u00e9. La guerre \u00e9tait pr\u00e9sente. En m\u00eame temps on a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e : on a fait l&rsquo;\u00e9cole du spectacle, on a appris la musique, le chant, la danse, ce qui n&rsquo;est pas courant dans les milieux \u00e9migr\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais, tr\u00e8s vite il y a eu des contradictions : arriv\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;adolescence, on nous a dit que c&rsquo;\u00e9tait termin\u00e9 ; surtout mon p\u00e8re : pas question que tu montes sur les planches. A ce moment l\u00e0 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mise en face d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 : celle d&rsquo;une femme alg\u00e9rienne en France. Mon p\u00e8re \u00e9tait obnubil\u00e9 par le droit ; il m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0tu fais du droit ou alors tu restes \u00e0 la maison\u00a0\u00bb ; j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire du droit, mais \u00e7a ne m&rsquo;int\u00e9ressait pas. <\/p>\n\n\n\n<p>Puis, je suis all\u00e9e en Alg\u00e9rie un an, dans mon village natal ; cela a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9couverte : j&rsquo;\u00e9tais partie \u00e0 3 ans, j&rsquo;y revenais \u00e0 17 ans. Au d\u00e9but c&rsquo;\u00e9tait merveilleux, un retour aux sources : j&rsquo;essayais de m&rsquo;adapter \u00e0 la vie, et en particulier de r\u00e9apprendre la langue kabyle qui est ma langue maternelle. <\/p>\n\n\n\n<p>A mon retour je voulais faire du cin\u00e9ma, j&rsquo;en ai fait un peu \u00e0 Vincennes. J&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 des coatis m\u00e9trages et un long m\u00e9trage \u00ab\u00a0Ali au pays des merveilles\u00a0\u00bb mais, faire du cin\u00e9ma pour moi ce n&rsquo;\u00e9tait pas assez int\u00e9ressant : les femmes en Alg\u00e9rie ne vont pas au cin\u00e9ma. Je me suis dit : \u00ab\u00a0nous sommes un peuple de culture orale, partout il y a des transistors\u00a0\u00bb. Alors par souci d&rsquo;efficacit\u00e9, on a pens\u00e9 \u00e0 la chanson. <\/p>\n\n\n\n<p>On s&rsquo;est mises au travail, on a fait des enqu\u00eates aupr\u00e8s des femmes immigr\u00e9es, des \u00e9tudiantes, et, avec nos exp\u00e9riences personnelles on a fait des textes sur plusieurs th\u00e8mes, par exemple l&rsquo;\u00e9migration, pas seulement vue en France, les conditions d&rsquo;exploitation, mais aussi vue du pays. En Kabylie, pays d&rsquo;\u00e9migration car la terre kabyle est pauvre, il ne reste que les femmes, les personnes \u00e2g\u00e9es et les enfants. L&rsquo;\u00e9migration est notre premi\u00e8re ennemie, notre premi\u00e8re rivale, c&rsquo;est une mangeuse d&rsquo;hommes ; ils ne reviennent pas au pays. On a une chanson sur la scolarisation des filles ; \u00e0 12 ans on estime qu&rsquo;elles peuvent rester \u00e0 la maison, se marier, et les vieilles femmes qui tissent des burnous, et les entassent, il n&rsquo;y a plus d&rsquo;homme pour les porter. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans une chanson, il y a une femme qui dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0mon p\u00e8re, je ne te pardonnerai jamais <br>toi qui m&rsquo;a mang\u00e9 comme le bl\u00e9 tendre <br>si tu m&rsquo;avais laiss\u00e9 grandir, <br>j&rsquo;aurais choisi parmi les meilleurs, <br>ma m\u00e8re j&rsquo;ai soif, si je pouvais boire <br>\u00e0 la fontaine \u00e9difi\u00e9e par un jeune homme <br>si je bois, j&rsquo;ai peur des miens <br>si je meurs c&rsquo;est la soif qui <br>m&rsquo;aura tu\u00e9e !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Chanteuse, c&rsquo;est une profession tr\u00e8s m\u00e9pris\u00e9e, mais nous sommes trois ; il n&rsquo;y a pas une chanteuse sur sc\u00e8ne mais trois femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 \u00e7a ne suffit pas de parler des coups, des cicatrices visibles, nous sommes toutes marqu\u00e9es par tout ce qu&rsquo;on a v\u00e9cu. Pour les femmes qui s&rsquo;adaptent mieux, venir en France cela repr\u00e9sente des libert\u00e9s mais pour les hommes ! ils perdent des privil\u00e8ges. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne sommes ni de l\u00e0-bas, ni d&rsquo;ici. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais les femmes d&rsquo;ici ou de l\u00e0-bas, on se retrouve d&rsquo;accord : pour toutes il y a ce danger du mariage \u00e0 15 ans, il y a l&rsquo;obligation de rester \u00e0 la maison. Pour nous \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur tous les jours face au p\u00e8re, aux hommes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>djouhra<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier paru dans Des femmes en mouvements, n\u00b0 3, mars 1978, p. 22-30 une femme, des femmes \u00e0 Alger dans les rues, marcher seule d&rsquo;abri en abri marcher \u00e0 dix, une libert\u00e9 inconnue, inou\u00efe<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[52,112,4905,4906,457,2767,2929],"class_list":["post-15081","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-52","tag-algerie","tag-collectif-psychanalyse-et-politique","tag-des-femmes-en-mouvements","tag-france","tag-mouvement-de-liberation-des-femmes","tag-patriarcat"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-3Vf","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":9077,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/07\/07\/femmes-algeriennes-2\/","url_meta":{"origin":15081,"position":0},"title":"Voix des femmes alg\u00e9riennes","author":"SiNedjib","date":"07\/07\/2020","format":false,"excerpt":"D\u00e9claration parue dans Tribune alg\u00e9rienne, n\u00b0 15, mai 1978, p. 44-46 \"Favoriser les conditions propres \u00e0 l'\u00e9mancipation de la femme\" (photo publi\u00e9e dans El Djeich, n\u00b0 182, juillet 1978, p. 47) Pourquoi avons-nous d\u00e9cid\u00e9 de nous regrouper dans une organisation de femmes ? 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