{"id":16545,"date":"2022-07-12T10:56:18","date_gmt":"2022-07-12T08:56:18","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=16545"},"modified":"2022-07-12T10:56:31","modified_gmt":"2022-07-12T08:56:31","slug":"jean-regany-a-ciliga-dix-ans-derriere-le-rideau-de-fer-1929-1936","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/07\/12\/jean-regany-a-ciliga-dix-ans-derriere-le-rideau-de-fer-1929-1936\/","title":{"rendered":"Jean Regany : A. Ciliga, Dix ans derri\u00e8re le rideau de fer (1926-1936)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Jean Regany paru dans<\/strong> <strong><em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n043.pdf\" target=\"_blank\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>, n\u00b0 43 -344), octobre 1950, p. 30-32<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"358\" height=\"505\" data-attachment-id=\"16546\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/07\/12\/jean-regany-a-ciliga-dix-ans-derriere-le-rideau-de-fer-1929-1936\/ciliga-siberie\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?fit=358%2C505&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"358,505\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Ciliga-Siberie\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?fit=213%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?fit=358%2C505&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?resize=358%2C505&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16546\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?w=358&amp;ssl=1 358w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Ciliga-Siberie.png?resize=213%2C300&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 358px) 100vw, 358px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>A. CILIGA : Dix ans derri\u00e8re le rideau de fer<\/strong> (1926-1936).<\/p>\n\n\n\n<p>La librairie Plon r\u00e9\u00e9dite un livre paru la premi\u00e8re fois en 1938 : \u00ab <strong>Au pays du mensonge d\u00e9concertant <\/strong>\u00bb. Mais l&rsquo;auteur a voulu d\u00e9velopper son exp\u00e9rience de la vie de d\u00e9port\u00e9 en un deuxi\u00e8me volume : \u00ab <strong>Sib\u00e9rie,<br>terre de l&rsquo;exil et de l&rsquo;industrialisation<\/strong> \u00bb (1).<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>En lisant le premier livre ce n&rsquo;est pas sans m\u00e9lancolie &#8211; et quelque lassitude aussi &#8211; que je retrouvais sous la plume d&rsquo;un militant communiste \u00e9tranger &#8211;<br>(n\u00e9 en Istrie (Autriche) en 1898, devenu Italien en 1919, adh\u00e9rent d&rsquo;abord au P.S. de Croatie en 1918, puis au P.C. yougoslave en 1919, membre du Bureau balkanique du Komintern par la suite) &#8211; les r\u00e9flexions critiques que de jeunes communistes fran\u00e7ais faisaient \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque sur l&rsquo;\u00e9volution de la politique communiste internationale. Les m\u00eames exp\u00e9riences que relate l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain noir, Richard Wright dans un num\u00e9ro des \u00ab Temps Modernes \u00bb (juillet 49) sous le titre : \u00ab J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;\u00eatre communiste \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dire que son livre repr\u00e9sente, pour des militants, ou d&rsquo;anciens militants politiques, un int\u00e9r\u00eat humain, pour tant du moins que l&rsquo;action politique est rest\u00e9e pour eux un cas de conscience et une raison de vivre. Pages sans litt\u00e9rature d&rsquo;un militant qui s&rsquo;interroge, et d\u00e9couvre lentement &#8211; derri\u00e8re la fa\u00e7ade des expressions r\u00e9volutionnaires, des actes de foi dans la technique, et des succ\u00e8s dans la collectivisation ou l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;immense Russie le renforcement \u00ab des m\u00e9thodes capitalistes et bureaucratiques d&rsquo;exploitation \u00bb des masses.<\/p>\n\n\n\n<p>Entr\u00e9 en Russie en 1926, Ciliga milite d&rsquo;abord dans le P.C. russe avec l&rsquo;opposition. En 1930, il est arr\u00eat\u00e9 pour trotskisme et condamn\u00e9 \u00e0 trois ans de r\u00e9clusion. Et soudain les portes de la libert\u00e9 s&rsquo;ouvrent devant lui. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>C&rsquo;est bien simple : la prison est le seul endroit en Russie sovi\u00e9tique o\u00f9 les gens s&rsquo;expriment d&rsquo;une fa\u00e7on plus ou moins sinc\u00e8re et ouverte. <\/strong>\u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus tard \u00e0 l&rsquo;isolateur de Verkhn\u00e9-Ouralsk il entre \u00e0 &#8230; \u00ab <strong>la<br>seule universit\u00e9 ind\u00e9pendante de l&rsquo;U.R.S.S.<\/strong> \u00bb et se demande avec anxi\u00e9t\u00e9 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>O\u00f9 \u00e9tais-je ? Dans une \u00eele de libert\u00e9 perdue dans l&rsquo;oc\u00e9an de l&rsquo;esclavage, ou simplement dans une maison de fous ?<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le \u00ab docteur Anton Antonovitch Ciliga \u00bb, historien de formation, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 communiste de L\u00e9ningrad en 1929-1930, est le seul d\u00e9tenu qui ose se d\u00e9clarer ouvertement adversaire du r\u00e9gime sur les quatre ou cinq cents hommes de la prison de L\u00e9ningrad o\u00f9 il entre le 21 mai 1930 ! <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Si telle \u00e9tait l&rsquo;attitude des gens en prison, que dire de ceux qui vivaient en libert\u00e9 ? &#8230;<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Souhaitons que ce livre tombe dans les mains de quelque jeune communiste 1950. Quoique rien ne remplace l&rsquo;exp\u00e9rience directe de la vie ! Cette humanit\u00e9 des prisons sovi\u00e9tiques, au demeurant, atteint rarement \u00e0 la v\u00e9ritable humanit\u00e9. Ces opposants qui s&rsquo;excluent mutuellement, et dont les groupes se subdivisent \u00e0 l&rsquo;infini, de sorte qu&rsquo;on finit par trouver une nuance pour chaque individu, ou presque, &#8211; ces victimes qui ne cherchent qu&rsquo;\u00e0 se faire r\u00e9int\u00e9grer et y parviennent &#8211; ces intellectuels pour qui, trotskistes ou staliniens, la masse reste un instrument une victime n\u00e9cessaire, incapable de d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re &#8211; apparaissent tour \u00e0 tour grotesques, inconscients, ou criminels.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Le mythe de la Russie Sovi\u00e9tique<\/strong> &#8211; \u00e9crit l&rsquo;auteur dans son avant-propos de 1937 &#8211;<strong> est le plus tragique malentendu de notre temps&#8230; Pendant mes derni\u00e8res huit ann\u00e9es en Russie je me suis p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de plus en plus d&rsquo;esprit critique envers le r\u00e9gime et m\u00eame envers Trotski, et m\u00eame envers L\u00e9nine&#8230; L&rsquo;exp\u00e9rience a prouv\u00e9, j&rsquo;en suis certain<\/strong>, que tous les moyens ne sont point permis, m\u00eame au service de la r\u00e9volution ; les moyens inavouables finissent par compromettre la meilleure des causes. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>A partir de 1932, Ciliga, quitte le groupe trotskiste : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Trotski<\/strong>, \u00e9crit-il, <strong>ne veut pas comprendre que les \u00ab d\u00e9viations \u00bb et les laideurs contre lesquelles il proteste ne sont que la cons\u00e9quence logique et in\u00e9vitable du syst\u00e8me tout entier qu&rsquo;il d\u00e9fend avec acharnement. Trotski est, au fond, le th\u00e9oricien d&rsquo;un r\u00e9gime dont Staline est le r\u00e9alisateur.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais les groupes de l&rsquo;opposition russe d&rsquo;extr\u00eame gauche avec lesquels il collabore par la suite &#8211; toujours en prison &#8211; osent s&rsquo;attaquer \u00e0 la politique de L\u00e9nine. Ces pages, qui avaient \u00e9t\u00e9 fortement r\u00e9duites (\u00ab \u00e0 la demande de l&rsquo;\u00e9diteur en 1938 \u00bb) respirent un certain path\u00e9tique et le militant, froid et obstin\u00e9, qui p\u00e9n\u00e8tre \u00ab sur la pointe des pieds \u00bb dans le \u00ab Saint des Saints du communisme et de sa propre id\u00e9ologie \u00bb, apr\u00e8s avoir compris que \u00ab <strong>L\u00e9nine aussi<\/strong>&#8230; \u00bb a trahi la classe ouvri\u00e8re laisse enfin parler son c\u0153ur et s&rsquo;abandonne au d\u00e9sespoir et \u00e0 la solitude&#8230; <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Mon \u00e2me est solitaire&#8230; je porte le deuil de L\u00e9nine&#8230;<\/strong> \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>De L\u00e9nine premier responsable de la dictature bonapartiste sur le parti, la classe ouvri\u00e8re et le pays : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Je fus an\u00e9anti<\/strong>, note Ciliga, <strong>lorsque je d\u00e9couvris que les chefs eux-m\u00eames du parti communiste en avaient pleinement conscience (de cette dictature bonapartiste).<\/strong> <strong>Dans son ouvrage \u00ab L&rsquo;Economie de la p\u00e9riode de transition \u00bb Boukharine formulait en 1920 (p. 115 de l&rsquo;\u00e9dition russe) la th\u00e9orie du bonapartisme \u00ab prol\u00e9tarien \u00bb (\u00ab le r\u00e9gime personnel \u00bb). Et L\u00e9nine notait \u00e0 ce passage ( Recueils de L\u00e9nine, Tome XI, \u00e9dition russe de 1930) : \u00ab C&rsquo;EST VRAI&#8230; MAIS LE MOT N&rsquo;EST PAS A EMPLOYER \u00bb. On peut le faire, mais il ne faut pas le dire, c&rsquo;est tout le L\u00e9nine de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il quitte le prol\u00e9tariat pour la bureaucratie&#8230; \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ah ! comme de cette terrible d\u00e9ception un \u00ab artiste \u00bb aurait pu tirer des pages \u00ab \u00e9mouvantes \u00bb : tant d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;action, toute une jeunesse perdue, et pour finir la prison, les gr\u00e8ves de la faim, la solitude&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir jet\u00e9 le portrait de L\u00e9nine dans la bo\u00eete \u00e0 ordures, Ciliga \u00e9crit simplement &#8211; et c&rsquo;est \u00e0 quelques lignes pr\u00e8s la <strong>conclusion <\/strong>de son premier livre : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>\u00ab\u00a0&#8230; La cellule \u00e9tait sombre. Dehors, il faisait nuit. Les monts Ourals et la steppe \u00e9taient plong\u00e9s dans un sommeil sinistre. Et moi j&rsquo;avais mal et le c\u0153ur lourd. Pendant six mois, il me fut impossible d&rsquo;ouvrir la bouche, de dire ou d&rsquo;\u00e9crire la moindre chose concernant la politique, mes nouvelles conclusions sur le grand chef r\u00e9volutionnaire, tant j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9prim\u00e9, tant je souffrais de me s\u00e9parer \u00e0 jamais du mythe tant ch\u00e9ri de L\u00e9nine.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<strong>Sib\u00e9rie, terre de l&rsquo;exil et de l&rsquo;industrialisation<\/strong>\u00ab\u00a0, raconte la d\u00e9couverte de la r\u00e9alit\u00e9 sib\u00e9rienne de l&rsquo;homme russe vivant, de 1933 \u00e0 1935, au cours de trois ann\u00e9es de d\u00e9portation, suite \u00ab logique \u00bb impos\u00e9e par la Gu\u00e9p\u00e9ou \u00e0 ceux qui croyaient \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s \u00e0 l&rsquo;issue de leurs peines \u00ab l\u00e9gales \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>\u00ab Apr\u00e8s mes trois ann\u00e9es de s\u00e9v\u00e8re isolement dans la prison politique de Verkhn\u00e9-Ouralsk, o\u00f9 ne vivaient en vase clos que des professionnels de la politique et o\u00f9 au milieu de la discussion la plus int\u00e9ressante, on avait soudain le sentiment qu&rsquo;on \u00e9tait totalement en dehors de la vie, je me trouvais tout \u00e0 coup plong\u00e9 dans ses contradictions et dans sa dure r\u00e9alit\u00e9 &#8230; \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sans doute, depuis quinze ans, bien des choses ont chang\u00e9. Au dire de l&rsquo;auteur lui-m\u00eame, dans sa pr\u00e9face de 1949, les prisons et les \u00ab d\u00e9tenus politiques \u00bb ont disparu et il n&rsquo;y a plus en Russie que des travaux forc\u00e9s du droit commun. Mais cette humanit\u00e9 sovi\u00e9tique, nous sommes pr\u00eats \u00e0 l&rsquo;accueillir, \u00e0 l&rsquo;aimer, \u00e0 la soutenir dans sa lutte silencieuse contre les nouveaux exploiteurs. Ce titre d&rsquo;un livre de Gorki paru en France vers 1932, \u00ab <strong>Eux et nous<\/strong> \u00bb, les ouvriers russes, h\u00e9las ! l&rsquo;appliquent d&rsquo;une bien diff\u00e9rente fa\u00e7on : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>\u00ab Chez nous il n&rsquo;y a plus de classes disent-ils avec humour, mais seulement des cat\u00e9gories diff\u00e9rentes de citoyens (&#8230;) La terre est \u00e0 \u00ab nous \u00bb et le bl\u00e9 est \u00e0 \u00ab eux \u00bb, Bakou est \u00e0 \u00ab nous \u00bb et le p\u00e9trole \u00e0 \u00ab eux \u00bb, les usines sont \u00e0 \u00ab nous \u00bb et ce qu&rsquo;elles produisent \u00e0 \u00ab eux \u00bb (&#8230;) Maintenant nous ne sommes plus des ouvriers mais des patrons. Les ouvriers ce sont Staline, Kaganovitch, Molotov (&#8230;) A l&rsquo;arriv\u00e9e du Transsib\u00e9rien, qui ne transportait que des bureaucrates, des sp\u00e9cialistes, les membres de leur famille, le nouveau gratin, les cheminots disaient : \u00ab Le train ouvrier est en gare \u00bb. Et quand arrivait le train ouvrier, sale, bond\u00e9, avec des gens sur les marchepieds, ils disaient solennellement : \u00ab le train des patrons est arriv\u00e9. \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cet \u00ab amer d\u00e9senchantement \u00bb, cette sorte d&rsquo;humour noir, s&rsquo;il prouve que les masses sovi\u00e9tiques ne sont pas prostern\u00e9es devant Staline en une muette adoration, traduit \u00e9galement \u00ab <strong>l&rsquo;impossibilit\u00e9 absolue pour la classe ouvri\u00e8re de mener un combat de masse, son impuissance totale<\/strong>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Que sont devenues ces masses &#8211; et ces rares individus qui ne renoncent pas \u00e0 la lutte &#8211; apr\u00e8s ces ann\u00e9es de souffrances nouvelles et la victoire de 1945 ? La peur de la guerre qui hante &#8211; au dire de t\u00e9moins dignes de foi &#8211; le peuple am\u00e9ricain, pousse-t-elle la pointe empoisonn\u00e9e de son angoisse au c\u0153ur de l&rsquo;homme russe ? Ou bien la propagande nationaliste men\u00e9e par les dirigeants a-t-elle fanatis\u00e9 les jeunes communistes, comme elle avait \u00e9gar\u00e9 en 1940 les jeunes Allemands ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ceux qui refusent l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te absurde \u00ab d&rsquo;anti-sovi\u00e9tique \u00bb ou \u00ab d&rsquo;anticommuniste \u00bb parce qu&rsquo;ils gardent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Russie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui la m\u00eame attitude critique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toute autre nation du monde, devraient lire ce livre d&rsquo;un militant qui parvient, au moins dans \u00ab <strong>Sib\u00e9rie <\/strong>\u00bb, en nous ouvrant, par instant l&rsquo;esprit et le c\u0153ur du vrai peuple sovi\u00e9tique \u00e0 nous le rendre essentiellement sympathique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Ces <strong>types d&rsquo;hommes et de femmes russes<\/strong> que l&rsquo;auteur nous pr\u00e9sente, nous n&rsquo;avons gu\u00e8re d&rsquo;efforts \u00e0 faire pour les retrouver chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici l&rsquo;\u00e9tudiant sovi\u00e9tique : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>d\u00e9mocratique par son allure ext\u00e9rieure, d\u00e9daigneux du peuple par son id\u00e9ologie, \u00e0 genoux devant la technique, et sportif par surcro\u00eet. S\u00fbr de lui, amoral, pr\u00eat \u00e0 tout<\/strong>&#8230; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voici l&#8217;emplov\u00e9 de chemin de fer d\u00e9brouillard :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>il ach\u00e8te des denr\u00e9es et des produits de toutes sortes dans les endroits o\u00f9 ils sont les moins chers, et comme il peut les transporter gratuitement, il les revend dans les r\u00e9gions o\u00f9 ils co\u00fbtent le plus cher<\/strong>&#8230; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;ouvrier moyen<\/strong>, comme le \u00ab Fran\u00e7ais moyen \u00bb, se d\u00e9sint\u00e9resse de la politique : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Mon ami le forgeron n&rsquo;\u00e9prouvait aucun int\u00e9r\u00eat pour la politique, dans le sens strict du terme. Il n&rsquo;\u00e9tait pas du parti, ni aucun des membres de sa famille. Ils \u00e9taient loin de vouloir entreprendre quoi que ce soit d&rsquo;hostile aux communistes, au r\u00e9gime, mais ils leur \u00e9taient totalement oppos\u00e9s. Pour eux, les communistes, c&rsquo;\u00e9taient les chefs, les exploiteurs, la police ; le communiste du rang, l&rsquo;ouvrier communiste y compris, un mouchard qui espionnait ses camarades de travail, ou un imb\u00e9cile qui voulait imposer un rythme de travail inhumain. Celui qui s&rsquo;imaginerait que cette attitude de l&rsquo;ouvrier du rang envers les communistes est un fait exceptionnel et isol\u00e9 ferait une erreur profonde. Il y a un foss\u00e9 entre le parti communiste et la masse ouvri\u00e8re russe. Un jour, \u00e0 l&rsquo;improviste le monde entier en aura la r\u00e9v\u00e9lation et sera surpris de sa profondeur.<\/strong><\/p><p>\u00bb La vie familiale <strong>du forgeron \u00e9tait quelque peu patriarcale. Les enfants ob\u00e9issaient au chef de famille sans discuter. Le fils ain\u00e9 lui-m\u00eame remettait l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de son salaire \u00e0 sa famille. La femme se tuait \u00e0 la t\u00e2che et avait tous les soucis du m\u00e9nage. Son unique plaisir, \u00e0 ce que je vis, consistait \u00e0 organiser de petits d\u00eeners intimes. Le mari ne se refusait pas certains plaisirs et rentrait parfois ivre. Avec sa femme il \u00e9tait tout \u00e0 la fois rude et attentionn\u00e9, parfois m\u00eame tendre<\/strong>&#8230; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>En reconnaissant ici la description d&rsquo;une vie \u00ab de famille \u00bb propre \u00e0 bien des foyers fran\u00e7ais, un sourire vient aux l\u00e8vres. Sont-ce l\u00e0 les nouveaux \u00ab Barbares \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Malgr\u00e9 toute sa pauvret\u00e9 et la m\u00e9diocrit\u00e9 de sa vie,<\/strong> le peuple russe <strong>est d&rsquo;une ga\u00eet\u00e9 et d&rsquo;une vitalit\u00e9 surprenantes. Quoique je fusse un intellectuel et un \u00e9tranger (nous ajoutons : un d\u00e9port\u00e9), tout le monde m&rsquo;acceptait sans me manifester ni embarras ni m\u00e9fiance. La r\u00e9volution a appris aux masses \u00e0 ne pas avoir honte devant les classes sup\u00e9rieures. Le<\/strong> <strong>d\u00e9mocratisme des m\u0153urs est l&rsquo;un des traits<\/strong> <strong>caract\u00e9ristiques de l&rsquo;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique, Et le peuple russe est particuli\u00e8rement accueillant, particuli\u00e8rement fraternel envers les \u00e9trangers, qu&rsquo;ils appartiennent ou non \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration sovi\u00e9tique. On peut d\u00e9tester le pouvoir et le r\u00e9gime des Soviets, mais quand on a connu le peuple russe, on ne peut pas ne pas l&rsquo;aimer.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Non, on ne peut dire du livre de Ciliga qu&rsquo;il soit nourri d&rsquo;une haine irraisonn\u00e9e et de parti pris contre l&rsquo;U.R.S.S. Poursuivant la r\u00e9alit\u00e9, au travers de mille rencontres, il ne cesse de r\u00e9viser son jugement, de se poser des questions.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Une de mes rencontres avec les ouvriers de Sib\u00e9rie fut telle que j&rsquo;en vins \u00e0 me poser un v\u00e9ritable cas de conscience : j&rsquo;en vins \u00e0 me demander si mon estimation de l&rsquo;essence sociale de la Russie actuelle n&rsquo;\u00e9tait pas trop pessimiste. Mes conclusions n&rsquo;\u00e9taient-elles pas trop cat\u00e9goriques ?<\/strong> <\/p><p>\u00bb <strong>Il y avait parmi les fonctionnaires locaux de la Gu\u00e9p\u00e9ou&#8230; un jeune tch\u00e9kiste particuli\u00e8rement antipathique, avec un vrai visage de d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Voil\u00e0, me disais-je, un descendant des classes d\u00e9chues qui a trouv\u00e9 la place qui lui convenait. Ma conviction fut encore renforc\u00e9e le jour o\u00f9 j&rsquo;appris qu&rsquo;il \u00e9crivait des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre pour les troupes locales, qu&rsquo;il faisait des vers, des po\u00e8mes lyriques (&#8230;) Le hasard, toujours plus capricieux en U.R.S.S. que partout ailleurs, voulut que je fusse re\u00e7u un jour dans la maison de ce tch\u00e9kiste<\/strong>. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or, la m\u00e8re du tch\u00e8kiste est une ancienne ouvri\u00e8re, femme d&rsquo;ouvrier, \u00ab d&rsquo;esprit large, une femme vraiment intelligente&#8230; \u00bb Ciliga lui raconte son histoire de d\u00e9port\u00e9 \u00ab en partie devant tout le monde, mais avec<br>plus de d\u00e9tails quand nous sommes seuls. \u00bb Elle finit par dire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Je me demande pourquoi il y a tant de d\u00e9port\u00e9s en Sib\u00e9rie maintenant. Jamais il n&rsquo;y en eu autant (&#8230;) Je ne comprends d&rsquo;ailleurs pas pourquoi maintenant que nous avons le pouvoir sovi\u00e9tique, le peuple a tant de peine \u00e0 vivre. Mon mari et moi, en 1905, \u00e9tions toujours du c\u00f4t\u00e9 des pauvres, mais leur vie n&rsquo;est pas meilleure qu&rsquo;autrefois (&#8230;) Quand mon mari est mort, je n&rsquo;ai pu avoir de pension bien que c&rsquo;eut \u00e9t\u00e9 rendu obligatoire par la loi. Je ne l&rsquo;ai re\u00e7ue que lorsque mon fils est entr\u00e9 \u00e0 la Gu\u00e9p\u00e9ou&#8230; J&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il rest\u00e2t \u00e0 l&rsquo;usine, mais il avait plusieurs camarades \u00e0 la Gu\u00e9p\u00e9ou&#8230; Ils ont fini par le persuader d&rsquo;y entrer&#8230;<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et Ciliga termine ainsi le chapitre de son livre intitul\u00e9 : \u00ab <strong>Les Ma\u00eetres du Pays<\/strong> \u00bb :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Le visage si honn\u00eate, si bon, de cette ouvri\u00e8re qui faisait \u00e0 un \u00e9tranger une confession si douloureuse, et le jugement qu&rsquo;elle portait sur le r\u00e9gime social me firent tout \u00e0 coup trouver que toutes les clameurs des bonzes du Kremlin \u00e9taient pitoyables et vaines, comme \u00e9taient ridicules, pitoyables et vains leurs congr\u00e8s innombrables, leurs r\u00e9solutions, leurs intrigues, leurs journaux, leur T.S.F. Devant le jugement de l&rsquo;Histoire, les paroles de cette vieille ouvri\u00e8re auront plus de poids que tous leurs discours et leurs millions de r\u00e9solutions \u00ab unanimes \u00bb<\/strong>.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est la vieille g\u00e9n\u00e9ration ! Que penser de la nouvelle, et des enfants, \u00e9lev\u00e9s dans cette atmosph\u00e8re d&rsquo;hypocrisie, de m\u00e9fiance, et de \u00ab syst\u00e8me D \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son premier livre, Ciliga note : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Quant aux enfants, ils \u00e9taient avant tout choqu\u00e9s par l&rsquo;hypocrisie de leurs parents. Ils voulaient qu&rsquo;on appel\u00e2t les choses par leur nom. \u00ab Nous sommes les ma\u00eetres, pourquoi le cacher ? \u00bb (&#8230;) La phras\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire leur faisait mal au c\u0153ur, ils ne pouvaient souffrir qu&rsquo;on us\u00e2t \u00e0 tort et \u00e0 travers du mot \u00ab prol\u00e9tariat \u00bb. Ces enfants n&rsquo;allaient qu&rsquo;\u00e0 contre-c\u0153ur chez les Pionniers et au Komsomol : la plupart d&rsquo;entre eux ne faisaient m\u00eame pas partie de ces orgarnisations dont l&rsquo;activit\u00e9 leur paraissait conventionnelle et ennuyeuse. Un gamin de quinze ans, dont le p\u00e8re, vieux bolchevik et membre du Comit\u00e9 Central ex\u00e9cutif, \u00e9tait l&rsquo;un des dix personnages les plus importants de L\u00e9ningrad, me tint ce propos : \u00ab Je ne suis ni pour ni contre la r\u00e9volution, je suis pacifiste \u00bb. C&rsquo;\u00e9tait pourtant un gar\u00e7on tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 sa facon, mais il pr\u00e9f\u00e9rait offrir des fleurs \u00e0 une \u00e9toile du th\u00e9\u00e2tre de L\u00e9ningrad<\/strong>&#8230; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;enfants de hauts fonctionnaires, des \u00ab nouveaux riches \u00bb et il est int\u00e9ressant de savoir que ce gamin de 15 ans a aujourd&rsquo;hui &#8211; s&rsquo;il n&rsquo;a pas disparu dans la guerre &#8211; 40 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment r\u00e9agissent les <strong>enfants du peuple<\/strong> ? Ciliga raconte :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Une petite fille de treize ans dans une famille :<\/strong><\/p><p><strong>&#8211; A\u00efe, s&rsquo;\u00e9crie-t-elle un soir. Demain il y a cat\u00e9chisme et je n&rsquo;ai pas eu le temps d&rsquo;apprendre ma le\u00e7on.<\/strong><\/p><p><strong>&#8211; Comment, on vous donne des le\u00e7ons d&rsquo;instruction religieuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ? m&rsquo;\u00e9criai-je, stup\u00e9fait.<\/strong><\/p><p><strong>(&#8230;)<\/strong><\/p><p><strong>&#8211; Le cat\u00e9chisme, me dit-elle, c&rsquo;est le surnom que nous avons donn\u00e9 aux le\u00e7ons de mat\u00e9rialisme historique, du marxisme-l\u00e9ninisme. \u00bb<\/strong><\/p><p><strong>\u00ab &#8230; L&rsquo;esprit d&rsquo;opposition, chez les enfants, rev\u00eat un caract\u00e8re social. Les \u00e9coliers sovi\u00e9tiques, \u00e0 ce qu&rsquo;il me semble, se sont engou\u00e9s du banditisme et des bandits romanesques (&#8230;) La chanson qui c\u00e9l\u00e8bre Maroussia, la femme-bandit et son amant, qui lui trancha la gorge parce qu&rsquo;elle avait livr\u00e9 le secret de la bande \u00e0 la Tch\u00e9ka pour obtenir sa lib\u00e9ration, retentit dans toutes les \u00e9coles sovi\u00e9tiques en d\u00e9pit des interdictions et des punitions.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ceux de nos camarades qui ont au moins une fois particip\u00e9 aux sorties organis\u00e9es par les Auberges de Jeunesse retrouveront un \u00e9cho de leurs joies dans le chapitre \u00ab <strong>Week-end dans la ta\u00efga<\/strong> \u00bb dont voici la conclusion :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Mais, beaucoup plus que ce spectacle fascinant (l&rsquo;horizon d\u00e9couvert apr\u00e8s une ascension), ce qui m&rsquo;impressionnait quand j&rsquo;allais \u00e0 Stolby, c&rsquo;\u00e9tait la fraternit\u00e9, l&rsquo;amiti\u00e9, la simplicit\u00e9, la gentillesse de tous. On aurait dit que l&rsquo;\u00e9troit passage de la civilisation contemporaine en Sib\u00e9rie et \u00e0 Krasnoiarsk \u00e9tait suffisant pour que l&rsquo;homme ressentit le besoin, non seulement physique, mais aussi moral, de retrouver le contact avec la nature. Et cela avait un effet surprenant. L&rsquo;arrivant donnait l&rsquo;impression d&rsquo;\u00e9chapper enfin \u00e0 l&rsquo;enfer. Une atmosph\u00e8re nouvelle enveloppait imm\u00e9diatement et sans difficult\u00e9 quiconque acc\u00e9dait \u00e0 Stolbv. Les conventions tombaient comme sous le coup d&rsquo;une baguette magique. Les gens se sentaient tous fr\u00e8res. Ce n&rsquo;\u00e9taient plus des loups mais des hommes.<\/strong>.. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s de terribles \u00ab <strong>querelles avec la Gu\u00e9p\u00e9ou<\/strong> \u00bb, gr\u00e8ves de la faim, tentative de suicide, interventions aupr\u00e8s de l&rsquo;ambassade d&rsquo;Italie, la maladie, le froid, l&rsquo;h\u00f4pital, enfin, un jour de l&rsquo;hiver 1935, Ciliga recevra, aux fronti\u00e8res de la Pologne, son passeport des mains d&rsquo;un tch\u00e9kiste.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9crivant son dernier \u00ab <strong>Adieu Russie, pays cruel et jeune<\/strong> \u00bb, notre camarade lance un appel \u00e0 la \u00ab Vieille Europe \u00bb :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>En descendant les cr\u00eates occidentales de l&rsquo;Oural je croyais entendre dans la rumeur que font les for\u00eats la proph\u00e9tie faite en janvier 1918 par le po\u00e8te Alexandre Blok, dans les \u00ab Scythes \u00bb, compl\u00e9ment opportun et puissant des \u00ab Douze \u00bb.<\/strong><\/p><p>\u00bb <strong>C&rsquo;\u00e9tait un appel d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, qu&rsquo;il adressa \u00e0 l&rsquo;Europe pour qu&rsquo;elle adh\u00e8re \u00e0 la R\u00e9volution russe, un appel plein de menaces :<\/strong><\/p><p>\u00ab <strong>Apr\u00e8s les horreurs de la guerre<br>Voyez nos bras ouverts.<br>Remettez votre glaive au fourreau<br>Pendant Qu&rsquo;il est temps encore.<br>Jadis camarades, demain nous serons fr\u00e8res<\/strong><\/p><p><strong>Et c&rsquo;est pour la derni\u00e8re fois qu&rsquo;on te le dit :<br>Prends garde, vieux monde !<br>Le barbare trouv\u00e8re<br>T&rsquo;invite pour la derni\u00e8re fois<br>Au fraternel festin du travail et de la paix.<\/strong><br>(&#8230;)<\/p><p><strong>Et si tu me r\u00e9ponds non ! sache que nous aussi<br>Nous savons ce qu&rsquo;est la perfidie !<br>Nous nous disperserons dans les futaies et les for\u00eats<\/strong><\/p><p><strong>Et nous vous montrerons soudainement<br>Notre visage asiatique.<\/strong><br>(&#8230;)<\/p><p><strong>Oui nous sommes des Scythes, oui, nous sommes des Asiates<br>Et nos yeux sont brid\u00e9s,<br>Et nos yeux sont avides,<br>Avides comme ceux des Vandales et des Goths,<br>Le jour o\u00f9 ils parvinrent \u00e0 Rome. \u00bb<\/strong><\/p><p>\u00bb <strong>J&rsquo;avais envie de crier \u00e0 l&rsquo;Europe, du haut de l&rsquo;Oural, tout pr\u00e8s de Tch\u00e9liabinsk o\u00f9 travaille \u00e0 plein rendement l&rsquo;usine g\u00e9ante qui construit les chars blind\u00e9s les plus modernes et les plus grands du monde :<\/strong><\/p><p><strong>&#8211; Vieille Europe aux cheveux gris, vieille femme \u00e9puis\u00e9e, que de surprises tu vas avoir de ces jeunes barbares bor\u00e9aux, de ces nouveaux Scythes, adorateurs de machines.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans sa pr\u00e9face \u00e9crite en 1949, huit ans apr\u00e8s les derni\u00e8res pages de son livre, A. Ciliga donne la conclusion d&rsquo;un militant qui ne d\u00e9sesp\u00e8re pas :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab <strong>Ce n&rsquo;est pas au nom d&rsquo;un imp\u00e9rialisme, d&rsquo;un \u00e9go\u00efsme occidental quelconque, ce n&rsquo;est pas en voulant faire de la Russie une deuxi\u00e8me Allemagne (&#8230;) qu&rsquo;on pourrait combattre avec efficacit\u00e9 l&rsquo;imp\u00e9rialisme stalinien (&#8230;) et d\u00e9tacher de lui le peuple russe, les peuples de l&rsquo;Asie et les ouvriers de l&rsquo;Occident&#8230; Cela ne peut se faire qu&rsquo;en se r\u00e9clamant, au contraire, de l&rsquo;union du monde sur la base de la fraternit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elles des peuples, de la solidarit\u00e9 sociale universelle, et la liquidation de tout imp\u00e9rialisme, et en les r\u00e9alisant.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il est bon de relire ces lignes au moment o\u00f9, m\u00eame parmi nous, la \u00ab guerre des deux blocs \u00bb a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 ses r\u00e9sign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>J. REGANY.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Il est regrettable que l&rsquo;\u00e9diteur n&rsquo;ait pas pr\u00e9cis\u00e9 s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une traduction (et son auteur) comme certaines \u00ab Notes du traducteur \u00bb le laissent penser. Nous n&rsquo;avons pas ici \u00e0 nous pr\u00e9occuper essentiellement de la \u00ab forme \u00bb. Cependant il faut bien noter &#8211; dans le premier livre &#8211; certaines maladresses de style dont on se demande s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas en r\u00e9alit\u00e9 de fautes de traduction. La valeur \u00ab litt\u00e9raire \u00bb du deuxi\u00e8me volume est bien sup\u00e9rieure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Jean Regany paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 43 -344), octobre 1950, p. 30-32 A. CILIGA : Dix ans derri\u00e8re le rideau de fer (1926-1936). La librairie Plon r\u00e9\u00e9dite un livre paru la premi\u00e8re fois en 1938 : \u00ab Au pays du mensonge d\u00e9concertant \u00bb. 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Librairie Plon. (Transcription de Julian Gorkin \u2014 Traduction de Jean Talbot). 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