{"id":17098,"date":"2022-09-24T18:05:19","date_gmt":"2022-09-24T16:05:19","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=17098"},"modified":"2026-01-04T18:01:42","modified_gmt":"2026-01-04T17:01:42","slug":"les-femmes-dans-la-revolution-algerienne-entretien-avec-mohammed-harbi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/24\/les-femmes-dans-la-revolution-algerienne-entretien-avec-mohammed-harbi\/","title":{"rendered":"Les femmes dans la r\u00e9volution alg\u00e9rienne : entretien avec Mohammed Harbi par Christiane Dufrancatel"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Entretien paru dans <em><a href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/revues-intellectuelles\/revolteslogiques\/revoltes-logiques-n11.pdf\">Les r\u00e9voltes logiques<\/a><\/em>, n\u00b0 11, hiver 1979-1980, p. 77-93<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"495\" height=\"796\" data-attachment-id=\"27820\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/24\/les-femmes-dans-la-revolution-algerienne-entretien-avec-mohammed-harbi\/les-revoltes-logiques-1980\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?fit=495%2C796&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"495,796\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Les r\u00e9voltes logiques 1980\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?fit=187%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?fit=495%2C796&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?resize=495%2C796&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27820\" style=\"width:361px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?w=495&amp;ssl=1 495w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Les-revoltes-logiques-1980.jpg?resize=187%2C300&amp;ssl=1 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 495px) 100vw, 495px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Comment s&rsquo;est pos\u00e9e la question de la participation des femmes au d\u00e9but de l&rsquo;insurrection ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je crois qu&rsquo;il faut d&rsquo;abord situer la position de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 la veille de l&rsquo;insurrection. La question de la femme \u00e9tait d\u00e9battue dans des cercles tr\u00e8s restreints et portait surtout sur le voile. A part le parti communiste, personne ne posait r\u00e9ellement la question. Un certain nombre de gens dans le mouvement nationaliste avaient conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de la participation des femmes, mais cette conscience, par exemple dans le M.T.L.D., se heurtait au traditionalisme de la base du mouvement. A Skikda, en 1951, le M.T.L.D. a fait une exp\u00e9rience avec une jeune fille en classe de Maths Elem. Elle a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e de contacter des femmes de militants dans les faubourgs de la ville et de discuter avec elles des questions politiques. Petit \u00e0 petit elles en sont arriv\u00e9es \u00e0 lui parler de leurs probl\u00e8mes familiaux, de leurs relations au sein de la famille, avec leurs fr\u00e8res a\u00een\u00e9s, leurs maris, etc. A l&rsquo;\u00e9poque, personne n&rsquo;\u00e9tait en mesure ou ne voulait r\u00e9pondre aux questions pos\u00e9es. Au d\u00e9but de l&rsquo;insurrection, la participation des femmes a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue au coup par coup d&rsquo;une mani\u00e8re spontan\u00e9e. Dans les villes, ce sont essentiellement des filles, mal \u00e0 l&rsquo;aise dans leur famille, en g\u00e9n\u00e9ral des lyc\u00e9ennes, qui ont essay\u00e9 de rejoindre le maquis. Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 toujours facile parce que les maquis eux-m\u00eames n&rsquo;acceptaient pas les femmes. Je connais le cas d&rsquo;une jeune fille qui a voulu rejoindre le maquis le la r\u00e9gion de Guelma ; elle a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e : on lui a dit que les maquis n&rsquo;\u00e9taient pas pour elle, qu&rsquo;elle \u00e9tait une jeune fille de famille et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas question de l&rsquo;accepter. Elle a fait deux ou trois tentatives avant d&rsquo;\u00eatre gard\u00e9e quelque temps dans le maquis ; elle a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite arr\u00eat\u00e9e. Le responsable de cette r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait l&rsquo;actuel responsable de la r\u00e9gion militaire de Constantine, le colonel Hadjer\u00e8s. Il n&rsquo;acceptait pas de bon gr\u00e9 les femmes au maquis.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u2014 <em>M\u00eame comme infirmi\u00e8res ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 M\u00eame comme infirmi\u00e8res, il ne voulait pas de femmes. C&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent dans la r\u00e9gion d&rsquo;Alger. La question \u00e9tait r\u00e9solue d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s in\u00e9gale selon les lieux, les besoins et les individus. A Alger, par contre, d\u00e8s le d\u00e9part il y a eu tendance \u00e0 engager les femmes comme infirmi\u00e8res, agents de liaison, poseuses de bombes, etc. C&rsquo;est la n\u00e9cessit\u00e9 qui a pouss\u00e9 \u00e0 enr\u00f4ler des femmes. Celles qui ont eu le moins de probl\u00e8mes au maquis sont les femmes traditionnelles auxquelles il \u00e9tait d\u00e9volu de faire la popote, de coudre les habits, de faire en d\u00e9finitive un travail de type m\u00e9nager. Elles \u00e9taient l\u00e0, \u00e0 la disposition des hommes pour assumer le r\u00f4le qu&rsquo;elles avaient auparavant dans les foyers. Les filles qui avaient des aspirations politiques ou qui d\u00e9siraient l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 avec les hommes avaient beaucoup plus de difficult\u00e9s, elles \u00e9taient assez isol\u00e9es. On consid\u00e9rait leur comportement, leur volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 comme une manifestation de m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res. C&rsquo;est pour cette raison que fin 1957-d\u00e9but 1958 la majorit\u00e9 des filles ont \u00e9t\u00e9 achemin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, ou plus simplement plac\u00e9es dans des douars pour servir d&rsquo;assistantes sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Les femmes ont vraiment \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9es des maquis ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, on a fait sortir les filles. On leur a appris \u00e0 d\u00e9filer et on les a exhib\u00e9es dans des reportages film\u00e9s ou des films tels que l&rsquo;Alg\u00e9rie en Flammes de Ren\u00e9 Vautier. Puis on les a dispers\u00e9es. Une partie a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e dans des maisons, en Tunisie. D&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 ou se sont mari\u00e9es avec des soldats et des officiers de l&rsquo;A.L.N. Leur r\u00f4le politique et leur participation ont pris fin. Quelques r\u00e9calcitrantes n&rsquo;ont pas accept\u00e9 de rester dans des maisons comme pensionnaires, en Tunisie, par exemple. Ces filles-l\u00e0 ont eu un tas d&rsquo;ennuis avec l&rsquo;organisation. J&rsquo;en connais une qui s&rsquo;est mari\u00e9e par la suite avec un sous-pr\u00e9fet, qui a \u00e9t\u00e9 contrainte \u00e0 la prostitution pour garder son ind\u00e9pendance car elle avait une conscience tr\u00e8s vive de son \u00e9galit\u00e9 avec les hommes et elle refusait absolument d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9e dans une maison. Il y avait une maison qui \u00e9tait dirig\u00e9e par une vieille dame, une ancienne communiste, Madame Allouache, qui s&rsquo;occupait avant 1954 des femmes au sein du parti communiste alg\u00e9rien. Dans cette maison on faisait de la broderie ou des travaux de ce genre pour apprendre un m\u00e9tier aux filles. Celles qui \u00e9taient plus cultiv\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es au Caire apprendre l&rsquo;arabe et la dactylographie. Une dizaine d&rsquo;entre elles sont devenues des dactylos en fran\u00e7ais ou en arabe.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"403\" height=\"588\" data-attachment-id=\"17101\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/24\/les-femmes-dans-la-revolution-algerienne-entretien-avec-mohammed-harbi\/ouarda\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?fit=403%2C588&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"403,588\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Ouarda\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?fit=206%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?fit=403%2C588&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?resize=403%2C588&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-17101\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?w=403&amp;ssl=1 403w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Ouarda.png?resize=206%2C300&amp;ssl=1 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 403px) 100vw, 403px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ouarda, la grande chanteuse alg\u00e9rienne a rev\u00eatu au Caire la tenue de combat, pour chanter avec ses fr\u00e8res de la troupe Nationale Alg\u00e9rienne la beaut\u00e9 de leur r\u00e9volution. Elle aussi \u00e0 sa fa\u00e7on est une militante. (Fa\u00eeza n\u00b0 20 d\u00e9c. 61)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u2014 <em>Pourtant il existe une image tr\u00e8s forte d&rsquo;une participation heureuse des femmes \u00e0 la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 L&rsquo;exp\u00e9rience des femmes, \u00e0 part celles qui \u00e9taient \u00e0 Alger ville et avec lesquelles l&rsquo;organisation s&rsquo;est comport\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s correctement, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 si heureuse que cela. Elles ont eu une infinit\u00e9 de probl\u00e8mes qui ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s vite refoul\u00e9s. On a fait comme si l&rsquo;ordre moral avait commenc\u00e9 en 1962. Il a r\u00e9gn\u00e9 au d\u00e9part dans la r\u00e9volution m\u00eame. Si l&rsquo;on retrouve les textes officiels du F.L.N., il est tr\u00e8s net que la participation des femmes consistait essentiellement en un certain nombre de t\u00e2ches au service de l&rsquo;homme. \u00c9videmment il y a eu les h\u00e9ro\u00efnes. Mais elles ont eu un statut particulier. Leur activit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 courte et c&rsquo;est essentiellement \u00e0 partir de la prison qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 connues. Ce qui fut r\u00e9el, c&rsquo;est la remise en cause dans les faits de la structure de la famille. Pour accomplir certaines t\u00e2ches on avait besoin de femmes qui pouvaient passer inaper\u00e7ues, qui pouvaient \u00eatre prises pour des fran\u00e7aises. Sur la base de ce besoin concret, l&rsquo;autorit\u00e9 paternelle ou maritale s&rsquo;est rel\u00e2ch\u00e9e dans de nombreuses familles parce que l&rsquo;interlocuteur du p\u00e8re ou du mari n&rsquo;\u00e9tait plus la femme elle-m\u00eame mais le F.L.N. Il y a donc eu un rel\u00e2chement, d\u00fb aux circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Apr\u00e8s 1957-58, il n&rsquo;y avait donc plus de femmes dans les maquis ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il y en avait tr\u00e8s peu, sauf par exemple dans le Nord-Constantinois, \u00e0 El Milia, parce qu&rsquo;elles assumaient totalement des r\u00f4les traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Et jusque-l\u00e0 celles qui \u00e9taient dans le maquis \u00e9taient nombreuses ou c&rsquo;\u00e9tait mont\u00e9 en \u00e9pingle ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;\u00e9tait mont\u00e9 en \u00e9pingle. \u00c7a ne d\u00e9passait pas quelques centaines, m\u00eame pas des milliers, je ne crois pas, \u00e9valuation fond\u00e9e sur le nombre de filles qu&rsquo;ils ont fait sortir, une cinquantaine\u2026 Un certain nombre ont \u00e9t\u00e9 gard\u00e9es sur place, celles qui acceptaient les r\u00f4les traditionnels ; elles ne posaient pas de probl\u00e8mes. Mais la participation qui signifie une certaine lib\u00e9ration de la femme, celle-l\u00e0 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s restreinte. D&rsquo;ailleurs on le voit tr\u00e8s bien maintenant dans le mouvement f\u00e9minin. Les femmes disent : \u00ab Nous aussi, on s&rsquo;est battu \u00bb, mais personne n&rsquo;a tent\u00e9 de refaire l&rsquo;itin\u00e9raire, essay\u00e9 de comprendre pourquoi la participation a \u00e9t\u00e9 partielle, pourquoi les femmes ont \u00e9t\u00e9 cantonn\u00e9es dans certaines t\u00e2ches. C&rsquo;est tr\u00e8s ambigu de dire que les femmes ont particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution alg\u00e9rienne. Ce th\u00e8me a surtout \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;\u00e9tranger et non des Alg\u00e9riens. On y voyait la preuve du caract\u00e8re progressiste de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, mais les comportements ne correspondaient pas \u00e0 ce discours. Il n&rsquo;y a jamais eu aucune femme dans les diff\u00e9rentes instances du F.L.N.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>On ne peut quand m\u00eame pas dire que les femmes n&rsquo;ont pas particip\u00e9 \u00e0 la lutte ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Le probl\u00e8me qui se pose n&rsquo;est pas celui de la participation mais celui du niveau de participation. La femme a particip\u00e9 \u00e0 la guerre mais en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment subordonn\u00e9, pas simplement au niveau politique, mais subordonn\u00e9 dans les t\u00e2ches m\u00eames qu&rsquo;elle a assum\u00e9es. Elle \u00e9tait la logistique. Elle pouvait poser des bombes, s&rsquo;occuper de la cuisine dans les maquis, acheminer des vivres, mais on ne trouve pas de femme dans les directions des organisations.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Au niveau de l&rsquo;organisation militaire. Mais au niveau de l&rsquo;organisation politique ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;est exactement le m\u00eame probl\u00e8me. Au niveau de l&rsquo;organisation politique, les femmes avaient des t\u00e2ches d&rsquo;ex\u00e9cution, mais elles n&rsquo;\u00e9taient pas associ\u00e9es aux d\u00e9cisions. Dans la F\u00e9d\u00e9ration de France, par exemple, on ne trouve aucune femme \u00e0 quelque niveau que ce soit. On les trouve dans les r\u00e9seaux de logistique, d&rsquo;acheminement d&rsquo;armes, d&rsquo;argent. C&rsquo;est tout !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>A ce niveau, alors, y a-t-il eu une r\u00e9elle participation ? Et \u00e0 quelles \u00e9tapes de la lutte ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui. Il suffit de lire le Journal de Mouloud Feraoun pour se rendre compte qu&rsquo;en Kabylie le r\u00f4le des femmes \u00e9tait d\u00e9cisif ; il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;elles dans les mechtas pour s&rsquo;occuper du ravitaillement, des collectes financi\u00e8res et d&rsquo;autres t\u00e2ches. Mais cela \u00e9tait particulier \u00e0 la Kabylie. Dans d&rsquo;autres r\u00e9gions, l&rsquo;utilisation \u2014 car je crois qu&rsquo;il vaut mieux parler d&rsquo;utilisation que de participation \u2014 l&rsquo;utilisation \u00e9tait tr\u00e8s s\u00e9lective. Elle n&rsquo;avait pas un caract\u00e8re massif comme en Kabylie o\u00f9 dans certains douars il ne restait que les femmes, les vieux et les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce qu&rsquo;ont exist\u00e9 des moments plus particuliers de la lutte o\u00f9 on a eu plus besoin des femmes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, par exemple dans la bataille des villes. Si l&rsquo;on reprend l&rsquo;histoire de la bataille d&rsquo;Alger, on voit que tous les r\u00e9seaux bombes, c&rsquo;\u00e9taient les femmes, en un certain sens \u00e9mancip\u00e9es, qui avaient abandonn\u00e9 le voile et qui physiquement pouvaient \u00eatre prises pour des Europ\u00e9ennes. C&rsquo;est s\u00fbr que sans les femmes le r\u00e9seau bombes n&rsquo;aurait pas fonctionn\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Et dans les campagnes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce fut au niveau de l&rsquo;utilisation pour des t\u00e2ches pr\u00e9cises et ponctuelles, sans organisation permanente. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit que les combattantes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es sur les fronti\u00e8res dans leur majorit\u00e9 fin 1957-d\u00e9but 1958, parce que l&rsquo;on consid\u00e9rait qu&rsquo;elles posaient beaucoup de probl\u00e8mes. En Wilaya IV (Alg\u00e9rois), \u00e0 un moment, on les a s\u00e9dentaris\u00e9es dans des douars pour des t\u00e2ches \u00e0 caract\u00e8re social. Quelques-unes d&rsquo;entre elles ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es pour avoir eu des rapports sexuels, par exemple la femme d&rsquo;un colonel parti \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. En Kabylie, en 1957, on a fait passer des visites m\u00e9dicales \u00e0 des filles pour savoir si elles \u00e9taient vierges ou non. Selon les examens, cela pouvait aboutir \u00e0 une liquidation physique. Mais les m\u00e9decins \u00e9taient hostiles \u00e0 la visite et d\u00e9claraient vierges toutes les filles qui passaient entre leurs mains.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Les hommes \u00e9taient-ils aussi menac\u00e9s s&rsquo;ils avaient des rapports sexuels ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Absolument, de la m\u00eame mani\u00e8re. D&rsquo;abord il n&rsquo;y avait pas beaucoup de femmes et souvent les hommes abandonnaient leurs unit\u00e9s pour retourner dans les mechtas o\u00f9 se trouvaient leurs \u00e9pouses. Aussi fallait-il une discipline de fer. Ce sont les conditions elles-m\u00eames qui ont impos\u00e9 cette \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Les maquisardes ont \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9es fin 1957, d\u00e9but 1958. Or, en regardant <strong>El Moudjahid<\/strong>, j&rsquo;ai vu qu&rsquo;il parlait beaucoup du r\u00f4le de la femme dans les maquis ou dans les zones dites lib\u00e9r\u00e9es pendant les ann\u00e9es 1958, 59\u2026 Par exemple, le <strong>Journal d&rsquo;une maquisarde<\/strong>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela n&rsquo;a aucun rapport. Ils peuvent tr\u00e8s bien publier un certain nombre de choses apr\u00e8s coup, alors que dans les maquis la question f\u00e9minine avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue n\u00e9gativement. Je crois que les articles d&rsquo;<em><strong>El Moudjahid<\/strong><\/em> correspondaient au besoin de donner une certaine image de soi \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Au fur et \u00e0 mesure que la guerre durait, il se produisait une radicalisation forc\u00e9e, dans l&rsquo;expression surtout, qui a depuis \u00e9t\u00e9 assez bien cultiv\u00e9e par toutes les gu\u00e9rillas du monde. On laisse entendre qu&rsquo;il existe une r\u00e9volution profonde, que le symbole de cette r\u00e9volution profonde c&rsquo;est la femme autrefois tenue en laisse et maintenant lib\u00e9r\u00e9e par sa participation \u00e0 la r\u00e9sistance, etc. De ce point de vue la r\u00e9volution alg\u00e9rienne a \u00e9t\u00e9 un mod\u00e8le, elle a ouvert la voie au trucage progressiste. J&rsquo;ai relev\u00e9 dans <strong><em>El Moudjahid<\/em><\/strong> entre 55 et 62 seize articles o\u00f9 l&rsquo;on parle des femmes. Six reproduisent le <strong><em>Journal d&rsquo;une maquisarde<\/em><\/strong>, un des extraits de <strong><em>L&rsquo;an V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em><\/strong> de Frantz Fanon, un autre fait un compte rendu critique du livre de G. Arnaud et J. Verg\u00e8s <strong><em>Pour Djamila Bouhired<\/em><\/strong>, d&rsquo;autres \u00e9voquent des congr\u00e8s f\u00e9minins auxquels des Alg\u00e9riennes ont particip\u00e9. Enfin, le journal publie une lettre d&rsquo;une militante dont le nom, fait significatif, n&rsquo;est pas mentionn\u00e9. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il y a dans tout le journal pendant la guerre. La vraie question est la suivante : pourquoi les femmes se trouvaient-elles dans les douars et non dans les unit\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e, les infirmeries ou l&rsquo;intendance de l&rsquo;arm\u00e9e ? N&rsquo;\u00e9tait-ce pas le refus d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 mixte ? Il est vrai que la mixit\u00e9 pose des probl\u00e8mes ; mais il y avait probl\u00e8me dans la mesure o\u00f9 le F.L.N. disait que l&rsquo;homme et la femme \u00e9taient \u00e9gaux sans traduire son discours en actes. Si le F.L.N. avait dit : c&rsquo;est une t\u00e2che qu&rsquo;on ne peut pas r\u00e9soudre maintenant, \u00e7&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 compr\u00e9hensible. Mais il donnait une image de lui \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur qui ne recoupait pas ses pratiques. Son souci \u00e9tait d&rsquo;\u00e9viter toute analyse en terme de statut r\u00e9el de la femme dans le F.L.N. Par exemple, en mai 1959, une jeune lyc\u00e9enne de Tlemcen, Djennet Hamidou, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e. A cette occasion, <strong><em>El Moudjahid<\/em><\/strong> rappelle la farce du d\u00e9voilement des femmes en mai 1958. Il \u00e9crit : \u00ab L&rsquo;Alg\u00e9rienne n&rsquo;attend pas d&rsquo;\u00eatre \u00e9mancip\u00e9e, elle est d\u00e9j\u00e0 libre parce qu&rsquo;elle participe \u00e0 la lib\u00e9ration de son pays \u00bb. On \u00e9lude le probl\u00e8me r\u00e9el, la participation qui, du point de vue des femmes, donne des droits. Il y a un autre th\u00e8me que l&rsquo;on retrouve dans <strong><em>El Moudjahid<\/em><\/strong> et dans la plate-forme de la Soummam (1), le th\u00e8me de la virilit\u00e9. Les femmes veulent des hommes virils, et les hommes virils, ce sont les combattants. Dans cette plate-forme de la Soummam, on cite en exemple une jeune fille kabyle qui refuse une demande en mariage parce qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9mane pas d&rsquo;un maquisard. \u00ab Cette jeune fille illustre d&rsquo;une fa\u00e7on magnifique le moral sublime qui anime les Alg\u00e9riennes \u00bb. M\u00eame Frantz, Fanon a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce type d&rsquo;approche. Il a \u00e9crit dans <strong><em>L&rsquo;An V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em><\/strong> : \u00ab M\u00eame les femmes ne consid\u00e8rent plus comme avant la condition d&rsquo;homme. Le m\u00e9tier d&rsquo;homme se m\u00e8ne dans l&rsquo;action patriotique et nul ne peut affirmer sa virilit\u00e9 s&rsquo;il n&rsquo;est un des morceaux de la nation en lutte \u00bb. Le m\u00eame th\u00e8me est repris. Ce langage, d&rsquo;ailleurs, ne s&rsquo;adresse pas du tout \u00e0 la femme, mais \u00e0 des hommes pour qui la virilit\u00e9 est un des aspects les plus importants de l&rsquo;affirmation. On leur dit : si vous ne voulez pas \u00eatre m\u00e9pris\u00e9s par les femmes, soyez des militants. La femme sert d&rsquo;enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Le F.L.N. n&rsquo;a jamais pris position sur des questions pr\u00e9cises ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Si, en 1959 \u00e0 propos de la loi Debr\u00e9 sur le divorce, loi qui donnait certains droits aux femmes pour demander le divorce et non pas seulement subir la r\u00e9pudiation. Le F.L.N. s&rsquo;est trouv\u00e9 devant un probl\u00e8me : les Fran\u00e7ais avaient compris qu&rsquo;il existait sous certains aspects la recherche d&rsquo;une lib\u00e9ration. D&rsquo;autre part les officiers d&rsquo;action psychologique agissaient selon les le\u00e7ons qu&rsquo;ils avaient tir\u00e9es de l&rsquo;exp\u00e9rience vietnamienne. Ils se sont dit : ces gens-l\u00e0 veulent tout chambarder, ils veulent cr\u00e9er une contre-soci\u00e9t\u00e9 ; il faut aller sur leur terrain et les prendre de vitesse. Nous allons nous attaquer \u00e0 la question de la femme. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs un vieux th\u00e8me : on les aura par leurs femmes. Les Alg\u00e9riens r\u00e9pliquaient : puisqu&rsquo;ils veulent nous avoir par nos femmes, accrochons-nous \u00e0 la tradition. Les officiers d&rsquo;action psychologique ont commenc\u00e9 par pr\u00f4ner le d\u00e9voilement des femmes et lorsque Debr\u00e9 est arriv\u00e9 au pouvoir, il y a eu r\u00e9formisme sur la question de la femme. Le F.L.N. a r\u00e9agi d&rsquo;une mani\u00e8re conservatrice. <strong><em>El Moudjahid<\/em><\/strong> a publi\u00e9 un article sous le titre \u00ab Le colonialisme et l&rsquo;Islam \u00bb dans lequel il \u00e9crit : \u00ab Ainsi, des Fran\u00e7ais, au surplus chr\u00e9tiens ou de confession isra\u00e9lite comme l&rsquo;est, parait-il, M. Michel Debr\u00e9, ont os\u00e9, de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, porter atteinte au Coran, de par son essence immuable, et imposer, par le sabre, aux Musulmans d&rsquo;Alg\u00e9rie les lois la\u00efques de France, et ce, dans la mati\u00e8re la plus sacr\u00e9e, \u00e0 savoir le statut personnel \u00bb. C&rsquo;est toujours la m\u00eame chose, on se sert de la religion pour bloquer l&rsquo;\u00e9mancipation de la femme. Devant un probl\u00e8me concret, le discours sur la lib\u00e9ration de la femme se brise net et fait appel \u00e0 la religion et au statut personnel religieux pour emp\u00eacher toute r\u00e9forme. Je crois aussi que personne ne faisait attention \u00e0 cette question parce que, ce qui int\u00e9ressait les gens, c&rsquo;\u00e9tait la lib\u00e9ration de l&rsquo;Alg\u00e9rie. il existait une hi\u00e9rarchisation telle des probl\u00e8mes que la lib\u00e9ration, l&rsquo;ind\u00e9pendance, semblait essentielle et tout le reste avait peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Je connais personnellement nombre de Fran\u00e7ais qui croyaient dur comme fer que le F.L.N. voulait lib\u00e9rer la femme et qui n&rsquo;ont pas r\u00e9agi \u00e0 cet article d&rsquo;<em><strong>El Moudjahid<\/strong><\/em>. Pourtant il \u00e9tait en bonne place ! Mais la mythologie rend aveugle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pourtant, en 1956, la plate-forme de la Soummam donnait une place aux femmes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La plate-forme de la Soummam est un bon exemple du recul devant les probl\u00e8mes. Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e par des hommes qui avaient conscience de la question des femmes \u2014 Chentouf, Amar Ouzgane \u00e9taient pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 au sens traditionnel du terme. Or, dans la plate-forme il est bien sp\u00e9cifi\u00e9 qu&rsquo;il est possible \u00ab d&rsquo;organiser dans ce domaine un redoutable et efficace moyen de combat avec des m\u00e9thodes originales et propres aux m\u0153urs du pays \u00bb. Les domaines dans lesquels la femme pourrait intervenir sont \u00e9num\u00e9r\u00e9s : soutien moral des combattants et des r\u00e9sistants, renseignements, liaisons, ravitaillement, refuge, aide aux familles et enfants de maquisards, de prisonniers ou d&rsquo;intern\u00e9s. Les femmes sont donc exclues de l&rsquo;exercice des responsabilit\u00e9s politiques ou militaires. On n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas cr\u00e9\u00e9 d&rsquo;organisation f\u00e9minine. Alors que toutes les organisations, les \u00e9tudiants, les commer\u00e7ants, les travailleurs ont eu une repr\u00e9sentation au Conseil de la R\u00e9volution, les femmes \u00e9taient inexistantes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Et les femmes qui allaient dans des congr\u00e8s, comme ceux de la F\u00e9d\u00e9ration D\u00e9mocratique Internationale des Femmes (F.D.I.F.) ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qui \u00e9taient envoy\u00e9es plut\u00f4t\u2026 On a cr\u00e9\u00e9 des noyaux de femmes, mais essentiellement pour la repr\u00e9sentation ext\u00e9rieure, pour aller dans des congr\u00e8s de femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait beaucoup d&rsquo;illusions, y compris \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du F.L.N. Par exemple je suis tomb\u00e9 sur un rapport de jeunes lieutenants de Kabylie en r\u00e9volte contre l&rsquo;\u00e9tat-major de la r\u00e9gion, en septembre 1959. Parmi les accusations port\u00e9es contre la direction en figurait une contre un membre du Conseil de la wilaya qui avait \u00e9pous\u00e9 une jeune fille de 17 ans alors qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 plusieurs fois. Les jeunes lieutenants disaient que la polygamie \u00e9tait une violation de la Charte de la Soummam ; or, rien de cet ordre ne figure dans la Plate-forme. Je pense que ce sont leurs propres aspirations qu&rsquo;ils ont investies dans cette Charte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Il y a un th\u00e8me dont je me demande quelle r\u00e9alit\u00e9 il a, celui que tu citais tout \u00e0 l&rsquo;heure : le colonialisme veut nous avoir par nos femmes. On trouve encore dans <strong>El Moudjahid<\/strong> cette r\u00e9f\u00e9rence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il est vrai que les Alg\u00e9riens se sont brutalement repli\u00e9s sur la tradition com-me refuge. Pour briser ce type de r\u00e9sistance, on retrouve dans toute la litt\u00e9rature coloniale le th\u00e8me selon lequel il faut \u00e9manciper la femme pour briser la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pourtant, dans les faits, le colonialisme n&rsquo;a pas voulu changer le statut des femmes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Dans certains domaines le nationalisme s&rsquo;est form\u00e9 par r\u00e9action. Les gens croyaient dur comme fer qu&rsquo;on allait les christianiser, qu&rsquo;on allait prendre d&rsquo;assaut la famille et le statut personnel. La volont\u00e9 de conserver est devenue un \u00e9l\u00e9ment du clivage politique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Mais c&rsquo;\u00e9tait compl\u00e8tement imaginaire ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Dans le domaine politique, les intentions et les faits m\u00e8me mineurs peuvent, dans certaines circonstances, remuer une opinion. Par exemple les naturalisations en Alg\u00e9rie \u00e9taient tr\u00e8s insignifiantes. Le tapage fait par certains organes de presse a \u00e9t\u00e9 plus important que la r\u00e9alit\u00e9. Les r\u00e9actions affectives ainsi provoqu\u00e9es sont devenues un \u00e9l\u00e9ment du champ politique plus important que le fait lui-m\u00eame. Autre exemple : les mariages mixtes. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y avait com-me mariages mixtes ? J&rsquo;en ai relev\u00e9 359 en je ne sais combien de d\u00e9cennies. C&rsquo;est insignifiant. Pourtant on consid\u00e9rait que c&rsquo;\u00e9tait un danger important.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Certains courants m\u00eame tr\u00e8s minoritaires de la politique coloniale ont-ils pu penser s\u00e9rieusement qu&rsquo;en changeant les structures familiales la colonisation serait plus facile ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce n&rsquo;est pas tellement au niveau du r\u00e9el. Face \u00e0 l&rsquo;inertie et \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer cette soci\u00e9t\u00e9, les journaux, les id\u00e9ologues de la colonisation phosphoraient dans tous les sens. Mais sans but pr\u00e9cis, sans qu&rsquo;ils soient suivis dans leurs \u00e9lucubrations par le pouvoir. D&rsquo;ailleurs si les colonialistes avaient fait quelque chose dans ce domaine, cela se serait retourn\u00e9 contre eux. Mais chez les Alg\u00e9riens, comme leurs perspectives \u00e9taient bouch\u00e9es, leurs moyens de d\u00e9fense faibles, tout prenait des proportions \u00e9normes. Ce qui est important dans ce cas-l\u00e0, c&rsquo;est plus la r\u00e9action affective que provoque une intention que les faits eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce que dans les autres soci\u00e9t\u00e9s coloniales il y a eu aussi cette inflation \u00e0 propos d&rsquo;une menace coloniale envers les femmes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, je crois que c&rsquo;est particulier \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie. L&rsquo;Alg\u00e9rie est le seul pays o\u00f9 la question culturelle, la question f\u00e9minine et la question religieuse \u00e9taient li\u00e9es. le pense que si on ne remet pas en cause le totalitarisme de la religion dans ce domaine on n&rsquo;avancera pas. Ce n&rsquo;est pas du tout la m\u00eame chose en Tunisie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes elles-m\u00eames, est-ce qu&rsquo;on a des traces<\/em>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Du c\u00f4t\u00e9 des femmes, il y a eu un immense malentendu. Ind\u00e9niablement les femmes croyaient avoir l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 le lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Le contexte s&rsquo;y pr\u00eatait. Celles qui avaient \u00e9t\u00e9 dans les maquis avaient trouv\u00e9 normal que dans cette soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes o\u00f9 il y avait si peu de femmes, les gens soient rigoureux et puritains. Elles pensaient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une r\u00e9action d&rsquo;hommes frustr\u00e9s de femmes et ne se sont rendu compte qu&rsquo;au lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance que ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout cela. Elles ont agi comme les Alg\u00e9riens en 1914-l8 avec les Fran\u00e7ais. Les Alg\u00e9riens croyaient qu&rsquo;on allait leur donner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en \u00e9change de leur participation \u00e0 la guerre. Ils ont d\u00e9chant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pourtant les femmes qui avaient accompli des t\u00e2ches pendant la guerre d\u00e9siraient que leur situation change.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela ne fait pas de doute. Mais en m\u00eame temps, elles s&rsquo;en remettaient totalement au pouvoir. Elles \u00e9taient dans la position des marginaux sous-prol\u00e9taires par rapport au sauveur supr\u00eame. Elles attendaient d&rsquo;\u00eatre \u00e9mancip\u00e9es. Je ne connais pas de fille qui ait dit, si on ne fait pas quelque chose nous-m\u00eames, on n&rsquo;aura rien. Je crois aussi que l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 trop \u00e9cras\u00e9e pour poser la question en ces termes. Les femmes ont eu un champ d&rsquo;initiative plus grand au cours de la guerre que pendant la p\u00e9riode pass\u00e9e et je crois que c&rsquo;est ce champ d&rsquo;initiative qui leur a fait croire que les choses allaient changer. Elles pensaient \u00e0 un changement profond. Mais d\u00e8s que les circonstances se sont modifi\u00e9es, elles se sont retrouv\u00e9es peu \u00e0 peu au point de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Tu dis que le probl\u00e8me n&rsquo;\u00e9tait pas pos\u00e9 pendant la guerre. Il l&rsquo;\u00e9tait quand m\u00eame, ne serait-ce qu&rsquo;a travers les discours de propagande<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Le probl\u00e8me de la femme bien s\u00fbr \u00e9tait senti comme probl\u00e8me. La preuve en est dans le fait m\u00eame qu\u2019on ait \u00e0 se justifier vis-\u00e0-vis des autres en disant ; nous voulons, nous avons fait etc&#8230; ce n\u2019est pas pur cynisme de propagande. Cela traduit quand m\u00eame quelque chose de nouveau, la naissance d\u2019une citoyen\u00adnet\u00e9, sur laquelle on temporisait. Les gens qui demandent le suffrage universel n\u2019instaurent le suffrage censitaire qu\u2019apr\u00e8s avoir atteint leur but. L\u00e0, \u00e0 froid, chacun restant \u00e0 sa place, la question peut \u00eatre examin\u00e9e, sans interf\u00e9rence ex\u00adt\u00e9rieure et \u00e0 la limite sans la pr\u00e9sence des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>A partir de quand cesse le discours sur l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Sous Ben Bella le discours est rest\u00e9 tr\u00e8s fort. Au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendan\u00adce, dans la nouvelle Assembl\u00e9e, il y avait quand m\u00eame une quinzaine de fem\u00admes sur 196. La majorit\u00e9 d\u2019entre elles avaient \u00e9t\u00e9 des militantes de la bataille d\u2019Alger. Ceux qui avaient pris cette d\u00e9cision de faire \u00e9lire tant de femmes ne r\u00e9alisaient pas les probl\u00e8mes que cela allait leur poser. La r\u00e9action de la soci\u00e9t\u00e9 et la brutalit\u00e9 de cette r\u00e9action les a fait revenir en arri\u00e8re tr\u00e8s vite. Dans la 2\u00e8me Assembl\u00e9e, il n\u2019y avait plus qu\u2019une seule femme. D\u2019autre part, les femmes d\u00e9put\u00e9es n\u2019ont pas pens\u00e9 que leur probl\u00e8me \u00e9tait d\u2019\u00eatre porteuses des aspira\u00adtions des femmes. Elles se sont rang\u00e9es derri\u00e8re les diff\u00e9rentes fractions qui se querellaient pour le pouvoir. Elles se sont retrouv\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 d\u2019A\u00eft Ahmed, de Boudiaf. Elles sont tomb\u00e9es avec eux et elles ont entra\u00een\u00e9 dans leur chute la question de la femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>La participation des femmes \u00e0 l\u2019organisation militaro-politique de la lutte \u00e9tait-elle n\u00e9cessaire pour qu &lsquo;il y ait changement de leur condition ? Ne peut-on aussi penser que les femmes restant \u00e0 leur place sp\u00e9cifique aient jou\u00e9 un r\u00f4le suffisamment d\u00e9terminant dans la lutte pour que quelque chose change pour elles ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Peut-\u00eatre qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 masculine moins craintive quant \u00e0 l\u2019affirmation de sa sup\u00e9riorit\u00e9 aurait r\u00e9agi autrement. Lorsqu\u2019il y a eu la grande manifestation de femmes du 8 mars 1965, ce fut un v\u00e9ritable tremblement de terre au Bureau Politique. Les hommes \u00e9taient effray\u00e9s et lorsque le lendemain on a appris l\u2019existence de centaines de divorces, ce fut la panique. Chacun voyait cela chez lui et les hommes ont r\u00e9agi d\u2019une mani\u00e8re conservatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Cette manifestation \u00e9tait-elle spontan\u00e9e ou organis\u00e9e ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Elle a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e pendant longtemps par l\u2019Union des Femmes, avec l\u2019aide de la Commission d\u2019Orientation, qui \u00e9tait \u00e0 gauche. Et ce fut une d\u00e9monstra\u00adtion de forc\u00e9 puisque des centaines de femmes y sont all\u00e9es malgr\u00e9 l\u2019opposi\u00adtion de leur mari, ce qui a entra\u00een\u00e9 beaucoup de divorces. Je crois que si les d\u00e9put\u00e9s femmes avaient agi en 1962-63 en fonction des aspirations f\u00e9minines exclusivement, elles auraient eu un autre impact. Mais en r\u00e9alit\u00e9, pour elles, l\u2019\u00e9galit\u00e9, c\u2019\u00e9tait leur \u00e9galit\u00e9 \u00e0 elles avec les hommes. Elles ne se voyaient pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une collectivit\u00e9. Cela a fauss\u00e9 la question. Pourtant toutes avaient de l\u2019envergure, des capacit\u00e9s, de l&rsquo;\u00e9nergie et ne s&rsquo;en laissaient pas conter. Mais elles \u00e9taient coup\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9. Elles \u00e9taient \u00e0 l\u2019image des intellectuels alg\u00e9\u00adriens, d\u00e9racin\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce que dans une lutte arm\u00e9e, pour dire que la femme participe \u00e0 la lutte, elle doit \u00eatre une combattante, elle doit passer par ce statut de la femme en armes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, le probl\u00e8me ne se pose pas comme \u00e7a. Pas plus que je ne pense \u00e0 la femme tractoriste, je ne pense \u00e0 la femme n\u00e9cessairement arm\u00e9e. Ce qui impor\u00adte, c\u2019est son r\u00f4le social, son r\u00f4le politique, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre dans un centre de d\u00e9cision qui d\u00e9cide des probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9, y compris du sien. Je suis pour que la femme porte une arme, mais je ne pense pas que c\u2019est le fait de la porter qui lui facilite les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Il existe pourtant une image r\u00e9volutionnaire de la lutte, celle de la femme avec son fusil ou sa mitraillette pour montrer combien la lutte est progressiste pour les femmes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne propre aux soci\u00e9t\u00e9s qui ont la question nationale \u00e0 r\u00e9soudre. En Yougoslavie, les femmes ont particip\u00e9 mais dans un r\u00f4le second et personne n\u2019en a fait un plat. Les bureaucrates yougoslaves avaient une vue moderniste de la soci\u00e9t\u00e9 et ils voulaient donner \u00e0 la femme un autre r\u00f4le que celui qu\u2019elle avait. Ils n\u2019avaient pas \u00e0 raconter d\u2019histoires l\u00e0-dessus. C\u2019est dans la mesure o\u00f9 il y a un doute quant aux intentions que ces choses-l\u00e0 prennent de l\u2019importance. Cela ne veut pas dire que c\u2019est seulement de la duplicit\u00e9, mais c\u2019est une des cons\u00e9quences de l\u2019acculturation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Il faut en rajouter du c\u00f4t\u00e9 du symbole. Les Palestiniens font \u00e7a aussi<\/em>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, et il n\u2019y a pas une seule femme \u00e0 leur Conseil National, il n\u2019y a pas une seule dirigeante.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me semble grave, c\u2019est pourquoi tout au cours de la guerre les gens ne se sont pas interrog\u00e9s. Nous \u00e9tions quelques-uns \u00e0 poser des questions sur le fait d\u2019avoir fait quitter les maquis aux femmes. Cela nous a sembl\u00e9 tr\u00e8s grave. Beau\u00adcoup se sont tus, se sont laiss\u00e9s prendre aux discours, ils ne voulaient pas regar\u00adder les faits en face.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Qui \u00e9taient ceux qui produisaient ce discours mystificateur ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les intellectuels, ceux qui avaient la presse entre les mains. Ils \u00e9taient pris aussi dans la hi\u00e9rarchie des choses. C\u2019\u00e9tait un probl\u00e8me secondaire par rapport aux autres. Certains percevaient bien un malaise mais ils se disaient que cela se r\u00e9soudrait avec la lib\u00e9ration. Ils ne voyaient pas que c\u2019\u00e9tait justement un aspect de la lib\u00e9ration et que si on ne le r\u00e9solvait pas en cours de route, on pouvait revenir au m\u00eame point.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Ceux qui \u00e9crivaient des articles ou publiaient des photos sur la femme \u00ab d\u00e9j\u00e0 lib\u00e9r\u00e9e \u00bb imitaient-ils d&rsquo;autres discours existants ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que les Alg\u00e9riens sont les premiers.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une imitation des discours des pays socialistes sur la lib\u00e9ration de la femme ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne crois pas. C\u2019\u00e9tait beaucoup plus une r\u00e9ponse \u00e0 la propagande coloniale. Il fallait coincer le colonialisme avec ses id\u00e9es tout en gardant les n\u00f4tres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Crois-tu que le d\u00e9voilement des femmes en mai 1958 a eu des r\u00e9percussions ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah oui ! Au lendemain de la r\u00e9sistance les maquisards, \u00e0 Alger, qui brutali\u00adsaient les femmes, exigeaient des livrets, embarquaient les femmes, disaient : \u00ab les filles du 13 mai \u00bb. Cela ajoutait une justification suppl\u00e9mentaire. Pour eux, les filles dans la rue \u00e9taient celles qui avaient \u00e9t\u00e9 au forum le 13 mai, qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9voil\u00e9es. J\u2019avais une copine un peu paum\u00e9e qui errait seule en ville. Elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e. Je suis all\u00e9 la chercher dans un commissariat. Les flics m\u2019ont dit : \u00ab tu viens chercher une fille du 13 mai \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>D\u2019o\u00f9 vient cette violence non seulement symbolique mais physique des hommes sur les femmes apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne sais pas. Ceux qui avaient acquis le pouvoir n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre pas tr\u00e8s contents de penser qu\u2019ils pouvaient le perdre ailleurs. Mais je crois que c\u2019\u00e9tait un regain plus g\u00e9n\u00e9ral de traditionalisme. Par exemple \u00e0 Guelma, ils sont all\u00e9s briser les statues romaines. A Adrar, ils ont fouett\u00e9 en public les fumeurs de kif ; or, c\u2019est une r\u00e9gion o\u00f9 tout le monde fume. A Mila, ils ont lapid\u00e9 une fem\u00adme soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019adult\u00e8re. Ceux qui agissaient ainsi \u00e9taient de nouveaux cita\u00addins. Du fait de la ruralisation des villes il existait dans les grandes cit\u00e9s deux soci\u00e9t\u00e9s ; la p\u00e9riph\u00e9rie et les bidonvilles compos\u00e9s de ruraux chass\u00e9s par la guer\u00adre \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s par les vieux citadins d\u2019une mani\u00e8re m\u00e9prisante. Pour les ruraux, les habitants de l\u2019ancienne ville, au mode de vie europ\u00e9en, \u00e9taient \u00e0 l\u2019image des pieds-noirs. Et ils en voulaient aux privil\u00e9gi\u00e9s, eux qui n\u2019avaient en\u00adcore aucun statut.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce que l\u2019habillement des femmes a \u00e9t\u00e9 un enjeu ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne crois pas. Je vois El Arrouch, c\u2019\u00e9tait un petit village en 1962. C\u2019est maintenant une sous-pr\u00e9fecture. Quand les filles passaient dans la rue en mini\u00adjupe, elles \u00e9taient ennuy\u00e9es en 1962. Mais cela s\u2019est arr\u00eat\u00e9 d\u00e8s que les gens se sont install\u00e9s et ont envoy\u00e9 leurs filles \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Ils se sentaient tenus par des r\u00e8gles. Ils ne voulaient pas qu\u2019on leur dise : on touche \u00e0 vos filles parce que vous touchez \u00e0 celles des autres. La conversion a \u00e9t\u00e9 rapide. En deux ans le vil\u00adlage a retrouv\u00e9 la paix et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. On n\u2019emb\u00eatait plus les filles dehors, parce que c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un petit village. Dans une grande ville, avec l\u2019anonymat, c\u2019est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Mai 58 a pourtant symbolis\u00e9 le d\u00e9voilement des femmes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne crois pas que le voile faisait probl\u00e8me en 1962. Les jeunes exigeaient la libert\u00e9 de disposer d\u2019elles-m\u00eames, de n\u2019\u00eatre pas mari\u00e9es \u00e0 des hommes qu\u2019elles n&rsquo;aimaient pas ou ne choisissaient pas. C\u2019est pour imposer cette aspira\u00adtion qu\u2019il y a eu une vague de suicides. Ces suicides ont ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019alarme des familles conservatrices. On s\u2019est alors rendu compte que ce n\u2019\u00e9taient pas seule\u00adment les ruraux qui voulaient disposer des femmes, mais que toute l\u2019actuelle so\u00adci\u00e9t\u00e9 citadine n\u2019envisageait pas d\u2019autre mariage que les mariages arrang\u00e9s. Au lendemain de la guerre de nombreux parvenus d\u00e9siraient des mariages avec des jeunes filles de bonne famille. Les alliances matrimoniales avaient des buts poli\u00adtiques. Je connais \u00e0 Constantine un tr\u00e8s gros propri\u00e9taire terrien qui a sorti sa fille de la classe de seconde du lyc\u00e9e pour la marier avec un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9for\u00adme agraire, un homme \u00e2g\u00e9 dont les enfants auraient pu \u00eatre le p\u00e8re de cette fille. Le refus par les filles des mariages arrang\u00e9s \u00e9tait quelque chose de nouveau. Pendant la guerre, beaucoup de familles avaient ratifi\u00e9 le choix des filles. La libert\u00e9 de choisir son \u00e9poux \u00e9tait devenue un droit. Or, la majorit\u00e9 de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 voulait revenir sur ce droit. Les suicides \u00e9taient une lutte pour les droits ac\u00adquis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Et sur la question de la r\u00e9pudiation ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cette question ne s\u2019est pas pos\u00e9e aussi t\u00f4t. Elle s\u2019est pos\u00e9e apr\u00e8s. Le mariage pr\u00e9coce a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9, m\u00eame les traditionalistes n\u2019\u00e9taient pas pour. Les r\u00e9sis\u00adtances portaient sur les mariages arrang\u00e9s. A ce moment-l\u00e0, la radio faisait des \u00e9missions sur la lib\u00e9ration de la femme et donnait une grande importance au probl\u00e8me des suicides. L\u2019\u00e9mission \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e par Fadila M\u2019Rabet et Tarik Maschino. Je pense qu\u2019ils avaient beaucoup d\u2019illusions sur le F.L.N. Il me sem\u00adble qu\u2019il \u00e9tait plus convenable de pousser les filles \u00e0 s\u2019organiser elles-m\u00eames plut\u00f4t que de leur laisser croire qu\u2019on pouvait prendre \u00e0 leur place leurs probl\u00e8\u00admes en charge. Cela ne poussait pas les filles \u00e0 se battre et les amenait \u00e0 penser que tout viendrait d\u2019en haut. Personnellement, je consid\u00e9rais \u00e0 tort qu\u2019il y avait une hi\u00e9rarchie aux probl\u00e8mes et qu\u2019avec le socialisme tout se r\u00e9glerait. Mais j\u2019\u00e9tais pour l\u2019organisation autonome des femmes et leur accession \u00e0 toutes les instances du F.L.N. Elles ne devaient pas attendre apr\u00e8s le pouvoir. Il ne fallait pas non plus faire peur inutilement. Il n\u2019est pas permis d\u2019ignorer le ter\u00adrain sur lequel on agit. Un jour F. M\u2019Rabet et T. Maschino sont venus me voir. On voulait interdire leurs \u00e9missions. Je leur ai dit : je protesterai mais la mani\u00e8\u00adre dont vous posez les probl\u00e8mes ne me convainc pas. Cette soci\u00e9t\u00e9 a besoin de prendre en charge elle-m\u00eame ses probl\u00e8mes. Il y a de fortes r\u00e9sistances qui ne vont pas dispara\u00eetre par une campagne \u00e0 la radio, faite de surcro\u00eet en fran\u00e7ais et comprise seulement par une mince frange de gens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pendant la guerre, est-ce qu il y a eu des r\u00e9unions de femmes ? Dans les villages ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il y avait des retrouvailles de femmes, mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Les commissaires politiques ont-ils eu un r\u00f4le important dans les villages ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non. Dans certaines r\u00e9gions, on disait que les commissaires politiques \u00e9taient des consommateurs de poules et de viande parce qu\u2019ils venaient toujours pour demander du ravitaillement, persuader la population de se sacrifier. C&rsquo;\u00e9tait un r\u00f4le tr\u00e8s ingrat que le r\u00f4le de commissaire politique. J\u2019avais un co\u00adpain qui \u00e9tait capitaine, chef de zone. Un jour il arrive dans une ferme sans \u00eatre vu. Une femme \u00e9tait en train de moudre le grain et une poule venait le picorer. Alors la femme, en arabe, dit \u00e0 la poule : \u00ab Maudit sois-tu, puisses-tu te faire consommer par un commissaire politique \u00bb. Les r\u00f4les r\u00e9els \u00e9taient jou\u00e9s par les responsables militaires. Les commissaires politiques avaient un r\u00f4le d\u2019action psychologique. Ce n\u2019\u00e9tait pas comme au Vietnam o\u00f9, dans la hi\u00e9rarchie, ils \u00e9taient les responsables des chefs militaires. L\u00e0, non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Et ces organisations de villages, dont parle <strong>El Moudjahid<\/strong>, avec les Assem\u00adbl\u00e9es populaires compos\u00e9es de 5 personnes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est une chose qui avait \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e par le Congr\u00e8s de la Soummam, mais elles ont tout de suite \u00e9t\u00e9 sabr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>On en parle encore en 1958-59<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019\u00e9tait fini. Ce sont des histoires. Ils les ont sabr\u00e9es en 57.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>J&rsquo;ai lu pourtant des reportages dans lesquels on raconte qu \u2019il y avait des femmes dans les Assembl\u00e9es populaires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce sont des histoires. J\u2019ai vu pas mal de rapports. D\u00e9j\u00e0 en 57 ils avaient commenc\u00e9 par dissoudre les Assembl\u00e9es populaires et ce n\u2019\u00e9taient plus que des responsables administratifs qui les guidaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014  <em>Sur la Wilaya II (Nord-Constantinois), j\u2019ai lu un entretien avec Lamine Khene et le colonel Ali Kaf\u00ef en 1959, dans lequel la nouvelle organisation du peu\u00adple est d\u00e9crite. L&rsquo;accent est mis aussi sur la participation des femmes \u00e0 la lutte et la cr\u00e9ation de comit\u00e9s de femmes dans les villages.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p> \u2014 Ce n\u2019est pas s\u00e9rieux. Ce n\u2019\u00e9taient pas des comit\u00e9s de femmes, mais des grou\u00adpes de femmes qui suivaient les campements de soldats, qui \u00e9taient leurs fem\u00admes. Comme au temps du M.T.L.D., les femmes de militants se r\u00e9unissaient. On venait leur donner des cours, leur faire des conf\u00e9rences. Ce n\u2019\u00e9taient pas des comit\u00e9s. Comit\u00e9 veut dire qu\u2019il y a un pouvoir. Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout cela. C\u2019est une id\u00e9alisation, m\u00eame plut\u00f4t une mystification.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Mais ce fut toute une campagne, pendant plusieurs mois. En 1959 toujours, pour la Wilaya V (Oranie), on insiste beaucoup sur le fait que les femmes parti\u00adcipent aux r\u00e9unions collectives. Il est m\u00eame \u00e9crit que dans certains douars les militantes femmes sont \u00e9lues pr\u00e9sidentes de l\u2019Assembl\u00e9e du peuple.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce n\u2019est pas vrai. Ce sont des histoires. Les dirigeants de la Wilaya V \u00e9taient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et ne savaient pas ce qui se passait sur le terrain. Des r\u00e9gions enti\u00e8\u00adres avaient disparu, \u00e9taient sans organisation. L\u2019essentiel de la Wilaya V \u00e9tait au Maroc. Ce n\u2019est pas s\u00e9rieux. D&rsquo;ailleurs m\u00eame selon le Congr\u00e8s de la Soummam, les responsables de l\u2019Assembl\u00e9e du peuple sont choisis par le F.L.N. C&rsquo;\u00e9tait exactement le m\u00eame syst\u00e8me que celui qui existe maintenant. Je me souviens tr\u00e8s bien que dans un douar ou deux ils ont tr\u00e8s vite renonc\u00e9 parce que les paysans du douar voulaient d\u00e9signer ceux en qui ils avaient confiance et non ceux que leur d\u00e9signait le F.L.N. Il a \u00e9t\u00e9 alors d\u00e9cid\u00e9 de nommer purement et simplement des gens pour ramasser les cotisations, pour le ravitaillement, etc. D&rsquo;ailleurs, pourquoi au lendemain de la lib\u00e9ration n&rsquo;y a-t-il eu aucune syst\u00e8me de contre-institution ? C\u2019est l&rsquo;Ex\u00e9cutif provisoire qui a tout de suite \u00e9t\u00e9 le g\u00e9rant du pays. Les Wilayas n&rsquo;avaient aucun syst\u00e8me administratif, aucune organisation populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce qu&rsquo;alors la place des femmes ne renvoie pas au probl\u00e8me politique plus g\u00e9n\u00e9ral des rapports entre le F.L.N. et l&rsquo;ensemble de la population ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014  Le probl\u00e8me des femmes renvoie \u00e0 l&rsquo;attitude du F.L.N. \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des autres probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9, mais en m\u00eame temps les femmes n&rsquo;avaient aucun statut \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du F.L.N. alors que les hommes avaient le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Cela renvoie quand m\u00eame \u00e0 la question du rapport entre l&rsquo;A.L.N. et le peuple. Quels rapports l&rsquo;A.L.N. a-t-elle eu avec le peuple autres que de l&rsquo;utiliser ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>__ Un rapport de type pl\u00e9biscitaire. Le peuple \u00e9tait l\u00e0 pour ratifier les d\u00e9cisions que l\u2019organisation prenait et les appliquer au nom de la discipline nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Il y a eu aussi toute une id\u00e9ologie sur les zones lib\u00e9r\u00e9es, les \u00e9coles, l&rsquo;organisation du peuple, la cr\u00e9ation d&rsquo;une contre-soci\u00e9t\u00e9 dans les villages lib\u00e9r\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tout cela, c&rsquo;est de limitation de ce qui s\u2019est pass\u00e9 ailleurs. On savait ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 ailleurs, on l\u2019assimilait au progressisme et on voulait se donner un visage progressiste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce que des tentatives ont exist\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>__ Oui, au lendemain du Congr\u00e8s de la Soummam. Elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite bloqu\u00e9es. D&rsquo;ailleurs, au Congr\u00e8s de la Soummam, sur la question des femmes, Zighoud lui-m\u00eame avait dit : \u00ab les femmes, on n\u2019en parle pas \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Comment se faisait la justice ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il existait un syst\u00e8me judiciaire bas\u00e9 sur le droit coranique. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;\u00e9taient des comit\u00e9s sans statut dans lesquels il n\u2019y avait aucune possibilit\u00e9 de d\u00e9fense. La justice \u00e9tait exp\u00e9ditive. \u00c0 part quelques cas pour relations sexuelles ou rapports avec l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, les femmes ont \u00e9t\u00e9 moins r\u00e9prim\u00e9es que les hommes. Il y a eu plus de retenue \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>La belle image produite par le F.L.N. de la participation\/lib\u00e9ration des femmes dans la lutte n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;ind\u00e9pendance hommes et femmes se sont appuy\u00e9s sur cette image pour dire : les femmes ont particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution, donc maintenant le statut de la femme doit changer. Quelles en sont les cons\u00e9quences ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela d\u00e9pend un peu de la mani\u00e8re de consid\u00e9rer le probl\u00e8me politique. Je crois que seuls les droits acquis par la lutte et non ceux octroy\u00e9s sont irr\u00e9versibles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Si les femmes n&rsquo;ont pas particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;organisation militaro-politique de la<br>lutte, on peut dire aussi qu&rsquo;elles ont repr\u00e9sent\u00e9 une force indispensable \u00e0 la<br>victoire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a, c&rsquo;est un autre probl\u00e8me. Qu&rsquo;elles aient \u00e9t\u00e9 indispensables ne fait pas de doute. Je suis convaincu que la bataille d&rsquo;Alger n&rsquo;aurait pas eu la m\u00eame ampleur sans les femmes et que la Kabylie n&rsquo;aurait pas r\u00e9sist\u00e9 jusqu&rsquo;au bout comme elle l&rsquo;a fait sans les femmes. Voil\u00e0 le vrai probl\u00e8me. Quant \u00e0 l&rsquo;autre plan, il y a un grand malentendu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Est-ce que tout le monde pense cela ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Justement. La participation reste au niveau de l\u2019abstrait. On ne dit pas : les femmes ont jou\u00e9 dans la bataille d\u2019Alger un r\u00f4le sans lequel les choses se seraient pass\u00e9es autrement. On ne dit pas comment en Kabylie tout ce que faisaient les hommes, ce sont les femmes qui l&rsquo;ont fait : elles commandaient, levaient des cotisations etc. Avant guerre, les hommes n&rsquo;auraient m\u00eame pas admis que l\u2019on passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur gourbi en y jetant un regard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Tu penses donc que les femmes ont \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important de la victoire ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Certainement. Il y en a qui sont mortes au combat, un peu partout. Certaines sont consid\u00e9r\u00e9es comme des h\u00e9ro\u00efnes, par exemple Fadila Saadane \u00e0 Constantine, ailleurs Malika Ga\u00efd, etc. Ce ne sont pas des h\u00e9ro\u00efnes \u00e0 la Djamila Bouhired, et elles sont moins connues que les poseuses de bombes. Elles \u00e9taient dans l\u2019intendance de l\u2019arm\u00e9e ou dans les villes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Pendant la lutte, les femmes n&rsquo;ont rien revendiqu\u00e9 pour elles-m\u00eames ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je n&rsquo;en ai pas connaissance. En France seulement, sur l&rsquo;initiative d\u2019Aziz Benmiloud, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un comit\u00e9 pour s&rsquo;occuper de la lutte pour la libert\u00e9 des femmes emprisonn\u00e9es, de la campagne pour Djamila Bouhired, Zohra Drif. C&rsquo;\u00e9tait un comit\u00e9 compos\u00e9 d\u2019\u00e9tudiantes avec aussi des Marocaines et des Tunisiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Quelle activit\u00e9 avaient les femmes \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration de France ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comme force d&rsquo;appoint, la logistique, transport d&rsquo;armes, argent, v\u00e9hicules, chauffeurs\u2026 Elles constituaient des r\u00e9seaux presque au m\u00eame titre que les Fran\u00e7ais. Elles n&rsquo;\u00e9taient dans aucune instance de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Cela a pos\u00e9 des probl\u00e8mes ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;est en France, je pense, que le comportement des hommes a \u00e9t\u00e9 ressenti avec le plus de d\u00e9g\u00e2ts. Sept ou huit femmes sont all\u00e9es en asile psychiatrique \u00e0 Gen\u00e8ve. Elles trouvaient insupportable le comportement des hommes \u00e0 leur \u00e9gard, la mani\u00e8re de les traiter, leurs exigences ; souvent ils en faisaient des ma\u00eetresses malgr\u00e9 elles. Il se passaient les femmes. Les femmes ont tr\u00e8s durement ressenti cette situation. Elles le disaient. Elles \u00e9taient toutes politis\u00e9es. Il y avait des \u00e9tudiantes, mais aussi des employ\u00e9es, des vendeuses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Y a-t-il eu des essais de r\u00e9unions de femmes en France ou pas ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Quelques essais limit\u00e9s, des constitutions de r\u00e9seaux de femmes. En France aussi elles ont beaucoup travaill\u00e9. Tout le secr\u00e9tariat de propagande a \u00e9t\u00e9 longtemps tenu par une femme. Pour les femmes, ce fut souvent un peu l&rsquo;aventure individuelle ; elles quittaient leur famille qui \u00e9tait en France, alors qu\u2019en Alg\u00e9rie elles restaient souvent dans la famille. Certaines \u00e9taient m\u00eame permanentes en France.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 <em>Peux-tu pr\u00e9ciser en quoi le comportement des hommes \u00e9tait aussi insupportable ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les femmes venaient au F.L.N. pas seulement pour des t\u00e2ches d&rsquo;ex\u00e9cution. Elles voulaient savoir ce qui se passait, elles voulaient militer. Les hommes \u00e9taient souvent des brutes \u00e9paisses qui leur faisaient des histoires si elles n&rsquo;acceptaient pas d\u2019\u00eatre leurs ma\u00eetresses. Elles restaient pour des raisons de militantisme. Elles en ont vu de toutes les couleurs, en particulier celles qui \u00e9taient en milieu ouvrier, dans un milieu de pl\u00e9b\u00e9iens parvenus \u00e0 des responsabilit\u00e9s politiques. C&rsquo;\u00e9tait un milieu tr\u00e8s conservateur qui r\u00e9clamait de l&rsquo;autre tous les attributs de l&rsquo;\u00e9mancipation. Je me souviens d&rsquo;un responsable de la F\u00e9d\u00e9ration disant d\u2019une fille : \u00ab elle n\u2019est pas ouverte \u00bb, ce qui voulait dire qu&rsquo;elle ne couchait pas, au nom de la libert\u00e9, alors qu&rsquo;il \u00e9tait un traditionaliste affreux qui, s&rsquo;il avait eu une s\u0153ur, aurait port\u00e9 une mitraillette pour la suivre et la surveiller. C&rsquo;est un peu \u00e7a qui a bousill\u00e9 les filles car elles n&rsquo;\u00e9taient pas venues pour cela. Elles ont v\u00e9cu ce comportement comme une grande tromperie. Apr\u00e8s, en Alg\u00e9rie, elles sont toutes all\u00e9es dans des groupuscules de gauche. Je ne sais pas si<br>elles ont refait la m\u00eame exp\u00e9rience\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Plate-forme de la Soummam : Programme du F.L.N. adopt\u00e9 \u00e0 son congr\u00e8s du 20 Ao\u00fbt 1956.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* Mohammed HARBI Militant au Parti du Peuple Alg\u00e9rien (P.P.A.), Mouvement pour le Triomphe des Libert\u00e9s D\u00e9mocratiques (M.T.L.D.) (tendance populiste du nationalisme), d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans. Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Association des \u00c9tudiants Musulmans Nord-Africains en France (A.E.M.N.A.). Responsable de la Commission de propagande de la F\u00e9d\u00e9ration de France du F.L.N. Membre de la direction de la F\u00e9d\u00e9ration de France du F.L.N. Directeur du cabinet civil au Minist\u00e8re des Forces Arm\u00e9es du Gouvernement Provisoire de de la R\u00e9publique Alg\u00e9rienne (G.P.R.A.). Ambassadeur en Guin\u00e9e. Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral du Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res du G.P.R.A. A l&rsquo;Ind\u00e9pendance, Conseiller politique \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. D\u00e9put\u00e9 et membre du Comit\u00e9 Central du F.L.N. Arr\u00eat\u00e9 en 1965. Lib\u00e9r\u00e9 en 1971. Vit en exil depuis 1973.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien paru dans Les r\u00e9voltes logiques, n\u00b0 11, hiver 1979-1980, p. 77-93 \u2014 Comment s&rsquo;est pos\u00e9e la question de la participation des femmes au d\u00e9but de l&rsquo;insurrection ? \u2014 Je crois qu&rsquo;il faut d&rsquo;abord situer la position de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 la veille de l&rsquo;insurrection. 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