{"id":17145,"date":"2022-09-26T12:35:44","date_gmt":"2022-09-26T10:35:44","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=17145"},"modified":"2024-01-06T18:00:41","modified_gmt":"2024-01-06T17:00:41","slug":"monique-gadant-le-mouvement-des-femmes-en-algerie-modernisme-ou-feminisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/26\/monique-gadant-le-mouvement-des-femmes-en-algerie-modernisme-ou-feminisme\/","title":{"rendered":"Monique Gadant : Le mouvement des femmes en Alg\u00e9rie. Modernisme ou f\u00e9minisme ?"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Monique Gadant paru dans <em>Critique Communiste<\/em>, n\u00b0 120-121, juillet 1992, p. 45-52<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Afin d&rsquo;\u00e9clairer et de comprendre la nature de ce qu&rsquo;on appelle le mouvement des femmes en Alg\u00e9rie, ses objectifs et les difficult\u00e9s qu&rsquo;il rencontre, il est n\u00e9cessaire de revenir en arri\u00e8re, voire m\u00eame de se situer dans une perspective un peu historique. Je m&rsquo;efforcerai ce faisant d&rsquo;\u00eatre aussi objective que possible. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Ce mouvement est actuellement polaris\u00e9 sur une demande d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes et les femmes. Il est n\u00e9 dans la lutte contre les divers projets de Code de la famille (ou Code du statut personnel) qui ont vu le jour depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance (1962). Mais il s&rsquo;est particuli\u00e8rement manifest\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante-dix et au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt contre le projet qui sera finalement adopt\u00e9 par l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale en 1984. <\/p>\n\n\n\n<p>Il faut pr\u00e9ciser qu&rsquo;aucun de ces projets n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 ni discut\u00e9, qu&rsquo;ils ont circul\u00e9 officieusement et n&rsquo;ont donc \u00e9t\u00e9 connus que par un nombre tr\u00e8s restreint de femmes (lyc\u00e9ennes, universitaires) dans les grandes villes. L&rsquo;Alg\u00e9rie est alors gouvern\u00e9e par un syst\u00e8me de parti unique, le FLN, domin\u00e9e par la censure. L&rsquo;Assembl\u00e9e nationale est compos\u00e9e uniquement de membres du FLN (1). <\/p>\n\n\n\n<p>Ajoutons que la Constitution reconna\u00eet formellement l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes. Le Code adopt\u00e9 sera donc en contradiction avec la Constitution<\/p>\n\n\n\n<p>La masse des femmes a \u00e9t\u00e9 tenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;information la concernant m\u00e9connaissance des projets, m\u00e9connaissance du vote de 1984 qui consacre par la loi une pr\u00e9\u00e9minence reconnue par la tradition de l&rsquo;homme sur la femme. Voici en peu de mots en quoi consiste cette in\u00e9galit\u00e9 : le Code autorise l&rsquo;homme \u00e0 \u00eatre polygame (jusqu&rsquo;\u00e0 quatre \u00e9pouses). Il l\u00e9galise sous une forme voil\u00e9e la r\u00e9pudiation : auparavant la dissolution du mariage pouvait \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par le seul \u00e9poux en dehors de toute proc\u00e9dure juridique. Le Code oblige maintenant le mari \u00e0 entamer une proc\u00e9dure. Mais il obtiendra le divorce sans qu&rsquo;il lui soit n\u00e9cessaire de fournir une justification. L&rsquo;\u00e9pouse pourra demander le divorce mais devra justifier sa demande. <\/p>\n\n\n\n<p>Le Code prescrit \u00e0 la femme l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 son mari et un certain nombre de devoirs revenant \u00e0 elle seule : ainsi l&rsquo;\u00e9pouse devra visite et respect \u00e0 la famille du mari sans r\u00e9ciprocit\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire soumission \u00e0 la belle-m\u00e8re et aux belles-s\u0153urs). Interdiction est faite \u00e0 la femme d&rsquo;\u00e9pouser un non-musulman. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 fondamentale qui sous-tend tout cela est que la femme n&rsquo;est jamais majeure juridiquement, qu&rsquo;elle ne peut t\u00e9moigner en justice, qu&rsquo;elle ne peut contracter mariage sans un tuteur matrimonial. Enfin elle re\u00e7oit en h\u00e9ritage une part inf\u00e9rieure \u00e0 celle des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains ont fait remarquer &#8211; ainsi l&rsquo;article du <em>Monde <\/em>annon\u00e7ant le vote de 1984 &#8211; que ce Code constituait un progr\u00e8s pour les femmes alg\u00e9riennes. C&rsquo;est un argument qui a \u00e9t\u00e9 soutenu en Alg\u00e9rie. <\/p>\n\n\n\n<p>Comment consid\u00e9rer ce texte de loi comme un progr\u00e8s ? L&rsquo;argumentation consiste \u00e0 dire qu&rsquo;il y a progr\u00e8s dans la mesure o\u00f9 il fait obligation premi\u00e8rement de contracter mariage et de divorcer devant un fonctionnaire habilit\u00e9. Effectivement la tradition \u00e9tait ce qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0le mariage \u00e0 la Fatiha\u00a0\u00bb. Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 valide par l&rsquo;opinion non pas en fonction d&rsquo;une reconnaissance juridique et d&rsquo;un texte de loi mais en vertu d&rsquo;un consensus social. C&rsquo;\u00e9tait la f\u00eate qui consacrait le mariage ainsi que la consommation charnelle (dont la publicit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9floration est un moment essentiel), non l&rsquo;inscription sur l&rsquo;\u00e9tat civil bien souvent n\u00e9glig\u00e9, surtout dans les milieux ruraux. N&rsquo;oublions pas que pendant la p\u00e9riode coloniale tout le syst\u00e8me administratif est une invention et une imposition de la France. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;urbanisation, beaucoup d&rsquo;hommes vont aller en ville, avec ou sans leurs femmes qui se croyaient mari\u00e9es. Beaucoup se sont retrouv\u00e9es abandonn\u00e9es sans livret de famille. Les femmes se sont longtemps pos\u00e9es la question : \u00ab\u00a0Tu es mari\u00e9e avec ou sans livret ?&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me remarque est que le Code oblige l&rsquo;homme \u00e0 divorcer selon une proc\u00e9dure juridique. Ce n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait l&rsquo;arbitraire de la r\u00e9pudiation. N\u00e9anmoins il peut divorcer facilement, sans justification, comme je l&rsquo;ai dit plus haut. Une femme peut th\u00e9oriquement demander le divorce si elle a des justifications. M\u00eame pour une femme de situation ais\u00e9e, c&rsquo;est extr\u00eamement difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, un certain droit de conserver le logement conjugal est conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse. Le Code dit : <em>\u00ab\u00a0Selon les possibilit\u00e9s du mari, si le droit de garde (des enfants) est d\u00e9volu \u00e0 la femme.\u00a0\u00bb<\/em> Dans la pratique, le mari n&rsquo;ayant pour ainsi dire jamais \u00ab les possibilit\u00e9s \u00bb d&rsquo;aller habiter ailleurs, c&rsquo;est la femme qui est effectivement d\u00e9pouill\u00e9e de la jouissance du domicile conjugal et le plus souvent des enfants. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, peut-on dire, comme on le fait parfois : <em>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s tout, le Code, c&rsquo;est moins pire, ou c&rsquo;est mieux que s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de Code du tout\u00a0\u00bb<\/em> ? Et <em>\u00ab\u00a0pas de Code du tout\u00a0\u00bb<\/em> c&rsquo;est quelque chose qui fait peur. Ainsi au colloque sur les \u00ab\u00a0Droits des femmes au Maghreb\u00a0\u00bb (Institut du Monde arabe, Paris, 16- 17-18 mars 1990), une juriste alg\u00e9rienne, Leila Aslaoui, a fait remarquer que, en cas d&rsquo;absence de Code, ou si ce Code \u00e9tait supprim\u00e9, on se trouverait alors devant un vide juridique qui serait peut-\u00eatre pire que la situation qui r\u00e9sulte du Code. <\/p>\n\n\n\n<p>Je ferai remarquer que si le Code ne comporte pas de r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises \u00e0 la religion chacun sait qu&rsquo;il se veut au plus pr\u00e8s de la tradition juridique musulmane, la <em>chari&rsquo;a<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, l&rsquo;enjeu du Code est le suivant. Si on refuse le Code, on signifie m\u00eame d&rsquo;une fa\u00e7on floue qu&rsquo;on est pour une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9confessionnalis\u00e9e. Personne ne doute que des pr\u00e9suppos\u00e9s religieux sont \u00e0 la source de ce texte de loi. Ainsi, d\u00e8s 1971, le ministre de la Justice d\u00e9clarait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab\u00a0Les fondements sur lesquels repose ce Code (<\/em>i.e.<em> l&rsquo;avant-projet) sont : le Coran, la tradition, le consensus, l&rsquo;<\/em>istihsan<em>, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public et l&rsquo;<\/em>\u00eejtihad<em> arec toutes ses conditions\u00a0\u00bb<\/em>, ajoutant que le Code <em>\u00ab\u00a0vise avant tout \u00e0 \u00e9purer la structure de la famille de tout ce qui n&rsquo;est pas islamique.<\/em> (2)<em>\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Mouvement des femmes et partis politiques<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Polaris\u00e9 sur une demande d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, ce Mouvement des femmes se compose de plusieurs associations qui ont fini par cr\u00e9er entre elles une coordination (ces associations, sauf une n\u00e9e dans la clandestinit\u00e9 en 1985, ont vu le jour \u00e0 partir de 1989, avec l&rsquo;autorisation d&rsquo;existence l\u00e9gale conf\u00e9r\u00e9e aux partis et associations apr\u00e8s octobre 1988) mais elles n&rsquo;ont pas toutes les m\u00eames revendications. Soit elles demandent l&rsquo;abrogation pure et simple du Code, soit elles pr\u00e9f\u00e8rent des amendements. Le discours des m\u00e9dias fran\u00e7ais n&rsquo;informe pas sur cette diversit\u00e9, sinon sur ces divergences, et traite globalement du Mouvement. <\/p>\n\n\n\n<p>Or, pour ce que j&rsquo;en sais, concernant une marche qui est organis\u00e9e par quatre partis politiques le 10 mai prochain, et \u00e0 laquelle se joindront les associations de femmes, la Coordination des femmes s&rsquo;est entendue pour que les associations participent sur la base d&rsquo;une revendication d\u00e9mocratique, sur laquelle partis, hommes et femmes sont d&rsquo;accord. N\u00e9anmoins il faut savoir que toutes les manifestations du Mouvement ne sont pas communes, qu&rsquo;elles sont parfois s\u00e9par\u00e9es, que les mots d&rsquo;ordre diff\u00e8rent, et que l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action entre les associations est un r\u00e9el probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien y d&rsquo;associations ? Il y en a beaucoup. Dans une \u00e9mission d&rsquo;Alger cha\u00eene 3 (cha\u00eene de radio en fran\u00e7ais), le 3 mars dernier, \u00e0 l&rsquo;occasion de la journ\u00e9e du 8 mars, la journaliste qui pr\u00e9sentait l&rsquo;\u00e9mission a compt\u00e9 dix-sept associations \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale. Mais je crois qu&rsquo;il y en a plus, car certaines ne sont pas d\u00e9clar\u00e9es. Mais beaucoup de ces associations se rattachent \u00e0 trois associations m\u00e8res. Cela leur facilite les proc\u00e9dures administratives d&rsquo;inscription mais correspond aussi \u00e0 des affinit\u00e9s politiques. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois associations sont : <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes et les femmes qui a demand\u00e9 en vain son habilitation en 1985, donc avant les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;octobre 1988, et qui souvent revendique, dans ses prises de parole, cette ant\u00e9riorit\u00e9. Ce qui ne veut pas dire qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas eu avant, \u00e9manant d&rsquo;autres milieux, des luttes sinon pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, du moins contre le Code de la famille tel qu&rsquo;il se pr\u00e9sentait. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L&rsquo;Association pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L&rsquo;Association pour la d\u00e9fense et la promotion des droits des femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux derni\u00e8res se sont constitu\u00e9es apr\u00e8s octobre 1988. Les deux premi\u00e8res associations pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits et pour l&rsquo;\u00e9mancipation demandent l&rsquo;abrogation du Code de la famille ; la troisi\u00e8me association demande des amendements (3). <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ajouterai qu&rsquo;une quatri\u00e8me association est n\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9cemment, le 15 f\u00e9vrier 1990, et a distribu\u00e9 un texte ron\u00e9otyp\u00e9 annon\u00e7ant sa naissance au colloque qui a eu lieu \u00e0 l&rsquo;institut du monde arabe en avril dernier. C&rsquo;est l&rsquo;Association ind\u00e9pendante pour le triomphe des femmes. Pourquoi association \u00ab ind\u00e9pendante \u00bb ? Elle le dit dans le texte qui annonce la scission d&rsquo;o\u00f9 elle na\u00eet (scission par rapport \u00e0 l&rsquo;association n\u00e9e en 1985 pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de droits entre les hommes et les femmes), \u00e0 la fois clairement et obscur\u00e9ment : clairement quand elle dit qu&rsquo;elle fait scission pour des raisons d&rsquo;absence d&rsquo;autonomie par rapport \u00e0 un parti politique, mais obscur\u00e9ment : le texte ne dit pas par rapport \u00e0 quel parti politique. La demande d&rsquo;autonomie ne va pas jusqu&rsquo;au bout et ne pose pas la question avec assez de clart\u00e9 pour que tout le monde (y compris dans les autres associations) puisse d\u00e9battre sur le principe (4). <\/p>\n\n\n\n<p>Donc je crois qu&rsquo;il est important de se rendre compte qu&rsquo;il y a dans le Mouvement des femmes \u00e0 l&rsquo;heure actuelle en Alg\u00e9rie un r\u00e9el probl\u00e8me de relation par rapport aux partis politiques. J&rsquo;ajouterai cependant que lors des actions qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es par ces diff\u00e9rentes associations, beaucoup de femmes ont particip\u00e9 \u00e0 ces actions sans s&rsquo;identifier d&rsquo;une fa\u00e7on trop restrictive aux mots d&rsquo;ordre, sans trop s&rsquo;interroger sur la d\u00e9pendance de telle association par rapport \u00e0 tel parti. Et l&rsquo;adh\u00e9sion que les femmes apportent \u00e0 ces associations dans les manifestations, comme le 8 mars par exemple, d\u00e9borde largement certains liens de d\u00e9pendance que les directions des associations ont par rapport \u00e0 des partis politiques. <\/p>\n\n\n\n<p>Une question se pose n\u00e9anmoins. A partir du moment o\u00f9 cette d\u00e9pendance existe &#8211; et c&rsquo;est certainement ce probl\u00e8me-l\u00e0 qui est vis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la scission \u00e0 laquelle j&rsquo;ai fait allusion -, la question est de savoir quelle autonomie les femmes ont par rapport aux mots d&rsquo;ordre de leurs organisations et par rapport aux strat\u00e9gies qui sont mises en \u0153uvre. Bien s\u00fbr tout le monde s&rsquo;interroge sur ce qui se passe en Alg\u00e9rie depuis les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;octobre 1988 et particuli\u00e8rement de ce qu&rsquo;il adviendra aux \u00e9lections municipales du 12 juin prochain (5). Tout le monde se rend compte que les femmes, leur statut dans la famille et dans la soci\u00e9t\u00e9, constituent un enjeu politique consid\u00e9rable. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet enjeu se remarque dans la mesure o\u00f9 le mouvement des femmes, \u00e0 travers les associations auxquelles j&rsquo;ai fait r\u00e9f\u00e9rence, se d\u00e9veloppe et appara\u00eet li\u00e9 \u00e0 un projet de soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9loigne de la religion, m\u00eame si la la\u00efcit\u00e9 ne se revendique que rarement dans les partis et pas dans le Mouvement des femmes. On le voit aussi dans la mesure o\u00f9 le mouvement islamiste s&rsquo;en prend aux femmes dans son discours politique, que ses militants agressent des femmes, bien que Abassi Madani, son leader, passe son temps \u00e0 dire que ces violences ne viennent pas de son parti, le Front islamique du salut (FIS). Mais en tout cas ce parti a organis\u00e9 en d\u00e9cembre dernier \u00e0 Alger une tr\u00e8s grande manifestation de femmes qui demandaient le maintien du Code de la famille et des moyens pour pr\u00e9server les femmes de \u00ab\u00a0l&rsquo;occidentalisation\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>En dehors de ce probl\u00e8me des rapports des associations aux diff\u00e9rents partis politiques je crois que, en ce qui nous concerne peut-\u00eatre ici en France, nous devons r\u00e9fl\u00e9chir sur la diff\u00e9rence d&rsquo;objectifs entre les femmes alg\u00e9riennes \u00e0 l&rsquo;heure actuelle et les f\u00e9ministes occidentales. Le fait que la demande, la revendication des mouvements de femmes alg\u00e9riennes, soit non pas une revendication de leur diff\u00e9rence mais une revendication d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique, qui est consid\u00e9r\u00e9e ici un peu comme un leurre. Je citerai simplement quelques phrases du livre d&rsquo;Odile Dhavernas datant de 1978, <em>Droits des femmes et pouvoirs des hommes<\/em>, qui posait cette question : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La conqu\u00eate de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 formelle constitue-t-elle une premi\u00e8re victoire, une condition pr\u00e9alable \u00e0 toute lib\u00e9ration ? Devons-nous inscrire nos luttes dans une strat\u00e9gie de droit ou contourner celui-ci ? \u00bb<\/em> <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Interrogation qui exprimait les doutes des f\u00e9ministes quant au pouvoir donn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique. <\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, au contraire, concernant les femmes alg\u00e9riennes, leurs revendications sont inscrites dans une strat\u00e9gie de revendication de droit. Pourquoi ? Quels enjeux ? Ce sont des questions que nous devrons peut-\u00eatre nous poser. <\/p>\n\n\n\n<p>Une autre remarque : la constatation que ce mouvement, ces associations ne s&rsquo;appellent pas \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb. Je pense que cela n&rsquo;est pas simplement formel car beaucoup de femmes qui sont dans ces associations m&rsquo;ont dit \u00e0 plusieurs reprises tr\u00e8s explicitement qu&rsquo;elles refusaient de s&rsquo;appeler \u00ab f\u00e9ministes \u00bb. Bien qu&rsquo;en f\u00e9vrier, ayant discut\u00e9 avec certaines, membres d&rsquo;une association, elles m&rsquo;aient dit : <em>\u00ab Maintenant on accepterait de s&rsquo;appeler \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb \u00e0 condition qu&rsquo;on fasse bien la diff\u00e9rence avec le f\u00e9minisme occidental. \u00bb<\/em> J&rsquo;ai demand\u00e9 quelles diff\u00e9rences elles voulaient faire. Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0<em>Le f\u00e9minisme occidental est trop d\u00e9connect\u00e9 par rapport aux luttes sociales.\u00a0\u00bb<\/em> Je ne dis pas que c&rsquo;est l&rsquo;opinion de tout le monde mais je pense qu&rsquo;elle est assez r\u00e9pandue, et cette formulation du caract\u00e8re \u00ab f\u00e9ministe \u00bb ou non de ces mouvements, doit, me semble-t-il, nous poser quelques questions. <\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que cette r\u00e9ponse tient d&rsquo;une part \u00e0 la repr\u00e9sentation qu&rsquo;on a du f\u00e9minisme occidental en Alg\u00e9rie pays o\u00f9 on n&rsquo;importe pratiquement plus de livres \u00e9trangers depuis plus de quinze ans. Donc l&rsquo;information est tr\u00e8s r\u00e9duite. D&rsquo;autre part aussi \u00e0 une certaine utilisation politique de caract\u00e8re nationaliste qui a toujours \u00e9t\u00e9 faite du terme \u00ab f\u00e9ministe \u00bb et de \u00ab\u00a0femme occidentalis\u00e9e\u00a0\u00bb. J&rsquo;ajouterai, pour ma part, qu&rsquo;il me semble que cette r\u00e9sistance \u00e0 se d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0mouvement f\u00e9ministe\u00a0\u00bb vient entre autres du fait que ce mouvement est englob\u00e9 actuellement dans le mouvement d\u00e9mocratique et a beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 y faire \u00e9merger des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiquement f\u00e9minins. J&rsquo;entendais l&rsquo;autre soir \u00e0 Radio Beur un d\u00e9bat entre plusieurs Alg\u00e9riens. L&rsquo;un disait : <em>\u00ab Les d\u00e9mocrates en ce moment en Alg\u00e9rie se battent le dos au mur. \u00bb<\/em> Effectivement, il faut se rendre compte que les manifestations &#8211; on pourra compter les gens le 10 mai prochain (6) et les associations de femmes y participeront &#8211; je crois que pour le moment ils se demandent s&rsquo;ils vont avoir autant ou plus de succ\u00e8s que les islamistes. Mais je constate aussi que le mouvement d\u00e9mocratique est faible, qu&rsquo;il est dispers\u00e9 en un nombre consid\u00e9rable de partis, qu&rsquo;il a du mal \u00e0 d\u00e9finir un projet de soci\u00e9t\u00e9 (7). <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense donc que la r\u00e9ticence \u00e0 parler du f\u00e9minisme tient au fait que ce mouvement est englob\u00e9 dans un mouvement d\u00e9mocratique lui-m\u00eame faible. R\u00e9cemment, dans un article du <em>Monde <\/em>sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, je lisais : <em>\u00ab Attention, en Alg\u00e9rie pour le moment on est d\u00e9mocrate, on n&rsquo;est pas la\u00efque. \u00bb<\/em> Je crois que c&rsquo;est une remarque juste. Il est des appellations qu&rsquo;on se donne ou qu&rsquo;on ne se donne pas ou qu&rsquo;on se refuse. La la\u00efcit\u00e9 reste un sujet tabou.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc englob\u00e9 dans un mouvement d\u00e9mocratique qui, pour le moment, est sinon le dos au mur du moins faible. En tout cas, ce mouvement d\u00e9mocratique, dans son ensemble, ne pr\u00e9sente pas une alternative claire au type d&#8217;emprise du religieux sur la soci\u00e9t\u00e9 civile que veut imposer le FIS. De ce point de vue, je crois que le Mouvement des femmes non plus ne propose pas d&rsquo;alternative claire \u00e0 cette emprise du religieux, car les mots d&rsquo;ordre d&rsquo;abolition du Code (ou d&rsquo;amendement) et de \u00ab lois civiles \u00bb qu&rsquo;on voit dans les manifestations, laisse enti\u00e8re la question de savoir ce que sera la place exacte de la religion. Pour le moment, il n&rsquo;y a pas formulation d&rsquo;un contre-projet de Code, ni prise de position claire par rapport \u00e0 ce que pourrait \u00eatre un Code de la famille qui ne serait pas fond\u00e9 sur la religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens maintenant sur le pass\u00e9 afin de lui donner des \u00e9l\u00e9ments permettant d&rsquo;y voir un peu plus clair.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Retour sur la p\u00e9riode coloniale <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord cette question du Code de la famille nous ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 la p\u00e9riode coloniale. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie en 1962 se trouve devant la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer comme tout pays ind\u00e9pendant. Concernant la famille et les rapports des sexes et des personnes dans la famille, concernant les questions de mariage, de divorce, d&rsquo;h\u00e9ritage ou de reconnaissance d&rsquo;enfant ou d&rsquo;adoption, on se trouve devant l&rsquo;\u00e9tat de fait suivant : les Alg\u00e9riens, qu&rsquo;on appelait pendant la p\u00e9riode coloniale \u00ab\u00a0les Fran\u00e7ais musulmans\u00a0\u00bb, \u00e9taient gouvern\u00e9s par des lois sp\u00e9ciales qui codifiaient leur statut de \u00ab\u00a0sujets\u00a0\u00bb, car ils \u00e9taient sujets et non pas citoyens. Il y avait un Code de statut personnel qui \u00ab\u00a0respectait\u00a0\u00bb leur appartenance religieuse &#8211; et donc maintenait la polygamie, la r\u00e9pudiation, les droits (ou l&rsquo;absence de droits) qui s&rsquo;en suivaient. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce Code de statut personnel, dans le cadre de la situation coloniale, a souvent servi de r\u00e9f\u00e9rence pour justifier le refus de la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise, propos\u00e9e sous conditions, \u00e0 diff\u00e9rentes p\u00e9riodes, \u00e0 certains \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais musulmans\u00a0\u00bb Et si on regarde les discours politiques de la p\u00e9riode coloniale, on constate que ce Code est un moyen d&rsquo;exclusion : <em>\u00ab On ne peut pas donner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits \u00e0 ces gens-l\u00e0 dans la mesure o\u00f9 ils sont polygames, par cons\u00e9quent comment les int\u00e9grerait-on dans le Code civil ? \u00bb <\/em>Du c\u00f4t\u00e9 des Fran\u00e7ais musulmans, c&rsquo;est-\u00e0-dire des Alg\u00e9riens, comment \u00e9tait v\u00e9cu le rapport \u00e0 ce Code de statut personnel ? Il faut savoir que la France \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques de l&rsquo;histoire de la colonisation, et cela a commenc\u00e9 \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, pour r\u00e9compenser ce qu&rsquo;on appelait \u00ab\u00a0l&rsquo;imp\u00f4t du sang\u00a0\u00bb, a propos\u00e9 l&rsquo;assimilation, la naturalisation \u00e0 un certain nombre de gens et \u00e0 certaines conditions. <\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu&rsquo;il faut savoir aussi que cette naturalisation, qui faisait passer les gens en question du statut de sujet au statut de \u00ab\u00a0citoyen\u00a0\u00bb, devait de toute fa\u00e7on \u00eatre demand\u00e9e, et quand on devenait citoyen fran\u00e7ais on \u00e9tait \u00ab\u00a0naturalis\u00e9\u00a0\u00bb (bien que l&rsquo;Alg\u00e9rie soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une partie du territoire fran\u00e7ais), et on devait pour cette naturalisation, renoncer \u00e0 son statut personnel. Or cette renonciation a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par ceux qui faisaient cette demande, ou qui renon\u00e7aient \u00e0 la faire, ou par ceux qui ne la faisaient pas vis-\u00e0-vis de ceux qui l&rsquo;avaient faite, comme une renonciation \u00e0 la nationalit\u00e9, une trahison. Le statut personnel, avec ce que cela impliquait d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 pour les femmes, a servi de rep\u00e8re identitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre que la conservation du statut appara\u00eet alors comme un acte patriotique, et par le fait m\u00eame maintient la femme dans un certain rapport \u00e0 l&rsquo;homme dans le mariage, dans la famille, dans la famille et dans la soci\u00e9t\u00e9. Cette soumission des femmes devient un crit\u00e8re de nationalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce pass\u00e9 par cons\u00e9quent, vous avez d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 cette attitude qui est en gros patriotique et nationaliste, et de l&rsquo;autre se d\u00e9veloppe ce qu&rsquo;on appelle un \u00ab\u00a0f\u00e9minisme masculin\u00a0\u00bb. Cela peut appara\u00eetre comme une contradiction dans les termes et je m&rsquo;en explique. Il va se d\u00e9velopper au d\u00e9but du si\u00e8cle, dans le monde arabe, un courant qui est favorable \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes et qui est exceptionnellement, en \u00c9gypte, anim\u00e9 par des hommes et des femmes. Pour des raisons propres \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne, on y rencontre effectivement des femmes et une, particuli\u00e8rement c\u00e9l\u00e8bre, qui s&rsquo;appelle Hoda Chaharaoui. Mais c&rsquo;est un courant compos\u00e9 majoritairement d&rsquo;hommes, qui militent et qui \u00e9crivent pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes. Mais en Alg\u00e9rie, du fait de la nature m\u00eame de la colonisation, du fait aussi, dans cette situation, de la non-scolarisation des filles, il n&rsquo;y aura pas de femmes qui, au d\u00e9but du si\u00e8cle, revendiqueront l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits ; il y aura des hommes qui vont demander, sinon l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, du moins une certaine \u00e9mancipation des femmes et en particulier vont revendiquer pour elles des \u00e9coles. Ils veulent avoir des \u00e9pouses capables de les comprendre. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise \u00e9tait devenue obligatoire depuis la fin du XXe si\u00e8cle, mais cette obligation n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 effective que tr\u00e8s progressivement, et elle ne sera accept\u00e9e par les Alg\u00e9riens qu&rsquo;\u00e0 partir des ann\u00e9es vingt. Certaines familles vont y envoyer les gar\u00e7ons, mais on n&rsquo;y envoie pas les filles. M\u00eame dans les milieux o\u00f9 on y envoie les gar\u00e7ons on n&rsquo;y envoie que tr\u00e8s rarement les filles. <\/p>\n\n\n\n<p>Et ces hommes qui demandent des \u00e9coles pour les filles &#8211; il n&rsquo;y en a pas beaucoup &#8211; ce sont des avocats, des m\u00e9decins, des pharmaciens et le milieu des instituteurs indig\u00e8nes, du moins leur association qui lutte pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes mais n&rsquo;est pas suivie, et de tr\u00e8s loin, par tous les instituteurs indig\u00e8nes. Ces hommes demandent l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes, peut-\u00eatre de fa\u00e7on tout \u00e0 fait int\u00e9ress\u00e9e, puisqu&rsquo;ils revendiquent, et d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s claire, des \u00e9pouses avec lesquelles ils puissent vivre une vie de couple. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait nouveau dans la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, dans la soci\u00e9t\u00e9 maghr\u00e9bine, et je crois que c&rsquo;est encore une revendication actuelle : vivre en couple, avec une certaine \u00ab communication \u00bb entre mari et femme. \u00c9chapper aux exigences de la grande famille, rompre avec son emprise sur les individus. <\/p>\n\n\n\n<p>Car il faut se rendre compte que la grande famille implique un certain type de relations entre les hommes et les femmes, et surtout la non-communication entre les hommes et les femmes et aussi entre maris et femmes. Or je crois qu&rsquo;il est tr\u00e8s difficile \u00e0 des partis politiques de type moderne, m\u00eame s&rsquo;ils ne se d\u00e9finissent pas comme tels, d&rsquo;exister si la femme n&rsquo;est pas dans le coup. <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;exigence de ces hommes qui, au d\u00e9but du si\u00e8cle, se lancent dans des actions revendicatives et le fait que son actualit\u00e9 demeure. Par exemple, il y a deux ans, pr\u00e8s d&rsquo;Alger, un groupe de militants d&rsquo;un parti d&rsquo;opposition a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et j&rsquo;ai appris que l&rsquo;arrestation \u00e9tait venue du fait, qu&rsquo;un militant avait frapp\u00e9 sa femme. Celle-ci, sans \u00eatre alphab\u00e9tis\u00e9e, se rendait compte que le mari cachait des choses chez lui, qui pouvaient avoir un certain int\u00e9r\u00eat pour la police. Elle est all\u00e9e porter tout cela au commissariat et l&rsquo;activit\u00e9 du mari a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte. <\/p>\n\n\n\n<p>Conclusion des responsables : <em>\u00ab Il faut mettre les femmes dans le coup ; on ne peut pas fonctionner sans que les femmes soient \u00e0 la hauteur. \u00bb<\/em> \u00c7a peut para\u00eetre \u00e9tonnant mais c&rsquo;est une des dimensions encore tr\u00e8s actuelles du probl\u00e8me : \u00ab \u00e9duquer \u00bb les femmes pour que les hommes puissent militer, faire de la politique. R\u00e9cemment je lisais la lettre d&rsquo;un ami marocain qui est militant d&rsquo;un parti politique, c&rsquo;est un homme de cinquante ans qui a refus\u00e9 de se marier, car pour beaucoup de militants cela a \u00e9t\u00e9 et est encore un probl\u00e8me : ne pas se marier pour ne pas avoir de relations du type de l&rsquo;exemple cit\u00e9 plus haut. Et le discours qu&rsquo;il tenait concernant les femmes, le militantisme, \u00e9tait exactement le m\u00eame que celui qu&rsquo;on aurait pu lire dans les ann\u00e9es vingt ou trente en Alg\u00e9rie chez les hommes \u00ab f\u00e9ministes \u00bb. Cela se r\u00e9sume ainsi et on pourra y r\u00e9fl\u00e9chir : les femmes sont archa\u00efques et elles sont un poids pour les hommes qui veulent moderniser la soci\u00e9t\u00e9 (8). <\/p>\n\n\n\n<p>Pour en finir avec cela, j&rsquo;ajouterai que m\u00eame si le probl\u00e8me se repose plus ou moins dans les m\u00eames termes maintenant, en tout cas il y a l&rsquo;une des donn\u00e9es de ce probl\u00e8me qui a disparu, c&rsquo;est le colonialisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes qui militaient pour l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes pendant la p\u00e9riode coloniale faisaient partie de courants politiques qui ont toujours plus ou moins \u00e9t\u00e9 tax\u00e9s d&rsquo;assimilationnisme et de volont\u00e9 d&rsquo;occidentalisation. Pourtant, si aujourd&rsquo;hui le colonialisme est parti, ce qui revient encore constamment dans le d\u00e9bat politique, c&rsquo;est l&rsquo;association : \u00e9mancipation des femmes = occidentalisation Le f\u00e9minisme est \u00ab occidental \u00bb, les femmes ne doivent pas faire ceci ou cela, ou ne doivent pas revendiquer ceci ou cela, ou bien elles revendiquent cela parce qu&rsquo;elles sont \u00ab occidentalis\u00e9es \u00bb. Ce probl\u00e8me de l&rsquo;occidentalisation se pose aujourd&rsquo;hui pour d\u00e9nier aux femmes leurs objectifs, leurs revendications, les canaliser dans telle ou telle direction. Et il arrive fr\u00e9quemment que les femmes qui militent pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits disent elles-m\u00eames qu&rsquo;elles sont contre l&rsquo;occidentalisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Les femmes et la guerre de lib\u00e9ration<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>La participation des femmes \u00e0 la guerre de lib\u00e9ration (9). J&rsquo;ai envie d&rsquo;ajouter mythe et r\u00e9alit\u00e9. Parce qu&rsquo;on doit s&rsquo;interroger : quelle participation ? Il est \u00e9vident et certain que les femmes ont particip\u00e9 massivement \u00e0 la guerre de lib\u00e9ration. J&rsquo;h\u00e9siterais \u00e0 dire, ce qu&rsquo;on entend souvent dans les discours : <em>\u00ab Elles sont sorties \u00bb<\/em>, j&rsquo;ajouterai \u00ab sorties d&rsquo;o\u00f9 \u00bb ?, \u00ab sorties de quoi \u00bb ? <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord tout d\u00e9pend du type de luttes qui n&rsquo;\u00e9taient pas les m\u00eames \u00e0 la ville et \u00e0 la campagne. M\u00eame en ville on ne demandait pas les m\u00eames choses, \u00e0 n&rsquo;importe quelle femme, de n&rsquo;importe quel milieu. Quand on dit : <em>\u00ab les femmes sont sorties \u00bb<\/em>, il me semble qu&rsquo;il ne faut pas seulement penser : \u00ab Elles sont sorties dans la rue. \u00bb Certes c&rsquo;est important le fait de sortir hors de l&rsquo;espace familial o\u00f9 on est enferm\u00e9e, de voir des gens qui ne sont pas des parents, d&rsquo;exercer sinon des responsabilit\u00e9s politiques, mais avoir une responsabilit\u00e9 importante, en portant des messages ou des armes. C&rsquo;est \u00e9vident qu&rsquo;il y a eu une \u00ab sortie \u00bb mais dans quelle limite ? J&rsquo;ai tendance \u00e0 insister sur les limites dans la mesure o\u00f9 on voit de fa\u00e7on trop mythique celles qu&rsquo;on appelle les moudjahidates, c&rsquo;est-\u00e0-dire les anciennes combattantes. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu de la part du pouvoir en Alg\u00e9rie une mythification totale de la <em>moudjahida <\/em>qui a \u00e9t\u00e9 loin d&rsquo;\u00eatre innocente, dans la mesure o\u00f9 elle a permis de mettre en place un discours qui peut para\u00eetre un peu aberrant mais qui a fonctionn\u00e9 pratiquement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle et qui \u00e9tait le suivant : face \u00e0 toutes les revendications (si elles ont commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es soixante, les revendications n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 massives, ni vraiment spectaculaires avant longtemps) il s&rsquo;agissait en tout cas de trouver le moyen de les freiner. Et alors qu&rsquo;on ne disait rien dans la presse des revendications, il apparaissait &#8211; et c&rsquo;est comme cela que vous appreniez qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose &#8211; dans la presse &#8211; censur\u00e9e comme de bien entendu &#8211; le discours suivant : <em>\u00ab\u00a0Les femmes ayant particip\u00e9 \u00e0 la guerre de lib\u00e9ration ont gagn\u00e9 tous leurs droits.\u00a0\u00bb<\/em> Alors quels droits ? O\u00f9 \u00e9taient-ils ? Comment se manifestaient-ils ? Ce discours, d&rsquo;une fa\u00e7on ambigu\u00eb et m\u00eame contradictoire, arguait du fait de la participation pour dire qu&rsquo;elles avaient gagn\u00e9 des droits qu&rsquo;on n&rsquo;envisageait pas du tout d&rsquo;inscrire dans la loi puisqu&rsquo;on se proposait, secr\u00e8tement, pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;y inscrire l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9. On a d&rsquo;autant plus fait de la combattante une \u00ab h\u00e9ro\u00efne \u00bb qu&rsquo;on ne voulait pas son \u00e9galit\u00e9 avec les hommes. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la participation des femmes \u00e0 la guerre a \u00e9t\u00e9 certainement moins \u00ab h\u00e9ro\u00efque \u00bb que ce qu&rsquo;on en a fait \u00e0 partir des poseuses de bombes de la \u00ab bataille d&rsquo;Alger \u00bb (1957), ou l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on se fait des femmes portant des armes dans les maquis. Elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu nombreuses \u00e0 le faire, et la plupart du temps elles \u00e9taient cantonn\u00e9es dans des r\u00f4les d&rsquo;infirmi\u00e8res, quand elles sont rest\u00e9es au maquis. Le FLN-ALN n&rsquo;y tenait pas tellement, cette pr\u00e9sence de femmes au maquis introduisant la mixit\u00e9. La culture impose une stricte s\u00e9paration entre les sexes et la proximit\u00e9 des hommes et des femmes dans un espace donn\u00e9, la non-mixit\u00e9 posait d&rsquo;\u00e9normes probl\u00e8mes et on ne tenait pas \u00e0 la voir se perp\u00e9tuer, m\u00eame \u00ab justifi\u00e9e \u00bb par la guerre. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour vous donner une autre image que l&rsquo;image \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb (ce qui ne veut pas dire que je d\u00e9nie l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme des femmes), je voudrais vous lire un t\u00e9moignage de l&rsquo;\u00e9crivain Mouloud Feraoun (10). Je me dis qu&rsquo;apr\u00e8s tout c&rsquo;est aussi un point de vue sur ce qu&rsquo;\u00e9tait la vie des femmes dans les villages o\u00f9 se d\u00e9roulait la guerre et en particulier en Kabylie. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il constate avec beaucoup d&rsquo;amertume le 20 f\u00e9vrier 1959 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Le maquis aura \u00e9t\u00e9 bel et bien noyaut\u00e9 et cela expliquerait ses insucc\u00e8s. Les coupes sombres que l&rsquo;arm\u00e9e y taillait chaque fois et chaque fois le glaive qui s&rsquo;abattait sur l&rsquo;organisation pour en d\u00e9capiter la t\u00eate <\/em>(11). <em>Lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus eu d&rsquo;hommes pour aider les maquisards, on a oblig\u00e9 les femmes \u00e0 les remplacer et on les a astreintes \u00e0 assumer toutes les t\u00e2ches, toutes les responsabilit\u00e9s. L&rsquo;arm\u00e9e (fran\u00e7aise) a noyaut\u00e9 l&rsquo;organisation f\u00e9minine et voil\u00e0 comment les prisons et les camps ont commenc\u00e9 \u00e0 se remplir de femmes. Les fellaghas \u00e9gorgent celles qui trahissent, les militaires (fran\u00e7ais) fusillent, arr\u00eatent ou torturent celles qui travaillent pour l&rsquo;organisation. Les uns et les autres couchent avec les plus belles et font des b\u00e2tards aux jeunes filles et aux veuves. Les femmes mari\u00e9es, dieu merci, \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;abri de tels accidents. Mais de l&rsquo;avis unanime, on rend hommage aux fellaghas qui, en ce terrain, se montrent respectueux des coutumes ou tout simplement de la dignit\u00e9 humaine que le militaire fran\u00e7ais ne se g\u00eane pas de fouler. Mille fois plus respectueux car enfin le fellagha est discret et ne force jamais personne. Il se cache des gens du village, de ses compagnons d&rsquo;armes ; il est sanctionn\u00e9 durement lorsqu&rsquo;un scandale \u00e9clate ou alors il se rallie et se met \u00e0 faire du mal \u00e0 ses fr\u00e8res de la veille\u2026 <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab A A\u00eft Idir &#8211; un petit village de Kabylie &#8211; descente des militaires pendant la nuit. Le lendemain douze femmes seulement consentent \u00e0 avouer qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es. A Taourirt-M. les soldats passent trois nuits comme en un bordel gratuit. Dans un village des Beni-Quacifs on a compt\u00e9 cinquante-six b\u00e2tards. Chez nous la plupart des jolies filles ont subi les militaires. Fatma a vu ses filles et sa bru viol\u00e9es devant elle. La chose est donc devenue courante et les Kabyles n&rsquo;ont plus rien \u00e0 envier \u00e0 l&rsquo;Occident. Jusqu&rsquo;ici la vie sociale, les m\u0153urs, les coutumes ont eu pour objectif essentiel de sauvegarder jalousement le sexe des femmes. Ils consid\u00e9raient \u00e7a comme inali\u00e9nable et leur honneur \u00e9tait enfoui en dedans du vagin, tel un tr\u00e9sor plus pr\u00e9cieux que la vie. Or, voil\u00e0 qu&rsquo;ils tiennent \u00e0 la vie davantage qu&rsquo;au vagin de leur femme. Et lorsque les militaires les d\u00e9logent de chez eux, les parquent hors du village pour fouiller les maisons, ils savent que les sexes des filles et des femmes seront fouill\u00e9s aussi. L&rsquo;op\u00e9ration termin\u00e9e on les laisse retourner chez eux et alors ils font mine de ne pas comprendre. Ils parlent avec d\u00e9tachement de la duret\u00e9 des temps, de la sauvagerie des soldats qui cassent les portes et versent des jarres d&rsquo;huile ou volent les poules et les lapins, mais ils se f\u00e9licitent de n&rsquo;avoir pas eu peur et ils rient de plaisir quand une femme raconte qu&rsquo;elle a presque culbut\u00e9 un militaire \u00e0 moiti\u00e9 saoul, qui avait os\u00e9 lui serrer le bras. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Les fellaghas de leur c\u00f4t\u00e9 ont expliqu\u00e9 aux femmes, texte du Coran \u00e0 l&rsquo;appui, que leur combat \u00e0 elles consistait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 accepter l&rsquo;outrage des soldats et non \u00e0 le rechercher sp\u00e9cialement ; \u00e0 le subir et \u00e0 s&rsquo;en moquer&#8230; Au total les femmes supportent durement le poids de la guerre, on les bat comme les hommes, on les torture, on les tue, on les met en prison. \u00bb <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un peu plus loin il dit, faisant allusion \u00e0 l&rsquo;ordonnance de 1959 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La France peut bien maintenant apporter des r\u00e9formes, on n&rsquo;en a plus rien \u00e0 faire. \u00bb <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette ordonnance a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e par la France en pleine guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. Elle modifiait \u00ab\u00a0en faveur\u00a0\u00bb des femmes, si on peut dire, le statut personnel puisqu&rsquo;elle supprimait la polygamie, enlevait au mari le droit de r\u00e9pudiation et \u00e9tablissait donc une certaine \u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes et les femmes. Quelle a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9ponse du FLN ? Dans son journal, <em>El Moudjahid<\/em> du 4 f\u00e9vrier 1959, on lit ce commentaire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab\u00a0Ainsi des Fran\u00e7ais, au surplus chr\u00e9tiens ou de confession isra\u00e9lite comme l&rsquo;est para\u00eet-il Monsieur Michel Debr\u00e9, ont os\u00e9 de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 porter atteinte au Coran, de par son essence immuable, et imposer par le sabre aux musulmans d&rsquo;Alg\u00e9rie, les lois la\u00efques de la France et ce, dans la mati\u00e8re la plus sacr\u00e9e, \u00e0 savoir le statut personnel. Cette nouvelle atteinte par la France \u00e0 l&rsquo;islamisme soul\u00e8ve contre elle l&rsquo;indignation, non seulement de tout le monde musulman mais aussi de tous les peuples et de tous les hommes \u00e9pris de libert\u00e9 et pour qui la religion est un domaine qui rel\u00e8ve exclusive-ment de la communaut\u00e9 des croyants.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Concernant les moudjahidates, et j&rsquo;en finirai l\u00e0-dessus, j&rsquo;ai dit \u00ab mythe et r\u00e9alit\u00e9 \u00bb Dans le discours de l&rsquo;\u00c9tat auquel j&rsquo;ai fait allusion tout \u00e0 l&rsquo;heure, il appara\u00eet que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes et les femmes, les droits des femmes sont une question de m\u00e9rite et que les femmes doivent m\u00e9riter leurs droits. <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, si on relit les textes qui t\u00e9moignent de leurs revendications depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;abord dans le courrier des lecteurs de journaux (o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s pas mal de textes concernant le mariage, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits) ou aujourd&rsquo;hui, si on lit les textes m\u00eames des associations et des organisations, r\u00e9f\u00e9rence constante est faite aux moudjahidates. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il y a \u00e0 la fois une utilisation par le discours de l&rsquo;\u00c9tat de la r\u00e9f\u00e9rence aux moudjahidates dans le sens ambigu auquel je faisais allusion tout \u00e0 l&rsquo;heure, mais aussi utilisation par les femmes, qui revendiquent des droits, de l&rsquo;existence des moudjahidates qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et au nom desquelles elles exigent des droits. Il y a donc une esp\u00e8ce d&rsquo;accord implicite sur le m\u00e9rite et la raison pour laquelle des droits devraient \u00eatre accord\u00e9s aux femmes par la loi. Les droits des hommes n&rsquo;ont pas \u00e0 \u00eatre m\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La mobilisation contre le projet de Code<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>La protestation contre le projet de Code de la famille a \u00e9t\u00e9 surtout le fait des femmes ayant fait des \u00e9tudes universitaires qui se sont mobilis\u00e9es \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es soixante-dix. Ce qui a mis le feu aux poudres, qui a accentu\u00e9 et radicalis\u00e9 le mouvement, ce fut une simple mesure de police prise en 1981, qui a fait subitement d\u00e9couvrir aux femmes qui se sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport, l&rsquo;interdiction qui leur \u00e9tait formul\u00e9e de sortir du territoire alg\u00e9rien sans autorisation du mari, du p\u00e8re, ou d&rsquo;un tuteur. <\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement s&rsquo;est d&rsquo;abord manifest\u00e9 par des protestations diverses et par des Journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9tude qui ont eu lieu en 1981-1982 \u00e0 Alger et \u00e0 Oran, dont les Actes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s (mais sont tout \u00e0 fait inaccessibles en France parce que \u00e7a n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9, et en Alg\u00e9rie parce qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans le cadre du centre de recherches sociologiques d&rsquo;Oran dont les publications ne sortent pas d&rsquo;un milieu extr\u00eamement restreint). <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette m\u00eame p\u00e9riode entre 1981 et 1983, \u00e0 Alger, il y a eu plusieurs manifestations de femmes qui sont descendues dans la rue pour aller demander \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale le retrait de ce projet de Code. Ces manifestations ont eu lieu sans qu&rsquo;une r\u00e9pression tr\u00e8s ouverte se manifeste. N\u00e9anmoins plusieurs militantes furent arr\u00eat\u00e9es. La police fera courir le bruit que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 cause de leur appartenance \u00e0 des partis politiques interdits et non leurs activit\u00e9s dans les mouvements de femmes. <\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir va essayer de laisser retomber un peu les choses et, entre ces manifestations de 1983 jusqu&rsquo;\u00e0 juin 1984 o\u00f9 le Code sera vot\u00e9, le mouvement est effectivement retomb\u00e9. Il est reparti, et cette fois avec un grand dynamisme, depuis octobre 1988 dans le cadre d&rsquo;une certaine lib\u00e9ralisation qui a permis un mouvement associatif et l&rsquo;apparition de partis politiques dans la l\u00e9galit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Autre point auquel j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 plus ou moins fait allusion : cette esp\u00e8ce de repoussoir que constitue &#8211; et ce depuis l&rsquo;Ind\u00e9pendance &#8211; la femme occidentale. Certes il y a tout ce pass\u00e9 historique auquel j&rsquo;ai fait allusion qui, dans la p\u00e9riode 1989-1990 est surtout manipul\u00e9 par le FIS. Mais il ne faut pas s&rsquo;imaginer qu&rsquo;il n&rsquo;y a que les gens du FIS pour utiliser de tels arguments. Beaucoup d&rsquo;hommes politiques ont fait leur petit couplet sur <em>\u00ab\u00a0\u00e9mancipez-vous mais ne ressemblez pas aux femmes occidentales\u00a0\u00bb.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Avec un peu d&rsquo;humour, je dirai que le PCA (qui s&rsquo;appelle depuis 1966 PAGS, Parti de l&rsquo;avant-garde socialiste), a publi\u00e9 beaucoup de textes sur l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes depuis l&rsquo;Ind\u00e9pendance, dont une brochure en 1977. Se voulant plus nuanc\u00e9, il pr\u00e9cise tout de m\u00eame qu&rsquo;en Occident, il n`y a pas que les femmes dont la caricature semble \u00eatre la r\u00e9f\u00e9rence au journal <em>Elle<\/em>, mais aussi des femmes qui travaillent (on donne la photo de femmes en usine) et surtout il y a les femmes des pays de l&rsquo;Est\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l&rsquo;Ind\u00e9pendance, il y a eu beaucoup de discours politiques, sur le fait que de m\u00eame que les femmes avaient combattu pendant la guerre de lib\u00e9ration, elles combattaient et travaillaient pour le d\u00e9veloppement, pour le socialisme. Donc le mod\u00e8le de la femme militante et travailleuse, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de travail pour beaucoup de femmes, a \u00e9t\u00e9 pendant tr\u00e8s longtemps une esp\u00e8ce de r\u00e9f\u00e9rence oblig\u00e9e, un type de propagande semblable \u00e0 celle qu&rsquo;on diffusait dans les pays de l&rsquo;Est. L&rsquo;\u00e9mancipation se justifie par le travail et le militantisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Avant de terminer je voudrais revenir sur l&rsquo;apparition dans le Mouvement des femmes du mot d&rsquo;ordre de \u00ab lois civiles \u00bb, et sur le fait que pour le moment il n&rsquo;est pas suivi par tout le monde dans les associations car il renvoie implicitement \u00e0 un projet de la\u00efcisation qui ne se dit pas clairement. L&rsquo;inscription du Mouvement des femmes dans le projet d\u00e9mocratique est un fait. Je ne sais pas si c&rsquo;est un bien, je ne sais pas si c&rsquo;est un mal, je crois que \u00e7a pose probl\u00e8me car est-ce qu&rsquo;il peut y avoir une d\u00e9mocratie sans les femmes ? Je pense que la r\u00e9ponse est oui. Mais sans doute n&rsquo;y a-t-il pas de Mouvement des femmes sans d\u00e9mocratie. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ajouterai pour finir la pr\u00e9sence tr\u00e8s forte chez les femmes \u00ab modernistes \u00bb d&rsquo;une argumentation qu&rsquo;on rencontre en lisant des textes publi\u00e9s par des femmes qui participent au Mouvement. Je pense \u00e0 l&rsquo;article de Rabia Abdelkrim dans le dernier num\u00e9ro de <em>Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, \u00ab Femmes et Pouvoir \u00bb (12) : la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Islam \u00ab authentique \u00bb, au fait qu&rsquo;il y a un \u00ab vrai \u00bb Islam ou un \u00ab faux \u00bb Islam. Chacun en effet se les renvoie, entre une gauche \u00e0 laquelle le Mouvement des femmes est attach\u00e9 puisqu&rsquo;il y a une certaine unit\u00e9 d&rsquo;action qui se d\u00e9veloppe entre le Mouvement de femmes et les partis de gauche et &#8211; en prenant les crit\u00e8res fran\u00e7ais qui ne collent pas forc\u00e9ment bien &#8211; la droite et le FIS. On se renvoie la religion comme plus ou moins bien interpr\u00e9t\u00e9e. Tout le monde fait une esp\u00e8ce d&rsquo;utilisation instrumentale de la religion. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas particulier \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie. Si vous lisez les livres de Fatima Mernissi (en particulier, <em>le Harem politique<\/em>) (13), marocaine, vous verrez que l\u00e0 aussi il y a cette argumentation sur un vrai Islam qui aurait \u00e9t\u00e9 occult\u00e9, qui serait occult\u00e9 par certains, et qui d\u00e8s le VIIe si\u00e8cle aurait voulu l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les hommes et les femmes. Les modernistes musulmans argumentent plut\u00f4t en termes de \u00ab v\u00e9ritable islam \u00bb qu&rsquo;en termes de la\u00efcit\u00e9, d&rsquo;exigence de libert\u00e9 de penser. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, il me semble que dans le d\u00e9bat actuel, qui est un d\u00e9bat tr\u00e8s politique et il y a une id\u00e9e qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 chez les hommes \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb des ann\u00e9es vingt ou trente, qui n&rsquo;est pas \u00e9claircie, et ne l&rsquo;est pas non plus par le Mouvement des femmes. C&rsquo;est cette id\u00e9e que la situation des femmes et en particulier leur situation juridique, puisque c&rsquo;est essentiellement \u00e0 cela qu&rsquo;on s&rsquo;attaque, est une manifestation de l&rsquo;archa\u00efsme de la soci\u00e9t\u00e9, comme si la modernisation devait faire dispara\u00eetre tout probl\u00e8me entre les sexes. Lors du colloque \u00ab Droits des femmes au Maghreb \u00bb, qui s&rsquo;est tenu \u00e0 Paris du 16 au 18 mars, Fadela M&rsquo;Rabet a pu dire, sans susciter de contradictions, qu&rsquo;en France les femmes et les hommes \u00e9taient r\u00e9concili\u00e9s. La situation des femmes alg\u00e9riennes serait un avatar d&rsquo;un patriarcat d\u00e9pass\u00e9 dans les pays modernes. <\/p>\n\n\n\n<p>Or je pense que cette id\u00e9e d&rsquo; \u00ab\u00a0archa\u00efsme\u00a0\u00bb tient au fait que le rapport entre les sexes n&rsquo;est pas, dans ce mouvement, clairement formul\u00e9 comme \u00e9tant un rapport social, tandis qu&rsquo;implicitement on donne \u00e0 penser que la \u00ab\u00a0condition\u00a0\u00bb qui est celle des femmes alg\u00e9riennes \u00e0 l&rsquo;heure actuelle &#8211; et dont la transformation juridique semble \u00eatre la clef &#8211; serait chang\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on positive si elle se modernisait. C&rsquo;est pour cette raison, et avec les interrogations que j&rsquo;ai sugg\u00e9r\u00e9es, que j&rsquo;avais intitul\u00e9 l&rsquo;expos\u00e9 : \u00ab\u00a0Modernisme ou f\u00e9minisme ?\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Post-scriptum<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une certaine mani\u00e8re cette conclusion s&rsquo;est confirm\u00e9e. Depuis l&rsquo;arr\u00eat du processus \u00e9lectoral en janvier 1992 le discours politique s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre essentiellement un discours anti-FIS pr\u00e9sent\u00e9 comme l&rsquo;incarnation de \u00ab l\u2019archa\u00efsme \u00bb. Les adversaires du FIS se d\u00e9clarent, toutes tendances confondues, partisans de la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb. On veut un \u00c9tat moderne, une \u00e9conomie moderne, une soci\u00e9t\u00e9 moderne. On \u00e9crit dans des publications diverses qu&rsquo;il y a deux projets de soci\u00e9t\u00e9 incompatibles. Cinq membres du BP du PAGS (Parti de l&rsquo;avant-garde socialiste, communiste) ont d\u00e9missionn\u00e9 de leur parti pour fonder un Front de l&rsquo;Alg\u00e9rie moderne, et publi\u00e9 un texte qui sugg\u00e8re une \u00e9ventuelle partition. Un commentateur a fait remarquer qu&rsquo;il fallait en effet remplacer la lutte des classes par la lutte entre la modernit\u00e9 et l&rsquo;archa\u00efsme. Les hommes \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb sont donc maintenant, du moins verbalement, pour la cause des femmes. Tandis que le Mouvement des femmes semble se dissoudre dans cette lutte pour le modernisme et trouver moins que jamais ses propres marques. <\/p>\n\n\n\n<p>Le Mouvement des femmes se situe donc dans cet affrontement (non pacifique : on l&rsquo;a vu en 1991, on le voit en 1992, avec le d\u00e9veloppement du terrorisme) entre deux projets de soci\u00e9t\u00e9. Ce Mouvement n&rsquo;attire pas la masse des femmes, qu&rsquo;elles soient d&rsquo;origine populaire, ou bien form\u00e9es au lyc\u00e9e ou \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante-dix et quatre-vingt, p\u00e9riode o\u00f9 s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e l&rsquo;arabisation qui a favoris\u00e9 le recrutement massif d&rsquo;enseignants porteurs d&rsquo;une id\u00e9ologie qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0islamiste\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut donc pas s&rsquo;\u00e9tonner de voir un nombre tr\u00e8s important de femmes, jeunes, adh\u00e9rer \u00e0 cette id\u00e9ologie, militer dans les organisations politiques qui s&rsquo;en r\u00e9clament (FIS ou Hamas, plus mod\u00e9r\u00e9). Elles y trouvent une certaine \u00e9mancipation : elles se sont mises \u00e0 fr\u00e9quenter les mosqu\u00e9es qui, ne l&rsquo;oublions pas, ne sont pas seulement lieux de pri\u00e8re, mais aussi de formation religieuse et scolaire. En effet on y trouve des enseignants qui font gratuitement du rattrapage scolaire. Les filles y acc\u00e8dent \u00e0 une connaissance \u00ab\u00a0savante\u00a0\u00bb de la religion ; du fait de leur acquisition de l&rsquo;arabe litt\u00e9raire elles peuvent lire les textes, devenir ainsi des propagandistes actives. Elles peuvent m\u00eame ainsi \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 familiale, certes pour retomber sous celle des cheikhs qui dirigent les partis islamistes. Mais est-ce bien diff\u00e9rent dans les partis \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Juillet 1992<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Des \u00e9lections l\u00e9gislatives, mettant en comp\u00e9tition une pluralit\u00e9 de partis, pour la premi\u00e8re fois depuis l&rsquo;Ind\u00e9pendance auront lieu en d\u00e9cembre 1991. Le premier tour le 26 d\u00e9cembre laisse pr\u00e9voir la victoire du Front islamique du salut au second tour. Les \u00e9lections sont annul\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) <em>a)<\/em> Texte cit\u00e9 par H\u00e9l\u00e8ne Vandevelde. Quelques signes d&rsquo;un glissement des notions de \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb et de \u00bb citoyen \u00bb \u00e0 celle de <em>\u00ab\u00a0Umma\u00a0\u00bb<\/em> (communaut\u00e9 des croyants) et de <em>\u00ab\u00a0Mu&rsquo;minin\u00a0\u00bb<\/em> (croyants). <em>Revue alg\u00e9rienne des sciences juridiques, \u00e9conomiques et politiques<\/em>, 1982, Alger, et rappel\u00e9 par Cherif Ferjani, \u00ab\u00a0La tentation soudanaise de Chadli\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 22 juin 1990. <br>b) Les mots auxquels renvoie la d\u00e9claration du ministre de la Justice sont autant de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la tradition juridique islamique : l&rsquo;<em>istihsan<\/em> = recherche du mieux, l&rsquo;<em>ijtihad<\/em> = recherche et interpr\u00e9tation personnelle dont on dit que \u00ab les portes sont ferm\u00e9es \u00bb depuis la mise en place du droit musulman au IIIe si\u00e8cle de l&rsquo;H\u00e9gire (IXe si\u00e8cle). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3). Tel \u00e9tait le cas \u00e0 la date de cette conf\u00e9rence. Depuis 1991 cette association demande aussi l&rsquo;abrogation du Code. Les deux premi\u00e8res associations sont li\u00e9es \u00e0 des partis trotskystes, la troisi\u00e8me au PAGS (communiste). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">4. Il s&rsquo;agit en fait de l&rsquo;OST, organisation trotskyste. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">5. Comme on le sait le Front islamique du salut a remport\u00e9 une victoire \u00e9crasante \u00e0 ces \u00e9lections. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">6. Apr\u00e8s la manifestation impressionnante du FIS \u00e0 Alger le 20 avril 1990 une manifestation \u00e9tait pr\u00e9vue le 10 mai 1990 organis\u00e9e par quatre partis d\u00e9mocrates. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">7 En 1992 on a atteint un nombre proche de soixante partis. C&rsquo;est une dispersion totale. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">8. Tel est encore le point de vue global de beaucoup d&rsquo;hommes progressistes : avoir des femmes qui comprennent leur engagement politique. Pour eux c&rsquo;est souvent la principale raison d&rsquo;\u00eatre des associations, non le \u00ab\u00a0f\u00e9minisme\u00a0\u00bb per\u00e7u comme une guerre aberrante contre les hommes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">9. Depuis cette conf\u00e9rence est paru le livre de Djamila Amrane, <em>les Femmes alg\u00e9riennes dans la guerre<\/em>, pr\u00e9face de P. Vidal-Naquet, \u00e9ditions Plon, 1991. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">10. Mouloud Feraoun, l&rsquo;un des \u00e9crivains alg\u00e9riens les plus c\u00e9l\u00e8bres, n\u00e9 en 1913, en Kabylie, assassin\u00e9 par l&rsquo;OAS avec un groupe d&rsquo;enseignants \u00e0 El Biar (Alger) le 15 mars 1962. Mouloud Feraoun \u00e9tait instituteur. Homme qui r\u00e9pugnait \u00e0 la violence, \u00e0 l&rsquo;engagement dans un parti, il fut d\u00e9chir\u00e9 par la guerre. Il tint son journal, qui est un document exceptionnel sur cette p\u00e9riode, de 1955 \u00e0 1962. Il fut \u00e9dit\u00e9 au Seuil comme toute son \u0153uvre romanesque (<em>Journal, 1955-1962<\/em>) pr\u00e9fac\u00e9 par Emmanuel Robles, qui fut son ami de jeunesse depuis qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient connus \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale de Bouzareah (Alger). Pour qui voudrait en conna\u00eetre plus sur la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, consulter de Ch. Bonn, <em>Anthologie de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne<\/em>, le Livre de poche 1990. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">11. Il s&rsquo;agit du FLN-ALN <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">12. <em>Cf. Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, \u00ab\u00a0Femmes et pouvoir\u00a0\u00bb, n\u00b048-49 (1989), sous la direction de Monique Gadant. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">13. Fatima Mernissi, <em>le Harem politique, le Proph\u00e8te et les femmes<\/em>, Albin Michel, 1987.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Les femmes, la famille et la nationalit\u00e9 alg\u00e9rienne\u00a0\u00bb, <em>Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, n\u00b015, 1981. <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Interrogations alg\u00e9riennes\u00a0\u00bb in <em>Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, n\u00b0 22-23, 1983, \u00ab\u00a0Les femmes de la M\u00e9diterran\u00e9e\u00a0\u00bb, sous la direction de M. Gadant. <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Nationalit\u00e9 et citoyennet\u00e9, les femmes alg\u00e9riennes et leurs droits\u00a0\u00bb, in <em>Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, n\u00b044-45, 1988, \u00ab\u00a0Les femmes et la modernit\u00e9\u00a0\u00bb, sous la direction de M. Gadant. <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Les communistes alg\u00e9riens et l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0La permission de dire \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb, r\u00e9flexions sur les femmes et l&rsquo;\u00e9criture \u00e0 propos du roman d&rsquo;Assia Djebar, <em>l&rsquo;Amour, la fantasia<\/em> (J.C. Latt\u00e8s, 1985)\u00a0\u00bb, in <em>Peuples m\u00e9diterran\u00e9ens<\/em>, n\u00b048-49, 1989. \u00ab Femmes et pouvoir \u00bb, sous la direction de M. Gadant. <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Les islamistes ne sont pas sortis du n\u00e9ant\u00a0\u00bb, in <em>Cahiers du f\u00e9minisme<\/em> (dossier sur l&rsquo;Alg\u00e9rie), n\u00b053, \u00e9t\u00e9 1990. <\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab\u00a0Sheherazade, l&rsquo;histoire et les histoires\u00a0\u00bb, in <em>Femmes du Maghreb au pr\u00e9sent (la dot, le travail, l&rsquo;identit\u00e9)<\/em>, \u00e9ditions du CNRS, 1991, ouvrage collectif sous la direction de Mich\u00e8le Kasriel et Monique Gadant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Note : les intertitres sont de la r\u00e9daction.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* Le pr\u00e9sent article est le texte l\u00e9g\u00e8rement remani\u00e9 d&rsquo;une conf\u00e9rence suivie d&rsquo;un d\u00e9bat qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par Monique Gadant, le 28 avril 1990, au Club Flora Tristan. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 avec le d\u00e9bat (cahier num\u00e9ro 33) par le Club Flora Tristan, 26, boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Monique Gadant paru dans Critique Communiste, n\u00b0 120-121, juillet 1992, p. 45-52 Afin d&rsquo;\u00e9clairer et de comprendre la nature de ce qu&rsquo;on appelle le mouvement des femmes en Alg\u00e9rie, ses objectifs et les difficult\u00e9s qu&rsquo;il rencontre, il est n\u00e9cessaire de revenir en arri\u00e8re, voire m\u00eame de se situer dans une perspective un peu [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[59,112,4040,435,573,3195,1235,4834,858,1017],"class_list":["post-17145","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-59","tag-algerie","tag-critique-communiste","tag-femmes","tag-islamisme","tag-ligue-communiste-revolutionnaire","tag-modernite","tag-monique-gadant","tag-nationalisme","tag-religion"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-4sx","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":17086,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/19\/monique-gadant-memoires-algeriennes\/","url_meta":{"origin":17145,"position":0},"title":"Monique Gadant : M\u00e9moires alg\u00e9riennes","author":"SiNedjib","date":"19\/09\/2022","format":false,"excerpt":"Article de Monique Gadant paru dans les Cahiers du f\u00e9minisme, n\u00b0 61, \u00e9t\u00e9 1992, p. 38-39 les Femmes alg\u00e9riennes dans la guerre de Djamila Amrane Trente ans apr\u00e8s la fin de la guerre de lib\u00e9ration, ce travail important d'une historienne, qui fut elle-m\u00eame une de ces femmes dans la guerre,\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=1050%2C600&ssl=1 3x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Djamila-Amrane-femmes-algeriennes-guerre-scaled.jpg?resize=1400%2C800&ssl=1 4x"},"classes":[]},{"id":17153,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/09\/29\/monique-gadant-algerienne-de-limaginaire-au-reel\/","url_meta":{"origin":17145,"position":1},"title":"Monique Gadant : Alg\u00e9riennes. 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