{"id":17738,"date":"2023-01-08T11:52:56","date_gmt":"2023-01-08T10:52:56","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=17738"},"modified":"2025-07-24T22:25:58","modified_gmt":"2025-07-24T20:25:58","slug":"il-y-a-trente-ans-le-front-populaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/01\/08\/il-y-a-trente-ans-le-front-populaire\/","title":{"rendered":"Il y a trente ans : le Front Populaire"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article paru en trois parties dans <em>Pouvoir Ouvrier<\/em>, <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/soub\/pouvoirouvrier\/po-n078.pdf\" target=\"_blank\">n\u00b0 78, juin 1966<\/a>, p. 3-5 ; <a href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/soub\/pouvoirouvrier\/po-n079.pdf\">n\u00b0 79, juillet-ao\u00fbt 1966<\/a>, p. 4-6<\/strong> <strong>; <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/soub\/pouvoirouvrier\/po-n080.pdf\" target=\"_blank\">n\u00b0 80, septembre-octobre 1966<\/a>,<\/strong> <strong>p. 5-9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Pour les Communistes les enseignements de l&rsquo;histoire du Front Populaire sont des plus simples : l&rsquo;unit\u00e9 syndicale et l&rsquo;unit\u00e9 politique de la gauche ont alors assur\u00e9 la d\u00e9faite de la r\u00e9action et le succ\u00e8s des revendications ouvri\u00e8res. Aujourd&rsquo;hui comme il y a 30 ans, \u00ab\u00a0l&rsquo;unit\u00e9 sans exclusive\u00a0\u00bb des organisations syndicales et des \u00ab\u00a0vrais r\u00e9publicains\u00a0\u00bb produirait les m\u00eames heureux effets et m\u00eame permettrait d&rsquo;amorcer la transition pacifique vers le socialisme. Le dernier mot du \u00ab\u00a0marxisme\u00a0\u00bb des communistes est de proposer aux travailleurs la simple r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;une politique vieille de trois d\u00e9cennies, qui fut mise en \u0153uvre dans des conditions enti\u00e8rement diff\u00e9rentes et qui de surcroit d\u00e9montra la faillite retentissante du r\u00e9formisme.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>LES ORIGINES ET LA SIGNIFICATION DU FRONT POPULAIRE.<\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Le Front Populaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;alliance des staliniens, des r\u00e9formistes de la S.F.I.O. et des politiciens radicaux est n\u00e9 d&rsquo;une situation de crise de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et de la menace que faisait peser sur la paix, la renaissance des forces de l&rsquo;Imp\u00e9rialisme allemand. <\/p>\n\n\n\n<p>La crise qui \u00e0 partir de 1930 secoue le monde capitaliste atteint progressivement la France. En 1935 la production fran\u00e7aise a recul\u00e9 de 46 % par rapport \u00e0 1930 et les salaires ouvriers sont tomb\u00e9s de pr\u00e8s de 7 % ; il y a sans doute pr\u00e8s d&rsquo;un million de ch\u00f4meurs. Les ouvriers ne sont pas les seuls \u00e0 subir les effets de la d\u00e9pression : les paysans qui ne parviennent plus \u00e0 vendre les produits agricoles et la petite bourgeoisie qui voit ses profits fondre avec les m\u00e9ventes et les faillites se multiplier, donnent des signes d&rsquo;impatience.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que des gouvernements radicaux et mod\u00e9r\u00e9s, incapables d&rsquo;organiser un red\u00e9marrage de l&rsquo;\u00e9conomie se succ\u00e8dent, les communistes et les socialistes, ainsi que les deux centrales syndicales CGTU et CGT restent d\u00e9sunies. A l&rsquo;extr\u00eame-droite se forment des ligues &#8211; Croix de Feu, Chemises Vertes &#8211; qui, imitant les m\u00e9thodes et l&rsquo;id\u00e9ologie du fascisme allemand et italien, essaient d&rsquo;attirer \u00e0 elles les classes moyennes et les paysans. <\/p>\n\n\n\n<p>Le 6 f\u00e9vrier 1934, \u00e0 la faveur du scandale Stavisky qui fait \u00e9clater la corruption des milieux officiels, les ligues fascisantes tentent d&rsquo;attaquer le Parlement et d&rsquo;instituer un r\u00e9gime autoritaire. <\/p>\n\n\n\n<p>La situation est alors des plus claires : comme en Italie et en Allemagne le grand Capital incline \u00e0 utiliser les bandes fascistes pour briser en m\u00eame temps que la d\u00e9mocratie bourgeoise, les organisations ouvri\u00e8res, y compris r\u00e9formistes, afin de pouvoir restructurer et faire survivre un syst\u00e8me qui est en pleine crise. <\/p>\n\n\n\n<p>La pouss\u00e9e fasciste cependant se heurte \u00e0 de fortes r\u00e9sistances. D&rsquo;abord la classe ouvri\u00e8re n&rsquo;est pas pr\u00eate \u00e0 c\u00e9der sans combat : elle le d\u00e9montre notamment le 12 F\u00e9vrier par une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui r\u00e9alise l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action entre les Socialistes et les Communistes. Ensuite les classes moyennes &#8211; l&rsquo;\u00e9lectorat du Parti Radical &#8211; ne sont pas encore gagn\u00e9es au fascisme et les politiciens radicaux s&rsquo;ils redoutent les revendications ouvri\u00e8res, craignent aussi la formation d&rsquo;un r\u00e9gime fasciste qui les chasserait de leurs postes dans l&rsquo;appareil d&rsquo;Etat. <\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, en 1934 le P.C. op\u00e8re un virage &#8211; il refusait jusque l\u00e0 toute alliance avec les Socialistes, assurait que la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie bourgeoise \u00e9tait une duperie et persistait dans le d\u00e9faitisme r\u00e9volutionnaire -. Mais apr\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement de Hitler, Staline inquiet se cherche des alli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Ouest ; et il va effectivement conclure un pacte avec la France (1935). D\u00e8s le mois de mai. 1934, le P.C.F. conform\u00e9ment \u00e0 la nouvelle politique du Komintern, se prononce pour l&rsquo;alliance avec les Socialistes, puis en Octobre pour l&rsquo;alliance avec les Radicaux et finalement pour la d\u00e9fense nationale de la France. Ce ralliement aux th\u00e8ses d\u00e9 la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie et de la nation contre la menace fasciste ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure, fait tomber les pr\u00e9ventions des Socialistes et des Radicaux\u2026 En 1935 un cartel \u00e9lectoral est conclu entre le P.C.F., la S.F.I.O. et les Radicaux en vue des \u00e9lections de 1936. La m\u00eame ann\u00e9e l&rsquo;unit\u00e9 syndicale est r\u00e9tablie au Congr\u00e8s de Toulouse entre la C.G.T.U. et la C.G.T. Mais pas plus la C.G.T. r\u00e9unifi\u00e9e que les partis qui constituent le Front Populaire n&rsquo;adoptent un programme de nature \u00e0 mettre en question l&rsquo;ordre capitaliste. L&rsquo;anti-fascisme ne va pas au-del\u00e0 de projets assez timides destin\u00e9s \u00e0 obtenir un red\u00e9marrage de l&rsquo;\u00e9conomie (politique de grands travaux, hausse des salaires, r\u00e9duction de la dur\u00e9e de travail, revalorisation du prix des c\u00e9r\u00e9ales\u2026) et l&rsquo;adh\u00e9sion des couches populaires. Le Parti Communiste, avant tout soucieux que se forme un gouvernement qui donnera un contenu positif au pacte Franco-Sovi\u00e9tique, a particuli\u00e8rement insist\u00e9 pour que soit \u00e9cart\u00e9 du programme du Front Populaire, tout ce qui aurait pu inqui\u00e9ter les Radicaux et leur client\u00e8le \u00e9lectorale bourgeoise. La politique du Front Populaire ne pr\u00e9sente aucune diff\u00e9rence fondamentale avec celle que aux U.S.A., le politicien bourgeois Roosevelt venait de mettre en \u0153uvre pour essayer de surmonter la crise de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine. Elle n&rsquo;est qu&rsquo;une tentative pour trouver une issue de \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb \u00e0 la crise du syst\u00e8me Capitaliste dans le cadre de ce syst\u00e8me lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LES GREVES DE MAI-JUIN 1936.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant le Front Populaire a \u00e9t\u00e9 compris, \u00e0 la base, par la classe ouvri\u00e8re ; les employ\u00e9s et m\u00eame une large partie de la classe moyenne, comme la promesse d&rsquo;un changement profond, par rapport \u00e0 la politique d&rsquo; [immobilisme] et d&rsquo;impuissance des gouvernements qui se succ\u00e9daient depuis 1930. Aux \u00e9lections le Front Populaire triomphe, mais en fait les Radicaux perdent presque partout des voies au profit de la S.F.I.O. et surtout du P.C.F. <\/p>\n\n\n\n<p>Le 4 juin 1936, conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e8gle parlementaire, Blum constitue le gouvernement apr\u00e8s avoir pr\u00e9cis\u00e9 qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de mettre en \u0153uvre une politique socialiste mais seulement d&rsquo;appliquer le programme du Front populaire. Les Communistes soutiennent le gouvernement en refusant toutefois d&rsquo;y participer : conscients de l&rsquo;\u00e9cart qui existe entre les aspirations des ouvriers et la timidit\u00e9 du programme du Front Populaire, ils sont peu soucieux d&rsquo;endosser les responsabilit\u00e9s des d\u00e9ceptions qui suivront. <\/p>\n\n\n\n<p>Car depuis le 11 mai les gr\u00e8ves s&rsquo;\u00e9tendent dans le pays, les ouvriers occupent les usines. Le mouvement a d\u00e9but\u00e9 sous une forme d\u00e9fensive : c&rsquo;est pour imposer le r\u00e9embauchage d&rsquo;ouvriers licenci\u00e9s parce qu&rsquo;ils avaient particip\u00e9 aux manifestations du Premier Mai, que se produisent les premi\u00e8res gr\u00e8ves aux usines d&rsquo;aviation du Havre et de Toulouse. L&rsquo;occupation des ateliers n&rsquo;a pas semble-t-il d&rsquo;autres buts que d&#8217;emp\u00eacher les lock-out particuli\u00e8rement mena\u00e7ants dans une p\u00e9riode de ch\u00f4mage. Dans la deuxi\u00e8me quinzaine de Mai, le mouvement de gr\u00e8ve et d&rsquo;occupation des usines gagne l&rsquo;ensemble de la m\u00e9tallurgie parisienne. Les gr\u00e9vistes demandent la semaine de quarante heures, des cong\u00e9s pay\u00e9s, une augmentation de salaires, l&rsquo;\u00e9lection de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ouvriers qui les repr\u00e9senteront aupr\u00e8s du patronat. Fin Mai, d\u00e9but Juin, au moment o\u00f9 le gouvernement Blum se constitue, les gr\u00e8ves s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 de nouvelles corporations et aux villes de province. Seuls quelques d\u00e9partements du Sud et du Sud-Est du Massif Central ne sont pas touch\u00e9s. Le huit juin il y a deux millions de gr\u00e9vistes. Les gr\u00e8ves et les occupations d&rsquo;usines gagnent les couches p\u00e9riph\u00e9riques du prol\u00e9tariat : les vendeurs de magasins, les gar\u00e7ons de caf\u00e9 et de restaurants, les vendeurs de journaux, les employ\u00e9s des salles de spectacles, les assurances etc. Comment s&rsquo;explique ce mouvement de gr\u00e8ves, le plus vaste que la France ait connu ? et que signifie-t-il ? <\/p>\n\n\n\n<p>Il est d&rsquo;abord le r\u00e9sultat de l&rsquo;exploitation forcen\u00e9e et humiliante qu&rsquo;ont subi les ouvriers depuis 1930. La crainte du ch\u00f4mage a pendant des ann\u00e9es courb\u00e9 les travailleurs et les patrons en ont profit\u00e9 avec une arrogance sans limites, aussi bien pour abaisser les salaires que pour instituer dans les ateliers une discipline des plus brutale et des plus vexante. La victoire \u00e9lectorale du Front Populaire, les manifestations populaires qui suivent, la perspective de la formation prochaine d&rsquo;un gouvernement socialiste, modifient l&rsquo;atmosph\u00e8re politique. <\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite la crainte change de camp. Lors des premi\u00e8res gr\u00e8ves les ouvriers inquiets se barricadent dans les usines de crainte d&rsquo;\u00eatre attaqu\u00e9s par les gardes mobiles ou les fascistes. A la fin du mois de mai ce sont les patrons qui sont pris de panique, et apr\u00e8s avoir protest\u00e9 contre le caract\u00e8re ill\u00e9gal des occupations, ils conjurent le gouvernement de ne pas utiliser la force pour faire \u00e9vacuer leurs entreprises. C&rsquo;est qu&rsquo;en occupant les locaux o\u00f9 se trouvent les stocks de mati\u00e8res premi\u00e8res et les machines, les ouvriers ont pris un gage d\u00e9cisif sur le patronat qui redoute que des \u00e9chauffour\u00e9es dans ses entreprises ne nuise \u00e0 son mat\u00e9riel. La formation du gouvernement Blum ne fait qu&rsquo;amplifier la certitude que le pouvoir ne pourra pas agir par la force et que le patronat sera oblig\u00e9 de c\u00e9der. <\/p>\n\n\n\n<p>Bien que les ouvriers ne soient pas encore clairement conscients de la n\u00e9cessit\u00e9 de porter la lutte au-del\u00e0 du cadre des usines, \u00e7\u00e0 et l\u00e0 ils inclinent spontan\u00e9ment dans ce sens. A Paris les gr\u00e9vistes envahissent les rues et interdisent la parution des journaux bourgeois. A Nantes ils font interdire par la Pr\u00e9fecture les manifestations r\u00e9actionnaires. A Lille, \u00e0 Paris et en divers autres endroits, ils envisagent de s&rsquo;armer. <\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il est exag\u00e9r\u00e9 de dire que la R\u00e9volution Fran\u00e7aise avait commenc\u00e9, la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait du moins en train de s&rsquo;engager dans une voie qui pouvait y conduire. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LES ORGANISATIONS DU FRONT POPULAIRE DEBORDEES.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui \u00e9pouvante le Patronat c&rsquo;est d&rsquo;abord la fa\u00e7on dont les gr\u00e8ves se produisent. <\/p>\n\n\n\n<p>Souvent en effet, les travailleurs occupent les entreprises avant m\u00eame d&rsquo;avoir d\u00e9pos\u00e9 des cahiers de revendications. Il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;ils s\u00e9questrent les patrons ou les agents de la direction qui se sont montr\u00e9s particuli\u00e8rement tyranniques. De tels actes constituent, en m\u00eame temps que les occupations d&rsquo;usines, une contestation croissante du principe de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l&rsquo;autorit\u00e9 patronale dans les entreprises. Par la suite d&rsquo;ailleurs, le patronat se plaindra, bien plus encore que des concessions qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es dans le domaine des salaires et de la dur\u00e9e du travail, de la ruine de son autorit\u00e9 et de l&rsquo;indiscipline qui s&rsquo;est \u00e9tablie dans les ateliers. Traduisant la grande peur des industriels, le Comit\u00e9 Central du Textile de Lille \u00e9crira que le patronat ne veut plus \u00ab\u00a0de s\u00e9questration, de laissez-passer accord\u00e9s aux patrons par les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d&rsquo;usine\u2026. de patrons bloqu\u00e9s chez eux\u2026 de piquets de gr\u00e8ve install\u00e9s jour et nuit au domicile de leur directeur\u00a0\u00bb, ni que \u00ab\u00a0son personnel puisse \u00eatre traduit en jugement par un conseil d&rsquo;usine\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Autre sujet d&rsquo;inqui\u00e9tude pour le Patronat, c&rsquo;est que le mouvement a largement \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la CGT. D&rsquo;abord les gr\u00e8ves se sont d\u00e9clench\u00e9es et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es ind\u00e9pendamment de toute directive centrale donn\u00e9e par la CGT, qui a m\u00eame vigoureusement agi pour emp\u00eacher les travailleurs de la fonction publique, les postiers, les cheminots, les gaziers de cesser le travail. Pendant tout le mois de mai et les premiers jours de juin, les syndicats se sont efforc\u00e9s de m\u00e9nager des accords particuliers aux diff\u00e9rentes entreprises entre patrons et gr\u00e9vistes. Mais apr\u00e8s reprise du travail, ces accords sont le plus souvent rompus par les ouvriers qui recommencent la gr\u00e8ve et l&rsquo;occupation de l&rsquo;entreprise. Les luttes d&rsquo;ailleurs gagnent des entreprises o\u00f9 il n&rsquo;y a que peu ou pas de syndiqu\u00e9s. Lors des accords Matignon, les repr\u00e9sentants du patronat reconna\u00eetront que, en faisant obstacle \u00e0 l&rsquo;implantation des syndicats dans les entreprises, ils avaient contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une absence inqui\u00e9tante de m\u00e9diateurs possibles entre eux-m\u00eames et les ouvriers. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs \u00e0 sa demande que le gouvernement Blum s&rsquo;entremet pour organiser une n\u00e9gociation \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Matignon entre l&rsquo;organisation patronale et la CGT. En \u00e9change d&rsquo;une augmentation des salaires, de 7 \u00e0 15 %, de la r\u00e9duction de la semaine de travail \u00e0 40 heures, de l&rsquo;octroi de 15 jours de cong\u00e9s pay\u00e9s, de l&rsquo;acceptation de la libert\u00e9 syndicale, de l&rsquo;institution de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ouvriers dans les entreprises et de l&rsquo;\u00e9tablissement de conventions collectives, les syndicats entreprendront d&rsquo;obtenir la reprise du travail et l&rsquo;\u00e9vacuation des usines. Mais malgr\u00e9 l&rsquo;insistance avec laquelle les syndicats et les partis ouvriers soulignent l&rsquo;importance des concessions arrach\u00e9es au patronat lors des accords Matignon, le 9 juin, les gr\u00e8ves ne cessent pas. Au contraire, on assiste \u00e0 une recrudescence des d\u00e9brayages entre le 7 et le 12 juin. En un mois de lutte, les ouvriers ont pris conscience de leur force et, par rapport \u00e0 leurs aspirations, le contenu des accords Matignon leur parait maintenant presque d\u00e9risoire. C&rsquo;est \u00e0 ce moment l\u00e0 que dans la m\u00e9tallurgie, les usines de guerre, certaines entreprises du Nord, l&rsquo;id\u00e9e de faire tourner les usines sans les patrons se fait jour. Entre les objectifs de la CGT et des partis ouvriers qui n&rsquo;entendent pas sortir du cadre du capitalisme, et la tendance des ouvriers \u00e0 s&rsquo;arracher \u00e0 leur situation de \u00ab\u00a0machines de chair\u00a0\u00bb un d\u00e9calage tr\u00e8s net s&rsquo;est soudain manifest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LA CGT, LA SFIO ET LE PCF POUR LA FIN DES GREVES.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour pousser plus avant et concr\u00e9tiser ces tendances, la classe ouvri\u00e8re cependant subit un handicap d\u00e9cisif. Il n&rsquo;existe aucune avant-garde r\u00e9volutionnaire fortement enracin\u00e9e dans les entreprises. Les travailleurs ont d\u00e9bord\u00e9 les organisations traditionnelles de mani\u00e8re \u00e9l\u00e9mentaire, mais ils ne per\u00e7oivent pas clairement la contradiction qui existe entre leurs aspirations et la politique des partis du Front Populaire. Par ailleurs, si les ouvriers cherchent indiscutablement \u00e0 d\u00e9passer le capitalisme, ils ne con\u00e7oivent pas nettement les voies de cette transformation et il n&rsquo;est pas s\u00fbr qu&rsquo;ils soient pr\u00eats \u00e0 affronter les luttes dramatiques qu&rsquo;elle exigerait.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, la voix de la \u00ab\u00a0gauche r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb de la SFIO qui incite les ouvriers \u00e0 continuer les gr\u00e8ves et d\u00e9clare que \u00ab\u00a0Tout est maintenant possible\u00a0\u00bb et celle des trotskystes qui appellent les ouvriers \u00e0 relier les comit\u00e9s d&rsquo;usines les uns aux autres et \u00e0 former des milices ouvri\u00e8res, ne sont pas entendues. Les organisations traditionnelles vont peser de tout leur poids pour mettre un terme aux gr\u00e8ves. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont d&rsquo;abord les ex-conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s de la CGT, les responsables locaux de la SFIO, les \u00e9lus municipaux socialistes qui se multiplient pour obtenir la reprise du travail. Des d\u00e9l\u00e9gations partent pour les usines expliquer la port\u00e9e des accords Matignon et mettre les ouvriers en garde contre les \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0irresponsables\u00a0\u00bb qui veulent poursuivre le mouvement. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;intervention des r\u00e9formistes n&rsquo;est pas suffisante. Il faut que les communistes usent \u00e0 leur tour de leur influence. Le 12 juin, tandis que Blum d\u00e9nonce \u00e0 la Chambre l&rsquo;action d&rsquo; \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments suspects\u00a0\u00bb, fait saisir le journal trotskyste et annonce que des mesures polici\u00e8res sont prises pour maintenir l&rsquo;ordre dans les rues, \u00ab\u00a0L&rsquo;Humanit\u00e9\u00a0\u00bb publie un rapport de Thorez que le \u00ab\u00a0Petit Parisien\u00a0\u00bb qualifiera de \u00ab\u00a0simple, \u00e9vidente, calme et raisonnable v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Il faut &#8211; dit Thorez &#8211; savoir terminer une gr\u00e8ve d\u00e8s que satisfaction a \u00e9t\u00e9 obtenue. Il faut m\u00eame savoir consentir au compromis si toutes les revendications n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es, mais que l&rsquo;on a obtenu la victoire sur le plan essentiel des revendications. Tout n&rsquo;est pas possible maintenant\u00a0\u00bb. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, le th\u00e8me \u00ab\u00a0il faut savoir finir une gr\u00e8ve\u00a0\u00bb est repris jusqu&rsquo;\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;appareil de propagande communiste. Les \u00e9lus, les dirigeants politiques et syndicaux du PCF jouent avec beaucoup plus d&rsquo;efficacit\u00e9 que les r\u00e9formistes un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la fin de la gr\u00e8ve. Au moment crucial, la CGT, la SFIO et le PCF, loin de jouer le r\u00f4le d&rsquo;une avant-garde entra\u00eenant les travailleurs vers une amplification et un approfondissement de leurs luttes, ont utilis\u00e9 toute leur influence pour les contenir et les faire refluer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">DE L&rsquo;APAISEMENT A LA DEFAITE OUVRIERE.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936, la presse socialiste et communiste se f\u00e9licite des succ\u00e8s remport\u00e9s \u00ab\u00a0sans qu&rsquo;une goutte de sang ait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e\u00a0\u00bb. Des manifestations de masse &#8211; celle du 14 juillet \u00e0 Paris voit d\u00e9filer 1 million de personnes &#8211; mettent en sc\u00e8ne la joie et la \u00ab\u00a0force pacifique des travailleurs\u00a0\u00bb. Les d\u00e9parts pour les premiers cong\u00e9s pay\u00e9s contribuent \u00e0 leur tour \u00e0 d\u00e9tendre la situation. Mais l&rsquo;insouciance de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936 sera de courte dur\u00e9e. Tr\u00e8s vite, la bourgeoisie entreprend de rogner les conqu\u00eates sociales des travailleurs. Tandis que la hausse des prix &#8211; de 50 \u00e0 60 % suivant les articles entre 1936 et 1938 &#8211; annule les effets du rel\u00e8vement des salaires obtenu en 1936, les revendications ouvri\u00e8res sont soumises \u00e0 des commissions d&rsquo;arbitrage obligatoires, qui ne donnent que tr\u00e8s partiellement satisfaction aux ouvriers. La CGT, sous pr\u00e9texte d&rsquo;\u00e9viter le cycle infernal des prix et des salaires, invite les travailleurs \u00e0 accepter les d\u00e9cisions des commissions d&rsquo;arbitrage. De nouveau le niveau de vie des salari\u00e9s se d\u00e9grade. Par ailleurs la limitation de la semaine de travail \u00e0 40 heures effectu\u00e9es en 5 jours, et l&rsquo;\u00e9tablissement de cong\u00e9s pay\u00e9s, subissent une s\u00e9rie de d\u00e9rogations, sous pr\u00e9texte que leur application effective g\u00eane le fonctionnement des indus-tries prioritaires et des usines travaillant pour la d\u00e9fense nationale. En 1937-38, les gr\u00e8ves, le plus souvent d\u00e9clench\u00e9es \u00e0 la base, sont nombreuses. Mais ces luttes \u00e0 caract\u00e8re d\u00e9fensif restent fractionn\u00e9es et ne sont que rarement victorieuses. La d\u00e9moralisation gagne maintenant les rangs ouvriers. <\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier sursaut de r\u00e9sistance ouvri\u00e8re se produit \u00e0 l&rsquo;automne 1938, lorsque le gouvernement Daladier s&rsquo;attaque ouvertement \u00e0 la semaine de 40 heures et pr\u00e9tend instituer des sanctions contre les travailleurs qui se refuseraient \u00e0 faire des heures suppl\u00e9mentaires dans les usines int\u00e9ressant la d\u00e9fense nationale. Le m\u00e9contentement est si vif parmi les ouvriers que la SFIO et le PCF sont oblig\u00e9s de d\u00e9clencher une campagne contre les \u00ab\u00a0d\u00e9crets-lois\u00a0\u00bb. Des gr\u00e8ves avec occupation de l&rsquo;entreprise se produisent dans le Nord, la Basse-Seine, la r\u00e9gion parisienne. Les forces de police sont envoy\u00e9es contre les gr\u00e9vistes. Le 23 novembre, apr\u00e8s une bataille de 4 heures qui fait des centaines de bless\u00e9s parmi les ouvriers et aboutit \u00e0 300 arrestations, les gardes mobiles reprennent aux travailleurs l&rsquo;usine Renault qui avait \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e. La CGT condamne ces mouvements comme pr\u00e9matur\u00e9s, mais le 25 elle lance l&rsquo;ordre de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour le 30 novembre. Une mobilisation massive des forces de l&rsquo;Etat brise le mouvement : par dizaines de milliers, des ouvriers et des fonctionnaires sont licenci\u00e9s ou d\u00e9plac\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>En deux ans et demi, le rapport des forces s&rsquo;est compl\u00e8tement invers\u00e9. C&rsquo;est la bourgeoisie qui pense maintenant que \u00ab\u00a0tout est possible\u00a0\u00bb : la guerre, la dissolution du PCF, puis, apr\u00e8s 1940, celle des syndicats et de la SFIO et l&rsquo;\u00e9tablissement de la dictature brutalement r\u00e9actionnaire de P\u00e9tain.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LES MAUVAISES RAISONS DES PARTIS OUVRIERS ET DE LA C.G.T.<\/span><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Il reste \u00e0 expliquer pour quelles raisons la S.F.I.O., le P.C.F.et la C.G.T. \u00e9touff\u00e8rent le mouvement de Juin 1936 et \u00e0 montrer le caract\u00e8re mystificateur des justifications qu&rsquo;ils donn\u00e8rent et donnent encore de leur politique, \u00e0 cette \u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n<p>En partie domin\u00e9e par la S.F.I.O., en partie domin\u00e9e par le P.C.F., la C.G.T. n&rsquo;eut pratiquement pas de politique autonome et son comportement ne fut gu\u00e8re que le reflet de celui des deux grands partis ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">INCONSISTANCE DES JUSTIFICATIONS DE LA S.F.I.O. <\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La S.F.I.O, justifia le r\u00f4le qu&rsquo;elle joua dans le sauvetage de l&rsquo;ordre capitaliste par la vieille th\u00e9orie r\u00e9formiste et le cr\u00e9tinisme l\u00e9galiste le plus plat. En d\u00e9pit de quelques nuances secondaires, les dirigeants S.F.I.O. \u00e9taient d&rsquo;accord pour affirmer que le syst\u00e8me capitaliste n&rsquo;avait pas \u00e9puis\u00e9 ses possibilit\u00e9s et que de ce fait les conditions du passage au socialisme n&rsquo;\u00e9taient pas encore arriv\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9. D&rsquo;ailleurs, le corps \u00e9lectoral dans sa majorit\u00e9, ne s&rsquo;\u00e9tait pas prononc\u00e9 pour la mise en pratique d&rsquo;une politique socialiste. Se lancer dans une telle entreprise eut \u00e9t\u00e9, en cons\u00e9quence, une violation de la d\u00e9mocratie parlementaire. Effray\u00e9es, les classes moyennes avaient \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es vers le fascisme, et le Front Populaire aurait abouti au r\u00e9sultat inverse de celui qu&rsquo;il se proposait d&rsquo;atteindre. Comme le d\u00e9clara Blum plus tard, il ne pouvait \u00eatre question que d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0le g\u00e9rant loyal du syst\u00e8me capitaliste\u00a0\u00bb et de remettre de l&rsquo;ordre dans son fonctionnement. L&rsquo;heure du socialisme n&rsquo;\u00e9tait pas encore venue.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9orie repose sur des postulats particuli\u00e8rement ineptes. L&rsquo;id\u00e9e que le passage au socialisme n\u00e9cessite un certain degr\u00e9 de d\u00e9veloppement du capitalisme et de la classe ouvri\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 mise en avant par les marxistes apr\u00e8s la Commune de Paris. Il s&rsquo;agissait alors de mettre en garde les ouvriers encore peu nombreux dans des centres industriels encore rares, contre un insurrectionnalisme aventuriste qui ne pouvait qu&rsquo;aboutir \u00e0 de sanglantes d\u00e9faites. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais en 1936, en France, les forces de production et le prol\u00e9tariat \u00e9taient suffisamment d\u00e9velopp\u00e9s pour que le stade capitaliste soit d\u00e9passable. La crise que le capitalisme subissait depuis 1930 dans l&rsquo;ensemble du monde, d\u00e9montrait en effet que les contradictions du syst\u00e8me \u00e9taient en train d&rsquo;enrayer le dynamisme de l&rsquo;\u00e9conomie. L&rsquo;appr\u00e9ciation ainsi port\u00e9e sur cette \u00e9poque n&rsquo;est pas contredite par le redressement que le capitalisme a effectu\u00e9 depuis lors. N\u00e9e de l&rsquo;ampleur des destructions de la 2\u00e8me guerre mondiale et de la r\u00e9volution technologique qu&rsquo;elle a provoqu\u00e9e, la nouvelle phase d&rsquo;expansion capitaliste se prolonge par suite de la formidable importance qu&rsquo;ont pris les armements et par le moyen d&rsquo;une correction p\u00e9riodique des m\u00e9canismes de l&rsquo;\u00e9conomie, que l&rsquo;Etat op\u00e8re pour \u00e9viter des ruptures d&rsquo;\u00e9quilibre. Mais avec ses budgets militaires hypertrophiques et ses services sociaux archa\u00efques et sous-\u00e9quip\u00e9s, ses ouvriers \u00e9reint\u00e9s par les cadences de l&rsquo;industrie produisant en foule des objets inutiles ou frivoles, et ses populations affam\u00e9es du Tiers-Monde, la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s guerre n&rsquo;a r\u00e9ussi qu&rsquo;\u00e0 stabiliser les \u00e9normit\u00e9s qui lui sont conf\u00e9r\u00e9s par les lois capitalistes de son d\u00e9veloppement. Son r\u00e9am\u00e9nagement en soci\u00e9t\u00e9 socialiste n&rsquo;est, objectivement, ni plus ni moins facile qu&rsquo;il y a trente ans. <\/p>\n\n\n\n<p>De toute mani\u00e8re l&rsquo;heure du socialisme n&rsquo;est fix\u00e9e ni par un certain niveau de la production par t\u00eate d&rsquo;habitant, ni par un certain pourcentage de salari\u00e9s dans le corps social, mais par l&rsquo;affirmation pratique de la volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire des travailleurs. En Juin 1936 cette volont\u00e9 \u00e9tait en voie d&rsquo;affirmation et la S.F.I.O. ne trouva que de mauvais pr\u00e9textes pour l&rsquo;\u00e9touffer. <\/p>\n\n\n\n<p>Quant au pr\u00e9tendu souci qu&rsquo;auraient eu les dirigeants S.F.I.O. de ne pas rejeter les classes moyennes vers le fascisme, il ne m\u00e9rite gu\u00e8re de consid\u00e9ration. Durement atteintes par la crise les classes moyennes \u00e9taient si peu attach\u00e9es \u00e0 la d\u00e9mocratie parlementaire et au statu quo qu&rsquo;une bonne partie d&rsquo;entre elles oscillait depuis 1934 entre le fascisme et le communisme, qui chacun \u00e0 leur mani\u00e8re leur laissaient esp\u00e9rer des changements radicaux. La politique du gouvernement Blum d&rsquo;ailleurs fut loin de combler les v\u0153ux de la petite bourgeoisie. Les accords Matignon, n\u00e9goci\u00e9s avec le grand patronat, m\u00e9content\u00e8rent violemment une foule de boutiquiers et de petits entrepreneurs en difficult\u00e9 qui trouv\u00e8rent exorbitante l&rsquo;obligation qui leur \u00e9tait faite de payer 15 jours de cong\u00e9 \u00e0 leurs employ\u00e9s. Autre cause de d\u00e9ception, la d\u00e9valuation du Franc qui fit fondre les maigres \u00e9pargnes de la classe moyenne et que les rentiers ne pardonn\u00e8rent pas au gouvernement Blum. D\u00e8s les derniers mois de 1936, les classes moyennes se trouvaient en r\u00e9alit\u00e9 nettement rejet\u00e9es vers la droite, et un \u00e9tat d&rsquo;esprit semi-fasciste, qu&rsquo;exploita largement la dictature de P\u00e9tain, se d\u00e9veloppait parmi elles. <\/p>\n\n\n\n<p>La politique de la S.F.I.O. s&rsquo;explique en fin de compte par la natures de ce Parti et par sa situation dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Bien qu&rsquo;elle ait encore une importante base dans la classe ouvri\u00e8re, la S.F.I.O. et la fraction de la C.G.T. qu&rsquo;elle contr\u00f4lait, \u00e9taient domin\u00e9es par une couche de politiciens et de bureaucrates syndicaux. Celle-ci, fonctionnant \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un groupe de pression, utilisait les suffrages et les revendications syndicales des travailleurs, pour acc\u00e9der aux \u00e9tages dirigeants et privil\u00e9gi\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Son but \u00e9tait non pas le renversement du capitalisme mais sa rationalisation, sa remise en ordre et sa stabilisation sociale. Pour cela, les politiciens et les bureaucrates de la S.F.I.O. et de la fraction ex-conf\u00e9d\u00e9r\u00e9e de la C.G.T. entendaient s&rsquo;\u00e9tablir dans des fonctions d&rsquo;arbitres. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ils auraient repr\u00e9sent\u00e9 et dans une certaine mesure d\u00e9fendu les revendications ouvri\u00e8res, de l&rsquo;autre ils auraient garanti \u00e0 la bourgeoisie que son ordre social serait pour l&rsquo;essentiel respect\u00e9, en \u00e9change de concessions raisonnables faites aux travailleurs. Les accords Matignon \u00e9taient, dans la pens\u00e9e des dirigeants S.F.I.O. un premier pas vers l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un tel r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LES RAISONS PARTICULIERES DU P.C.F.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le P.C.F. a souvent justifi\u00e9 son adh\u00e9sion \u00e0 la politique du Front Populaire par des arguments apparent\u00e9s \u00e0 ceux des r\u00e9formistes mais aussi par des consid\u00e9rations qui lui sont propres. Comme les dirigeants S.F.I.O., les dirigeants du P.C.F. ont affirm\u00e9 qu&rsquo;en 1936 l&rsquo;heure du socialisme n&rsquo;\u00e9tait pas encore venue. Non pas que le capitalisme soit insuffisamment m\u00fbr, car le P.C.F. d\u00e9veloppe au contraire la th\u00e8me de la s\u00e9nilit\u00e9 et de la d\u00e9cadence du syst\u00e8me, mais parce qu&rsquo;il serait inopportun d&rsquo;effrayer les classes moyennes par une action pr\u00e9matur\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons expliqu\u00e9 \u00e0 la classe ouvri\u00e8re qu&rsquo;elle ne devait pas marcher plus vite que l&rsquo;ensemble de notre peuple\u2026 Nous ne voulons pas, nous, conduire \u00e0 une aventure\u00a0\u00bb, dira Thorez en rappelant, au terme d&rsquo;une comparaison historique douteuse, que l&rsquo;\u00e9crasement des ouvriers en Juin 1848 et en Mai 1871 avait \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat de leur isolement. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est que pour le P.C.F., depuis que la mont\u00e9e du fascisme se pr\u00e9cise dans les pays europ\u00e9ens, la lutte ne se d\u00e9roule plus entre capitalisme et socialisme, mais entre le Fascisme et toutes les forces susceptibles de s&rsquo;y opposer, y compris les couches bourgeoises attach\u00e9es \u00e0 la D\u00e9mocratie parlementaire. L&rsquo;id\u00e9al du P.C.F. aurait \u00e9t\u00e9 de multiplier et de consolider \u00e0 travers tout le pays des comit\u00e9s de Front Populaire groupant toutes les forces anti-fascistes qui, par une pression de masse auraient impos\u00e9 un gouvernement et une politique conformes \u00ab\u00a0aux int\u00e9r\u00eats du peuple de France et \u00e0 la paix\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agissait de donner satisfaction aux travailleurs, d&rsquo;assurer la sauvegarde du Franc pour garder l&rsquo;alliance des classes moyennes, de dissoudre les ligues fascistes et sur le plan ext\u00e9rieur de consolider l&rsquo;alliance avec l&rsquo;U.R.S.S. \u00ab\u00a0principal rempart de la paix\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Moins port\u00e9 \u00e0 se fier \u00e0 l&rsquo;action parlementaire, plus soucieux de prendre appui sur les masses que la S.F.I.O., le P.C.F. apportait \u00e0 l&rsquo;anti-fascisme son style propre. Mais au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ses objectifs n&rsquo;\u00e9taient pas fondamentalement diff\u00e9rents de ceux du Parti Socialiste. Comme les r\u00e9formistes, les dirigeants du P.C.F. croyaient \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9gime qui parviendrait \u00e0 concilier les int\u00e9r\u00eats antagoniques des classes dans le cadre du capitalisme. Comme les r\u00e9formistes leur projet \u00e9tait de s&rsquo;incruster dans les diff\u00e9rents rouages de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9conomie et d&rsquo;y assurer des fonctions d&rsquo;arbitrage entre les classes oppos\u00e9es. En fait, en 1937 au moment de la chute du premier cabinet Blum, et en 1938 au moment o\u00f9 Blum se proposait de constituer un gouvernement d&rsquo;union nationale, les communistes se d\u00e9clar\u00e8rent pr\u00eats \u00e0 participer au pouvoir. Ayant \u00e9largi leurs assises dans la classe ouvri\u00e8re et m\u00eame une partie des classes moyennes, conquis une influence grandissante dans la C.G.T. et dans les organes du parlementarisme bourgeois, les bureaucrates du PCF \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer au fonctionnement du capitalisme fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n<p>La politique de la S.F.I.O. et du P.C.F. cependant, ne se diff\u00e9rencient pas seule-ment par des divergences tactiques &#8211; concernant les dosages de l&rsquo;action parlementaire et de l&rsquo;action de masse -. Le P.C.F. ob\u00e9issait \u00e0 des d\u00e9terminations particuli\u00e8res, et il avait ses propres objectifs qui s&rsquo;expliquent par son \u00e9troite subordination \u00e0 l&rsquo;U.R.S.S. L&rsquo;\u00e9touffement des gr\u00e8ves de Juin 1936 et les tentatives qu&rsquo;il fit pour s&rsquo;organiser en groupes de pression et se faire int\u00e9grer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise n&rsquo;\u00e9taient pas pour le P.C.F. des fins en soi. En stoppant le mouvement gr\u00e9viste les communistes voulaient \u00e9viter une crise qui, pensaient-ils, affaiblirait le potentiel militaire et diplomatique de la France alli\u00e9e de l&rsquo;U.R.S.S. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Nous estimons impossible, face \u00e0 la menace hitl\u00e9rienne, dira Gitton, une politique qui risquerait de mettre en jeu la s\u00e9curit\u00e9 de la France\u00a0\u00bb. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>De m\u00eame leur ralliement \u00e0 la d\u00e9fense nationale, leur orchestration bruyante du patriotisme, leurs propositions de participer au gouvernement, leur projet d&rsquo;\u00e9largir le Front Populaire en un Front Fran\u00e7ais \u00ab\u00a0pour l&rsquo;ind\u00e9pendance de notre pays\u00a0\u00bb, la mise en veilleuse des revendications sociales et du slogan \u00ab\u00a0faire payer les riches\u00a0\u00bb, constituaient une tentative de r\u00e9aliser \u00ab\u00a0l&rsquo;union sacr\u00e9e\u00a0\u00bb en vue d&rsquo;une guerre \u00e9ventuelle de la France, de l&rsquo;U.R.S.S. et de l&rsquo;Angleterre contre l&rsquo;Allemagne hitl\u00e9rienne. D\u00e8s cette \u00e9poque les communistes se pr\u00e9paraient \u00e0 jouer un r\u00f4le analogue \u00e0 celui qu&rsquo;ils endosseront en 1944. S&rsquo;ils \u00e9taient parvenus \u00e0 leurs fins, ils auraient eu pour charge, en raison m\u00eame de leur influence de masse, de faire accepter la guerre aux travailleurs et de les discipliner mieux que n&rsquo;aurait pu le faire la bourgeoisie, et inversement ils auraient pris appui sur les masses pour convaincre les fractions h\u00e9sitantes de la bourgeoisie \u00e0 rester fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;alliance sovi\u00e9tique. La violente campagne que le P.C.F. d\u00e9clencha en 1935 contre les accords de Munich s&rsquo;explique par son souci de faire obstacle \u00e0 une politique qui laissait pr\u00e9sager une rupture de l&rsquo;alliance avec Moscou et un isolement de l&rsquo;U.R.S.S. D\u00e8s cette date la politique des partis ouvriers, du P.C.F. aussi bien que de la S.F.I.O. n&rsquo;avait plus rien \u00e0 voir avec la lutte de la classe ouvri\u00e8re pour le socialisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">LES OUVRIERS AURAIENT-ILS FAIT LE JEU DE HITLER ?<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut cependant r\u00e9pondre \u00e0 un autre argument qui 30 ans apr\u00e8s conserve encore du cr\u00e9dit. L&rsquo;occupation de l&rsquo;Europe par les arm\u00e9es hitl\u00e9riennes s&rsquo;accompagna de tant d&rsquo;horreurs et de massacres, que le souci, proclam\u00e9 par les Partis ouvriers, de ne pas affaiblir les \u00ab\u00a0puissances d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb qui s&rsquo;opposaient \u00e0 l&rsquo;expansion allemande, peut para\u00eetre un signe de pr\u00e9voyance et de sagesse. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais d&rsquo;abord la politique des partis ouvriers fut un \u00e9chec total. Leur tentative de conciliation entre la bourgeoisie et le prol\u00e9tariat ne se r\u00e9alisa pas : dans la conjoncture de crise de l&rsquo;\u00e9conomie il fut impossible de mener de front le d\u00e9veloppement des conqu\u00eates sociales et les armements. Aussit\u00f4t qu&rsquo;elle le put la bourgeoisie passa \u00e0 la contre-offensive et la classe ouvri\u00e8re frustr\u00e9e de tous ses espoirs, se replia dans la passivit\u00e9 et la non participation. Aussi bien le mauvais vouloir que les ouvriers apport\u00e8rent au travail apr\u00e8s 1936, que la morne r\u00e9signation dans laquelle s&rsquo;effectua la mobilisation en 1939, puis en Mai 1940 la fuite \u00e9perdue de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise devant les blind\u00e9s allemands, furent le produit de cette situation. Une politique se juge \u00e0 ses r\u00e9sultats. La tentative d&rsquo;organiser la r\u00e9sistance au fascisme dans le cadre du capitalisme fut un d\u00e9sastre. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai qu&rsquo;on ne peut pas non plus \u00e9tablir que dans le cas o\u00f9 la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne eut triomph\u00e9 en France, le fascisme hitl\u00e9rien n&rsquo;eut pas r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre en Europe et \u00e0 y accumuler les victimes. La bourgeoisie internationale aurait sans doute engag\u00e9 une lutte \u00e0 mort contre la r\u00e9volution fran\u00e7aise, se d\u00e9roulant parall\u00e8lement \u00e0 la r\u00e9volution espagnole. Mais dans une guerre qui aurait pris alors le caract\u00e8re d&rsquo;une bataille de classes internationale, et non pas une guerre imp\u00e9rialiste, les forces bourgeoises et fascistes auraient subi un double handicap. S&rsquo;ils avaient d\u00e9fendu les conqu\u00eates de leur propre r\u00e9volution les travailleurs de France n&rsquo;auraient pas plus que ceux d&rsquo;Espagne, l\u00e2ch\u00e9 pied en quelques jours devant les arm\u00e9es de la r\u00e9action. Quant \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e allemande elle \u00e9tait constitu\u00e9e d&rsquo;une forte proportion de prol\u00e9taires qui trois ou quatre ans auparavant, militaient dans des organisations ouvri\u00e8res ou votaient pour elles. La classe ouvri\u00e8re allemande avait certes subi une terrible d\u00e9faite et la terreur nazie l&rsquo;avait d\u00e9capit\u00e9e de son avant-garde. Mais les id\u00e9aux socialistes implant\u00e9s dans la classe ouvri\u00e8re allemande depuis des d\u00e9cennies, n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement effac\u00e9s par trois ans de dictature fasciste. Les travailleurs allemands en uniforme n&rsquo;auraient sans doute pas pu \u00eatre utilis\u00e9s dans une guerre de r\u00e9pression contre une r\u00e9volution ouvri\u00e8re, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;ils le furent dans une guerre imp\u00e9rialiste contre les imp\u00e9rialismes qui ne faisaient que d\u00e9fendre le trait\u00e9 de Versailles. Dans une bataille de classe s&rsquo;\u00e9largissant \u00e0 plusieurs pays, nul ne sait \u00e0 coup sur si la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne l&rsquo;aurait en d\u00e9finitive emport\u00e9. Mais du moins les politiciens du Front Populaire n&rsquo;ont-ils pas le moindre droit d&rsquo;affirmer, que l&rsquo;\u00e9touffement du mouvement r\u00e9volutionnaire qui commen\u00e7ait en Juin 1936, se trouvait l\u00e9gitim\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas faire le jeu de l&rsquo;hitl\u00e9risme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">UNE LE\u00c7ON TOUJOURS ACTUELLE.<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9barrass\u00e9e des mythes et des mensonges fabriqu\u00e9s et entretenus par les politiciens socialistes et communistes, l&rsquo;histoire du Front Populaire comporte des enseignements qui ont encore un int\u00e9r\u00eat actuel. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9montre d&rsquo;abord que les partis ouvriers et les syndicats qui d\u00e9pendent d&rsquo;eux, sont chacun \u00e0 sa mani\u00e8re domin\u00e9s par des objectifs et des int\u00e9r\u00eats qui les rendent incapables de diriger une lutte des travailleurs se donnant comme fin la transformation socialiste de la soci\u00e9t\u00e9. A supposer qu&rsquo;ils arrivent \u00e0 surmonter leurs divisions et leurs querelles actuelles et acc\u00e8dent au pouvoir, les partis de gauche laisseraient enti\u00e8rement intactes les bases de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;exploitation, comme ils le firent aussi bien en 1936 qu&rsquo;en 1945-47. Plus encore : en 1936 et en 1945 la crise du capitalisme exigeait des mesures de remise en ordre et de rationalisation de l&rsquo;\u00e9conomie. La participation \u00e0 la mise en \u0153uvre de ces mesures constituait l&rsquo;essentiel de l&rsquo;ambition des partis ouvriers. Mais la reconstruction et la rationalisation du capitalisme sont maintenant r\u00e9alis\u00e9es, et les classes dominantes ont stabilis\u00e9 leur domination. La participation des partis ouvriers au gouvernement est pour elles sans int\u00e9r\u00eat et la gauche vieillie, enferm\u00e9e dans une id\u00e9alisation de son propre pass\u00e9, cherche en vain \u00e0 se donner les apparences d&rsquo;un renouveau. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;elle n&rsquo;a aucun programme et que les transformation de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste lui ont retir\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s toute fonction efficace. Partis ouvriers et syndicats sont condamn\u00e9s \u00e0 ne plus avoir d&rsquo;autre r\u00f4le que de contester des aspects mineurs du fonctionnement du capitalisme. <\/p>\n\n\n\n<p>Par opposition \u00e0 la politique des partis ouvriers, ce que firent les travailleurs en Juin 1936, montre, quoique d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9l\u00e9mentaire, ce que seraient les objectifs d&rsquo;une politique r\u00e9ellement socialiste. Ce qui fait l&rsquo;importance des gr\u00e8ves de Juin 36, c&rsquo;est qu&rsquo;elles furent bien plus que des luttes pour une augmentation de salaires. En occupant les usines les ouvriers contest\u00e8rent la propri\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;autorit\u00e9 patronale, et dans de nombreux cas s&rsquo;en prirent explicitement \u00e0 l&rsquo;application du syst\u00e8me Bedeau et \u00e0 la fa\u00e7on arbitraire et tyrannique dont le patronat et ses agents usaient pour fixer les temps de travail, les primes et les sanctions. En d&rsquo;autres termes, ouvriers et employ\u00e9s contest\u00e8rent les formes capitalistes de l&rsquo;organisation du travail dans l&rsquo;entreprise. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Avant Juin, \u00e9crit S. Weil, il y avait dans les usines un certain ordre, une certaine discipline qui \u00e9taient fond\u00e9s sur l&rsquo;esclavage. L&rsquo;esclavage a disparu dans une large mesure ; l&rsquo;ordre li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esclavage a disparu du m\u00eame coup\u00a0\u00bb. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>M\u00eame s&rsquo;ils ne furent pas capables de donner \u00e0 leurs aspirations une forme enti\u00e8rement coh\u00e9rente et de lutter jusqu&rsquo;\u00e0 leur pleine r\u00e9alisation, les travailleurs de 1936 montr\u00e8rent, par la pratique, que pour les salari\u00e9s le socialisme c&rsquo;est d&rsquo;abord une organisation du travail autre que celle qu&rsquo;a \u00e9tabli le syst\u00e8me capitaliste. Cela ne leur avait \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9 ni par les partis ouvriers ni par les syndicats, mais par leur exp\u00e9rience de l&rsquo;oppression et de l&rsquo;ali\u00e9nation subies chaque jour dans leurs activit\u00e9s laborieuses. Trente ans plus tard l&rsquo;enseignement reste enti\u00e8rement valable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru en trois parties dans Pouvoir Ouvrier, n\u00b0 78, juin 1966, p. 3-5 ; n\u00b0 79, juillet-ao\u00fbt 1966, p. 4-6 ; n\u00b0 80, septembre-octobre 1966, p. 5-9 Pour les Communistes les enseignements de l&rsquo;histoire du Front Populaire sont des plus simples : l&rsquo;unit\u00e9 syndicale et l&rsquo;unit\u00e9 politique de la gauche ont alors assur\u00e9 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[46,457,474,1456,513,910,963,971,4540],"class_list":["post-17738","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse","tag-46","tag-france","tag-front-populaire","tag-greve","tag-guerre","tag-parti-communiste-francais","tag-pouvoir-ouvrier","tag-proletariat","tag-section-francaise-de-linternationale-ouvriere"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-4C6","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":23360,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/06\/25\/lenoir\/","url_meta":{"origin":17738,"position":0},"title":"Pierre Lenoir : La S.F.I.O. dans le Front Populaire","author":"SiNedjib","date":"25\/06\/2024","format":false,"excerpt":"Article de Pierre Lenoir paru dans Que Faire ?, n\u00b0 8, ao\u00fbt 1935, p. 11-17 Contrairement aux autres Congr\u00e8s socialistes, la motion \u00ab de synth\u00e8se \u00bb adopt\u00e9e presque \u00e0 l'unanimit\u00e9 (contre 183 voix de l'extr\u00eame-gauche) par le Congr\u00e8s de Mulhouse, ne pr\u00e9sente pas un \u00ab n\u00e8gre-blanc \u00bb traditionnel escamotant les\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Que-faire-aout-1935.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":16367,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/06\/09\/pierre-bernard-marquet-front-populaire-de-daniel-guerin\/","url_meta":{"origin":17738,"position":1},"title":"Pierre-Bernard Marquet : \u00ab\u00a0Front populaire\u00a0\u00bb de Daniel Gu\u00e9rin","author":"SiNedjib","date":"09\/06\/2022","format":false,"excerpt":"Article de Pierre-Bernard Marquet paru dans Combat, 17 juillet 1963, p. 6 La F\u00e9d\u00e9ration socialiste de la Seine au Mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s (mai 1938) Front populaire, r\u00e9volution manqu\u00e9e TEMOIGNAGE, PAR DANIEL GUERIN (EDITIONS JULLIARD) IL faudra faire un jour l'histoire du Front populaire. 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