{"id":18118,"date":"2023-02-24T12:54:20","date_gmt":"2023-02-24T11:54:20","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=18118"},"modified":"2025-07-24T22:20:43","modified_gmt":"2025-07-24T20:20:43","slug":"albert-camus-lartiste-est-le-temoin-de-la-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/02\/24\/albert-camus-lartiste-est-le-temoin-de-la-liberte\/","title":{"rendered":"Albert Camus : L&rsquo;artiste est le t\u00e9moin de la libert\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Discours d&rsquo;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article151862\" target=\"_blank\">Albert Camus<\/a> \u00e0 la Rencontre internationale de la salle Pleyel et paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/la-gauche\/20-dec-1948\/1115\/2914073\/4\" target=\"_blank\">La Gauche<\/a><\/em>, n\u00b0 10, 20 d\u00e9cembre 1948, p. 3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">NOUS sommes dans un temps o\u00f9 les hommes, pouss\u00e9s par de m\u00e9diocres et f\u00e9roces id\u00e9ologies, s&rsquo;habituent \u00e0 avoir honte de tout. Honte d&rsquo;eux-m\u00eames, honte d&rsquo;\u00eatre heureux, d&rsquo;aimer ou de cr\u00e9er. Un temps o\u00f9 Racine rougirait de B\u00e9r\u00e9nice et o\u00f9 Rembrandt, pour se faire pardonner d&rsquo;avoir peint \u00ab La Ronde de nuit \u00bb, courrait s&rsquo;inscrire \u00e0 la permanence du coin. Les \u00e9crivains et les artistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ont ainsi la conscience souffreteuse et il est de mode parmi nous de faire excuser notre m\u00e9tier. A la v\u00e9rit\u00e9, on met quelque z\u00e8le \u00e0 nous y aider. De tous les coins de notre soci\u00e9t\u00e9 politique un grand cri s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 notre adresse et qui nous enjoint de nous justifier. Il faut nous justifier d&rsquo;\u00eatre inutiles en m\u00eame temps que de servir, par notre inutilit\u00e9 m\u00eame, de vilaines causes. Et quand nous r\u00e9pondons qu&rsquo;il est bien difficile de se laver d&rsquo;accusations aussi contradictoires, on nous dit qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de se justifier aux yeux de tous, mais que nous pouvons obtenir le g\u00e9n\u00e9reux pardon de quelques-uns, en prenant leur parti, qui est le seul vrai d&rsquo;ailleurs si on les en croit. Si ce genre d&rsquo;argument fait long feu, on dit encore \u00e0 l&rsquo;artiste : \u00ab\u00a0Voyez la mis\u00e8re du monde. Que faites-vous pour elle ?\u00a0\u00bb A ce chantage cynique, l&rsquo;artiste pourrait r\u00e9pondre : \u00ab La mis\u00e8re du monde ? Je n&rsquo;y ajoute pas. Qui parmi vous peut en dire autant ? \u00bb Mais il n&rsquo;en reste pas moins vrai qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre nous, s&rsquo;il a de l&rsquo;exigence, ne peut rester indiff\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;appel qui monte d&rsquo;une humanit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Il faut donc se sentir aimable, \u00e0 toute force. Nous voil\u00e0 tra\u00een\u00e9s au confessionnal la\u00efque, le pire de tous. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Et pourtant ce n&rsquo;est pas si simple. Le choix qu&rsquo;on nous demande de faire ne va pas de lui-m\u00eame ; il est d\u00e9termin\u00e9 par d&rsquo;autres choix, faits ant\u00e9rieurement. Et le premier choix que fait un artiste, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;\u00eatre un artiste. Et s&rsquo;il a choisi d&rsquo;\u00eatre un artiste, c&rsquo;est en consid\u00e9ration de ce qu&rsquo;il est lui m\u00eame et \u00e0 cause d&rsquo;une certaine id\u00e9e qu&rsquo;il se fait de l&rsquo;art. Et si ces raisons lui ont paru assez bonnes pour justifier son choix, il y a des chances pour qu&rsquo;elles continuent d&rsquo;\u00eatre assez bonnes pour l&rsquo;aider \u00e0 d\u00e9finir sa position vis-\u00e0-vis de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est l\u00e0 du moins ce que je pense et je voudrais me singulariser un peu, ce soir, en mettant l&rsquo;accent, puisque nous parions ici librement, \u00e0 titre individuel, non sur une mauvaise conscience que je n&rsquo;\u00e9prouve pas, mais sur les deux sentiments qu&rsquo;en face et \u00e0 cause m\u00eame de la mis\u00e8re du monde, je nourris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de notre m\u00e9tier, c&rsquo;est-\u00e0-dire la reconnaissance et la fiert\u00e9. Puisqu&rsquo;il faut se justifier, je voudrais dire pourquoi il y a une justification \u00e0 exercer, dans les limites de nos forces et de nos talents, un m\u00e9tier qui, au milieu d&rsquo;un monde dess\u00e9ch\u00e9 par la haine, permet \u00e0 chacun de nous de dire tranquillement qu&rsquo;il n&rsquo;est l&rsquo;ennemi mortel de personne. Mais ceci demande \u00e0 \u00eatre expliqu\u00e9 et je ne puis le faire qu&rsquo;en parlant un peu du monde o\u00f9 nous vivons, et de ce que nous autres, artistes et \u00e9crivains, sommes vou\u00e9s \u00e0 y faire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">LE monde autour de nous est dans le malheur et on nous demande de faire quelque chose pour le changer. Mais quel est ce malheur ? A premi\u00e8re vue, il se d\u00e9finit simplement : on a beaucoup tu\u00e9 dans le monde ces derni\u00e8res ann\u00e9es et quelques-uns pr\u00e9voient qu&rsquo;on tuera encore. Un si grand nombre de morts, \u00e7a finit par alourdir l&rsquo;atmosph\u00e8re. Naturellement, ce n&rsquo;est pas nouveau. L&rsquo;histoire officielle a toujours \u00e9t\u00e9 l&rsquo;histoire des grands meurtriers. Et ce n&rsquo;est pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui que Ca\u00efn tue Abel ? Mais c&rsquo;est d&rsquo;aujourd&rsquo;hui que Ca\u00efn tue Abel au nom de la logique et r\u00e9clame ensuite la L\u00e9gion d&rsquo;honneur. Je prendrai un exemple pour me faire mieux comprendre. <\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les grandes gr\u00e8ves de novembre 1947, les journaux annonc\u00e8rent que le bourreau de Paris, M. Desfourneau cesserait aussi son travail. On n&rsquo;a pas assez remarqu\u00e9, \u00e0 mon sens, cette d\u00e9cision de notre compatriote. Ses revendications \u00e9taient nettes. Il demandait naturellement une prime pour chaque ex\u00e9cution, ce qui est dans la r\u00e8gle de toute entreprise. Mais, surtout, il r\u00e9clamait avec force le statut de chef de bureau. Il voulait en effet recevoir de l\u2019\u00c9tat, qu&rsquo;il avait conscience de bien servir, la seule cons\u00e9cration, le seul honneur tangible, qu&rsquo;une nation moderne puisse offrir \u00e0 ses bons serviteurs, je veux dire un statut administratif. Ainsi s&rsquo;\u00e9teignait, sous le poids de l&rsquo;histoire, une de nos derni\u00e8res professions lib\u00e9rales. Car c&rsquo;est bien sous le poids de l&rsquo;histoire, en effet. Dans les temps barbares, une aur\u00e9ole terrible tenait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du monde le bourreau. Il \u00e9tait celui qui, par m\u00e9tier, attente au myst\u00e8re de la vie et de la chair. Il \u00e9tait et il se savait un objet d&rsquo;horreur. Et cette horreur consacrait en m\u00eame temps le prix de la vie humaine. Aujourd&rsquo;hui, il est seulement un objet de pudeur. Et je trouve dans ces conditions qu&rsquo;il a raison de ne plus vouloir \u00eatre le parent pauvre qu&rsquo;on garde \u00e0 la cuisine parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas les ongles nets. Dans une civilisation o\u00f9 le meurtre et la violence sont d\u00e9j\u00e0 des doctrines et sont en passe de devenir des institutions, les bourreaux ont tout \u00e0 fait le droit d&rsquo;entrer dans les cadres administratifs. A vrai dire, nous autres Fran\u00e7ais sommes un peu en retard. Un peu partout dans le monde, les ex\u00e9cuteurs sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s dans les fauteuils minist\u00e9riels. Ils ont seulement remplac\u00e9 la hache par le tampon \u00e0 encre. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand la mort devient affaire de statistiques et d&rsquo;administration, c&rsquo;est en effet, que les affaires du monde ne vont pas. Mais si la mort devient abstraite, c&rsquo;est que la vie l&rsquo;est aussi. Et la vie de chacun ne peut pas \u00eatre autrement qu&rsquo;abstraite \u00e0 partir du moment o\u00f9 on s&rsquo;avise de la plier \u00e0 une id\u00e9ologie. Le malheur est que nous sommes au temps des id\u00e9ologies et des id\u00e9ologies totalitaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire assez s\u00fbres d&rsquo;elles-m\u00eames, de leur raison imb\u00e9cile ou de leur courte v\u00e9rit\u00e9, pour ne voir le salut du monde que dans leur propre domination. Et vouloir dominer quelqu&rsquo;un ou quelque chose, c&rsquo;est souhaiter la st\u00e9rilit\u00e9, le silence ou la mort de ce quelqu&rsquo;un. Il suffit, pour le constater, de regarder autour de nous. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplac\u00e9 aujourd&rsquo;hui par la pol\u00e9mique. Le XXe si\u00e8cle est le si\u00e8cle de la pol\u00e9mique et de l&rsquo;insulte. Elle tient, entre les nations et les individus, et au niveau m\u00eame des disciplines autrefois d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, la place que tenait traditionnellement le dialogue r\u00e9fl\u00e9chi. Des milliers de voix, jour et nuit, poursuivant chacune de son c\u00f4t\u00e9 un tumultueux monologue, d\u00e9versent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, d\u00e9fenses, exaltations. Mais quel est le m\u00e9canisme de la pol\u00e9mique ? Elle consiste \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;adversaire en ennemi, \u00e0 le simplifier par cons\u00e9quent et \u00e0 refuser de le voir. Celui que j&rsquo;insulte, je ne connais plus la couleur de son regard, ni s&rsquo;il lui arrive de sourire et de quelle mani\u00e8re. Devenus aux trois quarts aveugles par la gr\u00e2ce de la pol\u00e9mique, nous ne vivons plus parmi des hommes, mais dans un monde de silhouettes. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de vie sans persuasion. Et l&rsquo;histoire d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne conna\u00eet que l&rsquo;intimidation. Les hommes vivent et ne peuvent vivre que sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;ils ont quelque chose en commun o\u00f9 ils peuvent toujours se retrouver. Mais nous avons d\u00e9couvert ceci : il y a des hommes qu&rsquo;on ne persuade pas. Il \u00e9tait et il est impossible \u00e0 une victime des camps de concentration d&rsquo;expliquer \u00e0 ceux qui l&rsquo;avilissent qu&rsquo;ils ne doivent pas le faire. C&rsquo;est que ces derniers ne repr\u00e9sentent plus des hommes, mais une id\u00e9e port\u00e9e \u00e0 la temp\u00e9rature de la plus inflexible des volont\u00e9s. Celui qui veut dominer est sourd. En face de lui, il faut se battre ou mourir. C&rsquo;est pourquoi les hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui vivent dans la terreur. Dans le \u00ab\u00a0Livre des morts\u00a0\u00bb, on lit que le juste \u00e9gyptien pour m\u00e9riter son pardon devait pouvoir dire : \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai caus\u00e9 de peur \u00e0 personne\u00a0\u00bb. Dans ces conditions on cherchera en vain nos grands contemporains, le jour du jugement dernier, dans la file des bienheureux. <\/p>\n\n\n\n<p>Quoi d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce que ces silhouettes, d\u00e9sormais sourdes et aveugles, terroris\u00e9es, nourries de tickets, et dont la vie enti\u00e8re se r\u00e9sume dans une fiche de police, puissent \u00eatre ensuite trait\u00e9es comme des abstractions anonymes. Il est int\u00e9ressant de constater que les r\u00e9gimes qui sont issus de ces id\u00e9ologies sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui, par syst\u00e8me, proc\u00e8dent au d\u00e9racinement des populations, les promenant \u00e0 la surface de l&rsquo;Europe comme des symboles exsangues qui ne prennent une vie d\u00e9risoire que dans les chiffres des statistiques. Depuis que ces belles philosophies sont entr\u00e9es dans l&rsquo;histoire, d&rsquo;\u00e9normes masses d&rsquo;hommes, dont chacun pourtant avait autrefois une mani\u00e8re de serrer la main, sont d\u00e9finitivement ensevelis sous les deux initiales des personnes d\u00e9plac\u00e9es, qu&rsquo;un monde tr\u00e8s logique a invent\u00e9 pour elles. <\/p>\n\n\n\n<p>Oui, tout cela est logique. Quand on veut unifier le monde entier au nom d&rsquo;une th\u00e9orie, il n&rsquo;est pas d&rsquo;autres voies que de rendre ce monde aussi d\u00e9charn\u00e9, aveugle et sourd que la th\u00e9orie elle-m\u00eame. Il n&rsquo;est pas d&rsquo;autres voies que de couper les racines m\u00eames qui attachent l&rsquo;homme \u00e0 la vie et \u00e0 la nature. Et ce n&rsquo;est pas un hasard si l&rsquo;on ne trouve pas de paysages dans la grande litt\u00e9rature europ\u00e9enne depuis Dosto\u00efevsky. Ce n&rsquo;est pas un hasard si les livres significatifs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, au lieu de s&rsquo;int\u00e9resser aux nuances du c\u0153ur et aux v\u00e9rit\u00e9s de l&rsquo;amour, ne se passionnent que pour les juges, les proc\u00e8s et la m\u00e9canique des accusations, si au lieu d&rsquo;ouvrir les fen\u00eatres sur la beaut\u00e9 du monde, on les y referme avec soin sur l&rsquo;angoisse des solitaires. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le philosophe qui inspire aujourd&rsquo;hui toute la pens\u00e9e europ\u00e9enne est celui qui a \u00e9crit que seule la ville moderne permet \u00e0 l&rsquo;esprit de prendre conscience de lui-m\u00eame et qui est all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 dire que la nature est abstraite et que la raison seule est concr\u00e8te. C&rsquo;est le point de vue de Hegel, en effet, et c&rsquo;est le point de d\u00e9part d&rsquo;une immense aventure de l&rsquo;intelligence, celle qui finit par tuer toutes choses. Dans le grand spectacle de la nature, ces esprits ivres ne voient plus rien qu&rsquo;eux-m\u00eames. C&rsquo;est l&rsquo;aveuglement dernier. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi aller plus loin ? Ceux qui connaissent les villes d\u00e9truites de l&rsquo;Europe, savent ce dont je parle. Elles offrent l&rsquo;image de ce monde d\u00e9charn\u00e9, efflanqu\u00e9 d&rsquo;orgueil, o\u00f9 le long d&rsquo;une monotone apocalypse, des fant\u00f4mes errent \u00e0 la recherche d&rsquo;une amiti\u00e9 perdue, avec la nature et avec les \u00eatres. Le grand drame de l&rsquo;homme d&rsquo;Occident, c&rsquo;est qu&rsquo;entre lui et son devenir historique, ne s&rsquo;interposent plus ni les forces de la nature ni celles de l&rsquo;amiti\u00e9. Ses racines coup\u00e9es, ses bras dess\u00e9ch\u00e9s, il se confond d\u00e9j\u00e0 avec les potences qui lui sont promises. Mais du moins, arriv\u00e9 \u00e0 ce comble de d\u00e9raison, rien ne doit nous emp\u00eacher de d\u00e9noncer la duperie de ce si\u00e8cle qui fait mine de courir apr\u00e8s l&#8217;empire de la raison, alors qu&rsquo;il ne cherche que les raisons d&rsquo;aimer qu&rsquo;il a perdues. Et nos \u00e9crivains le savent bien qui finissent tous par se r\u00e9clamer de ce succ\u00e9dan\u00e9 malheureux et d\u00e9charn\u00e9 de l&rsquo;amour, qui s&rsquo;appelle la morale. Les hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui peuvent peut-\u00eatre tout maitriser en eux, et c&rsquo;est leur grandeur. Mais il est au moins une chose que la plupart d&rsquo;entre eux ne pourront jamais retrouver, c&rsquo;est la force d&rsquo;amour qui leur a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. Voil\u00e0 pourquoi ils ont honte, en effet. Et il est bien juste que les artistes partagent cette honte puisqu&rsquo;ils y ont contribu\u00e9. Mais qu&rsquo;ils sachent dire au moins qu&rsquo;ils ont honte d&rsquo;eux-m\u00eames et non pas de leur m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">CAR tout ce qui fait la dignit\u00e9 de l&rsquo;art s&rsquo;oppose \u00e0 un tel monde et le r\u00e9cuse. L\u2019\u0153uvre d&rsquo;art, par le seul fait qu&rsquo;elle existe, nie les conqu\u00eates de l&rsquo;id\u00e9ologie. Un des sens de l&rsquo;histoire de demain est la lutte, d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e, entre les conqu\u00e9rants et les artistes. Tous deux se proposent pourtant la m\u00eame fin. L&rsquo;action politique et la cr\u00e9ation sont les deux faces d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9volte contre les d\u00e9sordres du monde. Dans les deux cas, on veut donner au monde son unit\u00e9. Et longtemps la cause de l&rsquo;artiste et celle du novateur politique ont \u00e9t\u00e9 confondues. L&rsquo;ambition de Bonaparte est la m\u00eame que celle de Goethe. Mais Bonaparte nous a laiss\u00e9 le tambour dans les lyc\u00e9es et Goethe les \u00ab El\u00e9gies romaines \u00bb. Mais depuis que les id\u00e9ologies de l&rsquo;efficacit\u00e9 appuy\u00e9es sur la technique sont intervenues, depuis que par un subtil mouvement le r\u00e9volutionnaire est devenu conqu\u00e9rant, les deux courants de pens\u00e9e divergent. Car ce que cherche le conqu\u00e9rant de droite ou de gauche, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;unit\u00e9 qui est avant tout l&rsquo;harmonie des contraires, c&rsquo;est la totalit\u00e9, qui est \u00e9crasement des diff\u00e9rences. L&rsquo;artiste distingue l\u00e0 o\u00f9 le conqu\u00e9rant nivelle. L&rsquo;artiste qui vit et cr\u00e9e au niveau de la chair et de la passion, sait que rien n&rsquo;est simple et que l&rsquo;autre existe. Le conqu\u00e9rant veut que l&rsquo;autre n&rsquo;existe pas, son monde est un monde de ma\u00eetres et d&rsquo;esclaves, celui-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 nous vivons. Le monde de l&rsquo;artiste est celui de la contestation vivante et de la compr\u00e9hension. Je ne connais pas une seule grande \u0153uvre qui se soit \u00e9difi\u00e9e sur la seule haine, alors que nous connaissons tous les empires de la haine. Dans un temps o\u00f9 le conqu\u00e9rant, par la logique m\u00eame de son attitude, devient ex\u00e9cuteur et policier, l&rsquo;artiste est forc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre r\u00e9fractaire. En face de la soci\u00e9t\u00e9 politique contemporaine, la seule attitude coh\u00e9rente de l&rsquo;artiste, ou alors il lui faut renoncer \u00e0 l&rsquo;art, c&rsquo;est le refus sans concession. Il ne peut \u00eatre, quand m\u00eame il le voudrait, complice de ceux qui emploient le langage ou les moyens des id\u00e9ologies contemporaines. <\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi il est vain et d\u00e9risoire de nous demander justification et engagement. Par sa fonction m\u00eame, l&rsquo;artiste est le t\u00e9moin de la libert\u00e9, et c&rsquo;est une justification qu&rsquo;il lui arrive de payer cher. Par sa fonction m\u00eame, il est engag\u00e9 dans la plus inextricable \u00e9paisseur de l&rsquo;histoire, celle o\u00f9 \u00e9touffe la chair m\u00eame de l&rsquo;homme. Le monde \u00e9tant ce qu&rsquo;il est, nous y sommes engag\u00e9s quoi que nous en ayons, et nous sommes par nature les ennemis des idoles abstraites qui y triomphent aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;elles soient nationales ou partisanes. Non pas au nom de la morale et de la vertu, comme on essaie de le faire croire, par une duperie suppl\u00e9mentaire. Nous ne sommes pas des vertueux. Et \u00e0 voir l&rsquo;air anthropom\u00e9trique que prend la vertu chez nos r\u00e9formateurs, Il n&rsquo;y a pas \u00e0 le regretter. C&rsquo;est au nom de la passion de l&rsquo;homme pour ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;unique en l&rsquo;homme, que nous refuserons toujours ces entreprises qui se couvrent de ce qu&rsquo;il y a de plus mis\u00e9rable dans la raison. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais ceci d\u00e9finit en m\u00eame temps notre solidarit\u00e9 \u00e0 tous. C&rsquo;est parce que nous avons \u00e0 d\u00e9fendre le droit \u00e0 la solitude de chacun que nous ne serons plus jamais des solitaires. Nous sommes press\u00e9s, nous ne pouvons pas \u0153uvrer tout seuls. Tolsto\u00ef a pu \u00e9crire, lui, sur une guerre qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas faite, le plus grand roman de toutes les litt\u00e9ratures. Nos guerres \u00e0 nous ne nous laissent le temps d&rsquo;\u00e9crire sur rien d&rsquo;autre que sur elles-m\u00eames et, dans le m\u00eame moment, elles tuent P\u00e9guy et des milliers de jeunes po\u00e8tes. Voil\u00e0 pourquoi je trouve, par-dessus nos diff\u00e9rences qui peuvent \u00eatre grandes, que la r\u00e9union de ces hommes, ce soir, \u00e0 un sens. Au-del\u00e0 des fronti\u00e8res, quelquefois sans le savoir, ils travaillent ensemble aux mille visages d&rsquo;une m\u00eame \u0153uvre qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera face \u00e0 la cr\u00e9ation totalitaire. Tous ensemble, oui, et avec eux, ces milliers d&rsquo;hommes qui tentent de dresser les formes silencieuses de leurs cr\u00e9ations dans le tumulte des cit\u00e9s. Et avec eux, ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ne sont pas ici et qui par la force des choses nous rejoindront un jour. Et ces autres aussi qui croient pouvoir travailler pour l&rsquo;id\u00e9ologie totalitaire par les moyens de leur art, alors que dans le sein m\u00eame de leur \u0153uvre la puissance de l&rsquo;art fait \u00e9clater la propagande, revendique l&rsquo;unit\u00e9 dont ils sont les vrais serviteurs, et les d\u00e9signent \u00e0 notre fraternit\u00e9 forc\u00e9e en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 la m\u00e9fiance de ceux qui les emploient provisoirement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vrais artistes ne font pas de bons vainqueurs politiques, car ils sont incapables d&rsquo;accepter l\u00e9g\u00e8rement la mort de l&rsquo;adversaire. Ils sont du c\u00f4t\u00e9 de la vie, non de la mort. Ils sont les t\u00e9moins de la chair, non de la loi. Par leur vocation, ils sont condamn\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension de cela m\u00eame qui leur est ennemi. Cela ne signifie pas, au contraire, qu&rsquo;ils soient incapables de juger du bien ou du mal mais, chez le pire criminel, leur aptitude \u00e0 vivre la vie d&rsquo;autrui leur permet de reconnaitre la constante justification des hommes, qui est la douleur. Voil\u00e0 ce qui nous emp\u00eachera toujours de prononcer le jugement absolu et, par cons\u00e9quent, de ratifier le ch\u00e2timent absolu. Dans le monde de la condamnation \u00e0 mort qui est le n\u00f4tre, les artistes t\u00e9moignent pour ce qui dans l&rsquo;homme refuse de mourir. Ennemi de personne, sinon des bourreaux ! Et c&rsquo;est ce qui les d\u00e9signera toujours, \u00e9ternels Girondins, aux menaces et aux coups de nos Montagnards en manchettes de lustrine. Apr\u00e8s tout, cette mauvaise position, par son incommodit\u00e9 m\u00eame, fait leur grandeur. Un jour viendra o\u00f9 tous le reconna\u00eetront, et, respectueux de nos diff\u00e9rences, les plus valables d&rsquo;entre nous cesseront alors de se d\u00e9chirer comme ils le font. Ils reconnaitront que leur vocation la plus profonde est de d\u00e9fendre jusqu&rsquo;au bout le droit de leurs adversaires \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas de leur avis. Ils proclameront, selon leur \u00e9tat, qu&rsquo;il vaut mieux se tromper sans assassiner personne et en laissant parler les autres que d&rsquo;avoir raison au milieu du silence et des charniers. Ils essaieront de d\u00e9montrer que si les r\u00e9volutions peuvent r\u00e9ussir par la violence, elles ne peuvent se maintenir que par le dialogue. Et ils sauront alors que cette singuli\u00e8re vocation leur cr\u00e9e la plus bouleversante des fraternit\u00e9s, celle des combats douteux et des grandeurs menac\u00e9es, celle qui, \u00e0 travers tous les \u00e2ges de l&rsquo;intelligence, n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de lutter pour affirmer contre les abstractions de l&rsquo;histoire ce qui d\u00e9passe toute histoire, et qui est la chair, qu&rsquo;elle soit souffrante ou qu&rsquo;elle soit heureuse. Toute l&rsquo;Europe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dress\u00e9e dans sa superbe, leur crie que cette entreprise est d\u00e9risoire et vaine. Mais nous sommes tous au monde pour d\u00e9montrer le contraire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours d&rsquo;Albert Camus \u00e0 la Rencontre internationale de la salle Pleyel et paru dans La Gauche, n\u00b0 10, 20 d\u00e9cembre 1948, p. 3 NOUS sommes dans un temps o\u00f9 les hommes, pouss\u00e9s par de m\u00e9diocres et f\u00e9roces id\u00e9ologies, s&rsquo;habituent \u00e0 avoir honte de tout. Honte d&rsquo;eux-m\u00eames, honte d&rsquo;\u00eatre heureux, d&rsquo;aimer ou de cr\u00e9er. 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