{"id":18358,"date":"2023-03-20T15:12:02","date_gmt":"2023-03-20T14:12:02","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=18358"},"modified":"2023-03-20T15:12:02","modified_gmt":"2023-03-20T14:12:02","slug":"gilbert-sigaux-itineraire-dalbert-camus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/20\/gilbert-sigaux-itineraire-dalbert-camus\/","title":{"rendered":"Gilbert Sigaux : Itin\u00e9raire d&rsquo;Albert Camus"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Gilbert Sigaux paru dans <em><a href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/combat\/03-aug-1950\/2487\/3301759\/1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Combat<\/a><\/em>, 3 ao\u00fbt 1950, p. 4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"18360\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/20\/gilbert-sigaux-itineraire-dalbert-camus\/actuelles\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?fit=1394%2C2185&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1394,2185\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Albert, Camus&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;Actuelles&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Actuelles\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?fit=191%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?fit=580%2C910&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=402%2C630&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-18360\" width=\"402\" height=\"630\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=653%2C1024&amp;ssl=1 653w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=191%2C300&amp;ssl=1 191w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=768%2C1204&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=980%2C1536&amp;ssl=1 980w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=1307%2C2048&amp;ssl=1 1307w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?resize=1200%2C1881&amp;ssl=1 1200w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-actuelles.jpg?w=1394&amp;ssl=1 1394w\" sizes=\"auto, (max-width: 402px) 100vw, 402px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>DANS<\/strong> le dernier volume d&rsquo;Albert Camus, <em>Actuelles<\/em>, qui r\u00e9unit, outre un certain nombre d&rsquo;\u00e9ditoriaux de <em>Combat<\/em>, des articles parus dans <em>Caliban<\/em>, le texte d&rsquo;un expos\u00e9 fait au couvent des Dominicains de La Tour Maubourg et trois interviews, on peut voir plusieurs choses. D&rsquo;abord le journal, sinon involontaire, du moins non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 d&rsquo;un esprit lucide, de 1944 \u00e0 1948. Pour la biographie intellectuelle de Camus, <em>Actuelles <\/em>constitue donc un document capital. Les mouvements d&rsquo;une sensibilit\u00e9, ceux d&rsquo;une intelligence s&rsquo;y inscrivent dans un style d&rsquo;une puret\u00e9 et d&rsquo;une pr\u00e9cision irr\u00e9prochables (cela compte, quand il s&rsquo;agit d&rsquo;id\u00e9es) style constamment conforme \u00e0 son sujet, sans \u00ab\u00a0drap\u00e9\u00a0\u00bb, sans op\u00e9ra \u2014 mais avec une sobre, une constante r\u00e9sonance humaine.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Document, donc, sur les d\u00e9marches, les choix, les positions d&rsquo;un \u00e9crivain auquel les ann\u00e9es r\u00e9centes ont donn\u00e9 (malgr\u00e9 lui souvent) une place, une situation importantes. Mais ce c\u00f4t\u00e9 historique, si l&rsquo;on peut dire, d&rsquo;<em>Actuelles<\/em>, et sa signification dans l&rsquo;\u00e9volution de Camus ont peut-\u00eatre moins d&rsquo;importance (en tout cas ont \u00e0 nos yeux moins d&rsquo;importance) que le contenu pur du livre. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est bien entendu qu&rsquo;on ne peut s\u00e9parer les textes des occasions, des \u00e9v\u00e9nements qui les ont fait na\u00eetre. Mais ces \u00e9v\u00e9nements ont souvent perdu de leur poids, l&rsquo;occasion est oubli\u00e9e, ou le sera, et, les d\u00e9passant, il reste un certain nombre de constantes. C&rsquo;est \u00e0 celles-ci qu&rsquo;il est bon de s&rsquo;attacher. <\/p>\n\n\n\n<p>Le mieux serait sans doute de citer les formules dans lesquelles Camus a enferm\u00e9 ses d\u00e9couvertes, son exp\u00e9rience \u2014 ou ce qu&rsquo;il nommerait peut-\u00eatre lui-m\u00eame ses <em>propositions<\/em>. Mais mieux vaut que le lecteur les d\u00e9couvre, non pas ench\u00e2ss\u00e9es dans un discours, mais sorties vivantes et n\u00e9cessaires de l&rsquo;examen du r\u00e9el, de la m\u00e9ditation du pr\u00e9sent. Isol\u00e9es, elles pourraient para\u00eetre abstraites. En fait, rien n&rsquo;est moins abstrait, moins d\u00e9tach\u00e9 que la pens\u00e9e de ce moraliste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>AUJOURD&rsquo;HUI<\/strong> que l&rsquo;irr\u00e9parable semble na\u00eetre et cro\u00eetre sous nos yeux, avec une rapidit\u00e9 de cauchemar, les analyses politiques de Camus prennent en effet en bien des cas une r\u00e9sonance singuli\u00e8re. En 1945 ou 1946 il ne pr\u00e9tendait pas pr\u00e9voir l&rsquo;avenir, il n&rsquo;annon\u00e7ait pas des lendemains d&rsquo;Apocalypse. Mais il savait voir l&rsquo;essentiel. Et sa na\u00efvet\u00e9 devant les faits, son refus cart\u00e9sien de toutes les ivresses, font que, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 tout para\u00eet <em>recommencer<\/em>, ses <em>Actuelles <\/em>peuvent fournir bien des grilles pour comprendre ce qui se passe. Nous ne sommes pas dans quelque ciel, ou dans un avenir aux lignes incertaines. Aujourd&rsquo;hui, et ici. Le visage de notre destin s&rsquo;est \u00e0 peine pr\u00e9cis\u00e9. Mais il est le m\u00eame, il a les m\u00eames traits. Et nous pouvons mettre des exp\u00e9riences voisines de celles qu&rsquo;\u00e9voque Camus sous les phrases qu&rsquo;il \u00e9crivait il y a quelques ann\u00e9es. Les options, les dilemmes, les choix sont les m\u00eames\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais venons-en aux constantes que nous \u00e9voquions tout \u00e0 l&rsquo;heure. Elles sont avant tout celles d&rsquo;un homme qui a voulu remettre dans leurs vrais et n\u00e9cessaires rapports la politique et la morale, et qui l&rsquo;a fait de telle sorte, avec une telle <em>\u00e9conomie<\/em>, une telle rigueur, que son exemple est une le\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je dis \u00e9conomie, je veux dire que Camus ne se facilite pas la t\u00e2che. Il n&rsquo;a aucune foi religieuse, pas d&rsquo;id\u00e9ologie confortable et rassurante. C&rsquo;est un homme seul. Ce qui le pousse, c&rsquo;est \u00ab un souci de v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;oubli de (sa) propre personne, le go\u00fbt de la grandeur humaine\u00a0\u00bb. Il ne pr\u00e9tend pas avoir d\u00e9couvert les nourritures dont l&rsquo;homme a besoin pour \u00eatre heureux. Il sait qu&rsquo;il n&rsquo;est pas le premier \u00e0 vouloir concilier justice et libert\u00e9, et si le mot de <em>justice <\/em>revient sous sa plume, c&rsquo;est qu&rsquo;il est chez lui, on n&rsquo;en peut douter, l&rsquo;expression d&rsquo;une exigence profonde, essentielle. La justice est la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme. Et l&rsquo;id\u00e9e de justice n&rsquo;est pas chez Camus seulement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exercice d&rsquo;un devoir envers les autres. La justice r\u00e9pond chez lui \u00e0 un \u00e9quilibre sup\u00e9rieur de la vie morale, que l&rsquo;on retrouve exprime dans les quelques lignes de Nietzsche qui sont plac\u00e9es en t\u00eate du volume : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Il vaut mieux p\u00e9rir que ha\u00efr et craindre ; il vaut mieux p\u00e9rir deux fois que se faire ha\u00efr et redouter ; telle devra \u00eatre un jour la supr\u00eame maxime de toute soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e politiquement.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi la justice n&rsquo;est pas tant un acte isol\u00e9 qu&rsquo;une r\u00e8gle permanente de conduite. Sur le plan personnel, c&rsquo;est une obsession, une r\u00e8gle de vie, l&rsquo;id\u00e9al et le r\u00e9el poursuivis et servis d&rsquo;un m\u00eame mouvement. Justice et v\u00e9rit\u00e9 sont deux visages d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. A qui est soutenu par leur exigence, \u00e0 qui la vit quotidiennement, sans tricher, il est au moins donn\u00e9 de garder une certitude, un espoir inconditionnel. Un autre d\u00e9veloppement est possible, qui lie justice, v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9volte. Quand Camus publiera <em>l&rsquo;Essai sur la R\u00e9volte<\/em> auquel il travaille depuis longtemps, on pourra, je pense, voir comment se sont nourries l&rsquo;une de l&rsquo;autre, agrandies, d\u00e9velopp\u00e9es, ces trois id\u00e9es. Pour l&rsquo;instant nous avons une premi\u00e8re approche de ce qui est non pas tant un syst\u00e8me politique qu&rsquo;une vue g\u00e9n\u00e9rale des devoirs humains. Un moraliste, disais-je tout \u00e0 l&rsquo;heure. Il est bien vrai qu&rsquo;on en arrive toujours l\u00e0 : au bien, au mal, \u00e0 la justification. Et Camus dira, s&rsquo;adressant \u00e0 des catholiques :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Nous sommes devant le mal. Et pour moi il est vrai que je me sens un peu comme cet Augustin d&rsquo;avant le christianisme qui disait : Je cherchais d&rsquo;o\u00f9 vient le mal et je n&rsquo;en sortais pas. Mais il est vrai aussi que je sais, avec quelques autres, ce qu&rsquo;il faut faire, sinon pour diminuer le mal, du moins pour ne pas y ajouter.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"276\" height=\"427\" data-attachment-id=\"18359\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/20\/gilbert-sigaux-itineraire-dalbert-camus\/camus-mekki\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?fit=276%2C427&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"276,427\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Camus-Mekki\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?fit=194%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?fit=276%2C427&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?resize=276%2C427&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-18359\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?w=276&amp;ssl=1 276w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Camus-Mekki.png?resize=194%2C300&amp;ssl=1 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 276px) 100vw, 276px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 une autre constatation, qu&rsquo;il est indispensable de faire si l&rsquo;on veut bien comprendre Camus : il ne se sent pas possesseur d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 absolue ou d&rsquo;un \u00ab\u00a0message\u00a0\u00bb. Il est simplement, obstin\u00e9ment, loyal et attentif, t\u00e2chant d&rsquo;augmenter la place de la responsabilit\u00e9, de l&rsquo;objectivit\u00e9 dans sa vie d&rsquo;\u00e9crivain. T\u00e2chant, aurait dit Gide, d&rsquo;assumer le plus possible d&rsquo;humanit\u00e9. Tout se tient : \u00e9lever le langage politique, introduire le langage de la morale dans l&rsquo;exercice de la politique, se garder des fins lointaines et incontr\u00f4lables servies par des moyens qui les corrompent irr\u00e9m\u00e9diablement. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0La ruse, la violence, le sacrifice aveugle des hommes, il y a des si\u00e8cles que ces moyens ont fait leurs preuves. Ces preuves sont am\u00e8res. Il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;une chose \u00e0 tenter, qui est la voie moyenne et simple d&rsquo;une honn\u00eatet\u00e9 sans illusions, de la sage loyaut\u00e9, et l&rsquo;obstination \u00e0 renforcer seulement la dignit\u00e9 humaine. Nous croyons que l&rsquo;id\u00e9alisme est vain. Mais notre id\u00e9e, pour finir, est que le jour o\u00f9 des hommes voudront mettre au service du bien le m\u00eame ent\u00eatement et la m\u00eame \u00e9nergie inlassable que d&rsquo;autres mettent au service du mal, ce jour-l\u00e0 les forces du bien pourront triompher \u2014 pour un temps tr\u00e8s court, peut-\u00eatre, mais pour un temps cependant, et cette conqu\u00eate sera alors sans mesure\u00a0\u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;on excuse la longueur de la citation. Elle m&rsquo;a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire ; qu&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chisse ceci : pour ceux qui ont la double et absurde pr\u00e9tention de comprendre le monde et d&rsquo;aider \u00e0 le changer \u2014 \u00e0 le changer dans une mesure peut-\u00eatre tr\u00e8s faible, mais d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, pas dans cent ans \u2014 pour ceux qui refusent obstin\u00e9ment (parce qu&rsquo;ils sont pessimistes quant au destin de l&rsquo;homme, s&rsquo;ils sont optimistes quant \u00e0 l&rsquo;homme) de remettre d&rsquo;incontr\u00f4lables esp\u00e9rances entre les mains d&rsquo;\u00eatres qui ne sont pas n\u00e9s, \u2014 pour tous ceux-l\u00e0, il n&rsquo;est qu&rsquo;une route. Elle conduit \u00e0 tenir obstin\u00e9ment, aveugl\u00e9ment, sur l&rsquo;essentiel, \u00e0 ne pas renoncer. C&rsquo;est le th\u00e8me des <em>vaincus invincibles<\/em> magnifiquement illustr\u00e9 nagu\u00e8re par Silone. Cr\u00e9er une nouvelle civilisation, si l&rsquo;on peut. Si l&rsquo;on ne vous le permet pas, enfouir le grain sous la neige. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Aussi longtemps que, serait-ce dans un seul esprit, la v\u00e9rit\u00e9 sera accept\u00e9e pour ce qu&rsquo;elle est et telle qu&rsquo;elle est, il y aura place pour l&rsquo;espoir\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>ON <\/strong>pourrait longtemps commenter ainsi les d\u00e9veloppements que Camus indique ou amorce avec une r\u00e9serve, une sobri\u00e9t\u00e9 qui font ressortir la violence de ses propositions. (<em>Ni victimes, ni bourreaux<\/em> m\u00e9riterait une analyse particuli\u00e8re). Mais \u00e0 quoi bon ? On a compris que dans <em>Actuelles <\/em>se retrouve d\u00e9finie une morale politique et aussi \u00ab\u00a0les conditions d&rsquo;une pens\u00e9e politique modeste, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9livr\u00e9e de tout messianisme et d\u00e9barrass\u00e9e de la nostalgie du paradis terrestre\u00a0\u00bb. Pens\u00e9e modeste, mais \u00e0 la recherche d&rsquo;un ordre universel. Pens\u00e9e o\u00f9 la fid\u00e9lit\u00e9 et l&rsquo;espoir s&rsquo;accordent. O\u00f9 le dialogue et l&rsquo;amiti\u00e9 des hommes tentent sans cesse de s&rsquo;opposer \u00e0 la peur, au silence, \u00e0 la s\u00e9paration des esprits et des \u00e2mes. <\/p>\n\n\n\n<p>Et o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crivain n&rsquo;oublie pas sa vocation particuli\u00e8re (la cr\u00e9ation est un des aspects de la r\u00e9volte humaine) \u2014 et <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0qu&rsquo;il faut qu&rsquo;un autre genre d&rsquo;hommes (autres que ceux qui s&rsquo;identifient \u00e0 leur doctrine et poursuivent des fins d\u00e9finitives par la soumission totale \u00e0 leurs convictions) existe, attentifs \u00e0 pr\u00e9server la nuance l\u00e9g\u00e8re, le style de vie, la chance de bonheur, l&rsquo;amour, l\u2019\u00e9quilibre difficile, enfin, dont les enfants de ces m\u00eames hommes auront besoin finalement, m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 parfaite est alors r\u00e9alis\u00e9e\u00a0\u00bb. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un humanisme qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, et qui n&rsquo;oublie rien. Un humanisme terrestre, de l&rsquo;amour terrestre. On ne peut que s&rsquo;en sentir profond\u00e9ment solidaire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Albert Camus, Actuelles (Gallimard)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Gilbert Sigaux paru dans Combat, 3 ao\u00fbt 1950, p. 4 DANS le dernier volume d&rsquo;Albert Camus, Actuelles, qui r\u00e9unit, outre un certain nombre d&rsquo;\u00e9ditoriaux de Combat, des articles parus dans Caliban, le texte d&rsquo;un expos\u00e9 fait au couvent des Dominicains de La Tour Maubourg et trois interviews, on peut voir plusieurs choses. 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Leur section tout enti\u00e8re se serait livr\u00e9e \u00e0 l'ennemi, il y a neuf ans, dans la\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=1050%2C600&ssl=1 3x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/1946-Combat.jpg?resize=1400%2C800&ssl=1 4x"},"classes":[]},{"id":13944,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/09\/11\/jacques-lemarchand-au-theatre-hebertot-les-justes-dalbert-camus\/","url_meta":{"origin":18358,"position":1},"title":"Jacques Lemarchand : Au th\u00e9\u00e2tre H\u00e9bertot \u00ab\u00a0Les Justes\u00a0\u00bb d&rsquo;Albert Camus","author":"SiNedjib","date":"11\/09\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Jacques Lemarchand paru dans Combat, 19 d\u00e9cembre 1949, p. 2 NOUS r\u00e9entendons dans Les Justes \u2014 avec joie \u2014 le grand ton d'Albert Camus, auteur dramatique. Je yeux dire le ton du Malentendu. J'ai aim\u00e9 et admir\u00e9 Caligula, mais mon amiti\u00e9 \u2014 et chaque relecture l'a confirm\u00e9e \u2014\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Combat-19-decembre-1949.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":20180,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/10\/16\/joyeux-camus\/","url_meta":{"origin":18358,"position":2},"title":"Maurice Joyeux : Albert Camus. 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Amiti\u00e9 d'id\u00e9e, faite de rencontres circonstancielles, n'allant jamais jusqu'\u00e0 l'intimit\u00e9. 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