{"id":18948,"date":"2023-06-18T12:26:05","date_gmt":"2023-06-18T10:26:05","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=18948"},"modified":"2023-06-18T12:26:05","modified_gmt":"2023-06-18T10:26:05","slug":"des-cadences-infernales-a-linsurrection","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/06\/18\/des-cadences-infernales-a-linsurrection\/","title":{"rendered":"Gustave Stern : Des cadences infernales \u00e0 l&rsquo;insurrection"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article159037\" target=\"_blank\">Gustave Stern<\/a> paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n074.pdf\" target=\"_blank\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>, n\u00b0 74 (375), juillet-ao\u00fbt 1953, p. 2-5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/static.dw.com\/image\/17551790_906.jpg?w=580&#038;ssl=1\" alt=\"\"\/><figcaption>Soviet tanks shot at protesters in Potsdam Square &#8211; <small>Image: picture-alliance\/akg images<\/small> (<a href=\"https:\/\/www.dw.com\/en\/berlin-commemorates-1953-uprising-in-east-germany\/a-39289423\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Source<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L&rsquo;impensable s&rsquo;est produit \u00e0 Berlin-Est et en Allemagne Orientale : la classe ouvri\u00e8re d&rsquo;un pays <em>totalitaire <\/em>o\u00f9 sont stationn\u00e9es 30 divisions russes, o\u00f9 le parti communiste dispose de tous les leviers de commande, s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9e contre une dictature implacable, a quitt\u00e9 les usines et les chantiers, a envahi les rues et les places publiques, pour crier sa col\u00e8re et pour r\u00e9clamer\u2026 Pour r\u00e9clamer des salaires plus \u00e9lev\u00e9s ? Non pas : pour exiger la <em>libert\u00e9<\/em>. R\u00e9alise-t-on enti\u00e8rement la signification de cet \u00e9v\u00e9nement ? Cet exploit a \u00e9t\u00e9 accompli par une classe ouvri\u00e8re qui a subi 12 ann\u00e9es de r\u00e9gime hitl\u00e9rien et de guerre et huit ann\u00e9es de r\u00e9gime \u00ab populaire \u00bb et d&rsquo;occupation sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La \u00ab R\u00e9publique D\u00e9mocratique Allemande \u00bb <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant de narrer la gen\u00e8se des \u00e9v\u00e9nements, de ces journ\u00e9es de juin qui marquent une des plus belles pages du mouvement ouvrier, il convient d&rsquo;esquisser rapidement le \u00ab climat \u00bb d&rsquo;un r\u00e9gime qui vient de s&rsquo;effondrer dans l&rsquo;odieux et dans le ridicule. La \u00ab R\u00e9publique d\u00e9mocratique allemande \u00bb, au d\u00e9but, ne fut pas une \u00ab d\u00e9mocratie populaire \u00bb comme les autres : le d\u00e9part s\u2019annon\u00e7ait comme difficile ; les sovi\u00e9tiques n&rsquo;avaient pas r\u00e9ussi cette op\u00e9ration qui devait leur assurer des assises solides dans la population : la tentative d&rsquo;op\u00e9rer une scission de la social-d\u00e9mocratie s&rsquo;av\u00e9ra un \u00e9chec lamentable. Seule une fraction infime du parti socialiste accepta de se grouper sous la banni\u00e8re du \u00ab Parti Socialiste Unifi\u00e9 \u00bb du parti stalinien. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9chec, avant-coureur de la r\u00e9volte qui vient de se produire, \u00e9tait d\u00fb, essentiellement, \u00e0 une exp\u00e9rience pratique et claire : les troupes sovi\u00e9tiques avaient envahi le pays, et elles \u00e9taient venues \u00e0 la rencontre de la classe ouvri\u00e8re allemande, non pas en tant que \u00ab lib\u00e9rateurs \u00bb, mais comme des unit\u00e9s d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 venger leurs morts et bien conscientes du mot d&rsquo;ordre lanc\u00e9 par Ilya Ehrenbourg : \u00ab Il n&rsquo;y a de bons Allemands que les Allemands morts ! \u00bb Le souvenir des brutalit\u00e9s commises en 1945 (qui sont donc loin d&rsquo;\u00eatre une \u00ab sp\u00e9cialit\u00e9 allemande \u00bb\u2026) s&rsquo;est ancr\u00e9 profond\u00e9ment dans la conscience de la classe ouvri\u00e8re allemande. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans de telles conditions que d\u00e9buta le r\u00e9gime \u00ab populaire \u00bb en Allemagne Orientale. Il a abouti, en l&rsquo;espace de huit ann\u00e9es, aux r\u00e9sultats obtenus dans toutes les \u00ab d\u00e9mocraties populaires \u00bb : prise des leviers de commande par les communistes, cr\u00e9ation d&rsquo;un syndicat unique, charg\u00e9 de populariser aupr\u00e8s des ouvriers la politique de l\u2019\u00c9tat qui, lui, n&rsquo;avait qu&rsquo;un seul souci : exploitation impitoyable de la population et transfert des richesses du pays vers l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique. Tout ce qui s&rsquo;est produit en Pologne, en Roumanie, en Hongrie, en Tch\u00e9coslovaquie et ailleurs, a trouv\u00e9 son reflet \u00e0 Berlin-Est. La lutte contre l\u2019\u00c9glise trouvait son point culminant en 1953, la collectivisation de la terre, la cr\u00e9ation de kolkhozes fut acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e quelques mois avant les \u00ab journ\u00e9es de juin \u00bb, et, dans les usines fut impos\u00e9e la militarisation du travail. selon le mod\u00e8le sovi\u00e9tique. Le ma\u00eetre de l&rsquo;industrie, le stalinien Heinrich Rau, venait d&rsquo;ordonner l&rsquo;introduction d&rsquo;un \u00ab passeport \u00bb dans les usines, ce qui voulait dire que, d\u00e9sormais, aucun ouvrier n&rsquo;aurait plus le droit de changer de travail sans l&rsquo;autorisation sup\u00e9rieure. Enfin, le r\u00e9gime ordonna l&rsquo;introduction du syst\u00e8me des \u00ab normes \u00bb de travail, ce qui signifiait pratiquement qu&rsquo;on for\u00e7ait les ouvriers \u00e0 travailler sous le r\u00e9gime des \u00ab cadences infernales \u00bb, qu&rsquo;on les obligeait bien souvent \u00e0 faire des heures suppl\u00e9mentaires non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Allemagne orientale \u00e9tait devenue stalinienne. Avec des restrictions pourtant, dont une d&rsquo;importance capitale : Berlin-Ouest existait, ce \u00ab\u00a0trou\u00a0\u00bb dans le rideau de fer, d&rsquo;o\u00f9 venaient des bouff\u00e9es d&rsquo;air frais, d&rsquo;o\u00f9 arrivaient, \u00e9galement, des tracts, des journaux, des nouvelles d&rsquo;un monde non soumis k la dictature. Des travailleurs de Berlin-Est partaient, le matin, dans le secteur occidental, pour y rejoindre leurs camarades syndiqu\u00e9s, syndiqu\u00e9s librement. Ils revenaient le soir, pour s&rsquo;entendre dire que le r\u00e9gime \u00e9tait \u00ab l&rsquo;incarnation de la dictature du prol\u00e9tariat \u00bb : il n&rsquo;y avait rien \u00e0 faire ; les soviets ne disposaient pas, \u00e0 Berlin-Est. du monopole de l&rsquo;information, et ils ne pouvaient pas emp\u00eacher que les nouvelles sur la v\u00e9ritable situation dans le monde ne se r\u00e9pandissent \u00e0 travers toute la zone orientale, que les 18 millions d&rsquo;habitants de la \u00ab R\u00e9publique d\u00e9mocratique allemande \u00bb, tout en vivant sous le r\u00e9gime d&rsquo;une dictature implacable, ne fussent inform\u00e9s de tout ce qui se passait dans le monde non totalitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Pr\u00e9ludes <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements de juin furent, certes (nous allons l&rsquo;expliquer), une explosion \u00e9l\u00e9mentaire, spontan\u00e9e. Pourtant, de petits signes, presque imperceptibles annon\u00e7aient la r\u00e9volte. Pendant les premiers jours du mois de juin, les journaux communistes, le <strong><em>Neues Deutschland<\/em><\/strong>, organe central du parti communiste, et la <strong><em>T\u00e4gliche Rundschau<\/em><\/strong>, feuille des autorit\u00e9s d&rsquo;occupation sovi\u00e9tique, \u00e9taient remplis de rapports sur des discussions dans les usines, o\u00f9 il s&rsquo;agissait toujours des \u00ab normes de travail \u00bb. Le m\u00e9contentement de la classe ouvri\u00e8re sur l&rsquo;exploitation inhumaine, sur le stakhanovisme selon le mod\u00e8le sovi\u00e9tique, sur les heures suppl\u00e9mentaires, \u00e9tait devenu si fort que le parti communiste fut oblig\u00e9 d&rsquo;en faire \u00e9tat dans les r\u00e9unions et dans les journaux : ainsi pouvait-on lire dans toute la presse de la zone orientale que les ouvriers de Leipzig et de Halle, de Magdebourg et de I\u00e9na, centres ouvriers o\u00f9 la vieille social-d\u00e9mocratie disposait jadis de bastions imprenables, o\u00f9 Rosa Luxembourg avait exerc\u00e9 une influence pr\u00e9pond\u00e9rante, \u00ab rousp\u00e9taient \u00bb, que les ouvriers d&rsquo;une usine de Leipzig d\u00e9claraient : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab C&rsquo;est une honte que, 70 ans apr\u00e8s la mort de Karl Marx, nous soyons oblig\u00e9s de r\u00e9clamer des conditions de vie d\u00e9centes ! \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces paroles, reprises un peu partout, furent prononc\u00e9es \u00e0 un moment o\u00f9 les aliments les plus n\u00e9cessaires faisaient d\u00e9faut, par suite de la politique de collectivisation, par suite de l&rsquo;industrialisation forcen\u00e9e, et aussi parce que tout \u00e9tait subordonn\u00e9 au r\u00e9armement. <\/p>\n\n\n\n<p>Les communistes ne comprenaient pas ce \u00ab dada \u00bb des ouvriers : les \u00ab normes \u00bb. Les ouvriers de Leipzig s&rsquo;entendaient dire par les responsables communistes : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Vous ne comprenez donc pas que ces usines sont \u00e0 vous, que pour la premi\u00e8re fois dans votre existence, vous travaillez dans votre propre int\u00e9r\u00eat, et pour le bonheur de vos enfants ? \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Lorsque, au d\u00e9but du mois de juin. les autorit\u00e9s communistes, suivant l&rsquo;ordre des sovi\u00e9tiques, d\u00e9cr\u00e9t\u00e8rent la fin de la bolch\u00e9visation de la zone orientale (de toute \u00e9vidence, pour inaugurer une nouvelle politique dans la question de l&rsquo;unit\u00e9 allemande : probl\u00e8me qui ne peut \u00eatre trait\u00e9 ici), les ouvriers prirent pr\u00e9texte du rel\u00e2chement apparent de la pression pour protester plus hardiment contre les \u00ab cadences infernales \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ainsi que d\u00e9put\u00e8rent les \u00ab journ\u00e9es de juin \u00bb. Le 14 juin, le journal du parti communiste, le <strong><em>Neues Deutschland<\/em><\/strong>, attaquait les \u00ab irresponsables \u00bb qui essayaient, malgr\u00e9 les mesures d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es, \u00ab d&rsquo;obliger les gars du b\u00e2timent de la Stalinallee \u00e0 augmenter les normes de travail \u00bb. Le journal d\u00e9clarait que c&rsquo;\u00e9tait, l\u00e0, un exemple typique \u00ab d&rsquo;une fausse politique \u00e0 laquelle il faut mettre fin ! \u00bb En m\u00eame temps, le <strong><em>Neues Deutschland<\/em><\/strong> signalait \u00ab quelques gr\u00e8ves partielles \u00bb parmi les ouvriers de la Stalinallee, vaste art\u00e8re, o\u00f9 sont construits des immeubles g\u00e9ants, dans le plus pur style neo-classique des sovi\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le b\u00e2timent commence <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le matin du 16 juin, les normes ayant \u00e9t\u00e9, une fois de plus, augment\u00e9es, les ouvriers d&rsquo;un petit chantier, comptant 100 personnes, se r\u00e9unirent pour protester contre \u00ab cette nouvelle mesure intol\u00e9rable \u00bb. Les responsables du \u00ab syndicat \u00bb du b\u00e2timent, effray\u00e9s par la tournure que prenaient les \u00e9v\u00e9nements, accoururent et pr\u00each\u00e8rent le \u00ab calme \u00bb. Un des secr\u00e9taires du \u00ab syndicat \u00bb sugg\u00e9rait une \u00ab intervention amicale \u00bb aupr\u00e8s des autorit\u00e9s pour \u00ab obtenir satisfaction \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9action des ouvriers fut inattendue : \u00ab Nous y allons tous ! \u00bb, fut le cri unanime des 100 ouvriers du b\u00e2timent qua aussit\u00f4t se mirent en marche vers l&rsquo;office central du minist\u00e8re de la Reconstruction, rejoints en route par tous les ouvriers de la Stalinallee. C&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but de la r\u00e9volte. <\/p>\n\n\n\n<p>Il convient, ici, de bien fixer ce point : la d\u00e9monstration dans la Stalinallee s&rsquo;est form\u00e9e au lendemain des mesures gouvernementales d\u00e9cr\u00e9tant la fin de la bolch\u00e9visation forc\u00e9e ; elle \u00e9tait dirig\u00e9e, au fond, contre des mesures (augmentation des normes de travail), qui ne correspondaient plus \u00e0 la \u00ab ligne \u00bb et \u00e9taient dues \u00e0 l&rsquo;initiative de quelques \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0retardataires\u00a0\u00bb qui, \u00e9blouis par la bolch\u00e9visation, n&rsquo;avaient pas encore r\u00e9alis\u00e9, mentalement, que le \u00ab tournant \u00bb devait \u00eatre pris avec une rapidit\u00e9 vertigineuse. La d\u00e9monstration \u00e9tait dirig\u00e9e contre un gouvernement d\u00e9j\u00e0 en retraite, mais qui, par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une partie de l&rsquo;appareil, se permettait pourtant quelques provocations. <\/p>\n\n\n\n<p>Curieuse cette journ\u00e9e du 16 juin : les ouvriers de la Stalinallee d\u00e9brayent, imit\u00e9s, ici et l\u00e0, par quelques usines m\u00e9tallurgiques qui, suivant l&rsquo;exemple des ouvriers du b\u00e2timent, constituent des comit\u00e9s de gr\u00e8ve. Fait significatif : les responsables des comit\u00e9s de gr\u00e8ves sont, pour la plupart, des ouvriers connus comme sociaux-d\u00e9mocrates, comme partisans du \u00ab tra\u00eetre \u00bb Ollenhauer, ennemi num\u00e9ro un du r\u00e9gime du chancelier Adenauer. Il se confirme, le 16 juin, que l&rsquo;influence de la social-d\u00e9mocratie est pr\u00e9pond\u00e9rante dans le secteur oriental de Berlin. Il se confirme \u00e9galement, que la d\u00e9monstration, commenc\u00e9e en tant que manifestation contre les \u00ab cadences infernales \u00bb, prend aussit\u00f4t un caract\u00e8re politique : les ouvriers de la Stalinallee osent crier : \u00ab\u00a0A bas le gouvernement Ulbricht-Grotewohl !\u00a0\u00bb Par contre, pas un mot contre les Russes. Les policiers \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb, affol\u00e9s, laissent faire : personne ne s&rsquo;oppose \u00e0 la marche des ouvriers, maintenant au nombre de quatre mille, qui arrivent devant l&rsquo;office central du b\u00e2timent, o\u00f9 une d\u00e9l\u00e9gation est re\u00e7ue par le \u00ab\u00a0directeur\u00a0\u00bb qui promet tout : \u00ab\u00a0Retournez \u00e0 votre travail, vous aurez satisfaction !\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Curieuse journ\u00e9e\u00a0\u00bb, disions-nous. Les ouvriers retournent en effet \u00e0 leur travail. Mais, arriv\u00e9s \u00e0 leurs chantiers, ils discutent ; la discussion prend rapidement une tournure politique et aboutit \u00e0 la conclusion : \u00ab Demain, nous verrons ! \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Et, le 17 juin, date m\u00e9morable, les ouvriers de la Stalinallee se rassemblent devant leurs chantiers. Partout, devant des groupes de 100 et 200 ouvriers, des jeunes essentiellement bien connus de leurs coll\u00e8gues, montent sur des \u00e9chelles et des caisses et haranguent les ouvriers : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Camarades, dit un jeune socialiste, estim\u00e9 de ses camarades, connu pour son courage, il est temps d&rsquo;en finir ; le gouvernement des Grotewohl et Ulbricht a trahi la classe ouvri\u00e8re : nous r\u00e9clamons l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Allemagne, la fin de l&rsquo;esclavage et des \u00e9lections libres ! \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tonnerre d&rsquo;applaudissements ! Dans toute la Stalinallee, d&rsquo;innombrables orateurs, non pas des \u00ab provocateurs \u00bb, mais des ouvriers bien connus de leur camarades, reprennent ces paroles du jeune socialiste, et, brusquement, des milliers d&rsquo;ouvriers, en v\u00eatements de travail, se mettent en marchent vers la Leipzigerstrasse, o\u00f9 se trouvent les b\u00e2timents du gouvernement \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb. Partout, o\u00f9 passent les gars du b\u00e2timent, ils sont rejoints par d&rsquo;autres ouvriers qui quittent leur travail. <\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes et les jeunes commencent \u00e0 confectionner des pancartes et des drapeaux\u2026 noir, rouge, or : les embl\u00e8mes de l&rsquo;ancienne R\u00e9publique de Weimar et de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale de Bonn. Faut-il s&rsquo;en \u00e9tonner ? Les ouvriers ne tiennent pas \u00e0 \u00eatre confondus avec ceux qui, \u00ab\u00a0sous le r\u00e8gne du drapeau rouge\u00a0\u00bb, ont install\u00e9 le r\u00e9gime de l&rsquo;esclavage. Mais, ici et l\u00e0, se d\u00e9tachent, sur les drapeaux, les \u00ab trois fl\u00e8ches \u00bb, sous le signe desquelles la social-d\u00e9mocratie de la R\u00e9publique de Weimar avait conduit la lutte contre les hordes nazies\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les ouvriers arrivent devant les b\u00e2timents gouvernementaux, ils se comptent par dizaines de milliers. La police \u00ab populaire \u00bb recule, quelques-uns des policiers prennent franchement la fuite et se d\u00e9barrassent rapidement de leurs uniformes : c&rsquo;est la d\u00e9bandade. Mais quelques d\u00e9tachements fid\u00e8les tiennent ; ils emp\u00eacheront les ouvriers de p\u00e9n\u00e9trer dans les b\u00e2timents gouvernementaux, pour s&#8217;emparer des Ulbricht et des Grotewohl.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Tout Berlin suit\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entre temps, les ouvriers des usines m\u00e9tallurgiques, surtout ceux de Henningsdorf, en zone sovi\u00e9tique, apprenant les nouvelles, ont d\u00e9bray\u00e9. A Henningsdorf, dans la banlieue de Berlin, on est traditionnellement \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb : c&rsquo;est l\u00e0 que le parti communiste, en 1931-32, avait son bastion le plus solide ; ce sont ces ouvriers qui chassaient les nazis des usines et se battaient quotidiennement contre les hordes brunes ; des fils de ces ouvriers, riches d&rsquo;une exp\u00e9rience de huit ans, se mettent en gr\u00e8ve, mais contre les communistes. Et c&rsquo;est la marche fantastique de 8.000 ouvriers, en v\u00eatements de travail, \u00e0 travers le secteur fran\u00e7ais de Berlin, les travailleurs scandant les slogans : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Libert\u00e9, \u00e9lections libres, nous ne voulons pas \u00eatre des esclaves ! \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Fait \u00e0 signaler : les responsables des \u00ab cellules \u00bb communistes dans ces usines ont disparu et la majorit\u00e9 des membres du \u00ab parti \u00bb marchent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs camarades, entra\u00een\u00e9s par l&rsquo;\u00e9lan r\u00e9volutionnaire de la foule. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la Leipzigerstrasse, sur la Postdamer Platz, dans la Wilhelmstrasse, ils sont 40.000 maintenant, chantant les vieux chants du mouvement ouvrier :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Br\u00fcder, zur Sonne, zur Freiheit\u00a0\u00bb, Fr\u00e8res, vers le soleil, vers la libert\u00e9 ! <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la r\u00e9volution, c&rsquo;est la r\u00e9volte de tout un peuple, connu pour son sens de la discipline, c&rsquo;est la plus \u00e9tonnante manifestation de dignit\u00e9 humaine, c&rsquo;est la lutte ouverte contre la puissance communiste. <\/p>\n\n\n\n<p>La police populaire, incapable de venir \u00e0 bout de cette volont\u00e9, impuissante contre la mar\u00e9e humaine qui d\u00e9ferle, contre ces manifestants qui portent bien haut leurs pancartes \u00ab\u00a0A bas le gouvernement Grotewohl, nous voulons la libert\u00e9 !\u00a0\u00bb), qui sont enthousiastes et d\u00e9cid\u00e9s, r\u00e9clame du renfort ; elle a perdu la bataille. Elle commence \u00e0 tirer sur la foule qui recule d&rsquo;abord, pour avancer de nouveau. <\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les rues de Berlin-Est sont noires de monde, d&rsquo;ouvriers qui sont en gr\u00e8ve, de commer\u00e7ants qui ravitaillent les manifestants. N&rsquo;est-ce pas ainsi que L\u00e9nine a d\u00e9fini une \u00ab\u00a0situation r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb ? Le gouvernement communiste n&rsquo;existe plus : les permanences du parti communiste sont mises \u00e0 sac et incendi\u00e9es : les \u00ab\u00a0responsables\u00a0\u00bb du parti ont disparu. Un seul, le ministre Selbmann, ose sortir d&rsquo;un b\u00e2timent gouvernemental : il monte sur une estrade pour dire aux ouvriers : \u00ab\u00a0Camarades\u2026\u00a0\u00bb, mais avant qu&rsquo;il puisse continuer, il est interrompu par le cri mille fois repris : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Tu n&rsquo;es pas notre camarade, tu nous a trahis, nous voulons la libert\u00e9 !\u00a0\u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Selbmann retourne pr\u00e9cipitamment dans son bureau, et un ouvrier du b\u00e2timent prend la parole pour haranguer les ouvriers. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un seul moyen pour faire face \u00e0 cette situation : l&rsquo;appel aux armes. Les Sovi\u00e9tiques n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 : brusquement, des tanks surgissent, mena\u00e7ants. et la foule recule, pas \u00e0 pas. De jeunes ouvriers, courageux, d\u00e9cid\u00e9s, commencent \u00e0 les bombarder avec des pierres et des morceaux de fonte. Les soldats sovi\u00e9tiques tirent, des cris retentissent, des hommes tombent. <\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent (nous \u00e9crivons cet article le 23 juin), le nombre des morts et bless\u00e9s \u00e0 Berlin-Est n&rsquo;est pas exactement connu mais rien que dans le secteur occidental de Berlin o\u00f9 les manifestants les y ont tra\u00een\u00e9s, 16 ouvriers sont morts des suites de leurs blessures ; des centaines de personnes ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es Les dirigeants sovi\u00e9tiques ont imm\u00e9diatement compris la port\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements ; s&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas intervenus, c&rsquo;\u00e9tait la chute du gouvernement communiste, c&rsquo;\u00e9tait la fin d&rsquo;un r\u00e9gime, dont les chefs sont isol\u00e9s des masses et dont le peuple r\u00e9solu peut, sans intervention ext\u00e9rieure, se lib\u00e9rer seul de ses cha\u00eenes. <\/p>\n\n\n\n<p>Le 17 et le 18 Juin, malgr\u00e9 les tanks, malgr\u00e9 les morts et bless\u00e9s, la bataille continue : partout, les photos des \u00ab\u00a0chefs bien-aim\u00e9s\u00a0\u00bb sont arrach\u00e9es, partout on brille les dossiers du \u00ab parti \u00bb, on incendie les bureaux du S.E.D. (parti communiste) : c&rsquo;est la fin de la R\u00e9publique du S\u00e9distan, fin rendue symbolique par l&rsquo;acte courageux de deux jeunes ouvriers qui grimpent sur le Brandenburger Tor, \u00e0 la limite des secteurs occidentaux et du secteur oriental, pour arracher le drapeau sovi\u00e9tique, symbole de l&rsquo;esclavage. <\/p>\n\n\n\n<p>Et toute la ville est en gr\u00e8ve : dans toutes les usines, on d\u00e9signe des comit\u00e9s de gr\u00e8ve, form\u00e9s, pour la plupart, d&rsquo;ouvriers socialistes et de camarades dont on sait qu&rsquo;ils sont des adversaires d\u00e9cid\u00e9s des staliniens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>\u2026 Puis, toute l&rsquo;Allemagne<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les \u00e9v\u00e9nements de Berlin se sont d\u00e9roul\u00e9s pour ainsi dire, sur une sc\u00e8ne publique, observ\u00e9s par tous les Berlinois des secteurs occidentaux. la r\u00e9volte dans toute la zone orientale ne peut \u00eatre reconstitu\u00e9e que d&rsquo;apr\u00e8s les informations parvenues de Berlin. Nous ne ferons \u00e9tat que de celles parmi ces informations, qui ont pu \u00eatre contr\u00f4l\u00e9es et dont l&rsquo;authenticit\u00e9 ne peut \u00eatre contest\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>A Magdebourg, cit\u00e9 ouvri\u00e8re, vieux bastion du syndicalisme et de la social-d\u00e9mocratie, tous les ouvriers ont d\u00e9bray\u00e9 vers deux heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, lorsque, alert\u00e9s par on ne sait quel moyen, ils apprirent les \u00e9v\u00e9nements de Berlin. L\u00e0 encore : \u00e9lection de comit\u00e9s de gr\u00e8ve dans les usines, confection h\u00e2tive de pancartes (\u00ab\u00a0A bas le gouvernement, nous voulons la libert\u00e9 !\u00a0\u00bb) et\u2026 marche de dix mille ouvriers sur le si\u00e8ge du parti qui est pris d&rsquo;assaut. Les dirigeants du parti communiste sont ross\u00e9s, maltrait\u00e9s, la gare est occup\u00e9e, et, brusquement, retentit le mot d&rsquo;ordre : \u00ab\u00a0Aux prisons !\u00a0\u00bb Et c&rsquo;est la lib\u00e9ration m\u00e9morable des prisonniers politiques qui, port\u00e9s sur les \u00e9paules, rejoignent les manifestants ! Les troupes sovi\u00e9tiques, n&rsquo;ayant re\u00e7u aucune instruction, ne bougent pas, sur le moment tout au moins. <\/p>\n\n\n\n<p>A Halle, ville o\u00f9 se trouvent les usines \u00ab\u00a0Leuna\u00a0\u00bb, d&rsquo;o\u00f9 partaient, en 1920-21, des mouvements r\u00e9volutionnaires, d\u00e9brayage g\u00e9n\u00e9ral, manifestations de rues, lib\u00e9ration des prisonniers politiques. Il nous est impossible, pour l&rsquo;instant, d&rsquo;obtenir confirmation du bruit selon lequel les usines \u00ab\u00a0Leuna\u00a0\u00bb furent incendi\u00e9es. La <strong><em>Leipziger Vollksstimme<\/em><\/strong>, feuille du parti communiste, avoue : \u00ab Les ouvriers du b\u00e2timent et d&rsquo;autres branches industrielles ont fait gr\u00e8ve ! \u00bb Et le journal communiste \u00e9crivait cela <strong>le 20 juin<\/strong> ! <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab A Halle \u00bb, \u00e9crit le <strong><em>Neues Deutschland<\/em><\/strong>, organe Central du P.C., \u00ab\u00a0des voyous fascistes ont attaqu\u00e9 le si\u00e8ge du parti communiste !\u00a0\u00bb Le ministre des chemins de fer de la zone sovi\u00e9tique, Roman Chwalek, avoue : \u00ab\u00a0Il y a eu des sabotages un peu partout, en Thuringe !\u00a0\u00bb Il nous apprend, de plus, que \u00ab la direction des chemins de fer de Magdebourg a \u00e9t\u00e9 prise d&rsquo;assaut et saccag\u00e9e ! \u00bb Ce que ce ministre ne dit pas et ce qui peut \u00eatre affirm\u00e9 avec certitude, actuellement, c&rsquo;est que les 17, 18 et 19 juin, il y avait gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale dans les chemins de fer sur toute l&rsquo;\u00e9tendue de la zone sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>A Stralsund, les dirigeants du parti communiste furent emprisonn\u00e9s \u00e0 Gera (Thuringe), les bureaux de la police furent pris d&rsquo;assaut ; \u00e0 G\u00f6rlitz, la gare fut occup\u00e9e par les gr\u00e9vistes ; \u00e0 Leipzig, 15.000 ouvriers manifest\u00e8rent dans la rue et saccag\u00e8rent les bureaux du parti ; dans \u00ab\u00a0toute la R\u00e9publique d\u00e9mocratique, lisons-nous dans une proclamation du parti communiste du 21, des clubs ouvriers, des maisons d&rsquo;apprentis et des cantines ouvri\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s !\u00a0\u00bb Comme il est vraisemblable, n&rsquo;est-ce pas, que les manifestants s&rsquo;en soient pris \u00e0 des \u00ab cantines ouvri\u00e8res \u00bb ? A Chemnitz et Erfurt, les manifestants ont occup\u00e9 le si\u00e8ge du parti communiste : Chemnitz a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e \u00ab Ville de Karl Marx \u00bb, r\u00e9cemment\u2026 Mais nous savons que \u00ab dans toute la R\u00e9publique d\u00e9mocratique \u00bb on a pourchass\u00e9 les chefs communistes, on a lib\u00e9r\u00e9 les prisonniers politiques, on a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. <\/p>\n\n\n\n<p>Ne continuons pas l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration : les historiens futurs, disposant de tous les d\u00e9tails sur cette explosion populaire, nous donneront, sans doute, des informations pr\u00e9cieuses qui nous permettront de connaitre mieux qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle, les p\u00e9rip\u00e9ties de cette <strong>r\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Spontan\u00e9it\u00e9 ouvri\u00e8re <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il convient d\u00e8s aujourd&rsquo;hui de tirer quelques conclusions des journ\u00e9es de juin. <\/p>\n\n\n\n<p>Et d&rsquo;abord ceci : il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de prendre s\u00e9rieusement en consid\u00e9ration \u00ab\u00a0l&rsquo;argument\u00a0\u00bb stalinien, selon lequel \u00ab\u00a0une bande de conspirateurs\u00a0\u00bb aurait r\u00e9ussi \u00e0 inciter des centaines de milliers d&rsquo;ouvriers \u00e0 la r\u00e9volte. Si c\u2019\u00e9tait vrai, ce serait, de toute fa\u00e7on, l&rsquo;aveu que le r\u00e9gime stalinien est pourri \u00e0 un degr\u00e9 inou\u00ef ! <\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, \u00ab\u00a0l&rsquo;explication\u00a0\u00bb selon laquelle les ouvriers furent encourag\u00e9s \u00ab\u00a0d&rsquo;en haut\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire par les dirigeants sovi\u00e9tiques, \u00e0 manifester et m\u00eame \u00e0 se d\u00e9barrasser des chefs communistes, ne m\u00e9rite pas, elle non plus, d&rsquo;\u00eatre prise en consid\u00e9ration : les \u00e9v\u00e9nements eux-m\u00eames lui ont oppos\u00e9 un d\u00e9menti tr\u00e8s clair. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;\u00e9tonnant dans cette r\u00e9volte ouvri\u00e8re, c&rsquo;est qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente d&rsquo;une fa\u00e7on extr\u00eamement simple, on serait tent\u00e9 de dire, simpliste : c&rsquo;est cette situation, d\u00e9crite par L\u00e9nine, o\u00f9 \u00ab\u00a0les gouvernants s&rsquo;av\u00e8rent incapables de continuer de la m\u00eame mani\u00e8re et o\u00f9 le peuple n&rsquo;accepte plus d&rsquo;\u00eatre gouvern\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on\u00a0\u00bb. Lorsque le r\u00e9gime \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb annon\u00e7ait, le 12 juin, que la \u00ab bolch\u00e9visation \u00bb prenait fin, que la collectivisation forc\u00e9e \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, que les normes de travail seraient diminu\u00e9es, la classe ouvri\u00e8re comprit imm\u00e9diatement et instinctivement que ces mesures, bien que dict\u00e9es par des consid\u00e9rations de politique ext\u00e9rieure sovi\u00e9tique, \u00e9taient l&rsquo;aveu de la faillite d&rsquo;un r\u00e9gime qui s&rsquo;appuyait uniquement sur les tanks russes. C&rsquo;est apr\u00e8s la publication de ces mesures que les premi\u00e8res revendications ouvertes se firent entendre, que les premi\u00e8res gr\u00e8ves localis\u00e9es \u00e9clat\u00e8rent. <\/p>\n\n\n\n<p>On a pos\u00e9 (\u00e0 juste titre d&rsquo;ailleurs) cette question : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Pourquoi ces ouvriers ne se sont-ils pas r\u00e9voltes sous le r\u00e9gime hitl\u00e9rien, alors qu&rsquo;ils viennent de donner la preuve qu&rsquo;ils en sont capables ? \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse nous para\u00eet tr\u00e8s simple : le r\u00e9gime hitl\u00e9rien disposait d&rsquo;assises solides dans la population, m\u00eame dans une partie de la classe ouvri\u00e8re ; ses organisations de masses \u00e9taient quelque chose de r\u00e9el ; par contre, le r\u00e9gime stalinien en Allemagne orientale, c&rsquo;\u00e9tait, et c&rsquo;est toujours du bluff, et uniquement cela. Les ouvriers de la zone orientale ont v\u00e9cu, politiquement, leur propre vie, pendant ces huit ann\u00e9es de r\u00e9gime \u00ab populaire \u00bb ; les mots d&rsquo;ordre ne les ont touch\u00e9 que tr\u00e8s superficiellement : les \u00ab\u00a0organisations de masse\u00a0\u00bb ont eu, certes, des adh\u00e9rents (forc\u00e9s), mais seuls quelques milliers de staliniens, de fonctionnaires ont essay\u00e9 vainement de leur insuffler un peu de vie\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Nous l&rsquo;avons dit : les gouvernants staliniens en Allemagne ne pouvaient pas \u00e9tablir ce <strong>monopole de l&rsquo;information<\/strong>, dont disposent les communistes dans les autres pays satellites de la Russie sovi\u00e9tique : Berlin-Ouest est l\u00e0, ce Berlin qui a r\u00e9sist\u00e9 courageusement, au blocus sovi\u00e9tique, qui anime un fort mouvement socialiste et syndical libre et qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 capable, malgr\u00e9 le rideau de fer, de transmettre aux ouvriers de la zone orientale, un message d&rsquo;espoir et de fraternit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette explication, pour valable qu&rsquo;elle soit, serait pourtant insuffisante. La marche des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 Berlin-Est et dans la zone orientale a prouv\u00e9 qu&rsquo;aucune organisation ill\u00e9gale ne se trouvait \u00e0 la t\u00eate des manifestations et des gr\u00e8ves. Ceux qui ont pris l&rsquo;initiative, aussi bien dans le d\u00e9clenchement des gr\u00e8ves que dans les manifestations, furent des syndicalistes et des socialistes, sans autre appui mat\u00e9riel que la volont\u00e9 des ouvriers de se d\u00e9barrasser des esclavagistes. <\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volte \u00e0 Berlin et dans la zone orientale est le soul\u00e8vement spontan\u00e9 de centaines de milliers d&rsquo;ouvriers. Prenez l&rsquo;exemple des ouvriers m\u00e9tallurgistes de Henningsdorf : lorsque deux ouvriers de la Stalinallee arrivent chez leurs camarades m\u00e9tallurgistes pour les mettre au courant des \u00e9v\u00e9nements, il suffit qu&rsquo;un seul ouvrier, un jeune socialiste, s&rsquo;\u00e9crie : \u00ab Nous y allons \u00bb, pour que 8.000 ouvriers se mettent en marche ! <\/p>\n\n\n\n<p>Partout, dans toutes les villes de la zone orientale, les choses se sont pass\u00e9es de la m\u00eame fa\u00e7on : \u00e0 Leipzig, \u00e0 Halle, \u00e0 I\u00e9na, chez les ouvriers de \u00ab\u00a0Leuna\u00a0\u00bb. Monatte et Rosmer savent que c&rsquo;est dans ces villes essentiellement qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 le mouvement ouvrier allemand. Et les journ\u00e9es de juin ont fourni la preuve que c&rsquo;est \u00e0 Berlin, en Saxe et en Thuringe que ce mouvement ouvrier est rest\u00e9 vivant, au-del\u00e0 de toutes les esp\u00e9rances. <\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;espoir qui reste, malgr\u00e9 les ex\u00e9cutions sommaires, malgr\u00e9 les condamnations implacables qui sont prononc\u00e9es contre ceux qui ne craignirent ni les policiers \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb, ni les tanks sovi\u00e9tiques. Un autre espoir nous anime : n&rsquo;est-il pas certain que les assises des \u00ab\u00a0d\u00e9mocraties populaires\u00a0\u00bb dans tous les pays satellites ne sont gu\u00e8re plus solides qu&rsquo;en Allemagne ? Les \u00e9v\u00e9nements de Tch\u00e9coslovaquie le prouvent de toute \u00e9vidence. Et ce fait, n&rsquo;ouvre-t-il pas des perspectives auxquelles, avant les journ\u00e9es de juin, il \u00e9tait difficile de croire ? N&rsquo;est-il pas prouv\u00e9 que la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb des pays satellites est possible, autrement que par la guerre ? N&rsquo;est-il pas prouv\u00e9 qu&rsquo;une politique ferme des puissances occidentales, alli\u00e9e \u00e0 une solidarit\u00e9 morale et mat\u00e9rielle envers les peuples opprim\u00e9s peut h\u00e2ter le processus de dissolution dans le \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb sovi\u00e9tique ? <\/p>\n\n\n\n<p>Ceci est un c\u00f4t\u00e9, un c\u00f4t\u00e9 important du probl\u00e8me. Mais ce qui est plus important, en attendant, pour le mouvement ouvrier libre dans son ensemble, c&rsquo;est le fait que le stalinisme, le totalitarisme moderne, n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 an\u00e9antir le mouvement ouvrier et ses traditions. Le cri \u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb fut accompagn\u00e9, pendant les journ\u00e9es m\u00e9morables des 17 et 18 juin, du cri \u00ab\u00a0Solidarit\u00e9\u00a0\u00bb. Les ouvriers \u00e9taient solidaires les uns des autres : c&rsquo;est cela qui est fondamental, alors que le r\u00e9gime totalitaire s&rsquo;est efforc\u00e9, huit ann\u00e9es durant, de d\u00e9truire la conscience de classe, d&rsquo;effacer tout sentiment de solidarit\u00e9, d&rsquo;atomiser la volont\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions nombreux \u00e0 \u00eatre suspendus \u00e0 la radio, attendant anxieusement les nouvelles. Nous sommes \u00e9galement anxieux de savoir quelle sera la r\u00e9action du mouvement ouvrier en France : ne dites pas \u00ab qu&rsquo;on ne peut rien pour eux \u00bb, que la r\u00e9pression suit, de toute fa\u00e7on, son cours. Alors que nous \u00e9crivons ces lignes \u2014 le 23 juin \u2014 il y a encore des gr\u00e9vistes dans diff\u00e9rentes villes de la zone orientale. Les ouvriers \u00e9coutent, eux aussi, les \u00e9missions de l&rsquo;Occident. Ils voudraient apprendre que l&rsquo;Occident, que le mouvement ouvrier ne les oublie pas. Force leur est de constater que, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, le lourd appareil de la C.I.S.L. a de la peine \u00e0 se mettre en mouvement, qu&rsquo;on n&rsquo;a pas r\u00e9ussi, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 prendre en charge les familles de ceux qui sont morts, des centaines et des milliers qui furent bless\u00e9s, des autres qui furent ex\u00e9cut\u00e9s sans jugement, de ceux qu&rsquo;on condamne \u00e0 de lourdes peines de prison. <\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement, toutes les villes de la zone sovi\u00e9tique sont encercl\u00e9es par les troupes sovi\u00e9tiques. Bient\u00f4t, dans toutes ces villes, r\u00e8gnera la \u00ab paix \u00bb. Pour combien de temps ? Cela d\u00e9pendra, dans une grande mesure, de l&rsquo;Occident et de son mouvement ouvrier. Les \u00ab\u00a0journ\u00e9es de juin\u00a0\u00bb sont un message que nous ont transmis non seulement les ouvriers de Berlin et de Magdebourg, mais \u00e9galement ceux de Prague, de Varsovie, de Budapest et de Bucarest. Les ouvriers de la Stalinallee, syndicalistes, socialistes et hommes libres, ont peut-\u00eatre chang\u00e9 le destin du monde. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Gustave STERN.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Gustave Stern paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 74 (375), juillet-ao\u00fbt 1953, p. 2-5 L&rsquo;impensable s&rsquo;est produit \u00e0 Berlin-Est et en Allemagne Orientale : la classe ouvri\u00e8re d&rsquo;un pays totalitaire o\u00f9 sont stationn\u00e9es 30 divisions russes, o\u00f9 le parti communiste dispose de tous les leviers de commande, s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9e contre une dictature implacable, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[33,120,2508,3941,4579,563,658,1005,1861],"class_list":["post-18948","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-33","tag-allemagne","tag-berlin","tag-guerre-froide","tag-gustave-stern","tag-insurrection","tag-la-revolution-proletarienne","tag-repression","tag-union-sovietique"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-4VC","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":13291,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/07\/14\/gustave-stern-aux-etats-unis-les-syndicats-et-la-lutte-des-noirs\/","url_meta":{"origin":18948,"position":0},"title":"Gustave Stern : Aux Etats-Unis, les syndicats et la lutte des Noirs","author":"SiNedjib","date":"14\/07\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Gustave Stern alias G\u00e9rard Sandoz paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 188, d\u00e9cembre 1963, p. 18 Une petite d\u00e9p\u00eache, provenant de Washington au mois d'Ao\u00fbt de cette ann\u00e9e, n'a gu\u00e8re trouv\u00e9 l'attention qu'elle m\u00e9ritait pourtant : cette d\u00e9p\u00eache nous informait que la Centrale des Syndicats am\u00e9ricains, l'AFL-CIO, avait\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/La-Revolution-proletarienne-decembre-1963.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":19571,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/08\/28\/russie\/","url_meta":{"origin":18948,"position":1},"title":"Alfred Rosmer : Russie. 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