{"id":19024,"date":"2023-06-25T12:51:00","date_gmt":"2023-06-25T10:51:00","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=19024"},"modified":"2023-06-25T12:51:00","modified_gmt":"2023-06-25T10:51:00","slug":"jai-choisi-la-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/06\/25\/jai-choisi-la-liberte\/","title":{"rendered":"J&rsquo;ai choisi la libert\u00e9 : Un livre maudit !"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article sign\u00e9 Un Russe h\u00e9r\u00e9tique paru dans <em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n004.pdf\" target=\"_blank\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>, 16e ann\u00e9e, n\u00b0 4<\/strong> <strong>(305),<\/strong> <strong>juillet 1947, p. 1-4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"414\" height=\"595\" data-attachment-id=\"16539\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/07\/11\/pierre-frank-jai-choisi-la-liberte-de-v-a-kravchenko\/kravchenko-jai-choisi-la-liberte\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?fit=414%2C595&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"414,595\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?fit=209%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?fit=414%2C595&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?resize=414%2C595&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-16539\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?w=414&amp;ssl=1 414w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Kravchenko-Jai-choisi-la-liberte.png?resize=209%2C300&amp;ssl=1 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 414px) 100vw, 414px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0J&rsquo;ai choisi la libert\u00e9\u00a0\u00bb, de V.-A. Kravchenko. C&rsquo;est simplement un t\u00e9moignage sur la Russie actuelle et aussi sur les ann\u00e9es qui ont amen\u00e9 cette Russie \u00e0 devenir ce qu&rsquo;elle est. Il ne faut pas se laisser arr\u00eater par la lourdeur, les gaucheries, les redites, pas plus que par les maladresses voulues d&rsquo;une traduction intentionnellement trop fid\u00e8le (et qui aussi, parfois, m\u00e9conna\u00eet, il faut bien l&rsquo;avouer, quelques termes fran\u00e7ais de l&rsquo;histoire des luttes ouvri\u00e8res). Mais celui qui a un peu d&rsquo;\u00e2me ne remarquera pas ces bavures en pr\u00e9sence des angoisses que soul\u00e8ve la d\u00e9position de Kravchenko et qui est essentielle en ceci : aujourd&rsquo;hui, sur le sixi\u00e8me du globe terrestre, dans l&rsquo;Empire russe restaur\u00e9, <strong>le travail forc\u00e9, le bagne dans son sens le plus direct est appliqu\u00e9 \u00e0 des dizaines de millions d&rsquo;hommes et de femmes et \u00e0 des millions d&rsquo;enfants<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Kravchenko montre par des tableaux, partiels d&rsquo;abord, au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il les aper\u00e7oit dans sa vie, les immenses camps de concentration qui constituent un attribut, un fondement permanent r\u00e9gulier, essentiel de l&rsquo;industrie russe. C&rsquo;est dans les usines de Nikopol et de Taganrog qu&rsquo;il se heurta, d&rsquo;abord, aux milliers d&rsquo;ouvriers et de paysans \u00ab\u00a0concentrationnaires\u00a0\u00bb qu&rsquo;il c\u00f4toya dans les usines qu&rsquo;il dirigeait. C&rsquo;est \u00e0 Pervoouralsk qu&rsquo;il pr\u00e9sente toute une immense r\u00e9gion industrialis\u00e9e en grande partie par des esclaves appartenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat-patron. C&rsquo;est dans des chapitres atroces qu&rsquo;il \u00e9voque la vie de ces hommes devenus des robots dans les tourbi\u00e8res et dans une usine souterraine situ\u00e9e pas loin de Moscou, pr\u00e8s de Podolsk, et appartenant au Commissariat des Munitions. <\/p>\n\n\n\n<p>Kravchenko d\u00e9die cette description aux Am\u00e9ricains qui \u00ab\u00a0s&rsquo;extasient sur les merveilles du communisme sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb. Puisse-t-elle tomber sous les yeux de L\u00e9on Blum qui, dans sa pr\u00e9face \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c8re des organisateurs\u00a0\u00bb, de Burnham, dit son espoir dans la d\u00e9mocratisation des \u00ab\u00a0managers\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat-patron en g\u00e9n\u00e9ral et du r\u00e9gime russe en particulier. Puissent ces traits \u00eatre sus des philosophes modernes comme Simone de Beauvoir, justifient le meurtre d&rsquo;une centaine d&rsquo;oppositionnels parce qu&rsquo; \u00ab\u00a0il s&rsquo;agit de maintenir un r\u00e9gime qui apporte \u00e0 une immense masse d&rsquo;hommes une am\u00e9lioration de leur sort\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce sort :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0D\u00e9sireux de jeter un coup d\u2019\u0153il sur les prisonniers qui se rendaient \u00e0 leur travail, je me levai de bonne heure. Une pluie froide tombait. Un peu apr\u00e8s six heures, je vis arriver un contingent d&rsquo;environ quatre cents prisonniers des deux sexes ; ils marchaient en colonne par dix, sous bonne garde, et se dirigeaient vers les ateliers secrets. <\/p><p>\u00bb Il y avait des ann\u00e9es que je voyais des malheureux de cet acabit et je ne pensais pas qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 de contempler un jour des cr\u00e9atures d&rsquo;un aspect plus tragique encore que celles que j&rsquo;avais vues dans l&rsquo;Oural ou en Sib\u00e9rie. L&rsquo;horreur avait ici quelque chose de proprement diabolique et d\u00e9passait tout ce qu&rsquo;on pouvait imaginer. Les visages exsangues et d&rsquo;une horrible coureur jaun\u00e2tre des d\u00e9tenus ressemblaient \u00e0 des masques mortuaires. On e\u00fbt dit des cadavres ambulants, empoisonn\u00e9s par les produits chimiques qu&rsquo;ils manipulaient dans leur affreux purgatoire souterrain. <\/p><p>\u00bb Parmi eux, il y avait des hommes et des femmes qui pouvaient bien avoir cinquante ans et plus, mais aussi des jeunes ayant \u00e0 peine d\u00e9pass\u00e9 leur vingti\u00e8me ann\u00e9e. Ils allaient dans un silence accabl\u00e9, comme des automates, sans regarder autour d&rsquo;eux, ils \u00e9taient v\u00eatus d&rsquo;une fa\u00e7on effarante. Plusieurs d&rsquo;entre eux portaient des galoches de caoutchouc attach\u00e9es avec des ficelles, d&rsquo;autres avaient les pieds envelopp\u00e9s de chiffons. Certains \u00e9taient affubl\u00e9s de v\u00eatements de paysans, quelques femmes portaient des manteaux d&rsquo;astrakan d\u00e9chir\u00e9s et je reconnus sur certains prisonniers les vestiges de v\u00eatements de bonne qualit\u00e9 et de provenance \u00e9trang\u00e8re. Au moment o\u00f9 la sinistre colonne passait devant l&rsquo;immeuble d&rsquo;o\u00f9 je l&rsquo;observais, une femme s&rsquo;affaissa soudain. Deux gardes la tir\u00e8rent hors des rangs, mais pas un des prisonniers n&rsquo;eut l&rsquo;air de s&rsquo;en apercevoir. Toute sympathie, toute r\u00e9action humaines \u00e9taient mortes en eux\u2026 \u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais peut-\u00eatre des hommes de bonne foi se demanderont-ils s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 de situations exceptionnelles, de faits atroces mais isol\u00e9s. Jusque dans les milieux ouvriers les plus sinc\u00e8res, des hommes ont cru voir \u00e0 \u00eatre ainsi pers\u00e9cut\u00e9s en Russie uniquement une minorit\u00e9 de m\u00e9contents, minorit\u00e9 qui serait tr\u00e8s restreinte. Or, il est impossible \u00e0 tout esprit se refusant au parti pris de ne pas apercevoir le caract\u00e8re d&rsquo;extension, de tendance vers la g\u00e9n\u00e9ralisation du travail forc\u00e9 qui s&rsquo;affirme en Russie. <\/p>\n\n\n\n<p>Voici les donn\u00e9es de Kravchenko quant \u00e0 la masse humaine qui est l&rsquo;objet de ce travail forc\u00e9 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0D&rsquo;autres contingents, arrivant de diff\u00e9rentes directions, se rendaient \u00e0 l&rsquo;enfer souterrain. Ils venaient des colonies du N.K.V.D. cach\u00e9es au loin, dans les for\u00eats, \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de distance. Le soir, je vis une colonne deux fois plus longue que celle du matin qui pataugeait dans la boue et sous la pluie, en route pour le travail de nuit. <\/p><p>\u00bb Je ne fus pas autoris\u00e9 \u00e0 descendre sous terre et, en v\u00e9rit\u00e9, je n&rsquo;en avais gu\u00e8re envie, mais les conversations que j&rsquo;eus pendant les deux journ\u00e9es que je passai l\u00e0 me permirent de me faite une id\u00e9e assez pr\u00e9cise de toute la mis\u00e8re qui r\u00e9gnait dans cet endroit. L&rsquo;usine souterraine \u00e9tait mal a\u00e9r\u00e9e, ayant \u00e9t\u00e9 construite en plein affolement et sans qu&rsquo;on se souci\u00e2t le moins du monde de la sant\u00e9 des ouvriers. Apr\u00e8s quelques semaines pass\u00e9es \u00e0 respirer ses vapeurs nocives et sa puanteur, l&rsquo;organisme humain \u00e9tait empoisonn\u00e9 \u00e0 jamais. Le taux de la mortalit\u00e9 \u00e9tait extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9. L&rsquo;usine consommait la \u00ab\u00a0mati\u00e8re humaine\u00a0\u00bb presque aussi vite que les mati\u00e8res premi\u00e8res qu&rsquo;elle transformait. <\/p><p>\u00bb Le directeur de l&rsquo;entreprise \u00e9tait un communiste au visage r\u00e9barbatif qui portait sur sa tunique je ne sais quel ordre et toute une rang\u00e9e de d\u00e9corations. Lorsque j&rsquo;en vins \u00e0 l&rsquo;interroger sur ses ouvriers, il me regarda d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9trange, comme si je lui eusse demand\u00e9 des nouvelles d&rsquo;un lot de mules destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9quarrissage \u00bb. <\/p><p>\u00bb Qu&rsquo;elle plaise ou non, telle est la v\u00e9rit\u00e9. Les usines \u00e9vacu\u00e9es, les agrandissements des usines de Sib\u00e9rie et de l&rsquo;Oural, les usines nouvelles produisaient de plus en plus de mat\u00e9riel de guerre, mais, dans la plupart de ces entreprises, les cadres indispensables \u00e9taient fournis par le travail forc\u00e9. Les \u00e9trangers qui s&rsquo;obstinent \u00e0 voir dans la victoire finale de la Russie une preuve du \u00ab\u00a0succ\u00e8s du syst\u00e8me sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb seraient plus pr\u00e8s de la v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;ils glorifiaient le succ\u00e8s remport\u00e9 par une vaste entreprise d&rsquo;esclavage exploit\u00e9e par l\u2019\u00c9tat. <\/p><p>\u00bb Au fur et \u00e0 mesure que le service arm\u00e9 nous prenait des travailleurs libres, notre industrie d\u00e9pendait de plus en plus des immenses arm\u00e9es de prisonniers dont les arrestations effectu\u00e9es depuis la guerre avaient ainsi consid\u00e9rablement accru les effectifs. Dans les milieux officiels, on estimait ces derniers \u00e0 vingt millions. Mais ce chiffre ne comprenait pas les gar\u00e7ons et les filles de 14 \u00e0 16 ans que l&rsquo;on avait exp\u00e9di\u00e9s dans des r\u00e9gions o\u00f9 le manque de main-d\u2019\u0153uvre se faisait le plus sentir. <\/p><p>\u00bb L&rsquo;industrie de l&rsquo;U.R.S.S., tout comme celle de l&rsquo;Allemagne, reposait avant tout sur le travail forc\u00e9. La principale diff\u00e9rence entre les deux pays, c&rsquo;est que Berchtesgaden r\u00e9duisait en esclavage les \u00e9trangers qu&rsquo;il avait vaincus, tandis que le Kremlin, lui, traitait ses propres citoyens comme autant d&rsquo;esclaves\u2026 <\/p><p>\u00bb Le premier d\u00e9cret concernent la mobilisation des enfants fut pris en octobre 1940. Il pr\u00e9voyait l&rsquo;enr\u00f4lement imm\u00e9diat de 800.000 \u00e0 un million d&rsquo;enfants des villes et des campagnes, \u00e2g\u00e9s de quatorze \u00e0 dix-sept ans, en vue de leur apprentissage industriel\u2026 <\/p><p>\u00bb En 1943, le nombre des enfants soumis au travail obligatoire fut port\u00e9 \u00e0 deux millions par an. Les sc\u00e8nes de s\u00e9paration d\u00e9chirantes o\u00f9 on voyait les petits malheureux pleurer et se d\u00e9battre pour ne pas partir, tandis que leurs parents sanglotaient et se lamentaient, devinrent de plus en plus fr\u00e9quentes dans notre pays tortur\u00e9. Les jeunes recrues portaient l&rsquo;uniforme et couchaient dans les baraquements ; soumises \u00e0 une stricte discipline militaire, elles partageaient leur temps entre le travail, l&rsquo;\u00e9tude et l&rsquo;\u00e9ducation physique ; tout ce programme \u00e9tait calcul\u00e9 pour faire des enfants des serviteurs dociles \u2014 voire fanatiques \u2014 du super-\u00c9tat sovi\u00e9tique. <\/p><p>\u00bb Leur \u00ab\u00a0\u00e9ducation\u00a0\u00bb politique tenait naturellement la premi\u00e8re place dans les pr\u00e9occupations du gouvernement\u2026 <\/p><p>\u00bb Si l&rsquo;on continue \u00e0 pratiquer ce syst\u00e8me de conscription industrielle des enfants \u2014 et tout donne \u00e0 penser que l&rsquo;on continuera \u2014 l\u2019\u00c9tat sovi\u00e9tique devrait avoir \u00e0 sa disposition, en 1960, trente \u00e0 quarante millions de travailleurs, form\u00e9s selon cette m\u00e9thode r\u00e9gimentaire, qui constitueront une nouvelle couche de \u00ab prol\u00e9taires \u00bb. Les influences familiales et les influences intellectuelles, condamn\u00e9es par les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques, seront ainsi r\u00e9duites au minimum\u2026 <\/p><p>\u00bb A ce corps civique soigneusement constitu\u00e9 viendront s&rsquo;ajouter quelque vingt millions de prisonniers du N.K.V.D. soumis au travail forc\u00e9 ainsi que l&rsquo;immense arm\u00e9e permanente des soldats et des officiers de carri\u00e8re, dress\u00e9s depuis l&rsquo;enfance, selon les m\u00e9thodes staliniennes, \u00e0 d\u00e9fendre le r\u00e9gime sovi\u00e9tique \u2014 tout cela sans pr\u00e9judice de l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re et de ses r\u00e9serves\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Le livre de Kravchenko d\u00e9chire le \u00ab\u00a0rideau de fer\u00a0\u00bb, cette besogne est primordiale. Que d&rsquo;hommes restent encore tromp\u00e9s par la \u00ab d\u00e9sinformation \u00bb stalinienne ! Comment s&rsquo;en \u00e9tonner ? Nous savons que des doutes se sont \u00e9lev\u00e9s jusque parmi nous, au moment de la collectivisation des terres o\u00f9, un instant, sinc\u00e8rement la question de la R\u00e9volution russe, repartant \u00e0 nouveau, fut pos\u00e9e. Or, \u00e0 cette \u00e9poque, voil\u00e0 ce qui se passait en Russie : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0Sur le champ de bataille, on meurt vite : on a au moins la possibilit\u00e9 de se d\u00e9fendre, on est soutenu, enfin, par l&rsquo;esprit de corps et par le sentiment du devoir. Dans ce village terrass\u00e9 par la famine, au contraire, les gens mouraient lentement, hideusement, \u00e0 petit feu, dans la solitude la plus compl\u00e8te et sans m\u00eame avoir la consolation de se sacrifier pour une grande cause. Il avait suffi d&rsquo;une d\u00e9cision de politiciens, arr\u00eat\u00e9e dans une capitale lointaine, devant le tapis vert d&rsquo;une conf\u00e9rence ou la table bien garnie d&rsquo;un banquet, pour transformer tous ces pauvres gens en de v\u00e9ritables animaux pris au pi\u00e8ge que l&rsquo;on laissait mourir de faim, chacun dans son coin. <\/p><p>\u00bb Le plus effrayant spectacle, c&rsquo;\u00e9tait celui qu&rsquo;offraient les petits enfants, avec leurs membres d&rsquo;une maigreur squelettique, et leurs ventres boursouffl\u00e9s et gros comme des ballons. La famine avait d\u00e9pouill\u00e9 leurs petits visages de la moindre trace de jeunesse et leur avait imprim\u00e9 d&rsquo;affreux rictus de gargouilles, seuls, leurs yeux conservaient encore quelque chose de la na\u00efvet\u00e9 de l&rsquo;enfance. Partout, dans le village, nous nous heurtions \u00e0 des hommes et des femmes qui gisaient sans mouvement, le corps et le visage atrocement marqu\u00e9s par la faim, le regard vide\u2026 <\/p><p>\u00bb Apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 plusieurs fois \u00e0 une maison sans obtenir de r\u00e9ponse, je poussai la porte et entrai, plein d&rsquo;appr\u00e9hension ; traversant un \u00e9troit couloir, je p\u00e9n\u00e9trai dans l&rsquo;unique pi\u00e8ce du pauvre logis. Mon regard fut d&rsquo;abord attir\u00e9 par la flamme d&rsquo;une veilleuse qui br\u00fblait devant une ic\u00f4ne, au-dessus d&rsquo;un grand lit, puis j&rsquo;aper\u00e7us, \u00e9tendu sur ce m\u00eame lit, le corps d&rsquo;une femme dans la force de l&rsquo;\u00e2ge, les mains crois\u00e9es sur la poitrine et le buste couvert d&rsquo;une blouse ukrainienne \u00e0 dessins brod\u00e9s. Au pied du lit, se tenaient une femme et deux enfants, un gar\u00e7on de onze ans \u00e0 peu pr\u00e8s et une fillette d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es ; tous deux pleuraient \u00e0 grosses larmes, en r\u00e9p\u00e9tant, avec l&rsquo;intonation monotone des paysans : \u00ab\u00a0Maman ! Ch\u00e8re petite maman !\u00a0\u00bb\u2026 C&rsquo;est alors qu&rsquo;en promenant les yeux autour de moi, je d\u00e9couvris un homme ou corps inerte et gonfl\u00e9, allong\u00e9 sur une planche plac\u00e9e au-dessus du gros po\u00eale. <\/p><p>\u00bb Ce qui contribuait \u00e0 faire de ce tableau une v\u00e9ritable sc\u00e8ne de cauchemar, ce n&rsquo;\u00e9tait pas tellement la morte sur son lit, mais surtout l&rsquo;aspect qu&rsquo;offraient les quatre personnes vivantes enferm\u00e9es dans la pi\u00e8ce. Les jambes de la vieille femme \u00e9taient incroyablement enfl\u00e9es, quant \u00e0 l&rsquo;homme et aux deux enfants, ils avaient visiblement atteint le dernier stade de l&rsquo;inanition. Il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 me retirer en h\u00f4te, tout en maudissant ma curiosit\u00e9\u2026 <\/p><p>\u00bb Tandis que nous reprenions notre marche \u00e0 travers le village Iuri et moi, l&rsquo;extraordinaire silence qui l&rsquo;enveloppait nous frappa de nouveau. Nous venions de d\u00e9boucher sur un vaste espace d\u00e9couvert qui avait d\u00fb \u00eatre nagu\u00e8re la place du march\u00e9, quand Iuri me prit le bras et me le serra au point de me faire mal : devant nous, sur le sol, gisaient des cadavres d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants, \u00e0 peine recouverts d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re couche de menue paille. J&rsquo;en comptai dix-sept\u2026 Sur ces entrefaites, une voiture arriva, sur laquelle deux hommes se mirent \u00e0 entasser les cadavres comme ils l&rsquo;eussent fait pour des b\u00fbches.\u00a0\u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et, enfin, cet \u00e9pilogue : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab Lorsqu&rsquo;on commen\u00e7a \u00e0 livrer les grains de la nouvelle r\u00e9colte au hangar proche de la gare, je fis une d\u00e9couverte qui me laissa tremblant d&rsquo;horreur : <strong>dissimul\u00e9s dans le mur de briques de ce hangar, il y avait des milliers de poids de grains provenant de la r\u00e9colte pr\u00e9c\u00e9dente<\/strong> ! C&rsquo;\u00e9taient les r\u00e9serves d\u2019\u00c9tat pour le district, constitu\u00e9es sur l&rsquo;ordre du gouvernement et dont les autorit\u00e9s avaient cach\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;existence aux populations accabl\u00e9es par la famine ! Des centaines d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants \u00e9taient morts de faim dans les villages, devant ce monceau de grains entasses \u00e0 leurs portes\u2026 <\/p><p>\u00bb Par la suite, j&rsquo;appris que le gouvernement, dans beaucoup d&rsquo;endroits, avait accumul\u00e9 ainsi d&rsquo;\u00e9normes r\u00e9serves, alors m\u00eame que les paysans de la r\u00e9gion mouraient de faim. Quelles \u00e9taient les raisons de cette politique ? C&rsquo;est ce que le Politburo de Staline aurait seul pu nous dire \u2014 et il ne le fit jamais.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Une objection peut surgir dans l&rsquo;esprit des lecteurs : faut-il croire ce que dit Kravchenko ? Qui est cet homme ? <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;argument est de poids. En g\u00e9n\u00e9ral, quand un t\u00e9moignage est apport\u00e9 sur un bagne par un for\u00e7at (et la Russie devient de plus en plus un bagne aux mille succursales), pour le v\u00e9rifier, il est impossible de soulever le rideau de fer, d&rsquo;aller voir sur place ou de juger sur pi\u00e8ces. Mais les faits cit\u00e9s par Kravchenko sont relat\u00e9s dans les m\u00eames termes par des centaines de t\u00e9moins : par exemple, les juifs d&rsquo;origine polonaise qui ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 quitter la Russie en 1945-1946 (\u00e0 des fins politiques assez myst\u00e9rieuses) et qui se sont empress\u00e9s d&rsquo;abandonner le paradis communiste ; ils r\u00e9p\u00e8tent presque exactement ce que relatent des centaines de soldats polonais emmen\u00e9s en captivit\u00e9 par les staliniens en 1939 (lors du pacte Hitler-Staline) et lib\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;accord Sikorsky pour aller combattre en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, la valeur personnelle du t\u00e9moin dans les t\u00e9moignages sur la Russie, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause du secret organis\u00e9 par le gouvernement russe, \u00e9liminant toute possibilit\u00e9 d&rsquo;un contr\u00f4le impartial, acquiert une tr\u00e8s grande importance. <\/p>\n\n\n\n<p>Le livre de Kravchenko donne un maximum d&rsquo;\u00e9claircissements \u00e0 ce sujet c&rsquo;est l&rsquo; \u00ab\u00a0Autour d&rsquo;une vie\u00a0\u00bb d&rsquo;un communiste russe, n\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;ancien r\u00e9gime ; ainsi, se trouvent d\u00e9crites \u00e0 travers tous les aspects de l&rsquo;existence individuelle trente ann\u00e9es de la vie russe, depuis la naissance de la R\u00e9volution jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9touffement progressif de celle-ci. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est particuli\u00e8rement important de noter la haine du tsarisme form\u00e9e chez Kravchenko au cours de l&rsquo;enfance (le p\u00e8re \u00e9tait ouvrier socialiste sans parti, un bagnard politique qui, en r\u00e9gime stalinien, refusa de parvenir au d\u00e9triment de ses fr\u00e8res) cette haine subsiste vivace et re\u00e7oit m\u00eame un \u00e9clat nouveau \u00e9tant donn\u00e9 la r\u00e9surrection de l&rsquo;Empire russe, il appara\u00eet (comme me le faisait remarquer un Fran\u00e7ais apr\u00e8s avoir lu les remarquables vues proph\u00e9tiques du marquis de Custine expos\u00e9es dans ses lettres sur la Russie, dat\u00e9es d&rsquo;il y a cent ans), il appara\u00eet de plus en plus que les bolcheviks ont surtout contribu\u00e9 \u00e0 la toute derni\u00e8re phase de la lutte antitsariste men\u00e9e pendant des d\u00e9cades et des si\u00e8cles par les d\u00e9cembristes, la \u00ab\u00a0Volont\u00e9 du peuple\u00a0\u00bb, les anarchistes, les socialistes r\u00e9volutionnaires, les diff\u00e9rents mouvements des peuples domin\u00e9s par la Russie, par les sociaux-d\u00e9mocrates (dont les bolcheviks n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;un rameau) ; certes, cette derni\u00e8re \u00e9tape, ils l&rsquo;ont franchie avec grandeur, vigueur, esprit de sacrifice ; mais presque aussit\u00f4t, d\u00e8s les derniers mois de la guerre civile les bolcheviks, devenant staliniens, se sont attel\u00e9s \u00e0 reconstruire un nouvel imp\u00e9rialisme russe, mais \u00e9tay\u00e9, cette fois-ci, sur une industrialisation forcen\u00e9e, arm\u00e9 de toutes les conqu\u00eates de la science moderne, ax\u00e9es sur l&rsquo;utilisation impitoyable d&rsquo;un \u00e9norme conglom\u00e9rat humain, trait\u00e9 comme un minerai inanim\u00e9, fondu par ses propres souffrances et que les nouveaux tyrans croient pouvoir, \u00e0 volont\u00e9, couler dans les moules standardis\u00e9s pr\u00e9vus par leurs plans ou faire d\u00e9ferler comme une nu\u00e9e de sauterelles sur l&rsquo;Europe occidentale, l&rsquo;Asie, et, plus tard, si possible, m\u00eame sur l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>Kravchenko, h\u00e9ritier de la vieille haine des anti-tsaristes, ne put se r\u00e9soudre \u00e0 jouir en paix des privil\u00e8ges acquis aux nouveaux autocrates. Il renoua la tradition des \u00ab\u00a0voluptueux du renoncement\u00a0\u00bb, si puissante dans le pass\u00e9 r\u00e9volutionnaire russe (ou du \u00ab\u00a0Je ne puis me taire\u00a0\u00bb, cri de douleur), il n&rsquo;a pas gard\u00e9 de poire pour la soif, comme font tant de r\u00e9volutionnaires importants de la plume et de la parole, devant l&rsquo;immensit\u00e9 des souffrances de ceux d&rsquo;en bas, il s&rsquo;est souvenu de ce qu&rsquo;on ne peut servir Dieu et Mammon ; et, quittant son poste de grand manager, il est devenu l&rsquo;homme sans famille qui doit toujours s&rsquo;attendre \u00e0 \u00eatre abattu par les agents du N.K.V.D. ; un homme qui a fait cela m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre sinon cru, au moins entendu. (D\u00e9j\u00e0, dans le d\u00e9bat qui s&rsquo;ouvre autour de ce livre, quelques objections ont cherch\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter Kravchenko comme un habile pr\u00e9f\u00e9rant la vie de l&rsquo;auteur connu, dans les \u00c9tats-Unis, \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 que cr\u00e9ent dans la nouvelle bureaucratie russe les \u00e9purations p\u00e9riodiques. Mais il faut se souvenir de ce que Kravchenko se s\u00e9para des gouvernements russes d\u00e8s mars 1944, \u00e0 cette \u00e9poque, la majorit\u00e9 de l&rsquo;opinion am\u00e9ricaine \u00e9tait tellement favorable \u00e0 la puissance moscovite que les autorit\u00e9s russes tent\u00e8rent de le pr\u00e9senter comme un d\u00e9serteur pour s&rsquo;efforcer d&rsquo;en obtenir l&rsquo;extradition. Ainsi, un homme qui a d\u00fb envisager les risques d&rsquo;une ex\u00e9cution sommaire en Am\u00e9rique m\u00eame ou d&rsquo;\u00eatre remis au gouvernement russe ne serait en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un calculateur habile agissant par cupidit\u00e9 !)<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me central du livre est donc celui de l&rsquo;\u00e8re nouvelle qui descend sur le monde et qui, d\u00e9j\u00e0, enveloppe la Russie, celle du m\u00e9pris de l&rsquo;homme et de la sanctification de la production, celle des termites acceptant leur lot de \u00ab gratteurs \u00bb plus ou moins bien nourris (dans le \u00ab\u00a0New Deal\u00a0\u00bb de Roosevelt ou la \u00ab\u00a0Piatiletka\u00a0\u00bb de Staline) et celle des \u00ab\u00a0managers\u00a0\u00bb pensant \u00e0 la place des humains. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce probl\u00e8me, le livre de Kravchenko force \u00e0 se poser tant d&rsquo;autres questions : plusieurs points d&rsquo;histoire importants se trouvent \u00e9clair\u00e9s : la stupeur que le pacte Hitler-Staline, en 1939, fit na\u00eetre en Russie ; le d\u00e9sarmement moral et la d\u00e9sorganisation mat\u00e9rielle que cr\u00e9a l&rsquo;effort du gouvernement russe pour ex\u00e9cuter son contrat avec Hitler ; la destruction de la l\u00e9gende qui se cr\u00e9e autour de la grandeur de Staline (l\u00e9gende qui prend toutes les nuances, depuis celle de lui attribuer des id\u00e9es simples, mais saines, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adoration de son g\u00e9nie). Staline est peint tel qu&rsquo;il est : m\u00e9diocre, cruel, m\u00ealant l&rsquo;erreur au crime, mais triomphant en fin de compte parce que correspondant ou mieux, parce qu&rsquo;incarnant le sans scrupule d&rsquo;une caste p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e du souci de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme mat\u00e9riel imm\u00e9diat obtenu en groupant et en distillant jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re goutte le sang d&rsquo;une masse historiquement pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 la soumission , et, pourtant, le clich\u00e9 du \u00ab\u00a0Russe adorant son knout\u00a0\u00bb est manifestement faux (la preuve d&rsquo;ailleurs que cette soumission, il l&rsquo;interrompt p\u00e9riodiquement au bout de quelques si\u00e8cles par des contorsions titanesques, g\u00e9n\u00e9reuses et admirables). <\/p>\n\n\n\n<p>Entre ces convulsions r\u00e9volutionnaires, des hommes s&rsquo;affirment : tr\u00e8s peu d&rsquo;hommes. La galerie de Kravchenko nous d\u00e9peint ces \u00ab grains sous la neige \u00bb : l&rsquo;ouvrier Kiriouchkine qui, seul, dans une assembl\u00e9e, ne vote pas \u00e0 main lev\u00e9e et qui, traqu\u00e9 par les dirigeants et par la masse elle-m\u00eame, explique pourquoi il ne peut \u00ab\u00a0volontairement\u00a0\u00bb donner son acquiescement \u00e0 un rel\u00e8vement \u00ab\u00a0stakhanoviste\u00a0\u00bb de la cadence de son labeur. C&rsquo;est Julia, femme d&rsquo;un des plus grands manitous du parti, en Ukraine, qui vit entre les tapis et les cristaux que lui paie son mari, et qui ne peut oublier qu&rsquo;elle est au pays du \u00ab\u00a0golod\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0kholod\u00a0\u00bb (de la faim et du froid). (Expliquez cela, marxistes et mat\u00e9rialistes, heureusement que la vraie science conna\u00eet l&rsquo;\u00e9troitesse de ses limites et se r\u00e9serve quant aux \u00e9v\u00e9nements \u00ab\u00a0qui seront, sans doute, \u00e9ternellement impr\u00e9visibles\u00a0\u00bb.) Puis Julia, ayant connu Kravchenko encore \u00e9tudiant pauvre \u00e0 cette \u00e9poque, l&rsquo;ayant connu charnellement, mais ayant aussi par cette voie retrouv\u00e9 la g\u00e9henne d&rsquo;en bas, le jour qu&rsquo;il faut perdre l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aime, veut perdre aussi le \u00ab\u00a0Mammon\u00a0\u00bb qui la nourrit ; elle s&rsquo;en va se fondre dans la mer humaine russe, ma\u00eetresse d&rsquo;\u00e9cole entre quelques chaumi\u00e8res. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est enfin El\u00e9na qui \u00ab\u00a0donne son \u00e2me pour sauver ses amis\u00a0\u00bb ; apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;h\u00e9sitations, elle devient une moucharde du N.K.V.D. parce qu&rsquo;elle a su que son p\u00e8re est mort, le corps \u00e9cras\u00e9 sous les coups re\u00e7us pendant des heures dans une cave, parce qu&rsquo;elle a vu son mari partir dans un camp de concentration de l&rsquo;Oural, parce qu&rsquo;apr\u00e8s mille calvaires elle eut l&rsquo;exceptionnelle chance de le voir et de l&rsquo;entendre dire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0El\u00e9na, ma ch\u00e9rie, sauve-moi si tu peux, je t&rsquo;en prie ! La vie ici est plus terrible qu&rsquo;on ne peut l&rsquo;imaginer au dehors, plus terrible encore que le plus affreux cauchemar. On nous traite comme des b\u00eates. Chaque jour, les prisonniers meurent comme des mouches. On nous torture et on nous fait mourir de faim. El\u00e9na, je t&rsquo;en supplie, sauve-moi ! Je ne survivrai pas \u00e0 une seconde ann\u00e9e dans cet enfer !\u00a0\u00bb <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>El\u00e9na rentra dans sa ville natale et accepta de surveiller les ing\u00e9nieurs \u00e9trangers travaillant en Russie pour ex\u00e9cuter les commandes faites aux firmes allemandes ou am\u00e9ricaines. Mais la moucharde saigne en elle-m\u00eame et c&rsquo;est l\u00e0 le supr\u00eame refuge. Rester des hommes malgr\u00e9 la torture, la torture lente et graduelle de la vie en baraquement libre ou \u00ab\u00a0concentr\u00e9\u00a0\u00bb, malgr\u00e9 la torture aig\u00fce de la privation du sommeil pendant des nuits et presque des semaines, sans parler des raffinements qu&rsquo;il est simplement indigne de d\u00e9crire. Limiter la d\u00e9ch\u00e9ance, ne pas accepter le n\u00e9ant moral : voil\u00e0 ce qui reste de possible, de r\u00e9el, en Russie aujourd&rsquo;hui, dans le monde demain. Savoir que c&rsquo;est l\u00e0 le lot de quelques tr\u00e8s rares \u00e9lus et tendre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 en \u00eatre. C&rsquo;est l\u00e0 ce qui subsiste de r\u00e9el : tout le reste des doctrines et des th\u00e8ses, est pulv\u00e9ris\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo; \u00ab\u00a0\u00c8re nouvelle\u00a0\u00bb nous demande plus, dit le livre de Kravchenko : en Russie, ce qui n&rsquo;est pas obtenu par la torture sur le patient lui-m\u00eame est extrait en torturant les siens, cela s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0la responsabilit\u00e9 collective\u00a0\u00bb. C&rsquo;est le fils qui paie pour le p\u00e8re c&rsquo;est la m\u00e8re qui paie pour la fille. Et maint homme digne de ce nom s&rsquo;\u00e9croule \u00e0 la vue du tourment inflig\u00e9 \u00e0 un \u00eatre cher et qui n&rsquo;a lui aucun roc moral pour le soutenir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Mais l\u00e0 ne s&rsquo;arr\u00eate pas le bouleversement que nous apporte Kravchenko. Il faut aller jusqu&rsquo;au fond du calice. <\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau tsarisme universel sera appuy\u00e9 ici, en France (il ne faut pas mentir), par le prol\u00e9tariat. Oui, c&rsquo;est le prol\u00e9tariat qui offre au parti communiste une forte minorit\u00e9 de centaines de milliers d&rsquo;individus forts, actifs, d\u00e9vou\u00e9s ; ceux-l\u00e0 savent vaguement que ce que dit Kravchenko est vrai, mais ils se refusent \u00e0 y penser ; ils essaient de murmurer qu&rsquo;ici le communisme ne sera pas le m\u00eame ; n&#8217;emp\u00eache, le jour o\u00f9 un ordre de haut-parleur ou un bout de carton pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;atelier ordonne une gr\u00e8ve ou une manifestation, les prol\u00e9taires fran\u00e7ais ob\u00e9issent comme les Russes. <\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0encart\u00e9s\u00a0\u00bb, il y a les sympathisants, les m\u00e9nag\u00e8res \u00ab\u00a0parce que le mien en est, du parti\u00a0\u00bb, les intellectuels, heureux de se faire flageller, mais juste sur la sc\u00e8ne et avec les tr\u00e9molos d&rsquo;usage. Puis la grosse masse d&rsquo;appui qui est \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt des donn\u00e9es du pari mutuel, du communiqu\u00e9 du Tour de France, qui ouvertement dit qu&rsquo;elle se \u00ab fout de tout \u00bb et part le dimanche p\u00e9cher \u00e0 la ligne et b\u00e2cher son jardinet ; mais le jour o\u00f9 il faut faire gr\u00e8ve pour la \u00ab rallonge \u00bb, cette masse se r\u00e9veille. Les communistes lui promettent la lune pour demain et la masse ouvri\u00e8re, aujourd&rsquo;hui, marche, consciemment en ce qui concerne une minorit\u00e9, semi-consciemment en ce qui concerne sa plus grande part pour installer en France un r\u00e9gime analogue \u00e0 l&rsquo;autocratie russe et qui sera une filiale de cette autocratie. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 dite non par lassitude et d\u00e9couragement, mais par besoin de clart\u00e9 ; elle ne peut \u00eatre tue au nom de la fid\u00e9lit\u00e9 aux principes du syndicalisme. Les hommes de la C.G.T. de 1906 ne pouvaient pas pr\u00e9voir, \u00e0 presque un demi-si\u00e8cle de distance, la corruption c\u00e9r\u00e9brale que le machinisme cr\u00e9erait dans le prol\u00e9tariat : ils ont cru que la lutte pour les salaires serait une \u00e9cole de fraternit\u00e9 et de dignit\u00e9 conduisant au d\u00e9sir de r\u00e9aliser \u00ab la capacit\u00e9 \u00bb de la classe ouvri\u00e8re. Les faits sont l\u00e0 : les prol\u00e9taires fran\u00e7ais (et sans doute ceux de l&rsquo;Europe occidentale, je ne parle pas des Russes, encha\u00een\u00e9s et des Am\u00e9ricains que je ne connais pas assez) ne s&rsquo;\u00e9veillent qu&rsquo;en face des questions mat\u00e9rielles. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais le syndicalisme de 1906 nous a apport\u00e9 autre chose que cette manifestation superficielle de la bataille pour la vente de la main-d\u2019\u0153uvre : il a \u00e9t\u00e9 une phase du combat de l&rsquo;homme \u00e9cras\u00e9 qui ne voulait pas \u00eatre un objet ; le syndicalisme de 1906 tenait autant \u00e0 la libert\u00e9 qu&rsquo;au bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, c&rsquo;est encore lui \u00eatre fid\u00e8le que de se dresser en face du prol\u00e9tariat et, quitte \u00e0 \u00eatre pi\u00e9tin\u00e9 et \u00e9trip\u00e9 par lui, lui montrer, \u00e0 lui encore, la fondri\u00e8re vers laquelle il s&rsquo;\u00e9lance t\u00eate baiss\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Sommes-nous capables d&rsquo;\u00eatre ces hommes-signaux avertisseurs ? Sommes-nous pr\u00eats \u00e0 \u00ab\u00a0encaisser\u00a0\u00bb : pas seulement des coups et des insultes occasionnels, pas m\u00eame la mort \u00e0 grand tralala contre un mur dans la rue ou le corps labour\u00e9 dans une cave, et cela par les siens ? Sommes-nous (nous tous, y compris, bien entendu, le signataire de ces lignes) pr\u00eats \u00e0 perdre nos ch\u00e8res habitudes, le d\u00eener \u00e0 heure faxe, la promenade dominicale, sommes-nous pr\u00eats \u00e0 affronter \u00ab\u00a0la soupe \u00e0 la grimace\u00a0\u00bb dans la vie familiale, sommes-nous pr\u00eats \u00e0 laisser nos enfants \u00e0 eux-m\u00eames, parce que la t\u00e2che des \u00ab alerteurs \u00bb est jalouse et absorbante ? <\/p>\n\n\n\n<p>Qui sait ? Mais ceux qui auront lu Kravchenko et retomberont dans notre somnolence (inqui\u00e8te et douloureuse, mais somnolence tout de m\u00eame) sentiront pour toujours, dans leur pens\u00e9e, bourdonner la rengaine des concentrationnaires russes mugissant dans leur avilissement :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><strong>Celui qui n&rsquo;y a pas \u00e9t\u00e9, il y viendra, <br>Celui qui y est pass\u00e9, n&rsquo;oubliera pas.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sans doute, pour \u00eatre tranquilles, apr\u00e8s une pareille pr\u00e9sentation du livre, nombreux seront ceux qui ne liront pas \u00ab\u00a0J&rsquo;ai choisi la libert\u00e9\u00a0\u00bb, mais ceux-l\u00e0 auront connu au moins, eux aussi, ce \u00ab\u00a0premier avertissement sans frais\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>UN RUSSE HERETIQUE.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article sign\u00e9 Un Russe h\u00e9r\u00e9tique paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, 16e ann\u00e9e, n\u00b0 4 (305), juillet 1947, p. 1-4 Il s&rsquo;agit de \u00ab\u00a0J&rsquo;ai choisi la libert\u00e9\u00a0\u00bb, de V.-A. Kravchenko. C&rsquo;est simplement un t\u00e9moignage sur la Russie actuelle et aussi sur les ann\u00e9es qui ont amen\u00e9 cette Russie \u00e0 devenir ce qu&rsquo;elle est. Il ne faut [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7,2340],"tags":[29,4659,3941,658,703,2001,1861,3531],"class_list":["post-19024","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livres","category-revues","tag-29","tag-editions-self","tag-guerre-froide","tag-la-revolution-proletarienne","tag-livre","tag-recension","tag-union-sovietique","tag-viktor-kravchenko"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-4WQ","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":16538,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/07\/11\/pierre-frank-jai-choisi-la-liberte-de-v-a-kravchenko\/","url_meta":{"origin":19024,"position":0},"title":"Pierre Frank : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai choisi la libert\u00e9\u00a0\u00bb de V. 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