{"id":21554,"date":"2024-01-12T12:16:40","date_gmt":"2024-01-12T11:16:40","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=21554"},"modified":"2025-11-24T23:17:10","modified_gmt":"2025-11-24T22:17:10","slug":"cesaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/01\/12\/cesaire\/","title":{"rendered":"Aim\u00e9 C\u00e9saire : Le colonialisme n&rsquo;est pas mort"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article d&rsquo;<a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article19180\">Aim\u00e9 C\u00e9saire<\/a> paru dans <em><a href=\"https:\/\/pandor.u-bourgogne.fr\/archives-en-ligne\/functions\/ead\/detached\/NC\/NC_1954_01_n051.pdf\">La Nouvelle Critique<\/a><\/em>, 6e ann\u00e9e, n\u00b0 51, janvier 1954, p. 11-29<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"804\" data-attachment-id=\"21556\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/01\/12\/cesaire\/la-nouvelle-critique-janvier-1954\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?fit=617%2C855&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"617,855\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-Nouvelle-Critique-janvier-1954\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?fit=216%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?fit=580%2C804&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?resize=580%2C804&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-21556\" style=\"width:420px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?w=617&amp;ssl=1 617w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/La-Nouvelle-Critique-janvier-1954.png?resize=216%2C300&amp;ssl=1 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">A la Conf\u00e9rence de San Francisco, en 1945, un mot singulier a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 au cours des d\u00e9bats : \u00ab le colonialisme est mort ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, huit ans se sont \u00e9coules. Imaginons ce qui se passerait aujourd&rsquo;hui, huit ans apr\u00e8s, si \u00e0 San Francisco ou ailleurs se tenait une conf\u00e9rence analogue. Nul doute que des voix d\u00e9sillusionn\u00e9es s&rsquo;\u00e9l\u00e8veraient et clameraient : \u00ab le colonialisme est loin d&rsquo;\u00eatre mort\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la un des grands faits de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, qui marque une \u00e9tape de la d\u00e9sillusion des peuples : la survie du colonialisme. A l&rsquo;heure actuelle, de par le monde, des millions et des millions d&rsquo;hommes continuent \u00e0 v\u00e9g\u00e9ter et \u00e0 mourir, \u00e9cras\u00e9s sous le poids de r\u00e9gimes condamn\u00e9s par l&rsquo;histoire et qui pourtant refusent de mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que le colonialisme, et comment se d\u00e9finit-il ? Ou plut\u00f4t, pour \u00e9viter l&rsquo;abstraction des d\u00e9finitions, \u00e0 quoi reconna\u00eet-on le colonialisme et quelles en sont les caract\u00e9ristiques ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re id\u00e9e qu&rsquo;impose l&rsquo;examen de la r\u00e9alit\u00e9 est celle-ci : le colonialisme est un r\u00e9gime d&rsquo;exploitation forcen\u00e9e d&rsquo;immenses masses humaines, qui a son origine dans la violence et qui ne se soutient que par la violence.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais bien que l&rsquo;on a essay\u00e9 d&rsquo;obscurcir cette id\u00e9e initiale, de la d\u00e9naturer, qu&rsquo;en particulier, pour les besoins de la cause, on a voulu faire de la colonisation un aspect de je ne sais quel dynamisme de la civilisation. Mais cette, entreprise de mystification a de moins en moins de chance de r\u00e9ussir et le meilleur signe de cet \u00e9chec est que m\u00eame les tenants les plus ardents de l&rsquo;action colonisatrice ont de plus en plus de mal \u00e0 se maintenir au niveau de ce mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;en veux pour preuve que l&rsquo;aveu d\u00e9pouille d&rsquo;artifices de ce colonialiste forcen\u00e9 qu&rsquo;est M. Albert Sarraut, qui \u00e9crit dans <em>Grandeur et Servitude<\/em> coloniales les lignes suivantes : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Ne rusons pas. Ne trichons pas. Au quoi bon farder la v\u00e9rit\u00e9 ? La colonisation, au d\u00e9but, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 un acte de civilisation, une volont\u00e9 de civilisation. Elle est un acte de force, de force int\u00e9ress\u00e9e. C&rsquo;est un \u00e9pisode du combat pour la vie, de la grande concurrence vitale qui, des hommes aux groupes, des groupes aux nations, est all\u00e9e se propageant \u00e0 travers le vaste monde. Les peuples qui recherchent dans les continents lointains des colonies et les appr\u00e9hendent, ne songent d&rsquo;abord qu&rsquo;\u00e0 eux-m\u00eames, ne travaillent que pour leur puissance, ne conqui\u00e8rent que pour leur profit. Ils convoitent dans ces colonies des d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux ou des points d&rsquo;appui politiques. De l&rsquo;aventure engag\u00e9e, la pens\u00e9e de civilisation n&rsquo;est point la promotrice; elle pourra incidemment accompagner, elle ne dirigera pas l&rsquo;op\u00e9ration. Qui dit civilisation dit altruisme, dessein g\u00e9n\u00e9reux d&rsquo;\u00eatre utile au prochain ; la colonisation, \u00e0 ses origines, n&rsquo;est qu&rsquo;une entreprise d&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, unilat\u00e9ral, \u00e9go\u00efste, accomplie par le plus fort sur le plus faible. Telle est la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;histoire. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai dit : colonisation, entreprise de violence. Mais cela m\u00eame est insuffisant. Il faudrait dire : entreprise d&rsquo;une violence paroxystique, entreprise d&rsquo;extermination de tout un peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, toutes les exp\u00e9ditions coloniales n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi partout \u00e0 liquider les peuples indig\u00e8nes, mais nul doute que ce ne soit l\u00e0, m\u00eame si l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement l&#8217;emp\u00eache, l&rsquo;aboutissement de la logique interne de l&rsquo;entreprise coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son num\u00e9ro du 14 novembre 1953, le journal <em>L&rsquo;Express<\/em> publie la correspondance d&rsquo;un certain M. Boyer, de Paris. Que dit ce correspondant ? Il compare la situation du Commonwealth britannique et celle de l&rsquo;Empire fran\u00e7ais. Il \u00e9crit ceci : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab<\/em> <em>Les pays du Commonwealth ne sont peupl\u00e9s que d&rsquo;habitants d&rsquo;origine europ\u00e9enne comme le Canada, l&rsquo;Australie ou la Nouvelle-Z\u00e9lande, ou de populations mixtes comme dans l&rsquo;Afrique du Sud. Dans tous ces territoires, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment aborig\u00e8ne a compl\u00e8tement disparu, ou ne subsiste qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de vestiges.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Tout autre est la situation des territoires que par assimilation nous avons voulu grouper sous la d\u00e9nomination de l&rsquo;Union Fran\u00e7aise. Nous n&rsquo;avons pas eu la chance de nous rendre ma\u00eetres de territoires vides d&rsquo;habitants, ni de pouvoir proc\u00e9der \u00e0 leur extermination <\/em>(sic)<em>, ainsi qu&rsquo;il en a \u00e9t\u00e9 fait aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab La cons\u00e9quence in\u00e9vitable de cet \u00e9tat de choses est que, dans un laps de temps historiquement rapproch\u00e9, nous serons, un jour, pri\u00e9s d&rsquo;\u00e9vacuer au plus vite lesdits territoires, une fois que les indig\u00e8nes se sentiront assez nombreux et assez forts pour se passer de notre concours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Le seul territoire qui risque de nous rester fid\u00e8le est le Sahara, pour l&rsquo;unique raison que, jusqu&rsquo;ici, il est rest\u00e9 vide d&rsquo;habitants. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En un certain sens, le correspondant de <em>l&rsquo;Express <\/em>a raison. C&rsquo;est bien l&rsquo;extermination, le g\u00e9nocide m\u00eame, qui est la logique normale de l&rsquo;entreprise coloniale. Faire place nette, transformer en Sahara humain les territoires \u00e0 occuper\u2026 Cela est si vrai que les premiers exemples de guerre totale, ce sont les colonisateurs qui nous les ont donn\u00e9s. Ici, il n&rsquo;y a pas de r\u00e8gle pour humaniser la guerre, il n&rsquo;y a pas de loi \u00e0 respecter, il n&rsquo;y a pas de convention internationale, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;armes a interdire, il n&rsquo;y a pas de moyens d\u00e9loyaux \u00e0 bannir. Un seul mot d&rsquo;ordre : tuer, exterminer. La guerre coloniale, c&rsquo;est la guerre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat nu, la \u00ab sale guerre \u00bb a-t-on dit du conflit d&rsquo;Indochine, mais toutes les guerres coloniales sont de \u00ab sales guerres \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne lit pas assez les r\u00e9cits de premi\u00e8re main de la colonisation, les r\u00e9cits des grands pionniers qui datent d&rsquo;une \u00e9poque ou l&rsquo;on ne se souciait pas de plaider, parce qu&rsquo;on ne se sentait pas d\u00e9f\u00e9r\u00e9 au tribunal des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le mar\u00e9chal Bugeaud, qui, le 14 mai 1840, dans un discours \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, d\u00e9clare : <em>\u00ab Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble \u00e0 ce que faisaient les Francs, \u00e0 ce que faisaient les Goths. \u00bb<\/em> On voit \u00e0 qui il est fait r\u00e9f\u00e9rence ; ce n&rsquo;est pas aux porteurs d&rsquo;\u00e9vangile, aux porteurs de bible, mais aux grandes invasions barbares.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est Saint-Arnaud qui, de son c\u00f4t\u00e9, dans une lettre, \u00e9crit en commentant ses campagnes d&rsquo;Afrique : <em>\u00ab On ravage, on br\u00fble, on pille, on d\u00e9truit les maisons et les arbres. \u00bb <\/em>Et voici sa confession : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Le lendemain, je descendais \u00e0 Blida, je br\u00fblais tout sur mon passage et d\u00e9truisais ce beau village\u2026 Il \u00e9tait deux heures, le Gouverneur \u00e9tait parti. Les feux qui brulaient encore dans la montagne m&rsquo;indiquaient la marche de la colonne. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le colonel de Montagnac qui pr\u00e9sente, dans les termes suivants le g\u00e9n\u00e9ral Lamorici\u00e8re : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Vive Lamorici\u00e8re ! Voil\u00e0 ce qui s&rsquo;appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur\u2026 Ce jeune g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;aucune difficult\u00e9 n&rsquo;arr\u00eate, qui franchit les espaces en un rien de temps, va d\u00e9nicher les Arabes dans leurs repaires, \u00e0 vingt-cinq lieues \u00e0 la ronde, leur prend tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e8dent : femmes, enfants, troupeaux, bestiaux, etc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Vous me demandez dans un paragraphe de votre lettre ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont \u00e9chang\u00e9es contre des chevaux, et le reste est vendu \u00e0 l&rsquo;ench\u00e8re, comme b\u00eates de somme.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Pour chasser les id\u00e9es noires qui m&rsquo;assi\u00e8gent quelquefois, je fais couper des t\u00eates, non pas des t\u00eates d&rsquo;artichauts, mais bien des t\u00eates d&rsquo;hommes. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est enfin le comte d&rsquo;H\u00e9risson qui rappelle ses souvenirs dans les termes suivants : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Les oreilles des indig\u00e8nes valurent longtemps encore dix francs la paire, et leurs femmes demeurent, comme eux, un gibier parfait. Il est vrai que nous rapportons un plein baril d&rsquo;oreilles r\u00e9colt\u00e9es, paire \u00e0 paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et maintenant, si non content d&rsquo;indications br\u00e8ves on veut le tableau, il n&rsquo;est que de se reporter \u00e0 un livre qu&rsquo;il n&rsquo;est au pouvoir d&rsquo;aucun apologiste de la colonisation d&rsquo;effacer, un livre qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par un homme qui, en tant qu&rsquo;officier, a particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9dition de Madagascar, est devenu administrateur des colonies, puis d\u00e9put\u00e9, Vigne d&rsquo;Octon. Ce livre paru en 1900 porte un titre significatif : <em>A la gloire du sabre<\/em>. En voici un passage ; par-del\u00e0 la responsabilit\u00e9 des hommes, c&rsquo;est la responsabilit\u00e9 du syst\u00e8me tout entier qu&rsquo;il met en cause.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La canonni\u00e8re \u00ab La Surprise \u00bb attendait sur la c\u00f4te l&rsquo;arriv\u00e9e de la colonne. A la pri\u00e8re de son capitaine, l&rsquo;agent des messageries maritimes \u00e0 Mouroundave \u00e9tait venu \u00e0 l&#8217;embouchure de la Tsiribihine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Cet agent, M. Samat, depuis de longues ann\u00e9es \u00e9tabli dans le pays, le connaissait et y \u00e9tait connu, en relations commerciales avec l&rsquo;int\u00e9rieur, bien vu des Sakalaves, particuli\u00e8rement li\u00e9 \u00ab par fraternite du sang \u00bb au chef du district d&rsquo;Ambike, le roi \u00ab Tou\u00e8re \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab A Madagascar, la fraternit\u00e9 du sang se consacre entre deux personnes par une c\u00e9r\u00e9monie entour\u00e9e de quelque solennit\u00e9 ; des incisions sont faites aux deux poitrines, le sang de l&rsquo;une est m\u00e9lange au sang de l&rsquo;autre, les deux fr\u00e8res boivent du m\u00e9lange ; ils se doivent, d\u00e8s lors, foi et d\u00e9vouement mutuels\u2026 Les Malgaches respectent cet engagement, et ne croient pas y pouvoir manquer sans forfaiture.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab M. Samat se rendit \u00e0 Ambike ; l&rsquo;enseigne de vaisseau Blot et quelques marins s&rsquo;y rendirent en m\u00eame temps par la Tsiribihine. Le roi \u00ab Tou\u00e8re \u00bb offrit une hospitalit\u00e9 empress\u00e9e \u00e0 ces messieurs, aux marins, aux porteurs et domestiques indig\u00e8nes qui les accompagnaient. Pleinement confiant dans \u00ab son fr\u00e8re \u00bb Samat, il se concerta avec lui pour pr\u00e9parer une r\u00e9ception triomphale au commandant Gerard, dont l&rsquo;approche \u00e9tait annonc\u00e9e ; afin de donner \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement plus d&rsquo;importance et \u00e0 la f\u00eate plus d&rsquo;\u00e9clat, il appela \u00e0 Ambike tous les notables du district et les plus consid\u00e9rables de ses voisins ; ceux-ci vinrent avec leurs \u00e9tendards et de nombreux musiciens jouant de la valihe et du tambour, remplissaient la r\u00e9union d&rsquo;entrain et de ga\u00eet\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Le matin du 29 ao\u00fbt, l&rsquo;enseigne Blot et M. Samat, apprenant que la colonne fran\u00e7aise n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;a deux heures de distance, all\u00e8rent \u00e0 son campement ; ils pensaient rentrer le jour m\u00eame \u00e0 Ambike et y laisser leurs domestiques, leurs bourjanes, leurs bagages, leur petite installation. Ayant joint le commandant Gerard, ils lui dirent les excellentes dispositions du pays. Le commandant, comme s&rsquo;il ne les e\u00fbt pas compris, pr\u00e9vint l&rsquo;enseigne qu&rsquo;il aurait le lendemain, avec ses marins, \u00e0 prendre part \u00e0 l&rsquo;attaque; le g\u00e9n\u00e9ral Galli\u00e9ni avait d\u00e9but\u00e9 en Imerne en frappant un grand coup; le commandant G\u00e9rard voulait affirmer par un grand coup sa prise de possession du M\u00e9nab\u00e9. Blot et Samat se r\u00e9cri\u00e8rent, croyant \u00e0 un malentendu ; alors, le commandant r\u00e9it\u00e9ra son ordre, d&rsquo;un ton qui n&rsquo;admettait pas de r\u00e9plique; en outre, il consigna au camp le n\u00e9gociant et l&rsquo;officier de vaisseau pour les emp\u00eacher de retourner \u00e0 la ville et d&rsquo;avertir la population. Un instant apr\u00e8s, le roi \u00ab Tou\u00e8re \u00bb vint \u00e0 son tour demander \u00e0 pr\u00e9senter ses hommages ; G\u00e9rard refusa de le recevoir et lui fit r\u00e9pondre : \u00ab Je porterai moi-m\u00eame mes ordres au chef-lieu \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Au milieu de la nuit, les troupes se mirent en marche ; elles avanc\u00e8rent inaper\u00e7ues \u00e0 travers les bois et les taillis \u00e9pais qui pr\u00e9c\u00e8dent Ambike, et l&rsquo;investirent en silence ; l&rsquo;artillerie occupa une position d&rsquo;o\u00f9 elle pouvait, le cas \u00e9ch\u00e9ant, le foudroyer. Au point du jour, par six cotes a la fois, on entre dans la ville endormie. Les S\u00e9n\u00e9galais se ruent dans les maisons, le massacre commence. Surprise, sans d\u00e9fiance, sans moyen de r\u00e9sister, la population enti\u00e8re est pass\u00e9e au fil des ba\u00efonnettes. Pendant une heure, ceux qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s du premier coup cherchent \u00e0 fuir; traques par nos compagnies noires, on les voit, v\u00eatus de leur sang ruisselant des blessures fraiches, courir affol\u00e9s, atteints et frapp\u00e9s de nouveau, tr\u00e9buchant sur les corps de leurs camarades, ou allant donner contre les armes impitoyables des r\u00e9serves post\u00e9es aux issues. Le roi \u00ab Touere \u00bb, les personnages de marque, tous les habitants tomb\u00e8rent sous les coups des tirailleurs dans cette matin\u00e9e ; les tirailleurs n&rsquo;avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas; enivres de l&rsquo;odeur du sang, ils n&rsquo;\u00e9pargnerent pas une femme, pas un enfant. Les domestiques et les porteurs de M. Samat, confondus parmi les habitants, partag\u00e8rent leur sort. Quand il fit grand jour, la ville n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un affreux charnier dans le d\u00e9dale duquel s&rsquo;\u00e9garaient les Fran\u00e7ais, fatigu\u00e9s d&rsquo;avoir tant frapp\u00e9. Un certain nombre d&rsquo;entre eux se sentaient \u00e9touffer de honte ; c&rsquo;\u00e9tait les marins de la \u00ab Surprise \u00bb, co-auteurs malgr\u00e9 eux du meurtre de leurs h\u00f4tes de la veille, et quelques officiers et soldats des troupes, habitu\u00e9s \u00e0 la guerre cruelle, in\u00e9gaux cependant au r\u00f4le qu&rsquo;on venait de leur imposer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Les clairons sonn\u00e8rent le ralliement, les sous-officiers firent l&rsquo;appel : nul des n\u00f4tres ne manquait. On se reposa, on mangea, des chants joyeux ne c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent pas la victoire. Une boue rouge couvrait le sol. A la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, sous l&rsquo;action de la chaleur, un petit brouillard s&rsquo;\u00e9leva : c&rsquo;\u00e9tait le sang des cinq mille victimes, l&rsquo;ombre de la ville, qui s&rsquo;\u00e9vaporaient au soleil couchant. Quand les t\u00e9n\u00e8bres du soir furent tomb\u00e9es, des g\u00e9missements, exhal\u00e9s des l\u00e8vres des rares bless\u00e9s qu&rsquo;on avait mal achev\u00e9s, sortirent de dessous les tas de cadavres ; un Fran\u00e7ais croyant suffisante l&rsquo;ex\u00e9cution d\u00e9j\u00e0 accomplie, demanda l&rsquo;autorisation de secourir ceux qui vivaient encore ; il ne l&rsquo;obtint pas, et les derniers moururent dans la nuit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Le nombre des victimes, \u00e9valu\u00e9 \u00e0 cinq mille par les uns, fut de deux mille cinq cents suivant les autres. Les rapports publi\u00e9s l&rsquo;ont voil\u00e9 avec soin. La Gazette Officielle dit seulement : \u00ab Le roi Touere, son Ministre et deux chefs ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pendant le combat \u00bb; il ne fallait pas que l&rsquo;affaire o\u00f9 nous-m\u00eames n&rsquo;avions pas perdu un seul homme, par\u00fbt exc\u00e9der l&rsquo;importance d&rsquo;un engagement quelconque avec des rebelles. <\/em>La Gazette Officielle<em> ajoutait : \u00ab Cinq cents prisonniers sont tombes entre nos mains \u00bb ; la v\u00e9rit\u00e9 est que pas un indig\u00e8ne n&rsquo;en est sorti vivant. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La guerre coloniale, dans toute son horreur, dans toute sa v\u00e9rit\u00e9, la voil\u00e0 (1).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi donc, un premier aspect de l&rsquo;action colonisatrice c&rsquo;est la violence, c&rsquo;est la brutalit\u00e9, la sauvagerie. Mais il y a un second aspect qui n&rsquo;est pas moins fondamental ; ce second aspect, barbare lui aussi, c&rsquo;est le vol et le pillage.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut admettre en r\u00e8gle absolue qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de colonisation sans pillage ; on peut m\u00eame dire que la colonisation est la forme moderne du pillage. C&rsquo;est un fait que partout ou il y a eu colonisation, on retrouve les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s, le m\u00eame d\u00e9cha\u00eenement de l&rsquo;esprit de lucre et d&rsquo;avidit\u00e9. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des Antilles ou de Madagascar, de l&rsquo;Afrique du Nord ou de l&rsquo;Afrique Noire, scrutez l&rsquo;origine de la propri\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne dans ces pays, et vous serez \u00e9difi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le processus est extr\u00eamement simple : on arrive dans un pays, on tue tout le monde et on rafle les terres &#8212; c&rsquo;est exactement ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 aux Antilles apr\u00e8s le massacre g\u00e9n\u00e9ral des Cara\u00efbes. Ou bien, si l&rsquo;on n&rsquo;a pas tue tout le monde, on exproprie le vaincu, qui, de propri\u00e9taire, est transform\u00e9 en prol\u00e9taire, et revient, s&rsquo;il le faut, travailler en salari\u00e9 sur une terre dont il a \u00e9t\u00e9 jadis le libre propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l&rsquo;exemple alg\u00e9rien, il est typique. Sur 20 millions d&rsquo;hectares, 800.000 Europ\u00e9ens, soit \u00e0 peine un dixi\u00e8me de la population fran\u00e7aise poss\u00e8de 11 millions 600.000 hectares. Ce sont, bien entendu, les terres les mieux situ\u00e9es et les plus riches. Les Alg\u00e9riens, au nombre de 9 millions, poss\u00e8dent 9 millions 200.000 hectares, mal situes et peu fertiles. Donc un dixi\u00e8me de la population, la fraction europ\u00e9enne, poss\u00e8de plus que les neuf autres dixi\u00e8mes, formes d&rsquo;Alg\u00e9riens !<\/p>\n\n\n\n<p>Les statistiques montrent que, sur le nombre de propri\u00e9taires alg\u00e9riens, 1 million 300.000 seulement poss\u00e8dent 2 hectares en moyenne, tandis que sur 25.000 propri\u00e9taires europ\u00e9ens 75 % poss\u00e8dent plus de 100 hectares, soit 300 hectares en moyenne, et plusieurs 10 ou 15.000 hectares.<\/p>\n\n\n\n<p>Un propri\u00e9taire de 10 ou 15.000 hectares ! Comment cela a-t-il \u00e9t\u00e9 rendu possible ? Il se trouve que nous le savons, et de mani\u00e8re tr\u00e8s pr\u00e9cise. Voici \u00e0 ce sujet un r\u00e9cit r\u00e9v\u00e9lateur. C&rsquo;est une lettre de la g\u00e9n\u00e9rale Bro \u00e0 son fr\u00e8re, dat\u00e9e de 1834 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Tu me demandes o\u00f9 en est la colonisation. Je te dirai que, jusqu&rsquo;ici, elle s&rsquo;est born\u00e9e \u00e0 l&rsquo;agiotage des propri\u00e9t\u00e9s. On joue ici sur les terrains, comme on joue \u00e0 la Bourse sur des rentes, l&rsquo;eau-de-vie et le caf\u00e9. Tu seras bien \u00e9tonn\u00e9 quand je te dirai que Blida est vendue \u00e0 des milliers de colons avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 conquise et occup\u00e9e par nous. Ces Messieurs ont le plaisir de voir leurs propri\u00e9t\u00e9s avec des longues-vues, en prenant toutefois la peine de faire au moins trois lieues pour aller placer leurs observatoires sur les points les plus \u00e9lev\u00e9s des environs. Beaucoup ne se sont m\u00eame pas donn\u00e9 cette douceur ; ils se contentent d&rsquo;aller chez les notaires et ach\u00e8tent sur parole. La plaine de la Mitidja, qui est un marais long \u00e0 peu pr\u00e8s de vingt-cinq lieues sur douze de large, est \u00e9galement vendue. Il ne nous reste plus qu&rsquo;\u00e0 nous faire casser bras et jambes pour aller conqu\u00e9rir les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;un tas de va-nu-pieds qui occupent leurs loisirs \u00e0 d\u00e9blat\u00e9rer contre la pauvre arm\u00e9e, laquelle cependant passe son temps et sa jeunesse \u00e0 leur faire de belles rentes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Ce qu&rsquo;il y a de plus joli l\u00e0 dedans, c&rsquo;est que, si la Mitidja a vingt-cinq lieues de long sur douze de large, on en a vendu au moins trois fois l&rsquo;\u00e9tendue, de mani\u00e8re que, lorsqu&rsquo;il en faudra venir \u00e0 d\u00e9brouiller tout cela, on se mangera le blanc des yeux. Ces respectables colons, qui sont pour la plupart des \u00e9chapp\u00e9s des bagnes, ou des gens sur le point d&rsquo;y entrer, brocantent leurs terrains, au lieu de les cultiver, ce qui fait que les terres qui entourent Alger sont en friche \u00e0 tr\u00e8s peu d&rsquo;exception. Aussi devons-nous payer un petit chou un franc, une petite carotte un sou et le mauvais beurre 2 fr. 50 la livre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Ce qui prosp\u00e8re admirablement, ce sont les cabarets ; il y en a dans tous les coins. C&rsquo;est \u00e0 qui d\u00e9pouillera le mieux et le plus vite le pauvre soldat. Derni\u00e8rement, l&rsquo;un d&rsquo;eux en est sorti en chemise, tant le cabaretier-colon avait \u00e9t\u00e9 empress\u00e9 de prendre des nantissements\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans ce passage, on saisit sur le vif le m\u00e9canisme de la spoliation dont a \u00e9t\u00e9 victime tout un peuple, toute une nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ce qui s&rsquo;est passe en Alg\u00e9rie ne constitue en rien une exception. C&rsquo;est au contraire la r\u00e8gle, et cette r\u00e8gle a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e partout : aux Antilles, \u00e0 Madagascar, en Afrique Noire.<\/p>\n\n\n\n<p>A Madagascar, ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s en concessions aux Fran\u00e7ais 1 million 541.148 hectares, et aux \u00e9trangers 98.355 hectares, soit un total de 1 million 639.503 hectares de terres agricoles vol\u00e9es aux Malgaches. Si l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela les pillages des terres mini\u00e8res et foresti\u00e8res, on atteint pr\u00e8s de 4 millions d&rsquo;hectares de terres riches vol\u00e9es de la mani\u00e8re la plus \u00e9vidente et la plus cynique aux indig\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Passons \u00e0 l&rsquo;Afrique Noire. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les terres d&rsquo;Afrique Noire, propri\u00e9t\u00e9s collectives des tribus et des clans, ont \u00e9t\u00e9 class\u00e9es <em>res nullius<\/em>, d\u00e9clar\u00e9es terres vacantes et sans ma\u00eetres, et ainsi sont devenues propri\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;Etat, qui s&rsquo;est empress\u00e9 de les redistribuer \u00e0 ses nationaux. Quelques exemples : au Senegal, 10.000 hectares ont \u00e9t\u00e9 conc\u00e9d\u00e9s au Bloc Exp\u00e9rimental de l&rsquo;Arachide de Kaffrine ; en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, l&rsquo;\u00e9tendue des concessions europ\u00e9ennes est de 35.000 hectares ; en A.E.F. &#8211; o\u00f9 la concession est surtout foresti\u00e8re &#8211; le chiffre est de 1 million 401.000 hectares.<\/p>\n\n\n\n<p>Les concessions mini\u00e8res ne sont pas moins importantes, et ceux qui sont attentifs \u00e0 ce genre de choses n&rsquo;ont pas oubli\u00e9 le cas de M. Seignon, d\u00e9put\u00e9 S.F.I.O., ex-attach\u00e9 au cabinet de M. Moutet, qui a obtenu de ce dernier, en 1946, une concession de 18.000 km2 moyennant une redevance de 2 francs par an et par km2 pour la recherche de l&rsquo;or\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, l&rsquo;ampleur de cette pratique montre clairement que le mar\u00e9chal Bugeaud avait raison : la colonisation, c&rsquo;est bien la grande invasion barbare, le passage de la horde qui s&rsquo;abat sur un pays, et tue et massacre et pille.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Mais, dira-t-on, tout cela c&rsquo;est le pass\u00e9 ! Oui, l&rsquo;action coloniale, dans les temps lointains, a \u00e9t\u00e9 violence et pillage, mais ce sont l\u00e0 de vieilles histoires\u2026 C&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle les \u00ab erreurs in\u00e9vitables \u00bb attach\u00e9es \u00e0 toute action ; \u00e0 l&rsquo;origine il y a bien eu barbarie, mais depuis tout s&rsquo;est moralis\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, non ! La colonisation n&rsquo;a pas pu, ne peut pas, prisonni\u00e8re de sa logique, se laver de sa tare originelle. N\u00e9e de la violence et du vol, elle ne peut continuer \u00e0 vivre que de la violence et du vol. Clausewitz a dit que la guerre n&rsquo;est pas autre chose que la continuation de la politique par d&rsquo;autres moyens. On pourrait aussi bien dire, en mati\u00e8re coloniale, que la politique n&rsquo;est pas autre chose que la continuation de la guerre et par d&rsquo;autres moyens. C&rsquo;est le vol et la violence continu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vol ? Voici comment, en 1953, un colon s&rsquo;installe en Oubangui-Chari. Laissons la parole \u00e0 Boganda, d\u00e9put\u00e9 de ce territoire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab En Oubangui-Chari, lorsqu&rsquo;un colon nouvellement arriv\u00e9 veut s&rsquo;installer, il choisit un terrain, habit\u00e9 ou non, constituant ou non la propri\u00e9t\u00e9 de familles, clans ou tribus et, autour d&rsquo;un ap\u00e9ritif, tout se r\u00e8gle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Quant au propri\u00e9taire, il est le dernier averti. On ne lui demande pas son avis. Lorsqu&rsquo;il y a une habitation sur la propri\u00e9t\u00e9 vis\u00e9e, on pousse parfois la condescendance jusqu&rsquo;\u00e0 lui donner une somme d\u00e9risoire (2.000 \u00e0 3.000 francs C.F.A.) pour des superficies de 500 \u00e0 1.000 hectares. Cette somme est appel\u00e9e, en Oubangui-Chari, \u00ab indemnit\u00e9 de d\u00e9guerpissement \u00bb ; bien souvent, elle est accompagn\u00e9e de menaces et de coups quand ce ne sont pas les miliciens qui d\u00e9molissent les habitations en quelques heures.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab A Bangui m\u00eame, les populations autochtones ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es ; leurs habitations d\u00e9molies plus de cinq fois en vingt ans. Il n&rsquo;est pas rare de voir des individus expuls\u00e9s de leurs propri\u00e9t\u00e9s en faveur de quelque Europ\u00e9en, fran\u00e7ais ou non, nouvellement arrive et qui cherche a s&rsquo;installer. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Voila pour le vol. Ce n&rsquo;est pas, on le voit, une pratique ancienne, historique pourrait-on dire ; c&rsquo;est une pratique actuelle, quotidienne, qui fait partie de la r\u00e9alit\u00e9 coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant la violence. Peut-on douter qu&rsquo;elle ne soit toujours a l&rsquo;ordre du jour ? Ici encore, quelques chiffres et le rappel de quelques \u00e9v\u00e9nements suffisent \u00e0 montrer combien elle est intimement m\u00eal\u00e9e au train-train journalier de la colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1945 : 45.000 morts en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1947 : 90.000 morts a Madagascar.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier-f\u00e9vrier 1950 : assassinat de 47 d\u00e9mocrates en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, arrestation de 4.000 militants R.D.A. &#8211; et j&rsquo;en passe, tellement les faits sont nombreux et connus\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cette forme extr\u00eame qu&rsquo;est la r\u00e9pression polici\u00e8re, il en est d&rsquo;ailleurs toute une gamme, moins connue peut-\u00eatre, mais tout aussi hideuse. C&rsquo;est ici l&rsquo;occasion de parler du travail forc\u00e9, v\u00e9ritable succ\u00e9dan\u00e9 de l&rsquo;esclavage.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dira-t-on, tout le monde sait que depuis 1946 une loi a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e solennellement par l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, qui supprime le travail forc\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est vrai. Mais il est vrai aussi que la loi est une chose et son application une autre, et qu&rsquo;il est impossible au colonialisme de ne pas violer sa propre l\u00e9galit\u00e9. La loi d&rsquo;avril 1946 vot\u00e9e, on commen\u00e7a par la tourner. Voici comment : on se mit \u00e0 arr\u00eater les Africains \u00e0 tour de bras et, pour ne pas les laisser moisir en prison, dans une pens\u00e9e \u00e9minemment philanthropique, on d\u00e9cida d&rsquo;envoyer les prisonniers\u2026 travailler sur les chantiers. C&rsquo;est un d\u00e9put\u00e9 africain qui le signalait \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e en 1950 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Il est \u00e0 remarquer que, depuis l&rsquo;application de la loi du 11 avril 1946, les prisons ont \u00e9t\u00e9 agrandies dans un grand nombre de territoires, parce que d\u00e8s lors, la tendance g\u00e9n\u00e9rale fut de pallier la suppression du travail forc\u00e9 par l&#8217;emploi de la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale. On fait travailler sur les chantiers des d\u00e9tenus non jug\u00e9s, ce qui constitue une violation du r\u00e8glement relatif au r\u00e9gime des d\u00e9tenus en prison. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A Madagascar, on n&rsquo;en fait pas myst\u00e8re, on s&rsquo;en vante plut\u00f4t. Voici le couplet lyrique que je viens de trouver dans le <em>Bulletin de l&rsquo;Acad\u00e9mie malgache<\/em>, sous la plume de l&rsquo;administrateur des colonies, M. Paul-Louis Ribard. Faisant l&rsquo;\u00e9loge en termes dithyrambiques du p\u00e9nitencier de Sainte-Marie, il \u00e9crit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Ah ! Cette maison de force ! Plaie et unique ressource de Sainte-Marie! Dispensateur qui d\u00e9verse le vice et la seule main-d&rsquo;\u0153uvre r\u00e9guli\u00e8re du pays ! Usine \u00e0 criminels et \u00e0 travailleurs ! Supprimez-la et les plantations de girofliers p\u00e9riront puisqu&rsquo;un citoyen se croirait d\u00e9shonor\u00e9 de transpirer devant ses pairs. Fermez-la et vous tuerez en m\u00eame temps la r\u00e9colte des clous de girofle, la distillation, l&rsquo;entretien des routes, des ouvrages d&rsquo;art, des b\u00e2timents publics et m\u00eame priv\u00e9s, le trafic du port, en bref toute la vie \u00e9conomique, et vous transformerez l&rsquo;ile en \u00e9pave. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on d\u00e9couvre \u00e0 la prison de tels avantages, nul doute qu&rsquo;un administrateur pensera qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de plus imp\u00e9rieux devoir que de la garder toujours pleine !<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ans plus tard, on ne prend m\u00eame plus ces pr\u00e9cautions. Nous sommes en pleine r\u00e9action, il n&rsquo;y a plus \u00e0 se g\u00eaner, et cela donne lieu \u00e0 des incidents du type de ceux que le d\u00e9put\u00e9 de l&rsquo;Oubangui-Chari, Boganda, d\u00e9non\u00e7ait tout derni\u00e8rement : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab A Mobaye, une femme du nom de Dabayassi, m\u00e8re d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9 de cinq \u00e0 six mois, a plant\u00e9 son champ de coton : 80 m.\u00d780 m . ; c&rsquo;est la mesure r\u00e9glementaire. L&rsquo;agent d&rsquo;agriculture europ\u00e9en veut l&rsquo;obliger \u00e0 aller travailler sur le champ d&rsquo;un autre. Elle refuse, en d\u00e9clarant qu&rsquo;elle doit s&rsquo;occuper de son nourrisson. On la s\u00e9pare de son b\u00e9b\u00e9, on l&#8217;emprisonne au nom de la France. Au bout de huit jours, on lui demande 500 francs d&rsquo;amende. Comme elle ne les a pas, l&rsquo;administrateur des colonies, chef du district, la remet \u00e0 un milicien qui, pendant trois jours, l&rsquo;expose en vente sur la place publique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Heureusement, le quatri\u00e8me jour, un Europ\u00e9en passe par l\u00e0 et remet \u00e0 l&rsquo;agent sp\u00e9cial charg\u00e9 de la caisse de l&rsquo;administration, les 500 francs. Ainsi lib\u00e9r\u00e9e, Dabayassi a pu rentrer chez elle et s&rsquo;occuper de son nourrisson.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Plusieurs personnes ont \u00e9t\u00e9 vendues sur le march\u00e9 de Mobaye par des miliciens, sur ordre de l&rsquo;administrateur des colonies, chef du district. C&rsquo;est incroyable, mais r\u00e9el. Les enqu\u00eates sont faciles. Voil\u00e0 pourquoi de toute la tribu Sango, il ne reste plus que deux villages sur Mobaye. Les autres ont \u00e9migr\u00e9 soit \u00e0 Brazza, soit \u00e0 Bangui, soit au Congo belge. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un autre exemple : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La culture du coton est obligatoire en Oubangui-Chari, contrairement \u00e0 la loi du 11 avril 1946 qui abolit le travail force sous toutes ses formes. Car, en A.E.F., la r\u00e8gle officielle, c&rsquo;est de faire le contraire de la loi. Mme Dato \u00e9tait oblig\u00e9e, sous pleine d&#8217;emprisonnement et d&rsquo;amende, comme tous les habitants des r\u00e9gions cotonni\u00e8res, de planter de coton une superficie de 80 m. \u00d7 80 m. Un matin, elle arrive comme tout le monde sarcler son champ de coton. Survient un agent d&rsquo;agriculture europ\u00e9en accompagn\u00e9 d&rsquo;un milicien de l&rsquo;administration coloniale. Pour ces messieurs, le champ de coton de Mme Dato n&rsquo;\u00e9tait pas bien sarcl\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Le milicien se met donc \u00e0 la besogne, \u00e0 coups de chicotte (nerf de b\u0153uf). Car pour le milicien de l&rsquo;administration, faire du coton signifie : coups, blessures, amende. C&rsquo;est du travail forc\u00e9 pour ob\u00e9ir \u00e0 la loi qui l&rsquo;interdit, c&rsquo;est donc au nom de la France. En Oubangui, plus les fonctionnaires s&rsquo;\u00e9cartent de la loi et de la norme humaine, et mieux ils sont not\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Dix minutes plus tard, Mme Dato \u00e9tait morte. Apr\u00e8s les coups de chicotte du milicien, l&rsquo;agent d&rsquo;agriculture europ\u00e9en l&rsquo;a achev\u00e9e d&rsquo;un coup de b\u00e2ton \u00e0 la nuque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Ces d\u00e9tails m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 fournis par le gouverneur lui- m\u00eame. Son mari Tangbaguere l&rsquo;a emport\u00e9e puis l&rsquo;a enterr\u00e9e. Jusqu&rsquo;ici, justice n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 faite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Adieu Dato, ma s\u0153ur, tu meurs sans savoir pourquoi. Tu meurs pour le Catoubangui. La mort te delivre de l&rsquo;esclavage et du travail forc\u00e9\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les faits illustrent donc bien cette id\u00e9e que le r\u00e9gime colonialiste d\u00e9g\u00e9n\u00e8re toujours plus ou moins en terreur et se double syst\u00e9matiquement d&rsquo;un r\u00e9gime policier plus ou moins brutal.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Le colonialisme porte en lui la terreur. Il est vrai. Mais il porte aussi en lui, plus n\u00e9faste encore peut-\u00eatre que la chicotte des exploiteurs, le m\u00e9pris de l&rsquo;homme, la haine de l&rsquo;homme, bref le racisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Que l&rsquo;on s&rsquo;y prenne comme on le voudra, on arrive toujours \u00e0 la m\u00eame conclusion. Il n&rsquo;y a pas de colonialisme sans racisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Hitler a vocif\u00e9r\u00e9 pour la premi\u00e8re fois ses abominations sur la race sup\u00e9rieure, les peuples d&rsquo;Europe ont pu \u00eatre \u00e9tonn\u00e9s. Nous autres, peuples coloniaux, nous l&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 fort peu, car nous avions d\u00e9j\u00e0 entendu ce langage-l\u00e0, non par la bouche d&rsquo;Hitler, mais de la bouche de nos ma\u00eetres, de celle des grands colonisateurs. Nous l&rsquo;avions d\u00e9j\u00e0 entendue, la distinction entre races sup\u00e9rieures et inf\u00e9rieures ! Elle \u00e9tait dans Jules Ferry. Le droit pour les races sup\u00e9rieures de transformer en esclaves les races inferieures, il se trouve chez tous et m\u00eame chez Galli\u00e9ni. Je pourrais multiplier les citations ; peut-\u00eatre la grande originalit\u00e9 d&rsquo;Hitler a-t-elle \u00e9t\u00e9 simplement d&rsquo;appliquer aux peuples europ\u00e9ens les m\u00e9thodes coloniales que l&rsquo;Europe avait jusqu&rsquo;ici, sans sourciller, appliqu\u00e9es, pour son plus grand profit, aux nations non europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les colonisateurs savent tellement bien eux-m\u00eames que la colonisation est un d\u00e9cha\u00eenement effr\u00e9n\u00e9 des pires instincts de l&rsquo;homme, que certains de ses th\u00e9oriciens, pour en faire l&rsquo;apologie, la d\u00e9clarent utile pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de ce d\u00e9cha\u00eenement de l&rsquo;homme qu&rsquo;elle favorise. Dans cette conception, la colonisation appara\u00eet comme une sorte de gigantesque catharsis collective, qui d\u00e9livre la soci\u00e9t\u00e9 de ses tares et la purifie en d\u00e9versant dehors des tendances socialement dangereuses. Autrement dit, la colonisation n&rsquo;est plus seulement un exutoire pour exc\u00e9dent de population, c&rsquo;est un exutoire pour sentiments qu&rsquo;il est pr\u00e9judiciable psychologiquement de garder refoul\u00e9s. C&rsquo;est la \u00ab colonisation-d\u00e9foulement \u00bb. Cette th\u00e8se, on la trouve exprim\u00e9e dans un livre de Carl Siger paru en 1907, intitule <em>Essai sur la colonisation<\/em>. Voici ce qu&rsquo;on peut y lire : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Les pays neufs sont un vaste champ ouvert aux activit\u00e9s individuelles violentes qui, dans les m\u00e9tropoles, se heurteraient \u00e0 certains pr\u00e9jug\u00e9s, \u00e0 une conception sage et r\u00e9gl\u00e9e de la vie, et qui, aux colonies, peuvent se d\u00e9velopper plus librement et mieux affirmer, par suite, leur valeur. Ainsi, les colonies peuvent, \u00e0 un certain point, servir de soupape de s\u00fbret\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Cette utilit\u00e9 serait-elle la seule, elle est immense. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Autrement dit, vous voulez voler, piller, brutaliser, violer ? En Europe c&rsquo;est d\u00e9fendu, c&rsquo;est punissable par les lois. Mais, que diable, allez aux colonies !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Mais, dira-t-on, ce n&rsquo;est la qu&rsquo;un aspect des choses. Violence, oui. Pillage, oui. Mais ce n&rsquo;est pas ainsi qu&rsquo;on doit voir les choses. On doit les voir historiquement, \u00e9tal\u00e9es sur des p\u00e9riodes consid\u00e9rables, et si l&rsquo;on a pu dire que, malgr\u00e9 tous leurs crimes les grandes invasions barbares se sont sold\u00e9es par un renouvellement de la soci\u00e9t\u00e9, la colonisation, malgr\u00e9 ses abominations, a, historiquement parlant, tout de m\u00eame eu des cons\u00e9quences heureuses et bienfaisantes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e8se, on la trouve exprim\u00e9e dans un article paru derni\u00e8rement dans une revue d&rsquo;enseignants, <em>L&rsquo;\u00e9cole lib\u00e9ratrice<\/em>, o\u00f9 l&rsquo;on peut lire, dans le num\u00e9ro du 6 novembre 1953 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La colonisation a exerc\u00e9 de prodigieux effets tant sur les colonisateurs que sur les colonis\u00e9s. Pour ceux-ci, effets souvent funestes d&rsquo;abord, si l&rsquo;on songe aux massacres, aux odieuses pratiques de l&rsquo;esclavage et du travail forc\u00e9. Des groupes entiers se sont \u00e9teints, Peaux-Rouges ou primitifs d&rsquo;Australie. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect des choses, et il est vrai que les indig\u00e8nes ont, par la suite, profit\u00e9 de la paix, de l&rsquo;organisation, de l&rsquo;hygi\u00e8ne introduites par les conqu\u00e9rants. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un peu la reprise de la th\u00e8se officielle de M. Albert Sarraut d\u00e9clarant : <em>\u00ab Nous avons mis fin partout \u00e0 la terreur qui pesait sur ces races opprim\u00e9es ; elles respirent d\u00e9sormais, gr\u00e2ce \u00e0 nous, l&rsquo;air de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Suivons tr\u00e8s rapidement le sch\u00e9ma propos\u00e9. Est-il vrai que les indig\u00e8nes ont, tout compte fait, profit\u00e9 de \u00ab la paix, de l&rsquo;organisation, de l&rsquo;hygi\u00e8ne introduites par les conqu\u00e9rants \u00bb ? Non, il est clair qu&rsquo;une telle th\u00e8se ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;examen et qu&rsquo;a aucun point de vue, les masses, les peuples, n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les b\u00e9n\u00e9ficiaires du syst\u00e8me introduit et impos\u00e9 par les conqu\u00e9rants.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne nions pas l&rsquo;\u00e9dification de villes comme Casablanca, le percement de routes, la construction de voies ferr\u00e9es, la cr\u00e9ation de ports. Ce que nous nions. c&rsquo;est que. de toute cette politique, un bien quelconque ait r\u00e9sult\u00e9 pour les masses colonis\u00e9es, un accroissement de bonheur pour les peuples et un progr\u00e8s pour l&rsquo;humanit\u00e9 prise dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, qu&rsquo;est-ce qui caract\u00e9rise &#8211; non plus le colonialisme &#8211; mais, \u00e0 l&rsquo;autre bout de la cha\u00eene, la situation coloniale ?<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord un tr\u00e8s bas niveau de vie mat\u00e9rielle. La mis\u00e8re, l&rsquo;effroyable mis\u00e8re, voil\u00e0 de l&rsquo;Asie \u00e0 l&rsquo;Afrique, des Antilles \u00e0 Madagascar, le commun d\u00e9nominateur de toutes les situations coloniales. Il n&rsquo;est pas de territoires o\u00f9 les salaires ne soient effroyablement bas, ou la sous-alimentation ne fasse de catastrophiques ravages. Sans insister, contentons-nous de relever, sans humour d\u00e9plac\u00e9, cette observation que je trouve dans un rapport m\u00e9dical du Kouilou (Moyen-Congo) : \u00ab<em> Les prisonniers se portent d&rsquo;une fa\u00e7on remarquable, \u00e9tant, de toute la population africaine, ceux qui mangent le mieux. \u00bb<\/em> Autrement dit, en Afrique, pour bien manger, il faut aller en prison !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais suivons toujours le sch\u00e9ma de <em>l&rsquo;Ecole lib\u00e9ratrice<\/em>. On nous parle d&rsquo;hygi\u00e8ne, parlons-en\u2026 Quelques chiffres nous renseigneront :<\/p>\n\n\n\n<p>Au Niger, pour 2 millions d&rsquo;habitants, il y a 7 m\u00e9decins.<\/p>\n\n\n\n<p>En Haute-Volta, pour 3 millions, il y en a 8.<\/p>\n\n\n\n<p>A Madagascar, pour une population de 4 millions, on compte 58 h\u00f4pitaux avec 6.000 lits, et 61 m\u00e9decins d&rsquo;Etat, donc 1 h\u00f4pital pour 10.000 km2, et 1 m\u00e9decin pour 70.000 habitants !<\/p>\n\n\n\n<p>Si de l&rsquo;hygi\u00e8ne nous passons \u00e0 l&rsquo;instruction publique, nous serons oblig\u00e9s de faire les m\u00eames d\u00e9solantes constatations. L&rsquo;A.O.F. compte environ 16 millions d&rsquo;habitants, le nombre des enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire peut \u00eatre estime \u00e0 2 millions ; sur ces 2 millions, 120.000 environ, soit 6 % de la population (scolarisable) fr\u00e9quentent les \u00e9coles primaires, publiques ou priv\u00e9es. Au Dahomey, la scolarisation atteint 11,7 %. Au S\u00e9negal, 11,3 %. En C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, 7,3 %. Mais, par contre, en Haute-Volta, elle n&rsquo;atteint que 3,7 %, en Mauritanie 2 % et au Niger 1,1 %. (Ces chiffres sont extraits de <em>La Documentation Francaise<\/em>, Editions de la Presidence du Conseil, 1951.)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons donc suivre <em>l&rsquo;Ecole lib\u00e9ratrice<\/em> ou M. Albert Sarraut. Nulle part en pays colonis\u00e9 nous ne trouvons l&rsquo;idylle qu&rsquo;ils nous promettaient. Nous trouvons au contraire une situation effrayante qui campe, face \u00e0 face, un ma\u00eetre dur et hautain et des hommes, des masses d&rsquo;hommes r\u00e9duits \u00e0 la condition pr\u00e9caire du paria et de l&rsquo;ilote.<\/p>\n\n\n\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 attest\u00e9e par l&rsquo;histoire est l\u00e0, v\u00e9rifiable : la colonisation a d\u00e9truit, tout enti\u00e8re, des civilisations merveilleuses : celle des Incas, celle des Mayas, des Azt\u00e8ques. Le colonialisme a frappe \u00e0 mort des civilisations dont nul ne peut dire de quelles contributions suppl\u00e9mentaires elles eussent enrichi l&rsquo;humanit\u00e9. On sait ce que la colonisation a rapport\u00e9 en argent, en richesses \u00e0 l&rsquo;Europe. Mais on ne peut supputer ce que l&rsquo;humanit\u00e9 a perdu avec les civilisations disparues. A quel stade serions-nous aujourd&rsquo;hui du progr\u00e8s universel si toutes ces civilisations avaient pu continuer \u00e0 prosp\u00e9rer, \u00e0 chercher, \u00e0 trouver\u2026 On peut y r\u00eaver longtemps ! Le colonialisme a bris\u00e9 l&rsquo;\u00e9chine \u00e0 d&rsquo;autres civilisations, plus humbles certes, mais qui \u00e9taient encore susceptibles de renouvellement et de d\u00e9veloppement. En sorte qu&rsquo;il est permis de dire que la colonisation a fait reculer la civilisation au lieu de la faire avancer. Elle a d\u00e9civilis\u00e9 aussi bien le colonisateur que le colonis\u00e9, apparaissant ainsi comme une gigantesque entreprise d&rsquo;ensauvagement, non seulement de l&rsquo;Asie ou de l&rsquo;Afrique, mais encore, par un retour des choses, de l&rsquo;Europe elle-m\u00eame. Car on ne peut pas ne pas consid\u00e9rer l&rsquo;apparition de faits comme le nazisme hitl\u00e9rien ou le fascisme italien comme des traits d&rsquo;authentique sauvagerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le r\u00e9p\u00e8te : le colonialisme n&rsquo;est point mort. Il excelle, pour se survivre, \u00e0 renouveler ses formes; apr\u00e8s les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins n\u00e9fastes, de la politique dite d&rsquo;Association ou d&rsquo;Union. Maintenant, nous assistons \u00e0 la politique dite d&rsquo;int\u00e9gration, celle qui se donne pour but la constitution de l&rsquo;Eurafrique. Mais de quelque masque que s&rsquo;affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa derni\u00e8re trouvaille, l&rsquo;Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d&rsquo;un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant.<\/p>\n\n\n\n<p>On parle beaucoup de pools, ces temps-ci. Il y a le pool charbon-acier, certains pr\u00e9conisent le pool agricole que l&rsquo;on baptise d\u00e9j\u00e0 \u00ab pool vert \u00bb\u2026 il est clair que l&rsquo;Eurafrique ne serait pas autre chose que le pool des tyrannies.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quoi qu&rsquo;il en soit, et quelle que soit son habilet\u00e9 \u00e0 se renouveler, les temps du colonialisme sont r\u00e9volus. Il est min\u00e9, il ne peut pas ne pas s&rsquo;effondrer, et son exacerbation pr\u00e9sente n&rsquo;est peut-\u00eatre pas autre chose que le sentiment qu&rsquo;il a de sa pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment en serait-il autrement ? Dans le monde, des forces immenses se sont lev\u00e9es contre lui : forces des peuples colonis\u00e9s qui aspirent \u00e0 la libert\u00e9, forces populaires dans le monde entier qui, chaque jour, vont grossir le camp des forces d\u00e9mocratiques et, aussi, forces de l&rsquo;esprit. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce mot, et pourtant dans ce pays je l&rsquo;\u00e9cris avec assurance, car c&rsquo;est tout de m\u00eame de ce pays que sont mont\u00e9s les plus beaux cris contre le colonialisme. Cri de Montaigne, de Condorcet, ou cri d&rsquo;Hugo : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Aucune nation n&rsquo;a le droit de poser son ongle sur l&rsquo;autre. Un peuple ne poss\u00e8de pas plus un autre peuple qu&rsquo;un homme ne poss\u00e8de un autre homme. Le crime est plus odieux encore sur une nation que sur un individu, voil\u00e0 tout. Agrandir le format de l&rsquo;esclavage, c&rsquo;est en accro\u00eetre l&rsquo;indignit\u00e9 .Un peuple tyran d&rsquo;un autre peuple, une race soutirant la vie \u00e0 une autre race, c&rsquo;est la succion monstrueuse de la pieuvre, et cette superposition \u00e9pouvantable est un des faits terribles du XIX si\u00e8cle. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Aim\u00e9 CESAIRE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Dans le livre de N. Serban, <em>Loti, sa vie, son \u0153uvre<\/em>, on trouve reproduit un texte publie par Loti dans <em>Le Figaro<\/em>, en septembre 1883, dans lequel il relate un \u00e9pisode de la guerre du Tonkin tel qu&rsquo;il y a assist\u00e9. Le 20 ao\u00fbt 1883, le contre-amiral Courbet, chef de l&rsquo;exp\u00e9dition fran\u00e7aise, faisait bombarder par la flotte, puis occuper les forts de Thouan-An. Un d\u00e9tachement de l&rsquo;Atalante, commande par le lieutenant de vaisseau Poildoue, est charg\u00e9 de monter \u00e0 l&rsquo;assaut. Loti suit du pont de l&rsquo;Atalante la progression du combat et note ses impressions :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>\u00ab Les Fran\u00e7ais qui sont mont\u00e9s sur les murailles du fort tirent sur eux (les Annamites) de haut en bas, presque \u00e0 bout portant, et les abattent en masse\u2026 Les Annamites tombent par groupes, les bras \u00e9tendus ; trois ou quatre cents d&rsquo;entre eux sont fauch\u00e9s en moins de cinq minutes par les feux rapides et les feux de salve\u2026 On avait r\u00e9gl\u00e9 les hausses pour la distance, et charg\u00e9 les magasins des fusils, on avait tranquillement tout pr\u00e9par\u00e9 pour les tuer au passage\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>En effet, ils avaient pass\u00e9 sous le feu des marins de l&rsquo;Atalante, ces fuyards attendus. On les avait vu paraitre, se masser \u00e0 moiti\u00e9 roussis \u00e0 la sortie de leur village ; h\u00e9sitant encore, se retroussant tr\u00e8s haut pour mieux courir, se couvrant la t\u00eate en pr\u00e9vision des balles, avec des bouts de planches, des nattes, des boucliers d&rsquo;osier &#8211; pr\u00e9cautions enfantines, comme on en prendrait contre une ond\u00e9e. Et puis ils avaient essay\u00e9 de passer, en courant \u00e0 toutes jambes. Alors la grande tuerie avait commenc\u00e9. On avait fait des feux de salve &#8211; deux ! et c&rsquo;\u00e9tait plaisir de voir ces gerbes de balles si facilement dirigeables s&rsquo;abattre sur eux deux fois par minute, au commandement, d&rsquo;une mani\u00e8re m\u00e9thodique et s\u00fbre. C&rsquo;\u00e9tait une esp\u00e8ce d&rsquo;arrosage, qui les couchait par groupes, tous, dans un \u00e9claboussement de sable et de gravier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>On en voyait d&rsquo;absolument fous, qui se relevaient, pris d&rsquo;un vertige de courir, comme des b\u00eates bless\u00e9es ; ils faisaient en zigzags et tout de travers cette course de la mort, se retroussant jusqu&rsquo;aux reins d&rsquo;une mani\u00e8re comique, leurs chignons d\u00e9nou\u00e9s, leurs grands cheveur leur donnant des airs de femmes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>D&rsquo;autres se jetaient \u00e0 la nage dans la lagune, se couvrant la t\u00eate avec des abris d&rsquo;osier et de paille, cherchant \u00e0 gagner les jonques. On les tuait dans l&rsquo;eau.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Il y avait de tr\u00e8s bons nageurs, plongeurs qui restaient longtemps au fond ; on r\u00e9ussissait tout de m\u00eame \u00e0 les attraper quand ils mettaient la t\u00eate dehors pour prendre une gorg\u00e9e d&rsquo;air, comme des phoques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Et puis on s&rsquo;amusait a compter les morts\u2026 Cinquante \u00e0 gauche, quatre-vingts \u00e0 droite, dans le village on les voyait par petits tas ; quelques-uns, tout roussis, n&rsquo;avaient pas fini de remuer ; un bras, une jambe, se raidissait tout droit, dans une crispation, ou bien on entendait un grand cri horrible. Avec ceux qui avaient d\u00fb tomber dans les forts du Sud, cela pouvait bien faire huit cents ou mille. Les matelots discutaient l\u00e0-dessus, \u00e9tablissaient m\u00eame des paris sur la quantit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Plus personne \u00e0 tuer. Alors les matelots, la t\u00eate perdue de soleil, de bruit, sortaient du fort et descendaient se jeter sur les bless\u00e9s avec une esp\u00e8ce de tremblement nerveux. Ceux qui haletaient de peur, tapis dans les trous, qui faisaient les morts, cach\u00e9s sous des nattes, qui r\u00e2laient en tendant les mains pour demander gr\u00e2ce, qui criaient ce \u00ab\u00a0Han ! \u2026 Han ! &#8230;\u00a0\u00bb d&rsquo;une voix d\u00e9chirante, ils les achevaient en les crevant \u00e0 coups de ba\u00efonnette, en leur cassant la t\u00eate \u00e0 coups de crosse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Il y avait des cadavres d\u00e9j\u00e0 bien affreux, ceux contre lesquels s&rsquo;\u00e9taient acharn\u00e9es les ba\u00efonnettes ; les yeux sortis, le corps cribl\u00e9, tout lard\u00e9, tout \u00e0 trous. Et de grosses mouches \u00e0 b\u0153ufs les mangeaient.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire paru dans La Nouvelle Critique, 6e ann\u00e9e, n\u00b0 51, janvier 1954, p. 11-29 A la Conf\u00e9rence de San Francisco, en 1945, un mot singulier a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 au cours des d\u00e9bats : \u00ab le colonialisme est mort ! \u00bb Depuis, huit ans se sont \u00e9coules. Imaginons ce qui se passerait aujourd&rsquo;hui, huit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[34,5069,138,534,4887,749,910,3387],"class_list":["post-21554","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-34","tag-aime-cesaire","tag-anticolonialisme","tag-histoire","tag-la-nouvelle-critique","tag-marxisme","tag-parti-communiste-francais","tag-theorie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s9lTYU-cesaire","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":16527,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/07\/09\/les-antilles-decolonisees-de-daniel-guerin\/","url_meta":{"origin":21554,"position":0},"title":"Les Antilles d\u00e9colonis\u00e9es, de Daniel Gu\u00e9rin","author":"SiNedjib","date":"09\/07\/2022","format":false,"excerpt":"Recension parue dans Quatri\u00e8me Internationale, 15e ann\u00e9e, Vol. 15, n\u00b0 1-3, mars 1957, p. 72 Voici la premi\u00e8re publication donnant une vue d'ensemble sur les Antilles, leur structure sociale et leurs probl\u00e8mes \u00e9conomiques, sociaux, politiques. 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