{"id":22257,"date":"2024-03-16T11:30:39","date_gmt":"2024-03-16T10:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=22257"},"modified":"2024-03-16T11:30:39","modified_gmt":"2024-03-16T10:30:39","slug":"naville-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/03\/16\/naville-2\/","title":{"rendered":"Pierre Naville : Le bilan de la guerre en Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article24152\">Pierre Naville<\/a> paru dans <em>Perspectives socialistes<\/em>, n\u00b0 25, juin 1959, p. 3-8<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"572\" height=\"785\" data-attachment-id=\"21902\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/02\/10\/dechezelles\/perspectives-socialistes-juin-1959\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?fit=572%2C785&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"572,785\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Perspectives-socialistes-juin-1959\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?fit=219%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?fit=572%2C785&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?resize=572%2C785&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-21902\" style=\"width:402px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?w=572&amp;ssl=1 572w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Perspectives-socialistes-juin-1959.png?resize=219%2C300&amp;ssl=1 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 572px) 100vw, 572px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>VOILA<\/strong> plus de quatre ans que la guerre se poursuit en Alg\u00e9rie. Guerre qualifi\u00e9e de nationale et de patriotique par le F.L.N., de r\u00e9bellion et de r\u00e9volte par les gouvernements fran\u00e7ais, de th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9rations de la guerre mondiale par les chefs de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, de guerre civile par certains socialistes. Quel que soit son sens, en tout cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;une guerre, tout comme celle qui s&rsquo;est men\u00e9e au Vietnam pendant sept ans sans qu&rsquo;on ait voulu le reconna\u00eetre. Bien entendu, les gouvernements fran\u00e7ais n&rsquo;ont jamais admis officiellement que l&rsquo;Etat fut \u00ab en \u00bb guerre, puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un conflit avec une puissance \u00e9trang\u00e8re. Mais les conflits arm\u00e9s qui n&rsquo;ont pas lieu entre Etats reconnus n&rsquo;en sont pas moins des guerres, lorsqu&rsquo;ils atteignent une certaine ampleur, et qu&rsquo;ils mettent en branle des masses nationales. La France a fait la guerre au Maroc pendant des dizaines d&rsquo;ann\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 la \u00ab r\u00e9volte \u00bb d&rsquo;Abd el Krim en 1925. En Alg\u00e9rie, la colonisation avait \u00e9t\u00e9 assez puissante, depuis la destruction des forces d&rsquo;Abd el Kader, et apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9crasement des r\u00e9voltes de 1871, pour instaurer un \u00e9tat de paix fond\u00e9 sur l&rsquo;oppression permanente et savamment organis\u00e9e de la population autochtone. Mais, depuis 1954, les chefs militaires fran\u00e7ais ont compris qu&rsquo;ils avaient sur les bras une v\u00e9ritable guerre. Ils sortaient \u00e0 peine de la guerre du Vietnam &#8211; conclue, celle-l\u00e0, par une bataille dans les r\u00e8gles &#8211; et venaient tout juste d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;en engager une de grande envergure dans tout le Maghreb, \u00e0 partir des foyers d&rsquo;insurrection de Tunisie et du Maroc. Sans le retour de Mohamed V sur son tr\u00f4ne et l&rsquo;accession de la Tunisie \u00e0 l&rsquo;autonomie, puis \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, il est clair que le soul\u00e8vement alg\u00e9rien (qui se serait in\u00e9vitablement produit) aurait entra\u00een\u00e9 une lutte g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;Agadir \u00e0 Gab\u00e8s, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur un front de mer et de terre de plusieurs milliers de kilom\u00e8tres ; guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance qui aurait vite pris un tour international, et qui aurait conduit la France \u00e0 accorder en bloc ce qu&rsquo;elle a partiellement c\u00e9d\u00e9 en d\u00e9tail sur les deux ailes du Maghreb. Au fond, Edgar Faure et P. Mend\u00e8s-France, en accordant au Maroc et \u00e0 la Tunisie la quasi-ind\u00e9pendance, n&rsquo;ont nullement \u00ab trahi \u00bb les int\u00e9r\u00eats de la puissance colonisatrice, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tendent les ultras de la colonisation. Tout au contraire ! Ils ont permis \u00e0 la France d&rsquo;engager la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie &#8211; surtout au point de vue militaire &#8211; dans les seules conditions o\u00f9 elle pouvait pr\u00e9tendre la gagner, ou du moins l&rsquo;esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Pour les g\u00e9n\u00e9raux, la guerre se suffit \u00e0 elle-m\u00eame<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le coup d&rsquo;Etat du 13 mai et la r\u00e9organisation du haut commandement militaire par de Gaulle n&rsquo;ont rien chang\u00e9 d&rsquo;essentiel \u00e0 la conduite des op\u00e9rations engag\u00e9es dans les Aur\u00e8s et le Sud-Constantinois \u00e0 la fin de 1954. L&rsquo;objectif que s&rsquo;est fix\u00e9 le haut commandement fran\u00e7ais, c&rsquo;est d&rsquo;<em>an\u00e9antir la r\u00e9bellion en la d\u00e9sarmant<\/em>. Hier, comme aujourd&rsquo;hui, il subordonne toutes les conditions politiques et sociales \u00e0 cet objectif. Autrement dit, dans l&rsquo;esprit des g\u00e9n\u00e9raux qui commandent en Alg\u00e9rie, la politique est subordonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objectif militaire, ce qui prouve que, malgr\u00e9 le battage au sujet des principes de la \u00ab guerre r\u00e9volutionnaire \u00bb et de la \u00ab guerre psychologique \u00bb, les chefs militaires n&rsquo;ont rien compris aux le\u00e7ons qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent assimiler, celles de L\u00e9nine, de Trotsky et de Mao Tse Tung. Ils n&rsquo;en ont retenu que quelques recettes de d\u00e9tail sur la propagande, le renseignement et la terreur, d\u00e9j\u00e0 mises en pratique par toutes les arm\u00e9es du monde depuis des si\u00e8cles. Seul de Gaulle a tent\u00e9 de donner \u00e0 l&rsquo;action militaire en Alg\u00e9rie un <em>objectif politique<\/em> : c&rsquo;est le \u00ab plan de Constantine \u00bb. Mais c&rsquo;est justement pour cela qu&rsquo;il est en butte, m\u00eame au point de vue militaire, aux critiques de g\u00e9n\u00e9raux pour lesquels \u00ab la guerre \u00bb se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. Selon ceux-ci, la lutte doit \u00eatre men\u00e9e, par des moyens militaires, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extermination de la force arm\u00e9e adverse, tout au moins jusqu&rsquo;\u00e0 la capitulation, ce qui revient au m\u00eame. D&rsquo;o\u00f9 les discordances, les h\u00e9sitations, le flottement, entre la politique d&rsquo;expansion \u00e9conomique de de Gaulle et de Delouvrier, les \u00e9lections, la r\u00e9forme administrative, et la poursuite des op\u00e9rations militaires visant \u00e0 la destruction des forces arm\u00e9es du F.L.N. Ni le gouvernement, ni l&rsquo;arm\u00e9e, ne sont sortis de ce dilemme.<\/p>\n\n\n\n<p>La dynamique de la guerre depuis quatre ans est la suivante : les \u00e9l\u00e9ments nationalistes alg\u00e9riens ont pris l&rsquo;offensive strat\u00e9gique, et les forces fran\u00e7aises n&rsquo;ont cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sur la d\u00e9fensive. Cela n&#8217;emp\u00eache nullement les op\u00e9rations de pr\u00e9senter des phases altern\u00e9es d&rsquo;offensive et de d\u00e9fensive des deux c\u00f4t\u00e9s, bien entendu. C&rsquo;est seulement au cours des derniers mois que de Gaulle a tent\u00e9 un renversement de la situation strat\u00e9gique en assignant \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;armature fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie un but positif et offensif (armature comprenant l&rsquo;administration civile et \u00e9conomique et l&rsquo;arm\u00e9e inextricablement m\u00eal\u00e9es) : assurer la mise en place et le d\u00e9veloppement d&rsquo;une structure nouvelle de l&rsquo;Alg\u00e9rie dans le cadre et sous la direction de la France. Selon ce plan, l&rsquo;arm\u00e9e a surtout une mission de \u00ab maintien de l&rsquo;ordre \u00bb ; elle doit tenir en \u00e9chec les forces arm\u00e9es du F.L.N., en s&rsquo;effor\u00e7ant de les r\u00e9duire, pendant que le \u00ab plan de Constantine \u00bb est mis progressivement en place. Ce que les ultras de la colonisation et certains chefs militaires reprochent \u00e0 ce plan, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e9tant donn\u00e9 son objectif politique, il risque, \u00e0 leur avis, de donner naissance \u00e0 une <em>seconde vague de nationalisme mod\u00e9r\u00e9 <\/em>ou d&rsquo;autonomisme, par le canal des nouvelles structures alg\u00e9riennes. C&rsquo;est pourquoi ils estiment que les op\u00e9rations militaires d&rsquo;an\u00e9antissement sont prioritaires, et qu&rsquo;elles se suffisent \u00e0 elles-m\u00eames. Ils pensent vraiment que les forces fran\u00e7aises ont l&rsquo;initiative, sur le plan strat\u00e9gique, depuis le conflit arm\u00e9, et qu&rsquo;il suffit de la conserver pour venir \u00e0 bout d&rsquo;une \u00ab\u00a0r\u00e9bellion\u00a0\u00bb sporadique, peu \u00e0 peu priv\u00e9e de sa capacit\u00e9 de combat gr\u00e2ce au tarissement de ses ressources en armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;Etat fran\u00e7ais et les tenants de la \u00ab communaut\u00e9 \u00bb gaulliste, pour la bourgeoisie des grandes affaires li\u00e9e au secteur public et aux grands monopoles internationaux, pour les chefs de la coalition militaire de l&rsquo;O.T.A.N., il est clair que la conception de de Gaulle est la seule qui puisse amener une solution du conflit arm\u00e9 favorable aux int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de \u00ab l&rsquo;Occident \u00bb. D&rsquo;o\u00f9 le discr\u00e9dit relatif o\u00f9 se trouvent les ultras, les colonisateurs corporatistes et les chefs militaires qui affichent une mentalit\u00e9 fasciste. Cependant, l&rsquo;action militaire que le F.L.N. continue \u00e0 poursuivre avec succ\u00e8s, sur un plan op\u00e9rationnel d\u00e9fensif assez \u00e9troit pour le moment, permet aux ultras de crier sans cesse \u00e0 la \u00ab trahison \u00bb, et rend tr\u00e8s hasardeux les progr\u00e8s qu&rsquo;enregistre la politique de de Gaulle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La guerre pour quelque chose !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le F.L.N. a eu et a encore parfaitement conscience de l&rsquo;importance de sa position, qui d\u00e9coule d&rsquo;une strat\u00e9gie offensive au sens large. Lorsqu&rsquo;en novembre 1954, le C.R.U.A. d\u00e9cida de prendre les armes et d&rsquo;engager au nom du peuple alg\u00e9rien une guerre de lib\u00e9ration nationale, il prenait la rel\u00e8ve d&rsquo;une lutte qui avait \u00e9t\u00e9 victorieuse (dans une large mesure) au Vietnam, en Tunisie et au Maroc. Mais, en m\u00eame temps, il prenait la rel\u00e8ve de l&rsquo;action des partis politiques nationalistes d&rsquo;Alg\u00e9rie accul\u00e9s \u00e0 l&rsquo;impasse par la volont\u00e9 fran\u00e7aise de ne rien c\u00e9der et de ne rien changer. Les cadres nouveaux de la r\u00e9volte, qui se qualifia toute de suite de \u00ab r\u00e9volution nationale \u00bb, \u00e9taient surtout form\u00e9s d&rsquo;hommes venus des deux fractions principales du M.T.LD &#8230; c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;organisation qui avait elle-m\u00eame h\u00e9rit\u00e9 de la tradition du Parti Populaire Alg\u00e9rien de Messali Hadj. Peu \u00e0 peu s&rsquo;y joignirent une fraction importante de la jeunesse enthousiasm\u00e9e par l&rsquo;appel de l&rsquo;ind\u00e9pendance, des hommes des campagnes et des montagnes, des travailleurs des grandes villes impr\u00e9gn\u00e9s des traditions de luttes europ\u00e9ennes, et peu \u00e0 peu des gens de la mince classe moyenne, petits bourgeois et m\u00eame bourgeois qui suivaient auparavant l&rsquo;U.D.M.A. avec Ferhat Abbas. Bien entendu, une fois l&rsquo;action arm\u00e9e entreprise, d&rsquo;anciens soldats et sous-officiers devaient jouer un r\u00f4le croissant, ainsi que des techniciens rompus aux disciplines de l&rsquo;Occident (m\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, m\u00e9caniciens, etc \u2026 ). En fin de compte, le F.L.N. devint une force sociale provisoirement compacte, soutenant une action militaire, dont l&rsquo;objectif fut fix\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but sans \u00e9quivoque : amener la France \u00e0 reconna\u00eetre le droit de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, tout comme la Tunisie et le Maroc, et \u00e0 entreprendre des n\u00e9gociations avec les repr\u00e9sentants authentiques du peuple alg\u00e9rien pour en rechercher les voies les moins p\u00e9nibles et les plus rapides.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans cette nettet\u00e9 des buts politiques de la lutte, et dans la ferme r\u00e9solution d&rsquo;y adapter les moyens d&rsquo;action supr\u00eames, que r\u00e9side l&rsquo;initiative strat\u00e9gique du F.L.N., facteur essentiel que la France n&rsquo;est pas parvenue \u00e0 lui arracher des mains apr\u00e8s plus de quatre ans de combats et un bouleversement politique qui a transform\u00e9 ses institutions. Pourtant, les initiatives r\u00e9centes de de Gaulle semblent avoir jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point r\u00e9ussi \u00e0 modifier la situation \u00e0 cet \u00e9gard, et c&rsquo;est ce qu&rsquo;il faut examiner maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Joindre \u00e0 l&rsquo;objectif de l&rsquo;ind\u00e9pendance \u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du F.L.N. tient \u00e0 son objectif fondamental : l&rsquo;ind\u00e9pendance. Mais l&rsquo;ind\u00e9pendance ne r\u00e9pond pas \u00e0 tout, ni \u00e0 toutes les situations transitoires. En constituant un gouvernement provisoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (comme le fit de Gaulle, d&rsquo;abord \u00e0 Londres, puis, par une ironie du sort, \u00e0 Alger), le F.L.N. put toucher du doigt les difficult\u00e9s internationales de la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance dans le monde actuel. Aucun des grands pays dont l&rsquo;appui lui \u00e9tait n\u00e9cessaire ne le reconnut : ni l&rsquo;Inde, ni l&rsquo;U.R.S.S.<\/p>\n\n\n\n<p>En Alg\u00e9rie m\u00eame, les forces sociales qui soutiennent le F.L.N., tout en s&rsquo;additionnant, se neutralisent en certains domaines ; car la revendication commune de l&rsquo;ind\u00e9pendance recouvre des int\u00e9r\u00eats sociaux assez diff\u00e9rents, voire divergents, dont la r\u00e9partition dans le pays se pr\u00e9sente de fa\u00e7on particuli\u00e8rement originale et vari\u00e9e. Les \u00e9l\u00e9ments bourgeois, petits bourgeois et intellectuels vivent surtout dans les grandes villes dont les forces fran\u00e7aises ont conserv\u00e9 le contr\u00f4le. Ceux d&rsquo;entre eux qui ont rejoint l&rsquo;A.L.N. se sont assimil\u00e9s \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, mais sans pouvoir y apporter un esprit tr\u00e8s r\u00e9volutionnaire ni de tendance socialiste. Les travailleurs des grands ports et des villes de l&rsquo;int\u00e9rieur forment une masse li\u00e9e \u00e0 une industrie de faible d\u00e9veloppement ; ils forment l&rsquo;une des ressources essentielles du F.L.N., et leurs objectifs d\u00e9passent certainement ceux de la bourgeoisie commer\u00e7ante et terrienne, qui est loin d&rsquo;\u00eatre une quantit\u00e9 n\u00e9gligeable. D&rsquo;autre part, la masse des travailleurs alg\u00e9riens qui viennent en France, des montagnes ou des villes, cherchent avant tout \u00e0 gagner de quoi vivre et une dignit\u00e9 dans l&rsquo;existence qui est pour eux la formule pratique de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Quant aux populations villageoises et agricoles des montagnes c\u00f4ti\u00e8res ou du Sud, leur r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;oppression de l&rsquo;administration fran\u00e7aise et de ses vieux agents alg\u00e9riens sur place se traduit avant tout par le besoin de terres et de moyens de culture, et le soulagement des imp\u00f4ts \u00e9crasants en argent et en nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>\u2026 la perspective d&rsquo;une r\u00e9volution sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Pour r\u00e9unir tous ces milieux sociaux sur autre chose que la revendication de l&rsquo;ind\u00e9pendance, sur un programme social d\u00e9fini, le F.L.N. aurait d\u00fb, tout en menant la guerre, engager des transformations \u00e9conomiques, proclamer et prendre des mesures qui, m\u00eame si elles n&rsquo;\u00e9taient pas toujours r\u00e9alisables sur place, auraient sem\u00e9 un grain qu&rsquo;aucun plan de Constantine n&rsquo;aurait r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9touffer. Le Congr\u00e8s de la Soummam (r\u00e9uni par le F.L.N., en Kabylie, en 1957) a bien proclam\u00e9 que le peuple alg\u00e9rien voulait faire une \u00ab r\u00e9volution \u00bb, que toute la soci\u00e9t\u00e9, devenue ind\u00e9pendante, devait \u00eatre reconstruire sur une nouvelle base, favorable aux int\u00e9r\u00eats populaires, et d&rsquo;abord \u00e0 la paysannerie. Mais la situation (c&rsquo;est-\u00e0-dire la poursuite d&rsquo;une longue lutte militaire) imposait au F.L.N. une tactique sociale plus hardie. L&rsquo;initiative strat\u00e9gique et politique qu&rsquo;il s&rsquo;est assur\u00e9e d\u00e8s 1954 devait se doubler d&rsquo;une initiative sociale. Sa situation, en effet, ressemble beaucoup plus \u00e0 celle des communistes chinois et vietnamiens, qu&rsquo;\u00e0 celle de Nasser ou m\u00eame de Bourguiba. Nasser a assur\u00e9 le pouvoir d&rsquo;une junte d&rsquo;officiers par un coup d&rsquo;Etat ; Kassem a suivi la m\u00eame voie en Irak. Aucun Etat \u00e9tranger ne s&rsquo;est oppos\u00e9 \u00e0 leur prise du pouvoir. Les probl\u00e8mes sociaux se sont pos\u00e9s \u00e0 eux une fois qu&rsquo;ils se furent assur\u00e9s de celui-ci. Et c&rsquo;est justement le pouvoir qui leur a permis jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent de surmonter une s\u00e9rie de contradictions de leur r\u00e9gime et \u00e0 engager des programmes techniques et sociaux de r\u00e9formes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La bourgeoisie fran\u00e7aise et l&rsquo;U.R.S.S. ont aussi donn\u00e9 l&rsquo;exemple de transformations sociales li\u00e9es \u00e0 des victoires militaires, \u00e0 la fin de la derni\u00e8re guerre : dans l&rsquo;Est europ\u00e9en comme \u00e0 l&rsquo;Ouest, les coalis\u00e9s ne d\u00e9barquaient pas les mains vides. Mais les programmes (tout ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;ambigu\u00ebs d&rsquo;ailleurs) \u00e9labor\u00e9s avant la victoire, ne pouvaient \u00eatre appliqu\u00e9s qu&rsquo;apr\u00e8s ; c&rsquo;est qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas de r\u00e9volutions populaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">En Alg\u00e9rie, le F.L.N. se trouvait plac\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de son action dans une situation bien diff\u00e9rente. Comme celle des communistes chinois ou vietnamiens, son action devait s&rsquo;appuyer sur un mouvement social, sur la perspective d&rsquo;une r\u00e9volution sociale. Comme h\u00e9riter du M.T.L.D., en particulier, le F.L.N. \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 impr\u00e9gn\u00e9 de revendications qui d\u00e9bordaient la volont\u00e9 politique et militaire d&rsquo;ind\u00e9pendance. Devant le conservatisme colonisateur des gouvernements fran\u00e7ais et de l&rsquo;administration en Alg\u00e9rie, il suffisait de peu de choses &#8211; une simple volont\u00e9 de changement &#8211; pour entrainer les masses populaires, dans le bled et les djebels comme dans les bidonvilles et les villes, derri\u00e8re des chefs qui leur promettaient une nouvelle vie. Ce fut l&rsquo;astuce de de Gaulle de tenter le renversement de cette perspective en proclamant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une transformation sociale dans le cadre du r\u00e9gime fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Si de Gaulle parvenait \u00e0 ses fins, m\u00eame en partie, le F.L.N. devrait \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 lui opposer un <em>programme social plus radical<\/em>, ou \u00e0 risquer de voir s&rsquo;amenuiser certaines parties de la population qui soutenaient jusque-l\u00e0 sans d\u00e9faillance la lutte militaire pour l&rsquo;ind\u00e9pendance. Malgr\u00e9 l&rsquo;apparence, cette politique de de Gaulle n&rsquo;est pas n\u00e9e des cerveaux de l&rsquo;arm\u00e9e. Ses g\u00e9n\u00e9raux, et m\u00eame ses capitaines, ne voyaient pas si loin. Leur \u00ab guerre psychologique \u00bb \u00e9tait \u00e0 courte vue ; pour eux, les \u00ab fraternisations \u00bb de mai, l&rsquo;instauration d&rsquo;un syst\u00e8me de terreur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et beaucoup de phrases, devaient suffire \u00e0 mettre fin \u00e0 la lutte. La politique \u00ab sociale \u00bb des S.A.S. \u00e9tait loin d&rsquo;avoir l&rsquo;envergure et la profondeur de celle que Bugeaud mit en \u0153uvre apr\u00e8s avoir dispers\u00e9 la r\u00e9sistance des anciennes tribus. Il fallut que le \u00ab n\u00e9o-capitalisme \u00bb, surclassant les vinassiers de la Mitidja, s&rsquo;engage dans le fameux programme de Constantine, et qu&rsquo;un technicien des finances, Delouvrier, vint prendre la rel\u00e8ve des gouverneurs et des ministres, comme Soustelle ou Lacoste, impuissants \u00e0 faire autre chose que de couvrir des colons, des pr\u00e9fets et des officiers habitu\u00e9s aux exactions et \u00e0 la r\u00e9pression. Quels r\u00e9sultats cette nouvelle politique peut donner ? Il est encore trop t\u00f4t pour le dire. Mais, ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;elle a d\u00e9j\u00e0 un effet sur la conduite de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une solution purement militaire est impossible<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le F.L.N., pendant et apr\u00e8s la crise de mai, ne s&rsquo;est gu\u00e8re fait d&rsquo;illusions sur le programme politique de de Gaulle. Les conditions m\u00eame du coup d&rsquo;Etat interdisaient \u00e0 celui-ci toute n\u00e9gociation avec le F.L.N. sur l&rsquo;ind\u00e9pendance, tout comme sur l&rsquo;autonomie interne. Il ne restait aux nationalistes alg\u00e9riens qu&rsquo;\u00e0 faire la guerre, et \u00e0 ne faire de plus en plus <em>que<\/em> la guerre. Pour la premi\u00e8re fois depuis 1954, l&rsquo;insuffisance de son programme et de son action sociale allait lui nuire. Les dissentiments internes qui se sont indiscutablement manifest\u00e9s au sein de l&rsquo;A.L.N. au cours des derniers mois exprim\u00e8rent ces difficult\u00e9s nouvelles. Ces dissentiments, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des forces arm\u00e9es, ne sont pas autre chose que l&rsquo;expression de tendances qui se faisaient jour depuis longtemps dans le F.L.N. tout entier, et dans la population alg\u00e9rienne elle-m\u00eame. La lutte sans merci men\u00e9e par le F.L.N. contre le M.N.A., en Alg\u00e9rie et en France, est aussi le reflet de l&rsquo;acuit\u00e9 prise par les probl\u00e8mes sociaux dans la population travailleuse alg\u00e9rienne. L&rsquo;attitude du F.L.N. envers les travailleurs fran\u00e7ais, bien explicable psychologiquement, souligne de son c\u00f4t\u00e9 le caract\u00e8re exclusivement nationaliste de sa lutte. Elle n&rsquo;a pas toujours facilit\u00e9 l&rsquo;expression d&rsquo;une solidarit\u00e9 active chez les travailleurs fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, l&rsquo;action militaire du F.L.N. reste son atout majeur, m\u00eame apr\u00e8s plus de quatre ans d&rsquo;une guerre terriblement meurtri\u00e8re qui a secou\u00e9 l&rsquo;Alg\u00e9rie jusque dans ses fondements. Du point de vue purement militaire, de nombreux officiers fran\u00e7ais, parmi les plus capables, n&rsquo;ont pas cach\u00e9 quelles le\u00e7ons d&rsquo;endurance, de courage, de d\u00e9termination et d&rsquo;habilet\u00e9 ils avaient recueillies au cours de leur lutte contre l&rsquo;A.L.N. Car si l&rsquo;on fait le bilan de ces quatre ann\u00e9es de guerre, une chose saute aux yeux : malgr\u00e9 des pertes consid\u00e9rables et des sacrifices sans nombre, la position d\u00e9fensive de l&rsquo;A.L.N. est aujourd&rsquo;hui plus puissante qu&rsquo;au d\u00e9but du soul\u00e8vement. En parlant des \u00ab braves \u00bb, qu&rsquo;il approuvait, de Gaulle ne rendait aux combattants alg\u00e9riens que l&rsquo;hommage minimum qui leur \u00e9tait d\u00fb. Braves non seulement par le courage personnel et le d\u00e9vouement sans limites ; braves aussi par l&rsquo;imagination man\u0153uvri\u00e8re, la discipline consentie, la r\u00e9sistance \u00e0 des conditions inhumaines de lutte. Les pertes subies par les forces alg\u00e9riennes, du fait direct de la guerre, doivent s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 quelque 200.000 personnes. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle avait annonc\u00e9 officiellement, le 23 octobre 1958, que 77.000 \u00ab rebelles \u00bb avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s au combat. Si l&rsquo;on tient compte des pertes non recens\u00e9es par le commandement fran\u00e7ais, des bless\u00e9s qui ont succomb\u00e9, des civils victimes de bombardements ou de mitraillages, le total ne doit pas \u00eatre loin aujourd&rsquo;hui de 200.000 &#8211; et il continue de s&rsquo;accro\u00eetre : environ 3.000 en mai 1959, selon les communiqu\u00e9s officiels. A ces pertes de guerre s&rsquo;ajoutent \u00e9videmment les mis\u00e8res des populations d\u00e9port\u00e9es, emprisonn\u00e9es et pressur\u00e9es, qui embrassent au total plusieurs millions de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;A.L.N. n&rsquo;a pu s&rsquo;assurer la possession d&rsquo;un territoire d\u00e9limit\u00e9 o\u00f9 faire ouvertement acte de souverainet\u00e9. Mais tous les rapports admettent que, dans des r\u00e9gions consid\u00e9rables, le F.L.N. reste souverain, la nuit s&rsquo;il ne l&rsquo;est pas enti\u00e8rement le jour. Ses relations directes avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, \u00e0 l&rsquo;Est, \u00e0 l&rsquo;Ouest et au Sud, n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 totalement interrompues, malgr\u00e9 les barrages aux limites de la Tunisie et du Nord marocain. Les flux et les reflux cons\u00e9cutifs aux offensives des forces fran\u00e7aises n&rsquo;ont pas pu emp\u00eacher les \u00ab organisations politico-administratives \u00bb du F.L.N. de continuer \u00e0 vivre, ou de rena\u00eetre, lorsqu&rsquo;elles sont dispers\u00e9es. Une sorte d&rsquo;\u00e9quilibre mouvant s&rsquo;est ainsi peu \u00e0 peu instaur\u00e9 ,qui semble interdire pour le moment toute solution militaire radicale du conflit, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre. C&rsquo;est ce qui permet de dire, \u00e0 l&rsquo;encontre des affirmations du g\u00e9n\u00e9ral Challe, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de solution purement militaire \u00e0 une guerre qui entrem\u00eale les caract\u00e8res d&rsquo;une guerre nationale et d&rsquo;une guerre civile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Deux \u00e9ventualit\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est justement cette situation qui a suscit\u00e9 et continue \u00e0 susciter des controverses sur la n\u00e9cessit\u00e9 et la possibilit\u00e9 d&rsquo;un cessez-le-feu, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un armistice ou d&rsquo;une suspension d&rsquo;armes, sinon d&rsquo;une paix d\u00e9finitive. Le F.L.N. estime que la n\u00e9gociation d&rsquo;un cessez-le-feu ne peut \u00eatre que l&rsquo;occasion d&rsquo;une n\u00e9gociation politique g\u00e9n\u00e9rale entre repr\u00e9sentants reconnus des autorit\u00e9s fran\u00e7aises et d&rsquo;autorit\u00e9s alg\u00e9riennes. Cette attitude est \u00e9videmment la seule qui permette d&rsquo;entrevoir la fin d&rsquo;un conflit qui est politique avant d&rsquo;\u00eatre militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chefs militaires fran\u00e7ais, pour leur part, ne con\u00e7oivent pas aujourd&rsquo;hui de suspension d&rsquo;armes en dehors d&rsquo;une capitulation pure et simple. De Gaulle ne la con\u00e7oit pas autrement, sur le plan militaire ; tout au plus, ajoute-t-il, que, les chefs rebelles ayant mis bas les armes, ils pourraient \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 une discussion sur l&rsquo;\u00e9volution politique future de l&rsquo;Alg\u00e9rie, dans le cadre fran\u00e7ais, bien entendu. Solution \u00e9videmment inacceptable pour le F.L.N. et qui ne ferait qu&rsquo;exciter les ambitions de certains chefs militaires qui r\u00eavent d&rsquo;imposer \u00e0 la France le r\u00e9gime qui domine l&rsquo;Alg\u00e9rie. N\u00e9anmoins, on constate qu&rsquo;une fraction croissante de l&rsquo;opinion gaulliste, en particulier dans la S.F.I.O., aper\u00e7oit, dans un cessez-le-feu n\u00e9goci\u00e9 en m\u00eame temps que des conditions politiques nouvelles, une issue \u00e0 une guerre qui fait des victimes de plus en plus nombreuses, qui co\u00fbte de plus en plus cher, et qui, finalement, compromet l&rsquo;ex\u00e9cution du plan de Constantine &#8211; derni\u00e8re chance pour la France, comme de Gaulle lui-m\u00eame l&rsquo;a reconnu, de \u00ab rester \u00bb en Alg\u00e9rie, m\u00eame comme associ\u00e9e. Le Comit\u00e9 directeur de la S.F.I.O. a adopt\u00e9, le 1er juin, une r\u00e9solution sur ce point qui rend un son curieux si on conna\u00eet l&rsquo;opportunisme fructueux de Guy Mollet. Il ne peut y avoir, dit cette r\u00e9solution, <em>\u00ab de vrai suffrage universel qui permette \u00e0 chaque Alg\u00e9rien de disposer de lui-m\u00eame sans cessez-le-feu pr\u00e9alable \u00bb<\/em>. L&rsquo;offre de cessez-le-feu, dit-on, <em>\u00ab devrait \u00eatre accompagn\u00e9e de garanties r\u00e9ciproques \u00bb<\/em> et <em>\u00ab renouvel\u00e9e dans des formes et des conditions qui ne puissent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme l&rsquo;exigence d&rsquo;une capitulation \u00bb<\/em>. En parlant de cessez-le-feu <em>pr\u00e9alable<\/em>, la S.F.I.O. persiste \u00e0 disjoindre la suspension d&rsquo;armes de ses conditions politiques. N\u00e9anmoins, ses formules t\u00e9moignent d&rsquo;un trouble qui ne fait que s&rsquo;\u00e9tendre. Le F.L.N., pour sa part, n&rsquo;a cess\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 discuter d&rsquo;un cessez-le-feu, et qu&rsquo;il le souhaitait. Ferhat Abbas a parl\u00e9 de la recherche d&rsquo;une \u00ab fin honorable \u00bb du conflit arm\u00e9. Son gouvernement a indiqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises qu&rsquo;il n&rsquo;y mettait aucun pr\u00e9alable. Mais ces ouvertures ne signifient pas qu&rsquo;une n\u00e9gociation pour un cessez-le-feu soit ind\u00e9pendante d&rsquo;une n\u00e9gociation politique, m\u00eame si celle-ci n&rsquo;est pas fig\u00e9e au d\u00e9part dans des formules rigides.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation actuelle comporte donc, sur le plan militaire, deux \u00e9ventualit\u00e9s dont il faut tenir compte :<\/p>\n\n\n\n<p>1) Poursuite de la guerre, les forces fran\u00e7aises cherchant la destruction totale de la r\u00e9sistance arm\u00e9e alg\u00e9rienne, et celle-ci continuant une lutte d\u00e9fensive, qui pourrait, dans une nouvelle phase, b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;appui mat\u00e9riel de nouveaux pays (Chine, en particulier) ;<\/p>\n\n\n\n<p>2) Recherche d&rsquo;un cessez-le-feu li\u00e9 \u00e0 une n\u00e9gociation politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les circonstances pr\u00e9sentes, les deux \u00e9ventualit\u00e9s restent \u00e9galement possibles. Il va de soi, dans les deux cas, que le devoir des travailleurs fran\u00e7ais reste le m\u00eame : \u0153uvrer \u00e0 la reconnaissance des droits nationaux du peuple alg\u00e9rien, \u0153uvrer \u00e0 la cessation des hostilit\u00e9s. La paix reste plus que jamais dans la d\u00e9pendance de l&rsquo;\u00e9mancipation du peuple alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Pierre NAVILLE.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Pierre Naville paru dans Perspectives socialistes, n\u00b0 25, juin 1959, p. 3-8 VOILA plus de quatre ans que la guerre se poursuit en Alg\u00e9rie. Guerre qualifi\u00e9e de nationale et de patriotique par le F.L.N., de r\u00e9bellion et de r\u00e9volte par les gouvernements fran\u00e7ais, de th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;op\u00e9rations de la guerre mondiale par les chefs [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[39,112,138,457,513,749,5452,948,2851],"class_list":["post-22257","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-39","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-france","tag-guerre","tag-marxisme","tag-perspectives-socialistes","tag-pierre-naville","tag-union-de-la-gauche-socialiste"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-5MZ","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":22077,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/02\/29\/naville\/","url_meta":{"origin":22257,"position":0},"title":"Pierre Naville : L&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie","author":"SiNedjib","date":"29\/02\/2024","format":false,"excerpt":"Article de Pierre Naville paru dans La Nouvelle Revue Marxiste, n\u00b0 3, f\u00e9vrier-avril 1962, p. 3-6 A l'heure o\u00f9 j'\u00e9cris, le gouvernement fran\u00e7ais et le G.P.R.A. ont repris et font aboutir une n\u00e9gociation qui doit consacrer un peu plus tard l'ind\u00e9pendance de l'Alg\u00e9rie. 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