{"id":24109,"date":"2024-09-05T11:29:34","date_gmt":"2024-09-05T09:29:34","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=24109"},"modified":"2024-09-05T11:38:27","modified_gmt":"2024-09-05T09:38:27","slug":"louzon-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/09\/05\/louzon-2\/","title":{"rendered":"Robert Louzon : Deux victoires, deux \u00e9checs et un point d&rsquo;interrogation"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article24774\">Robert Louzon<\/a> paru dans <em><a href=\"https:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n086.pdf\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>, 23e ann\u00e9e, No 387, Nouvelle s\u00e9rie n\u00b0 86, septembre 1954, p.<\/strong> <strong>18-21<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"547\" height=\"782\" data-attachment-id=\"24080\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/09\/02\/maroc\/la-revolution-proletarienne-septembre-1954\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?fit=547%2C782&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"547,782\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-Revolution-proletarienne-septembre-1954\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?fit=210%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?fit=547%2C782&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?resize=547%2C782&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-24080\" style=\"width:335px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?w=547&amp;ssl=1 547w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1954.png?resize=210%2C300&amp;ssl=1 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 547px) 100vw, 547px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>La grande bataille, qui est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de ce milieu du XXe si\u00e8cle, entre les peuples colonis\u00e9s et les Etats colonisants, vient d&rsquo;enregistrer en ces derniers mois, presque simultan\u00e9ment, deux victoires des colonis\u00e9s et deux victoires des colonisateurs ; en outre, en un cinqui\u00e8me point, la bataille conna\u00eet une suspension d&rsquo;armes qui fait bien augurer de son issue.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>C&rsquo;est en Indochine et en Egypte que les colonisateurs ont d\u00fb s&rsquo;avouer vaincus ; c&rsquo;est au Guatemala et en Iran qu&rsquo;ils ont, au contraire, consolid\u00e9 leur domination, cependant qu&rsquo;en Tunisie nous nous trouvons en pr\u00e9sence d&rsquo;un point d&rsquo;interrogation. Ailleurs, au Maroc, au Kenya, la bataille continue \u00e0 battre son plein.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>En Indochine, une guerre dont le r\u00e9sultat, pour nous, n&rsquo;avait jamais fait de doute, vient de se clore par un armistice qui consacre la d\u00e9faite de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise. La France est ramen\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s sur ses positions d&rsquo;il y a 90 ans, alors qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 empar\u00e9, sous le Second Empire, de la Cochinchine, mais n&rsquo;avait pas encore pris pied au Tonkin, ce qu&rsquo;elle ne devait faire que sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux questions qui se posent d\u00e9sormais sont les suivantes :<\/p>\n\n\n\n<p>1) la division du Viet-nam en Viet-nam du Nord et Viet-nam du Sud n&rsquo;est-elle que passag\u00e8re, ou sera-t-elle amen\u00e9e \u00e0 se stabiliser ?<\/p>\n\n\n\n<p>2) Le nouveau Viet-nam sera-t-il r\u00e9ellement ind\u00e9pendant, ou bien le colonisateur n&rsquo;aura-t-il fait que changer de nom ? La France aura-t-elle seulement c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 la Chine et \u00e0 la Russie ?<\/p>\n\n\n\n<p>Essayons, non point de r\u00e9pondre d\u00e9finitivement \u00e0 ces deux interrogations, mais de rappeler simplement quelques faits qui peuvent aider \u00e0 voir comment les choses se pr\u00e9sentent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe, sans aucun doute, un Viet-nam du Nord et un Viet-nam du Sud. Le Tonkin et la Cochinchine ne sont pas identiques (je ne parle pas de l&rsquo;Annam proprement dit qui n&rsquo;est qu&rsquo;un pont \u00e9troit jet\u00e9 entre les deux r\u00e9gions qui comptent)<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;identit\u00e9 de leur cadre g\u00e9ographique (dans les deux cas un delta, celui du fleuve Rouge au Tonkin, celui du M\u00e9kong en Cochinchine) et malgr\u00e9 l&rsquo;identit\u00e9 de leur culture et de leur mode de culture (riz obtenu par irrigation), Tonkin et Cochinchine ne sont pas absolument semblables, non seulement du fait que mille kilom\u00e8tres les s\u00e9parent, non seulement du fait que leur pass\u00e9 est diff\u00e9rent, mais surtout parce que le Tonkin c&rsquo;est \u00ab le Nord \u00bb et que la Cochinchine c&rsquo;est \u00ab le Midi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis bien avant les d\u00e9buts de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne, les Annamites, qui avaient \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9s par les Chinois de ce qui est aujourd&rsquo;hui la Chine du Sud, occupent le Tonkin, alors que ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XVe si\u00e8cle de notre \u00e8re que, par la destruction de l&rsquo;Etat autochtone du Tchampa, ils deviennent les ma\u00eetres de la c\u00f4te d&rsquo;Annam, et qu&rsquo;au XVIIe si\u00e8cle qu&rsquo;ils s&#8217;emparent de la Cochinchine sur les Cambodgiens. Une occupation qui, dans le Nord, est donc plusieurs fois mill\u00e9naire, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a m\u00eame pas trois si\u00e8cles dans le Sud, a tout naturellement fait du delta du fleuve Rouge un territoire beaucoup plus purement annamite que ne l&rsquo;est celui du M\u00e9kong. Et cela d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas seulement ici de peuples, mais de civilisations, les Annamites ayant \u00e9t\u00e9 tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de la civilisation chinoise, alors que les anciens occupants de la Cochinchine, les Cambodgiens, et m\u00eame les Tchams du Tchampa, avaient au contraire re\u00e7u leur civilisation de l&rsquo;Inde. Car l&rsquo;Indochine m\u00e9rite tout \u00e0 fait son nom ; c&rsquo;est chez elle que vinrent se heurter, par expansion graduelle, les deux grandes civilisations de l&rsquo;Asie, celle de la Chine et celle de l&rsquo;Inde. Et si la ligne sur laquelle elles s&rsquo;affrontent aujourd&rsquo;hui est la fronti\u00e8re du Viet-nam et du Cambodge, cette ligne passa durant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 travers ce qui est aujourd&rsquo;hui le Viet-nam, se d\u00e9pla\u00e7ant par bonds successifs du Nord au Sud au fur et \u00e0 mesure de la progression de la colonisation annamite.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ces facteurs historiques semblent \u00eatre de peu de poids aujourd&rsquo;hui. Les anciens occupants du Viet-nam du Sud ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement \u00e9limin\u00e9s ou assimil\u00e9s, si ce n&rsquo;est dans l&rsquo;extr\u00eame ouest de la Cochinchine o\u00f9 les ethnologues signalent encore la pr\u00e9sence de Cambodgiens m\u00eal\u00e9s aux Annamites. D&rsquo;autre part, le bouddhisme, bien que venu dans le Sud, presque directement de l&rsquo;Inde, par Ceylan et la Birmanie, alors qu&rsquo;il n&rsquo;est parvenu dans le Sud que par le grand d\u00e9tour de la Chine, ce qui l&rsquo;a alt\u00e9r\u00e9 davantage, a rev\u00eatu n\u00e9anmoins toute l&rsquo;Indochine d&rsquo;un manteau culturel \u00e0 peu pr\u00e8s uniforme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, et c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;essentiel, les Cochinchinois sont des \u00ab m\u00e9ridionaux \u00bb, tandis que les Tonkinois sont des \u00ab septentrionaux \u00bb. Les premiers repr\u00e9sentent l&rsquo;homme type du Midi, nonchalants et se laissant vivre, tandis que les seconds sont typiques de l&rsquo;homme du Nord, actifs, vigoureux, courageux, toujours port\u00e9s par leur temp\u00e9rament \u00e0 \u00ab en mettre un coup \u00bb. C&rsquo;est sans aucun doute \u00e0 cette diff\u00e9rence de caract\u00e8re qu&rsquo;il faut attribuer le fait que le Viet-minh fut toujours beaucoup moins fort dans le Midi que dans le Nord. Les Cochinchinois d\u00e9sirent s\u00fbrement, autant que les Tonkinois, se lib\u00e9rer du joug de la France, mais ils \u00e9taient moins pr\u00eats \u00e0 accepter les sacrifices que l&rsquo;op\u00e9ration exigeait.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, cette diff\u00e9rence est-elle telle qu&rsquo;elle puisse entra\u00eener une s\u00e9paration politique d\u00e9finitive entre les deux r\u00e9gions ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne le semble point. La progression des Annamites vers le Sud ayant dur\u00e9 quelque deux mille ans a, par sa lenteur m\u00eame, du fait de l&rsquo;assimilation profonde qu&rsquo;elle a eu le temps de r\u00e9aliser, cr\u00e9\u00e9 le sentiment d&rsquo;une unit\u00e9 nationale, d&rsquo;une unit\u00e9 ethnique qui ne peut pas \u00eatre rompue simplement par une diff\u00e9rence de temp\u00e9rament ou par les termes d&rsquo;un armistice !<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, bien que poss\u00e9dant une base \u00e9conomique identique, la culture du riz, les deux r\u00e9gions n&rsquo;en sont pas moins quelque peu compl\u00e9mentaires. Le Nord, en effet, poss\u00e8de une industrie : il a du charbon dans le delta, et certains minerais dans le haut pays ; il y existe d&rsquo;importantes distilleries, des scieries, des filatures. De sorte que, malgr\u00e9 sa forte production de riz, le Tonkin doit importer du riz de la Cochinchine, et plus il s&rsquo;industrialisera et plus il lui faudra en importer ; c&rsquo;est l\u00e0 un lien qui n&rsquo;est pas n\u00e9gligeable.<\/p>\n\n\n\n<p>La France, au bout de quinze ans d&rsquo;occupation de la Cochinchine, a cru n\u00e9cessaire d&rsquo;occuper le Tonkin : il est \u00e0 pr\u00e9sumer qu&rsquo;il faudra encore moins de temps pour que l&rsquo;unit\u00e9 politique des deux deltas soit \u00e0 nouveau r\u00e9alis\u00e9e, mais, cette fois, sous le signe de l&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la seconde question : le Viet-nam deviendra-t-il un pays r\u00e9ellement ind\u00e9pendant ou prendra-t-il place parmi les satellites de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du rideau de fer &#8211; on ne peut \u00eatre encore que moins affirmatif, car la r\u00e9ponse que l&rsquo;avenir apportera ne d\u00e9pend pas seulement des conditions locales, mais aussi, et surtout, des \u00e9v\u00e8nements internationaux. Entre autres, de la politique plus ou moins \u00ab intelligente \u00bb de l&rsquo;Am\u00e9rique. Si l&rsquo;on continue \u00e0 jeter les nationalistes vietnamiens dans les bras de Moscou, comme la France l&rsquo;a fait durant huit ans, en les obligeant \u00e0 chercher \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur un appui contre le colonialisme occidental, il va sans dire que l&rsquo;Etat vietnamien n&rsquo;aura d&rsquo;autre choix que celui de se faire le vassal de Moscou et de P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais s&rsquo;il n&rsquo;en est pas ainsi, les perspectives me paraissent assez encourageantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons d&rsquo;abord un \u00e9l\u00e9ment psychologique qui, comme tous les facteurs psychologiques, ne saurait \u00eatre d\u00e9terminant, mais qui a cependant son importance.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Annamite est le voisin du Chinois ; les Annamites, et tout particuli\u00e8rement ceux du Tonkin, ont \u00e9t\u00e9 longtemps et \u00e0 plusieurs reprises sous la domination des Chinois ; dans ce pays agricole, les immigrants chinois, tr\u00e8s nombreux, ne sont pas des cultivateurs, mais des commer\u00e7ants et des interm\u00e9diaires de toutes sortes, donc, aux yeux du paysan annamite, des parasites et des exploiteurs. Trois raisons pour que l&rsquo;Annamite \u00ab n&rsquo;aime pas le Chinois \u00bb ; il s&rsquo;en m\u00e9fie et il en a peur. Or comme la domination de Moscou sur Hano\u00ef ne pourrait sans doute s&rsquo;instituer que par l&rsquo;interm\u00e9diaire de P\u00e9kin, cette domination rencontrerait certainement une r\u00e9pulsion instinctive, sentimentale, passionnelle, dont il faudrait de fortes \u00ab raisons \u00bb pour qu&rsquo;on puisse en triompher.<\/p>\n\n\n\n<p>En second lieu, et c&rsquo;est l\u00e0, \u00e0 mon sens, le point d\u00e9cisif, il ne faut pas oublier que le v\u00e9ritable motif pour lequel la Russie et la Chine ont institu\u00e9 chez elles leur Etat monolithique, leur capitalisme d&rsquo;Etat et leur id\u00e9ologie dite \u00ab communiste \u00bb, se trouve dans la capacit\u00e9 d&rsquo;expansion de leurs peuples. Les Russes et les Chinois cr\u00e8vent, pour des motifs divers, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leurs fronti\u00e8res : ils \u00e9prouvent un besoin incoercible de s&rsquo;\u00e9tendre au dehors. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait, il y a encore peu de temps, que le Grand-Duch\u00e9 de Moscou est devenu en deux si\u00e8cles et demi un immense empire couvrant tout le nord et l&rsquo;ouest de l&rsquo;Asie et atteignant le centre de l&rsquo;Europe. A l&rsquo;extension de la domination politique de la Russie a correspondu une extension d\u00e9mographique comparable des Chinois. Au cours des derniers si\u00e8cles l&rsquo;immigration chinoise a recouvert tous les pays du Sud-Est asiatique, faisant de villes situ\u00e9es \u00e0 mille kilom\u00e8tres ou plus des fronti\u00e8res de la Chine des agglom\u00e9rations presque exclusivement peupl\u00e9es de Chinois, telles Cholon en Cochinchine ou Singapour en Malaisie.<\/p>\n\n\n\n<p>Que, port\u00e9e par son \u00e9lan, la Russie veuille \u00e9largir encore la sph\u00e8re de sa domination politique, que la Chine veuille consolider par une emprise politique les situations \u00e9conomiques occup\u00e9es au dehors par ses nationaux, voil\u00e0 ce qui les rassemble ! C&rsquo;est a la fois la raison d&rsquo;\u00eatre de leur r\u00e9gime \u00e9conomico-politique, qui est un r\u00e9gime convenant remarquablement \u00e0 la conqu\u00eate, et l&rsquo;explication de leur alliance politico-militaire conclue contre les Etats \u00e0 conqu\u00e9rir. Alliance de grands fauves !<\/p>\n\n\n\n<p>Il va de soi que la situation du Viet-nam n&rsquo;est nullement comparable. Le Viet-nam n&rsquo;a et ne peut avoir, \u00e9tant donn\u00e9 ses dimensions en tous domaines, aucune vis\u00e9e expansionniste. Il rentre, au contraire, dans la cat\u00e9gorie des Etats qui ont \u00e0 craindre l&rsquo;expansion de leurs puissants voisins. Si le Viet-nam a demande aide \u00e0 Moscou et \u00e0 P\u00e9kin, c&rsquo;est parce que cette aide lui \u00e9tait indispensable pour obtenir son ind\u00e9pendance, mais non pour r\u00e9aliser des conqu\u00eates. A ce point de vue, la situation du Viet-nam est assez analogue \u00e0 celle de la Yougoslavie qui, pas plus que le Viet-nam, n&rsquo;a et ne peut avoir de vis\u00e9es expansionnistes (1). La Yougoslavie s&rsquo;est servie des Russes pour se d\u00e9livrer des Allemands comme le Viet-nam s&rsquo;est servi des Chinois pour se d\u00e9barrasser des Fran\u00e7ais, mais cela n&rsquo;implique pas le maintien, au del\u00e0 du temps qu&rsquo;exige la politesse \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de gens qui vous ont rendu service, d&rsquo;une union que la poursuite d&rsquo;aucun but commun ne r\u00e9clame et qui est, au contraire, incompatible avec l&rsquo;opposition des buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne veux certes pas affirmer par l\u00e0 qu&rsquo;Ho Chi-minh deviendra n\u00e9cessairement un Tito, je veux simplement noter qu&rsquo;il y a un trait de structure comparable dans les conditions o\u00f9 se trouvent les deux pays et que, par cons\u00e9quent, si d&rsquo;autres facteurs plus puissants n&rsquo;interviennent pas, il peut en r\u00e9sulter des \u00e9v\u00e9nements semblables.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Au lendemain du massacre des volontaires \u00e9gyptiens en leur caserne d&rsquo;Isma\u00eflia par les canons des Centurions britanniques, nous \u00e9crivions que ce massacre rappelait celui d&rsquo;Amritsar aux Indes au lendemain de la premi\u00e8re guerre mondiale, et que, pas plus qu&rsquo;Amritsar n&rsquo;avait emp\u00each\u00e9 la lib\u00e9ration de l&rsquo;Inde, Isma\u00eflia n&#8217;emp\u00eacherait le d\u00e9part des troupes anglaises de Suez. La seule diff\u00e9rence \u00e9tait qu&rsquo;entre le massacre et la victoire des massacr\u00e9s il s&rsquo;\u00e9coulerait, cette fois, beaucoup moins de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, en effet, tandis que plus de vingt ann\u00e9es eurent \u00e0 s&rsquo;\u00e9couler entre le massacre d&rsquo;Amritsar et la proclamation de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Inde, il ne se sera gu\u00e8re pass\u00e9 que le cinqui\u00e8me de ce temps entre le massacre d&rsquo;Isma\u00eflia et le moment o\u00f9 le dernier soldat britannique quittera le sol \u00e9gyptien.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet abandon de Suez par les Anglais est un \u00e9v\u00e9nement capital. Il marque le point final \u00e0 la lib\u00e9ration de l&rsquo;Asie.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondant au discours de r\u00e9ception de Ferdinand de Lesseps \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Renan lui disait : \u00ab En per\u00e7ant l&rsquo;isthme de Suez, vous avez marqu\u00e9 l&#8217;emplacement des grandes batailles de l&rsquo;avenir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;\u00e2ge de la guerre atomique, les batailles ne se livrent g\u00e9n\u00e9ralement pas sur l&#8217;emplacement des lieux qui sont \u00e0 conqu\u00e9rir ; il n&rsquo;est donc pas particuli\u00e8rement probable que la proph\u00e9tie de Renan se r\u00e9alise, que Suez soit le th\u00e9\u00e2tre de grandes batailles, mais Suez en constituera, n\u00e9anmoins, l&rsquo;un des plus gros enjeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Car le canal de Suez fait communiquer deux continents, l&rsquo;Europe et l&rsquo;Asie ; il est, par l\u00e0, susceptible d&rsquo;assurer a celui qui l&rsquo;occupe la ma\u00eetrise et de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Asie.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;occupation de Suez par les Britanniques \u00e9tait \u00e0 la fois le symbole et la garantie de la pr\u00e9\u00e9minence de l&rsquo;Angleterre en Europe, et de la domination de l&rsquo;Europe en Asie. La Lib\u00e9ration de l&rsquo;Asie a pour corollaire n\u00e9cessaire la lib\u00e9ration de Suez. Il est significatif que c&rsquo;est presque au m\u00eame moment que l&rsquo;Europe, par l&rsquo;accord de Gen\u00e8ve, abandonnait virtuellement le seul territoire important qui lui restait en Asie, que l&rsquo;Angleterre s&rsquo;engageait \u00e0 quitter Suez. Cessant d&rsquo;esp\u00e9rer de pouvoir dominer l&rsquo;Asie, l&rsquo;Europe n&rsquo;a que faire d\u00e9sormais de monter la garde \u00e0 la porte de l&rsquo;Asie.<\/p>\n\n\n\n<p>En reprenant le canal, les Arabes (au sens g\u00e9n\u00e9ral du mot) vont reprendre sous une nouvelle forme leur r\u00f4le du moyen \u00e2ge, celui d&rsquo;interm\u00e9diaires entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Asie, de gardiens neutres du lieu de passage entre les deux continents.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Les deux \u00e9checs qu&rsquo;il nous faut maintenant enregistrer en face de ces deux victoires n&rsquo;appellent pas beaucoup de commentaires car ils se traduisent simplement par la consolidation d&rsquo;un \u00e9tat de choses ant\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que s&rsquo;\u00e9tant produits en deux mondes diff\u00e9rents, distants de dizaines de milliers de kilom\u00e8tres, ils sont identiques dans leur nature et dans leurs cons\u00e9quences politiques et sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>En renversant au Guatemala, par la vertu du bombardement a\u00e9rien de la population civile, le gouvernement du seul Etat d&rsquo;Am\u00e9rique centrale qui ne fut pas \u00e0 ses ordres, les Etats-Unis ont renforc\u00e9 leur domination politique sur toute l&rsquo;Am\u00e9rique latine et assur\u00e9 ainsi la paisible exploitation de travailleurs maintenus dans un \u00e9tat proche de la famine par les f\u00e9odaux modernes de l&rsquo;<em>United Fruit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res mesures prises par le Quisling guat\u00e9malt\u00e8que sont caract\u00e9ristiques \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>Armaz venait \u00e0 peine d&rsquo;entrer dans la capitale qu&rsquo;il abolissait la loi agraire \u00e9dict\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Il dissolvait, en m\u00eame temps que les partis politiques, tous les syndicats. Il attribuait \u00e0 la seule \u00ab junte \u00bb form\u00e9e de lui-m\u00eame et de deux complices tous les pouvoirs, y compris m\u00eame le pouvoir judiciaire ! Il supprimait le droit de vote &#8211; pour le jour \u2026 inconnu o\u00f9 l&rsquo;on croirait devoir proc\u00e9der \u00e0 des \u00e9lections &#8211; \u00e0 tous les illettr\u00e9s, soit 70 % de la population, ce qui comprend, naturellement, la totalit\u00e9 des travailleurs, ouvriers et paysans.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps, des milliers et des milliers de Guat\u00e9malt\u00e8ques \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s, mis en prison ou parqu\u00e9s en des lieux de concentration et un r\u00e9gime de terreur totalitaire se trouvait ainsi institu\u00e9 dans le pays qui jusque-l\u00e0 \u00e9tait le seul Etat d&rsquo;Am\u00e9rique centrale \u00e0 jouir de libert\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, pour ajouter l&rsquo;odieux \u00e0 l&rsquo;odieux et pour t\u00e9moigner de sa servilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du nouvel ami de ses ma\u00eetres, le dictateur ordonnait l&rsquo;expulsion imm\u00e9diate de tous les r\u00e9fugi\u00e9s r\u00e9publicains d&rsquo;Espagne, particuli\u00e8rement nombreux au Guatemala, ce qui amena le gouvernement r\u00e9publicain espagnol en exil, qui entretenait des relations diplomatiques officielles avec le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e0 rompre ces relations par la ferme et fi\u00e8re d\u00e9claration que voici :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Une fois de plus nous avons assist\u00e9 au triomphe de la tactique totalitaire qui consiste \u00e0 renverser les gouvernements l\u00e9gitimes au moyen d&rsquo;une r\u00e9bellion factieuse d\u00e9clench\u00e9e d&rsquo;un pays voisin avec l&rsquo;aide et au service de puissants int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Restant fid\u00e8le \u00e0 ces principes de la civilisation occidentale qui sont aussi cyniquement invoqu\u00e9s que m\u00e9connus dans la pratique par ceux qui devraient en \u00eatre les plus fid\u00e8les d\u00e9fenseurs, le gouvernement r\u00e9publicain espagnol d\u00e9clare au nom de son peuple h\u00e9ro\u00efque, une fois de plus implacablement sacrifi\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;admet ni ne reconna\u00eet la l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;aucuns autres pouvoirs que ceux qui \u00e9manent de la volont\u00e9 de peuples ind\u00e9pendants et qui respectent les droits de la personne humaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Etant donn\u00e9 que la Junte factieuse du Guatemala ne satisfait pas \u00e0 ces conditions, le gouvernement de la r\u00e9publique espagnole d\u00e9clare rompues les relations diplomatiques qu&rsquo;il entretenait au temps du gouvernement l\u00e9gal.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On ne saurait mieux dire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est aux antipodes du Guatemala, en Iran, que, presque simultan\u00e9ment \u00ab tout \u00e9tait r\u00e9tabli \u00bb, par l&rsquo;octroi d&rsquo;une concession pour l&rsquo;exploitation des riches gisements de p\u00e9trole du golfe Persique aux successeurs de l&rsquo;Anglo-Iranian.<\/p>\n\n\n\n<p>Concession qui signifie que continuera \u00e0 r\u00e9gner sur l&rsquo;Iran l&rsquo;oligarchie f\u00e9odale des propri\u00e9taires fonciers, g\u00e9n\u00e9raux et gens de la Cour, employant les redevances vers\u00e9es par le concessionnaire pour payer les gages des mercenaires charges d&rsquo;assurer par la force l&rsquo;exercice de leurs privil\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les pays colonis\u00e9s ou semi-colonis\u00e9s, le m\u00eame pacte non \u00e9crit, mais extr\u00eamement solide, est pass\u00e9 entre les cadres indig\u00e8nes de la vieille soci\u00e9t\u00e9 et les repr\u00e9sentants de la technique \u00e9trang\u00e8re la plus \u00e9volu\u00e9e : les premiers livrent aux seconds les richesses naturelles de leurs pays, moyennant quoi ces derniers leur fournissent de quoi maintenir debout la soci\u00e9t\u00e9 croulante dont ils sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Un seul point \u00e0 noter dans le nouvel acte de concession : le concessionnaire n&rsquo;est plus une soci\u00e9t\u00e9 anglaise, mais un consortium international dans lequel les Anglais ne sont m\u00eame pas majoritaires et o\u00f9 une place de premier plan a \u00e9t\u00e9 faite aux soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines. Ainsi se manifeste une fois de plus le recul de l&rsquo;Europe au profit de l&rsquo;Am\u00e9rique. M\u00eame sur ses chasses r\u00e9serv\u00e9es, comme l&rsquo;Iran, Londres est oblig\u00e9 de faire une place \u00e0 New York.<\/p>\n\n\n\n<p>Chass\u00e9-crois\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un m\u00eame monde, le monde occidental, et qui n&rsquo;a donc qu&rsquo;une importance toute relative. A en juger par la mani\u00e8re dont les concessionnaires yankees se comportent dans leurs autres semi-colonies, notamment en Am\u00e9rique latine, la substitution partielle des Am\u00e9ricains aux Anglais n&rsquo;apportera aucun soulagement au sort des Iraniens.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Reste le point d&rsquo;interrogation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point d&rsquo;interrogation, c&rsquo;est la Tunisie.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9claration de Mend\u00e8s-France au bey signifie-t-elle que les Tunisiens ont maintenant d\u00e9finitivement vaincu, que la France leur accordera l&rsquo;autonomie ; ou bien ne sera-ce qu&rsquo;une de ces promesses pompeuses dont tous les gouvernements fran\u00e7ais sont toujours prodigues, mais qui ne sont jamais suivies d&rsquo;effet d\u00e8s le moment o\u00f9 il s&rsquo;agit de les traduire en actes ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais.<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose, par contre, est certaine. C&rsquo;est que le peuple tunisien a fait la preuve de sa force ; il a d\u00e9montr\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on p\u00e9remptoire qu&rsquo;on ne le vaincrait pas ! Par cons\u00e9quent, un jour ou l&rsquo;autre, mais en tout cas un jour assez proche, le colonialisme devra s&rsquo;incliner \u00e0 Tunis, comme il s&rsquo;est inclin\u00e9 \u00e0 Hano\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque, il y a un peu plus de trente ans, nous \u00e9tions quelques-uns \u00e0 mener en Tunisie un combat sans espoir, le dos au mur, pour la libert\u00e9 de la presse tunisienne et qu&rsquo;en un tournemain nous f\u00fbmes emprisonn\u00e9s, puis expuls\u00e9s, que trois ans plus tard, un groupe un peu plus nombreux que celui de 1922 menait un combat non moins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour la libert\u00e9 syndicale et le droit de gr\u00e8ve des travailleurs tunisiens, et qu&rsquo;en un nouveau tournemain, un peu moins rapide cependant, il \u00e9tait \u00e0 son tour abattu et que ses membres, Finidori en t\u00eate, se voyaient octroyer 10 ou 5 ans d&rsquo;exil, et que, encore il y a quinze ans, j&rsquo;\u00e9tais poursuivi, en France m\u00eame, pour un article intitul\u00e9 \u00ab la Tunisie aux Tunisiens \u00bb, consid\u00e9r\u00e9 comme une attaque contre l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo; \u00ab empire fran\u00e7ais \u00bb, nous pensions bien, Finidori et moi, que le mouvement national tunisien \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop ancr\u00e9, trop solidement et trop largement r\u00e9pandu dans toutes les couches de la population pour ne point risquer de mourir, qu&rsquo;au contraire il grandirait \u2026 et vaincrait.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, pour ma part, et je pense qu&rsquo;il en \u00e9tait de m\u00eame pour Finidori, je ne croyais pas que la victoire qui aujourd&rsquo;hui se dessine viendrait aussi vite, en moins d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration !<\/p>\n\n\n\n<p>Car si le mouvement tunisien avait d\u00e9j\u00e0 des racines profondes, combien plus enracin\u00e9 paraissait le colonialisme ! La France \u00e9tait alors encore presque un colosse. La Tunisie contre la France ? Cela semblait \u00eatre un peu comme David contre Goliath. Mais le vieux mythe s\u00e9mite est demeure vrai : David a vaincu Goliath.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette victoire est due, sans aucun doute, avant tout aux qualit\u00e9s de David, au courage et \u00e0 la t\u00e9nacit\u00e9 dont les Tunisiens ont fait preuve sur une \u00e9chelle toujours plus grande, mais la relative rapidit\u00e9 avec laquelle elle s&rsquo;est affirm\u00e9e est due aussi \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de Goliath. La d\u00e9faite fran\u00e7aise de 1940 a jou\u00e9 le r\u00f4le d&rsquo;un acc\u00e9l\u00e9rateur dans la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance des peuples colonis\u00e9s, notamment en Afrique du Nord. Lorsqu&rsquo;ils ont vu leur \u00ab protecteur \u00bb abattu, lui aussi, en un tournemain, lorsqu&rsquo;ils ont vu ses soldats refuser de se battre et sa population civile fuir \u00e9perdue, lorsqu&rsquo;ils eurent constat\u00e9 que les seules troupes qui tenaient ici et l\u00e0, tels les S\u00e9n\u00e9galais de Tours, \u00e9taient des troupes \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, ils n&rsquo;ont plus pu comprendre pourquoi ils devaient rester asservis, la preuve \u00e9tant faite que c&rsquo;\u00e9taient eux d\u00e9sormais qui avaient le courage, et non pas leurs ma\u00eetres. On ne peut rester soumis qu&rsquo;envers ceux que l&rsquo;on respecte. Apr\u00e8s 40, il n&rsquo;\u00e9tait plus possible pour l&rsquo;Africain de respecter le Fran\u00e7ais. D&rsquo;o\u00f9, au lendemain de la guerre, la mont\u00e9e en fl\u00e8che du sentiment national et l&#8217;emploi, d\u00e9sormais, des \u00ab grands moyens \u00bb. Le diable m\u00eame a, comme l&rsquo;on sait, son utilit\u00e9. L&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;Hitler aura \u00e9t\u00e9 de renforcer le sentiment de confiance en eux-m\u00eames des peuples soumis \u00e0 la domination fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout changement dans les rapports entre les hommes, que ce soit entre des classes ou entre des peuples, est d\u00fb, d&rsquo;une part, \u00e0 l&rsquo;affaiblissement du groupe jusqu&rsquo;alors pr\u00e9dominant, et, d&rsquo;autre part, au renforcement de la conscience et de la volont\u00e9 dans le groupe jusque-l\u00e0 domin\u00e9. Ce dernier facteur est le facteur primordial en l&rsquo;absence duquel rien ne se produit, mais ses effets se font sentir d&rsquo;autant plus vite que le premier facteur se manifeste davantage. C&rsquo;est \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence fran\u00e7aise qu&rsquo;est due la rapidit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution du rapport des forces en Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>R. LOUZON.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Des rectifications de fronti\u00e8res du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Italie, de la Gr\u00e8ce ou de quelque autre voisin ne sont pas de l&rsquo; \u00ab expansionnisme \u00bb au sens o\u00f9 il faut entendre ce mot quand on parle de la Russie ou de la Chine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Robert Louzon paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, 23e ann\u00e9e, No 387, Nouvelle s\u00e9rie n\u00b0 86, septembre 1954, p. 18-21 La grande bataille, qui est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques de ce milieu du XXe si\u00e8cle, entre les peuples colonis\u00e9s et les Etats colonisants, vient d&rsquo;enregistrer en ces derniers mois, presque simultan\u00e9ment, deux victoires des colonis\u00e9s [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[34,138,374,457,5575,559,571,658,3103,1148],"class_list":["post-24109","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-34","tag-anticolonialisme","tag-egypte","tag-france","tag-guatemala","tag-indochine","tag-iran","tag-la-revolution-proletarienne","tag-robert-louzon","tag-tunisie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6gR","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":16353,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/06\/07\/jean-cavignac-sur-le-probleme-algerien-2\/","url_meta":{"origin":24109,"position":0},"title":"Jean Cavignac : Sur le probl\u00e8me alg\u00e9rien (2)","author":"SiNedjib","date":"07\/06\/2022","format":false,"excerpt":"Lettre de Jean Cavignac adress\u00e9e \u00e0 Robert Louzon, parue dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 172 (473), juin 1962, p. 21-22 De J. CAVIGNAC, de Paris, cette lettre adress\u00e9e \u00e0 Louzon : Je vous avais d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 que je n'\u00e9tais pas d'accord avec vous pour une \u00e9vacuation de l'arm\u00e9e fran\u00e7aise qui\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]},{"id":15745,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/03\/09\/jean-cavignac-sur-le-probleme-algerien\/","url_meta":{"origin":24109,"position":1},"title":"Jean Cavignac : Sur le probl\u00e8me alg\u00e9rien","author":"SiNedjib","date":"09\/03\/2022","format":false,"excerpt":"Lettre de Jean Cavignac adress\u00e9e \u00e0 Robert Louzon, parue dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 169 (470), mars 1962, p. 12 De J. CAVIGNAC (Paris), cette lettre adress\u00e9e \u00e0 Louzon : J'ai re\u00e7u avec plaisir le num\u00e9ro que la R.P. m'a gracieusement envoy\u00e9. 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P. \u00bb de juillet-ao\u00fbt 1959, le camarade Louzon a publi\u00e9 un article sous le titre \"Requ\u00eate \u00e0 Messali Hadj\". 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