{"id":24122,"date":"2024-09-07T10:58:39","date_gmt":"2024-09-07T08:58:39","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=24122"},"modified":"2024-09-07T10:58:39","modified_gmt":"2024-09-07T08:58:39","slug":"camus-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/09\/07\/camus-8\/","title":{"rendered":"Albert Camus : Nous ne serons jamais pour le socialisme des camps de concentration !"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Tribune d&rsquo;<a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article18516\">Albert Camus<\/a> parue dans <em><a href=\"https:\/\/www.retronews.fr\/journal\/la-gauche\/01-oct-1948\/1115\/2914087\/1\">La Gauche<\/a><\/em>, n\u00b0 7, octobre 1948, p. 1-2<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"430\" height=\"592\" data-attachment-id=\"24123\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/09\/07\/camus-8\/la-gauche-1er-octobre-1948\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?fit=430%2C592&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"430,592\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La-Gauche-1er-octobre-1948\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?fit=218%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?fit=430%2C592&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?resize=430%2C592&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-24123\" style=\"width:334px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?w=430&amp;ssl=1 430w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/La-Gauche-1er-octobre-1948.png?resize=218%2C300&amp;ssl=1 218w\" sizes=\"auto, (max-width: 430px) 100vw, 430px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-normal-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><em>NOUS l&rsquo;avons dit et c&rsquo;est notre fiert\u00e9 : Le R.D.R. entend \u00eatre le r\u00e9gulateur de la vie d\u00e9mocratique en France, le forum de toute la pens\u00e9e libre et r\u00e9volutionnaire. C&rsquo;est dans cet esprit qu&rsquo;il accueille fraternellement ce bel article de notre ami l&rsquo;\u00e9crivain et auteur dramatique Albert Camus, par lequel l&rsquo;auteur de <\/em>La Peste <em>entend clore un dialogue qu&rsquo;il eut avec M. Emmanuel d&rsquo;Astier de la Vigerie, d\u00e9put\u00e9 de l&rsquo;U.R.R., apparent\u00e9 au P.C.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>A la suite d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;articles de Camus parus dans Combat, sous le titre : <\/em>Ni victimes, ni bourreaux<em>,<\/em> <em>M. d&rsquo;Astier avait r\u00e9pondu \u00e0 Camus dans la revue <\/em>Caliban<em>, qui ins\u00e9ra ensuite une r\u00e9plique de Camus. M. d&rsquo;Astier poursuit ce dialogue dans Action, en t\u00e9moignant de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e9troite avec les aspects les plus discutables du socialisme c\u00e9sarien, et dans un tour fort pol\u00e9mique vis-\u00e0-vis d&rsquo;Albert Camus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Camus n&rsquo;avait pu trouver jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent aucun journal de son choix pour publier sa derni\u00e8re r\u00e9ponse. Les probl\u00e8mes soulev\u00e9s par ce dialogue sont tels qu&rsquo;il nous a paru, et qu&rsquo;il lui a paru, que le journal du R.D.R. pouvait et devait s&rsquo;en faire l&rsquo;\u00e9cho. La libert\u00e9 de l&rsquo;homme, le refus de la servitude et de la servilit\u00e9, la question de la fin et des moyens : autant de questions qui pr\u00e9occupent les meilleurs esprits de ce temps et tous les travailleurs, autant de probl\u00e8mes qui ne sont pas r\u00e9solus par l&rsquo;ob\u00e9issance passive et les \u00ab hors de l&rsquo;Eglise point de salut \u00bb. C&rsquo;est donc, avec toute notre sympathie pour l&rsquo;homme, son \u0153uvre et sa pens\u00e9e que, \u00e0 cette libre tribune de <\/em>la Gauche<em>, nous donnons, aujourd&rsquo;hui, la parole \u00e0 Albert Camus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Georges ALTMAN.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>R\u00e9ponse \u00e0 M. E. d&rsquo;Astier de la Vigerie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>MA<\/strong> seconde r\u00e9ponse sera la derni\u00e8re. Il y a dans votre long article un ton qui me force \u00e0 abr\u00e9ger. Mais je dois encore quelques \u00e9claircissements :<\/p>\n\n\n\n<p>1\u00b0 J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contraint de vous signaler que je suis n\u00e9 dans une famille ouvri\u00e8re. Ce n&rsquo;est pas un argument (je n&rsquo;en ai jamais us\u00e9 jusqu&rsquo;ici). C&rsquo;est une rectification. Tant de fois, la feuille o\u00f9 vous m&rsquo;avez r\u00e9pondu, et celles qui essayent de rivaliser avec elle dans le mensonge, m&rsquo;ont pr\u00e9sent\u00e9 comme fils de bourgeois, qu&rsquo;il faut bien, <em>une fois au moins<\/em>, que je rappelle que la plupart d&rsquo;entre vous, intellectuels communistes, n&rsquo;ont aucune exp\u00e9rience de la condition prol\u00e9tarienne et que vous \u00eates mal venus de nous traiter de r\u00eaveurs ignorant des r\u00e9alit\u00e9s. Ce n&rsquo;est pas moi qui suis en cause, c&rsquo;est un argument de pol\u00e9mique g\u00e9n\u00e9rale dont il faut faire justice une bonne fois. Votre pudeur a donc eu tort de s&rsquo;en offenser.<\/p>\n\n\n\n<p>2\u00b0 Il y aurait eu et il y a de l&rsquo;impudeur au contraire \u00e0 \u00e9taler ses services dans la r\u00e9sistance. On n&rsquo;a pas le m\u00e9rite de sa naissance, on a celui de ses actions. Mais il faut savoir se taire sur elles pour que le m\u00e9rite soit entier. Pour \u00eatre plus bref, le genre ancien combattant n&rsquo;est pas le mien. Je ne vous suivrai donc pas dans la comparaison que vous faites entre nous. Je la trouve l\u00e9g\u00e8rement calomnieuse, bien entendu, mais vous n&rsquo;attendez pas que je me justifie. Pour vous mettre \u00e0 l&rsquo;aise, au contraire, je ne ferai pas de difficult\u00e9 \u00e0 vous laisser le grade sup\u00e9rieur dans une aventure o\u00f9 vous me permettrez cependant de me reconna\u00eetre celui de 2e classe qui a toujours \u00e9t\u00e9 le mien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dans tous les cas, ne faites pas semblant de croire qu&rsquo;en \u00e9crivant que \u00ab j&rsquo;avais horreur de ceux dont les paroles vont plus loin que les actes \u00bb, j&rsquo;aie voulu contester votre action. Encore une fois, c&rsquo;est un argument dont je suis incapable. Et le contexte de la phrase le prouve bien. Elle signifie seulement, et c&rsquo;est assez, que j&rsquo;ai horreur de ces intellectuels et de ces journalistes, avec qui vous vous solidarisez qui demandent ou approuvent des ex\u00e9cutions capitales, mais qui comptent sur d&rsquo;autres pour faire la besogne.<\/p>\n\n\n\n<p>3\u00b0 Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;\u00e9quivoque \u00e0 vous faire dire ce que disent vos amis communistes. Il y en avait si peu que vous \u00e9crivez : \u00ab J&rsquo;admets ma complicit\u00e9 avec le Parti communiste fran\u00e7ais \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>4\u00b0 Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;estime pour la fa\u00e7on dont vous r\u00e9pondez \u00e0 ma question sur le droit d&rsquo;opposition. \u00ab Avouez, vous disais-je, que, dans votre syst\u00e8me, un ouvrier opposant ne s&rsquo;imagine pas plus qu&rsquo;un intellectuel dissident. \u00bb Vous savez bien que cela est vrai, et la simple honn\u00eatet\u00e9 commandait votre aveu. Vous me r\u00e9pondez au contraire que la notion d&rsquo;opposition n&rsquo;est pas claire. Il faut croire qu&rsquo;il est bien difficile de contester publiquement \u00e0 un ouvrier son pouvoir d&rsquo;opposition et je me r\u00e9jouis de l&rsquo;hommage indirect que vous rendez ainsi au prol\u00e9taire fran\u00e7ais. Mais il n&#8217;emp\u00eache que cette r\u00e9ponse est une duperie. On vient d&rsquo;ex\u00e9cuter en Roumanie sept oppositionnels sous l&rsquo;\u00e9tiquette, d\u00e9j\u00e0 connue, de \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb. Essayez donc d&rsquo;expliquer \u00e0 leur famille, \u00e0 leurs amis, aux hommes libres qui ont appris la nouvelle, que la notion d&rsquo;opposition n&rsquo;est pas bien d\u00e9finie en Roumanie.<\/p>\n\n\n\n<p>5\u00b0 Puisque vous y tenez, et sans m&rsquo;\u00e9tendre autant que je le voudrais, je vais vous donner un bon exemple de violence l\u00e9gitim\u00e9e : les camps de concentration et l&rsquo;utilisation comme main-d&rsquo;\u0153uvre des d\u00e9port\u00e9s politiques. Les camps faisaient partie de l&rsquo;appareil d&rsquo;Etat, en Allemagne. Ils font partie de l&rsquo;appareil d&rsquo;Etat, en Russie sovi\u00e9tique, vous ne pouvez l&rsquo;ignorer. Dans ce dernier cas, ils sont justifi\u00e9s, para\u00eet-il, par la n\u00e9cessit\u00e9 historique. Ce que j&rsquo;ai voulu dire est assez simple. Les camps ne me paraissent avoir aucune des excuses que peuvent pr\u00e9senter les violences provisoires d&rsquo;une insurrection. Il n&rsquo;y a pas de raison au monde, historique ou non, progressive ou r\u00e9actionnaire, qui puisse me faire accepter le fait concentrationnaire. J&rsquo;ai simplement propos\u00e9 que les socialistes refusent d&rsquo;avance et en toutes occasions, le camp de concentration comme moyen de gouvernement. Sur ce point, vous avez la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>6\u00b0 Je continue \u00e0 penser que ce que nous avons entendu jusqu&rsquo;ici par r\u00e9volution ne peut triompher aujourd&rsquo;hui que par les voies de la guerre. Vous me donnez la Tch\u00e9coslovaquie en exemple. Ce que vous appelez la r\u00e9volution de Prague est d&rsquo;abord un alignement de politique \u00e9trang\u00e8re qui nous a rapproch\u00e9s consid\u00e9rablement de la guerre. Elle justifie mon point de vue. Entre temps, l&rsquo;aventure yougoslave vous aura sans doute \u00e9clair\u00e9 sur les possibilit\u00e9s que gardent Gottwald et les dirigeants tch\u00e8ques de faire passer au premier plan des questions qui soient purement int\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>LA<\/strong> seule chose qui me touche, parce qu&rsquo;elle est humaine et vraie, dans votre r\u00e9ponse sur ce point, c&rsquo;est l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 vous vous sentez de c\u00e9der au chantage de la guerre. Ne me croyez pas tout \u00e0 fait aveugle sur ce point : j&rsquo;y ai r\u00e9fl\u00e9chi. Mais il y a aussi un chantage \u00e0 la r\u00e9volution qu&rsquo;on se fait souvent \u00e0 soi-m\u00eame. Je propose de ne pas appuyer la surench\u00e8re r\u00e9ciproque \u00e0 laquelle se livrent les deux empires. La bonne mani\u00e8re de ne pas c\u00e9der au chantage n&rsquo;est ni dans le d\u00e9faitisme, ni dans l&rsquo;obstination aveugle. Elle est dans la lutte contre la guerre et pour l&rsquo;organisation internationale. Au bout de ce long effort, le mot de r\u00e9volution reprendra son sens. Mais pas avant. C&rsquo;est pourquoi je continue de consid\u00e9rer que seuls les monuments pour la paix et les conceptions f\u00e9d\u00e9ralistes r\u00e9sistent efficacement \u00e0 ce chantage. Et quand vous ironiserez \u00e0 nouveau, avec quelques autres, sur des buts si lointains, je vous laisserai dire : on ne nous a rien offert d&rsquo;autre \u00e0 choisir, sinon un faux lib\u00e9ralisme dont nous avons le d\u00e9go\u00fbt et le socialisme concentrationnaire dont vous vous faites le serviteur. L&rsquo;espoir est de notre c\u00f4t\u00e9, quoique vous en ayez.<\/p>\n\n\n\n<p>7\u00b0 Je reprendrai enfin la proposition que vous me faites. Vous croyez m&#8217;embarrasser en m&rsquo;invitant \u00e0 envoyer une lettre ouverte \u00e0 la presse am\u00e9ricaine pour protester contre la complicit\u00e9 directe ou indirecte des Etats-Unis dans les r\u00e9centes ex\u00e9cutions grecques. Ceci me console un peu, car c&rsquo;est la preuve que vous ignorez ma v\u00e9ritable position. Vous ne pouvez pas savoir d&rsquo;ailleurs que j&rsquo;ai pris parti sur ce cas pr\u00e9cis en Angleterre, il y a quelques semaines, et, sur des cas semblables, en Am\u00e9rique, il y a deux ans, au cours de conf\u00e9rences publiques. C&rsquo;est pourquoi je ne vais pas avoir de peine \u00e0 vous r\u00e9pondre : je tiens cette lettre \u00e0 votre disposition. J&rsquo;y ajouterai une protestation motiv\u00e9e sur ce qui est le vrai crime contre la conscience europ\u00e9enne : le maintien de Franco en Espagne. Je vous donne carte blanche pour la publication de cette lettre, \u00e0 une seule condition que vous estimerez l\u00e9gitime, je l&rsquo;esp\u00e8re. Vous \u00e9crirez de votre c\u00f4t\u00e9 une lettre ouverte, non pas \u00e0 la presse sovi\u00e9tique qui, elle, ne la publierait pas, mais \u00e0 la presse fran\u00e7aise. Vous y prendrez position contre le syst\u00e8me concentrationnaire et l&rsquo;utilisation de la main-d&rsquo;\u0153uvre de d\u00e9port\u00e9s. Par esprit de r\u00e9ciprocit\u00e9, vous demanderez en m\u00eame temps la lib\u00e9ration inconditionnelle de ces r\u00e9publicains espagnols, encore intern\u00e9s en Russie sovi\u00e9tique, et dont votre camarade Courtade a cru pouvoir se faire l&rsquo;insulteur, oublieux de ce que demeurent ces hommes pour nous tous, et ignorant sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;est pas digne de lacer leurs souliers. Rien de tout cela, il me semble, n&rsquo;est incompatible avec la vocation r\u00e9volutionnaire dont vous vous pr\u00e9valez. Et nous saurons alors si ce dialogue a \u00e9t\u00e9 inutile ou non. J&rsquo;aurais en effet d\u00e9nonc\u00e9 les maux qui vous indignent et vous n&rsquo;aurez pay\u00e9 cette satisfaction que par la d\u00e9nonciation de maux qui doivent vous r\u00e9volter au moins autant.<\/p>\n\n\n\n<p>Car je veux croire encore qu&rsquo;ils vous r\u00e9voltent. Et avant d&rsquo;en finir avec cette pol\u00e9mique, je ferai la seule chose que je puisse faire maintenant pour vous : je ne vous croirai pas. Je ne vous croirai pas lorsque vous dites que si les charniers revenaient malgr\u00e9 vous, vous aimeriez mieux avoir raison parmi eux que d&rsquo;avoir tort. C&rsquo;est une mani\u00e8re pourtant de ratifier ce que je vous ai dit dans ma premi\u00e8re r\u00e9ponse. Mais je pr\u00e9f\u00e8re m&rsquo;\u00eatre tromp\u00e9. Car il faut, pour afficher une si affreuse pr\u00e9tention, ou beaucoup d&rsquo;orgueil ou peu d&rsquo;imagination. Beaucoup d&rsquo;orgueil en effet. Car c&rsquo;est affirmer que la raison historique que vous avez choisi de servir vous parait la seule bonne et que l&rsquo;humanit\u00e9 ne peut \u00eatre sauv\u00e9e par rien d&rsquo;autre. Votre raison ou les charniers, voil\u00e0 l&rsquo;avenir que vous tracez. D\u00e9cid\u00e9ment, je suis plus optimiste que vous et je mettrai en cause votre imagination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>JE<\/strong> vais conclure. Vous d\u00e9daignez beaucoup de choses dans votre longue r\u00e9ponse. J&rsquo;accepte, pour ma part, quelques-uns de vos d\u00e9dains. Mon r\u00f4le, je le reconnais, n&rsquo;est pas de transformer le monde, ni l&rsquo;homme : je n&rsquo;ai pas assez de vertus, ni de lumi\u00e8res pour cela. Mais il est, peut-\u00eatre, de servir, \u00e0 ma place, les quelques valeurs sans lesquelles un monde, m\u00eame transform\u00e9, ne vaut pas la peine d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cu, sans lesquelles un homme, m\u00eame nouveau, ne vaudra pas d&rsquo;\u00eatre respect\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 ce que je veux vous dire avant de vous quitter : vous ne pouvez pas vous passer de ces valeurs, et vous les retrouverez, croyant les recr\u00e9er. On ne vit pas que de lutte et de haine. On ne meurt pas toujours les armes \u00e0 la main. Il y a l&rsquo;histoire et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des \u00eatres, la beaut\u00e9 naturelle. Ce sont l\u00e0 aussi des racines, que l&rsquo;histoire ignore, et l&rsquo;Europe parce qu&rsquo;elle les a perdues, est aujourd&rsquo;hui un d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous ai conc\u00e9d\u00e9 que les marxistes sont parfois la mauvaise conscience des lib\u00e9raux, qui en ont bien besoin. Mais les marxistes n&rsquo;ont-ils pas besoin de mauvaise conscience ? S&rsquo;ils n&rsquo;en ont pas besoin, personne au monde ne peut rien pour eux et nous connaitrons ensemble, pour finir, une d\u00e9faite que toute l&rsquo;Europe paiera du sang qui lui reste. S&rsquo;ils en ont besoin, qui la leur donnera sinon ces quelques hommes qui, sans se s\u00e9parer de l&rsquo;histoire, conscients de leurs limites, cherchent \u00e0 formuler comme ils le peuvent le malheur et l&rsquo;espoir de l&rsquo;Europe. Solitaires ! direz-vous avec m\u00e9pris. Peut-\u00eatre pour le moment. Mais vous seriez bien seuls sans ces solitaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tribune d&rsquo;Albert Camus parue dans La Gauche, n\u00b0 7, octobre 1948, p. 1-2 NOUS l&rsquo;avons dit et c&rsquo;est notre fiert\u00e9 : Le R.D.R. entend \u00eatre le r\u00e9gulateur de la vie d\u00e9mocratique en France, le forum de toute la pens\u00e9e libre et r\u00e9volutionnaire. 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