{"id":25095,"date":"2024-11-24T13:35:29","date_gmt":"2024-11-24T12:35:29","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25095"},"modified":"2024-11-24T13:35:29","modified_gmt":"2024-11-24T12:35:29","slug":"faure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/11\/24\/faure\/","title":{"rendered":"Maurice Faure : Villages de l&rsquo;Union fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Maurice Faure paru dans <em><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bd6t521253319\/f19.item\">L&rsquo;Observateur<\/a><\/em>, n\u00b0 171, 20 ao\u00fbt 1953, p. 19-20 <\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"475\" height=\"611\" data-attachment-id=\"25096\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/11\/24\/faure\/lobservateur-20-aout-1953\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?fit=475%2C611&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"475,611\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"L&amp;rsquo;Observateur 20 ao\u00fbt 1953\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?fit=233%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?fit=475%2C611&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?resize=475%2C611&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25096\" style=\"width:351px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?w=475&amp;ssl=1 475w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/LObservateur-20-aout-1953.jpg?resize=233%2C300&amp;ssl=1 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 475px) 100vw, 475px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>L&rsquo;ANNEE<\/strong> \u00e9coul\u00e9e a vu fleurir toute une litt\u00e9rature indig\u00e8ne d&rsquo;Afrique du Nord. Une pl\u00e9iade de jeunes auteurs, en des livres de qualit\u00e9 in\u00e9gale, mais tous attachants \u00e0 quelque \u00e9gard, ont fait la peinture d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, m\u0153urs et caract\u00e8res, ont pos\u00e9 les probl\u00e8mes qui les pr\u00e9occupent, eux et leurs fr\u00e8res de race, dans l&rsquo;ordre intellectuel, moral, social, politique. Mouloud Feraoun, auteur d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;un roman, <em>Le fils du pauvre<\/em>, s&rsquo;ajoute \u00e0 eux. Il est n\u00e9 et il a v\u00e9cu en Kabylie ; fils de fellah, il est actuellement directeur d&rsquo;\u00e9cole. <em>La terre et le sang<\/em> (1) est un t\u00e9moignage : simple, juste d&rsquo;accent. La vie d&rsquo;un village kabyle, le destin de ses habitants s&rsquo;y refl\u00e8tent.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Ce roman est \u00e0 placer pr\u00e8s de <em>la Colline oubli\u00e9e<\/em>, de Mouloud Mammeri, dont le r\u00e9cit \u00e9voque pareillement la vie d&rsquo;un village kabyle, la modeste existence d&rsquo;une population, ses soucis, ses divertissements, sa morale, son difficile \u00e9veil \u00e0 l&rsquo;occidentalisme. Il y a dans <em>la Colline oubli\u00e9e<\/em> une certaine brusquerie de style. Ici on observe de m\u00eame une mani\u00e8re de dire, moins alerte d&rsquo;ailleurs, qui parait gauche \u00e0 notre habitude des romans de technique objective. Le ton est fruste, les dialogues sont sagement \u00e9crits. Ce n&rsquo;est pas d\u00e9plaisant. On croit voir un de ces conteurs arabes, assis sur un coussin, dans une salle ouverte sur la rue, lisant des histoires \u00e0 un public en demi-cercle, jambes en tailleur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Colline oubli\u00e9e<\/em> accorde leur place au conflit entre la tradition islamique et l&rsquo;indiff\u00e9rence religieuse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;attitude des indig\u00e8nes devant cette guerre d&rsquo;Europe qui tuait leurs enfants, \u00e0 la fermentation communiste. <em>La terre et le sang<\/em> effleure \u00e0 peine ces questions, mais d&rsquo;une fa\u00e7on plus lente et plus attentive, nous fait p\u00e9n\u00e9trer peut-\u00eatre davantage au c\u0153ur des foyers kabyles. C&rsquo;est un drame d&rsquo;amour et de jalousie, pr\u00e9texte \u00e0 une minutieuse analyse de psychologie et de milieu.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Amer est parti jadis de son village, Ighil-Nezman. Il a travaill\u00e9 comme mineur dans le nord de la France. Il y a tu\u00e9 son oncle, dans un accident de mine, par un geste dont il n&rsquo;est pas responsable, mais dont quelques-uns de ses parents con\u00e7oivent le vague souci d&rsquo;une vengeance. Il a \u00e9pous\u00e9 une Fran\u00e7aise, et il revient, apr\u00e8s des ann\u00e9es. Sa femme n&rsquo;est qu&rsquo;une fille de m\u00e9diocre condition, peut-\u00eatre vulgaire, brave pourtant. Elle l&rsquo;aime et fait bon m\u00e9nage avec lui. Amer et Marie s&rsquo;installent chez la vieille m\u00e8re, Kamouma.<\/p>\n\n\n\n<p>Amer a \u00e9pargn\u00e9 un peu d&rsquo;argent. C&rsquo;est fort dr\u00f4le, et sans doute exactement observ\u00e9, l&rsquo;accueil qu&rsquo;il re\u00e7oit, cordial, mais comme r\u00e9serv\u00e9 dans l&rsquo;attente de la r\u00e9v\u00e9lation &#8211; est-il riche, ou pas ? &#8211; qui donnera la mesure de la consid\u00e9ration \u00e0 laquelle il a droit. Fort dr\u00f4le aussi, l&rsquo;accueil fait \u00e0 Marie. Elle impose, parce que Fran\u00e7aise. On ne s&rsquo;interroge gu\u00e8re sur son pass\u00e9, sur sa condition. Fran\u00e7aise, cela suffit pour \u00e9tonner, pour inspirer une sorte de respect : elle a des meubles, des robes. \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb devient son nom, comme d&rsquo;une altesse aux grands si\u00e8cles. Les femmes se pr\u00e9cipitent chez elle, timides et curieuses, pour la regarder, l&rsquo;\u00e9couter, contempler ce luxe : un matelas, de la vaisselle. Elles, l&rsquo;adopteront, lieront amiti\u00e9 avec elle. Sa belle-m\u00e8re s&rsquo;entendra avec elle. C&rsquo;est qu&rsquo;elle est assez simple pour s&rsquo;adapter : \u00e0 vrai dire, \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb est heureuse plus qu&rsquo;en France.<\/p>\n\n\n\n<p>En France elle \u00e9tait moins que rien, tout \u00e9tait dur et hostile. Ici elle est un personnage, et l&rsquo;existence est ais\u00e9e. Les hommes la regardent \u00e0 la fois avec admiration et avec g\u00eane. Cette libert\u00e9 des Fran\u00e7aises qui sortent en public n&rsquo;est pas digne \u00e0 leurs yeux : une femme reste avec les femmes, ne se montre pas. Ils envient Amer et le bl\u00e2ment en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<p>La vendetta c\u00e8de devant l&rsquo;amiti\u00e9 du sang. Amer renoue avec tous les siens. L&rsquo;\u00e9vocation est int\u00e9ressante de ces rapports familiaux, de ces liens de clan qui persistent malgr\u00e9 toutes les querelles, malgr\u00e9 les batailles. Chaque famille de telle m\u00eame tribu habite en une des maisons rang\u00e9es derri\u00e8re un haut mur commun : on entend parfois des coups et des cris. Mais quand le chef de la tribu ouvre la porte, c&rsquo;est pour g\u00e9mir sur la turbulence des enfants. Mouloud Feraoun ne manque pas d&rsquo;humour.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie est simple au village. Les besoins sont modestes. Le travail est assez dur, sur une terre ingrate. La mis\u00e8re est grande. L&rsquo;hospitalit\u00e9, l&rsquo;entraide, la charit\u00e9 secourent les plus mis\u00e9rables. Sous le couvert de cette mutualit\u00e9 fraternelle, que de haines cependant, de jalousies, de m\u00e9chancet\u00e9s, de d\u00e9nigrements et de m\u00e9disances ! C&rsquo;est la vie de province en France, mais plus cordiale et plus \u00e2pre encore, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exag\u00e9ration tragi-comique.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cousin d&rsquo;Amer est mari\u00e9 \u00e0 Chabha, qui n&rsquo;a pas d&rsquo;enfant. <em>La Colline oubli\u00e9e<\/em> prend pour l&rsquo;un de ses th\u00e8mes celui de la femme st\u00e9rile. C&rsquo;est une terrible mal\u00e9diction que la st\u00e9rilit\u00e9 dans ces pays. La femme st\u00e9rile est expos\u00e9e aux plus cruelles humiliations et \u00e0 la r\u00e9pudiation. Il n&rsquo;est pas de d\u00e9marche \u00e0 laquelle elle ne se soumette pour obtenir du ciel le fils souhait\u00e9 : pratiques de magie, visites \u00e0 quelque marabout, p\u00e8lerinages, promesses et offrandes. Quand rien n&rsquo;y fait. le concubinage est un recours possible : l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des deux femmes sera la victime.<\/p>\n\n\n\n<p>La st\u00e9rilit\u00e9 de Chabha est l&rsquo;origine du drame. Sa m\u00e8re et la m\u00e8re d&rsquo;Amer, complices, man\u0153uvrent pour faire d&rsquo;Amer l&rsquo;amant de Chabha ; peut-\u00eatre le ciel sera-t-il propice. Mais l&rsquo;amour na\u00eet et grandit entre Amer et Chabha. Leurs rencontres, furtives et passionn\u00e9es, deviennent vite sujet de comm\u00e9rages et de scandale. Ce qui nous vaut une belle sc\u00e8ne de dispute \u00e0 la fontaine, forum f\u00e9minin du village. Etranges nous paraissent les rapports sociaux entre hommes et femmes, singulier m\u00e9lange de pudeur et de hardiesse, de libert\u00e9 et de r\u00e9serve. L&rsquo;existence recluse des femmes n&#8217;emp\u00eache pas, \u00e0 l&rsquo;occasion, d&rsquo;audacieux adult\u00e8res. La passion br\u00fble Amer et Chabha de sensualit\u00e9 et de tendresse. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le mari silencieux, d\u00e9vor\u00e9 de jalousie, provoque un accident o\u00f9 Amer et lui-m\u00eame trouvent la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyons errer dans nos rues, \u00e9trangers, d\u00e9racin\u00e9s, ces \u00eatres que la pauvret\u00e9 arrache \u00e0 leur pays, qui esp\u00e8rent gagner chez nous de quoi vivre mieux. Nous leur attribuons avidit\u00e9, violence, sadisme, que sais-je ! Or c&rsquo;est leur humanit\u00e9, si proche de la n\u00f4tre, pareille \u00e0 la n\u00f4tre, que nous montre ce drame sombre, cont\u00e9 avec une simplicit\u00e9 qui n&rsquo;exclut pas le tragique v\u00e9ritable. Ils sont capables des m\u00eames sentiments qui font notre grandeur et notre mis\u00e8re, non seulement de la passion qui d\u00e9truit, mais de douceur, de chastet\u00e9, d&rsquo;ordre, d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, de courage.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>T\u00e9moignage aussi, le dernier roman de Jean Hougron. Ou du moins document. La fiction n&rsquo;y est qu&rsquo;un app\u00e2t de divertissement. Le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat du livre est de nous enseigner sur des r\u00e9alit\u00e9s lointaines que nous ne devrions pas ignorer. <em>Mort en fraude<\/em> (2) ou la vie au village dans l&rsquo;Indochine du Viet-Minh. Il est de lecture facile et attrayante. Le style n&rsquo;a pas de personnalit\u00e9, mais il est net et direct. Le dialogue sonne juste, en d\u00e9pit des artifices. La notation psychologique persuade.<\/p>\n\n\n\n<p>Mort en fraude est un roman d&rsquo;aventures. Il tient m\u00eame du roman policier en son exposition et en son d\u00e9nouement. Le h\u00e9ros, Pierre Horcier, est un gar\u00e7on qui va travailler \u00e0 Saigon dans une compagnie fran\u00e7aise. Victime de trafiquants de dollars, il est contraint, pour garder la vie sauve, de fuir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays. Une jeune m\u00e9tisse le conduit dans un de ces villages de rizi\u00e8re que contr\u00f4le le Vietminh et que la protection militaire fran\u00e7aise a d\u00fb abandonner.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exotisme abonde et le pittoresque est efficace. Bien des pages ne sont qu&rsquo;une description g\u00e9ographique de ces plats mar\u00e9cages de rizi\u00e8re, travers\u00e9s d&rsquo;\u00e9troites chauss\u00e9es, de ces mornes sites, de la flore et de la faune qui les peuplent. L&rsquo;auteur r\u00e9ussit parfaitement \u00e0 sugg\u00e9rer. L&rsquo;exotisme est un genre qui tend \u00e0 dispara\u00eetre. La photographie, le cin\u00e9ma sont des concurrents trop bien arm\u00e9s, en ce domaine qui rel\u00e8ve du reportage. Mais c&rsquo;est un genre de saveur quelque peu surann\u00e9e ; il poss\u00e8de la vertu que l&rsquo;imagination d\u00e9tient de visions moins pr\u00e9cises mais plus saisissantes parfois que les \u00ab choses vues \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus int\u00e9ressant, assur\u00e9ment, c&rsquo;est la vie m\u00eame du village, sa vie dans les conditions particuli\u00e8res que la situation politique et militaire lui impose. La mis\u00e8re y est affreuse. La faim, la maladie. la peur, la mort y r\u00e8gnent en souveraines, Huit cents habitants autrefois, il n&rsquo;en reste que deux cents. Inopin\u00e9ment surgissent les patrouilles vietminh : elles exigent des recrues, des vivres ; elles punissent, elles tuent ; elles \u00e9tablissent la terreur, la m\u00e9fiance, la d\u00e9lation, la torture, Plus de riz. Les rizi\u00e8res sont abandonn\u00e9es : plus de main-d&rsquo;\u0153uvre suffisante pour les travailler, plus de buffles pour les labourer, plus de grain pour les ensemencer. La fi\u00e8vre s&#8217;empare des corps d\u00e9charn\u00e9s, fait ses brutaux ravages. Pas de m\u00e9dicaments. Le village est isol\u00e9. Les voies d&rsquo;acc\u00e8s ne sont pas entretenues. On ne peut circuler que la nuit \u00e0 travers les marais, sous la menace de graves dangers : on est toujours suspect.<\/p>\n\n\n\n<p>Les indig\u00e8nes se nourrissent d&rsquo;herbes, de petits gibiers de hasard, de poisson. Ils vivent dans l&rsquo;inaction. J. Hougron donne autorit\u00e9 dans son village \u00e0 un chef et \u00e0 un vieillard, qui accorde l&rsquo;hospitalit\u00e9 au r\u00e9fugi\u00e9. Tous deux \u00e9taient autrefois en rapport avec les Fran\u00e7ais. Il reste en eux du respect et de l&rsquo;admiration \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Fran\u00e7ais, qui repr\u00e9sentent encore la puissance et la culture. Mais l&rsquo;ironie s&rsquo;y joint, qui prouve le sentiment qu&rsquo;ils ont de sa faiblesse. Pour la majeure partie de la population l&rsquo;hostilit\u00e9, le m\u00e9pris, la haine ne se cachent pas. A l&rsquo;\u00e9gard du Vietminh, c&rsquo;est ordinairement l&rsquo;indiff\u00e9rence en tant qu&rsquo;attitude politique (et cela ne saurait surprendre parmi ces populations rurales recul\u00e9es) et la peur en tant que r\u00e9action d&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Horcier s&rsquo;\u00e9meut de tant de mis\u00e8re. La piti\u00e9 le pousse \u00e0 l&rsquo;action. Il veut sauver ces pauvres gens, ranimer en eux la volont\u00e9 de vivre, le courage de lutter. Il partage la nourriture qu&rsquo;il se procure, il les incite \u00e0 reprendre le travail des rizi\u00e8res, il va chercher des rem\u00e8des pour les gu\u00e9rir de leur fi\u00e8vre. Au p\u00e9ril de ses jours, il prend contact avec les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, leur donne des renseignements sur la localisation des forces vietminh, afin de provoquer une exp\u00e9dition qui r\u00e9tablira dans la contr\u00e9e la s\u00e9curit\u00e9 du contr\u00f4le militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre d&rsquo;Indochine, quand nous consentons \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir, quand nous sortons d&rsquo;une paresseuse nonchalance et ne nous contentons pas d&rsquo;une impulsion sentimentale, reste trop devant notre pens\u00e9e une abstraction. Quelques rapides images de gu\u00e9rilla aux actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques, des articles de journaux discutant de faits g\u00e9n\u00e9raux, de positions id\u00e9ologiques, de larges int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, ce n&rsquo;est pas la r\u00e9alit\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 vivante. La r\u00e9alit\u00e9, ce sont des hommes qui souffrent, qui ont faim et qui meurent. Il importe que nous pensions aux \u00eatres, aux cr\u00e9atures humaines qu&rsquo;ils deviennent pour nous plus que des foules et des statistiques, des individus et des trag\u00e9dies.<\/p>\n\n\n\n<p>Horcier se d\u00e9fend de proposer une morale et une politique. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Il fallait que Vinh-Bao soit sauv\u00e9. Accessoirement, il faudrait peut-\u00eatre sauver la province tout enti\u00e8re, mais ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;accessoire. Un moyen seulement, pas une fin. Horcier se r\u00e9p\u00e9tait cela, parce qu&rsquo;il se voulait lucide et m\u00e9prisait ces gigantesques vues de l&rsquo;esprit qui voulaient embrasser un univers. Mais ce qu&rsquo;il ne savait pas, c&rsquo;est que tous les grands mystiques avaient commenc\u00e9 comme lui, et qu&rsquo;il faut convertir puis sauver un seul homme avant d&rsquo;en sauver des milliers d&rsquo;autres.\u00a0\u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Est-il si sur que tous les grands mystiques aient commenc\u00e9 ainsi ? N&rsquo;avaient-ils pas, avant tout commencement d&rsquo;action, une ardente foi, un ardent amour, une ardente pens\u00e9e, un vaste id\u00e9al et un ferme syst\u00e8me ? Ne tentaient-ils pas d&#8217;embrasser un univers ? Et puis, est-ce bien de mysticisme qu&rsquo;il s&rsquo;agit ici ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Maurice FAURE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Mouloud Feraoun : <em>La terre et le sang<\/em> (Editions du Seuil).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Jean Hougron : <em>Mort en fraude<\/em> (Domat, edit.),<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Maurice Faure paru dans L&rsquo;Observateur, n\u00b0 171, 20 ao\u00fbt 1953, p. 19-20 L&rsquo;ANNEE \u00e9coul\u00e9e a vu fleurir toute une litt\u00e9rature indig\u00e8ne d&rsquo;Afrique du Nord. 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