{"id":25445,"date":"2024-12-18T13:58:07","date_gmt":"2024-12-18T12:58:07","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25445"},"modified":"2024-12-18T14:02:42","modified_gmt":"2024-12-18T13:02:42","slug":"litteratures-algeriennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/18\/litteratures-algeriennes\/","title":{"rendered":"Litt\u00e9ratures alg\u00e9riennes"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Textes de Mohammed El-Gharbi et de Michel Parfenov parus dans <em><a href=\"https:\/\/pandor.u-bourgogne.fr\/archives-en-ligne\/functions\/ead\/detached\/NC\/NC_1959_02_n103.pdf\">La Nouvelle Critique<\/a><\/em>, 11e ann\u00e9e, n\u00b0 103, f\u00e9vrier 1959, p. 132-143<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"453\" height=\"792\" data-attachment-id=\"25458\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/18\/litteratures-algeriennes\/la-nouvelle-critique-fevrier-1959\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?fit=453%2C792&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"453,792\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La Nouvelle Critique f\u00e9vrier 1959\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?fit=172%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?fit=453%2C792&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?resize=453%2C792&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25458\" style=\"width:281px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?w=453&amp;ssl=1 453w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-fevrier-1959.jpg?resize=172%2C300&amp;ssl=1 172w\" sizes=\"auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>Nous pr\u00e9sentons sous le m\u00eame titre deux textes. Le premier est constitu\u00e9 d\u2019importants extraits de l\u2019intervention prononc\u00e9e par Mohammed el-Gharbi, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 alg\u00e9rien \u00e0 la Conf\u00e9rence des \u00e9crivains d\u2019Asie et d\u2019Afrique de Tachkent. Le second, de Michel Parfenov, constitue une \u00ab esquisse d\u2019une description critique de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne de langue fran\u00e7aise \u00bb. Le lecteur s\u2019\u00e9tonnera-t-il de l\u2019optique diff\u00e9rente des auteurs ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>Le premier combat pour le d\u00e9veloppement d\u2019une culture nationale alg\u00e9rienne dont la langue arabe est le moyen d\u2019expression <\/em>de masse<em>, le second approuve le combat du premier et dit en m\u00eame temps ce que la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne de langue fran\u00e7aise apporte aujourd&rsquo;hui au lecteur<\/em> <em>fran\u00e7ais pour la compr\u00e9hension du combat du peuple alg\u00e9rien. D\u2019o\u00f9 la diff\u00e9rence d\u2019accent. L\u2019important est que leur conclusion est identique ; \u00ab La culture arabe retrouvera tout son \u00e9panouissement, tout son rayonnement lorsque la langue maternelle des populations alg\u00e9riennes retrouvera toute sa place de langue nationale et qu\u2019elle sera enseign\u00e9e \u00e0 tous les degr\u00e9s. Une telle r\u00e9alisation n\u2019est possible que dans une Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante \u00bb (Mohammed el-Gharbi). \u00ab La langue fran\u00e7aise n\u2019a d&rsquo;avenir en Alg\u00e9rie que lav\u00e9e de l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8que imp\u00e9riale (\u2026) Entre le colonialisme et la France il faut choisir, car les deux termes s\u2019excluent l\u2019un l&rsquo;autre \u00bb (Michel Parfenov). Quelle place sera celle de la langue fran\u00e7aise dans l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante de demain ? Nul ne peut aujourd\u2019hui le dire. Ce qui est assur\u00e9 c&rsquo;est que la poursuite de la guerre menace essentiellement son avenir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les probl\u00e8mes pos\u00e9s par l\u2019existence d\u2019une langue nationale et de la langue impos\u00e9e par les colonisateurs sont parfois complexes. Bien que les probl\u00e8mes soient diff\u00e9rents s\u2019agissant de l&rsquo;Inde \u2014 il existe en Inde de nombreuses langues r\u00e9gionales \u2014 nous renvoyons les lecteurs que ces probl\u00e8mes pr\u00e9occupent \u00e0 une int\u00e9ressante \u00e9tude de A. Ghosh, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti communiste indien, publi\u00e9e dans le n\u00b0 7 (mai-juin 1950) de <\/em>Recherches internationales<em>, sous le titre \u00ab La politique linguistique de l&rsquo;Inde \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>INDEPENDANCE ET CULTURE.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(&#8230;) La culture, besoin naturel de tout individu a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e en tous temps et sous toutes les latitudes. Dans tous les pays, des monuments, des temples ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9s \u00e0 la gloire de la science, chaque peuple lui accorde une place de tout premier ordre, que ce soit sous les r\u00e9gimes monarchiques o\u00f9 les rois distribuaient des bourses \u00e0 pleines mains ou bien dans les pays de d\u00e9mocratie o\u00f9 une grosse partie du budget est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pays arabes et musulmans, eux aussi, lui ont r\u00e9serv\u00e9 une place de choix, ce qui leur a permis de donner au monde cette civilisation brillante \u00e0 laquelle l\u2019humanit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui doit un tribut de reconnaissance et ce, quoi qu&rsquo;en pensent certains \u00e9crivains comme Louis Bertrand qui appelait \u00ab pourriture arabe \u00bb la civilisation de nos anc\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026) Eug\u00e8ne Combes d\u00e9clarait, il y a plus de cent ans, devant le S\u00e9nat fran\u00e7ais : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab En 1850, l\u2019instruction \u00e9tait moins arri\u00e9r\u00e9e que ne l\u2019admettaient les pouvoirs publics fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie. On comptait plus de 2 mille \u00e9coles primaires, secondaires et sup\u00e9rieures sur le territoire de la R\u00e9gence. Des ma\u00eetres comp\u00e9tents instruisaient une jeunesse vigoureuse et pleine d\u2019ardeur pour les \u00e9tudes \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Poulard \u00e9crit dans son livre <em>L\u2019Enseignement des indig\u00e8nes d\u2019Alg\u00e9rie<\/em> : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Aux XIVe et XVe si\u00e8cles, l\u2019Alg\u00e9rie poss\u00e9dait des centres intellectuels brillants : philosophie, litt\u00e9rature, sciences, m\u00e9decine, astronomie \u00e9taient enseign\u00e9es par des ma\u00eetres \u00e9minents. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais jeta une perturbation profonde dans ce monde de penseurs et de lettr\u00e9s. La plupart des chaires furent abandonn\u00e9es par les savants qui les occupaient. Les disciples se dispers\u00e8rent. En plus de ces \u00e9coles, les Mosqu\u00e9es, qu\u2019on d\u00e9nombrait par milliers, dispensaient un enseignement en langue arabe en m\u00eame temps qu\u2019une instruction juridique.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende du colonisateur, l\u2019engouement pour la<br>culture existait en Alg\u00e9rie comme dans tous les pays arabes. Ce fait<br>rapport\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Paul Azan suffirait \u00e0 vous \u00e9difier : l\u2019Emir<br>Abd-El-Kader qui fut un grand po\u00e8te et un combattant illustre, contraint lors d\u2019une retraite d\u2019abandonner ses objets personnels refit, la nuit venue, le chemin de son repli et s\u2019arr\u00eata souvent, pour se pencher, les larmes<br>aux yeux, sur les pages d\u00e9chir\u00e9es des milliers de livres de sa biblioth\u00e8que, d\u00e9truits, calcin\u00e9s, jet\u00e9s aux quatre vents par ceux \u00e0 qui \u00e9taient venus occuper l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la conqu\u00eate, il y eut chez les nouveaux occupants deux courants d\u2019opinion, l\u2019un favorable et l\u2019autre hostile \u00e0 l\u2019enseignement des Alg\u00e9riens. Cette derni\u00e8re tendance l&#8217;emporta ; la motion vot\u00e9e par le Congr\u00e8s des colons est, \u00e0 ce sujet, significative : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Consid\u00e9rant que l\u2019instruction des Alg\u00e9riens fait courir \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie un v\u00e9ritable p\u00e9ril tant au point de vue \u00e9conomique qu\u2019au point de vue peuplement fran\u00e7ais, \u00e9met le v\u0153u que l\u2019enseignement primaire des Alg\u00e9riens soit supprim\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Certains cependant continu\u00e8rent de soutenir la premi\u00e8re tendance, non point dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des Alg\u00e9riens, mais parce qu\u2019ils pensaient que les \u00e9coles fran\u00e7aises \u00e9taient le meilleur moyen de d\u00e9pouiller le peuple alg\u00e9rien de sa personnalit\u00e9 et d\u2019exercer sur lui une influence beaucoup plus profonde que celle qu\u2019on pourrait exercer sur lui par la seule force. Et \u00e0 ce propos, le directeur de l\u2019Ecole normale d\u2019Alger \u00e9crivait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas par g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 que l\u2019universit\u00e9 veut r\u00e9pandre l\u2019enseignement en Kabylie, mais disons-le bien haut, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France ; ce seul int\u00e9r\u00eat, toujours pr\u00e9sent \u00e0 notre esprit, a donn\u00e9 \u00e0 notre enseignement son caract\u00e8re, \u00e0 nos ma\u00eetres leurs m\u00e9thodes et proc\u00e9d\u00e9s, \u00e0 nos programmes leurs formes actuelles. Il importe encore que les Alg\u00e9riens aient de notre Patrie l\u2019id\u00e9e la plus \u00e9lev\u00e9e et la plus pure ; nous donnerons donc \u00e0 nos \u00e9l\u00e8ves, par les le\u00e7ons appropri\u00e9es \u00e0 leur \u00e2ge et \u00e0 leur degr\u00e9 de culture, des notions sur la grandeur de la France, sur sa force militaire, sur sa richesse. Notre situation serait bien plus solide si les Alg\u00e9riens en arrivaient \u00e0 penser : \u00ab Les Fran\u00e7ais sont forts et g\u00e9n\u00e9reux. Ce sont les meilleurs ma\u00eetres que nous puissions avoir \u00bb. L\u2019\u00e9cole indig\u00e8ne dans sa forme actuelle, par sa double action bienfaisante, n\u2019est pas seulement un instrument de r\u00e9novation morale ; elle est surtout un instrument d&rsquo;autorit\u00e9 et un moyen d\u2019influence, \u2014 elle fera de nos sujets des membres tr\u00e8s utiles \u00e0 la colonie et de fid\u00e8les serviteurs de la France \u00bb. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Toute la politique suivie par la France en Alg\u00e9rie depuis 128 ans se trouve d\u00e9finie dans cette br\u00e8ve citation.<\/p>\n\n\n\n<p>Telles sont les intentions dans lesquelles l\u2019enseignement des Alg\u00e9riens a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u et organis\u00e9. Il ne s\u2019agissait pas de d\u00e9velopper une culture, de \u00ab civiliser \u00bb, mais de domestiquer, d\u2019enlever \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rien toute originalit\u00e9 pour en faire un \u00ab fid\u00e8le serviteur \u00bb. La langue maternelle des populations ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e langue \u00e9trang\u00e8re, la voie \u00e9tait largement ouverte \u00e0 une vaste entreprise de d\u00e9culturation et de d\u00e9personnalisation de tout un peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il \u00e9tonnant, d\u00e8s lors, que dans un pays de vieille civilisation arabe, le monde ne connaisse de ses \u00e9crivains que ceux d&rsquo;expression fran\u00e7aise ? Simone Weil disait avec raison : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Des gens \u00e0 qui l&rsquo;on enl\u00e8ve leur culture, ou bien restent sans culture, ou bien re\u00e7oivent des bribes de celles qu\u2019on veut bien leur communiquer \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La colonisation a dans une certaine mesure, et en partie seulement, atteint son objectif. Les \u00e9crivains alg\u00e9riens de ce que l\u2019on nomme en France, l\u2019Ecole litt\u00e9raire Nord-Africaine, sont, hormis Mohammed Dib et quelques rares autres, coup\u00e9s de leur peuple et r\u00e9agissent timidement devant la sanglante r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Il s\u2019agit souvent de petits-bourgeois ayant re\u00e7u une \u00e9ducation sp\u00e9cifiquement fran\u00e7aise, antipopulaire, antinationale et qui a fait d\u2019eux des hommes partag\u00e9s entre la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une culture et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une Patrie martyre. Ils ont pour la plupart choisi la premi\u00e8re solution qui ne comporte aucun risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le peuple alg\u00e9rien n\u2019est cependant pas demeur\u00e9 les bras crois\u00e9s et a r\u00e9agi devant cette vaste entreprise de d\u00e9personnalisation et de d\u00e9sagr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le lendemain de la premi\u00e8re guerre, se relevant lentement de l\u2019\u00e9tat de mis\u00e8re morale dans lequel il a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9, il entreprit de faire revivre sa culture et sa langue. A la fois pour pallier l\u2019extr\u00eame insuffisance des \u00e9coles fran\u00e7aises et pour se donner une instruction nationale, c\u2019est-\u00e0-dire strictement alg\u00e9rienne, mais puisant sa source dans le patrimoine commun arabe et islamique, il a, au prix des plus s\u00e9v\u00e8res privations, cr\u00e9\u00e9 un enseignement non-officiel dont les medersas couvraient tout le territoire national. Il dut engager une v\u00e9ritable lutte d\u2019usure avec l\u2019Administration fran\u00e7aise qui entravait par tous les moyens le d\u00e9veloppement de cet enseignement. Cependant, \u00e0 la veille de notre R\u00e9volution nationale, ces \u00e9coles, financ\u00e9es par les deniers du peuple, dispensaient notre culture \u00e0 plus de 40.000 gar\u00e7ons et fillettes. Aujourd\u2019hui, est-il utile de signaler que l\u2019occupant militaire a ferm\u00e9 toutes ces medersas quand il ne les a pas transform\u00e9es en casernes ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les promotions d\u2019\u00e9tudiants sortis de ces medersas et qui sont all\u00e9s achever leurs \u00e9tudes dans les universit\u00e9s de Tunis, de F\u00e8s ou du Caire qui, en pleine possession de la langue de leur pays et en communion de pens\u00e9e avec leur peuple, sont devenus les fervents d\u00e9fenseurs de notre langue nationale en m\u00eame temps que les chantres de l\u2019Alg\u00e9rie opprim\u00e9e. Ils sont dans toute l\u2019acception du mot ce qu\u2019on a coutume d\u2019appeler des \u00e9crivains nationaux. Les Alg\u00e9riens n\u2019oublieront jamais des hommes comme le Cheikh Belahed, le cheikh Benhadia, le cheikh Mohammed Laid, Moufdi Zakaria, Ridha Houhou, et tant d\u2019autres, parce qu\u2019ils savent le r\u00f4le qu\u2019ils ont jou\u00e9 dans le mouvement de lib\u00e9ration nationale, avant et apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la r\u00e9volution de novembre 1954. Ils sont \u00e0 ce titre des pr\u00e9curseurs, et les colonialistes ne pardonnent pas de telles attitudes intellectuelles. C\u2019est ainsi que Moufdi Zakaria, po\u00e8te connu et aim\u00e9 et qui est, entre autres, l\u2019auteur de notre hymne national se trouve pr\u00e9sentement incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de Barberousse, et que Ridha Houhou fut assassin\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 plus de trois ans.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026) La culture arabe retrouvera tout son \u00e9panouissement, tout son rayonnement lorsque la langue maternelle des populations alg\u00e9riennes retrouvera toute sa place comme langue nationale et qu\u2019elle sera enseign\u00e9e \u00e0 tous les degr\u00e9s. Une telle r\u00e9alisation n\u2019est possible que dans une Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. Et c\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles le peuple alg\u00e9rien unanime a d\u00e9cid\u00e9 de forcer le destin.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026) Dans cet ordre nouveau dont il faut b\u00e2ter l\u2019av\u00e8nement, les \u00e9crivains ont un r\u00f4le de premi\u00e8re importance \u00e0 jouer. Toutes les r\u00e9volutions, toutes les grandes \u0153uvres se font dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et avec la participation de tous. Les \u00e9crivains se doivent d\u2019assumer leurs responsabilit\u00e9s ; ils doivent, pour que leurs \u0153uvres soient utiles et pleinement humaines, tirer parti de toutes les exp\u00e9riences, les leurs et les autres ; toutes les autres, c\u2019est-\u00e0-dire celles de leurs peuples. Aussi, leurs \u00e9crits, pour s\u2019inscrire dans le sens du r\u00e9el et de l\u2019histoire, doivent t\u00e9moigner contre le racisme colonial, contre la mis\u00e8re que le colonialisme s\u00e8me, contre le sang qu\u2019il a r\u00e9pandu et qu\u2019il continue de r\u00e9pandre. Le silence, dit-on, est aussi une opinion. Dans le cas qui nous pr\u00e9occupe, le silence est une approbation. II est indigne d\u2019un \u00e9crivain, d\u2019un po\u00e8te, en un mot d\u2019un intellectuel v\u00e9ritable, d&rsquo;h\u00e9siter \u00e0 prendre position sur des probl\u00e8mes essentiels, de rester indiff\u00e9rent \u00e0 tout ce qui se construit ou se d\u00e9truit autour de lui ; ce qui \u00e9quivaut \u00e0 servir l\u2019erreur et l\u2019injustice. Cette attitude est, le plus souvent, celle adopt\u00e9e par la grande majorit\u00e9 des \u00e9crivains du monde dit libre qui se complaisent dans un acad\u00e9misme st\u00e9rile ou dans un conformisme complice, tel le Fran\u00e7ais Thierry Maulnier qui passe le plus clair de son temps \u00e0 faire l\u2019\u00e9loge du m\u00e9pris et l\u2019apologie de la torture. El puisque j\u2019en suis l\u00e0, je dirai quelques mots de l\u2019esprit qui doit pr\u00e9sider aux relations entre l\u00e9s peuples de l\u2019Occident et ceux des pays d\u2019Afrique et d\u2019Asie. L\u2019amour de ces derniers pour la Paix n\u2019a d\u2019\u00e9gal que leur farouche et in\u00e9branlable volont\u00e9 de vivre libres, ind\u00e9pendants et en bonne entente avec tous les autres peuples. Mais le colonisateur hollandais, anglais ou fran\u00e7ais, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019oppresseur en g\u00e9n\u00e9ral, doit r\u00e9apprendre \u00e0 aimer l\u2019homme, n\u2019importe quel homme, l\u2019Alg\u00e9rien de chez Renault ou le docker noir du port de Marseille. Il doit, pour ce faire, d\u00e9passer certains mythes et se d\u00e9partir de cette mentalit\u00e9 de petit blanc qui lui lait croire qu\u2019il est le Dieu lait homme. Les \u00e9crivains alg\u00e9riens pour leur part, r\u00e9solument attach\u00e9s aux principes de Bandoeng, ne sont pas de ceux qui ont cess\u00e9 de croire aux valeurs spirituelles et \u00e0 la vocation humaine. Mais le colonisateur, pour ce qui le concerne, pourra-t-il un jour retrouver la foi premi\u00e8re qu\u2019il avait en l&rsquo;humanit\u00e9 et qui lui permettrait de redevenir l\u2019homme authentique ? C\u2019est \u00e0 cette condition, et \u00e0 cette condition seulement, que nous pourrons \u00e9tablir avec lui, sur des bases nouvelles, des relations nouvelles d\u2019o\u00f9 la haine et la violence seront \u00e0 tout jamais bannies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>MOHAMMED EL-GHARBI.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>ESQUISSE D\u2019UNE DESCRIPTION CRITIQUE DE LA LITTERATURE ALGERIENNE DE LANGUE FRAN\u00c7AISE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, on a hauss\u00e9 le niveau de vie, les connaissances, l\u2019\u00e9tat sanitaire des compatriotes de M. Dib. On leur a appris \u00e0 \u00e9crire. Et ils se servent de leur plume pour le pire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit que cette sorte de roman \u2014 il y a des exceptions par bonheur \u2014 m\u2019est abominable (\u2026). Publications n\u00e9fastes. C\u2019est ici qu\u2019est l\u2019hypocrisie dans ces produits unilat\u00e9raux de la haine \u00bb (1).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qu\u2019\u00e9crivait M. Kemp rendant compte de <em>Au Caf\u00e9<\/em> de Mohammed Dib.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9chante critique mais dont l\u2019int\u00e9r\u00eat est de situer ce que Mohammed Abdelli a appel\u00e9 \u00ab La Nouvelle Litt\u00e9rature Alg\u00e9rienne \u00bb, caract\u00e9ris\u00e9e par le fait qu\u2019elle est d\u2019expression fran\u00e7aise. Et ce n\u2019est pas une caract\u00e9ristique mineure, puisque la langue fran\u00e7aise est venue germer sur cette terre arabe coll\u00e9e aux bottes des colons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1958, sur deux millions d\u2019enfants scolarisables, deux cent mille \u00e0 peine pouvaient aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise ; quarante mille seulement pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019enseignement arabe des medersas (2) et des oul\u00e9mas (3) qui, depuis la \u00ab R\u00e9volution \u00bb alg\u00e9rienne sont devenues des casernes quand elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites. Avant la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie, plus grande \u00e9tait la proportion des petits Alg\u00e9riens qui recevaient un enseignement dans leur langue maternelle. On comprend alors que l\u2019image d\u2019Abd-El-Kader, g\u00e9n\u00e9ral, philosophe, lettr\u00e9, revenant la nuit pour chercher ses livres et ramassant, les larmes aux yeux, les feuilles \u00e9parpill\u00e9s des livres d\u00e9chir\u00e9s de sa biblioth\u00e8que d\u00e9truite par les mercenaires fran\u00e7ais, soit bien plus pour les Alg\u00e9riens qu\u2019une image d\u2019Epinal. Jamais on ne dira assez que l\u2019analphab\u00e9tisme est pour l\u2019Alg\u00e9rien, le fruit de la colonisation, et le refus d\u2019enseigner la langue arabe un crime majeur, crime lucide, qui vise \u00e0 briser l&rsquo;\u00e2me du peuple alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on dire que \u00ab ces rives m\u00e9diterran\u00e9ennes habitu\u00e9es aux souffles altiers de l\u2019esprit, sur lesquelles ont fleuri l\u2019humanit\u00e9 de T\u00e9rence, la profondeur d\u2019Augustin, le g\u00e9nie d\u2019Hannibal, la paix d\u2019Abdelmoumen et la lumi\u00e8re d\u2019Ibn Kaldoun\u2026 \u00bb (4) renaissent ? Disons que pour le lecteur fran\u00e7ais elles commencent seulement \u00e0 affleurer. En 1952 paraissaient <em>La Colline oubli\u00e9e<\/em> (5) de Mouloud Mammeri, <em>La grande Maison<\/em> (6) de Mohammed Dib, <em>Le fils du Pauvre<\/em> (7) de Mouloud Feraoun, suivi en 1953 de <em>La terre et le sang<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant ces travaux, quelques \u00e9crits dus \u00e0 des musulmans alg\u00e9riens ont<br>paru, sous forme de nouvelles. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ils portaient tous plus ou moins une faute grave : ils \u00e9taient fortement entach\u00e9s d\u2019un certain complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 ; ils s\u2019ing\u00e9niaient surtout \u00e0 remuer la sensibilit\u00e9 du lecteur pour en tirer de la piti\u00e9 ou de la commis\u00e9ration. \u00bb (8)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les \u0153uvres de langue arabe de Noui Ouat, de Ridha Houhou, de Moufdi Zakaria sont importantes. Noui Ouat, po\u00e8te \u00e9l\u00e9giaque que les lecteurs de <em>El Basayer<\/em> (9) connaissent bien, Ridha Houhou connu pour <em>L\u2019Ane du sage<\/em>, et Zakaria, po\u00e8te estim\u00e9, auteur de ces vers :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>De nos montagnes s\u2019\u00e9l\u00e8ve<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La voix des hommes libres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui nous appelle \u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ind\u00e9pendance de notre Patrie\u2026<\/em> (10)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>que tous les Alg\u00e9riens savent chanter.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u0153uvres de ces auteurs auront un grand r\u00f4le \u00e0 jouer quand la culture arabe rena\u00eetra en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>La Nouvelle Litt\u00e9rature Alg\u00e9rienne est n\u00e9e en 1952 ; on peut se demander pourquoi. Les \u0153uvres de Mammeri, de Dib, de Yacine nous r\u00e9pondent. La Colline oubli\u00e9e, la trilogie de Dib, <em>La grande Maison<\/em>, <em>L\u2019Incendie<\/em>, <em>le M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em>, <em>Nedjma<\/em> (11) ont pour d\u00e9nominateur commun d\u2019\u00eatre situ\u00e9s pendant la guerre de 1939-1945.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre de 1939-1945, par son caract\u00e8re de lutte de lib\u00e9ration a eu une grande importance pour tous les pays coloniaux qui y particip\u00e8rent, et en particulier pour l\u2019Alg\u00e9rie. De cette guerre o\u00f9 les Alg\u00e9riens s\u2019\u00e9taient battus pour la libert\u00e9, la d\u00e9mocratie, on esp\u00e9rait beau coup. La r\u00e9pression du Constantinois et ce qui suivit brisa ces espoirs.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab D\u00e8s lors, \u00e9crit M. Abdelli (12), il y eut comme un repli sur soi. Et ce ne fut plus de l\u2019ext\u00e9rieur, mais surtout au-dedans, dans la masse de la r\u00e9alit\u00e9 alg\u00e9rienne qu\u2019il fallut chercher l\u2019ultime ressort capable de se tendre et de briser des formes du pass\u00e9. La Nouvelle Litt\u00e9rature Alg\u00e9rienne porte la marque de cet effort pour saisir dans sa totalit\u00e9 la masse du peuple alg\u00e9rien et lui donner d\u2019elle-m\u00eame une conscience qu&rsquo;elle n\u2019avait jamais eue sur le plan de la litt\u00e9rature \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>De ce \u00ab repli sur soi \u00bb devait na\u00eetre le sentiment de la personnalit\u00e9 alg\u00e9rienne qui s\u2019\u00e9panouira dans une conscience nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab repli sur soi \u00bb donne une peinture peu connue jusqu\u2019alors de la vie et des m\u0153urs, des pens\u00e9es, des sentiments et des aspirations du peuple alg\u00e9rien. Litt\u00e9rature r\u00e9aliste, elle \u00e9voque les probl\u00e8mes sociaux br\u00fblants, ceux du mariage, de la famille, mais surtout elle montre la formation d\u2019une conscience nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me guerre mondiale tient une grande place dans la Nouvelle Litt\u00e9rature Alg\u00e9rienne. C\u2019est un th\u00e8me constant, aussi constant que celui de la mis\u00e8re, de la faim ou, dans les romans situ\u00e9s \u00e0 la campagne celui de la st\u00e9rilit\u00e9 du couple ; mais un th\u00e8me domine tous les autres : celui du conflit de l&rsquo;ancien et du nouveau, pr\u00e9sent presque partout, m\u00eame s&rsquo;il est trait\u00e9 avec plus ou moins de profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>La Colline oubli\u00e9e<\/em> de Mouloud Mammeri, un grand espoir na\u00eet de la guerre, espoir irraisonn\u00e9, nuanc\u00e9 d\u2019aucune pens\u00e9e politique \u2014 mais bien vite la r\u00e9alit\u00e9 l\u2019emporte sur l\u2019espoir : c\u2019est le d\u00e9part des conscrits, et Mammeri a des accents tragiques pour le d\u00e9crire ; la mis\u00e8re qui s\u2019installe et qui ronge, le cort\u00e8ge des mendiants, les cadavres sur les routes. (Un docteur ouvrant le cadavre d\u2019un jeune homme trouv\u00e9 mort sur la route en extrait une botte d\u2019herbe). La mis\u00e8re, la faim sont pr\u00e9sentes sans que la guerre en soit la cause : un couple nous la fait d\u00e9couvrir. Deux autres couples \u00e9voquent le probl\u00e8me de la st\u00e9rilit\u00e9, probl\u00e8me complexe qui peut amener la s\u00e9paration de deux \u00eatres qui s&rsquo;aiment. S\u00e9paration voulue par la tradition, li\u00e9e \u00e0 l\u2019organisation sociale, qui introduit le th\u00e8me de la lutte de l\u2019ancien et du nouveau. Monde ferm\u00e9, monde ouvert ; conflit de deux g\u00e9n\u00e9rations, mais o\u00f9 le nouveau s\u2019ouvre sur le n\u00e9ant. N\u00e9ant d\u2019aspirations, de buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce th\u00e8me de l\u2019ancien et du nouveau qui traduit un ph\u00e9nom\u00e8ne social r\u00e9el, semble bien \u00eatre n\u00e9 de la guerre, puisque dans l\u2019\u0153uvre de Feraoun <em>La terre et le sang<\/em>, qui se passe avant la guerre, le th\u00e8me est absent, tandis qu&rsquo;il appara\u00eet dans Les chemins qui montent (13) dat\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>La terre et le sang<\/em> la mis\u00e8re et la faim sont fortement d\u00e9crites. La faim surtout : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab La faim ? Une vieille connaissance ; le proc\u00e9d\u00e9 est simple : il faut diminuer petit \u00e0 petit la ration de <em>belloul<\/em> ou de galette, m\u00e9langer beaucoup de son \u00e0 la farine, faire provision de glands pendant la saison\u2026 On peut r\u00e9ussir une galette avec deux tiers de glands et le reste d\u2019orge. Il y a aussi les je\u00fbnes qu\u2019on peut multiplier \u00e0 loisir, qui plaisent tant au proph\u00e8te et vous font bien voir des gens pieux \u00bb. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le glissement qui conduit petit \u00e0 petit \u00e0 la sous-alimentation est fascinant chez Feraoun. Dans La terre et le sang nous retrouvons aussi le th\u00e8me de la st\u00e9rilit\u00e9. Cependant qu\u2019un th\u00e8me original appara\u00eet : celui de \u00ab l\u2019int\u00e9gration \u00e0 l&rsquo;envers \u00bb, celle d&rsquo;une Fran\u00e7aise. La formation de la conscience nationale est \u00e9voqu\u00e9e par deux g\u00e9n\u00e9rations. Si dans <em>La terre et le sang<\/em>, Amer, un des personnages centraux, a pour seules r\u00e9f\u00e9rences la terre et le sang, les r\u00e9f\u00e9rences de son fils Amer n\u2019Amer, dans <em>Chemins qui montent<\/em>, s\u2019\u00e9largissent jusqu\u2019\u00e0 la notion de la patrie alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de la lutte de l\u2019ancien et du nouveau, c\u2019est le sujet des <em>Impatients<\/em> (14) d\u2019Assia Djebar, mais trait\u00e9 dans une perspective f\u00e9ministe qui v\u00e9rifierait, s\u2019il en \u00e9tait besoin, les analyses pr\u00e9sent\u00e9es par Laclos dans son <em>Education des Femmes<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Il ne peut y avoir en r\u00e9gime colonial ni saint, ni h\u00e9ros, pas m\u00eame le modeste talent, que le colonialisme ne lib\u00e8re pas : il contraint, il n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas, il opprime ; il n\u2019exalte pas, il d\u00e9sesp\u00e8re et st\u00e9rilise ; il ne fait pas communier, il divise, il isole, emmure l\u2019homme dans une solitude sans espoir \u00bb, \u00e9crivait Mammeri (15).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Son \u0153uvre, celles de Feraoun, de Djebar traduisent bien cette pens\u00e9e. Mais les \u0153uvres de Dib, de Yacine, de Malek Haddad nous montrent des h\u00e9ros qui ont d\u00e9pass\u00e9 \u00ab la solitude sans espoir \u00bb parce qu\u2019ils sont entr\u00e9s en lutte contre le colonialisme. Parce que, pour eux, l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante est une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit de construire.<\/p>\n\n\n\n<p>Force nous est de voir les limites de Mammeri, de Djebar et, \u00e0 certains \u00e9gards, de Feraoun. Mais il est remarquable aussi de constater que les r\u00e9voltes individuelles, dans tous ces romans, sont in\u00e9luctablement vou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Les auteurs ont-ils senti que la solution des probl\u00e8mes ainsi \u00e9voqu\u00e9s n\u2019est possible que dans une r\u00e9volution sociale, r\u00e9volution que seule une Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante peut accomplir ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si chez Dib, chez Yacine on retrouve les hommes fleuris sous le r\u00e9gime colonial que sont \u00ab les combinards, les traficoteurs, les ren\u00e9gats, les \u00e9lus pr\u00e9fabriqu\u00e9s, les idiots de village, les m\u00e9diocres, les ambitieux sans envergure, les qu\u00e9mandeurs du bureau de tabac, les indicateurs de police, les maquereaux tristes, les tristes c\u0153urs \u00bb il y a place pour les hommes nouveaux. Et le d\u00e9bat de l\u2019ancien et du nouveau s\u2019\u00e9l\u00e8ve parce que les porteurs du nouveau sont des militants, ou des hommes lucides.<\/p>\n\n\n\n<p>La trilogie de Dib se situe entre 1939 et le d\u00e9barquement des Am\u00e9ricains en Afrique du Nord. Dans <em>La grande Maison<\/em>, premier volet de la trilogie, la guerre n\u2019est pas espoir mais stup\u00e9faction qui vide les rues de Tlemcen. Et la mis\u00e8re, la faim qui est comme l\u2019ombre de Dar Sbitar et d\u2019Omar le jeune h\u00e9ros de la Trilogie, s\u2019aggravent : c\u2019est le d\u00e9ferlement des mendiants sur Tlemcen, d\u00e9crit dans <em>le M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em>. Cette mis\u00e8re, ceux qui la subissent en cherchent les causes, luttent contre ceux qui la provoquent. C\u2019est la gr\u00e8ve des fellahs dans <em>l&rsquo;Incendie<\/em>, dirig\u00e9e par le militant communiste Hamid Saraj. Cette prise de conscience de la lutte n\u00e9cessaire contre le colonialisme se situe parall\u00e8lement \u00e0 la formation de la conscience nationale, les deux \u00e9l\u00e9ments s\u2019interf\u00e9rant et agissant l\u2019un sur l\u2019autre. Et c\u2019est bien <em>l&rsquo;Incendie<\/em>, roman \u00e9pique, gonfl\u00e9 comme une voile par le souffle lyrique de Dib, qui donne \u00e0 la trilogie son sens de roman national.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de la lutte de l\u2019ancien et du nouveau appara\u00eet dans <em>le M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em>, mais le nouveau, c\u2019est l\u2019espoir des hommes qui cherchent les voies de la lib\u00e9ration du peuple, de l\u2019Alg\u00e9rie. L\u2019espoir contre la lassitude ; et on sent dans ce dernier volet que l\u2019espoir a pris corps.<\/p>\n\n\n\n<p>La nation alg\u00e9rienne, l\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019est le sujet de <em>Nedjma<\/em> de Kateb Yacine. Ici c\u2019est l\u2019ali\u00e9nation qui porte t\u00e9moignage contre le colonialisme. Ali\u00e9nation de l\u2019Alg\u00e9rie, de l\u2019Alg\u00e9rien, de la libert\u00e9. Le roman c\u2019est la qu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie, qu\u2019on a pu comparer \u00e0 celle du Saint-Graal. Cette qu\u00eate s\u2019ach\u00e8ve quand Yacine nous d\u00e9crit ses personnages m\u00eal\u00e9s aux manifestations du 8 mai 1945. La nation alg\u00e9rienne devient une r\u00e9alit\u00e9. Et dans <em>le Cadavre encercl\u00e9<\/em> (16), trag\u00e9die lyrique, des hommes se battent pour la lib\u00e9rer. Dans cette trag\u00e9die Yacine traite aussi le th\u00e8me de l\u2019ancien et du nouveau, violemment, mais l\u00e0 encore, le nouveau c\u2019est un militant.<\/p>\n\n\n\n<p>Malek Haddad, revenant au roman, a donn\u00e9 cette ann\u00e9e <em>La Derni\u00e8re Impression<\/em>. Ce roman et la trag\u00e9die de Kateb Yacine nous concernent plus directement. Hormis l\u2019importance du <em>Cadavre encercl\u00e9<\/em> en tant qu\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale alg\u00e9rienne, ce que Malek Haddad a fort bien montr\u00e9 \u2014 \u00ab La tradition orale et l\u2019analphab\u00e9tisme dont je sais les causes me laissent esp\u00e9rer que le disque, la chanson, et surtout le th\u00e9\u00e2tre auront dans mon pays renou\u00e9 leur mot \u00e0 dire \u00bb (17) \u2014 la trag\u00e9die de Yacine et <em>La derni\u00e8re Impression<\/em> (18) nous concernent, parce qu\u2019elles sont situ\u00e9es dans l\u2019actualit\u00e9 douloureuse qui est la n\u00f4tre depuis le 1er novembre 1954. La pi\u00e8ce de Yacine ne l\u2019est pas explicitement, mais le son qu&rsquo;elle rend la situe justement. Elle nous concerne parce qu\u2019\u00e0 Marguerite, personnage de la pi\u00e8ce, fille d\u2019un commandant qui a recueilli et soign\u00e9 un militant bless\u00e9, il est dit ;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Elle tarde, elle a tant tard\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A rejoindre le camp des victimes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jamais je ne l\u2019aimerai<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais je l\u2019ai toujours regrett\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quant au livre de Malek Haddad, livre qui fait sauter les cloisons de la litt\u00e9rature pour se r\u00e9pandre dans la vie, il nous concerne parce qu\u2019il montre dans toute sa complexit\u00e9, dans toute son atrocit\u00e9 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie ; et comment ne pas se sentir concern\u00e9 quand Sa\u00efd, jeune ing\u00e9nieur alg\u00e9rien qui a rejoint le maquis, son fr\u00e8re et un groupe de r\u00e9sistants alg\u00e9riens sentent l\u2019\u00e9treinte de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise se resserrer irr\u00e9m\u00e9diablement sur eux, quand l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre les r\u00e9sistants sont tu\u00e9s. Malek Haddad \u00e9crit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ailleurs aussi, il peut \u00eatre quatre ou cinq heures de l\u2019apr\u00e8s-midi. Et dans une ville ou un village d\u2019ailleurs, c\u2019est l\u2019instant m\u00e9lancolique et charmant. Gis\u00e8le dans sa robe est belle, oh ! l\u00e0, l\u00e0, qu\u2019elle est belle (\u2026) Le petit bistrot du c\u00f4t\u00e9 de S\u00e8vres-Babylone sent bon le caf\u00e9. Le m\u00e9tro glisse comme un jouet d\u2019enfant. Dans un village, un \u00e9picier bavarde avec un client qui ne sait plus au juste quoi acheter (\u2026) A l\u2019instant o\u00f9 Gis\u00e8le ou Milidza ou Marjolaine s\u2019impatiente devant une statue, \u00e0 Constantine un condamn\u00e9 \u00e0 mort attend dans sa cellule. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mammeri, Dib, Feraoun, Yacine, Haddad, Djebar \u00e9crivent en fran\u00e7ais. Peut-on pour autant comparer cette d\u00e9marche \u00e0 celle d\u2019un Jos\u00e9-Luis de Villalonga, d&rsquo;un Coccioli (19) ? Coccioli \u00e9crit en fran\u00e7ais parce qu\u2019il \u00ab a soif de se faire entendre \u00bb et parce que le fran\u00e7ais lui semble \u00eatre la langue la plus ad\u00e9quate \u00e0 l\u2019expression litt\u00e9raire. Il s\u2019agit d\u2019un choix.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche des \u00e9crivains alg\u00e9riens est n\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9. Certains ne savent pas l\u2019arabe, d\u2019autres en connaissent trop peu pour pouvoir s\u2019exprimer correctement dans la langue qui est leur langue maternelle. Enfin, le manque de culture arabe est tel que l\u2019\u00e9crivain qui veut se faire entendre doit \u00e9crire en fran\u00e7ais. C\u2019est la condition d\u2019existence de l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien, tout au moins pr\u00e9sentement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce divorce, tous l\u2019ont ressenti ; M. Dib r\u00e9pondant \u00e0 R. Kemp \u00ab croyez-vous qu\u2019il m\u2019est indiff\u00e9rent que le fran\u00e7ais soit la langue dans laquelle j\u2019\u00e9cris ? \u00bb et Malek Haddad :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>P\u00e8re !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourquoi m&rsquo;as-tu priv\u00e9 des musiques charnelles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Vois ton fils<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>il apprend<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00e0 dire en d\u2019autre langue<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ces mots que je chantais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lorsque j&rsquo;\u00e9tais berger<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>et encore :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Oh ! mon Dieu, cette nuit, tant de nuit dans mes yeux<br>Maman se dit \u00ab Ya ma \u00bb et moi je dis \u00ab Ma m\u00e8re\u2026 \u00bb<\/em> (20)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et Aragon, \u00e9voquant ce drame du langage dans sa chronique qui saluait les deux premiers romans de Dib, \u00e9crivait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Nous comprenons ce drame de voir ce qui est leur h\u00e9ritage traduit (soulign\u00e9 par A.), perdant ses \u00e9chos int\u00e9rieurs, ou risquant de les perdre, ce qui est logique, la texture intime de l\u2019arabe, devenir de ce fait, en fran\u00e7ais, une sorte d\u2019<em>exotisme<\/em>. \u00bb (21)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il faut revenir sur ce douloureux divorce des \u00e9crivains alg\u00e9riens. Si la langue fran\u00e7aise est un moyen pour l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien, un outil, si ce moyen est rendu n\u00e9cessaire par l&rsquo;analphab\u00e9tisme et du fait de ce dernier, il l\u2019est aussi parce que la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne doit avoir audience aupr\u00e8s, comme le disait Aragon, <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab de la diversit\u00e9 des hommes et des femmes venus d\u2019Europe, qui s\u2019incorporent \u00e0 la nation alg\u00e9rienne, parce que leur travail est avec elle, contre les m\u00eames obstacles. Alg\u00e9riens en devenir, indispensables \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de tous, et avec lesquels il n\u2019y a pas de lien commun autre que le fran\u00e7ais \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Des \u00e9crivains, d\u2019origine europ\u00e9enne vivant en Alg\u00e9rie ont \u00e9crit. Camus, Robl\u00e8s, Moussy, Kr\u00e9a, Gildas-Andievski, et une litt\u00e9rature compar\u00e9e ne serait pas sans vertu. Exemple : <em>la Peste<\/em> et <em>la Grande Maison<\/em>, <em>le M\u00e9tier \u00e0 tisser <\/em>(22). Dans <em>la Peste<\/em>, on peut remarquer l\u2019absence d\u2019Alg\u00e9riens musulmans, cela m\u00eame parmi les pestif\u00e9r\u00e9s ; chez Dib, \u00e0 part les policiers qui viennent arr\u00eater Hamid Saraj, un Europ\u00e9en pour qui Omar porte un couffin, et une europ\u00e9enne dont le regard m\u00e9prisant met en col\u00e8re un jeune Alg\u00e9rien, il n\u2019y a pas de rapport avec des Europ\u00e9ens. Il faut donc conclure \u00e0 un cloisonnement, \u00e0 une s\u00e9paration des deux groupes humains\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La langue fran\u00e7aise n\u2019a d\u2019avenir durable en Alg\u00e9rie que lav\u00e9e de l\u2019\u00ab hypoth\u00e8que imp\u00e9riale \u00bb. Aragon \u00e9crivait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab J\u2019\u00e9prouve comme un gourd espoir que ce qu\u2019il y a de meilleur dans notre \u00e2me, avec cette langue que notre peuple a forg\u00e9e, pourra \u00eatre tout de m\u00eame une aide \u00e0 ces hommes d\u00e9chir\u00e9s.(\u2026) Tout cela qu\u2019il ne s\u2019agit pas de jeter par dessus bord. Mais de tourner contre l\u2019ennemi commun. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La guerre se continuant \u00e9largit le foss\u00e9 et rend de plus en plus pr\u00e9caire ce lien qui pouvait unir une Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante \u00e0 la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous \u00e9crivons que l\u2019aggravation de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie met en danger les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats nationaux fran\u00e7ais, c\u2019est aussi de l\u2019avenir de la langue fran\u00e7aise qu\u2019il est question. L\u2019avenir de notre langue en Alg\u00e9rie ne peut nous laisser indiff\u00e9rents. Encore une fois donc, entre le colonialisme et la France il faut choisir, car les deux termes s\u2019excluent l\u2019un l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;heure o\u00f9, plus que jamais, l\u2019effort de clarification du probl\u00e8me alg\u00e9rien est une n\u00e9cessit\u00e9 urgente, la Nouvelle Litt\u00e9rature Alg\u00e9rienne aide \u00e0 comprendre. Elle n\u2019explique pas tout, mais elle facilite notre t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Michel PARFENOV.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) <em>Nouvelles Litt\u00e9raires<\/em>, n\u00b0 1480.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Statut l\u00e9gal identique \u00e0 celui des \u00e9coles libres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) Fond\u00e9es par Ben Badis, les Oul\u00e9mas jou\u00e8rent un grand r\u00f4le quant \u00e0 la formation et l&rsquo;affirmation du nationalisme alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) Mouloud Mammeri, dans la revue <em>Entretiens<\/em>, 1957.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) Plon, Prix des Quatre Jurys.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(6) Le Seuil, Prix F\u00e9n\u00e9on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(7) Le Seuil, <em>La Terre et le Sang<\/em> a valu \u00e0 Feraoun le Prix Populiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(8) Mohammed Abdelli, <em>Les Lettres fran\u00e7aises<\/em> du 8 au 15 mars 1956.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(9) Organe des Oul\u00e9mas, interdit depuis le ralliement des Oul\u00e9mas au F.L.N.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(10) Hymne national alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(11)<em> Le M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em> et <em>Nedjma<\/em>, aux Editions du Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(12)<em> Les Lettres fran\u00e7aises<\/em> du 8 au 15 mars 1956.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(13) Le Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(14) Julliard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(15) <em>Entretiens<\/em>, 1957.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(16) <em>Esprit<\/em>, 1954-1955. La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Carthage, jou\u00e9e \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(17) <em>Les Lettres fran\u00e7aises<\/em> du 11 au 17 d\u00e9cembre 1958.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(18) Julliard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(19) De Villalonga : auteur espagnol. Coccioli. : auteur italien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(20) Cit\u00e9 par Aragon et publi\u00e9 dans la revue <em>Progr\u00e8s<\/em> (Alger) dont Malek Haddad fut un des cr\u00e9ateurs et r\u00e9dacteurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(21) <em>Les Lettres fran\u00e7aises<\/em> du 8 au 15 juillet 1954.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(22) Les deux \u0153uvres sont situ\u00e9es ainsi dans l\u2019Oranais. <em>La Peste<\/em> : Oran ;<em> La grande Maison<\/em>, <em>le M\u00e9tier \u00e0 tisser<\/em> : Tlemcen, milieux urbains<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Textes de Mohammed El-Gharbi et de Michel Parfenov parus dans La Nouvelle Critique, 11e ann\u00e9e, n\u00b0 103, f\u00e9vrier 1959, p. 132-143 Nous pr\u00e9sentons sous le m\u00eame titre deux textes. Le premier est constitu\u00e9 d\u2019importants extraits de l\u2019intervention prononc\u00e9e par Mohammed el-Gharbi, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 alg\u00e9rien \u00e0 la Conf\u00e9rence des \u00e9crivains d\u2019Asie et d\u2019Afrique de Tachkent. Le second, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[39,112,138,457,4887,1211,5650,5649],"class_list":["post-25445","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-39","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-france","tag-la-nouvelle-critique","tag-litterature","tag-michel-parfenov","tag-mohammed-el-gharbi"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6Cp","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":5767,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/06\/04\/algerie-34\/","url_meta":{"origin":25445,"position":0},"title":"L&rsquo;Alg\u00e9rie en r\u00e9volution : d\u00e9bat \u00e0 Paris, mercredi 5 juin \u00e0 19h","author":"SiNedjib","date":"04\/06\/2019","format":false,"excerpt":"J\u2019ai le plaisir d\u2019informer mes amis et lecteurs que j\u2019interviendrai lors du d\u00e9bat intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L'Alg\u00e9rie en r\u00e9volution\u00a0\u00bb, ce mercredi 5 juin \u00e0 19h \u00e0 Paris. https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=PasJdJGLacg Cette r\u00e9union est organis\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 Louise Michel et se tiendra au Lieu-Dit : 6, rue Sorbier, Paris 20e, M\u00e9tro M\u00e9nilmontant (ligne 2)\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;interventions&quot;","block_context":{"text":"interventions","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/interventions\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/img.youtube.com\/vi\/PasJdJGLacg\/0.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":27814,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/01\/04\/in-memoriam-mohammed-harbi-1933-2026\/","url_meta":{"origin":25445,"position":1},"title":"In memoriam Mohammed Harbi (1933-2026)","author":"SiNedjib","date":"04\/01\/2026","format":false,"excerpt":"Mon texte d'hommage \u00e0 Mohammed Harbi a \u00e9t\u00e9 mis en ligne hier sur le site Histoire coloniale et postcoloniale et a \u00e9t\u00e9 repris ce jour par Le Club de Mediapart. En voici la pr\u00e9sentation par ses \u00e9diteurs : Mohammed Harbi est mort le 1er janvier 2026 \u00e0 Paris. Le politiste\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;publications&quot;","block_context":{"text":"publications","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/publications\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Harbi2.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Harbi2.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Harbi2.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Harbi2.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":27233,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/09\/15\/harbi-3\/","url_meta":{"origin":25445,"position":2},"title":"\u00ab\u00a0Aux origines du F.L.N.\u00a0\u00bb par Mohammed Harbi","author":"SiNedjib","date":"15\/09\/2025","format":false,"excerpt":"Article de\u00a0Mikhalis Raptis dit\u00a0Michel Pablo, paru dans Sous le drapeau du socialisme, n\u00b0 66, octobre 1975 Il s'agit d'une importante contribution \u00e0 l'histoire r\u00e9elle du mouvement national alg\u00e9rien destin\u00e9e \u00e0 faciliter la compr\u00e9hension de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne depuis son commencement. \u00ab De 1954 \u00e0 1963 \u00bb note l'auteur \u00ab l'\u00e9tude\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;livres&quot;","block_context":{"text":"livres","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/livres\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Harbi-1975-origines-FLN.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":14701,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/11\/11\/dissidences-algeriennes-recension-sur-le-site-zones-subversives\/","url_meta":{"origin":25445,"position":3},"title":"Dissidences alg\u00e9riennes : recension sur le site \u00ab\u00a0Zones subversives\u00a0\u00bb","author":"SiNedjib","date":"11\/11\/2021","format":false,"excerpt":"J'ai le plaisir d\u2019informer mes amis et lecteurs de la parution, ce jour, d\u2019une recension de mon dernier livre Dissidences alg\u00e9riennes. Une anthologie, de l\u2019ind\u00e9pendance au hirak (\u00e9ditions de l\u2019Asym\u00e9trie, 2021) sur le site Zones subversives. Voici les premi\u00e8res lignes de ce compte-rendu : Le Hirak de 2019 s'inscrit dans\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;publications&quot;","block_context":{"text":"publications","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/publications\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/dissidences-algeriennes.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":27632,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/12\/03\/fln-2\/","url_meta":{"origin":25445,"position":4},"title":"Le FLN, mirage et r\u00e9alit\u00e9","author":"SiNedjib","date":"03\/12\/2025","format":false,"excerpt":"\"Le FLN, mirage et r\u00e9alit\u00e9\", tel est le titre de mon nouvel article qui vient de para\u00eetre dans le 67\u00e8me num\u00e9ro de ContreTemps. Revue de critique communiste. Il s'agit d'une recension de l'ouvrage \u00e9ponyme de l'historien Mohammed Harbi qui a fait l'objet d'une r\u00e9\u00e9dition chez Syllepse l'an dernier. La revue\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;livres&quot;","block_context":{"text":"livres","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/livres\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/FLN-mirage-2.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/FLN-mirage-2.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/FLN-mirage-2.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/FLN-mirage-2.jpg?resize=700%2C400&ssl=1 2x"},"classes":[]},{"id":10942,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2020\/12\/12\/en-soutien-a-mohammed-harbi\/","url_meta":{"origin":25445,"position":5},"title":"En soutien \u00e0 Mohammed Harbi","author":"SiNedjib","date":"12\/12\/2020","format":false,"excerpt":"J'ai sign\u00e9 l'appel \"En soutien \u00e0 Mohammed Harbi\" qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 hier par Mediapart avec le soutien de plus de 130 intellectuels, militants, artistes, etc. J'invite mes amis et lecteurs \u00e0 prendre connaissance de ce texte et \u00e0 le faire circuler dans leurs r\u00e9seaux. Voici le texte dans son\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;interventions&quot;","block_context":{"text":"interventions","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/interventions\/"},"img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25445"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25445\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25461,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25445\/revisions\/25461"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}