{"id":25472,"date":"2024-12-22T19:41:54","date_gmt":"2024-12-22T18:41:54","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25472"},"modified":"2024-12-22T19:47:02","modified_gmt":"2024-12-22T18:47:02","slug":"darboussier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/22\/darboussier\/","title":{"rendered":"Gabriel d&rsquo;Arboussier : Une dangereuse mystification. La th\u00e9orie de la n\u00e9gritude"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article10181\">Gabriel d&rsquo;Arboussier<\/a> paru dans <em><a href=\"https:\/\/pandor.u-bourgogne.fr\/archives-en-ligne\/functions\/ead\/detached\/NC\/NC_1949_06_n007.pdf\">La Nouvelle Critique<\/a><\/em>, n\u00b0 7, juin 1949, p. 34-47<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"551\" height=\"795\" data-attachment-id=\"25479\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/22\/darboussier\/la-nouvelle-critique-juin-1949\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?fit=551%2C795&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"551,795\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La Nouvelle Critique juin 1949\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?fit=208%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?fit=551%2C795&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?resize=551%2C795&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25479\" style=\"width:369px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?w=551&amp;ssl=1 551w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-juin-1949.jpg?resize=208%2C300&amp;ssl=1 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 551px) 100vw, 551px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>AU<\/strong> d\u00e9but de cette ann\u00e9e, dans la Collection Internationale de Documentation coloniale publi\u00e9e sous la direction de Ch. Andr\u00e9 Julien, paraissait une <em>\u00ab Anthologie de la Nouvelle Po\u00e9sie N\u00e8gre et Malgache de langue fran\u00e7aise \u00bb<\/em> due \u00e0 L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor (1), po\u00e8te et homme politique.<\/p>\n\n\n\n<p>A cette occasion, M. Sartre gratifiait le public, en guise de pr\u00e9face et sous le titre d&rsquo;\u00ab Orph\u00e9e Noir \u00bb, d&rsquo;une \u00e9tude syst\u00e9matique de la NEGRITUDE, unique sujet, selon lui, de cette anthologie.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>APRES<\/strong> trente pages d&rsquo;analyse, Sartre, \u00e0 la question de savoir ce qu&rsquo;est la \u00ab n\u00e9gritude \u00bb, r\u00e9pond habilement : <em>\u00ab qu&rsquo;un blanc ne saurait en parler convenablement \u00bb<\/em> (2) et laisse ce soin \u00e0 Senghor qui nous dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ce qui fait la n\u00e9gritude d&rsquo;un po\u00e8me, c&rsquo;est moins le th\u00e8me que le style, la chaleur \u00e9motionnelle qui donne vie aux mots, qui transmue la parole en verbe. \u00bb (3)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et Sartre ajoute :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab On ne saurait mieux nous pr\u00e9venir que la n\u00e9gritude n&rsquo;est pas un \u00e9tat, ni un ensemble d\u00e9fini de vices et de vertus, de qualit\u00e9s intellectuelles et morales, mais une certaine attitude affective \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde\u00bb (4) \u2026 \u00ab la n\u00e9gritude pour employer le terme heideggerien, c&rsquo;est l&rsquo;\u00eatre-dans-le-monde du n\u00e8gre \u00bb (5).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 donc en plein existentialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant du \u00ab terme heidegg\u00e9rien \u00bb, Sartre tente de nous pr\u00e9ciser cette notion de n\u00e9gritude : innocence perdue, fusion panth\u00e9istique avec la Nature, attitude existentielle, ensemble objectif des traditions n\u00e9gro-africaines, explication syst\u00e9matique de l&rsquo;\u00e2me noire ou arch\u00e9type platonicien, bon sens ou gr\u00e2ce &#8211; la n\u00e9gritude serait tout cela \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Mais il y plus grave (ajoute Sartre), le n\u00e8gre se cr\u00e9e un racisme antiraciste \u2026 Du coup, la notion subjective, positive, existentielle, ethnique de n\u00e9gritude \u00ab passe \u00bb comme dit Hegel, dans celle objective, positive, exacte de prol\u00e9tariat \u00bb (6) \u2026 \u00ab Et sans doute, ce n&rsquo;est pas par hasard que les chantres les plus ardents de la N\u00e9gritude sont en m\u00eame temps des militants marxistes. Mais cela n&#8217;emp\u00eache pas que la notion de race ne se recoupe pas avec celle de classe : celle-l\u00e0 est concr\u00e8te et particuli\u00e8re, celle-ci universelle et abstraite ; l&rsquo;une ressortit \u00e0 ce que Jaspers nomme compr\u00e9hension et l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;intellection ; la premi\u00e8re est le produit d&rsquo;un syncr\u00e9tisme psychobiologique et l&rsquo;autre est une construction m\u00e9thodique \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience. En fait, la N\u00e9gritude appara\u00eet comme le temps faible d&rsquo;une progression dialectique : l&rsquo;affirmation th\u00e9orique et pratique de la supr\u00e9matie du blanc est la th\u00e8se; la position de la n\u00e9gritude comme valeur antith\u00e9tique est le moment de la n\u00e9gativit\u00e9. Mais ce moment n\u00e9gatif n&rsquo;a pas de suffisance par lui-m\u00eame et les noirs qui en usent le savent fort bien ; ils savent qu&rsquo;il vise \u00e0 pr\u00e9parer la synth\u00e8se ou r\u00e9alisation de l&rsquo;humain dans une soci\u00e9t\u00e9 sans races. Ainsi, la N\u00e9gritude est pour se d\u00e9truire, elle est passage et non aboutissement, moyen et non fin derni\u00e8re. \u00bb (7)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Moyen supr\u00eame, estime cependant Sartre, dans la lutte des peuples noirs pour leur \u00e9mancipation. D\u00e8s la page XIV, il \u00e9crit en effet :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ce racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener \u00e0 l&rsquo;abolition des diff\u00e9rences de races. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement ? Les noirs peuvent-ils compter sur l&rsquo;aide du prol\u00e9tariat blanc, lointain, distrait par ses propres luttes avant qu&rsquo;ils soient unis et organises sur leur sol ? Et ne faut-il pas d&rsquo;ailleurs tout un travail d&rsquo;analyse pour apercevoir l&rsquo;identit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats profonds sous la diff\u00e9rence manifeste des conditions ; en d\u00e9pit de lui-m\u00eame, l&rsquo;ouvrier blanc profite un peu de la colonisation ; si bas que soit son niveau de vie, sans elle, il serait plus bas encore. En tout cas, il est moins cyniquement exploit\u00e9 que le journalier de Dakar ou de Saint-Louis. Et puis l&rsquo;\u00e9quipement technique et l&rsquo;industrialisation des pays europ\u00e9ens permettent de concevoir que les mesures de socialisation y soient imm\u00e9diatement applicables ; vu du S\u00e9n\u00e9gal ou du Congo, le socialisme appara\u00eet surtout comme un beau r\u00eave ; pour que les paysans noirs d\u00e9couvrent qu&rsquo;il est l&rsquo;aboutissement n\u00e9cessaire de leurs revendications imm\u00e9diates et locales, il faut d&rsquo;abord qu&rsquo;ils apprennent \u00e0 formuler en commun ces revendications, donc qu&rsquo;ils se pensent comme noirs. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin, Sartre se livre \u00e0 un parall\u00e8le entre le n\u00e8gre sans pr\u00e9ciser sa condition et le travailleur blanc, parall\u00e8le qui tend \u00e0 prouver qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun point de similitude dans leurs conditions, qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait m\u00eame que contradiction irr\u00e9ductible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab De l&rsquo;outil, le blanc sait tout. Mais tout griffe la surface des choses, il ignore la dur\u00e9e, la vie. La n\u00e9gritude au contraire, est une compr\u00e9hension par sympathie. Le secret du noir, c&rsquo;est que les sources de son existence et les racines de l&rsquo;Etre sont identiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Si l&rsquo;on voulait donner une interpr\u00e9tation sociale de cette m\u00e9taphysique (<em>nous y voil\u00e0 !<\/em>), nous dirions qu&rsquo;une po\u00e9sie d&rsquo;agriculteurs s&rsquo;oppose \u00e0 une prose d&rsquo;ing\u00e9nieurs \u00bb (8) (<em>Damas, Senghor, agriculteurs ? allons donc !<\/em>).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin, il oppose <em>\u00ab l&rsquo;absurde agitation utilitaire du blanc \u00bb<\/em> \u00e0 <em>\u00ab l&rsquo;authenticit\u00e9 recueillie de la souffrance du noir \u00bb<\/em> (9). Quel sophisme d\u00e9magogique !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>DANS<\/strong> tout ce fatras, il n&rsquo;est question que de conscience, de subconscience, d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, de m\u00e9taphysique. La race est une notion concr\u00e8te, mais celle de classe n&rsquo;est qu&rsquo;abstraite bien qu&rsquo;universelle, et Sartre ne fait allusion que furtivement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 la plus concr\u00e8te dominant et d\u00e9terminant toutes les notions qu&rsquo;il \u00e9voque, la colonisation fille de l&rsquo;imp\u00e9rialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 fondamentale fait pourtant que le noir \u00ab se pense \u00bb aujourd&rsquo;hui d&rsquo;abord, comme exploit\u00e9 et opprim\u00e9, et con\u00e7oit la r\u00e9alit\u00e9 des classes parce qu&rsquo;il voit des blancs exploit\u00e9s par des blancs ; que l&rsquo;ouvrier blanc sait aujourd&rsquo;hui que le surprofit colonial ne sert qu&rsquo;\u00e0 mieux l&rsquo;encha\u00eener, que la main-d&rsquo;\u0153uvre coloniale \u00e0 bon march\u00e9 cr\u00e9e le ch\u00f4mage. La classe ouvri\u00e8re am\u00e9ricaine se rend compte que l&rsquo;expansionnisme capitaliste s&rsquo;accompagne de la loi Taft-Hartley comme les travailleurs fran\u00e7ais savent que la guerre au Vi\u00eat-Nam leur co\u00fbte argent et sang. Et ainsi, chaque jour davantage, le paysan noir et l&rsquo;ouvrier blanc con\u00e7oivent parfaitement non point l&rsquo;identit\u00e9 de leurs int\u00e9r\u00eats, mais leur solidarit\u00e9 dans la lutte contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme qui ne les divise que pour mieux les opprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, tout ce que Sartre avance sur le socialisme se trouve pour sa confusion d\u00e9menti par le seul fait de l&rsquo;existence d&rsquo;un pays qui a devance les autres sur la voie du socialisme sans cependant, avoir atteint le m\u00eame degr\u00e9 de d\u00e9veloppement industriel et technique et \u00e0 qui le socialisme a pr\u00e9cis\u00e9ment permis de rattraper son retard, d&rsquo;un pays o\u00f9, malgr\u00e9 la suppression du surprofit colonial, la condition de l&rsquo;ouvrier loin de baisser n&rsquo;a fait que se relever gr\u00e2ce justement \u00e0 l&rsquo;alliance des ouvriers et des paysans de races diff\u00e9rentes, \u00e0 l&rsquo;alliance de peuples divers. Non, Monsieur Sartre, le socialisme, vu du S\u00e9n\u00e9gal ou du Congo, n&rsquo;appara\u00eet pas seulement comme un beau r\u00eave, mais comme une puissante r\u00e9alit\u00e9 incarn\u00e9e dans l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique et qui est la seule r\u00e9alit\u00e9 susceptible de r\u00e9soudre le probl\u00e8me des races comme les autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>L&rsquo;ETUDE<\/strong> de M. Sartre que Ch. Andr\u00e9 Julien qualifie de profond\u00e9ment originale se r\u00e9duit ainsi assez modestement \u00e0 une simple entreprise de division profitant de la confusion que comportent l&rsquo;<em>Anthologie<\/em> de Senghor, comme la revue <em>Pr\u00e9sence Africaine <\/em>d&rsquo;Alioune Diop ou les publications du <em>Mus\u00e9e Vivant<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Confusion et division qui ont pour r\u00e9sultat de justifier le refuge dans une contemplation extatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe d&rsquo;Orph\u00e9e Noir ne tend rien moins en effet qu&rsquo;\u00e0 pr\u00f4ner un art et une po\u00e9sie n\u00e8gres d\u00e9tach\u00e9s du monde et de sa r\u00e9alit\u00e9 sociale et aboutit \u00e0 inculquer aux peuples de couleur, par une odieuse flatterie d\u00e9magogique, un sentiment isolationniste des plus n\u00e9fastes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il pose de fa\u00e7on radicalement fausse tous les probl\u00e8mes soulev\u00e9s par l&rsquo;exploitation et l&rsquo;oppression imp\u00e9rialistes comme par le mouvement de lib\u00e9ration des peuples coloniaux et d\u00e9pendants.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de se p\u00e2mer sur l&rsquo;originalit\u00e9 d&rsquo;une telle \u00e9tude, on reste plut\u00f4t confondu devant la m\u00e9connaissance totale du probl\u00e8me trait\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai, \u00e0 la d\u00e9charge de M. Sartre, que L\u00e9opold Senghor lui a jou\u00e9 un vilain tour en lui faisant parrainer cette <em>Anthologie<\/em> qui est une v\u00e9ritable bouteille \u00e0 l&rsquo;encre pour un assidu du <em>\u00ab Caf\u00e9 de Flore \u00bb<\/em> n&rsquo;ayant abord\u00e9 ces probl\u00e8mes si complexes des peuples coloniaux que par la m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette <em>Anthologie<\/em> qui met sur le m\u00eame pied antillais, guyanais, s\u00e9n\u00e9galais et malgaches cr\u00e9\u00e9 une regrettable confusion. Elle pose, de ce fait, le probl\u00e8me culturel des pays d&rsquo;outre-mer en le d\u00e9tachant de la r\u00e9alit\u00e9 historique et sociale de chaque pays, des caract\u00e9ristiques nationales de leurs peuples, et des conditions diff\u00e9rentes impos\u00e9es \u00e0 chacun d&rsquo;eux par l&rsquo;exploitation et l&rsquo;oppression imp\u00e9rialistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, lorsque Sartre \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-normal-font-size\">\u00ab Le noir, par le simple approfondissement de sa m\u00e9moire d&rsquo;ancien esclave, affirme que la douleur est le lot des hommes et qu&rsquo;elle n&rsquo;en est pas moins imm\u00e9rit\u00e9e. \u00bb (10)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>se rend-il compte de ce que cela peut signifier pour un Hova, un Maure, un Targui, un Peulh ou un Bantou du Congo ou de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire ? Le probl\u00e8me est plus complexe que ne le suppose M. Sartre. Et sa \u00ab Geste noire \u00bb, r\u00e9duite \u00e0 la lutte pour l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage dans les \u00eeles, n&rsquo;est qu&rsquo;un fragment de la geste des peuples noirs colonis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de nous, l&rsquo;id\u00e9e de contester l&rsquo;importance de la lutte des n\u00e8gres d&rsquo;Am\u00e9rique ou des Antilles pour l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage ; mais elle n&rsquo;est qu&rsquo;une partie du mouvement de lib\u00e9ration des classes et des peuples opprim\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, dans ce mouvement de lib\u00e9ration, nous appr\u00e9cions \u00e0 sa juste mesure, l&rsquo;importance du facteur racial qui est un puissant ressort, mais il n&rsquo;est qu&rsquo;un facteur au milieu de bien d&rsquo;autres qui composent l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant du mouvement de lib\u00e9ration : <em>le droit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames, l&rsquo;accession \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance et \u00e0 l&rsquo;exercice d&rsquo;une souverainet\u00e9 nationale dans le cadre d&rsquo;une v\u00e9ritable solidarit\u00e9 internationale.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Poser le probl\u00e8me des peuples noirs colonis\u00e9s sous l&rsquo;angle d&rsquo;une n\u00e9gritude perdue et retrouv\u00e9e, affirmer que le <em>\u00ab racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener \u00e0 l&rsquo;abolition des diff\u00e9rences de race \u00bb<\/em>, c&rsquo;est se livrer \u00e0 une dangereuse mystification en partant d&rsquo;une notion abstraite, celle de la race n\u00e8gre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>LA<\/strong> classification des races en quatre couleurs t\u00e9moigne une fois de plus de l&rsquo;impr\u00e9cision de la science traditionnelle bourgeoise. En fait, il n&rsquo;y a pas de <em>race<\/em> n\u00e8gre qui soit une ; il y a des <em>peuples<\/em> divers de couleur plus ou moins noire, vivant \u00e0 travers le monde dans des conditions \u00e9conomiques et sociales diff\u00e9rentes, mais soumis dans leur ensemble \u00e0 l&rsquo;oppression et \u00e0 l&rsquo;exploitation non pas d&rsquo;une autre <em>race<\/em>, mais d&rsquo;autres peuples, ou, plus exactement, des <em>classes dominantes d&rsquo;autres peuples<\/em>, par suite d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9conomique fond\u00e9 lui-m\u00eame sur l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Par r\u00e9action contre cette oppression et cette exploitation, les \u00e9l\u00e9ments les plus conscients ob\u00e9irent d&rsquo;abord d&rsquo;une part \u00e0 un mouvement spontan\u00e9 de r\u00e9volte contre ce qui apparaissait au premier chef comme la cause de leur mis\u00e8re : le blanc ; d&rsquo;autre part, \u00e0 un mouvement spontan\u00e9 d&rsquo;union avec tout ce qui apparaissait comme souffrant de cette mis\u00e8re : le noir. Et ceci donna naissance aux mouvements pann\u00e9gristes, tel celui de Marcus Garvey par exemple, auquel participa entre autres, le professeur B. Dubois, historien et homme politique noir am\u00e9ricain, aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des leaders du mouvement progressiste am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce mouvement n&rsquo;est pas un cas extraordinaire dans l&rsquo;histoire et il y a un rapprochement suggestif \u00e0 faire entre le pann\u00e9grisme, le panslavisme, le panasiatisme, le panarabisme ou le sionisme. Malgr\u00e9 la diff\u00e9rence de terminologie, toutes ces th\u00e9ories se fondent sur la communaut\u00e9 d&rsquo;origine ethnique. Elles ont \u00e9t\u00e9 un moment de la prise de conscience de l&rsquo;oppression par des peuples asservis que l&rsquo;on risque de d\u00e9vier en la prenant comme le moyen ultime \u00e0 employer par ces peuples pour s&rsquo;affranchir de cet asservissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les peuples colonis\u00e9s avaient le malheur de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0, l&rsquo;imp\u00e9rialisme ne s&rsquo;effraierait gu\u00e8re de leur r\u00e9volte. Il tol\u00e8re et tol\u00e8rera toutes les violences verbales de l&rsquo;<em>Anthologie<\/em> de Senghor comme de <em>\u00ab Pr\u00e9sence Africaine \u00bb<\/em>. Il ira m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 les subventionner, comme c&rsquo;est le cas de <em>\u00ab Pr\u00e9sence Africaine \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>L&rsquo;ENTREPRISE<\/strong> Sartre-Senghor appara\u00eet ainsi comme une diversion des plus dangereuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Maran, l&rsquo;auteur de <em>Batouala<\/em>, qui fit scandale il y a quelques 25 ans et lui valut \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque la haine des colonialistes, nous le r\u00e9v\u00e8le (d&rsquo;ailleurs, peut-\u00eatre involontairement), dans un article de <em>Parall\u00e8le 50<\/em> du 11 f\u00e9vrier 1949 quand il \u00e9crit \u00e0 propos de cette <em>Anthologie<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Au lieu de crier \u00e0 l&rsquo;ingratitude des gens de couleur, comme de bonnes \u00e2mes, ne manqueront certes pas de le faire, on devrait au contraire trouver <em>providentiel<\/em> (soulign\u00e9 par moi) que la longue patience de leur sourd ressentiment <em>se contente<\/em> (soulign\u00e9 par moi) de confier \u00e0 des feux d&rsquo;artifices de mots-images ou \u00e0 leurs tournoyants soleils, ce que les anc\u00eatres dont ils descendent ont d\u00fb faire pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L&rsquo;Europe n&rsquo;a, au demeurant, nul reproche \u00e0 leur adresser. Les si\u00e8cles d&rsquo;esclavage ne s&rsquo;effacent pas d&rsquo;un trait de plume. On ne les oubliera que peu \u00e0 peu. Les <em>d\u00e9bordements verbaux<\/em> (soulign\u00e9 par moi) auxquels se laissent <em>complaisamment<\/em> (soulign\u00e9 par moi) aller les po\u00e8tes n\u00e8gres et malgaches de langue fran\u00e7aise que L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor a r\u00e9unis sous sa houlette sont tout \u00e0 l&rsquo;honneur de la sagesse des races de couleur, puisque tous ces po\u00e8tes except\u00e9 un seul (<em>C\u00e9saire sans doute ou Jacques Roumain, heureusement<\/em>) ne pensent jusqu&rsquo;ici <em>qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;enchanter<\/em> (soulign\u00e9 par moi) des seules d\u00e9lices des couleurs, des chants concert\u00e9s et des rythmes. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin, il parle <em>\u00ab des si\u00e8cles d&rsquo;esclavage que saluent paisiblement sur le mode lyrique des chants d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s les plus beaux \u00bb.<\/em> Voila qui situe sans \u00e9quivoque <em>\u00ab Orph\u00e9e Noir \u00bb<\/em> de M. J. P. Sartre et la th\u00e9orie de la \u00ab N\u00e9gritude \u00bb perdue et retrouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Que l&rsquo;imp\u00e9rialisme en loue la providence qui lui fait un si beau don selon Ren\u00e9 Maran, quoi d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 cela ?<\/p>\n\n\n\n<p>A maintes reprises, nous avons mis en garde Alioune Diop comme Senghor contre l&rsquo;utilisation qui pouvait \u00eatre faite de leur position et de leurs publications. M. Sartre \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de tout ce qui peut le servir dans son action d\u00e9moralisatrice n&rsquo;a pas manque de saisir la balle au bond. D&rsquo;\u0153uvres fort belles comme celles de cette <em>Anthologie<\/em> qui expriment dans leur ensemble, la r\u00e9volte d&rsquo;hommes noirs contre toutes les injustices de leur condition sociale et qui constituent un moment de la lutte pour la libert\u00e9 des peuples colonis\u00e9s, on fait la base th\u00e9orique et le moyen supr\u00eame du mouvement de lib\u00e9ration des peuples de couleur. C&rsquo;est l\u00e0 un sophisme des plus dangereux et des plus malhonn\u00eates. Cette entreprise rel\u00e8ve ou de l&rsquo;ignorance la plus crasse ou de l&rsquo;escroquerie morale et intellectuelle la plus \u00e9hont\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>NON<\/strong>, M. Sartre, la th\u00e9orie de la N\u00e9gritude perdue et retrouv\u00e9e, le \u00ab racisme antiraciste \u00bb n&rsquo;est pas le vrai chemin de l&rsquo;abolition de toutes les diff\u00e9rences de races.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vrai chemin, c&rsquo;est celui qui m\u00e8ne au socialisme par l&rsquo;affranchissement des peuples quelle que soit leur couleur du joug colonial, par la reconnaissance de leur droit \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames, seul fondement r\u00e9el et durable de la libert\u00e9, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la fraternit\u00e9 des hommes et des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p>Que dans leur lutte pour parvenir \u00e0 un tel \u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9, les peuples noirs de toutes les latitudes se sentent solidaires, cela est incontestable et des plus utiles \u00e0 leur cause commune ; mais chacun de ces peuples lutte sur un secteur particulier dans des conditions \u00e9conomiques, sociales et politiques donn\u00e9es qui ne sont nullement identiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La confusion qui consiste, \u00e0 travers la litt\u00e9rature, \u00e0 poser dans les m\u00eames termes le probl\u00e8me antillais, le probl\u00e8me n\u00e8gre am\u00e9ricain, le probl\u00e8me malgache ou le probl\u00e8me de l&rsquo;Afrique Noire n&rsquo;est qu&rsquo;une grossi\u00e8re mystification. Chacun de ces peuples a ses probl\u00e8mes politiques, ses probl\u00e8mes \u00e9conomiques, ses probl\u00e8mes sociaux, ses probl\u00e8mes culturels, chacun d&rsquo;eux en un mot a ses probl\u00e8mes nationaux qui ne peuvent \u00eatre r\u00e9solus de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>J.-P. Sartre et Senghor, qui se pr\u00e9tendent marxistes, ignorent tout simplement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;analyser pour chaque pays ses conditions concr\u00e8tes d&rsquo;existence afin de d\u00e9terminer le sens de son \u00e9volution vers le progr\u00e8s et les moyens de l&rsquo;assurer le plus rapidement possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>PRENONS<\/strong> deux exemples pr\u00e9cis : les Antilles et l&rsquo;Afrique Noire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res ont comme caract\u00e9ristiques essentielles : l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9 du territoire, l&rsquo;insularit\u00e9 (\u00e9l\u00e9ment important d&rsquo;unit\u00e9), un peuplement par immigration blanche et noire, une forte densit\u00e9 de population, une \u00e9conomie marchande, une industrialisation assez pouss\u00e9e, une soci\u00e9t\u00e9 esclavagiste puis bourgeoise, une nette division des classes sociales, une forte p\u00e9n\u00e9tration de la culture fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seconde a pour caract\u00e9ristiques essentielles : des territoires immenses, tr\u00e8s diversifi\u00e9s g\u00e9ographiquement (o\u00f9 l&rsquo;on distingue trois zones principales, for\u00eats, savanes et d\u00e9serts), un peuplement autochtone pr\u00e9\u00e9minent et fortement diversifi\u00e9, une faible densit\u00e9 de la population, une \u00e9conomie essentiellement agraire, un d\u00e9veloppement industriel quasi-inexistant, une structure sociale tribo-f\u00e9odale dont les modifications cr\u00e9ent un commencement de diff\u00e9renciation en classes, de fortes traditions ancestrales, une faible p\u00e9n\u00e9tration de la culture fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Les perspectives d&rsquo;\u00e9volution de telles entit\u00e9s ne peuvent donc avoir aucune commune mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles sont celles des Antilles ? Je ne suis point qualifi\u00e9 pour le dire, c&rsquo;est essentiellement l&rsquo;affaire des Antillais Mais pour l&rsquo;Afrique Noire, il ne peut faire de doute pour nous qu&rsquo;elles s&rsquo;ouvrent sur la constitution n\u00e9cessaire d&rsquo;une entit\u00e9 nationale ou de plusieurs entit\u00e9s nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>A premi\u00e8re vue, il est incontestable que la g\u00e9ographie et l&rsquo;\u00e9conomie cr\u00e9ent de grandes divisions du nord au sud. Les peuples de la zone foresti\u00e8re, malgr\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des ethnies, ont des modes d&rsquo;existence et des structures sociales (clans et tribus) fort semblables du Golfe du B\u00e9nin \u00e0 la Basse-Guin\u00e9e ; de m\u00eame que les peuples habitant la savane ont la m\u00eame \u00e9conomie agraire et pastorale comme la m\u00eame structure sociale semi-f\u00e9odale ; de m\u00eame que les peuples du d\u00e9sert ont essentiellement une vie pastorale et une soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans chacune de ces grandes divisions naturelles, la colonisation a apport\u00e9 des modifications particuli\u00e8res par l&rsquo;introduction des cultures marchandes, surtout dans la zone foresti\u00e8re, et par l&rsquo;extension du commerce dans la zone de la savane.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dominant tout cet ensemble, l&rsquo;imp\u00e9rialisme a impos\u00e9 son armature d&rsquo;exploitation et d&rsquo;oppression qui a tendu \u00e0 uniformiser les conditions g\u00e9n\u00e9rales d&rsquo;existence de tous ces peuples. Et c&rsquo;est cette \u00e9galit\u00e9 dans la mis\u00e8re et l&rsquo;oppression qui a rapproche ces peuples et a provoque leur union spontan\u00e9e dans leur lutte contre le joug imp\u00e9rialiste. Cet ensemble de conditions donne ainsi un caract\u00e8re tout particulier au mouvement national en \u00e9volution en Afrique Noire. C&rsquo;est un mouvement tr\u00e8s large qui doit tenir compte d&rsquo;une part, de l&rsquo;unicit\u00e9 de l&rsquo;ennemi \u00e0 combattre : l&rsquo;imp\u00e9rialisme, ce qui cr\u00e9e une grande solidarit\u00e9 et, d&rsquo;autre part, des conditions diff\u00e9rentes de chaque r\u00e9gion et de chaque territoire et de leurs perspectives d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Telles sont, trac\u00e9es \u00e0 tr\u00e8s grands traits, les donn\u00e9es des probl\u00e8mes qui sont pos\u00e9s au mouvement de lib\u00e9ration anti-colonialiste en Afrique Noire.<\/p>\n\n\n\n<p>On jugera sans grand&rsquo;peine de leurs diff\u00e9rences avec ceux qui sont pos\u00e9s au peuple antillais, au peuple malgache, dans leur lutte anti-imp\u00e9rialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est seulement compte tenu de ces diff\u00e9rences que l&rsquo;on peut comprendre l&rsquo;expression culturelle de la lutte anti-imp\u00e9rialiste de chaque pays colonis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;<em>Anthologie<\/em> de Leopold S\u00e9dar Senghor traduit certes l&rsquo;un des aspects de cette lutte et il tente de lui trouver une certaine unit\u00e9 dans la langue fran\u00e7aise employ\u00e9e par les divers po\u00e8tes de pays diff\u00e9rents. Mais bien que la langue soit un facteur important d&rsquo;unit\u00e9, elle ne saurait <em>\u00e0 elle seule<\/em>, constituer tous les \u00e9l\u00e9ments du probl\u00e8me national que pose pour tout peuple, tout mouvement de lib\u00e9ration. C&rsquo;est ainsi que l&#8217;emploi de la langue fran\u00e7aise au Canada ne peut cependant faire identifier les causes nationales du peuple canadien et du peuple fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>IL<\/strong> y a dans cette <em>Anthologie<\/em>, une assimilation abusive qui emp\u00eache de poser clairement le probl\u00e8me. Et ce n&rsquo;est certes pas par hasard qu&rsquo;elle ne contient, par exemple pour l&rsquo;Afrique Noire, aucune \u0153uvre de la jeune po\u00e9sie africaine n\u00e9e depuis la deuxi\u00e8me guerre mondiale et qui exprime toutes les aspirations \u00e0 la libert\u00e9 des peuples de nos pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, il ne s&rsquo;agit plus de \u00ab violences verbales \u00bb, d&rsquo;enchantement \u00ab des seuls d\u00e9lices, des couleurs, des chants concert\u00e9s et des rythmes \u00bb, il ne s&rsquo;agit plus de \u00ab saluer paisiblement des si\u00e8cles d&rsquo;esclavage sur le mode lyrique \u00bb, mais de traduire la lutte consciente, vivante de millions d&rsquo;hommes opprim\u00e9s ignominieusement par l&rsquo;imp\u00e9rialisme et d\u00e9sormais d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 conqu\u00e9rir leur libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;Anthologie de Senghor, C\u00e9saire et Jacques Roumain traduisent d&rsquo;ailleurs parfaitement. cette influence des conditions actuelles sur la po\u00e9sie aux Antilles, de m\u00eame qu&rsquo;un Ke\u00efta Fod\u00e9ba, un Mody, un N&rsquo;Daw Alassane, un Bernard Dadie (11) (Boua Coffi Bernard), un Charles Traor\u00e9 Leroux, un David Diop et bien d&rsquo;autres pour l&rsquo;Afrique Noire. Et la langue fran\u00e7aise utilis\u00e9e par ces jeunes po\u00e8tes ne diminue en rien l&rsquo;originalit\u00e9 de leurs th\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, les po\u00e8mes d&rsquo;un Langston Hughes ou de maints po\u00e8tes vietnamiens ou de la Chine populaire traduisent la lutte de leurs peuples pour la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais \u00e0 l&rsquo;appui de ma th\u00e8se, citer deux des jeunes po\u00e8tes actuels de l&rsquo;Afrique Noire.<\/p>\n\n\n\n<p>De Mody, jeune s\u00e9n\u00e9galais dont l&rsquo;\u00e9volution se trouve retrac\u00e9e dans ces deux po\u00e8mes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>DEMAIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Au banquet des grandes nations<br>Tu auras bient\u00f4t ta place<br>Puisqu&rsquo;avec ton sang comme caution<br>Tu y auras fait retenir ton plat.<br>Les tombeaux de tes fils<br>Arros\u00e9s de la sueur de ta servitude,<br>Combleront les foss\u00e9s blancs de neige<br>Que dans la panique,<br>Ils ont oubli\u00e9 de camoufler<br>Avec les fleurs de leur tol\u00e9rance soudaine<br>Sans lassitude,<br>Ma belle Afrique<br>Tes enfants soul\u00e8veront ce lourd baobab<br>Que les toubabs (12), malgr\u00e9 leur camouflet<br>N&rsquo;ont pu abattre.<br>De cette h\u00e9catombe de tes fils morts,<br>Pousseront au lieu de vieilles branches<br>Blanches,<br>Les fruits moir\u00e9s<br>De ta si ch\u00e8re Libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De Boua Coffi Bernard (C\u00f4te d&rsquo;Ivoire) :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>OUI, JE LE SAIS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Parce que je n&rsquo;ai pas une auto,<br>Je ne suis pas un homme, pour eux !<br>Parce que je n&rsquo;ai pas un ch\u00e2teau,<br>Je ne suis pas un homme, pour eux !<br>Parce que je n&rsquo;ai pas de compte en banque,<br>Je ne suis pas un homme, pour eux !<br>Je le sais !<br>Parce qu&rsquo;\u00e0 la reddition des comptes,<br>Je n&rsquo;apporte que des projets,<br>Je ne suis pas un homme, pour eux !<br>Et vil objet, l&rsquo;on me renvoie de place en place,<br>J&rsquo;encombre.<br>Et vieil outil, l&rsquo;on me rejette sur les trottoirs,<br>Avec ma faim au ventre et mes angoisses au c\u0153ur<br>J&#8217;embarrasse !<br>Et ils me traquent comme un brigand<br>Mon indigence menace leur fortune<br>Et toutes leurs pourritures d&rsquo;agents secrets<br>Me sont sur le dos parce que je menace leurs coffres,<br>Leurs banques, leurs reliefs, leur f\u00e9odalit\u00e9, leur puissance,<br>Parce que gueux, leur fr\u00e8re en J\u00e9sus,<br>J&rsquo;\u00e9prouve leur charit\u00e9 chr\u00e9tienne.<br>Je le sais ! Je le sais !<br>Mais voici venir la nuit, la grande nuit des m\u00e9tamorphoses,<br>Et les immortelles nimb\u00e9es d&rsquo;ombre, s&rsquo;estompent, s&rsquo;\u00e9vanouissent,<br>Meurent, meurent, avec la derni\u00e8re lueur des iniquit\u00e9s,<br>Demain donc sera la r\u00e9surrection,<br>La r\u00e9surrection d&rsquo;un peuple,<br>La r\u00e9surrection d&rsquo;un monde encha\u00een\u00e9,<br>Le chant triomphant du labeur qui nourrit,<br>L&rsquo;all\u00e9gresse des hommes unis,<br>Le concert \u00e9mouvant des c\u0153urs accord\u00e9s,<br>Demain, la victoire de l&rsquo;homme<br>Avec le rire des continents heureux<br>Et les Blancs, Jaunes, Rouges ou Noirs, fr\u00e8res retrouv\u00e9s.<br>Oui !<br>Et Blancs, Jaunes, Rouges ou Noirs, fr\u00e8res retrouv\u00e9s,<br>Ensemble, du scalpel de l&rsquo;amour,<br>D\u00e9bridant les \u00e9go\u00efsmes, tueront la mis\u00e8re sociale,<br>Pour que jamais plus, une 202 ou une Mercury Height<br>N&rsquo;ait le pas sur l&rsquo;homme !<br>L&rsquo;homme qui pense !<br>L&rsquo;homme qui souffre !<br>L&rsquo;homme qui aime!<br>L&rsquo;homme qui vit!<br>L&rsquo;homme, notre fr\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier po\u00e8me contient toutes les donn\u00e9es du probl\u00e8me des peuples colonis\u00e9s : conscience de l&rsquo;oppression, volont\u00e9 de s&rsquo;en lib\u00e9rer par la lutte, d\u00e9finition de l&rsquo;adversaire \u00e0 combattre, n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;alliance de sa propre lutte avec celle de tous les opprim\u00e9s, certitude de la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>C&rsquo;EST<\/strong> en effet, en fonction de ces donn\u00e9es que doivent \u00eatre examin\u00e9s tous les probl\u00e8mes, y compris les probl\u00e8mes culturels qui font partie, qu&rsquo;on le veuille ou non, du probl\u00e8me fondamental de la lutte contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme et son succ\u00e9dan\u00e9, le colonialisme. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;aune de la lutte anti-imp\u00e9rialiste et anticolonialiste que doit se mesurer toute entreprise si \u00ab intellectuelle \u00bb qu&rsquo;elle soit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Pr\u00e9sence Africaine \u00bb<\/em>, le <em>\u00ab Mus\u00e9e vivant \u00bb<\/em> comme l&rsquo;<em>Anthologie de po\u00e9sie n\u00e8gre et malgache<\/em>, quelle que soit la valeur de certaines \u0153uvres qui y sont publi\u00e9es, sont \u00e0 cette mesure des entreprises de mystification incontestables. De telles publications ont, en effet pour r\u00e9sultat, jetant la confusion dans les esprits, de d\u00e9sarmer la volont\u00e9 de lutte des colonis\u00e9s. Elles font partie, quelles que soient les intentions de leurs promoteurs, de l&rsquo;arsenal id\u00e9ologique de la classe exploitrice qui y trouve le moyen d&rsquo;endormir ses adversaires.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce titre, nous ne cesserons pas de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 Senghor, comme \u00e0 Alioune Diop, qu&rsquo;ils engagent terriblement leurs responsabilit\u00e9s devant les peuples d&rsquo;Afrique Noire en lutte pour leur \u00e9mancipation, lutte qui n&rsquo;a que faire des th\u00e9ories existentialistes.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi, quels que soient nos liens d&rsquo;amiti\u00e9 &#8211; et je dirai m\u00eame \u00e0 cause de ces liens &#8211; nous ne cesserons de poursuivre notre travail d&rsquo;\u00e9claircissement et de d\u00e9masquer tous les faux proph\u00e8tes de l&rsquo;existentialisme r\u00e9actionnaire et adversaire camoufl\u00e9, mais r\u00e9solu, de toute r\u00e9volution qu&rsquo;elle soit noire ou blanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Gabriel D&rsquo;ARBOUSSIER.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Agr\u00e9g\u00e9 de l&rsquo;Universit\u00e9, professeur \u00e0 l&rsquo;Ecole coloniale, d\u00e9pute du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) <em>Anthologie de la Nouvelle Po\u00e9sie N\u00e8gre et Malgache<\/em>, p. XXIX.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) <em>Anthologie<\/em>, p. XXIX<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(4) <em>Anthologie<\/em>, p. XXIX.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(5) <em>Anthologie<\/em>, p. XXIX.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(6) <em>Anthologie<\/em>, p. XL.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(7) <em>Anthologie<\/em>, p. XL et XLI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(8) <em>Anthologie<\/em>, p. XXXI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(9) <em>Anthologie<\/em>, p. XXXIV.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(10) <em>Anthologie<\/em>, p. XXXVIII.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(11) Bernard Dadie est actuellement d\u00e9tenu politique \u00e0 la prison de Grand Bassam (C\u00f4te d&rsquo;Ivoire).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(12) Les blancs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Gabriel d&rsquo;Arboussier paru dans La Nouvelle Critique, n\u00b0 7, juin 1949, p. 34-47 AU d\u00e9but de cette ann\u00e9e, dans la Collection Internationale de Documentation coloniale publi\u00e9e sous la direction de Ch. Andr\u00e9 Julien, paraissait une \u00ab Anthologie de la Nouvelle Po\u00e9sie N\u00e8gre et Malgache de langue fran\u00e7aise \u00bb due \u00e0 L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[30,87,138,2140,457,5653,556,4887,749,4734],"class_list":["post-25472","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-30","tag-afrique","tag-anticolonialisme","tag-culture","tag-france","tag-gabriel-darboussier","tag-imperialisme","tag-la-nouvelle-critique","tag-marxisme","tag-negritude"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6CQ","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":14046,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/09\/17\/edgar-morin-la-question-negre\/","url_meta":{"origin":25472,"position":0},"title":"Edgar Morin : La question n\u00e8gre","author":"SiNedjib","date":"17\/09\/2021","format":false,"excerpt":"Article d'Edgar Morin paru dans Arguments, n\u00b0 1, d\u00e9cembre 1956-janvier 1957, p. 1-7 Remarques \u00e0 propos de : Abdoulaye Ly : Les masses africaines et l'actuelle condition humaine ; Dia Mamadou : R\u00e9flexions sur l'\u00e9conomie de l'Afrique Noire ; Cheikh Anta Diop : Nations n\u00e8gres et culture (tous ces ouvrages\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Arguments-decembre-1956.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":12474,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/05\/08\/francis-agry-les-justes-dalbert-camus\/","url_meta":{"origin":25472,"position":1},"title":"Francis Agry : \u00ab\u00a0Les Justes\u00a0\u00bb d&rsquo;Albert Camus","author":"SiNedjib","date":"08\/05\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Francis Agry paru dans Le Libertaire, n\u00b0 208, 23 d\u00e9cembre 1949, p. 3 IL est assez audacieux de vouloir \u00e9voquer la puret\u00e9 en prenant pour h\u00e9ros un assassin ; dans sa derni\u00e8re oeuvre Camus arrive \u00e0 exposer magistralement ce probl\u00e8me malgr\u00e9 la situation paradoxale de son personnage. 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