{"id":25482,"date":"2024-12-23T13:26:16","date_gmt":"2024-12-23T12:26:16","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25482"},"modified":"2024-12-23T13:26:16","modified_gmt":"2024-12-23T12:26:16","slug":"taslitzky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/23\/taslitzky\/","title":{"rendered":"Boris Taslitzky : Six semaines en Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>T\u00e9moignage de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article132038\">Boris Taslitzky<\/a> paru dans <em><a href=\"https:\/\/pandor.u-bourgogne.fr\/archives-en-ligne\/functions\/ead\/detached\/NC\/NC_1952_04_n035.pdf\">La Nouvelle Critique<\/a><\/em>,<\/strong> <strong>4e ann\u00e9e, n\u00b0 35, avril 1952, p. 77-92<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"562\" height=\"797\" data-attachment-id=\"25483\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/23\/taslitzky\/la-nouvelle-critique-avril-1952\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?fit=562%2C797&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"562,797\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La Nouvelle Critique avril 1952\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?fit=212%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?fit=562%2C797&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?resize=562%2C797&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25483\" style=\"width:346px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?w=562&amp;ssl=1 562w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/La-Nouvelle-Critique-avril-1952.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 562px) 100vw, 562px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>VOUS<\/strong> allez en Alg\u00e9rie ? Alors, un conseil, il y a <em>une chose<\/em> dont il faut vous m\u00e9fier : les Arabes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette petite phrase m&rsquo;a rappel\u00e9 quelque chose. Buchenwald. La place d&rsquo;appel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Combien de \u00ab <em>St\u00fcck<\/em> \u00bb pr\u00e9sents au block \u00bb, hurle le blockf\u00fchrer SS.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>J&rsquo;AI<\/strong> beau \u00eatre l&rsquo;auteur de quelques tableaux et dessins sur les camps de la mort lente, j&rsquo;avais s\u00e9rieusement besoin d&rsquo;avoir la m\u00e9moire rafra\u00eechie. Une chose est de savoir, une autre de voir en y participant.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai donc vu l&rsquo;Alg\u00e9rie. Pas en touriste. En artiste militant. Mireille Miailhe et moi, nous sommes all\u00e9s y faire un petit voyage d&rsquo;\u00e9tude, palette et crayon en mains. Nous nous sommes partag\u00e9s la t\u00e2che. Cependant que Mireille prospectait l&rsquo;Alg\u00e9rois, je parcourais l&rsquo;Oranie et le Constantinois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>NOUS<\/strong> n&rsquo;avions rien vu d&rsquo;Alger lorsque nous y sommes arriv\u00e9s le soir du 9 janvier de cette ann\u00e9e ; et pas plus le lendemain matin lorsque le taxi nous mena chez un ami qui avait convi\u00e9 quelques personnes pour nous recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 par formuler une exigence qui d\u00e9non\u00e7ait mon enti\u00e8re ignorance des donn\u00e9es coloniales :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ce que nous d\u00e9sirons, et le plus vite possible, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre mis en contact avec les aspects typiques de la colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais tout de suite \u00bb, a dit mon ami.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tout de suite ? J&rsquo;\u00e9tais sceptique, et je l&rsquo;ai laiss\u00e9 entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, guid\u00e9s par lui, nous sommes partis voir les bidonvilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Alger sous le soleil est une f\u00e9erie. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai appris ce que c&rsquo;\u00e9tait que la lumi\u00e8re. Tout y est ton sur ton dans la transparence, avec des ombres fortes qui viennent l\u00e0 comme les rimes d&rsquo;un grand po\u00e8me. J&rsquo;avais chass\u00e9 de ma m\u00e9moire Delacroix et Decamps, Marilhat et Fromentin, je ne pensais pas \u00e0 Marquet (pourquoi ?) et c&rsquo;est lui que je trouvais ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bidonvilles ceinturent la ville. Ils ceinturent d&rsquo;ailleurs toutes les villes d&rsquo;Alg\u00e9rie. Pour y atteindre, nous avons donc travers\u00e9 Alger. Bien s\u00fbr, il y a le grand escalier de la R\u00e9sidence. \u00c7a, c&rsquo;est un spectacle. Un vrai chef-d&rsquo;\u0153uvre. Une merveille de vanit\u00e9. L\u00e0 sont enfouis des centaines de millions. Et si la b\u00eatise, fille de la m\u00e9chancet\u00e9 et de l&rsquo;indiff\u00e9rence profonde \u00e0 la mis\u00e8re voulue, \u00e9tait cot\u00e9e en bourse, il y en aurait l\u00e0 pour des milliards. J&rsquo;ai conserv\u00e9 de mon passage dans les ateliers d&rsquo;architecture des connaissances \u00e9l\u00e9mentaires auxquelles je reste fermement attach\u00e9. Exemple : un escalier, petit ou grand, a une utilit\u00e9 &#8211; celle de mener quelque part, d&rsquo;orienter les pas vers un but bien d\u00e9termin\u00e9. Celui-ci, en empruntant la plateforme centrale par la gauche, conduirait bien vers le Gouvernement General, mais comme il a la pr\u00e9tention de continuer, un esprit aussi simple que le mien continue \u00e0 monter avec lui \u00e0 la d\u00e9couverte de quelque chose, et au sommet se trouve une petite rue transversale bord\u00e9e par un mur tr\u00e8s haut, au fa\u00eete duquel se profilent des arbres inaccessibles. Vous connaissez le grand escalier de Versailles. Bien. Il m\u00e8ne au Palais. Celui d&rsquo;Alger est deux fois plus large et plus haut, et ne conduit m\u00eame pas \u00e0 un banc ou vous pourriez vous asseoir pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;absolue inutilit\u00e9 de ce faste qui ne serait que grotesque si le plus simple calcul n&rsquo;amenait \u00e0 cette conclusion : combien cela aurait-il fait de constructions l\u00e9g\u00e8res pour loger les parias superbes de la cit\u00e9 Mahieddine ? Je dis la cit\u00e9 Mahieddine, je pourrais dire aussi Vinci, Belcourt, d&rsquo;autres. Je dis Mahieddine parce que c&rsquo;est elle que j&rsquo;ai vue la premi\u00e8re, parce que \u00e0 chaque pas j&rsquo;ai pens\u00e9 : camp de la mort, camp de la mort, camp de la mort. C&rsquo;est la que j&rsquo;ai compris l&rsquo;origine du mot \u00ab musulman \u00bb, au sens o\u00f9 l&#8217;employaient les d\u00e9port\u00e9s. D\u00e9charn\u00e9s et loqueteux, c&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;entassent trente mille habitants, dans un espace ultra-restreint o\u00f9 la file ininterrompue des femmes et des enfants m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9couverte de sept postes d&rsquo;eau, qui se recueille religieusement dans les r\u00e9cipients les plus h\u00e9t\u00e9roclites. \u00ab Musulmans \u00bb, c&rsquo;est ce que nous disions d&rsquo;un d\u00e9port\u00e9 qui allait mourir, d&rsquo;un cadavre vivant que nous soutenions sous chaque bras pour le maintenir debout \u00e0 son dernier appel.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais si la chose est possible. J&rsquo;imagine qu&rsquo;elle l&rsquo;est, si nous la voulons. Je trouverais bien qu&rsquo;une commission d&rsquo;enqu\u00eate des rescap\u00e9s des camps hitl\u00e9riens soit envoy\u00e9e en Alg\u00e9rie afin de d\u00e9noncer les crimes du colonialisme fran\u00e7ais. Il faut mettre les d\u00e9port\u00e9s politiques de France (ce qu&rsquo;il en reste) en contact avec cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0. Nous l&rsquo;avons dit et jur\u00e9 : \u00ab Plus jamais \u00e7a ! \u00bb \u00ab \u00c7a \u00bb se dresse partout sur le sol alg\u00e9rien, comme l&rsquo;indication la plus effroyable du crime dont il faut laver le visage de la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet enchev\u00eatrement de planches, de chiffons sales, d\u00e9tremp\u00e9s, aux couleurs rong\u00e9es de l\u00e8pre et de soleil, de morceaux de carrosseries automobiles, tenues par des ficelles, le tout ciment\u00e9 de terre et de boue, ces gourbis dans lesquels le dernier paysan de chez nous ne rangerait pas ses outils, ces gourbis aux toitures de carton et de bois pourris, maintenus par des pierres afin de n&rsquo;\u00eatre point emport\u00e9s les jours de grand vent, cette cit\u00e9 dantesque s&rsquo;\u00e9chelonne en hauteur, sur des rochers abrupts, travers\u00e9e de ruelles o\u00f9 grouille une humanit\u00e9 \u00e0 laquelle n&rsquo;appartient plus que sa fiert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre debout encore et de le savoir. Au milieu des ruelles s&rsquo;\u00e9coulent les eaux f\u00e9tides o\u00f9 patauge une enfance aux yeux merveilleux, dans lesquels ne se lit d\u00e9j\u00e0 plus l&rsquo;innocence. Ici l&rsquo;enfant a des yeux d&rsquo;homme \u00e9cras\u00e9 de souffrance, porteur et h\u00e9ritier de cent vingt ans d&rsquo;humiliation raciale. Et comment regarder ces yeux-l\u00e0 lorsqu&rsquo;on a un enfant et que l&rsquo;on se souvient des petits gitans men\u00e9s \u00e0 la schlague vers la mort des camps de Himmler.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici sont venus les paysans chass\u00e9s de leur terre natale par les colons. Ils ont fui l&rsquo;horreur pour trouver la g\u00e9henne. Et sur ce sol o\u00f9 s&rsquo;\u00e9teindrait la douleur si ce qu&rsquo;il y a de certitude en l&rsquo;avenir des hommes n&rsquo;habitait chaque homme, sur ce sol \u00e0 mes yeux d\u00e9sormais aussi sacr\u00e9 qu&rsquo;Auschwitz ou Bergen-Belsen, ils ont creus\u00e9 dans le roc des fondations, ils ont \u00e9lev\u00e9 ces gourbis, miraculeux architectes, eux dont les mains et la t\u00eate et les yeux \u00e9taient faits pour cr\u00e9er des palais. Mais cela m\u00eame se paye. Le terrain a un propri\u00e9taire dont la villa somptueuse domine cette tourbe de mis\u00e8re, et cet homme (?) per\u00e7oit les loyers de cette terre : entre cinq cents et mille francs par mois. A quelque distance de sa villa s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la prison et, lui faisant face, sur l&rsquo;autre bord, une piscine o\u00f9 s&rsquo;\u00e9battent une trentaine de jeunes gens riches, reposant leurs corps propres dans une eau dont sont priv\u00e9es trente mille personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Croyez-vous que tout cela soit loin du palais qu&rsquo;occupe le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral ? Cinq, six cents m\u00e8tres, c&rsquo;est tout, et jamais il n&rsquo;y est venu. Jamais il n&rsquo;a vu cette petite fille, quatre ans au plus, nue sous sa robe en loques de cotonnade \u00e0 fleurs, portant une gamelle de l&rsquo;arm\u00e9e mod\u00e8le 36, pleine \u00e0 ras bord d&rsquo;une eau attendue des heures, descendant marche \u00e0 marche un escalier de pierre et de boue, en posant chaque fois sa gamelle par terre pour la reprendre \u00e0 la marche suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a pire. Cette horreur que les conditions du colonialisme ont cr\u00e9\u00e9e, le colonialisme veut la cacher en y portant le feu. Cette population ici rassembl\u00e9e par l&rsquo;incurie dont il est seul responsable, il la veut disperser pour avoir des villes propres. Question d&rsquo;hygi\u00e8ne ? Il n&rsquo;envisage que de blanchir ses plaies. Et depuis des ann\u00e9es la bataille se livre pour la d\u00e9fense des gourbis, des cit\u00e9s, des caves creus\u00e9es dans la paroi des rochers, pour la d\u00e9fense de ces abris croulants o\u00f9 s&rsquo;entasse la redoutable arm\u00e9e qui demain sera ma\u00eetresse et des villes et de son destin.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c&rsquo;est ainsi. Ces b\u00e2tisseurs d&rsquo;avenir d\u00e9fendent pied \u00e0 pied les nids \u00e0 tuberculose qu&rsquo;ils d\u00e9truiront demain, et c&rsquo;est l\u00e0 aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des conditions de la victoire qu&rsquo;ils savent proche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>AINSI<\/strong> fut pris notre premier contact avec l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon ami, sans grandes phrases, avec ce tact, ce sens proford, politique, de l&#8217;emploi des mots justes, nous pilota toute la journ\u00e9e sur les march\u00e9s, par del\u00e0 les d\u00e9dales de la Kasbah o\u00f9 il est n\u00e9, dans les lieux les plus beaux et les plus luxueux de la ville europ\u00e9enne, dans les caf\u00e9s maures et \u00e0 la plage Saint-Eug\u00e8ne, aux environs d&rsquo;Alger, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on refuse de louer des cabines aux Musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Laissant Mireille Miailhe \u00e0 Alger, d&rsquo;o\u00f9 elle devait rayonner sur l&rsquo;Alg\u00e9rois, j&rsquo;ai mis le cap sur Oran, pris contact avec les terres rouges parsem\u00e9es d&rsquo;orangers et de citronniers, et bon dieu ! que c&rsquo;\u00e9tait beau, du haut des rochers, le port et la rade de Mers-el-K\u00e9bir, et la citadelle espagnole, dans le vent du matin dont les courants se soulignent du vol blanc de milliers de mouettes.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9tais avec un ami Alg\u00e9rien d&rsquo;origine europ\u00e9enne. Au cours des explications qu&rsquo;il me donnait sur la ville, ses monuments, son histoire et celle de la population, revenait souvent cette affirmation : \u00ab Nous autres Alg\u00e9riens \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous autres Fran\u00e7ais, avons du mal parfois a bien comprendre ce que cela veut dire. Je l&rsquo;avoue, j&rsquo;y ai bien mis huit jours. Cependant Maurice Thorez nous l&rsquo;avait appris : \u00ab <em>L&rsquo;Alg\u00e9rie, nation en formation<\/em>. \u00bb Et il m&rsquo;est arriv\u00e9 bien des fois de dire \u00e0 un Durand ou \u00e0 un Ruiz : \u00ab tu es Fran\u00e7ais, tu es Espagnol \u00bb, et je me faisais poliment remettre en place : \u00ab &#8211; Non, je suis Alg\u00e9rien. \u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"408\" data-attachment-id=\"25486\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/23\/taslitzky\/boris-taslitzky-dockers-oran\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?fit=952%2C670&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"952,670\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Boris Taslitzky Dockers Oran\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?fit=300%2C211&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?fit=580%2C408&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?resize=580%2C408&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25486\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?w=952&amp;ssl=1 952w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?resize=300%2C211&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-Dockers-Oran.jpg?resize=768%2C541&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Boris Taslitzky &#8211; Dockers d&rsquo;Oran<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p> Cet ami, quand il parle de l&rsquo;Oranie, vous avez envie d&rsquo;en embrasser la terre. Et c&rsquo;\u00e9tait si beau que je me dis que j&rsquo;allais emporter ce pays-l\u00e0 sur mes toiles. Oui, mais la rade de Mers-el-K\u00e9bir, ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;un paysage, c&rsquo;est une base d&rsquo;agression, et bient\u00f4t le tunnel qui y conduit d&rsquo;Oran sera ferm\u00e9 \u00e0 la circulation. Entrep\u00f4t de munition. Ferm\u00e9 d&rsquo;ailleurs, il l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 certains jours. Quand partent les bateaux pour l&rsquo;Indochine. C&rsquo;est que l&rsquo;on se souvient qu&rsquo;il y a des dockers \u00e0 Oran. Et comment les oublierait-on ? H\u00e9ros internationaux du combat pour la paix, c\u00e9l\u00e8bres dans le monde, guenilleux superbes aux ventres creux, qui ne se laissent pas oublier de l&rsquo;ennemi et interpellent le peintre en ces termes : \u00ab Si tu n&rsquo;es pas syndiqu\u00e9, inutile de nous dessiner ! \u00bb Mais lorsqu&rsquo;ils ont su que j&rsquo;\u00e9tais un camarade, alors ils sont venus en masse. Que n&rsquo;\u00e9tions-nous dix pour les dessiner tous ! Ce sont bien l\u00e0 les camarades et les fr\u00e8res des dockers de La Palisse et de Saint-Nazaire. Et les rides profondes, burin\u00e9es sur leurs faces au ciseau de la mis\u00e8re, ce sont les m\u00eames que celles que j&rsquo;ai dessin\u00e9es voici deux ans, un jour de gr\u00e8ve \u00e0 Saint-Nazaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous, ils voulaient que j&#8217;emporte leurs traits pour les montrer aux travailleurs fran\u00e7ais. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Camarade, tu leur diras que nous sommes l\u00e0, tu leur diras qu&rsquo;eux et nous, c&rsquo;est comme mon fr\u00e8re, tu leur diras qu&rsquo;on se lib\u00e8re, pas contre, mais avec eux, tu leur diras que le jour o\u00f9 ils se l\u00e8veront, pas un travailleur alg\u00e9rien ne se laissera armer contre son fr\u00e8re, et salue le grand journal <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em> ! \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 Oran que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 le vieux Hadj-Omar. Ce n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;un des plus beaux hommes qui soit, Hadj-Omar, c&rsquo;est encore un \u00e9tendard. M\u00e9daille militaire, croix de guerre 14-18, longue, longue \u2026 et qu&rsquo;il ne porte pas, car, honte sur nous, il se refuse \u00e0 porter les d\u00e9corations de notre pays. Hadj-Omar, en 18, il \u00e9tait en Russie. C&rsquo;est l\u00e0, m&rsquo;a-t-il dit, qu&rsquo;il avait lu les tracts d&rsquo;Odessa qui ont fait de lui un mutin et aussi un Alg\u00e9rien. Je lui ai dit qu&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par Jeanne Labourbe. J&rsquo;ai dit \u00e0 cet homme qui avait v\u00e9cu cela ce que j&rsquo;en avais appris dans les livres de mon Parti, et lui m&rsquo;a dit ce qu&rsquo;il avait lu dans les livres de la vie. Et aujourd&rsquo;hui les fils, tous les fils spirituels d&rsquo;Hadj-Omar se l\u00e8vent pour applaudir lorsque Yamina Nouar parle pour les femmes d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et comment en serait-il autrement, lorsque les femmes \u00e0 pr\u00e9sent savent descendre sur le port et armer de pierres leurs mains de m\u00e8res pour en chasser, pour en balayer, pour en nettoyer la police, les jours de gr\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>A Oran, si vous demandez votre chemin \u00e0 un agent, il vous dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Vous voyez, au carrefour, il y a un agent ; \u00e0 sa droite un autre agent, au coin de la rue. Prenez cette rue, vous y verrez un troisi\u00e8me agent ; continuez, quatre, cinq, six agents, et tournez \u00e0 gauche \u2026 \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 coloniale est bien hi\u00e9rarchis\u00e9e dans l&rsquo;ordre policier : agents, gendarmes, gardes-champ\u00eatres (tr\u00e8s, tr\u00e8s important), l\u00e9gionnaires, \u00ab en-bourgeois \u00bb de toutes sortes, mouchards musulmans et europ\u00e9ens, grouillant sur le corps de ce malheureux peuple si noble et si beau malgr\u00e9 ses haillons.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut voir, c&rsquo;est un spectacle passionnant, l&rsquo;allure du flic de service, simplement celui de la circulation. \u00c7a vise \u00e0 la noblesse doubl\u00e9e d&rsquo;autorit\u00e9. Si l&rsquo;omnipotence a un visage, une prestance, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il en faut prendre le mod\u00e8le pour la statue que le colonialisme se devrait, afin de s&rsquo;illustrer soi-m\u00eame, d&rsquo;\u00e9lever en hommage \u00e0 cette vertu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces messieurs ont, par ailleurs, un net penchant pour les Arts plastiques, une vraie passion, un flair, une curiosit\u00e9, une insistance \u00e0 d\u00e9couvrir les progr\u00e8s du rapin ! Ils peuvent le suivre des jours et des jours sans plus de fatigue que de discr\u00e9tion. Si, par un hasard inexplicable, ils ne sont pas devant lui, c&rsquo;est que, par gentillesse, ils se postent par c\u00f4t\u00e9 pour lui faire de l&rsquo;ombre. S&rsquo;il prend le car, il y retrouve ces messieurs, et quand il arrive \u00e0 destination il y en a d&rsquo;autres qui l&rsquo;attendent. \u00ab &#8211; Alors comme \u00e7a vous faites du dessin ? On peut voir ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;arrive un jour au village de Descartes, quittant Bel-Abb\u00e8s o\u00f9 j&rsquo;avais joui du spectacle \u00e9difiant de la L\u00e9gion m\u00eal\u00e9e dans les bistrots \u00e0 un d\u00e9tachement de marins am\u00e9ricains venus en confr\u00e8res rendre visite. C&rsquo;\u00e9tait joli. Je te prends en photo et on se saoule la gueule, vas-y vieux fr\u00e8re, fr\u00e8re et cochon, cul et chemise, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une vie vraiment, c&rsquo;est pas trop pour se distraire. Pas trop \u00e9videmment \u2026 Dans le m\u00eame moment se tenait la conf\u00e9rence de la r\u00e9gion de Sidi-Bel-Abb\u00e8s du Parti Communiste Alg\u00e9rien, o\u00f9 j&rsquo;entendais pour la premi\u00e8re fois d\u00e9battre des rapports qui unissent les partis nationaux dans le Front Alg\u00e9rien pour l&rsquo;ind\u00e9pendance. Des miasmes \u00e0 la lumi\u00e8re, il ne s&rsquo;en fallait que de traverser trois rues.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc j&rsquo;arrive \u00e0 Descartes, c\u00e9l\u00e8bre par la grande gr\u00e8ve des travailleurs agricoles, \u00e0 la t\u00eate desquels se trouvait Berrhaou, membre du Comit\u00e9 central du Parti Communiste Alg\u00e9rien ; emprisonn\u00e9 depuis pour dix-huit mois. Aussit\u00f4t branle-bas de combat. Le gendarme de service s&rsquo;en va et embarque l&rsquo;aveugle Amdaoui, animateur du syndicat. Et puis il me demande mes papiers, dans le caf\u00e9 maure o\u00f9 je dessinais une dizaine de ceux qui avaient particip\u00e9 au grand mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;en va se poster \u00e0 la porte et lorsque je sors, me prie de le suivre, Contr\u00f4le d&rsquo;identit\u00e9. Deux heures. Ces messieurs s&rsquo;\u00e9tonnent quand je me f\u00e2che, ils ne font que leur devoir, et vous avez bien le droit de vous balader avec qui vous voulez, on est en R\u00e9publique, d&rsquo;ailleurs vos amis, on sait qui c&rsquo;est \u2026 au fait, il y a longtemps que vous les connaissez ?\u2026 Etonnant que vous vous f\u00e2chiez, je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Oran, avec un nom aussi difficile \u00e0 orthographier, on ne sait jamais \u2026 Vous pouvez disposer. Deux heures, bien s\u00fbr, et vous avez vu, on n&rsquo;est pas m\u00e9chants, d&rsquo;autant que vous \u00e9tiez dans la voiture du maire communiste de Bel-Abb\u00e8s. On la conna\u00eet \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ils connaissent tout le monde. S&rsquo;il y a un syndicat, le poste de police d&rsquo;Etat loge en face (B\u00e9ni-Saf) et si, sacr\u00e9 dessinateur, tu prends un pot (the \u00e0 la menthe) avec un copain au d\u00e9part du car, ils s&rsquo;am\u00e8nent, histoire de parler sur l&rsquo;art de Picasso dont ils connaissent un bout, il faut voir !<\/p>\n\n\n\n<p>Les grands jours, les l\u00e9gionnaires les remplacent afin de barrer la circulation. Pas de bagnoles, ni de bicyclettes, ni de pi\u00e9tons, rien vers Mers-el-K\u00e9bir, que les camions pleins de gars partant pour l&rsquo;Indochine, accompagn\u00e9s de la clique pour rendre les honneurs. Mais la nuit, tout ce monde-l\u00e0 se planque, un talent \u00e9patant qu&rsquo;ils ont pour dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les noms des rues, tout un programme. Rue Ibn-Khaldoun, je n&rsquo;en ai pas vue une seule. Mais rue Bugeaud, Bedeau, gourdin et sabre au clair, \u00e7a oui. \u00c7a doit faire plaisir aux descendants d&rsquo;Abd-el-Kader. Rarement rue Pasteur. A Alger, vous pouvez chercher une rue Marquet. Il est vrai que ce Fran\u00e7ais-l\u00e0, cet ami, ce fr\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait la lumi\u00e8re son affaire. Les statues : bottes, sabres &#8211; celui que brandit La Morici\u00e8re, place de la Br\u00e8che, \u00e0 Constantine, vaut le d\u00e9rangement et cinq minutes de m\u00e9ditation sur son actuelle signification lorsqu&rsquo;on massacre au cap Bon en Tunisie. Et, d\u00e9formant encore le visage de mon pays, un simple \u00e9pouvantail \u00e0 bachot, c&rsquo;est ce que l&rsquo;enseignement officiel a invent\u00e9 de faire de Fromentin.<\/p>\n\n\n\n<p>Partout o\u00f9 je me suis rendu, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 d&rsquo;un ami musulman, qui expliquait ce que je faisais. J&rsquo;avais tent\u00e9 de dessiner seul dans les rues, sur les march\u00e9s. Mais chaque fois que je me mettais au travail, l&rsquo;homme ou l&rsquo;enfant que je regardais s&rsquo;en allait imm\u00e9diatement. Tous me prenaient pour un policier. Un jour, un jeune homme cria, les l\u00e8vres fr\u00e9missant de col\u00e8re :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Dessine, va, dessine la mis\u00e8re de l&rsquo;Alg\u00e9rie pour le plaisir des Am\u00e9ricains ! \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il me prenait pour un touriste regardant d&rsquo;un \u0153il <em>curieux<\/em> une mis\u00e8re dont il souffrait cruellement depuis sa naissance. Son apostrophe \u00e9tait positive, aussi bien, dans sa seconde partie. Le fait ne se reproduisit plus d\u00e8s qu&rsquo;un ami m&rsquo;accompagna et qu&rsquo;apr\u00e8s explications les appr\u00e9hensions justifi\u00e9es furent calm\u00e9es, et le meilleur accueil me fut r\u00e9serv\u00e9 par les patriotes alg\u00e9riens de toutes tendances.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici l&rsquo;on d\u00e9nomme \u00ab Stalingrad \u00bb les lieux o\u00f9 la police ne s&rsquo;aventure pas. Un faubourg de Bel-Abb\u00e8s est d\u00e9sign\u00e9 ainsi ; aussi le douar d&rsquo;Ifri, et bien des coins du massif des Aur\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 deux journ\u00e9es dans l&rsquo;un de ces lieux, dessinant les habitants, dans le caf\u00e9 maure o\u00f9 se r\u00e9unissent les militants. Au mur les photos de Staline, Thorez, Duclos, Marty et Henri Martin, d\u00e9coup\u00e9es dans des journaux, voisinent avec celles des dirigeants nationaux, dont deux membres du Comit\u00e9 central, issus des villages environnants. Ici les jeunes font trente kilom\u00e8tres par n&rsquo;importe quel temps pour vendre la presse d\u00e9mocratique de douar en douar. Je me suis senti un tout petit C.D.H. ! Les colons refusent l&#8217;embauche \u00e0 ces camarades et tous ont faim, plus ou moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Le racisme prend parfois des chemins \u00e9tonnants. Une brave femme, honn\u00eate et pas m\u00e9chante, n\u00e9e \u00e0 Oran, me dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Vous ne trouvez pas que chez les Arabes et les Juifs, \u00e7a sent une odeur ind\u00e9finissable ? C&rsquo;est quand m\u00eame de dr\u00f4les de gens, pas comme nous. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je lui r\u00e9ponds qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9gout dans les quartiers-ghettos o\u00f9 ils vivent. Elle en convient et assure qu&rsquo;elle n&rsquo;y avait pas song\u00e9. On l&rsquo;\u00e9tonnerait en lui parlant de racisme. Dans ces conditions, le Parti repr\u00e9sente un miracle que seuls peuvent r\u00e9aliser des communistes. Ce qu&rsquo;ils ont d\u00fb vaincre de pr\u00e9jug\u00e9s, de d\u00e9fiance et de haine pour jeter ensemble les bases politiques de la nation !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>MAIS<\/strong> j&rsquo;ai quitt\u00e9 Oran, il \u00e9tait temps de foncer vers Constantine, faire une petite tourn\u00e9e vers le sud et remonter \u00e0 Alger pour rentrer.<\/p>\n\n\n\n<p>La beaut\u00e9 de Constantine, \u00e7a tient du r\u00eave et de la l\u00e9gende. Je veux dire la vue d&rsquo;ensemble, je veux dire la vue sur le paysage, saisie des parapets qui bordent les gouffres. Je ne dis pas le quartier arabe ou le quartier juif, o\u00f9 la mis\u00e8re s&rsquo;\u00e9gale \u00e0 celle de tant de pays. L\u00e0 les gens vivent r\u00e9ellement sous les ponts. Je les ai vus grelottant sous la pluie, la neige, dans la boue, travailler dans les minuscules et sordides \u00e9choppes, vivre, manger, dormir sous les arches du grand pont de pierre qui fait si bien dans le paysage. Mais ce que j&rsquo;ai vu de pire, c&rsquo;est le Bardo, bidonville de Constantine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas qu&rsquo;il soit possible de descendre si avant dans le d\u00e9nuement. Les gourbis d\u00e9fonc\u00e9s par la tomb\u00e9e des neiges, la boue pour plancher, les couvertures noy\u00e9es, les visages perdus, angoiss\u00e9s. L\u00e0 a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 le coup le plus terrible \u00e0 la dignit\u00e9. Ma petite fille que j&rsquo;y avais men\u00e9e &#8211; imaginez-vous que je veux qu&rsquo;elle s&rsquo;en souvienne et que cela fait partie de mon syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9ducation &#8211; ma petite fille m&rsquo;a dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Oh, les pauvres ! les pauvres ! \u00bb Je lui ai dit : \u00ab &#8211; Pas de r\u00e9flexions. \u00bb Alors, tout bas : \u00ab &#8211; Qui c&rsquo;est qui fait \u00e7a ? C&rsquo;est ce gouvernement ? \u00bb J&rsquo;ai dit \u00ab Oui \u00bb et elle : \u00ab &#8211; O\u00f9 qu&rsquo;il se cache ce m\u00e9chant ? \u00bb \u00ab &#8211; A Paris. \u00bb \u00ab &#8211; Quand on reviendra, je prendrai un b\u00e2ton et il verra. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A la Maison des Syndicats se tenait la conf\u00e9rence de la r\u00e9gion du Constantinois dont les travaux pr\u00e9fa\u00e7aient le VIe Congres national du Parti. J&rsquo;ai suivi la conf\u00e9rence le crayon en main, et au lendemain de sa cl\u00f4ture je partais vers le sud avec deux camarades, sur la route de Tougourt. L\u00e0, du c\u00f4t\u00e9 de Djemaa, j&rsquo;ai pass\u00e9 deux journ\u00e9es \u00e0 dessiner au soleil les hommes sans travail, les femmes au lavoir, les enfants sans \u00e9coles, le soir, la r\u00e9union des communistes du douar, sur le luxe du tapis \u00e9tendu comme pour recevoir et honorer ce qu&rsquo;il y a de mieux et de plus vrai. Et qu&rsquo;y a-t-il, en effet, de plus vrai et de mieux que ces r\u00e9unions qui d\u00e9cident partout dans le monde que l&rsquo;homme est ma\u00eetre et le lui montrent ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j&rsquo;ai quitt\u00e9 ce douar, ils m&rsquo;ont tous accompagn\u00e9s, les camarades, et \u00e0 la gare ils ont d\u00e9signe l&rsquo;un d&rsquo;eux pour me convoyer jusqu&rsquo;\u00e0 Biskra. J&rsquo;ai protest\u00e9 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Je peux bien prendre le train tout seul ! \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Alors l&rsquo;un d&rsquo;eux m&rsquo;a dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Le Parti a dit que tu ne savais pas marcher tout seul. Le Parti, il a plus de sagesse que ta t\u00eate et il voit mieux que tes yeux ! \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Parce que j&rsquo;\u00e9tais le seul europ\u00e9en \u00e0 prendre le train, le contr\u00f4leur m&rsquo;a dit de monter dans le dernier compartiment. C&rsquo;\u00e9tait un train de marchandises avec deux vieux wagons de bois. J&rsquo;y suis all\u00e9 et mon camarade s&rsquo;est assis \u00e0 c\u00f4te de moi. Un homme magnifique au teint noir, dernier descendant d&rsquo;une famille r\u00e9gnante de la r\u00e9gion, qui jamais ne s&rsquo;est pli\u00e9 \u00e0 la colonisation. Un homme violent, solide et fier. Si vous l&rsquo;aviez vu \u00e0 cheval ! L&rsquo;id\u00e9e que je me faisais d&rsquo;un roi, \u00e9tant enfant. Si vous n&rsquo;avez pas vu Belgacem sur son cheval blanc, alors vous ne savez pas ce que c&rsquo;est qu&rsquo;un cavalier. Ce n&rsquo;est pas un homme plus un cheval, c&rsquo;est une cr\u00e9ation en laquelle on distingue l&rsquo;homme et le cheval, qui tient des deux et qui n&rsquo;est ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre. C&rsquo;est cet homme-l\u00e0 que le petit contr\u00f4leur a voulu chasser de son compartiment r\u00e9serv\u00e9. Mais comme il m&rsquo;y avait invit\u00e9, j&rsquo;y suis rest\u00e9 et mon compagnon aussi. Il faisait semblant de ne rien comprendre \u00e0 ma discussion avec ce pion du rail, qui jamais ne comprendra de quelle force sur soi-m\u00eame est faite cette apathie apparente !<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, le pion en a appel\u00e9 un autre, et ils \u00e9taient deux pour casser la cro\u00fbte en r\u00e2lant contre \u00ab cette engeance de salet\u00e9 du diable qui tra\u00eene ses poux et ses sales gueules \u00bb \u2026 Quand ils ont eu fini de manger leurs conserves de porc (nourriture interdite par la religion musulmane), ils en ont offert un bout, sur la pointe du couteau, \u00e0 mon ami. Il a fait un bond en arri\u00e8re sous l&rsquo;insulte. Alors ils s&rsquo;en sont pay\u00e9 une petite pinte de rire, et je n&rsquo;ai rien dit, sinon que j&rsquo;avais faim, et mon copain a plac\u00e9 entre nous deux le sac d&rsquo;olives et le pain. Et chacun \u00e0 notre tour nous prenions des olives et buvions l&rsquo;eau de la gourde. C&rsquo;\u00e9tait sans doute un spectacle \u00e9tonnant, moi je l&rsquo;ignore, j&rsquo;\u00e9tais participant. Mais, vu comme cela, de l&rsquo;ext\u00e9rieur, avec les yeux de la b\u00eatise ? Ils \u00e9taient vraiment d\u00e9go\u00fbt\u00e9s et ils m&rsquo;ont regard\u00e9 en partant, vous savez avec ce regard dont on dit que s&rsquo;il \u00e9tait pistolet \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes quitt\u00e9s \u00e0 Biskra, et embrass\u00e9s, et j&rsquo;ai mis le lendemain le cap sur A\u00efn-M&rsquo;Lila o\u00f9 devait m&rsquo;attendre William Sportisse. J&rsquo;\u00e9tais plein de visions des splendeurs du d\u00e9sert et transport\u00e9 de rage contre toutes les vexations criminelles dont j&rsquo;avais, depuis un mois et demi, \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin. Ici l&rsquo;on condamne pour insulte par regard, ici l&rsquo;on bouche avec des pierres le puits que le fellah a creus\u00e9 pour sauver sa maigre palmeraie, alors que l&rsquo;eau est partout \u00e0 moins de trois m\u00e8tres et que le sable sue l&rsquo;humidit\u00e9 et se couvre d&rsquo;une couche \u00e9paisse de salp\u00eatre. Ici la moindre protestation devient, devant le juge, atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, et c&rsquo;est bien un miracle de plus \u00e0 l&rsquo;actif du Mouvement national alg\u00e9rien si ces hommes martyris\u00e9s et m\u00e9pris\u00e9s sur leur terre natale savent discerner que la France, ce n&rsquo;est pas cette trique qui leur z\u00e8bre le dos et l&rsquo;\u00e2me et le c\u0153ur, mais cette r\u00e9alit\u00e9 nationale qui s&rsquo;exprime par la voix et l&rsquo;action du peuple fran\u00e7ais, qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ceux qui s&rsquo;approprient le fer, l&rsquo;alfa, et le charbon, les exportent et maintiennent jalousement ce pays hors de toute grande industrie. Tout cela c&rsquo;est, para\u00eet-il, trois d\u00e9partements fran\u00e7ais. Les femmes musulmanes n&rsquo;y ont pas le droit de vote et accouchent assises dans des gourbis sans air o\u00f9 fume le charbon de bois des canouns. Les \u00e9lecteurs sont divis\u00e9s en deux coll\u00e8ges \u00e9lectoraux, le premier pour les \u00e9l\u00e9ments europ\u00e9ens, le second pour les musulmans, et le ca\u00efd leur tend lui-m\u00eame le bulletin de vote de l&rsquo;Administration. Le certificat d&rsquo;\u00e9tudes y constitue une extr\u00eame raret\u00e9, puisque 12 % des enfants sont scolaris\u00e9s. Et tout est \u00e0 l&rsquo;avenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, la France, ce n&rsquo;est pas cela, et ils le savent. Et ce que je vous dis (j&#8217;emprunte cette phrase \u00e0 un paysan musulman), ce que je vous dis, les souris et les rats du d\u00e9sert pourraient le dire aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>DANS<\/strong> la grande rue d&rsquo;A\u00efn-M&rsquo;Lila, nous avons pris le tacot tous terrains, accompagn\u00e9 du secr\u00e9taire de l&rsquo;Union des Syndicats, frais \u00e9moulu de l&rsquo;\u00e9cole centrale de la C.G.T., d\u00e9bordant d&rsquo;un enthousiasme qui faisait honte \u00e0 celui qui bout tout au fond de moi-m\u00eame sans savoir se montrer. Un tour vers les salines o\u00f9 travaillent, les plaies \u00e0 vif, nus pieds dans l&rsquo;eau sal\u00e9e, des hommes harass\u00e9s de porter des sacs pleins sur le dos comme des mulets. Ils viennent tous nous serrer la main, et la pr\u00e9sentation du peintre donne lieu \u00e0 un meeting, comme partout o\u00f9 l&rsquo;on m&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9. Et, comme partout, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de transmettre le salut fraternel aux travailleurs fran\u00e7ais. L\u00e0, il n&rsquo;y avait pas de syndicat. Le temps de faire deux dessins, pendant que parlent les camarades alg\u00e9riens, et lorsque j&rsquo;en ai eu termin\u00e9, camarades, il y avait un syndicat.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis nous sommes repartis vers les terres, et le tacot a stopp\u00e9 assez loin d&rsquo;une maison. Il faut bien nommer ceci une maison : des murs et un toit, c&rsquo;est une maison, m\u00eame si cela s&rsquo;\u00e9croule lorsqu&rsquo;il y a des gens dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>Un visage de vieille. Le secr\u00e9taire demande : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; A qui appartient cette maison ? \u00bb et la femme r\u00e9pond : \u00ab &#8211; A son propri\u00e9taire. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c7a, c&rsquo;est la peur de l&rsquo;\u00e9tranger. Elle dit aussi qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;homme ici, qu&rsquo;il est parti, et que nous partions aussi. Mais nous approchons lentement, en parlementant, et Sportisse me dit de me m\u00e9fier du chien. Alors para\u00eet un homme arm\u00e9 d&rsquo;un gourdin, qui vient \u00e0 grands pas, comme pour le combat, beau comme l&rsquo;Antique dans son grand burnous blanc. Mais aux premiers mots il comprend et nous m\u00e8ne vers la maison au pied de laquelle gisent de grands os de chameaux. Le chien n&rsquo;a pas boug\u00e9, n&rsquo;a pas aboy\u00e9, la faiblesse et la faim le clouent sur place. La femme, tr\u00e8s vieille, est venue, timide, et puis une autre, et deux enfants, un tout petit, et l&rsquo;autre une fillette de huit ans peut-\u00eatre. D\u00e8s qu&rsquo;elle m&rsquo;a vu, elle a \u00e9t\u00e9 prise de frissons, et puis de grands sanglots de peur l&rsquo;ont secou\u00e9e, et enfin elle s&rsquo;est couch\u00e9e, la t\u00eate cach\u00e9e sous un voile de la vieille qui lui caressait le corps de sa main d\u00e9charn\u00e9e. J&rsquo;avais mal \u00e0 penser \u00e0 ce que des hommes habill\u00e9s comme moi, et parlant ma langue, avaient d\u00fb faire \u00e0 cette enfant-l\u00e0 pour que ma pr\u00e9sence d\u00e9clenche une telle terreur. Et puis l&rsquo;autre gosse a cri\u00e9, alors la vieille a sorti un sein pour le calmer. Je dessinais, je me suis arr\u00eat\u00e9 pour interroger. Chez nous les grand-m\u00e8res ne nourrissent pas les tout petits au sein, alors \u2026 Cette vieille-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait la m\u00e8re, et elle n&rsquo;avait pas trente ans. Elle a dit la faim, elle a dit la peur du colon qui ne parle que le fusil \u00e0 la main et paye le travail d&rsquo;une journ\u00e9e cent francs, et si tu ne veux pas, cr\u00e8ve !<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai ferm\u00e9 mon bloc \u00e0 croquis, emportant le visage de ce d\u00e9sastre, poursuivi des sanglots de l&rsquo;enfant. Je voudrais que vous les entendiez tous, afin que vous appliquiez tous, sans faiblir, le traitement interne qui rendra intacte et radieuse la face de notre France.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"462\" height=\"650\" data-attachment-id=\"25485\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/12\/23\/taslitzky\/boris-taslitzky-8-mai-1945\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?fit=462%2C650&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"462,650\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Boris Taslitzky 8 mai 1945\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?fit=213%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?fit=462%2C650&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?resize=462%2C650&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25485\" style=\"width:396px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?w=462&amp;ssl=1 462w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Boris-Taslitzky-8-mai-1945.jpg?resize=213%2C300&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 462px) 100vw, 462px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Boris Taslitzky &#8211; Un rescap\u00e9 du massacre du 8 mai 1945<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Sur la route vers Alger, il y a S\u00e9tif. Un nom qui fait fr\u00e9mir depuis que, le 8 mai 1945, alors que Paris dansait de joie dans la paix retrouv\u00e9e, 40.000 musulmans, victimes d&rsquo;une infernale provocation mont\u00e9e par l&rsquo;administration, tombaient sous les balles de troupes fran\u00e7aises. S\u00e9tif est encore comme en \u00e9tat de si\u00e8ge. L\u00e0, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 le communiste Denier qui a eu les deux mains coup\u00e9es \u00e0 la hache. Denier, horriblement mutil\u00e9, exsangue sur son lit d&rsquo;h\u00f4pital, qui trouva encore la force d&rsquo;accuser le commandement : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Non, ce ne sont pas les musulmans, c&rsquo;est vous qui m&rsquo;avez coup\u00e9 les mains ! \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans un petit village, \u00e0 trente kilom\u00e8tres de la ville, que je suis all\u00e9 voir Denier. Un village que l&rsquo;on e\u00fbt cru fran\u00e7ais, cach\u00e9 dans les couleurs tendres du printemps d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent. Nous avons bu le caf\u00e9, dessin\u00e9 et parl\u00e9 vingt minutes, et puis je m&rsquo;en suis all\u00e9, mais, avant, nous nous sommes embrass\u00e9s. Le mot Fraternit\u00e9 est un mot communiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis j&rsquo;ai vu les gorges de Kherrata. Si la splendeur a un sens, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il faut la voir, Mais ici, elle est \u00e0 jamais salie par le crime qu&rsquo;y a commis la L\u00e9gion en pr\u00e9cipitant du haut des rocs dans le gouffre des centaines de paysans qui avaient cru comprendre que l&rsquo;Alg\u00e9rie avait droit \u00e0 la libert\u00e9 en ce jour de victoire, le 8 mai 1945. L\u00e0 s&rsquo;\u00e9tale sur un immense rocher plat, droit comme une ba\u00efonnette, la signature de l&rsquo;assassin, un immense \u00e9cusson de ciment grav\u00e9 : \u00ab LA LEGION ETRANGERE, 1945 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai regagn\u00e9 Alger pour suivre les travaux du sixi\u00e8me Congr\u00e8s du Parti Communiste Alg\u00e9rien qui tient ses assises dans un garage au sol battu, un peu loin de la ville, par del\u00e0 les casernes, \u00e0 Hussein-Dey.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>AVEC<\/strong> quelques tissus, quelques portraits, des mots d&rsquo;ordre et la toile de fond que peignit Duvalet, en quelques heures ce lieu \u00e0 vieux tacots s&rsquo;\u00e9tait mu\u00e9 en grandeur, \u00e0 quoi se reconna\u00eet partout et toujours le style communiste. Et puis, dans la salle pleine, burnous, chechias, turbans, voiles et vestons m\u00eal\u00e9s, il y avait l\u00e0 le spectacle inoubliable du peuple alg\u00e9rien rassembl\u00e9, repr\u00e9sent\u00e9 par ses filles et ses fils, les meilleurs et les plus beaux, qui forgent dans le combat le visage nouveau-n\u00e9 de la nation qui se forme. Il y avait l\u00e0 tous ceux que j&rsquo;avais vus et \u00e9tudi\u00e9s sur place et chez eux, que j&rsquo;avais vus \u00e0 la peine et que je retrouvais ici \u00e0 l&rsquo;honneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quand fut appel\u00e9 au praesidium Andr\u00e9 Marty, et qu&rsquo;il monta \u00e0 la tribune, alors un d\u00e9lire d&rsquo;enthousiasme se saisit de la salle, debout, applaudissant et martelant : Marty, Marty, Marty ! Et moi aussi, \u00e9perdu de joie, rencontrant alors, et sans ombre aucune, ce que je cherche partout \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger : l&rsquo;amour de la France. Et cela parce que des hommes comme Marty savent faire que chacun sente que le mot Egalit\u00e9 est un mot communiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors ces hommes et ces femmes se succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la tribune, parlant en arabe ou en fran\u00e7ais, et, trois journ\u00e9es durant, trac\u00e8rent la route \u00e0 suivre pour le Parti. L\u00e0, j&rsquo;ai entendu Amdaoui, l&rsquo;aveugle de Descartes, raconter la sc\u00e8ne de l&rsquo;arrestation \u00e0 laquelle j&rsquo;avais assist\u00e9 un mois auparavant. Aux gendarmes qui l&#8217;emmenaient, il avait dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Vous avez peur d&rsquo;un homme qui tient un crayon, vous avez peur d&rsquo;un aveugle. Mais je vois mieux que vous, j&rsquo;ai les yeux du Parti. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un monstre lumineux, pas de nez, la face piqu\u00e9e de variole o\u00f9 des sourcils soulignent l&#8217;emplacement des yeux morts ; un visage o\u00f9 existe seule la bouche. Mais, quand parle cet homme, il mart\u00e8le la beaut\u00e9. Je l&rsquo;ai dessin\u00e9, et il m&rsquo;a demand\u00e9, inquiet, si c&rsquo;\u00e9tait ressemblant, bien ressemblant, lui qui n&rsquo;a jamais vu une figure. Et \u00e7a, c&rsquo;est la pr\u00e9occupation d&rsquo;un homme qui sait ce que c&rsquo;est qu&rsquo;une figure, et qui la respecte parce qu&rsquo;il aime. Lorsqu&rsquo;il \u00e9tait en prison, seul dans sa cellule, m\u00eame les droit-commun ont fait la gr\u00e8ve de la faim pour qu&rsquo;il soit lib\u00e9r\u00e9. Et lorsque, apr\u00e8s trois jours, il l&rsquo;a appris, alors il a fait appeler le directeur de la prison et lui a dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab &#8211; Tu vois cette soupe ? Appelle ton chien ; s&rsquo;il la mange, je mange aussi. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et puis, dans la joie, les confettis volant, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue la nouvelle direction du Parti, et, le dimanche matin, sous un soleil \u00e9clatant, a eu lieu le meeting public au stade municipal. L\u00e0 \u00e9taient venus les repr\u00e9sentants de tous les mouvements et partis nationaux qui avaient d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux premiers rangs quelques-uns de leurs dirigeants. Alors, avec Bouhali, Hadj-Ali a parl\u00e9, et son discours c&rsquo;\u00e9tait bien l&rsquo;un des plus beaux po\u00e8mes d&rsquo;amour d&rsquo;un po\u00e8te \u00e0 son pays, d&rsquo;un po\u00e8te \u00e0 son parti.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix de Marty s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e. Vous l&rsquo;avez entendue jusqu&rsquo;ici et ils l&rsquo;ont entendue aussi, les rats agonisants de peur et de haine, calfeutres au Gouvernement General. Et, ce jour-l\u00e0, une fois de plus, les fellahs et les dockers, les femmes et les hommes, arabo-berb\u00e8res ou alg\u00e9riens d&rsquo;origine europ\u00e9enne, et aussi l&rsquo;ennemi, tous, ils ont entendu que le mot Libert\u00e9 est un mot communiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>AVANT<\/strong> de quitter l&rsquo;Alg\u00e9rie, je me suis accord\u00e9 dans Alger deux jours de cong\u00e9. Balade dans la ville, sans crayon, saoul de lumi\u00e8re. J&rsquo;aurais tout voulu \u00eatre, la derni\u00e8re apr\u00e8s-midi, musicien et po\u00e8te, peintre et \u00e9crivain, tout contenir, aimer, \u00e9treindre et transformer dans le langage des sons, des tons et des mots et des rimes, pour tout donner.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut bien se faire une raison. On n&rsquo;est pas l&rsquo;encyclop\u00e9die. Et le navire qui quittait le port emportait des paquets que nous avions, Mireille et moi, ficel\u00e9s la veille.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos quatre cents dessins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Boris TASLITZKY.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignage de Boris Taslitzky paru dans La Nouvelle Critique, 4e ann\u00e9e, n\u00b0 35, avril 1952, p. 77-92 VOUS allez en Alg\u00e9rie ? Alors, un conseil, il y a une chose dont il faut vous m\u00e9fier : les Arabes. \u00bb Cette petite phrase m&rsquo;a rappel\u00e9 quelque chose. Buchenwald. La place d&rsquo;appel. \u00ab Combien de \u00ab St\u00fcck [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[32,112,138,5654,457,4887,909,910],"class_list":["post-25482","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-32","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-boris-taslitzky","tag-france","tag-la-nouvelle-critique","tag-parti-communiste-algerien","tag-parti-communiste-francais"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6D0","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":20022,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/10\/04\/bulgare-2\/","url_meta":{"origin":25482,"position":0},"title":"Boris Souvarine : Apr\u00e8s la d\u00e9faite bulgare. 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Paix en Alg\u00e9rie d&rsquo;abord","author":"SiNedjib","date":"05\/02\/2024","format":false,"excerpt":"Tribune de Lucien Weitz parue dans Nouvelle Gauche, 2e ann\u00e9e, n\u00b0 33, du 28 septembre au 11 octobre 1957, p. 6 IL y a des formes d'auto-critique qui se r\u00e9v\u00e8lent n'\u00eatre qu'un r\u00e9quisitoire contre les autres. 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