{"id":25592,"date":"2025-01-13T14:20:47","date_gmt":"2025-01-13T13:20:47","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25592"},"modified":"2025-01-13T14:20:47","modified_gmt":"2025-01-13T13:20:47","slug":"collinet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/13\/collinet\/","title":{"rendered":"Michel Collinet : Les parias de Paris. Une grande enqu\u00eate sur le drame des Nord-Africains"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Une enqu\u00eate sociale de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article20375\">Michel Collinet<\/a> parue en huit \u00e9pisodes dans <em>Franc-Tireur<\/em>, <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k41070147\/f1.item\">11 avril 1950<\/a> ; <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k4107015n\/f3.item\">12 avril 1950<\/a> ;<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k41070162\/f2.item\">13 avril 1950<\/a> ; <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k4107017g\/f3.item\">14 avril 1950<\/a> ;<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k4107020z\/f4.item\">18 avril 1950<\/a> ; <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k4107021c\/f4.item.zoom\">19 avril 1950<\/a> ;<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k4107022s\/f4.item.zoom\">20 avril 1950<\/a> ;<\/strong> <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k41070236\/f4.item.zoom\"><strong>21 avril 1950<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"592\" data-attachment-id=\"25593\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/13\/collinet\/ft-11-avril-1950\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-11-avril-1950.jpg?fit=512%2C592&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"512,592\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"FT 11 avril 1950\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-11-avril-1950.jpg?fit=512%2C592&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-11-avril-1950.jpg?resize=512%2C592&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25593\" style=\"width:408px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-11-avril-1950.jpg?w=512&amp;ssl=1 512w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-11-avril-1950.jpg?resize=259%2C300&amp;ssl=1 259w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Frileux sous la bise, sa garde-robe sur le bras, cet Alg\u00e9rien regarde avec un peu de nostalgie cette affiche qui \u00e9voque le pays&#8230;<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>CE<\/strong> <strong>n&rsquo;est plus tellement, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;aventure qui est au coin de la rue ; c&rsquo;est la mis\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;injustice. Ce n&rsquo;est pas seulement dans de lointaines parties du monde que la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme, son droit \u00e0 la vie et \u00e0 la libert\u00e9, sont sans cesse bafou\u00e9s ou supprim\u00e9s : c&rsquo;est pr\u00e8s de nous, chez nous aussi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u00a0Franc-Tireur\u00a0\u00bb, dont la mission est de revendiquer hautement pour tous les opprim\u00e9s, pour toutes les victimes de l&rsquo;exploitation ou de la tyrannie, a toujours plac\u00e9 au premier plan de ses pr\u00e9occupations sa solidarit\u00e9 avec les peuples d&rsquo;outre-mer, sans droits et sans libert\u00e9s sur leur terre colonis\u00e9e, sans s\u00e9curit\u00e9, sans espoir et sans honneur quand ils servent, dans la m\u00e9tropole, de main-d&rsquo;\u0153uvre au rabais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A l&rsquo;heure o\u00f9 une folle politique \u00e0 courte vue dresse contre la France le peuple du Vi\u00eat-Nam, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 les peuples d&rsquo;Afrique du Nord r\u00e9clament en vain leur droit \u00e0 la vie et \u00e0 la dignit\u00e9, il nous a paru utile de montrer dans quelles conditions on fait v\u00e9g\u00e9ter, ici, des travailleurs nord-africains qu&rsquo;une presse inconsciente et irresponsable trouve commode, \u00e0 l&rsquo;occasion, de charger de tant de p\u00e9ch\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour la premi\u00e8re fois avec cette ampleur et cette pr\u00e9cision, notre ami Michel Collinet, \u00e9crivain et journaliste, a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 fond la vie des Nord-Africains \u00e0 Paris. Pour la premi\u00e8re fois seront r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ici, en toute lumi\u00e8re et en toute v\u00e9rit\u00e9, les aspects d&rsquo;un drame permanent qui est celui de travailleurs trait\u00e9s en parias et en boucs \u00e9missaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>Le drame du Nord-Africain transplant\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de toit, et pas toujours du travail<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>IL<\/strong> y a quelques mois, une certaine presse, pour rompre le d\u00e9s\u0153uvrement des mois d&rsquo;\u00e9t\u00e9 et retrouver des lecteurs, inventa le Nord-Africain, agresseur d&rsquo;honn\u00eates promeneurs, violeur de jeunes filles, le Nord-Africain, v\u00e9ritable \u00ab\u00a0danger public\u00a0\u00bb, venu expr\u00e8s en France pour piller et tuer !<\/p>\n\n\n\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 \u00e9tait facile : il suffisait chaque jour d&rsquo;\u00e9pingler les quelques d\u00e9lits o\u00f9 se trouvaient des noms arabes, en taisant les centaines de d\u00e9lits analogues commis par des escarpes qui ne nous viennent pas d&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>En Allemagne, et en France sous l&rsquo;occupation, la presse nazie avait voulu nous habituer \u00e0 consid\u00e9rer les juifs comme des vampires. On a voulu recommencer avec les Nord-Africains.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est si commode de trouver des boucs \u00e9missaires, de marquer des criminels par la couleur de leur peau ! Cela permet d&rsquo;oublier les vrais, tout en satisfaisant les besoins infantiles (le mythe du croquemitaine) et x\u00e9nophobes des simples d&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue de Chartres a une mauvaise r\u00e9putation : filles, souteneurs, trafiquants passent pour l&rsquo;habiter : mais il y a aussi des ouvriers et des commer\u00e7ants qui ne font pas parler d&rsquo;eux et se contentent d&rsquo;exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons rendu visite \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, Ali Saad Bouzis, boucher de sa profession, mutil\u00e9 de guerre et pr\u00e9sident du Comit\u00e9 d&rsquo;aide aux Nord-Africains. On monte \u00e0 son entresol par un petit escalier sombre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Voyez-vous, me dit-il, il y a de tout dans notre quartier et la r\u00e9putation des uns rejaillit sur les autres. C&rsquo;est la m\u00eame chose pour les Nord-Africains. Il y en a qui volent, un veston ou du pain, le plus souvent ; mais ils n&rsquo;ont rien et la faim les excite. Hier j&rsquo;en ai rencontr\u00e9 un dans un bistro ; je ne l&rsquo;avais pas vu depuis longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En voyage ? je lui demande.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, me r\u00e9pond-il, je sors de taule et je voudrais bien y rentrer \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tu n&rsquo;es pas fou ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non, mais j&rsquo;en ai assez de coucher dans des portes derri\u00e8re des caisses \u00e0 ordures.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tel que, monsieur ! Et pendant ce temps, il y a des maisons inhabit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Des maisons inhabit\u00e9es ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>\u00ab Ce sont des enfants \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Oui, d&rsquo;anciennes maisons closes. On en a r\u00e9quisitionn\u00e9 quelques-unes, mais d&rsquo;autres restent ferm\u00e9es. \u00c7a enrage les gens de voir \u00e7a. Il y en a une magnifique au 226, boulevard de la Villette ; elle est \u00e0 vendre depuis trois ans. Ca en ferait des logements \u2026 Il y a des rixes, oui ! Les chevaux se battent au r\u00e2telier, mettez-les dans un pr\u00e9, c&rsquo;est la paix ! Ce qu&rsquo;il faut. c&rsquo;est des logements et du travail. Ce sont des enfants ; l&rsquo;oisivet\u00e9 est tr\u00e8s mauvaise, surtout pour les enfants \u2026 Malheureusement, il en vient toujours ; 3.500 francs un passage en avion, avec les colis. C&rsquo;est pour rien, mais il y a une caisse noire pour financer cela.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Une caisse noire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui. Les gros colons sont bien contents de les voir partir ; ils les ont remplac\u00e9s par des machines. Ce n&rsquo;est pas comme il y a trente ans. A ce moment, ils avaient besoin de bras et criaient fort quand les ouvriers venaient en France \u2026 Ils allaient se corrompre ici. Maintenant : bon voyage !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Certains disent qu&rsquo;ils sont nomades.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comme n&rsquo;importe qui. La faim fait sortir le loup. Ils font n&rsquo;importe quoi, mais n&rsquo;oubliez pas qu&rsquo;ils ont des gosses. Quant aux \u00ab\u00a0mauvais gar\u00e7ons\u00a0\u00bb, ils sont loin, on le sait bien, d&rsquo;en avoir le monopole.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je me suis rappel\u00e9 qu&rsquo;Aristide Bruant, qui ne connaissait pas les Nord-Africains, chantait d\u00e9j\u00e0 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Tous les sans-sou, tous les sans-pain<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Radinaient tous, mem&rsquo; ceux d&rsquo; Grenelle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A la Chapelle.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La mis\u00e8re mauvaise conseill\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les statistiques de la police judiciaire confirment ce que dit Ali Bouzis. En octobre 1949, 189 Alg\u00e9riens sur un total de 3.900 personnes arr\u00eat\u00e9es. Si on rapporte ces nombres \u00e0 la population adulte du d\u00e9partement, alg\u00e9rienne ou m\u00e9tropolitaine, on trouve dans les deux cas 13 \u00e0 14 personnes arr\u00eat\u00e9es pour 10.000. Si on rapportait le nombre des arrestations \u00e0 la population masculine, ce qui est le cas des Nord-Africains, alors la comparaison serait en faveur de ces derniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les 189 arrestations, nous en trouvons 16 pour agression, 7 pour outrage \u00e0 la pudeur, 8 pour coups et blessures, 7 pour cambriolages, 64 pour vols et recels. Le reste entre dans la cat\u00e9gorie administrative des divers (disputes, vagabondages, insultes, etc \u2026 ). Aujourd&rsquo;hui que les petits trafics lucratifs du march\u00e9 noir sont disparus, dispara\u00eet aussi ce que j&rsquo;appellerai la d\u00e9linquance \u00ab\u00a0artisanale\u00a0\u00bb. Il faut des capitaux pour \u00eatre gangster et ce d\u00e9bouch\u00e9 reste ferm\u00e9 aux Nord-Africains.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cent ans, Flora Tristan remarquait que \u00ab\u00a0le vol est une cons\u00e9quence logique de la mis\u00e8re arriv\u00e9e \u00e0 sa derni\u00e8re limite\u00a0\u00bb. (<em>Promenades dans<\/em> <em>Londres<\/em>.) Il serait normal d&rsquo;appliquer cela \u00e0 la mis\u00e8re nord-africaine. Or le nombre d&rsquo;arrestations est minime ; le nombre de d\u00e9lits l&rsquo;est aussi, car on n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9gards particuliers pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie des Nord-Africains est ailleurs : dans une lutte dure pour gagner de quoi manger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">(<em>A suivre<\/em>.)<br><strong>Michel COLLINET.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>C&rsquo;EST LA FAMINE QUI POUSSE LES NORD-AFRICAINS VERS LA METROPOLE<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"559\" data-attachment-id=\"25594\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/13\/collinet\/ft-12-avril-1950\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?fit=683%2C658&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"683,658\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"FT 12 avril 1950\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?fit=580%2C559&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?resize=580%2C559&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25594\" style=\"width:498px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?w=683&amp;ssl=1 683w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?resize=300%2C289&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La r\u00e9partition des Nord-Africains dans la r\u00e9gion parisienne.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>ON<\/strong> a beau invoquer les \u00ab caisses noires \u00bb, la propagande, le nomadisme physiologique des Berb\u00e8res, la cause r\u00e9elle de l&rsquo;immigration nord-africaine est dans la mis\u00e8re et la surpopulation. En Alg\u00e9rie, particuli\u00e8rement, la situation est critique. Dans un ouvrage r\u00e9cent publi\u00e9 par l&rsquo;Institut national d&rsquo;Etudes d\u00e9mographiques, M. Louis Chevalier donne des chiffres que chacun doit mediter. Sur 7 millions de musulmans, r\u00e9partis en 1.400.000 familles, dont un million cultivent la terre, il faut compter au moins 600.000 familles dans le denuement le plus complet. Ajoutons-y 100.000 familles d&rsquo;ouvriers agricoles (avec des salaires de 100 \u00e0 160 francs par jour) et 150.000 familles de m\u00e9tayers dont les revenus oscillent de 20.000 \u00e0 50.000 francs par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette population s&rsquo;accro\u00eet de 130.000 individus, ou 25.000 familles par an. La densit\u00e9 dans certaines r\u00e9gions particuli\u00e8rement pauvres comme la Grande Kabylie est quatre \u00e0 cinq fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la France. C&rsquo;est de l\u00e0 que vient la majorit\u00e9 des immigr\u00e9s en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>Un haut fonctionnaire du gouvernement d&rsquo;Alger, M. Marcel Weckel, \u00e9crit qu&rsquo;avant la guerre le niveau de vie moyen se situait entre le quart et le sixi\u00e8me de celui de la France. Cela place l&rsquo;Alg\u00e9rie au niveau des Indes. Mais depuis dix ans, cette situation s&rsquo;est aggrav\u00e9e. Un ing\u00e9nieur agronome, M. Dumont, \u00e9crit que la r\u00e9colte par t\u00eate de population musulmane qui \u00e9tait de cinq quintaux en 1872 n&rsquo;\u00e9tait plus que de deux quintaux en 1948. Dans une conf\u00e9rence faite en d\u00e9cembre dernier, le m\u00eame M. Dumont, expert du commissariat au plan pour les questions alg\u00e9riennes, disait : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab\u00a0Avec le d\u00e9veloppement mod\u00e9r\u00e9 de ses seules ressources agricoles, en prolongeant les courbes actuelles de production et de population, l&rsquo;Afrique du Nord va \u00e0 la famine.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Echapper \u00e0 la mis\u00e8re et \u00e0 la stagnation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9chapper \u00e0 la famine, les hommes \u00e9migrent. Citons encore M. Dumont :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab\u00a0Sans l&rsquo;apport des salaires ext\u00e9rieurs, la situation serait catastrophique en<br>Kabylie.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le mandat envoy\u00e9 de France &#8211; au prix de quels sacrifices, nous le<br>verrons dans ces articles &#8211; joue un r\u00f4le \u00e9lectrisant (1). Plut\u00f4t que de v\u00e9g\u00e9ter \u00e0 gratter sa terre, vendre quelques figues et cueillir des glands de ch\u00eane pour son couscous, un Kabyle qui a le souci de sa famille se doit, s&rsquo;il veut m\u00e9riter le respect de sa femme et de ses voisins, de venir en France amasser un petit p\u00e9cule. Apres deux ans d&rsquo;absence, il esp\u00e8re payer ses dettes, acheter une ou deux ch\u00e8vres et obtenir la consid\u00e9ration de ses amis sans laquelle aucun homme ne peut vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il existe chez les jeunes berb\u00e8res un d\u00e9sir de s&rsquo;\u00e9manciper de la terrible et ancestrale tutelle paternelle. Bien qu&rsquo;ils voient la France m\u00e9tropolitaine \u00e0 travers les taudis, la faim et la tuberculose, c&rsquo;est cependant la France de la libert\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gne le droit personnel, \u00e0 moins que ce ne soit l&rsquo;absence de droit. Ils \u00e9chappent \u00e0 la coutume berb\u00e8re et &#8211; chose plus importante &#8211; \u00e0 l&rsquo;humiliation raciale que beaucoup de Fran\u00e7ais d&rsquo;Alg\u00e9rie font peser sur eux. Ils se sentent plus libres en France, malgr\u00e9 la mis\u00e8re et le d\u00e9racinement, malgr\u00e9 les trop nombreuses rebuffades qu&rsquo;ils essuient de tous c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Autant un Berb\u00e8re parle volontiers de ses enfants, autant il est discret sur ses parents, qui repr\u00e9sentent le poids des traditions. Avant la guerre, plus de 10 % des Kabyles alg\u00e9riens vivaient avec une femme fran\u00e7aise. Si l&rsquo;on tient compte des pr\u00e9jug\u00e9s raciaux comme de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, ce nombre n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9gligeable. Il serait plus consid\u00e9rable aujourd&rsquo;hui sans les difficult\u00e9s d&#8217;emploi et de logement. Sans ces m\u00eames difficult\u00e9s, d&rsquo;autres feraient venir en France leur femme berb\u00e8re (2). Ceux-l\u00e0, formeraient le fond d&rsquo;une \u00e9migration d\u00e9finitive, ce qui ne signifie pas du tout qu&rsquo;ils abandonnent la cause de leurs fr\u00e8res rest\u00e9s en Afrique. Trop d&rsquo;exemples me l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;Islam reste profond, et les rares conversions au catholicisme suscitent en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup de r\u00e9serve o\u00f9 perce du m\u00e9pris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;\u00e9migration familiale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;immigration, distinguons d&rsquo;abord les Marocains et Tunisiens des Alg\u00e9riens. Marocains et Tunisiens viennent en France avec un passeport et un contrat de travail. Le contrat \u00e9tant \u00e9puis\u00e9 ou rompu, ils sont dans la situation l\u00e9gale d&rsquo;un ch\u00f4meur de la m\u00e9tropole et peuvent se faire rapatrier, un cautionnement ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 au d\u00e9part d&rsquo;Afrique. C&rsquo;est le cas, par exemple, des 2.800 mineurs de fond qui \u00e9taient employ\u00e9s en octobre 1949 et qui sont venus avec un contrat de dix-huit mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout autre est la situation des Alg\u00e9riens, citoyens fran\u00e7ais pour qui la circulation est libre entre l&rsquo;Alg\u00e9rie et la France. Ils viennent, au hasard des influences, des rumeurs, des fr\u00e9quentations. \u00ab Si Mohamed a du travail, pourquoi pas moi ? \u00bb, se dit Abd-el-Kader ; et il va o\u00f9 se trouve une adresse qu&rsquo;on lui a \u00e9crite sur un bout de papier. Ainsi l&rsquo;immigration se regroupe en France suivant les tribus d&rsquo;origine. En 1930, le professeur Louis Massignon avait dress\u00e9 une carte des tribus berb\u00e8res habitant la r\u00e9gion parisienne. Vingt ans plus tard, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 aux m\u00eames endroits les m\u00eames tribus, celles des Biban \u00e0 Gennevilliers, et de Dra el Mizan \u00e0 Boulogne, etc \u2026 Le lien communautaire est, chez eux, beaucoup plus, fort que la simple solidarit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est impossible de d\u00e9nombrer les Alg\u00e9riens en France ; au moins 300.000 et peut-\u00eatre 500.000. Tout ce qu&rsquo;on peut savoir, c&rsquo;est qu&rsquo;un peu moins de 100.000 \u00e9taient recens\u00e9s comme <em>travaillant effectivement<\/em> au 1er octobre 1949 : 25.000 dans la r\u00e9gion parisienne, 14.000 en Lorraine et dans le Jura, 18.000 dans le Nord et le Pas-de-Calais, 2.000 dans la Seine-Inf\u00e9rieure, etc \u2026 Les branches professionnelles o\u00f9 ils travaillent sont : la sid\u00e9rurgie (25.000), les houill\u00e8res (10.000), la m\u00e9canique (13.000), les travaux publics et le b\u00e2timent (16.000), les produits chimiques (8.000), etc&#8230; Le nombre d&rsquo;ouvriers agricoles permanents est infime. Nous verrons pourquoi ult\u00e9rieurement. En Gironde, o\u00f9 ils sont mi-agricoles, mi-industriels, dans la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne et les Alpes, aux produits chimiques et aux constructions de barrage, ces travailleurs sont surtout saisonniers.<\/p>\n\n\n\n<p>La statistique des Nord-Africains habitant le d\u00e9partement de la Seine est tout aussi difficile \u00e0 \u00e9tablir. Les chiffres des deux pr\u00e9fectures ne concordent pas et d&rsquo;ailleurs leur valeur change chaque mois. En mai 1949, on comptait 600 \u00e9tudiants, 1.900 membres des professions lib\u00e9rales. 8.000 commer\u00e7ants, 30.000 ouvriers et 68.000 \u00ab\u00a0flottants\u00a0\u00bb ; au total 108.500 Nord-Africains recens\u00e9s sur lesquels on comptait 7.000 Marocains et 1.500 Tunisiens. En fait, les \u00ab\u00a0flottants\u00a0\u00bb sont in\u00e9valuables et sont certainement plus pr\u00e8s de 120.000 que de 60.000.<\/p>\n\n\n\n<p>En novembre 1949, un autre sondage donnait les m\u00eames r\u00e9sultats, sauf une l\u00e9g\u00e8re augmentation des Marocains et Tunisiens. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, ces chiffres officiels sont au moins de 40 % au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9 probable. Si on les confronte avec ceux de l&rsquo;\u00e9poque 1930, qui fut celle avant la guerre du flux maximum, l&rsquo;augmentation est au moins du double (en 1930 : 38.000 recens\u00e9s et 65.000 probables.)<\/p>\n\n\n\n<p>Or on admet que l&rsquo;exc\u00e9dent des arriv\u00e9es en France sur les d\u00e9parts est d&rsquo;environ 3.000 individus par mois, sur lesquels au moins 2.000 se dirigent vers Paris ; de plus, comme nous le verrons, la plupart des sans-travail de province refluent vers la capitale. Il est donc impossible de fixer des chiffres pr\u00e9cis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>(A suivre.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Cela repr\u00e9sente au total plus de la moiti\u00e9 des salaires qui leur sont vers\u00e9s en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Le nombre de ces femmes a augment\u00e9 sensiblement depuis octobre 1949.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>ENTRE LE TRAVAIL ET LA DECHEANCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-large-font-size\"><strong>SI <\/strong>les relations familiales jouent un r\u00f4le d\u00e9cisif dans le flux de l&rsquo;immigration, si elles \u00e9vitent au Berb\u00e8re de mourir de faim sur le pav\u00e9 de Paris, elles permettent parfois l&#8217;embauche directe \u00e0 l&rsquo;usine. Quand il y a un poste vacant dans une \u00e9quipe, l&rsquo;Alg\u00e9rien n&rsquo;oublie jamais de recommander \u00e0 son chef un fr\u00e8re ou un cousin. Quand un Alg\u00e9rien repart pour l&rsquo;Afrique, il propose un proche parent \u00e0 sa place. De tr\u00e8s grandes entreprises recrutent ainsi directement sans s&rsquo;adresser \u00e0 un bureau de placement.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci n&rsquo;offre qu&rsquo;une chance infime d&#8217;emploi \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rien. Dans le 17e arrondissement dans le courant de novembre, un seul Alg\u00e9rien fut embauch\u00e9 sur 46 inscrits. Par ailleurs, il existe des bureaux de placement o\u00f9 syst\u00e9matiquement ils sont \u00e9cart\u00e9s au profit de n&rsquo;importe quel \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;excuse est dans une soi-disant hostilit\u00e9 du patronat \u00e0 l&#8217;emploi des Nord-Africains ; cette hostilit\u00e9 m&rsquo;a paru surfaite et je crois qu&rsquo;on la rencontrerait davantage parmi certains cadres moyens que dans la direction des entreprises. Ella a, dans la mesure o\u00f9 elle existe, sa source dans les r\u00e9cits des journaux sur les crimes ou soi-disant tels des Nord-Africains, et aussi dans la r\u00e9pulsion qu&rsquo;exerce sur toute personne quelque peu \u00e9go\u00efste le masque effrayant de la mis\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Nord-Africain, m\u00eame quand il travaille, est toujours dans cette marge o\u00f9 le prol\u00e9taire et le gueux viennent se confondre ; il a constamment un pied dans l&rsquo;indigence, ses v\u00eatements us\u00e9s, sa barbe mal ras\u00e9e, son dialecte incompr\u00e9hensible lui ferment les portes de ceux qui ne le connaissent pas. Ce mur fait de m\u00e9fiance et d&rsquo;hostilit\u00e9 est souvent difficile \u00e0 franchir. (1)<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai cependant enregistr\u00e9 les appr\u00e9ciations \u00e9logieuses de directeurs d&rsquo;entreprise sur la conscience professionnelle des ouvriers nord-africains. Comment d&rsquo;ailleurs pourraient-ils se plaindre de la docilit\u00e9 et du courage d&rsquo;hommes qui acceptent les emplois les plus p\u00e9nibles et les plus sales pour lesquels on ne trouve gu\u00e8re d&rsquo;ouvriers de la m\u00e9tropole ?<\/p>\n\n\n\n<p>Expos\u00e9 au feu des fonderies, au sable qui s&rsquo;insinue dans les poumons, \u00e0 l&rsquo;action corrosive de carbures benzo\u00efques, le Nord-Africain ne trouve aucune compensation ni dans un salaire \u00e9lev\u00e9, ni dans un logement d\u00e9cent, ni &#8211; et c&rsquo;est peut-\u00eatre le pire ! &#8211; dans le respect qu&rsquo;il devrait inspirer \u00e0 ses camarades de la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Le nomade vit d&rsquo;esp\u00e9rance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les employeurs ont, para\u00eet-il, tendance \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les Chleuhs marocains aux Kabyles alg\u00e9riens. Ils consid\u00e8rent que les premiers s&rsquo;adaptent mieux au travail et au climat dans la m\u00e9tropole. Il est dangereux d&rsquo;\u00e9piloguer l\u00e0-dessus \u00e9tant donn\u00e9es les conditions diff\u00e9rentes d&#8217;emploi des uns et des autres. Les Marocains n&rsquo;arrivent qu&rsquo;avec un passeport et un contrat de dur\u00e9e d\u00e9finie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les houill\u00e8res de France, les 2.500 Marocains y travaillant en octobre dernier \u00e9talent arriv\u00e9s par tribus enti\u00e8res avec leurs chefs et des interpr\u00e8tes. Au contraire les Alg\u00e9riens sont embauch\u00e9s au hasard des relations de voisinage ou de circonstances. Parmi les mineurs de fond alg\u00e9riens, 5.400 vinrent directement d&rsquo;Alg\u00e9rie et 3.600 furent recrut\u00e9s sur place de novembre 1945 \u00e0 janvier 1949. Sont consid\u00e9r\u00e9s comme stables 2.000 seulement, surtout dans les mines d&rsquo;Al\u00e8s et de la Grand-Combe, o\u00f9 ils ont fait venir leurs familles. Les autres restent quelques mois et disparaissent du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nomadisme, le \u00ab\u00a0turn-over\u00a0\u00bb, comme disent les Anglo-Saxons, est r\u00e9pandu dans les industries au travail p\u00e9nible et sale, et il affecte aussi les ouvriers fran\u00e7ais non qualifi\u00e9s. Seule l&rsquo;impossibilit\u00e9 de trouver un logement freine ce mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;Alg\u00e9rien sans famille, qui couche tous les soirs chez un compatriote diff\u00e9rent, rien ne peut emp\u00eacher sa volont\u00e9 de chercher ailleurs un sort meilleur \u00e0 celui qu&rsquo;il subit. C&rsquo;est sa mani\u00e8re de r\u00e9sister \u00e0 des pressions mat\u00e9rielles \u00e0 peine tol\u00e9rables, c&rsquo;est aussi sa mani\u00e8re d&rsquo;esp\u00e9rer \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette recherche d&rsquo;un emploi et d&rsquo;un minimum vital \u00e0 travers la France emp\u00eache l&rsquo;Alg\u00e9rien qui a quitt\u00e9 un travail de toucher une allocation de ch\u00f4mage. Il perd ses droits avec sa r\u00e9sidence. La loi n&rsquo;est \u00e9videmment pas faite pour lui. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 parmi les indigents de la rue Lecomte, un gar\u00e7on qui avait travaill\u00e9 sept mois \u00e0 Thionville dans la m\u00e9tallurgie. Il \u00e9tait venu \u00e0 Paris sur la foi d&rsquo;un vague renseignement concernant l&rsquo;ouverture de nouvelles usines (?)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>A la recherche du travail<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;Alg\u00e9rien de Paris, boycott\u00e9 par les bureaux de placement et qui n&rsquo;a pas trouv\u00e9 son s\u00e9same, il reste le bureau d&#8217;embauche que le minist\u00e8re du Travail consacre, 26, rue de Picardie, aux Nord-Africains.<\/p>\n\n\n\n<p>A deux pas de l&rsquo;ancien Carreau du Temple, des groupes de Nord-Africains font la queue avant de franchir une porte vitr\u00e9e qui s&rsquo;ouvre sur une pi\u00e8ce \u00e9troite divis\u00e9e par un comptoir. Des dizaines d&rsquo;hommes se pressent (il en d\u00e9file de 3 \u00e0 4.000 par mois). Un seul employ\u00e9 doit faire face \u00e0 toutes les demandes.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec une bonne humeur et une vivacit\u00e9 toute sportive qui contraste heureusement avec ce que la bureaucratie a trop souvent d&rsquo;inhumain, le dialogue suivant s&rsquo;engage :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu sais faire ?\u2026 Ah ! tu es compagnon peintre (l&rsquo;interrog\u00e9 fait un geste timide d&rsquo;approbation).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&#8217;employ\u00e9, M. M \u2026 , se pr\u00e9cipite sur un grand livre qu&rsquo;il compulse fi\u00e9vreusement et se redresse, l&rsquo;air vainqueur.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Tu connais la peinture au pistolet ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comment l&rsquo;autre ne pourrait-il pas dire oui !<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Tu sais faire des raccords ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un oui tr\u00e8s prudent lui r\u00e9pond.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Tu n&rsquo;es pas P1 (professionnel) ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un geste d&rsquo;ignorance !<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00c7a ne fait rien, tente ta chance, je t&rsquo;envoie chez Simca.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 ne dissimule plus sa joie. Malheureusement, il faut une carte d&rsquo;identit\u00e9 et il a perdu la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p>La Pr\u00e9fecture demande huit jours pour la lui r\u00e9tablir.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 Simca et la peinture qui s&rsquo;envolent !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais M \u2026 n&rsquo;est pas d\u00e9pourvu de ressources ; il \u00e9crit deux lettres de recommandation : l&rsquo;une pour obtenir de M. X \u2026 , \u00e0 la Pr\u00e9fecture, une attestation d&rsquo;identit\u00e9 ; l&rsquo;autre pour le directeur du personnel de Simca.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Naturellement, je mets \u00ab\u00a0tr\u00e8s bon \u00e9l\u00e9ment\u00a0\u00bb pour ce qui te concerne, ne me fais pas mentir ! Au suivant ! ajoute-t-il.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le suivant a travaill\u00e9 dans les mines du Nord. Une belle affiche sur le mur o\u00f9 l&rsquo;on voit un mineur costaud avec cette l\u00e9gende : \u00ab\u00a0Devenez mineur, premier ouvrier de France\u00a0\u00bb, n&rsquo;a pas l&rsquo;air de l&rsquo;impressionner.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Aujourd&rsquo;hui, les premiers sont les derniers, doit se dire le mineur.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>M \u2026 se plonge \u00e0 nouveau dans son grand livre qu&rsquo;il doit conna\u00eetre par c\u0153ur. Que peut-on offrir \u00e0 un ancien mineur sur la place de Paris ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ah, voil\u00e0 ! M \u2026 a une illumination.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Veux-tu \u00eatre nettoyeur de chaudi\u00e8re ? Va chez S \u2026 \u00e0 La Courneuve. Pr\u00e9sente-toi au chef de chantier, il est gentil et te trouvera bien un petit boulot.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Acceptons-en l&rsquo;augure, en \u00e9change d&rsquo;un billet de recommandation.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ainsi de suite. Chaque minute, M \u2026 donne des coups de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 l&rsquo;usine A \u2026 ou au chantier S \u2026 ; M \u2026 supplie un dieu invisible \u00e0 l&rsquo;autre bout du fil :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; J&rsquo;ai un Alg\u00e9rien, il est ancien combattant, il a trois gosses avec lui. Avez-vous une petite place ?\u2026 Il fera n&rsquo;importe quoi !\u2026<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le dialogue recommence quatre fois, cinq fois. Dans la salle, tout le monde attend anxieusement. Les autres sortent de leur indiff\u00e9rence : la cause de ce malheureux p\u00e8re de famille est devenue la leur ; son cas est un symbole. Enfin les aci\u00e9ries de Gennevilliers ont accept\u00e9 ! Un grand soulagement d\u00e9tend tous les visages.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement ce n&rsquo;est pas le cas g\u00e9n\u00e9ral. Des usines apr\u00e8s avoir accept\u00e9 le candidat ne veulent plus rien savoir de lui. A d&rsquo;autres, sans travail, M \u2026 doit dire de repasser la semaine prochaine. Quand il n&rsquo;a rien \u00e0 offrir, il ne ferme jamais la porte \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bonnes paroles font vivre \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la Seine, il y a 22.500 salari\u00e9s alg\u00e9riens qui sont recens\u00e9s. Avec les clandestins, et ceux qui donnent \u00ab\u00a0un coup de main\u00a0\u00bb, il y a peut-\u00eatre 30.000 salari\u00e9s, \u00e0 peu pr\u00e8s un sur quatre Alg\u00e9riens habitant le d\u00e9partement.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Il n&rsquo;y a pas seulement les ch\u00f4meurs de la r\u00e9gion parisienne, me dit M. Lamy, directeur du Centre de main-d&rsquo;\u0153uvre, la province nous en envoie tous les jours sous pr\u00e9texte qu&rsquo;il y a toujours du travail \u00e0 Paris. C&rsquo;est une fa\u00e7on pour les administrations locales de se d\u00e9barrasser des Alg\u00e9riens qu&rsquo;elles n&rsquo;appr\u00e9cient gu\u00e8re. Ces malheureux perdent leurs allocations familiales et leurs secours de ch\u00f4mage \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Nous manquons de moyens, avec seulement quatre contr\u00f4leurs sociaux pour trois d\u00e9partements qui doivent parfois visiter des fermes \u00e9loign\u00e9es de tout transport.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 du bureau de placement existe, rue de Picardie, un service de la S\u00e9curit\u00e9 sociale et des allocations familiales qui prend en main les dossiers en retard ou incomplets. Entre les lois de la m\u00e9tropole et colles de l&rsquo;Alg\u00e9rie, le travailleur est lamin\u00e9 comme nous le verrons plus loin !<\/p>\n\n\n\n<p>Avec une bonne volont\u00e9 et un courage \u00e9vidents les bureaux de la rue de Picardie font un gros effort avec peu de gens et de moyens d&rsquo;action. Mais comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, on ne vide pas l&rsquo;oc\u00e9an avec une petite cuiller.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>(A suivre.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Un sondage ex\u00e9cut\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es par l&rsquo;I.F.O.P. pour conna\u00eetre l&rsquo;opinion moyenne des Fran\u00e7ais sur la venue de travailleurs nord-africains donnait les r\u00e9sultats suivants :<br>Favorables : 18.<br>Hostiles : 50.<br>Indiff\u00e9rents : 32.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>LA NUIT D&rsquo;UN \u00ab\u00a0CLANDESTIN\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Sans argent, parfois sans papiers, c&rsquo;est chez un compatriote que le Nord-Africain trouvera le plus souvent une paillasse et un bol de soupe.<\/p>\n\n\n\n<p>La solidarit\u00e9 n&rsquo;est pas pour les Alg\u00e9riens une formule abstraite et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et l&rsquo;hospitalit\u00e9 du Berb\u00e8re sont connues. Moins il a, plus il donne. Jamais il ne mange seul devant un homme qui a faim, jamais il ne refuse sa porte \u00e0 un sans-logis.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous verrons \u00e0 quel point les travailleurs font vivre sur leur salaire mis\u00e9rable leurs fr\u00e8res sans emploi. La statistique est brutale : <em>un homme en moyenne en a trois autres \u00e0 sa charge.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A Gennevilliers, dans un d\u00e9barras o\u00f9 s&rsquo;entassaient avec des objets h\u00e9t\u00e9roclites, lits-cages et paillasses, j&rsquo;ai vu un de ces vagabonds dormir, le b\u00e9ret sur les yeux, le col du manteau relev\u00e9 sur le menton. Il \u00e9tait 7 heures du soir. A 8 heures il avait une soupe et \u00e0 9, il devait rendre son matelas pour courir Paris toute la nuit : \u00e0 Pigalle, il y a des porti\u00e8res \u00e0 ouvrir, \u00e0 d\u00e9faut du paquet de cigarettes aujourd&rsquo;hui d\u00e9daign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Halles, il y a un sac \u00e0 porter &#8211; pas trop lourd, il faut l&rsquo;esp\u00e9rer &#8211; contre un caf\u00e9. Puis si le sommeil l&#8217;emporte, on dort debout contre une porte coch\u00e8re. Si l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tend par terre ou sur un banc, on est s\u00fbr d&rsquo;\u00eatre cueilli par la police.<\/p>\n\n\n\n<p>La bonne solution est de trouver un copain chez qui il y a un peu de place, mais leg h\u00f4teliers ne se couchent pas toujours t\u00f4t, il faut attendre et entrer discr\u00e8tement les souliers \u00e0 la main et repartir de m\u00eame au petit jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi vivent des milliers de \u00ab\u00a0clandestins\u00a0\u00bb que l&rsquo;administration ne peut recenser. Ceux-l\u00e0 ont d\u00e9j\u00e0 un pied dans les bas-fonds et un emploi r\u00e9gulier qui pourrait seul les en sortir est d&rsquo;autant plus difficile \u00e0 obtenir qu&rsquo;ils poss\u00e8dent peu ou pas de papiers d&rsquo;identit\u00e9 et qu&rsquo;ils ne peuvent fournir aucun certificat de domicile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Un asile de nuit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A Gennevilliers, avenue Gabriel-P\u00e9ri, un Kabyle Djioua tient un caf\u00e9-h\u00f4tel, ou plut\u00f4t un asile de nuit pour ses compatriotes. Dans la salle, on consomme peu ; des sans-travail, las de courir inutilement \u00e0 droite et \u00e0 gauche y jouent au domino autour d&rsquo;un po\u00eale ronflant. La nuit on y dort partout.<\/p>\n\n\n\n<p>Les paillasses s&rsquo;entassent de la cave au grenier, et comme c&rsquo;est encore insuffisant pour la foule des mis\u00e9reux, il reste encore la salle de caf\u00e9. A 2 heures du matin, le bec de cane est enl\u00e8ve, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 coup\u00e9e, la foule somnole sur les banquettes, sur les tables et sous les tables ; les moins chanceux s&rsquo;\u00e9croulent sur leurs chaises. Djioua, que ses camarades du coin affectionnent particuli\u00e8rement, donne \u00e0 ses \u00ab\u00a0pensionnaires\u00a0\u00bb la soupe et les patates, et il en inscrit les frais sur sa grande ardoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Des milliers de francs de dettes seront en principe r\u00e9gl\u00e9es par les billets des futures quinzaines, mais le travail est si hypoth\u00e9tique que je doute avec Djioua lui-m\u00eame qu&rsquo;il soit jamais compl\u00e8tement indemnis\u00e9. En attendant, comme le marin colmate les fissures de son navire, il fait front, tant qu&rsquo;il peut, devant l&rsquo;inondation croissante de la mis\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Chez les indigents de la rue Lecomte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une \u00e9cole d\u00e9saffect\u00e9e, 6, rue Lecomte, la Pr\u00e9fecture de la Seine entretient un centre d&rsquo;h\u00e9bergement pour indigents, le centre Bouchafa-Salah, qui offre un lit et les repas gratuits \u00e0 soixante-seize Nord-Africains indigents. Le dur\u00e9e du s\u00e9jour ne peut exc\u00e9der un mois. Un millier environ sont pass\u00e9s officiellement par ce centre durant l&rsquo;ann\u00e9e 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dire que nous sommes encore dans le domaine des \u0153uvres au compte-gouttes !<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis pass\u00e9 rue Lecomte apr\u00e8s 6 heures du soir. Les pensionnaires y achevaient de d\u00eener : un potage, un rago\u00fbt de l\u00e9gumes et un peu de confiture. Le matin, ils ont un caf\u00e9 et quinze grammes de sucre. A midi, 120 grammes de viande qui peut \u00eatre remplac\u00e9 par du poisson ou un \u0153uf, un plat de l\u00e9gumes et un dessert, enfin 500 grammes de pain par jour. Le r\u00e9fectoire \u00e0 table de marbre, aux murs clairs, la cuisine aux murs blancs \u00e9taient propres et lumineux. Deux cuisiniers berb\u00e8res y prenaient leurs repas. L&rsquo;atmosph\u00e8re \u00e9tait celle d&rsquo;une cantine d&rsquo;\u00e9cole bien tenue.<\/p>\n\n\n\n<p>Traversant une cour peu \u00e9clair\u00e9e o\u00f9 des groupes d&rsquo;Alg\u00e9riens s&rsquo;agglutinaient dans l&rsquo;ombre, je parvins \u00e0 un dortoir de trente-huit lits, construit dans l&rsquo;ancien pr\u00e9au du groupe scolaire. L&rsquo;atmosph\u00e8re y \u00e9tait grise et humide ; sur le sol ciments et lav\u00e9 \u00e0 grande eau, des mares stagnaient. Les lits d&rsquo;h\u00f4pitaux serr\u00e9s les uns contre les autres comportaient une paillasse nue sans draps des deux couvertures r\u00e9glementaires sont distribu\u00e9es le soir \u00e0 chacun et reprises au lever). A une extr\u00e9mit\u00e9, s\u00e9par\u00e9e du dortoir par une porte battante, un local avec des bacs \u00e0 ablution et des latrines dont l&rsquo;odeur s&rsquo;insinuait depuis quelque peu parmi les lits.<\/p>\n\n\n\n<p>En me retournant, je me trouvai au milieu d&rsquo;un croupe d&rsquo;Alg\u00e9riens se demandant sans doute quelle mission je venais remplir parmi eux. Brusquement chacun veut parler le premier, exposer son cas. Plusieurs me mettent sous le nez des certificats \u00e0 l&rsquo;en-t\u00eate des \u00ab\u00a0Amiti\u00e9s nord- africaines\u00a0\u00bb qui portent dans l&rsquo;angle un faisceau de drapeaux tricolores : ils attestent qu&rsquo;ils ont fait la guerre, m\u00e9rit\u00e9 telle ou telle d\u00e9coration, obtenu tel grade dans l&rsquo;arm\u00e9e de la Lib\u00e9ration. Pour eux, ce papier symbolise le droit au travail ; il atteste que la France a pris un engagement envers eux. Ils ne veulent pas comprendre que ce papier ne leur ouvre aucune usine, qu&rsquo;il ne leur fournit aucun droit, et ils \u00e9prouvent le sentiment d&rsquo;une immense injustice.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres me tendent d&rsquo;anciens certificats de travail ; ils viennent de Lorraine, de Saint-Etienne, du Nord, etc \u2026 Le tour de France de la faim ! Pourquoi sont-ils l\u00e0 ! Les fonctionnaires et employeurs provinciaux se d\u00e9barrassent d&rsquo;eux en cr\u00e9ant la l\u00e9gende d&rsquo;un Paris miraculeux, ruche bourdonnante o\u00f9 le miel abonde. L&rsquo;un me dit timidement : \u00ab\u00a0Je suis veuf, j&rsquo;ai trois enfants qu&rsquo;un ami a recueillis rue Lhomond, trouvez-moi quelque chose, s&rsquo;il vous pla\u00eet.\u00a0\u00bb H\u00e9las, je n&rsquo;ai aucun pouvoir : je n&rsquo;ai l\u00e0 que des yeux et des oreilles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>O\u00f9 voulez-vous que j&rsquo;aille ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus loin, le directeur du service des Affaires nord-africaines, M. Destrebecq, est entour\u00e9 de quelques Nord-Africains. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux prend la parole et demande au nom de ses camarades que l&rsquo;heure du diner soit recul\u00e9e, car beaucoup, apr\u00e8s avoir fait la queue dans des bureaux d&#8217;embauche ne trouvent plus rien \u00e0 manger en rentrant au centre apr\u00e8s 6 heures. Apr\u00e8s discussion, le diner est recul\u00e9 d&rsquo;une demi-heure.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;entends une voix qui crie : \u00ab O\u00f9 voulez-vous que j&rsquo;aille ? Mettez-moi en prison \u00bb, le r\u00e8glement ne permet pas de rester plus d&rsquo;un mois, m\u00eame si on n&rsquo;a rien trouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; On assouplit le r\u00e8glement, me dit le directeur, mais on n&rsquo;\u00e9vite pas des drames au moment du d\u00e9part. Ceux qui ont trouv\u00e9 du travail, avant la fin de leur mois, je les garde jusqu&rsquo;\u00e0 leur premi\u00e8re paye et leur donne chaque jour un casse-cro\u00fbte. En plus, nous servons \u00e0 des isol\u00e9s une vingtaine de repas par jour. Mais ce qui est effrayant, c&rsquo;est le nombre des h\u00e9berg\u00e9s clandestins que leurs camarades d&rsquo;ici am\u00e8nent le soir. Il y en a eu jusqu&rsquo;\u00e0 soixante-dix qui se dissimulaient sous les lits. Il fallut prendre des mesures de surveillance, faire les pointages, mais il est impossible d&#8217;emp\u00eacher les infiltrations des clandestins.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La honte du rapatriement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand ces malheureux n&rsquo;arrivent pas \u00e0 trouver du travail, demandent-ils leur rapatriement en Alg\u00e9rie ?<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Assez rarement. Ils pr\u00e9f\u00e8rent rester ici le plus longtemps possible.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et le directeur me raconte le d\u00e9tail suivant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; L&rsquo;autre jour, j&rsquo;avais obtenu du minist\u00e8re un passage gratuit Paris-Alger pour quatre Alg\u00e9riens qui voulaient se faire rapatrier. On les met dans le train \u00e0 la gare de Lyon. Quinze jours apr\u00e8s j&rsquo;en retrouve un, rue Lecourbe : il avait saut\u00e9 du train \u00e0 son d\u00e9part.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pourquoi cet acharnement \u00e0 s&rsquo;accrocher \u00e0 une ville qui les repousse sans leur offrir un g\u00eete et du pain ? La premi\u00e8re r\u00e9ponse est qu&rsquo;ils ont plus de chance de travailler \u00e0 Paris qu&rsquo;en Alg\u00e9rie. N&rsquo;oublions pas que sur un million de familles paysannes musulmanes 600.000 sont dans le d\u00e9nuement.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me r\u00e9ponse est dans la fiert\u00e9 du Berb\u00e8re. Revenir chez lui apr\u00e8s \u00eatre parti, plein d&rsquo;espoir, apr\u00e8s avoir souvent bluff\u00e9 sur sa vie r\u00e9elle, et avoir d\u00e9crit \u00e0 sa famille un emploi imaginaire, constitue une humiliation vis-\u00e0-vis de sa femme et de ses voisins, sans parler de l&rsquo;usurier \u00e0 qui il a hypoth\u00e9qu\u00e9 son terrain en partant. Souffrir n&rsquo;importe quoi sauf une atteinte de prestige ; tel est un des piliers de la morale berb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui rentrent, ont travaill\u00e9, et rentrent \u00e0 leurs frais. Dans les mines, la plupart retournent en Alg\u00e9rie au bout de deux ans, au risque \u00e9norme de ne plus retrouver de travail \u00e0 leur retour. Le d\u00e9sir de revoir les leurs est plus fort que l&rsquo;app\u00e2t du gain.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les sans-emploi, les formalit\u00e9s de retour <em>gratuit<\/em> ont \u00e9t\u00e9 simplifi\u00e9es par l&rsquo;administration. Autrefois, il fallait avoir travaill\u00e9 pour \u00eatre. rapatri\u00e9. Cette anomalie qui cr\u00e9ait un privil\u00e8ge pour ceux qui en somme avaient le moins de besoin d&rsquo;\u00eatre aid\u00e9s a disparu. Aujourd&rsquo;hui, il suffit, avec un certificat m\u00e9dical d&rsquo;inaptitude au travail (ce qui est pure formalit\u00e9) de prouver que l&rsquo;on est ou ch\u00f4meur secouru ou simplement demandeur d&#8217;emploi depuis six mois (depuis un mois pour les plus de 50 ans, d\u00e9cret du 27 septembre 1949). Limitation charitable au calvaire de ceux qui n&rsquo;ont rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">(<em>A suivre<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>Les \u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s de la mis\u00e8re\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">LORSQUE LE NORD-AFRICAIN REUSSIT A OBTENIR UN EMPLOI STABLE ET A FONDER UN FOYER, IL NE VEUT PLUS RETOURNER DANS SON PAYS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>LE<\/strong> <strong>mot sonne faux dans cet oc\u00e9an de d\u00e9tresse. Il est cependant exact. La mis\u00e8re comme la fortune a ses \u00ab privil\u00e9gies \u00bb. Je r\u00e9serve ce terme pour celui qui poss\u00e8de \u00e0 la fois un salaire, un foyer, une famille vivant avec lui ; pour celui qui a cess\u00e9 &#8211; au moins momentan\u00e9ment &#8211; d&rsquo;\u00eatre un errant solitaire et qui s&rsquo;est fix\u00e9, m\u00eame dans une banlieue sordide.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Celui-l\u00e0 s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dignit\u00e9 de prol\u00e9taire. S\u00e9dentaire, comme son fr\u00e8re de la m\u00e9tropole, il subit la m\u00eame exploitation que lui, mais en revanche il a les m\u00eames droits que lui, touche les m\u00eames allocations familiales, les m\u00eames secours de maladie et de ch\u00f4mage. Socialement parlant, il n&rsquo;est plus l&rsquo;Africain d\u00e9racin\u00e9 qui suscite les grimaces des bureaux d&#8217;embauche. Qu&rsquo;est-il donc devenu ?<\/p>\n\n\n\n<p>A Gennevilliers, la route laisse \u00e0 droite une usine rougissant dans la nuit. Des terrains vagues et quelques maisonnettes ! Voici, \u00e0 gauche, un groupe de maisons \u00e0 deux \u00e9tages : briques et torchis ; elles se serrent frileusement autour d&rsquo;une cour \u00e9troite et humide ; ce tassement est d&rsquo;autant plus absurde que ce coin de banlieue est plut\u00f4t d\u00e9peupl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Un foyer musulman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au rez-de-chauss\u00e9e : une chambre et une cuisine. Ahmed A \u2026 me re\u00e7oit, avec ses deux a\u00een\u00e9s, des petits gar\u00e7ons aux cheveux blonds et au teint clair de 11 et 8 ans. Dans la chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, son troisi\u00e8me enfant &#8211; 4 ans &#8211; tousse dans son petit lit. Sa femme s&rsquo;exprime difficilement en fran\u00e7ais. Elle nous sert du vin.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Je suis n\u00e9 \u00e0 Sidi-A\u00efch, dans la commune mixte de la Soummam. Mon p\u00e8re y \u00e9tait artisan, mais cela ne l&#8217;emp\u00eachait pas de cultiver quelques figuiers et oliviers ; dans les ann\u00e9es pas trop s\u00e8ches il r\u00e9coltait aussi un peu de bl\u00e9. L&rsquo;\u00e9cole de Sidi-A\u00efch ne comprenait, de mon temps, qu&rsquo;une seule classe de gar\u00e7ons. Maintenant elle en a quatre. Ceci, pour une population de vingt mille habitants environ. Vous pensez si j&rsquo;ai eu de la chance ! Apr\u00e8s j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en apprentissage o\u00f9 j&rsquo;ai appris le travail de menuisier et de sculpteur sur bois. En 1939, j&rsquo;arrivais \u00e0 Paris, laissant ma femme et un enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Il n&rsquo;existait pas de travail dans ma profession en Alg\u00e9rie. A Paris, non plus, il n&rsquo;y avait pas de travail et j&rsquo;avais err\u00e9 six mois sans avoir rien trouv\u00e9 quand la guerre \u00e9clata. Envoy\u00e9 en Syrie dans un r\u00e9giment d&rsquo;artillerie, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9mobilis\u00e9 en 1940. En 1942 je revenais encore \u00e0 Paris et je m&rsquo;engageais comme manutentionnaire \u00e0 la S.N.C.F. Un jour, m&rsquo;approchant d&rsquo;un car \u00e9lectrique dont les accus \u00e9taient en chargement, le conducteur me lan\u00e7a : \u00ab\u00a0T&rsquo;occupe pas de \u00e7a. Tu n&rsquo;y connais rien !\u00a0\u00bb J&rsquo;\u00e9tais profond\u00e9ment vex\u00e9. Six mois apr\u00e8s, je passais un essai de menuiserie et je rentrais aux ateliers d&rsquo;entretien. J&rsquo;y suis encore. Ayant trouv\u00e9 cette bicoque, j&rsquo;y faisais venir ma femme il y a trois ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et aujourd&rsquo;hui vous \u00eates professionnel \u00e0 la S.N.C.F. ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, j&rsquo;ai m\u00eame eu le plaisir de montrer \u00e0 mon conducteur d&rsquo;autrefois que j&rsquo;en savais plus long que lui en menuiserie. Nous sommes tr\u00e8s copains maintenant !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et vos parents ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ils sont toujours \u00e0 Sidi-A\u00efch. Je leur envoie trois mille francs par mois.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Ici ce n&rsquo;est pas brillant mais mieux que l\u00e0-bas tout de m\u00eame<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je regarde le logement trop petit pour cette famille de cinq personnes : les deux a\u00een\u00e9s couchent dans la cuisine sur un canap\u00e9 que l&rsquo;on allonge pour en faire un lit. Le troisi\u00e8me hurle dans la chambre \u00e0 coucher de ses parents. Ce sont l\u00e0 des conditions d\u00e9plorables, mais pas tr\u00e8s diff\u00e9rentes, il est vrai, de celles de nombreux travailleurs parisiens ; et je demande :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Ne regrettez-vous pas d&rsquo;avoir fait venir votre famille \u00e0 Paris ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Certainement pas. L\u00e0-bas, les gosses n&rsquo;iraient pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, surtout en mon absence ; ma femme y toucherait par mois &#8211; avec quelque retard &#8211; 5.625 francs d&rsquo;allocation familiale. Ici nous recevons chaque mois 13.650 francs. Evidemment, les enfants s&rsquo;enrhument facilement : cette cuisine, les chauds et froids, la cour humide, ce n&rsquo;est pas brillant. Mais l\u00e0-bas, il n&rsquo;y a ni m\u00e9decins, ni sages-femmes et l&rsquo;h\u00f4pital est \u00e0 50 km. ! Alors vous comprenez ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je comprends d&rsquo;autant plus facilement que j&rsquo;ai vu chez les solitaires, qui ont tout laiss\u00e9 en Afrique, l&rsquo;am\u00e8re tristesse des d\u00e9racin\u00e9s contraints de vivre hors du temps pour ne pas en sentir le poids oppressant sur leurs \u00e9paules.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai laiss\u00e9 A \u2026 et son foyer pour courir \u00e0 1.500 m\u00e8tres de l\u00e0 chez Dr \u2026 Jardinet et petite maison. Dr \u2026 est arriv\u00e9 en France en 1926. D&rsquo;abord man\u0153uvre dans une fonderie en Lorraine, il vint \u00e0 Paris en 1928. Aujourd&rsquo;hui, il travaille dans le caoutchouc et est chef d&rsquo;\u00e9quipe. Il est mari\u00e9 \u00e0 une Parisienne, ouvri\u00e8re chez Simca. Ses parents sont \u00e0 Be\u00efda, pr\u00e8s de S\u00e9tif : ils y cultivent l\u00e9gumes et fruits. Dr \u2026 \u00e9voque cela comme un souvenir d&rsquo;enfance. L&rsquo;Alg\u00e9rie lui est devenue lointaine dans l&rsquo;espace et le temps \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>B \u2026 est arriv\u00e9 en France il y a dix ans. Maintenant, il est ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 chez Chausson. En 1946, il s&rsquo;est mari\u00e9 avec une musulmane d&rsquo;Alger et l&rsquo;a ramen\u00e9e avec lui. Une id\u00e9e fixe : le rendement et la crainte d&rsquo;\u00eatre d\u00e9bauch\u00e9. Parmi les nouveaux venus, l&rsquo;usine a fait des coupes sombres. Lui a heureusement de l&rsquo;anciennet\u00e9. Chez Chausson, il y a, para\u00eet-il, quelques professionnels d\u00e9j\u00e0 anciens. Ceux-l\u00e0 sont fix\u00e9s d\u00e9finitivement et jamais ne retourneront en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien sont-ils dans ce cas ? Une infime minorit\u00e9. En 1930, Louis Massignon avait trouv\u00e9 sur 60.000 Alg\u00e9riens, 20 m\u00e9nages musulmans, 700 m\u00e9nages l\u00e9gaux franco-musulmans et environ 5.000 concubinages, en tout dix pour cent. En 1943, sur les 10.000 Nord-Africains restant \u00e0 Paris, il y avait 2.000 m\u00e9nages.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui pour asseoir un m\u00e9nage, il faut deux choses : un logement et la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi. Les Alg\u00e9riens ne poss\u00e8dent ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, dans leur \u00e9crasante majorit\u00e9. Cependant, nous verrons plus tard que certains passent par-dessus tout pour avoir au moins l&rsquo;illusion d&rsquo;un foyer \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;illusion de la s\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;infime minorit\u00e9 qui s&rsquo;est construit un foyer ne tient gu\u00e8re \u00e0 revivre sur la terre d&rsquo;Afrique, d&rsquo;autant moins qu&rsquo;elle est en France depuis longtemps. Elle a \u00e9chapp\u00e9 au cycle infernal de la mis\u00e8re alg\u00e9rienne et est parvenue \u00e0 ce stade, qu&rsquo;on peut appeler sup\u00e9rieur sans ironie, de la mis\u00e8re europ\u00e9enne. Par rapport aux errants, elle est privil\u00e9gi\u00e9e comme la France est privil\u00e9gi\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">(<em>A suivre<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>LA TUBERCULOSE DECIME LES TRAVAILLEURS ALGERIENS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em>Dans une entreprise chimique de la banlieue parisienne, le nombre des Nord-Africains touch\u00e9s par le terrible mal est huit fois plus \u00e9lev\u00e9 que celui des ouvriers parisiens travaillant dans les m\u00eames conditions<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong>L&rsquo;ABSENCE<\/strong> de logement convenable, la sous-alimentation chronique entra\u00eenent in\u00e9vitablement dans leur sillage la tuberculose. Il \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9voir que les travailleurs nord-africains n&rsquo;y \u00e9chapperaient pas. A la tribune du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Seine, des orateurs ont parl\u00e9 de 35 % de tuberculeux dans la population nord-africaine du d\u00e9partement. Ce chiffre para\u00eet exag\u00e9r\u00e9, mais n\u00e9anmoins la tuberculose d\u00e9cime impitoyablement les rangs des immigr\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 vient le terrible fl\u00e9au ?<\/p>\n\n\n\n<p>Des t\u00e9moignages s\u00e9rieux nous montrent que l&rsquo;intrusion fran\u00e7aise en Afrique a amen\u00e9 dans ses bagages une recrudescence de la maladie. Dans son livre, Louis Chevalier nous rapporte que <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab les m\u00e9decins fix\u00e9s bien avant l&rsquo;\u00e9tablissement de notre protectorat dans l&rsquo;Empire du Moghreb consid\u00e9raient cette partie de l&rsquo;Islam comme presque totalement vierge d&rsquo;impr\u00e9gnation bacillaire \u00bb.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Louis Chevalier, dans le m\u00eame livre, \u00e9crit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab La carte de l&rsquo;\u00e9migration et celle de la tuberculose se recouvrent. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi le m\u00e9canisme du d\u00e9veloppement de la tuberculose est simple. L&rsquo;immigrant arrive sain en France, \u00e0 son premier voyage. Il y contracte le mal parfois assez rapidement et il retourne dans son pays en contaminant ses proches. Bien des causes expliquent cela. Ainsi que me le faisait remarquer le Dr Somia, de l&rsquo;h\u00f4pital franco-musulman, l&rsquo;Alg\u00e9rien est sensible \u00ab comme un nourrisson \u00bb, il repr\u00e9sente un terrain neuf et peu apte \u00e0 r\u00e9sister au bacille de Koch. Diff\u00e9rence de climat d&rsquo;abord : le paysan berb\u00e8re passe brusquement d&rsquo;une atmosph\u00e8re s\u00e8che et riche en oxyg\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;air humide, charg\u00e9 de gaz carbonique et de poussi\u00e8res virulentes, qui baigne nos villes industrielles. Il passe aussi d&rsquo;une nourriture v\u00e9g\u00e9tarienne et assez fruit\u00e9e \u00e0 des rago\u00fbts graisseux, cuits dans des casseroles sales. Enfin, il vient d&rsquo;un logement pauvre, mais a\u00e9r\u00e9, \u00e0 un taudis sans air ni lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Promiscuit\u00e9, sous-alimentation, travail malsain \u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Salet\u00e9, promiscuit\u00e9 et sous-alimentation sont en effet les grandes causes provoquant l&rsquo;infection bacillaire : terrain physiologique appauvri et facilit\u00e9 de transmission expliquent les ravages de la maladie. Ajoutons-y le travail p\u00e9nible et salissant dans certaines industries chimiques, et enfin les variations brusques de temp\u00e9rature ; l&rsquo;Alg\u00e9rien sort de sa fonderie, o\u00f9 il a pass\u00e9 sa journ\u00e9e devant un four br\u00fblant, et, le soir, grelottant dans son veston us\u00e9, il s&rsquo;en retourne \u00e0 une chambre glac\u00e9e ; la broncho-pneumonie le guette et pr\u00e9pare le terrain au bacille.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, \u00e0 travail comparable, le Nord-Africain est plus sensible que son camarade parisien. Dans une entreprise chimique de la banlieue parisienne, j&rsquo;ai pu constater que le nombre de N.-A. touch\u00e9s par une affection tuberculeuse \u00e9tait <em>huit<\/em> fois plus \u00e9lev\u00e9 que celui des ouvriers parisiens travaillant dans les m\u00eames conditions. Cet \u00e9cart formidable est donc d\u00fb \u00e0 la diff\u00e9rence des conditions physiques de vie plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la <em>nature<\/em> des travaux effectu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de saisir sur le vif le sort des tuberculeux en France m\u00e9tropolitaine, il est indispensable de savoir quelle est la situation sanitaire r\u00e9elle de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Nous n&rsquo;en comprendrons que mieux la nature du drame des Alg\u00e9riens en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie d\u00e9sarm\u00e9e contre la tuberculose<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un rapport du Dr L\u00e9vy-Valensi estime qu&rsquo;il y a autant de tuberculeux en Alg\u00e9rie qu&rsquo;en France m\u00e9tropolitaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire environ 400.000, pour une population cinq fois moindre. M\u00eame proportion pour les gu\u00e9risons : le pourcentage des cas mortels est quatre \u00e0 cinq fois plus \u00e9lev\u00e9 pour les Musulmans que pour les Europ\u00e9ens. La loi Honorat (7 septembre 1919), rendant obligatoire pour les d\u00e9partements la cr\u00e9ation de sanatoriums, ne re\u00e7ut pas d&rsquo;application en Alg\u00e9rie ; l&rsquo;administration se contenta de passer des contrats avec des sanas m\u00e9tropolitains pour y faire hospitaliser les citoyens alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on rapatrier les travailleurs alg\u00e9riens qui contractent la tuberculose dans la m\u00e9tropole ? Les faits pr\u00e9c\u00e9dents r\u00e9pondent \u00e0 cette question : renvoyer chez eux des Alg\u00e9riens mal gu\u00e9ris ou pas gu\u00e9ris du tout, c&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9rer la contamination dans la population rest\u00e9e saine. Ni l&rsquo;\u00e9quipement pour d\u00e9pister ou pour hospitaliser les malades, ni la politique sociale actuellement en vigueur, ni le niveau de vie des populations ne peuvent permettre un arr\u00eat s\u00e9rieux du fl\u00e9au. Il serait donc souhaitable que les travailleurs ayant contract\u00e9 la tuberculose sur notre continent puissent \u00eatre soign\u00e9s en France m\u00eame. Tel est le probl\u00e8me qui se pose \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">(<em>A suivre<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>LE TRAVAILLEUR NORD-AFRICAIN N&rsquo;EST PAS PROTEGE CONTRE LA TUBERCULOSE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><em>Aucune statistique, pas assez d&rsquo;h\u00f4pitaux insuffisance de la pr\u00e9vention et des soins de convalescence font de l&rsquo;Alg\u00e9rien de la m\u00e9tropole une proie facile pour le fl\u00e9au.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce grave probl\u00e8me de la tuberculose chez les Nord-Africains de la m\u00e9tropole, le docteur Somia, qui dirige le service des tuberculeux \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital franco-musulman, me l&rsquo;a longuement expliqu\u00e9. Entre Bobigny et La Courneuve, ce magnifique b\u00e2timent d\u00e9ploie ses fa\u00e7ades vitr\u00e9es, entour\u00e9 de pelouses ou des arbustes r\u00e9cemment plant\u00e9s attestent la jeunesse de l&rsquo;\u0153uvre. Une vaste antichambre et de longs couloirs aux murs rev\u00eatus de contreplaqu\u00e9 font penser \u00e0 un grand h\u00f4tel touristique. Cela vaut mieux que ces locaux tristes et froids qu&rsquo;\u00e9veille en ma m\u00e9moire le mot d&rsquo;h\u00f4pital. La lumi\u00e8re ouat\u00e9e d&rsquo;un jour d&rsquo;hiver p\u00e9n\u00e8tre partout. Les chambres claires d&rsquo;un \u00e0 cinq lits, les salles communes divis\u00e9es en box de quatre lits s&rsquo;ouvrent sur des terrasses am\u00e9nag\u00e9es en solarium pour les beaux jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le docteur Somia me re\u00e7oit au service des tuberculeux. Tunisien et fils d&rsquo;un artisan musulman, il doit \u00e0 son instituteur la\u00efc et \u00e0 son courage personnel d&rsquo;\u00eatre devenu m\u00e9decin.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Je n&rsquo;ai ici, me dit-il, que quatre-vingts lits et vous avez pu voir que c&rsquo;est plein. Ce chiffre est ridicule, m\u00eame si on ne tenait pas compte des malades europ\u00e9ens que nous soignons au m\u00eame titre que les musulmans. Il nous faudrait cinq mille lits pour tuberculeux nord-africains dans le seul d\u00e9partement de la Seine et j&rsquo;estime, d&rsquo;apr\u00e8s le d\u00e9pistage organis\u00e9 rue Lecomte, au dispensaire de Boulogne, \u00e0 l&rsquo;usine Renault etc., qu&rsquo;un quart de la main-d&rsquo;\u0153uvre nord-africaine avait \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e en mil neuf cent quarante-huit.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00ab Les conditions de vie qu&rsquo;il trouve ici provoque, g\u00e9n\u00e9ralement au bout de deux ou trois mois, une primo infection grave.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;\u00e9volution en est foudroyante<\/em> : le parenchyme pulmonaire est atteint imm\u00e9diatement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le malade doit \u00eatre hospitalis\u00e9 ; alors commence le calvaire ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Interrompant le docteur Somia, je lis dans mes notes :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab M. A \u2026 , h\u00e9moptysique, ouvrier chez Renault, fait cinq h\u00f4pitaux sans trouver de place. Entre dans un sanatorium de la \u00ab Renaissance sanitaire \u00bb, en janvier 1949, il sera, ensuite envoy\u00e9 d&rsquo;urgence \u00e0 Bichat, d&rsquo;o\u00f9 il sortira en septembre dernier, les deux poumons pris.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, il n&rsquo;y a effectivement pas de place pour le pulmonaire, mais on me cite des directeurs d&rsquo;h\u00f4pitaux qui r\u00e9pondent syst\u00e9matiquement aux m\u00e9decins des dispensaires nord-africains qu&rsquo;<em>il n&rsquo;y a pas de place quand il s&rsquo;agit de Nord-Africains.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les h\u00f4pitaux o\u00f9 ils sont re\u00e7us, le personnel ne comprend pas l&rsquo;arabe ; ils restent alors isol\u00e9s et re\u00e7oivent peu de visites m\u00e9dicales.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; On pourrait rem\u00e9dier \u00e0 cela, dit le docteur Somia, en dirigeant syst\u00e9matiquement les Nord-Africains vers les h\u00f4pitaux o\u00f9 existent, parfois assez nombreux, des \u00e9tudiants en stage parlant l&rsquo;arabe. Ils rempliraient un r\u00f4le utile d&rsquo;interm\u00e9diaires.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Combien de temps gardez-vous les malades ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Deux mois \u00e0 deux mois et demi, me r\u00e9pond le docteur Rejou, interne \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital franco-musulman et sp\u00e9cialiste de la streptomycine sur laquelle il vient de faire sa th\u00e8se. Il y a deux ans, il n&rsquo;y avait pas de limite : il en mourait neuf \u00e0 dix par semaine et les survivants, il fallait bien les mettre dehors pour faire de la place. Aujourd&rsquo;hui la streptomycine les gu\u00e9rit radicalement en deux mois et demi environ et nous n&rsquo;avons plus gu\u00e8re qu&rsquo;un d\u00e9c\u00e8s par mois.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La convalescence est un probl\u00e8me sans issue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais si la science a fait un immense progr\u00e8s, l&rsquo;organisation sociale est compl\u00e8tement d\u00e9faillante. Le Nord-Africain qui sort convalescent de l&rsquo;h\u00f4pital est dans une situation sans issue.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;est pas redevable du sanatorium, il lui faut prendre cinq \u00e0 six mois de repos pendant lequel une surveillance r\u00e9guli\u00e8re doit \u00eatre exerc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour en Afrique est une catastrophe pour lui et sa famille. Il perd automatiquement le cong\u00e9 de longue maladie que lui octroyait la S\u00e9curit\u00e9 sociale : sa famille ne touche plus d&rsquo;allocations ; enfin &#8211; et c&rsquo;est plus grave &#8211; en retournant dans sa famille, dans un pays o\u00f9 la surveillance m\u00e9dicale est nulle, il risque la rechute et contamine tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fl\u00e9au s&rsquo;\u00e9tend \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Peut-il rester en France ?<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; En principe oui, mais dans quelles conditions ! Il n&rsquo;existe aucune maison de repos, aucun pr\u00e9sanatorium pour lui. Il n&rsquo;a pas de famille \u00e0 la campagne : il r\u00e9int\u00e8gre le taudis, l&rsquo;atmosph\u00e8re humide et noire avec la promiscuit\u00e9. Il touch\u00e9 le secours de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, mais sa famille ne recevant plus rien, il se remet \u00e0 travailler, et tout recommence ! La deuxi\u00e8me fois, la gu\u00e9rison devient plus probl\u00e9matique et la contamination joue son r\u00f4le.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 ceux qui doivent entrer dans un sanatorium le m\u00eame probl\u00e8me se pose. Ils attendent parfois six mois mais avant d&rsquo;avoir une place, et pendant ce temps, impitoyablement chass\u00e9s des h\u00f4pitaux, ils retournent au taudis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 d&rsquo;une exception mais d&rsquo;une r\u00e8gle quand on saura qu&rsquo;en juin-juillet 1949, 45 % des candidats au sana \u00e9taient des Nord-Africains. Malgr\u00e9 cette importante proportion, beaucoup de musulmans h\u00e9sitent \u00e0 entrer dans un sanatorium o\u00f9 ils se sentent isol\u00e9s et incompris dans une sorte d&rsquo;antichambre solitaire de la mort. Aussi, nombreux sont ceux qui disparaissent leur traitement inachev\u00e9. Nomadisme inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 diront certains ! Je dirai plut\u00f4t : n\u00e9cessit\u00e9 urgente de toucher un salaire pour soi, une allocation pour les siens et aussi horreur de la solitude que nous avons toujours constat\u00e9e chez les Alg\u00e9riens, horreur que la conscience du mal qui les ronge ne peut que d\u00e9cupler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>On ne sait pas le nombre des malades \u00e0 Paris<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons vu que le nombre approximativement exact d&rsquo;Alg\u00e9riens reste un myst\u00e8re. Le 1er novembre dernier, la Pr\u00e9fecture de police avait recens\u00e9, dans les vingt arrondissements de Paris, 37.800 Alg\u00e9riens et dans les communes de la Seine, 50.200, mais ces chiffres doivent \u00eatre grossis, selon toute vraisemblance de 40 \u00e0 50 %.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre des Alg\u00e9riens malades est alors doublement myst\u00e9rieux. Aucune statistique r\u00e9guli\u00e8re n&rsquo;est faite dans les h\u00f4pitaux ni les dispensaires. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique, la Pr\u00e9fecture de la Seine ne disposent d&rsquo;aucun chiffre. Il est donc impossible actuellement de mesurer la contribution des Alg\u00e9riens \u00e0 la mortalit\u00e9 par tuberculose.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut toutefois constater, en utilisant les chiffres de la P.P. que 900 Alg\u00e9riens seulement r\u00e9sident dans les quatre arrondissements (8e, 16e, 1er, 6e) ayant une mortalit\u00e9 inf\u00e9rieure \u00e0 40 (chiffre de 1948) alors que 16.500 habitent dans les huit arrondissements (2e, 4e, 11e, 13e, 14e, 18e, 20e) ayant une mortalit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 65 (moyenne pour Paris : 56). En banlieue (coefficient moyen 61), les principales communes peupl\u00e9es d&rsquo;Alg\u00e9riens sont dans l&rsquo;ordre d\u00e9croisant : Nanterre (coefficient : 140) avec 5.500 Alg\u00e9riens ; Boulogne (coefficient : 66) avec 5.000 ; Gennevilliers (coefficient : 87) avec 4.000 ; Saint-Denis (coefficient : 91) avec 3.500 ; Clichy (coefficient : 82) avec 3.000, etc \u2026 Dans toutes ces communes on eut affirmer, sans conna\u00eetre les chiffres, qu&rsquo;un fort pourcentage de tuberculose est fourni par les Alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Comment arr\u00eater le fl\u00e9au ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; Ce qu&rsquo;il faudrait, me dit le docteur Somia, ce serait d&rsquo;abord cr\u00e9er un fichier central, que l&rsquo;on pourrait installer avec une infirmerie de cent lits au si\u00e8ge de la rue Lecomte. La police avait su cr\u00e9er un fichier pour ses besognes, nous devons en avoir un sur le plan sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les cas lui seraient signal\u00e9s par les h\u00f4pitaux, les dispensaires, les infirmeries d&rsquo;entreprises, etc \u2026 Inversement, on signalerait en Afrique du Nord les malades en voie de rapatriement, afin qu&rsquo;un minimum de pr\u00e9cautions sont pris.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque consultant devrait recevoir un carnet de sant\u00e9 qui serait sa carte d&rsquo;identit\u00e9 sanitaire. Il y trouverait des conseils pratiques sur la tuberculose, la syphilis et le trachome et devrait le pr\u00e9senter aux m\u00e9decins traitants.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour les ouvriers \u00e0 contrats, la vaccination pr\u00e9ventive par le B.C.G. devrait \u00eatre obligatoire. Ce serait facile dans le cas des Marocains et Tunisiens qui partent en groupes et dont le voyage serait ainsi retard\u00e9 de deux mois pour permettre une immunisation totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci concerne la pr\u00e9vention. Celui de la gu\u00e9rison est bien plus social que m\u00e9dical : cr\u00e9ation de pr\u00e9sanatoria o\u00f9 le Nord-Africain pourrait passer sa convalescence sans contaminer sa famille ou ses camarades.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">(<em>A suivre<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>Probl\u00e8me n\u00b0 1 : cr\u00e9er des \u00e9coles en Afrique du Nord<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\">MOINS DE 10 % DES ENFANTS D&rsquo;ALGERIE BENEFICIENT DE L&rsquo;INSTRUCTION PRIMAIRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><em>Et le travailleur nord-africain illettr\u00e9 ne peut recevoir aucune formation professionnelle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><em><strong>QU&rsquo;EST-CE que tu sais faire ?<\/strong><\/em> Question indiscr\u00e8te, question fatale pos\u00e9e \u00e0 celui qui bat le pav\u00e9 \u00e0 la recherche d&rsquo;un emploi.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse vient suivant le temp\u00e9rament de chacun. L&rsquo;un se perdra en des explications sans fin et sans fondement, un autre bredouillera quelques mots inarticul\u00e9s, un troisi\u00e8me se contentera d&rsquo;un sourire amer, d&rsquo;un geste vague et r\u00e9sign\u00e9, et ainsi de suite. Telle est la dure loi de l&#8217;embauche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Le r\u00e8gne de l&rsquo;analphab\u00e9tisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les Nord-Africains, et particuli\u00e8rement les Alg\u00e9riens, n&rsquo;ont dans leur quasi unanimit\u00e9 aucune formation professionnelle (1), mais, fait plus grave, il leur est tr\u00e8s difficile d&rsquo;en acqu\u00e9rir une, car ils ne connaissent pratiquement aucune langue \u00e9crite. Il n&rsquo;y en a pas 7 ou 8 % qui savent lire ou \u00e9crire le fran\u00e7ais, et encore moins qui savent l&rsquo;arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>La cause en est dans le r\u00e9gime d&rsquo;analphab\u00e9tisme qui r\u00e8gne en Alg\u00e9rie (et au Maroc). En 1944 sur 7.500.000 musulmans, dont 1.250.000 enfants d&rsquo;\u00e2ge scolaire, seulement 110.200 recevaient l&rsquo;instruction primaire, soit 9 %. Un grand plan de scolarisation fut dress\u00e9 qui aurait permis d&rsquo;am\u00e9nager vingt mille classes recevant un million d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves en 1965. M\u00eame si ce plan \u00e9tait en voie de r\u00e9alisation il n&rsquo;aurait pas r\u00e9solu le probl\u00e8me de l&rsquo;instruction g\u00e9n\u00e9rale et obligatoire si on tient compte du fait que la population scolaire aurait alors augment\u00e9 de quatre \u00e0 cinq cent mille \u00e2mes en vingt ans. Comme ce plan n&rsquo;a aucune chance dans le r\u00e9gime actuel d&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9, il nous suffit de constater que pendant des ann\u00e9es l&rsquo;instruction n&rsquo;atteindra pas sensiblement plus de 10 \u00e0 15 % du total des enfants musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la plupart des villages d&rsquo;o\u00f9 viennent les travailleurs kabyles, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9cole et la question ne se pose pas. Mais quand il y en a, la scolarit\u00e9 de leurs enfants cause de graves soucis \u00e0 ceux qui travaillent en France. L&rsquo;inscription d&rsquo;un enfant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d\u00e9pend beaucoup des rapports personnels entre son p\u00e8re et l&rsquo;administration ou l&rsquo;instituteur. On sait trop que les absents ont toujours tort et il est \u00e0 craindre que les enfants des \u00e9migr\u00e9s n&rsquo;en p\u00e2tissent.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;enseignement professionnel alg\u00e9rien, il en est \u00e0 prononcer ses premiers balbutiements. Louis Chevalier dans son livre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 \u00e9crit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Ainsi l&rsquo;Alg\u00e9rie consacrait (en 1940) moins de un franc par t\u00eate et par an \u00e0 l&rsquo;enseignement professionnel et cela dans un pays o\u00f9 il n&rsquo;y a ni cadres, ni r\u00e9serves, ni aucune formation professionnelle m\u00eame familiale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les <em>Documents<\/em> \u00e9dit\u00e9s par le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Yves Chataigneau signalaient qu&rsquo;en 1946, \u00e0 B\u00f4ne, ville de 100.000 habitants dont 40.000 musulmans, il y avait sur 300 \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole professionnelle seulement 23 \u00e9l\u00e8ves musulmans, etc \u2026 A Alger et Oran, on forme au plus 300 \u00e0 400 professionnels par an \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc impossible de se contenter d&rsquo;admettre les man\u0153uvres alg\u00e9riens dans les cours de formation professionnelle acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs camarades fran\u00e7ais. Le Berb\u00e8re est au d\u00e9but totalement inadapt\u00e9 ; d\u00e9j\u00e0, dans sa vie paysanne, il a rarement eu l&rsquo;occasion de piquer des b\u0153ufs et de conduire une charrue brabant ; ignorant la pr\u00e9cision et la vitesse, il est \u00e9cras\u00e9 par le rythme du machinisme industriel. Enfin son ignorance du fran\u00e7ais constitue une barri\u00e8re insurmontable pour un enseignement technique moderne qui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec la tradition orale ch\u00e8re aux artisans du temps pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Ecoles priv\u00e9es et \u00e9coles publiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9gie Renault qui emploie pr\u00e8s de 3.000 Nord-Africains dont plus de 2.000 sont totalement illettr\u00e9s a inaugur\u00e9 en octobre un premier cours de fran\u00e7ais o\u00f9 pr\u00e8s de 150 \u00e9l\u00e8ves se sont inscrits. Chaque soir apr\u00e8s le travail, les \u00e9l\u00e8ves \u00e9tudient sous la direction de M. Zighem, professeur \u00e0 la Mosqu\u00e9e. J&rsquo;ai eu le privil\u00e8ge d&rsquo;assister \u00e0 un de ces cours qui avait lieu dans un r\u00e9fectoire d\u00e9saffect\u00e9 de l&rsquo;usine et j&rsquo;ai constat\u00e9 l&rsquo;extr\u00eame application d&rsquo;hommes de 25 \u00e0 40 ans pour lire et \u00e9crire nos diphtongues. Une petite minorit\u00e9 savait \u00e9crire l&rsquo;arabe et se reconnaissait de suite \u00e0 sa mani\u00e8re de calligraphier en les ornementant les lettres latines ; les autres \u00e9crivaient comme des enfants de 6 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>En principe, les \u00e9l\u00e8ves doivent lire ,\u00e9crire et compter au bout d&rsquo;un an ; et l&rsquo;on m&rsquo;a affirm\u00e9 qu&rsquo;ils seraient alors admis au centre de formation professionnelle. Or, avec Fourier et Proudhon, je ne crois pas que l&rsquo;on doive s\u00e9parer dans le temps l&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;atelier ; pourquoi ne pas commencer d\u00e8s le d\u00e9but un enseignement professionnel pratique qui ne n\u00e9cessite pas une lecture ou \u00e9criture correcte du fran\u00e7ais. Cela me para\u00eet d&rsquo;autant plus s\u00e9rieux que par les t\u00e9moignages que j&rsquo;ai recueillis chez leurs camarades fran\u00e7ais, il semble qu&rsquo;au moins dans les ateliers d&rsquo;usinage et de montage, le man\u0153uvre alg\u00e9rien montre de la curiosit\u00e9 pour les machines-outils et m\u00eame une joie v\u00e9ritable s&rsquo;il est admis \u00e0 remplacer un ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 (2).<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors d&rsquo;initiatives priv\u00e9es \u00e9manant d&rsquo;autres entreprises, le minist\u00e8re de l&rsquo;Education nationale a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usage des Nord-Africains treize centres dans Paris et dix-neuf en banlieue, aujourd&rsquo;hui fr\u00e9quent\u00e9s par 3.000 \u00e9l\u00e8ves environ r\u00e9partis en soixante-cinq cours distincts. Ces cours ont une dur\u00e9e de quatre \u00e0 cinq heures par semaine et devraient donner l&rsquo;instruction de base en un d\u00e9lai de douze \u00e0 dix-huit mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Des centres analogues fonctionnent \u00e0 Bordeaux, Marseille, Lyon, Saint-Etienne et dans le d\u00e9partement du Nord, englobant de 1.000 \u00e0 1.500 \u00e9l\u00e8ves. Ils doivent acheminer le Nord-Africain \u00e0 l&rsquo;examen d&rsquo;entr\u00e9e de centres professionnels relevant du minist\u00e8re du Travail (dont malheureusement celui-ci ne poss\u00e8de pas de statistique !)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Vider un \u00e9tang avec une petite cuiller<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De tels chiffres en regard des besoins font penser \u00e0 la folie de celui qui voudrait vider un \u00e9tang avec une petite cuiller. Mais je dois dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas simple de faire participer les Nord-Africains \u00e0 ces cours qui sont faits par des instituteurs dont la bonne volont\u00e9 et le d\u00e9vouement ne peuvent compl\u00e8tement suppl\u00e9er \u00e0 leur ignorance des langues berb\u00e8re ou arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le centre d&rsquo;h\u00e9bergement de la Croix-Rouge, rue de l&rsquo;Eglise (15e), la pr\u00e9sence au cours est obligatoire. A Boulogne, au centre de la rue Damiens o\u00f9 l&rsquo;assiduit\u00e9 est facultative, il n&rsquo;y a pas plus de 15 \u00e9l\u00e8ves sur 300 pensionnaires, \u00e9l\u00e8ves la plupart \u00e2g\u00e9s. Nous avons vu que chez Renault, on ne touchait aussi qu&rsquo;une minorit\u00e9, celle qui a une volont\u00e9 farouche de modifier sa triste condition par un effort personnel \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sans nier l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de telles initiatives, qui permettront peut-\u00eatre de d\u00e9gager des ouvriers d&rsquo;\u00e9lite, il est trop \u00e9vident que l&rsquo;on ne peut r\u00e9soudre par des moyens de fortune improvises l&rsquo;analphab\u00e9tisme dans lequel se trouve plong\u00e9e l&rsquo;Alg\u00e9rie. L&rsquo;instruction qui est le but de ces cours a un aspect d&rsquo;utilit\u00e9 imm\u00e9diate et elle ne saurait \u00e0 aucun degr\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 la d\u00e9finition que l&rsquo;U.N.E.S.C.O. donnait d&rsquo;une v\u00e9ritable instruction de base chez les peuples d&rsquo;outre-mer : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab L&rsquo;\u00e9ducation de base, disait-elle, ne doit pas essayer d&rsquo;imposer (chez ces peuples) une civilisation \u00e9trang\u00e8re mais plut\u00f4t les aider \u00e0 d\u00e9velopper les meilleurs \u00e9l\u00e9ments de leur propre culture. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est en Alg\u00e9rie que le probl\u00e8me doit \u00eatre r\u00e9solu en y recherchant une ligne moyenne entre, d&rsquo;une part, l&rsquo;h\u00e9ritage culturel africain et oriental et, d&rsquo;autre part, les idiomes et n\u00e9cessit\u00e9s de notre civilisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) M. Priou-Valjean, conseiller g\u00e9n\u00e9ral de la Seine, a \u00e9valu\u00e9 \u00e0 4 % l&rsquo;effectif de Nord-Africains qui seraient ouvriers professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) La Commission alg\u00e9rienne de l&rsquo;industrialisation (U.N.I.T.E.C.) confirme absolument cette impression. Voici ce qu&rsquo;elle \u00e9crivait sur les r\u00e9sultats des cours d&rsquo;apprentissage professionnel chez les musulmans : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab Nous avons vu des ouvriers m\u00eame d\u00e9butants avoir rapidement au plus haut point l&rsquo;amour de leur m\u00e9tier et de leur machine \u2026 L\u00e0 o\u00f9 certains craignaient paresse, n\u00e9gligence, incapacit\u00e9, nous n&rsquo;avons trouv\u00e9 que curiosit\u00e9, d\u00e9sir d&rsquo;apprendre, fiert\u00e9 d&rsquo;avoir r\u00e9ussi, estime et respect de l&rsquo;instructeur et du chef comp\u00e9tent. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">J&rsquo;ajoute que dans une usine m\u00e9tallurgique du Nord, on compte 82 ouvriers qualifi\u00e9s nord-africains sur un total de 286. Preuve suppl\u00e9mentaire que rien ne s&rsquo;oppose \u00e0 leur ascension sinon la routine ou l&rsquo;indiff\u00e9rence des responsables.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une enqu\u00eate sociale de Michel Collinet parue en huit \u00e9pisodes dans Franc-Tireur, 11 avril 1950 ; 12 avril 1950 ; 13 avril 1950 ; 14 avril 1950 ; 18 avril 1950 ; 19 avril 1950 ; 20 avril 1950 ; 21 avril 1950 CE n&rsquo;est plus tellement, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;aventure qui est au coin de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[4345,112,1215,4639,457,555,4675,908,971,985,1094],"class_list":["post-25592","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse","tag-4345","tag-algerie","tag-enquete","tag-franc-tireur","tag-france","tag-immigration","tag-michel-collinet","tag-paris","tag-proletariat","tag-racisme","tag-solidarite"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s9lTYU-collinet","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":15893,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2022\/03\/28\/andre-berton-miguel-g-vivancos\/","url_meta":{"origin":25592,"position":0},"title":"Andr\u00e9 Breton : Miguel G. 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