{"id":25715,"date":"2025-01-21T15:18:47","date_gmt":"2025-01-21T14:18:47","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=25715"},"modified":"2025-01-21T15:23:38","modified_gmt":"2025-01-21T14:23:38","slug":"collinet-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/21\/collinet-2\/","title":{"rendered":"Michel Collinet : Un prol\u00e9tariat abandonn\u00e9. Les travailleurs nord-africains \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article20375\">Michel Collinet<\/a> paru dans <em><a href=\"http:\/\/archivesautonomies.org\/IMG\/pdf\/syndrev\/revolutionproletarienne\/serieap1947\/larevolutionproletarienne-n042.pdf\">La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne<\/a><\/em>,<\/strong> <strong>n\u00b0 343 &#8211; Nouvelle s\u00e9rie n\u00b0 42, septembre 1950, p. 11-16<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"546\" height=\"797\" data-attachment-id=\"25718\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/21\/collinet-2\/la-revolution-proletarienne-septembre-1950\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?fit=546%2C797&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"546,797\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne septembre 1950\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?fit=206%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?fit=546%2C797&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?resize=546%2C797&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-25718\" style=\"width:356px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?w=546&amp;ssl=1 546w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/La-Revolution-proletarienne-septembre-1950.jpg?resize=206%2C300&amp;ssl=1 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 546px) 100vw, 546px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>L&rsquo;opinion et la presse \u00e9voquent souvent la pr\u00e9sence des Nord-Africains dans la r\u00e9gion parisienne, non g\u00e9n\u00e9ralement pour d\u00e9crire leur mis\u00e8re et chercher \u00e0 y parer, mais pour affoler le bourgeois sur leur pr\u00e9tendue criminalit\u00e9. <\/em><a href=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/13\/collinet\/\"><em>En avril dernier, j&rsquo;ai donn\u00e9 au journal <\/em>Franc-Tireur<em> huit articles<\/em><\/a><em> o\u00f9, entre autres choses, je d\u00e9montrais l&rsquo;inanit\u00e9 de ces accusations. Je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de reprendre pour les lecteurs de la R.P. tout ce que j&rsquo;y ai \u00e9crit (je les renvoie au journal en question) mais je tiens ici \u00e0 r\u00e9sumer bri\u00e8vement mes articles pr\u00e9c\u00e9dents et \u00e0 les compl\u00e9ter par des consid\u00e9rations in\u00e9dites sur la spoliation officielle dont sont victimes les Nord-Africains, particuli\u00e8rement les Alg\u00e9riens, formellement citoyens fran\u00e7ais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une statistique approximative<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est impossible de d\u00e9nombrer l&rsquo;immigration alg\u00e9rienne en France : entre 300.000 et 500.000 peut-\u00eatre, sur lesquels 100.000 travaillent effectivement. Beaucoup de travailleurs sont saisonniers. Ce sont ceux qui viennent s&#8217;embaucher dans les exploitations agricoles ou dans la construction des barrages hydro\u00e9lectriques.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;an dernier, la pr\u00e9fecture de la Seine avait recens\u00e9 dans le d\u00e9partement 100.000 Alg\u00e9riens, plus 8.500 Marocains et Tunisiens environ. Ces derniers, citoyens \u00ab prot\u00e9g\u00e9s \u00bb, ne peuvent venir en France qu&rsquo;avec un passeport et un contrat de travail. Mais les Alg\u00e9riens viennent librement, logent les uns chez les autres, vou\u00e9s pour la plupart d&rsquo;entre eux \u00e0 une existence nomade. C&rsquo;est pourquoi, le nombre de 100.000 est un minimum. Sur ces 100.000, 25.000 travaillent <em>r\u00e9guli\u00e8rement<\/em>. Que deviennent les autres ? Beaucoup, sinon tous, n&rsquo;ont jamais travaill\u00e9 et ne peuvent s&rsquo;inscrire au ch\u00f4mage. Ils vivent ainsi aux crochets de leurs compatriotes plus d\u00e9brouillards. On peut donc dire qu&rsquo;un travailleur alg\u00e9rien nourrit, non seulement sa famille rest\u00e9e en Afrique, mais aussi trois camarades qu&rsquo;il loge si possible chez lui. J&rsquo;ai v\u00e9rifi\u00e9 moi-m\u00eame le fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour expliquer une immigration si mis\u00e9rable, il ne suffit pas de parler de nomadisme inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 ou de propagande int\u00e9ress\u00e9e. La seule cause s\u00e9rieuse est l&rsquo;effroyable mis\u00e8re de l&rsquo;Alg\u00e9rie, pays o\u00f9 les ouvriers agricoles gagnent 150 francs par jour. Chaque ann\u00e9e, la population s&rsquo;y accroit de 130.000 personnes. La r\u00e9colte par t\u00eate de population musulmane y \u00e9tait de 5 <em>quintaux<\/em> en 1872, elle n&rsquo;\u00e9tait plus que de 2 <em>quintaux<\/em> en 1948. Le salaire recueilli en France, si mis\u00e9rable soit-il, permet \u00e0 100.000 familles de ne pas mourir de faim au sens physiologique du terme. On \u00e9value que plus de la moiti\u00e9 des salaires ainsi vers\u00e9s en France va en Alg\u00e9rie. A cela, il faut ajouter les allocations familiales sur la base de 1.875 francs par enfant et par mois. Nous reviendrons plus loin sur ce grave probl\u00e8me. En attendant, voici des exemples pris sur le vif lors de mon enqu\u00eate effectu\u00e9e l&rsquo;hiver dernier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une vie entre mille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des milliers d&rsquo;Alg\u00e9riens s&rsquo;entassent dans les passages poussi\u00e9reux du quartier des Gr\u00e9sillons entre Gennevilliers et Asni\u00e8res. Chaque maison y est un h\u00f4tel et chacun y poss\u00e8de un \u00ab caf\u00e9 \u00bb avec quelques tables et banquettes. Point remarquable : les bouteilles y sont rares, les verres pleins encore plus. C&rsquo;est l\u00e0, mobilier inutile pour la client\u00e8le nord-africaine qui boit du th\u00e9 quand elle boit ! Dans les coins, des groupes jouent au domino. Une jeune femme avec de longs cheveux blonds nous apporte \u00e0 mes compagnons et \u00e0 moi des verres de th\u00e9 sucr\u00e9. Elle aussi est immigr\u00e9e \u2026 des C\u00f4tes-du-Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Mahdi K \u2026 me parle. C&rsquo;est un Berb\u00e8re arabis\u00e9 de Medjana, arriv\u00e9 en septembre 1948 \u00e0 Paris. Il a laiss\u00e9 en Alg\u00e9rie sa m\u00e8re, sa femme et quatre enfants en bas \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi \u00eates-vous venu en France ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; O\u00f9 j&rsquo;habite, il n&rsquo;y a pas de travail ! Trois mois par an seulement comme ouvrier saisonnier, \u00e0 150 francs par jour, \u00e0 travailler comme des b\u00eates, du matin au soir, chez des colons. Pas d&rsquo;industrie non plus. Aller dans une ville d&rsquo;Alg\u00e9rie ? Nous y sommes trait\u00e9s comme des \u00e9trangers, bien plus qu&rsquo;ici o\u00f9, au moins, on nous ignore le plus souvent, et puis, il y a encore moins de travail qu&rsquo;ici. Chez moi, en vendant des figues, des olives et quelques l\u00e9gumes, j&rsquo;arrivais \u00e0 2.000 francs par mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y en avait d&rsquo;autres qui avaient exp\u00e9di\u00e9, au bout de 14 mois d&rsquo;absence, pr\u00e8s de cent mille francs \u00e0 leur famille ! Alors, il faut partir. Celui qui ne part pas n&rsquo;est pas un homme. Il ne veut <em>pas jouer sa vie pour la gagner.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et comment avez-vous r\u00e9gl\u00e9 votre voyage ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai emprunt\u00e9 dix mille francs, \u00e0 25 pour cent. Le trajet jusqu&rsquo;\u00e0 Alger m&rsquo;a co\u00fbt\u00e9 1.100 francs, le bateau et le train jusqu&rsquo;\u00e0 Paris, 5.400 francs. J&rsquo;ai d\u00e9barqu\u00e9 dans cette rue et je ne l&rsquo;ai plus quitt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et vous avez trouv\u00e9 un logement et du travail ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le lit, heureusement que l&rsquo;h\u00f4pital en pompe quelques-uns, mais les candidats sont nombreux. Pour le travail, je suis dans le vernis depuis janvier 49, comme man\u0153uvre gros travaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me tend sa feuille de paie. En novembre, pour 160 heures normales plus 28 suppl\u00e9mentaires dont 5 de nuit, il a touch\u00e9 12.961 francs dont il faut retirer 778 francs de S\u00e9curit\u00e9 sociale, soit 12.183 francs net.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et avec \u00e7a ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Avec \u00e7a, j&rsquo;ai pay\u00e9 en dix mois mon usurier et envoy\u00e9 \u00e0 ma famille de 2.000 \u00e0 4.000 francs par mois ; moi je vis avec 7.000 \u00e0 9.000 francs par mois ; mon lit me coute 900 francs, ma part de charbon (nous sommes trois sur le po\u00eale) 300 francs. La cantine d&rsquo;usine me donne pour 80 francs un plat garni et un dessert. Cela fait 100 \u00e0 110 francs avec le pain et la bi\u00e8re. Aussi j&rsquo;aime mieux me faire une gamelle moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et le couscous ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tous les vendredis, nous nous mettons \u00e0 quatre pour acheter un kilo de mouton, un kilo de semoule. Avec les ingr\u00e9dients (beurre, piments, l\u00e9gumes), nous en avons pour 1.000 francs.<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors de ce \u00ab\u00a0luxe\u00a0\u00bb hebdomadaire, la vie de Mahdi K \u2026 se d\u00e9roule entre le morceau de viande trop rare et le v\u00eatement trop rapi\u00e9c\u00e9. La sous-alimentation creuse ses joues bronz\u00e9es et ce \u00ab man\u0153uvre gros travaux \u00bb me semble terriblement faible pour manipuler de lourdes masses \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quand je ne mange pas de viande, je bois un litre de lait. Tout irait bien si je pouvais avoir les deux \u00e0 la fois !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Votre famille touche-t-elle des prestations ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, au taux alg\u00e9rien, 1.875 francs par mois et par enfant. Nous obtenons 22.500 francs par trimestre, pay\u00e9s \u00e0 nous par la caisse d&rsquo;Alger ; mais apr\u00e8s quelles complications de papiers et de procurations ; et un retard de plus de six mois !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si votre famille habitait la France, elle recevrait des prestations au taux de la m\u00e9tropole, ce qui vous ferait, si votre femme ne travaillait pas, 18.250 francs par mois au lieu des 7.500 qu&rsquo;elle re\u00e7oit en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;accord ! Je le sais, mais comment voulez-vous que je la loge ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 chaque moment se pose le probl\u00e8me le plus grave de notre \u00e9poque, celui qui conditionne tout le reste : \u00e0 quoi bon cr\u00e9er de l&#8217;emploi pour les Alg\u00e9riens si la question \u00e9l\u00e9mentaire de leur logement n&rsquo;est m\u00eame pas abord\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une chambre noire et humide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Peut-\u00eatre, dit son camarade A \u2026 H \u2026. , qui n&rsquo;\u00e9tait pas intervenu jusque-l\u00e0 ; mais le travail c&rsquo;est tout. Si on le perd, la famille perd tout d&rsquo;un seul coup, non seulement ce qu&rsquo;on lui envoie mais aussi les prestations.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi, je ne me plains pas. A mon usine d&rsquo;accus j&rsquo;ai fait un mois de 255 heures avec des journ\u00e9es de 12 heures dont 11 de travail. Pour cela, j&rsquo;ai touch\u00e9 20.500 francs net. J&rsquo;en envoie la moiti\u00e9 \u00e0 ma femme et mes trois enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme ne soutient sa famille qu&rsquo;au prix de sa sant\u00e9 et du ch\u00f4mage de ses camarades. Il m&rsquo;invite \u00e0 visiter son h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous traversons la rue et poussons une petite porte : une cour \u00e9troite comme un puits. Je distingue au-dessus de ma t\u00eate des passerelles m\u00e9talliques qui relient un b\u00e2timent \u00e0 l&rsquo;autre. Nous montons un escalier en plein air dont la rampe en bois est gluante et tremp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le palier des ordures pi\u00e9tin\u00e9es donnent un certain relief \u00e0 une \u00e9paisse couche de boue. La raison en est que le poste d&rsquo;eau du palier sert en m\u00eame temps de d\u00e9versoir \u00e0 ordures, d&rsquo;\u00e9vier \u00e0 vaisselle pour tout l&rsquo;\u00e9tage et il est souvent bouch\u00e9 ! A c\u00f4t\u00e9, une porte d\u00e9sarticul\u00e9e s&rsquo;ouvre sur une tinette qui doit servir aussi de d\u00e9versoir pour objets divers. Nous franchissons la passerelle, pour p\u00e9n\u00e9trer dans le second b\u00e2timent d\u00e9pourvu d&rsquo;escalier. A \u2026 H \u2026 frappe \u00e0 une porte.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;habitent mes cousins, me dit-il, je vais vous pr\u00e9senter. Moi j&rsquo;habite au-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses cousins logent \u00e0 deux dans une \u00e9troite chambrette. Il est huit heures du soir et une \u00e9paisse vapeur sort de la marmite sur le po\u00eale. La fen\u00eatre qui donne sur le puits de la cour est herm\u00e9tiquement ferm\u00e9e. L&rsquo;eau ruisselle sur les murs o\u00f9 s&rsquo;\u00e9caillent des morceaux de peinture verte. Deux lits militaires avec des draps de m\u00eame origine. Du linge s\u00e8che (?) pendu \u00e0 des ficelles ; un plancher en ciment. Le prix de ce cabinet noir est modique : 1.920 francs par mois. Ce n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 alors qu&rsquo;\u00e0 la porte de Clichy, on paye 250 francs par jour avec de la vue, il est vrai. Les deux hommes sont man\u0153uvres \u00e0 la m\u00eame usine qu&rsquo;A \u2026 H \u2026 , mari\u00e9s et p\u00e8res de quatre et deux enfants. Ils viennent du douar Colla au nord de S\u00e9tif, et le premier en est \u00e0 son second s\u00e9jour \u00e0 Paris. Il \u00e9tait reparti dans son douar en 48, mais la vie y \u00e9tait <em>impossible<\/em>. Mieux vaut mille fois le trou noir \u00e0 1.920 francs que le Tell ou l&rsquo;on ne travaille ni ne mange. Relativit\u00e9 dans la mis\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p>Au mur, quelques photos t\u00e2ch\u00e9es de rouille : des jeunes mari\u00e9s en habit bourgeois, un uniforme kaki de l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Afrique, un calendrier arabe avec un panorama de la grandiose rade d&rsquo;Alger, etc. Entre ces t\u00e9moignages d&rsquo;une vie banale mais normale et ces deux solitaires qui tisonnent leur feu, au milieu d&rsquo;une vapeur froide, il y a l&rsquo;escalier o\u00f9 la joie de vivre a fini par s&rsquo;engluer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une communaut\u00e9 de travailleurs et de ch\u00f4meurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rue de P \u2026 , \u00e0 Gennevilliers. On traverse un b\u00e2timent, puis une cour ; au fond, d&rsquo;anciens ateliers ou remises sans \u00e9tage. On y entre de plain-pied par une porte vitr\u00e9e au verre d\u00e9poli. Une chambre de 5 m\u00e8tres sur 4 est \u00e9clair\u00e9e par une ampoule suspendue au bout d&rsquo;un fil. Je dis \u00ab \u00e9clair\u00e9e \u00bb par convention, car j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;y voir les choses \u00e0 travers un brouillard malodorant. Il y a cinq lits en fer munis de sommiers mais non de matelas. Une paillasse roul\u00e9e entre les lits et un polochon fait d&rsquo;un sac de grosse toile bourr\u00e9 de copeaux indique qu&rsquo;une sixi\u00e8me couchette est normalement disponible. Sur le sol de terre battue, une carpette d\u00e9color\u00e9e montre sa corde. Une septi\u00e8me personne peut \u00e0 la rigueur s&rsquo;\u00e9tendre l\u00e0. Il n&rsquo;y a ni armoire ni chaises : quelques v\u00eatements et couvertures de type militaire pendent \u00e0 des ficelles qui vont d&rsquo;un mur \u00e0 l&rsquo;autre ; une table sur laquelle je d\u00e9couvre un morceau de graisse dans du papier et une cuvette en fer d\u00e9s\u00e9maill\u00e9e et enfin dans l&rsquo;angle des murs un po\u00eale rond d&rsquo;o\u00f9 suinte doucement une petite fum\u00e9e piquante. Dehors, le ciel est brumeux et le po\u00eale tire mal. Assis sur une caisse, un homme jeune p\u00e8le des pommes de terre. Cuites dans de la graisse, elles constitueront le plat unique du diner des huit occupants de cette chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sur les huit que nous sommes, me dit-il, quatre seulement travaillent. Notre situation s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e. La semaine derni\u00e8re nous avons log\u00e9 \u00e0 douze et les quatre, aujourd&rsquo;hui partis, ne travaillaient pas non plus. J&rsquo;ai vingt-trois ans et suis depuis quinze mois en France. Avant d&rsquo;\u00eatre ici, j&rsquo;avais travaill\u00e9 sept mois \u00e0 Montb\u00e9liard ; maintenant je suis dans le caoutchouc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me tend sa feuille de paie. A l&rsquo;entreprise W \u2026 il vient de toucher 5.500 francs net pour une quinzaine de 96 heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois de ses camarades viennent d&rsquo;entrer et se groupent autour du po\u00eale. Je regarde l&rsquo;un d&rsquo;eux : un homme entre deux \u00e2g\u00e9s avec une assez forte moustache et un b\u00e9ret basque ; il reste assis comme h\u00e9b\u00e9t\u00e9 au bord d&rsquo;un lit, ma pr\u00e9sence ne lui semble nullement insolite. A un geste du regard, mon interlocuteur r\u00e9pond :<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-l\u00e0 n&rsquo;a pas de veine, il est trop vieux et ne parle gu\u00e8re le fran\u00e7ais ; \u00e7a fait cinq mois qu&rsquo;il est ici. Il n&rsquo;y a jamais rien pour lui. Malheureusement, il a des enfants l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0-bas, c&rsquo;est le territoire de la commune mixte de Guergour, d&rsquo;o\u00f9 viennent les hommes qui se succ\u00e8dent dans cette chambre ; l\u00e0-bas, chacun gratte sa terre comme il peut, mais ici la solidarit\u00e9 est absolue dans cette petite escouade de naufrag\u00e9s, perdus dans la foule anonyme des banlieues surpeupl\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux qui sont entr\u00e9s avec lui travaillent. L&rsquo;un dans une usine de pneus touche 5.745 francs par quinzaine ; il a une femme et trois enfants en Alg\u00e9rie ; il leur envoie 3.500 francs par mois. Le dernier, dans une entreprise de charpentes, se fait 2.406 francs par semaine; c&rsquo;est un homme petit et sec ; il a deux enfants et se lamente car il ne sait encore s&rsquo;ils ont touche l&rsquo;allocation : celle-ci n&rsquo;est vers\u00e9e chaque trimestre qu&rsquo;au bout de longs mois d&rsquo;attente, par la caisse alg\u00e9rienne \u2026 et le douar est loin !<\/p>\n\n\n\n<p>Huit hommes vivent ici sur un budget mensuel qui ne doit pas d\u00e9passer 20 \u00e0 25.000 francs. Leur nourriture est monotone : pommes de terre et haricots ; du mouton, une fois par semaine !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce rez-de-chauss\u00e9e est naturellement humide : avec le mur de briques minces apparaissant derri\u00e8re les d\u00e9chirures du pl\u00e2tre, l&rsquo;absence de perron et de grenier. La popote \u00e9tant faite dans la pi\u00e8ce, la vapeur se d\u00e9gage et va se condenser en gouttelettes \u00e0 toutes les \u00e9caillures de pl\u00e2tre. L&rsquo;atmosph\u00e8re bleut\u00e9e pique la gorge; ce m\u00e9lange d&rsquo;humidit\u00e9 et de fum\u00e9e, quel merveilleux v\u00e9hicule pour les bacilles pulmonaires ! Gennevilliers ne tient-il pas la t\u00eate pour la tuberculose ?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La tuberculose d\u00e9cime les Alg\u00e9riens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La tuberculose, d&rsquo;apr\u00e8s les t\u00e9moignages m\u00e9dicaux, fut introduite en Alg\u00e9rie dans les fourgons de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise. Chose inou\u00efe : sauf exceptions, cent ans apr\u00e8s la conqu\u00eate, c&rsquo;est encore en France que l&rsquo;Alg\u00e9rien vient contracter le terrible mal. Le paysan berb\u00e8re passe brusquement d&rsquo;une atmosph\u00e8re s\u00e8che et riche en oxyg\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;air humide, charg\u00e9 de gaz carbonique et de poussi\u00e8res virulentes des taudis parisiens ; il est alors r\u00e9ceptif comme un enfant. Salet\u00e9, promiscuit\u00e9 et sous-alimentation sont les grands agents de propagation. Ajoutons \u00e0 cela que les Alg\u00e9riens, presque tous man\u0153uvres dans la m\u00e9tallurgie et les produits chimiques, font les travaux les plus p\u00e9nibles, passent brusquement d&rsquo;un four brulant \u00e0 la brume glac\u00e9e des nuits d&rsquo;hiver \u2026 De plus, \u00e0 travaux identiques, la sensibilit\u00e9 pulmonaire du Nord-Africain est plusieurs fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de son camarade fran\u00e7ais. Aucune statistique n&rsquo;existe, mais d&rsquo;apr\u00e8s les d\u00e9pistages des dispensaires, et les entr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital franco-musulman, les comp\u00e9tences pensent que le quart des Nord-Africains est atteint par le bacille.<\/p>\n\n\n\n<p>La streptomycine, ce nouvel antibiotique, gu\u00e9rit radicalement en deux mois. Malheureusement ce que la science fait, l&rsquo;anarchie sociale le d\u00e9fait. Pour le Nord-Africain gu\u00e9ri, il faut une convalescence de six mois au moins, pendant laquelle une surveillance est n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il retourne en Afrique, <em>il perd automatiquement le versement de la S\u00e9curit\u00e9 sociale <\/em>pour son cong\u00e9 de longue maladie. De plus, n&rsquo;\u00e9tant pas surveill\u00e9 en Alg\u00e9rie, o\u00f9 la lutte antituberculeuse est presque inexistante, il r\u00e9cidive et contamine sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il reste en France, les pr\u00e9sanatoria manquant, il retourne \u00e0 son taudis, r\u00e9cidive et contamine ses camarades. De plus, sa famille ne recevant ni surplus de salaire ni allocations familiales, il se remet, si possible, \u00e0 travailler et alors \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quand, par hasard, il trouve une place dans un sanatorium, isol\u00e9 et incompris, d\u00e9vor\u00e9 d&rsquo;angoisses, il le quitte \u00e0 la premi\u00e8re occasion.<\/p>\n\n\n\n<p>La lutte contre la tuberculose doit, pour \u00eatre efficace, s&rsquo;attaquer aux causes sociales : la mis\u00e8re et le taudis ; sur le plan strictement m\u00e9dical, les mesures suivantes devraient \u00eatre prises :<\/p>\n\n\n\n<p>a) Cr\u00e9ation d&rsquo;un fichier sanitaire et d&rsquo;un carnet individuel de sant\u00e9 ;<\/p>\n\n\n\n<p>b) Vaccination pr\u00e9ventive \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e en France ;<\/p>\n\n\n\n<p>c) Construction de pr\u00e9sanatoria pour les convalescents.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit ainsi que les Nord-Africains sont victimes non seulement de leur condition particuli\u00e8rement p\u00e9nible de salari\u00e9 mal pay\u00e9 mais en plus de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exception o\u00f9 le gouvernement tient les territoires africains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le Nord-Africain est-il condamn\u00e9 \u00e0 rester man\u0153uvre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas que la tuberculose qui ronge les poumons, il y a aussi l&rsquo;ignorance, qui laisse le travailleur nord-africain sans d\u00e9fense. Aujourd&rsquo;hui, moins de 10 % des enfants alg\u00e9riens re\u00e7oivent une instruction primaire. L&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens qui travaillent \u00e0 Paris ne sait lire ni le fran\u00e7ais ni m\u00eame l&rsquo;arabe. Par des moyens de fortune, on essaye de parer \u00e0 cet \u00e9tat de choses. Des entreprises (comme la r\u00e9gie Renault), des \u0153uvres priv\u00e9es, le minist\u00e8re de l&rsquo;Education nationale (celui-ci avait 3.000 \u00e9l\u00e8ves dans la Seine en 1949) ont mont\u00e9 des cours de fran\u00e7ais. Ils n&rsquo;atteignent que des minorit\u00e9s : celles que la chance ou plus g\u00e9n\u00e9ralement une \u00e9nergie farouche poussent \u00e0 quitter leur triste condition. Beaucoup de gens, patrons et m\u00eame ouvriers, nient que le Nord-Africain ait une aptitude \u00e0 diriger des machines et &#8211; \u00e0 plus forte raison &#8211; \u00e0 devenir un travailleur qualifi\u00e9. Cette opinion assez r\u00e9pandue semble un pr\u00e9jug\u00e9 et une m\u00e9connaissance des conditions r\u00e9elles de transplantation qu&rsquo;il a subies. On m&rsquo;a cit\u00e9 une usine du Nord o\u00f9 pr\u00e8s du tiers des Nord-Africains est qualifi\u00e9. La Commission alg\u00e9rienne de l&rsquo;industrialisation (U.N.I.T.E.C.) \u00e9crivait sur les apprentis alg\u00e9riens : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Nous avons vu des ouvriers, m\u00eame d\u00e9butants, avoir rapidement au plus haut point l&rsquo;amour de leur m\u00e9tier ou de leur machine \u2026 La o\u00f9 certains craignaient paresse, n\u00e9gligence, incapacit\u00e9, nous n&rsquo;avons trouv\u00e9 que curiosit\u00e9, d\u00e9sir d&rsquo;apprendre, fiert\u00e9 d&rsquo;avoir r\u00e9ussi, estime et respect de l&rsquo;instructeur et du chef comp\u00e9tent. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais ce ne sont pas les cours du soir &#8211; si utiles soient-ils &#8211; qui redresseront l&rsquo;Alg\u00e9rie, et sa population musulmane, de l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;ignorance et de mis\u00e8re o\u00f9 elle est plong\u00e9e. L\u00e0 encore le probl\u00e8me d\u00e9passe les initiatives particuli\u00e8res et les vell\u00e9it\u00e9s administratives. C&rsquo;est le probl\u00e8me de la faillite du colonialisme \u00e0 \u00ab civiliser \u00bb les populations soumises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Dans les centres d&rsquo;h\u00e9bergement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9partement de la Seine g\u00e8re cinq centres d&rsquo;h\u00e9bergement pour les Nord-Africains ; situ\u00e9s \u00e0 Boulogne, Nanterre, Gennevilliers, rue de Tocqueville et rue Lecomte. Celui de Boulogne, rue Damiens, est un grand immeuble en ciment arm\u00e9 avec de larges terrasses en escalier. Construit en 1935 pour une soci\u00e9t\u00e9 des foyers ouvriers nord-africains, il ferma en 1939, faute de clients. S&rsquo;y log\u00e8rent successivement des Allemands, des Am\u00e9ricains et des refugies. Depuis 1947, il est rendu \u00e0 sa premi\u00e8re destination et on y h\u00e9berge environ trois cents Nord-Africains. Ils payent 35 francs par jour pour un lit avec draps et couvertures (plus 9 francs pour les douches, 20 francs pour les bains). Les chambres a\u00e9r\u00e9es de deux, trois ou quatre lits poss\u00e8dent des fourneaux \u00e0 gaz surmont\u00e9s de hottes pour la cuisine. N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;a d\u00e9penses \u00e9gales, les Nord-Africains donnent toujours la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cuisine faite par eux. Lavabos et w.c. n&rsquo;y sont pas mieux installes que dans les traditionnels casernements de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise ; mais, me dit le g\u00e9rant, ses pensionnaires s&rsquo;accommodent mal de lavabos \u00e9maill\u00e9s (?).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un tel centre, le ch\u00f4meur n&rsquo;est pas admis. Les pensionnaires travaillent chez Renault, Ripolin ou Gevelot. L\u00e0, l&#8217;embauchage se fait par tribus. Au centre, une majorit\u00e9 d&rsquo;Oranais (Tubesche, Achache \u2026 ) et une minorit\u00e9 de Kabyles (Tizi-Reniff, Dra el Mizan \u2026 ). Les salaires sont de 12 \u00e0 18.000 francs, mais ces travailleurs arrivent \u00e0 vivre avec 5.000 francs par mois. Chaque mois des centaines de mille francs sont exp\u00e9di\u00e9es aux familles alg\u00e9riennes \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les centres de Nanterre, de Gennevilliers et de la rue de Tocqueville sont r\u00e9gis de la m\u00eame fa\u00e7on que celui de Boulogne. L\u00e0 encore, il ne s&rsquo;agit que de Nord-Africains ayant un emploi et payant un l\u00e9ger loyer chaque mois. Au contraire, le centre de la rue Lecomte est r\u00e9serv\u00e9 aux seuls indigents. La dur\u00e9e du s\u00e9jour ne peut y exc\u00e9der un mois. Un millier de Nord-Africains y passent chaque ann\u00e9e. Inutile d&rsquo;insister sur ce que l&rsquo;expulsion d&rsquo;un sans-travail peut avoir de dramatique et d&rsquo;inhumain \u2026 Chaque nuit des pensionnaires clandestins viennent se cacher sous les lits de leurs camarades ! <\/p>\n\n\n\n<p>Au total, le d\u00e9partement entretient un millier de lits environ pour h\u00e9berger les Nord-Africains. Ajoutons \u00e0 cela, l&rsquo;hospice de la Croix-Rouge \u00e0 Vaugirard et le fort de la Double-Couronne \u00e0 Saint-Denis cr\u00e9\u00e9 par le minist\u00e8re du Travail avec des subventions patronales (1), soit au total 400 lits environ ; nous avons fait le tour de l&rsquo;assistance aux Nord-Africains dans le d\u00e9partement de la Seine. On le voit : une goutte d&rsquo;eau dans l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n\n\n\n<p>Des projets sont en cours pour cr\u00e9er six nouveaux centres de 300 lits chacun \u00e0 Gennevilliers, Stains, Montreuil, Vitry, Issy-les-Moulineaux, Asni\u00e8res, mais cela co\u00fbterait 600 millions au d\u00e9partement ! De 1946 \u00e0 1950, le d\u00e9partement a d\u00e9pens\u00e9 260 millions en assistances diverses (sauf l&rsquo;h\u00f4pital franco-musulman de Bobigny), il a re\u00e7u en plus du minist\u00e8re du Travail une subvention de 6 <em>millions<\/em> et du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Alg\u00e9rie, la somme vraiment astronomique de 250 <em>mille francs<\/em> ! Ainsi ce que les colons refusent de payer retombe sur les contribuables parisiens.<\/p>\n\n\n\n<p>La charit\u00e9 priv\u00e9e ou publique n&rsquo;a jamais r\u00e9solu un probl\u00e8me social qui est d&rsquo;ailleurs lui-m\u00eame la cons\u00e9quence du probl\u00e8me africain. Cela d\u00e9passe la comp\u00e9tence d&rsquo;un d\u00e9partement et rel\u00e8ve plut\u00f4t des Nations Unies ou de tout autre organisme international. L&rsquo;assistance ne peut \u00eatre autre chose qu&rsquo;individuelle ou exceptionnelle. Ce ne peut \u00eatre le cas ici : emploi, qualification, s\u00e9curit\u00e9, sant\u00e9 sont des probl\u00e8mes cr\u00e9\u00e9s par l&rsquo;expansion capitaliste en Afrique, dont les r\u00e9percussions se font sentir dans la m\u00e9tropole. Leur solution aboutirait \u00e0 faire du Nord-Africain, aujourd&rsquo;hui un paria hors de la soci\u00e9t\u00e9, un travailleur appartenant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>L&rsquo;Alg\u00e9rien est un citoyen formel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les musulmans d&rsquo;Alg\u00e9rie sont citoyens fran\u00e7ais. On le leur a dit et ils voudraient le croire. Ils sont citoyens cent pour cent quand ils se font tuer, mais dans la paix ils ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de la m\u00eame l\u00e9gislation que les vrais citoyens, ceux de la m\u00e9tropole. A la place de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, il n&rsquo;y a encore de r\u00e9elle que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des risques devant la guerre et ses horreurs. Sur tous les autres plans, ceux qui int\u00e9ressent un homme du berceau \u00e0 la tombe, il n&rsquo;y a qu&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et injustice.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas de risque maladie dans la caricature de S\u00e9curit\u00e9 sociale existant en Alg\u00e9rie. Le contr\u00f4le m\u00e9dical y est d&rsquo;ailleurs pratiquement nul. Le r\u00e9sultat est qu&rsquo;un travailleur en France, ayant besoin d&rsquo;un cong\u00e9 de plusieurs mois, ne peut rentrer le passer dans sa famille, en Alg\u00e9rie. Comme il n&rsquo;existe pas de maison de repos pour lui en France, il passera son \u00ab cong\u00e9 \u00bb dans son taudis. Inutile de commenter ce qui en r\u00e9sultera pour lui-m\u00eame et pour l&rsquo;hygi\u00e8ne publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une source d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s : les allocations familiales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et l&rsquo;injustice sont encore plus flagrantes dans la question des allocations destin\u00e9es aux familles rest\u00e9es en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Marocains et Tunisiens, il n&rsquo;existe \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris aucune allocation pour leurs familles rest\u00e9es en Afrique ; ils sont purement et simplement consid\u00e9r\u00e9s comme des ouvriers \u00e9trangers. On se demande alors au nom de quelle conception logique on d\u00e9nie au Maroc et \u00e0 la Tunisie la qualit\u00e9 de nation \u00e9trang\u00e8re et partant souveraine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Alg\u00e9riens, \u00ab citoyens fran\u00e7ais \u00bb, n&rsquo;ont pas droit au b\u00e9n\u00e9fice des lois fran\u00e7aises ; ils doivent travaillant en France &#8211; se contenter de la loi alg\u00e9rienne. L&rsquo;article 25 de la loi du 22 ao\u00fbt 1946 r\u00e9organisant les prestations familiales nous dit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Le r\u00e9gime des allocations familiales, existant en Alg\u00e9rie \u2026 est \u00e9tendu aux salari\u00e9s, qui travaillent en France m\u00e9tropolitaine dans les professions vis\u00e9es par ce r\u00e9gime, et dont les enfants r\u00e9sident en Alg\u00e9rie. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or, dans le r\u00e9gime alg\u00e9rien, seuls 200.000 salari\u00e9s de l&rsquo;industrie et du commerce b\u00e9n\u00e9ficient des allocations. La masse des ouvriers agricoles, \u00e0 150 francs par jour, n&rsquo;a rien. Cons\u00e9quence : les travailleurs agricoles en France n&rsquo;en b\u00e9n\u00e9ficient pas non plus. On ne s&rsquo;\u00e9tonne pas alors qu&rsquo;il n&rsquo;y ait que 750 Alg\u00e9riens dans l&rsquo;agriculture sur 100.000 travailleurs. Des personnes bien intentionn\u00e9es demandent que les Alg\u00e9riens se mettent en France \u00e0 la garde des troupeaux. Avant d&rsquo;entendre cette nouvelle symphonie pastorale, il serait bon de modifier l&rsquo;article 25 !<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, les versements \u00e0 la famille cessent d\u00e8s que le travailleur est mis en ch\u00f4mage. Le ch\u00f4meur inscrit ne touche rien pour ses enfants. Je suis convaincu que la n\u00e9gligence des Alg\u00e9riens \u00e0 se faire inscrire dans un bureau apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 un travail, serait tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9e s&rsquo;ils avaient les m\u00eames avantages que leurs camarades de la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que les versements en Alg\u00e9rie \u00e9manent des caisses fran\u00e7aises, il est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il faut environ neuf mois entre la pr\u00e9sence au travail et le versement de la premi\u00e8re allocation. En plus de l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9tat civil r\u00e9gulier (les musulmans n&rsquo;ont pas de livret de famille), les paiements trimestriels font de longues stations entre Paris et l&rsquo;administrateur de la commune, ou un parent doit venir &#8211; de fort loin souvent &#8211; pour le toucher. On ne peut qu&rsquo;approuver l&rsquo;Assembl\u00e9e de l&rsquo;Union fran\u00e7aise qui a pr\u00e9conis\u00e9 le versement direct des caisses fran\u00e7aises par la voie postale.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre Fran\u00e7ais et musulmans devient particuli\u00e8rement r\u00e9voltante quand on compare les taux d&rsquo;allocations vers\u00e9es. L&rsquo;Alg\u00e9rien ignore l&rsquo;allocation de salaire unique bien que sa femme ne travaille jamais. Sa famille re\u00e7oit une allocation uniforme de 1.875 francs par mois et par enfant, \u00e0 partir d&rsquo;un salaire mensuel de 12.500 francs (au-dessous, elle touche 15 pour cent du salaire mensuel). Or les familles de quatre enfants sont fr\u00e9quentes en Kabylie. Pour notre lecteur, nous avons dress\u00e9 le petit tableau comparatif suivant :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>Nombre d&rsquo;enfants<\/td><td>Allocations pay\u00e9es aux familles alg\u00e9riennes<\/td><td>Allocations fran\u00e7aises (avec salaire unique)<\/td><td>Diff\u00e9rence en faveur des Fran\u00e7ais<\/td><\/tr><tr><td>0<\/td><td>0<\/td><td>1.200<\/td><td>1.200<\/td><\/tr><tr><td>1<\/td><td>1.875<\/td><td>2.400<\/td><td>525<\/td><\/tr><tr><td>2<\/td><td>3.750<\/td><td>7.850<\/td><td>4.100<\/td><\/tr><tr><td>3<\/td><td>5.625<\/td><td>13.350<\/td><td>7.725<\/td><\/tr><tr><td>4<\/td><td>7.500<\/td><td>18.250<\/td><td>10.750<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Il est inutile d&rsquo;insister sur la p\u00e9nalisation qui frappe ainsi les familles habitant l&rsquo;Alg\u00e9rie. Or les entrepreneurs versent pour les Alg\u00e9riens le m\u00eame pourcentage que pour les Fran\u00e7ais, soit 16 pour cent du salaire vers\u00e9, mais les Alg\u00e9riens ne b\u00e9n\u00e9ficient pas des m\u00eames prestations. Nous aboutissons ainsi \u00e0 une v\u00e9ritable escroquerie aux d\u00e9pens des Alg\u00e9riens (2). Ajoutons encore que ces derniers n&rsquo;ont aucune autre allocation (maternit\u00e9 ou pr\u00e9natale). Quelle est donc la solution pour un ouvrier alg\u00e9rien ? Elle est de faire venir sa famille en France pour qu&rsquo;elle touche int\u00e9gralement les allocations. \u00ab Bravo, dira-t-on, voil\u00e0 une solution saine moralement et physiquement ! \u00bb Il y a un petit malheur \u00e0 cela : pas de logement pour la femme et les gosses.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, on voit se dessiner, depuis quelques mois, un mouvement de caract\u00e8re nouveau. Avant la guerre, le nombre de femmes musulmanes \u00e0 Paris \u00e9tait inexistant (une vingtaine d&rsquo;apr\u00e8s Louis Massignon). Aujourd&rsquo;hui, on en voit de plus en plus de ces malheureuses, transplant\u00e9es brusquement dans un monde qu&rsquo;elles ignorent, et o\u00f9 elles doivent, sans trop d\u00e9roger \u00e0 de vieilles habitudes d&rsquo;isolement, assurer la vie du m\u00e9nage. On en rencontre \u00e0 Boulogne, dans le 15e, le 14 et jusque dans une maison de passe de la rue Quincampoix, entass\u00e9es avec leurs enfants dans une chambrette d&rsquo;h\u00f4tel, et couchant par terre. Et voil\u00e0 de nouveaux nids \u00e0 tuberculose, de nouvelles sources \u00e0 faits divers pour les journaux sp\u00e9cialis\u00e9s et \u2026 vive la famille, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le travailleur alg\u00e9rien assis entre deux chaises<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le travailleur alg\u00e9rien vivant en France subit dans sa vie quotidienne les effets contradictoires du statut organique de l&rsquo;Alg\u00e9rie. D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;article 4, il jouit en France de tous les droits attach\u00e9s \u00e0 la qualit\u00e9 de citoyen fran\u00e7ais ; sa femme et ses enfants rest\u00e9s en Alg\u00e9rie ne jouissent que des droits agr\u00e9\u00e9s par l&rsquo;Assembl\u00e9e alg\u00e9rienne, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;article 14 du m\u00eame statut. En France, le travailleur alg\u00e9rien a la m\u00eame protection que son camarade fran\u00e7ais ; en Alg\u00e9rie, sa famille n&rsquo;a aucun des avantages dont b\u00e9n\u00e9ficie celle de son camarade.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la contradiction qu&rsquo;un syst\u00e8me b\u00e2tard additionne d&rsquo;une fausse d\u00e9mocratie provoque dans la vie de la famille alg\u00e9rienne. Citoyen fran\u00e7ais diminu\u00e9, mais non plus citoyen d&rsquo;une puissance libre, associ\u00e9e ou non \u00e0 la France m\u00e9tropolitaine ; ce probl\u00e8me politique ne peut \u00e0 nos yeux qu&rsquo;avoir une solution politique dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre sens que l&rsquo;histoire finira bien par imposer !<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Assembl\u00e9e alg\u00e9rienne s&rsquo;occupe d&rsquo;une pseudo S\u00e9curit\u00e9 sociale (risque maladie) qui impliquerait la cr\u00e9ation d&rsquo;un r\u00e9seau de caisses professionnelles, incapables de remplir leur but. Il est certain que de l&rsquo;assembl\u00e9e introuvable d&rsquo;Alger, on ne peut esp\u00e9rer une unification des prestations familiales entre les deux pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, j&rsquo;entends la voix d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e des statisticiens : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Augmenter les prestations familiales dans un pays o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 trop de naissances serait un contresens d\u00e9mographique et \u00e9conomique. Il faudrait au contraire d\u00e9courager la natalit\u00e9 par leur suppression. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on admet cette mani\u00e8re statistique de raisonner, il faut le faire loyalement et admettre en contrepartie d&rsquo;une diminution des prestations une augmentation du salaire individuel. L&rsquo;exp\u00e9rience montre que les salaires individuels \u00e9lev\u00e9s n&rsquo;ont jamais favoris\u00e9 le \u00ab lapinisme \u00bb. Je doute cependant que cette solution soit tr\u00e8s bien accueillie par les employeurs alg\u00e9riens \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour o\u00f9 le niveau de vie alg\u00e9rien tendrait \u00e0 se rapprocher du niveau de vie fran\u00e7ais, l&rsquo;\u00e9quilibre serait r\u00e9tabli entre les deux vases communicants. Cela signifierait que la mis\u00e8re et la surpopulation qui lui est li\u00e9e sont \u00e9galement vaincues. Ce n&rsquo;est pas pour aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Donner aux Alg\u00e9riens ce qui leur appartient<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Imaginons un instant que surmontant l&rsquo;obstacle du logement, les familles des 100.000 ouvriers alg\u00e9riens viennent habiter la France et supposons, ce qui n&rsquo;a rien d&rsquo;exag\u00e9r\u00e9, qu&rsquo;elles aient chacune deux enfants, la caisse des allocations familiales serait oblig\u00e9e de d\u00e9bourser un suppl\u00e9ment de 4.100 francs par mois par famille, c&rsquo;est-\u00e0-dire 410 millions en tout, ou par an pr\u00e8s de 5 milliards (ceci n&rsquo;est qu&rsquo;un ordre de grandeur, qu&rsquo;un calcul exact modifierait peut-\u00eatre de 1 \u00e0 2 milliards).<\/p>\n\n\n\n<p>Ajoutez-y les allocations pr\u00e9natales et de maternit\u00e9 inconnues en Alg\u00e9rie et le maintien de ces allocations en cas de ch\u00f4mage. La S\u00e9curit\u00e9 sociale devrait y ajouter ses allocations de maladie \u2026 Or, r\u00e9p\u00e9tons-le, rien l\u00e9galement ne saurait emp\u00eacher que ces citoyens fran\u00e7ais changent de \u00ab domicile \u00bb (si on peut appeler domiciles leurs niches \u00e0 chien !). Il est absurde logiquement et juridiquement, il est contraire au principe de l&rsquo;indivisibilit\u00e9 de la R\u00e9publique d&rsquo;admettre qu&rsquo;un changement de domicile modifie un droit que le citoyen tient \u00e0 la fois de la loi et de sa fonction sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe de la compensation, base des allocations, est nettement viol\u00e9 aux d\u00e9pens des Alg\u00e9riens. Il faut leur rendre les milliards que l&rsquo;on retient par une mesure discriminatoire injustifiable.<\/p>\n\n\n\n<p>Faudrait-il pour cela augmenter la cotisation patronale de 16 pour cent sur les salaires vers\u00e9s ? Nous pouvons r\u00e9pondre cat\u00e9goriquement : non. Le rapport du ministre du Travail (<em>J.O<\/em>. du 7 juin 1950) nous fournit les chiffres suivants pour l&rsquo;ann\u00e9e 1949, en ce qui concerne les seuls travailleurs salari\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<p>Recettes : 191.498 millions de francs.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9penses : 184.515 millions de francs, sur lesquelles les prestations (allocations familiales et allocations de salaire unique) repr\u00e9sentent 172.437 millions auxquels il faut ajouter 6.514 millions de cr\u00e9dits pour l&rsquo;action sanitaire et sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe donc un exc\u00e9dent d&rsquo;environ sept milliards, au moins, qui couvrirait largement ce que l&rsquo;on doit aux travailleurs alg\u00e9riens de la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux fa\u00e7ons de rendre cet argent \u00e0 son v\u00e9ritable propri\u00e9taire. La premi\u00e8re est de l&rsquo;envoyer directement \u00e0 sa famille en Alg\u00e9rie qui b\u00e9n\u00e9ficierait ainsi des m\u00eames avantages que si elle habitait la France. Ce serait conforme sinon \u00e0 la justice du moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Cependant, il existe trois arguments contre cette solution.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, elle accentuerait l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 au sein des populations alg\u00e9riennes, tant que l&rsquo;Assembl\u00e9e d&rsquo;Alger qui tient ses pouvoirs du Statut n&rsquo;aura pas relev\u00e9 le taux des allocations distribu\u00e9es l\u00e0-bas. Cette in\u00e9galit\u00e9 accentuerait l&rsquo;immigration vers la France et rendrait impossible l&rsquo;am\u00e9lioration du prol\u00e9tariat alg\u00e9rien de la m\u00e9tropole. Ensuite, elle encouragerait une f\u00e9condit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dont le besoin ne se fait nullement sentir. En troisi\u00e8me lieu, elle ne modifierait en rien la triste situation du travailleur vivant en France, qui ne peut \u00eatre am\u00e9lior\u00e9e que par des mesures collectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec une Alg\u00e9rie au niveau de vie transform\u00e9 ces arguments tomberaient, mais alors le probl\u00e8me de l&rsquo;immigration serait bien pr\u00e8s d&rsquo;\u00eatre r\u00e9solu. Nous avons au contraire \u00e0 travailler dans l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9plorable d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et \u00e0 en tenir compte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Pour une gestion collective des allocations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc remettre <em>collectivement<\/em> cet exc\u00e9dent d&rsquo;allocations aux travailleurs alg\u00e9riens en France, afin qu&rsquo;il soit utilise pour l&rsquo;am\u00e9nagement de sanatoria, de foyers d&rsquo;h\u00e9bergement, la construction rapide, en mat\u00e9riaux l\u00e9gers, de cit\u00e9s ouvri\u00e8res, et la formation professionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici se pose le probl\u00e8me de la gestion de ces fonds. Pour cela, il faut tenir compte de deux \u00e9l\u00e9ments psychologiques : le premier est la solidarit\u00e9 spontan\u00e9e qui lie entre eux les immigrants nord-africains, surtout quand ils n&rsquo;ont pas &#8211; ce qui est encore le cas g\u00e9n\u00e9ral &#8211; amen\u00e9 leurs femmes avec eux ; solidarit\u00e9 de famille, de tribu, qui les pousse \u00e0 s&rsquo;agglom\u00e9rer suivant leur village d&rsquo;origine, mais qui d\u00e9passe la tribu pour devenir une v\u00e9ritable solidarit\u00e9 nationale et religieuse ! Le second est l&rsquo;extr\u00eame m\u00e9fiance parfois justifi\u00e9e vis-\u00e0-vis des initiatives purement fran\u00e7aises et administratives \u00e0 l&rsquo;esprit desquelles ils resteront toujours \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut donc pas songer \u00e0 une organisation bureaucratique, nid \u00e0 gaspillages et source de m\u00e9fiance ou tout au moins d&rsquo;indiff\u00e9rence. Il faudrait que l&rsquo;on mette sur pied une vaste mutuelle entre Alg\u00e9riens &#8211; le cas des Marocains et Tunisiens doit \u00eatre provisoirement disjoint, \u00e9tant donn\u00e9 les statuts diff\u00e9rents des trois pays (3). Mais, dans l&rsquo;\u00e9tat actuel du niveau des travailleurs, il faudrait une mutuelle contr\u00f4l\u00e9e avec participation de repr\u00e9sentants de la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s &#8211; manuels et intellectuels &#8211; de la communaut\u00e9 alg\u00e9rienne musulmane en France, on pourrait adjoindre des repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes forces syndicales ouvri\u00e8res et patronales de la m\u00e9tropole, enfin des repr\u00e9sentants de l&rsquo;Etat &#8211; ceux-ci en minorit\u00e9. On aurait ainsi une sorte d&rsquo;office public \u00e0 gestion autonome, soumis au contr\u00f4le parlementaire, disposant des fonds de prestations familiales aujourd&rsquo;hui non distribu\u00e9s, office qui, en plus, pourrait recevoir des subventions de personnes ou de collectivit\u00e9s (villes, d\u00e9partements \u2026 ).<\/p>\n\n\n\n<p>La participation des Alg\u00e9riens \u00e0 cet office devrait se faire par le canal d&rsquo;associations \u00e0 cr\u00e9er par eux-m\u00eames et qui pourraient se f\u00e9d\u00e9rer en une association unique. On me demandera : pourquoi pas une centrale syndicale alg\u00e9rienne en France ? A cela je r\u00e9ponds non, pour les raisons suivantes :<\/p>\n\n\n\n<p>1) La place des travailleurs alg\u00e9riens est dans les syndicats de leurs camarades m\u00e9tropolitains ; il y a aujourd&rsquo;hui assez de centrales de tendances diff\u00e9rentes pour qu&rsquo;ils obtiennent, sans trop de difficult\u00e9s, de s&rsquo;y faire une place ;<\/p>\n\n\n\n<p>2) Une centrale syndicale purement alg\u00e9rienne ne serait certainement pas accept\u00e9e par le minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur qui trouverait des pr\u00e9textes \u00e0 sa dissolution ;<\/p>\n\n\n\n<p>3) Une centrale syndicale ne pourrait accepter l&rsquo;adh\u00e9sion d&rsquo;\u00e9tudiants, de membres de professions lib\u00e9rales, de commer\u00e7ants qui, dans <em>le stade actuel des choses<\/em>, pourraient jouer un r\u00f4le utile en contact avec les ouvriers industriels ;<\/p>\n\n\n\n<p>4) Le r\u00f4le de cette association alg\u00e9rienne serait surtout de prendre une responsabilit\u00e9 dans la gestion d&rsquo;\u0153uvres collectives, fonction tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle d&rsquo;une centrale syndicale qui reste avant tout un organe revendicatif et combattant.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;office ainsi cr\u00e9\u00e9 aurait \u00e0 prendre en charge l&rsquo;instruction, la sant\u00e9 et l&rsquo;hygi\u00e8ne des travailleurs alg\u00e9riens. Cette charge pourrait \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 leurs camarades marocains et tunisiens, si on modifiait les droits de ceux-ci, consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9trangers, dans le sens d&rsquo;une assimilation aux travailleurs fran\u00e7ais. (Aujourd&rsquo;hui, leurs familles, r\u00e9sidant en Afrique, ne touchent pas d&rsquo;allocations). L&rsquo;office aurait \u00e0 distribuer du travail, utiliser dans ses services et entreprises le maximum de main-d&rsquo;\u0153uvre alg\u00e9rienne compatible avec la qualification exig\u00e9e. Il pourrait aussi, conform\u00e9ment \u00e0 une suggestion de M. Ferhat Abbas, entretenir dans les ports alg\u00e9riens d&#8217;embarquement des foyers coop\u00e9ratifs o\u00f9 commencerait l&rsquo;adaptation au monde moderne du paysan d\u00e9racin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Cr\u00e9er une classe ouvri\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un tel office ne saurait \u00eatre \u00e9ternel. Son objet serait avant tout de diminuer le foss\u00e9 entre les vies des ouvriers alg\u00e9riens et fran\u00e7ais. Il n&rsquo;aurait aucune raison d&rsquo;\u00eatre si l&rsquo;Alg\u00e9rie b\u00e9n\u00e9ficiait de lois et d&rsquo;un niveau d&rsquo;existence analogues \u00e0 ceux de la m\u00e9tropole. Aujourd&rsquo;hui, les Alg\u00e9riens &#8211; et dans une certaine mesure, les Nord-Africains en g\u00e9n\u00e9ral &#8211; forment un sous-prol\u00e9tariat, sans d\u00e9fense, pour qui n&rsquo;existent ni \u00e9galit\u00e9 de droit avec leurs camarades fran\u00e7ais ni \u00e9galit\u00e9 de condition. Il s&rsquo;agit de r\u00e9aliser sous une forme efficace cette double \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cent ans, l&rsquo;\u00e9crivain socialiste Flora Tristan s&rsquo;\u00e9tait pos\u00e9 une question analogue devant les parias d\u00e9racin\u00e9s qui affluaient de la campagne vers Paris : comment transformer ces gens en travailleurs conscients, comment \u00ab constituer la classe ouvri\u00e8re \u00bb ? Elle \u00e9crivait pour y r\u00e9pondre sa brochure proph\u00e9tique l&rsquo;Union ouvri\u00e8re, gigantesque association qui \u00e0 ses yeux devait donner aux ouvriers d\u00e9racin\u00e9s le minimum mat\u00e9riel au-dessous duquel il n&rsquo;est pas de dignit\u00e9 possible.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une suggestion analogue que nous pr\u00e9sentons pour les immigrants d&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>M. C.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Un groupement patronal a fond\u00e9 une \u00ab\u00a0association pour la cr\u00e9ation des foyers N. A.\u00a0\u00bb (31, rue M\u00e9d\u00e9ric). Chaque entreprise s&rsquo;y inscrit pour un certain nombre de lits \u00e0 30.000 francs chacun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(2) Les ouvriers belges et italiens en France b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un meilleur traitement que les Alg\u00e9riens \u00ab fran\u00e7ais \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(3) Il faudrait que le statut futur des ex-pays de protectorat implique la r\u00e9ciprocit\u00e9 des droits entre citoyens des diff\u00e9rents pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Michel Collinet paru dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 343 &#8211; Nouvelle s\u00e9rie n\u00b0 42, septembre 1950, p. 11-16 L&rsquo;opinion et la presse \u00e9voquent souvent la pr\u00e9sence des Nord-Africains dans la r\u00e9gion parisienne, non g\u00e9n\u00e9ralement pour d\u00e9crire leur mis\u00e8re et chercher \u00e0 y parer, mais pour affoler le bourgeois sur leur pr\u00e9tendue criminalit\u00e9. En [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[4345,112,138,3185,457,555,658,4675,908],"class_list":["post-25715","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-4345","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-antiracisme","tag-france","tag-immigration","tag-la-revolution-proletarienne","tag-michel-collinet","tag-paris"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6GL","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":14974,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/12\/11\/daniel-guerin-deux-requisitoires-contre-le-communisme\/","url_meta":{"origin":25715,"position":0},"title":"Daniel Gu\u00e9rin : Deux r\u00e9quisitoires contre le \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb","author":"SiNedjib","date":"11\/12\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Daniel Gu\u00e9rin paru dans Arguments, n\u00b0 6, f\u00e9vrier 1958, p. 10-13 Deux livres viennent de para\u00eetre simultan\u00e9ment, qui nous incitent \u00e0 repenser les fondements id\u00e9ologiques du bolchevisme celui de Milovan Djilas - le prisonnier de Tito - et celui de Michel Collinet. Bien que con\u00e7us par deux hommes\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Arguments-fevrier-1958.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":25592,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/01\/13\/collinet\/","url_meta":{"origin":25715,"position":1},"title":"Michel Collinet : Les parias de Paris. Une grande enqu\u00eate sur le drame des Nord-Africains","author":"SiNedjib","date":"13\/01\/2025","format":false,"excerpt":"Une enqu\u00eate sociale de Michel Collinet parue en huit \u00e9pisodes dans Franc-Tireur, 11 avril 1950 ; 12 avril 1950 ; 13 avril 1950 ; 14 avril 1950 ; 18 avril 1950 ; 19 avril 1950 ; 20 avril 1950 ; 21 avril 1950 Frileux sous la bise, sa garde-robe sur\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/FT-12-avril-1950.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x"},"classes":[]},{"id":23630,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/07\/17\/raynaud\/","url_meta":{"origin":25715,"position":2},"title":"Ernest Raynaud : Donnez-leur un toit et du travail et non des balles !","author":"SiNedjib","date":"17\/07\/2024","format":false,"excerpt":"Editorial d'Ernest Raynaud alias Robert Tr\u00e9no paru dans Franc-Tireur, 13e ann\u00e9e, 15 juillet 1953, p. 1 Les tragiques bagarres de la place de la Nation attirent, une fois de plus, l'attention sur un probl\u00e8me que la France n'a pas encore su r\u00e9soudre : celui des Nord-Africains de la m\u00e9tropole. La\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Franc-Tireur-15-juillet-1953.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":13648,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/27\/maurice-nadeau-la-tragedie-des-repenseurs-du-marxisme\/","url_meta":{"origin":25715,"position":3},"title":"Maurice Nadeau : La trag\u00e9die des \u00ab\u00a0repenseurs\u00a0\u00bb du marxisme","author":"SiNedjib","date":"27\/08\/2021","format":false,"excerpt":"Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 31 mars 1949, p. 4 QU'EST-CE que le marxisme ? Une id\u00e9ologie, une m\u00e9thode d'explication du monde, une philosophie, une strat\u00e9gie de la r\u00e9volution, une religion, ou tout cela \u00e0 la fois ? En l'impossibilit\u00e9 o\u00f9 l'on est de le d\u00e9finir congr\u00fbment pourrait\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Combat-31-mars-1949.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":4271,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2018\/09\/06\/zimmerwald\/","url_meta":{"origin":25715,"position":4},"title":"Messali Hadj : Message de sympathie \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du cercle Zimmerwald \u00e0 Paris","author":"SiNedjib","date":"06\/09\/2018","format":false,"excerpt":"Message de Messali Hadj publi\u00e9 dans La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0 381, f\u00e9vrier 1954, p. 30. Chers camarades, Je profite de cette magnifique occasion pour envoyer \u00e0 l'assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du cercle Zimmerwald parisien mes souhaits de r\u00e9ussite et aussi toute ma sympathie et mon amiti\u00e9. Je le fais avec d'autant plus\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/La-R%C3%A9volution-prol%C3%A9tarienne-f%C3%A9vrier-1954.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":23606,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2024\/07\/16\/donnet-3\/","url_meta":{"origin":25715,"position":5},"title":"Michel Donnet : Afrique du Nord. Tombeau de l&rsquo;imp\u00e9rialisme","author":"SiNedjib","date":"16\/07\/2024","format":false,"excerpt":"Article de Michel Donnet alias Michel Malla paru dans Le Libertaire, n\u00b0 393, 15 juillet 1954, p. 1-2 LA bourgeoisie fran\u00e7aise commence \u00e0 s'apercevoir que tout ne va pas pour le mieux dans la meilleure des Afriques du Nord. Il a fallu pour cela que l'un des siens tombe sous\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;presse&quot;","block_context":{"text":"presse","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/presse\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Le-Libertaire-15-juillet-1954-1.png?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Le-Libertaire-15-juillet-1954-1.png?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Le-Libertaire-15-juillet-1954-1.png?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x"},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25715"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25715\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25721,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25715\/revisions\/25721"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}