{"id":26025,"date":"2025-04-11T10:39:07","date_gmt":"2025-04-11T08:39:07","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=26025"},"modified":"2025-04-11T10:39:07","modified_gmt":"2025-04-11T08:39:07","slug":"koestler-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/04\/11\/koestler-3\/","title":{"rendered":"Arthur Koestler s&rsquo;explique&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Interview d&rsquo;<a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article216384\">Arthur Koestler<\/a> par Jean Duch\u00e9 publi\u00e9e en deux parties dans <em>Le Litt\u00e9raire<\/em>, <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bd6t52130026p\/f1.image.zoom\">n\u00b0 32, 26 octobre 1946<\/a>, p. 1-2 ; <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bd6t521300273\/f1.image.zoom\">n\u00b0 33, 2 novembre 1946<\/a>, p.<\/strong> <strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"381\" data-attachment-id=\"26029\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/04\/11\/koestler-3\/arthur-koestler-jean-duche\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?fit=975%2C640&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"975,640\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Arthur Koestler Jean Duch\u00e9\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?fit=300%2C197&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?fit=580%2C381&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?resize=580%2C381&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-26029\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?w=975&amp;ssl=1 975w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?resize=300%2C197&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Arthur-Koestler-Jean-Duche.jpg?resize=768%2C504&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Arthur Koestler r\u00e9pond aux questions de Jean Duch\u00e9 (Photo <em>\u00ab\u00a0Figaro\u00a0\u00bb<\/em>.)<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-larger-font-size\"><strong>_ \u00ab\u00a0Vous \u00eates un faux t\u00e9moin !\u00a0\u00bb<\/strong> reprochent les communistes \u00e0 Koestler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-larger-font-size\">_ <strong>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai v\u00e9cu \u00e0 Moscou et \u00e0 Kharkov ; j&rsquo;ai voyag\u00e9 dans toute la Russie\u00a0\u00bb<\/strong>, r\u00e9pond l&rsquo;\u00e9crivain de <em>Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Interview<\/em> par <strong>Jean DUCHE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">ARTHUR KOESTLER m&rsquo;accueille dans sa chambre d&rsquo;h\u00f4tel sur la rive gauche. Je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 \u00e0 un cocktail offert en son honneur par un de ses \u00e9diteurs, il a consenti \u00e0 donner au <em>Litt\u00e9raire<\/em> une interview, j&rsquo;ai pu sans difficult\u00e9 franchir le barrage du portier et Koestler veut bien ne pas me t\u00e9moigner, dit-il, la m\u00e9fiance d&rsquo;un ancien journaliste \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un confr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En arrivant \u00e0 Paris, lui dis-je, vous aviez d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 <em>Combat<\/em> \u2026 que vous ne feriez aucune d\u00e9claration. Et voila qu&rsquo;il y a des articles sur vous et de vous dans tous les journaux \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je suis en vacances \u00e0 Paris, me r\u00e9pond Arthur Koestler. D&rsquo;habitude, je ne donne aucune interview : 1\u00b0 Parce que je consid\u00e8re que c&rsquo;est une coquetterie qui ressemble beaucoup \u00e0 de la prostitution ; 2\u00b0 Parce que si un \u00e9crivain a quelque chose \u00e0 dire, qu&rsquo;il l&rsquo;\u00e9crive. Si je vous donne la premi\u00e8re et la derni\u00e8re interview de mon s\u00e9jour \u00e0 Paris, c&rsquo;est en partie \u00e0 cause de certains malentendus qui pourraient faire croire que les articles publi\u00e9s sont des articles \u00e9crits par moi sp\u00e9cialement pour ces journaux. Je n&rsquo;ai jamais \u00e9crit d&rsquo;article pour un magazine sur ma pi\u00e8ce. Ils ont simplement imprim\u00e9 un texte tronqu\u00e9 et modifi\u00e9, extrait de ma pr\u00e9face \u00e0 ma pi\u00e8ce <em>Le Bar du Cr\u00e9puscule<\/em>. Quant \u00e0 la s\u00e9rie d&rsquo;articles <em>La fin d&rsquo;une illusion<\/em>, ce sont des extraits de <em>Le Yogi et le Commissaire<\/em>, ouvrage \u00e9crit en 1944 et dont la traduction sortira dans quelques jours. Pour ce qui est des articles sur la Russie ou sur la Palestine parus, ici et l\u00e0, ce sont des r\u00e9impressions d&rsquo;articles parus dans le <em>New York Times<\/em> ou des extraits de mes livres, dont je tiens \u00e0 souligner que si l&rsquo;on veut les qualifier de reportage, ils datent d\u00e9j\u00e0 de deux ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien plus nombreux encore sont les articles que l&rsquo;on a \u00e9crits sur vous. J&rsquo;ai entre les mains un dossier de coupures de presse extraordinairement volumineux. Parmi lesquelles je remarque que <em>Ce Soir<\/em> et <em>Action<\/em> portent contre vous de vigoureuses attaques communistes. <em>Ce Soir<\/em> vous traite de \u00ab faux t\u00e9moin \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n&rsquo;ai jamais r\u00e9pondu en Angleterre, aux Etats-Unis ou ailleurs, aux attaques personnelles. Dans le cas d&rsquo;<em>Action<\/em> et de <em>Ce Soir<\/em> j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t surpris par leur douceur. Ils ne me traitent ni d&rsquo;agent nazi, ni d&rsquo;espion japonais, ni m\u00eame de vip\u00e8re lubrique \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais ils vous traitent de \u00ab\u00a0trotskiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je ne l&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9. Mais je ne trouve pas l&rsquo;accusation d\u00e9shonorante.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 \u00e9galement dans <em>Politics<\/em>, revue am\u00e9ricaine d&rsquo;influence trotskiste.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui. Si l&rsquo;on essaie de rester un ind\u00e9pendant de gauche, de n&rsquo;appartenir \u00e0 aucun parti, ces attaques ne sont que naturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez \u00e9t\u00e9 membre du Parti communiste, vous \u00eates all\u00e9 en Russie. Il y a tant de rumeurs contradictoires sur votre carri\u00e8re de communiste \u2026 Voulez-vous pr\u00e9ciser quand vous y \u00eates all\u00e9, o\u00f9, et dans quelles conditions ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai joint le Parti communiste en d\u00e9cembre 1931. Comme \u00e0 cette \u00e9poque je travaillais en tant que journaliste a Berlin, je fus affili\u00e9 (bien qu&rsquo;\u00e9tant d&rsquo;origine hongroise) au Parti communiste allemand. Mes activit\u00e9s en liaison avec le Parti communiste me contraignirent \u00e0 abandonner mon poste de directeur de la politique \u00e9trang\u00e8re de la <em>B. Z. am Mittag<\/em>, quotidien d\u00e9mocratique appartenant \u00e0 la Maison Ullstein, pour laquelle j&rsquo;ai travaill\u00e9 dans diff\u00e9rents postes &#8211; en Orient, \u00e0 Paris, etc., depuis 1927.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis rendu en Russie au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1932 en qualit\u00e9 de correspondant d&rsquo;un certain nombre de quotidiens suisses, scandinaves, etc \u2026 Je suis rest\u00e9 en Russie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;automne 1933. J&rsquo;ai v\u00e9cu \u00e0 Moscou et \u00e0 Kharkov, alors capitale de l&rsquo;Ukraine, et j&rsquo;ai voyag\u00e9 un peu partout : dans les r\u00e9gions industrielles de la Russie, de l&rsquo;Ukraine, puis en Transcaucasie, et ensuite \u00e0 travers l&rsquo;Asie centrale de Bakou \u00e0 Tachkent. Grace \u00e0 ma double qualit\u00e9 de correspondant de journaux \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb et de membre du Parti, j&rsquo;avais une relative libert\u00e9 de mouvement ; d&rsquo;ailleurs, je parlais le russe couramment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Mes anciens camarades du Parti communiste trouvent curieux qu&rsquo;ayant quitt\u00e9 la Russie en 1933, je n&rsquo;aie d\u00e9missionn\u00e9 du Parti qu&rsquo;en 1938. Ce que j&rsquo;ai vu en Russie, disent-ils, n&rsquo;avait donc pas pu \u00e9branler ma foi dans l&rsquo;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique. C&rsquo;est exact. Ce que j&rsquo;ai vu en Russie m&rsquo;a effray\u00e9 et d\u00e9prim\u00e9 ; c&rsquo;\u00e9tait un coup dur pour un jeune romantique plein d&rsquo;illusions. Mais l&rsquo;\u00e9cole marxiste m&rsquo;a appris \u00e0 me m\u00e9fier de mon propre romantisme et de mes r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Je me disais, mes camarades me disaient (et ils se le disaient \u00e0 eux-m\u00eames) : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0La terreur, la famine, la suppression des libert\u00e9s, le m\u00e9pris total des droits et de la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme ne sont que des ph\u00e9nom\u00e8nes passagers. La situation en Russie ne doit pas \u00eatre jug\u00e9e statiquement, mais dynamiquement par comparaison avec le pass\u00e9 tzariste et en relation avec l&rsquo;avenir que nous essayons de construire. Il faut suspendre son jugement, il faut se m\u00e9fier de ses propres r\u00e9actions morales et esth\u00e9tiques, il faut nous garder de tout impressionnisme superficiel.\u00a0\u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ce que nous nous r\u00e9p\u00e9tions jour et nuit comme une pri\u00e8re ou une formule de Cou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9 en Europe, je suis donc rest\u00e9 encore quatre ans et demi (jusqu&rsquo;en mars 1938) dans les rangs du Parti. Du point de vue sentimental, je ne voulais pas trahir la confiance que m&rsquo;avaient accord\u00e9e mes amis et camarades en Russie. Du point de vue rationnel, j&rsquo;accordais le b\u00e9n\u00e9fice du doute \u00e0 la grande exp\u00e9rience qui se d\u00e9roulait en U. R. S. S. C&rsquo;\u00e9tait la position de beaucoup de mes amis du Parti, surtout des \u00e9migr\u00e9s allemands, autrichiens, etc \u2026 A chaque nouvelle \u00e9c\u0153urante qui nous arrivait de Russie &#8211; les \u00e9purations, les lois r\u00e9actionnaires, l&rsquo;ex\u00e9cution de nos camarades comme \u00ab\u00a0crapules contre-r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb &#8211; nous trouvions une excuse, une raison. Il y avait de l&rsquo;espoir, il y avait en m\u00eame temps la l\u00e2chet\u00e9, cette peur d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9s \u00ab\u00a0ren\u00e9gats\u00a0\u00bb, \u00ab tra\u00eetres \u00bb, et cette autre peur qu&rsquo;en critiquant l&rsquo;U. R. S. S. nous ne soyons exploit\u00e9s par la r\u00e9action. Nous d\u00e9testions ceux qui avaient fl\u00e9chi, nous ne voulions pas suivre leur chemin et \u00eatre d\u00e9test\u00e9s \u00e0 notre tour. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas dr\u00f4le. On devenait un peu n\u00e9vros\u00e9s. Ce qui nous maintenait, c&rsquo;\u00e9tait le travail anti-nazi, cette fr\u00e9n\u00e9sie des Comit\u00e9s, mouvements, conspirations, des jours de la grande mystique antifasciste \u2026 C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque du Comit\u00e9 Amsterdam-Pleyel, du Front Populaire ; je travaillais dans une dr\u00f4le d&rsquo;organisation qui s&rsquo;appelait l&rsquo;I. N. F. A. (Institut pour l&rsquo;Etude du Fascisme) qui \u00e9tait rue Buffon, au n\u00b0 25, si je m&rsquo;en souviens bien. Nous \u00e9tions un noyau d&rsquo;une douzaine de camarades \u00e0 travailler sans salaire, et je v\u00e9cus alors avec environ 800 francs par mois ramass\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 des articles par ci par l\u00e0. Puis vint la guerre d&rsquo;Espagne, je partis comme correspondant du <em>News Chronicle<\/em> \u2026 La suite de l&rsquo;histoire, les prisons franquistes, se trouve dans le <em>Testament espagnol<\/em>. Je revins en France en 1937 et quittai le Parti six mois plus tard, en mars 1938.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourquoi \u00e0 ce moment ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Les derni\u00e8res gouttes qui firent d\u00e9border le vase furent le proc\u00e8s Boukharine &#8211; Boukharine que j&rsquo;admirais et aimais &#8211; l&rsquo;exploitation cynique de la guerre civile en Espagne, de l&rsquo;enthousiasme et du sacrifice de leur vie par des milliers d&rsquo;hommes simples, exploitation au profit des buts particuliers de la politique \u00e9trang\u00e8re de l&rsquo;U. R. S. S., etc \u2026 C&rsquo;\u00e9tait fini, je ne marchais plus et j&rsquo;ai commenc\u00e9 alors \u00e0 \u00e9crire <em>Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en parlant, Koestler arpente nerveusement la chambre. Elle est petite, mais il n&rsquo;est pas grand : six pas dans un sens, six pas dans l&rsquo;autre. N&rsquo;est-ce pas dans <em>Le Testament espagnol <\/em>qu&rsquo;il disait n&rsquo;avoir pu se d\u00e9barrasser de cette habitude de cellule ? L&rsquo;entretien durera deux heures. Cela fera combien de kilom\u00e8tres ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je voudrais souligner une chose, poursuit-il : aujourd&rsquo;hui, mes anciens camarades m&rsquo;attaquent, c&rsquo;est r\u00e9gulier, in\u00e9vitable, mais ce qui me donne une certaine satisfaction ce sont des lettres que j&rsquo;ai re\u00e7ues d&rsquo;un assez grand nombre de gens, y compris quelques Normaliens fran\u00e7ais, qui me disent que la lecture de ce bouquin les a convaincus de joindre le Parti communiste. Bien entendu, je ne cherchais pas ce r\u00e9sultat, mais il me prouve tout de m\u00eame que le cas des deux antagonismes a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 avec suffisamment d&rsquo;objectivit\u00e9 pour produire ce r\u00e9sultat paradoxal. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas tellement paradoxal puisque dans tout roman, pris en tant qu&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art, chacun des protagonistes doit avoir raison de son propre point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je crois que les innombrables lecteurs fran\u00e7ais du <em>Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em> aimeraient savoir o\u00f9 vous \u00e9tiez pendant la guerre, ce que vous avez fait. Nous savons que vous avez \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 au camp du Vernet par le gouvernement Daladier. Pourquoi ? Et comment en \u00eates-vous sorti ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 le 1er ou le 2 octobre 1939 comme suspect politique ; d&rsquo;abord envoy\u00e9 au Stade Roland-Garros, puis au Vernet, au camp des \u00e9trangers ind\u00e9sirables o\u00f9 j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre le voisin de ceux des membres du Comit\u00e9 central du Parti communiste allemand qui se trouvaient en France. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9 en mars ou avril 1940, je suis rentr\u00e9 \u00e0 Paris, mais la police continuait \u00e0 perquisitionner chez moi et \u00e0 me refuser un permis de s\u00e9jour. Lorsque les Allemands furent aux portes de Paris, la police essaya de m&rsquo;arr\u00eater de nouveau. Je fus cach\u00e9 pendant quelques jours par Henri Membr\u00e9, au Pen-Club, puis par Adrienne Monnier, chez elle, rue de l&rsquo;Od\u00e9on. Elle me procura un laissez-passer pour Limoges o\u00f9 j&rsquo;arrivai le jour de l&rsquo;Armistice. Je me dis qu&rsquo;entre Vichy et la Gestapo j&rsquo;\u00e9tais fichu, donc, pour changer d&rsquo;identit\u00e9, je me pr\u00e9sentai au Bureau de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re et m&rsquo;inscrivis sous un nom d&#8217;emprunt, comme au cin\u00e9ma. Je me baptisais Albert Dubert (j&rsquo;avais choisi le nom du chef de la police des \u00e9trangers de Limoges), chauffeur de taxi, venant de Berne (Suisse). Envoy\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t de la L\u00e9gion, le fort Saint-Jean, \u00e0 Marseille, j&rsquo;achetai une feuille de d\u00e9mobilisation pour Casablanca, d&rsquo;o\u00f9 je joignis Lisbonne sur un bateau de p\u00eache, puis l&rsquo;Angleterre. L\u00e0 on me coffrait de nouveau, puisque je n&rsquo;avais pas de papiers. Lorsque cette question fut r\u00e9gl\u00e9e, je m&rsquo;engageai dans l&rsquo;arm\u00e9e anglaise, fus r\u00e9form\u00e9 en 1942, travaillai comme chauffeur d&rsquo;ambulance, fis des conf\u00e9rences \u00e0 la B. B. C. et aux soldats. De d\u00e9cembre 1944 \u00e0 ao\u00fbt 1945, je suis all\u00e9 en Palestine comme correspondant du <em>Times<\/em>, en fait pour me documenter en vue de mon roman <em>La Tour d&rsquo;Ezra<\/em>. Mais ces derni\u00e8res aventures sont racont\u00e9es dans mon livre <em>La lie de la terre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Qui sort ces jours-ci chez Charlot ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, mais il s&rsquo;est produit un accroc p\u00e9nible. C&rsquo;est le seul de mes livres dont je n&rsquo;aie pas revu la traduction \u00e0 l&rsquo;avance et, malheureusement, celle-ci est assez lamentable. Cela est ennuyeux au point de vue du style, mais beaucoup plus ennuyeux au point de vue politique. Je dis, par exemple, \u00e0 une certaine page que \u00ab pour la gauche la Russie \u00e9tait la seule exp\u00e9rience sociale dans ce malheureux si\u00e8cle d&rsquo;o\u00f9 vint l&rsquo;espoir \u00bb tandis que, dans la traduction, le mot espoir est remplac\u00e9 par le mot agonie. Vous voyez ce que \u00e7a va donner ? J&rsquo;aimerais ajouter que les conditions techniques dans lesquelles ce livre a \u00e9t\u00e9 traduit et compos\u00e9 rendaient difficile le travail de l&rsquo;\u00e9diteur, mais je suis oblig\u00e9 de d\u00e9cliner toute responsabilit\u00e9 dans ce texte.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Etes-vous satisfait de la fa\u00e7on dont est mont\u00e9e votre pi\u00e8ce <em>Le Bar du Cr\u00e9puscule ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je suis tr\u00e8s reconnaissant \u00e0 mon ami Jean Vilar pour l&rsquo;effort qu&rsquo;il a accompli. C&rsquo;est une bouffonnerie que je me suis amus\u00e9 \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 laquelle je n&rsquo;attache aucune importance litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous parlez parfaitement le fran\u00e7ais. Vous avez \u00e9t\u00e9 journaliste allemand, anglais, vous m&rsquo;avez dit que vous parliez couramment le russe. Quelle est votre langue ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Etant n\u00e9 \u00e0 Budapest en 1905 d&rsquo;une m\u00e8re viennoise et d&rsquo;un p\u00e8re hongrois, j&rsquo;ai re\u00e7u une \u00e9ducation bilingue. Mes premi\u00e8res tentatives litt\u00e9raires furent faites en hongrois. Puis, \u00e9tudiant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Vienne, je fis une premi\u00e8re volte sur la langue allemande. Tout ce que j&rsquo;\u00e9crivis jusqu&rsquo;\u00e0 1939 fut \u00e9crit en allemand (sauf quelques articles anglais et fran\u00e7ais, mais c&rsquo;\u00e9tait du journalisme). En 1940, je m&rsquo;\u00e9tablis en Angleterre pour de bon : deuxi\u00e8me volte. (Ce n&rsquo;est pas dr\u00f4le de changer de langue pour la deuxi\u00e8me fois \u00e0 35 ans.) Depuis <em>La lie de la terre<\/em>, parue en 1940, mes cinq derniers livres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et <em>Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ce fut le dernier livre que j&rsquo;\u00e9crivis en allemand. La traduction anglaise en fut faite par Daphn\u00e9 Hardy en collaboration avec moi. L&rsquo;original allemand du <em>Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em> ayant \u00e9t\u00e9 perdu lors de ma fuite de Paris en 1940, je viens de le retraduire d&rsquo;anglais en allemand pour une \u00e9dition allemande qui va para\u00eetre \u00e0 Londres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps avait pass\u00e9, Koestler avait arpent\u00e9 de nombreux kilom\u00e8tres, et il me restait \u00e0 lui poser les questions les plus importantes et les plus br\u00fblantes sur la r\u00e9volution et sur la libert\u00e9. En particulier sur le pr\u00e9cepte \u00ab la fin justifie les moyens \u00bb, mis en accusation dans <em>Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini<\/em> et qu&rsquo;Andr\u00e9 Breton, dans une interview r\u00e9cemment accord\u00e9e au <em>Litt\u00e9raire<\/em>, soulignait pour dire qu&rsquo;il fallait lui tordre le cou. C&rsquo;est l\u00e0 la pr\u00e9occupation centrale de Koestler.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous le lui demanderons la semaine prochaine : comment, de son point de vue, un homme libre peut-il s&rsquo;engager dans la r\u00e9volution et demeurer libre ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Jean Duch\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"165\" data-attachment-id=\"26032\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/04\/11\/koestler-3\/koestler-duche-baille\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?fit=1080%2C308&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1080,308\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Koestler Duch\u00e9 Baille\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?fit=300%2C86&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?fit=580%2C165&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?resize=580%2C165&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-26032\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?resize=1024%2C292&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?resize=300%2C86&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?resize=768%2C219&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Koestler-Duche-Baille.jpg?w=1080&amp;ssl=1 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">A l&rsquo;ombre de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s : Arthur Koestler (\u00e0 gauche) s&rsquo;entretient avec Jean Duch\u00e9. <em>(Dessin d&rsquo;Herv\u00e9 Baille.)<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\">ARTHUR KOESTLER S&rsquo;EXPLIQUE&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>Pourquoi l&rsquo;\u00e9crivain de \u00ab\u00a0Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini\u00a0\u00bb juge l&rsquo;U. R. S. S. \u00ab\u00a0le grand pays le plus r\u00e9actionnaire de notre temps\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">CE second entretien avec Arthur Koestler commen\u00e7a dans la chambre de son h\u00f4tel, l&rsquo;h\u00f4tel Montalembert, dont la situation vaut d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9e : car d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 est l&rsquo;h\u00f4tel du Pont-Royal, o\u00f9 habitait jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers jours Ilya Ehrenbourg, ex-journaliste n\u00b0 1 de l&rsquo;U. R. S. S., et (du m\u00eame c\u00f4t\u00e9) l&rsquo;\u00e9glise de Saint-Thomas-d&rsquo;Aquin. Tandis que de l&rsquo;autre l&rsquo;on voisine avec <em>Les Temps Modernes<\/em>, cette revue existentialiste qui entretient chez Gallimard, apr\u00e8s la N.R.F., le foyer de notre \u00e9lite intellectuelle. C&rsquo;\u00e9tait un beau matin ensoleill\u00e9 de cette fin d&rsquo;octobre, et nous sommes all\u00e9s poursuivre l&rsquo;entretien \u00e0 la terrasse des Deux-Magots, devant ce cher vieux clocher de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s. Nous \u00e9tions, on le voit, dans des lieux o\u00f9 soufflent bien des esprits, et d&rsquo;horizons oppos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici \u00e0 peu pr\u00e8s dans quel ordre se sont succ\u00e9d\u00e9 les questions et les r\u00e9ponses :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On dit que vous ha\u00efssez l&rsquo;U. R. S. S. Est-ce exact ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je d\u00e9teste le syst\u00e8me stalinien d&rsquo;aujourd&rsquo;hui autant que je d\u00e9testais le syst\u00e8me hitl\u00e9rien, et pour les m\u00eames raisons.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est-\u00e0-dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est-\u00e0-dire que je suis socialiste et que je hais la tyrannie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourtant l&rsquo;U. R. S. S. passe pour \u00eatre un pays socialiste.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Alors il faut entrer dans le domaine des d\u00e9finitions pr\u00e9cises. Distinguons d&rsquo;abord deux choses : l&rsquo;une est le syst\u00e8me \u00e9conomique ; l&rsquo;autre est ce qu&rsquo;en terminologie marxiste on appelle la superstructure ; les institutions politiques, le climat moral, le respect des droits et de la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme en sont des parties constitutives.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00bb Au point de vue \u00e9conomique, la Russie a nationalis\u00e9 les moyens de production et de distribution. Il y a vingt ans, nous avons cru, nous autres socialistes, que la nationalisation des moyens de production \u00e9tait la condition n\u00e9cessaire et suffisante pour cr\u00e9er le socialisme. Aujourd&rsquo;hui, nous voyons que les choses, h\u00e9las ! ne sont pas si simples que \u00e7a. Nous voyons qu&rsquo;une \u00e9conomie nationalis\u00e9e peut servir de base \u00e0 une structure politique tyrannique, autocratique, totalitaire, fasciste m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si je comprends bien, vous \u00eates toujours socialiste, et m\u00eame marxiste, mais vous voulez qu&rsquo;\u00e0 un syst\u00e8me \u00e9conomique socialiste se superpose un climat moral, un syst\u00e8me politique qui mette au premier plan la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme et ses libert\u00e9s. Est-ce bien cela ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Au fond c&rsquo;est cela, mais avec quelques r\u00e9serves. Je suis rest\u00e9 socialiste mais je ne suis plus un marxiste orthodoxe. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment : je consid\u00e8re l&rsquo;\u0153uvre de Marx et de Engels comme une des trois donn\u00e9es essentielles des derniers cent ans, les deux autres \u00e9tant le darwinisme et le freudisme. Mais, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re des d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs de la science on ne peut plus \u00eatre darwiniste orthodoxe (cf. le n\u00e9o-lamarckisme, etc.), ou freudien orthodoxe (cf. les nouvelles \u00e9coles yungienne, adl\u00e9rienne, etc.), de m\u00eame seule une cohorte id\u00e9ologiquement p\u00e9trifi\u00e9e dans un \u00e9trange byzantinisme peut continuer de consid\u00e9rer l&rsquo;\u0153uvre marxiste et engelienne comme la \u00ab r\u00e9v\u00e9lation \u00bb d&rsquo;un dogme.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Revenons \u00e0 l&rsquo;U. R. S. S. et \u00e0 cette distinction tr\u00e8s nette que vous faites entre l&rsquo;\u00e9conomie sovi\u00e9tique et le syst\u00e8me politique, social, culturel.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je consid\u00e8re l&rsquo;U. R. S. S. comme \u00e9conomiquement progressiste, et dans tous les autres domaines comme la puissance la plus r\u00e9actionnaire de notre temps. Le mot \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb a ici un sens purement technique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le sens dans lequel l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 est un progr\u00e8s par rapport \u00e0 la lampe \u00e0 huile.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et dans quel sens employez- vous le mot \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaire\u00a0\u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En ce sens que dans les domaines politique et culturel, l&rsquo;U. R. S. S. a r\u00e9gress\u00e9 vers un \u00e9tat ant\u00e9rieur \u00e0 la prise de la Bastille.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On ne peut pas dire que cette opinion soit tr\u00e8s r\u00e9pandue \u00e0 gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Non. L&rsquo;enthousiasme des gens de gauche pour l&rsquo;U. R. S. S. est g\u00e9n\u00e9ralement en raison inverse de leur connaissance des faits. Les faits sont l\u00e0 \u00e0 la port\u00e9e de tous : abolition du droit de gr\u00e8ve, subordination des syndicats ouvriers aux bureaucrates des trusts employeurs, encha\u00eenement de l&rsquo;ouvrier \u00e0 son lieu de travail sous la menace d&#8217;emprisonnement, \u00e9limination progressive des enfants de la classe ouvri\u00e8re des universit\u00e9s et des \u00e9coles sup\u00e9rieures r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la prog\u00e9niture de la bureaucratie, restauration de l&rsquo;h\u00e9ritage et de l&rsquo;assurance sur la vie qui transf\u00e8rent aux enfants les privil\u00e8ges sociaux des parents et introduisent l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 au berceau. Un des fondements du socialisme est que chaque b\u00e9b\u00e9 naisse avec les m\u00eames chances. Or le contraste entre les chances d&rsquo;un enfant riche et d&rsquo;un enfant pauvre est plus grand en U. R. S. S. que dans les Etats-Unis capitalistes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pouvez-vous citer vos sources d&rsquo;information ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Les lois et statistiques sovi\u00e9tiques. J&rsquo;en ai publi\u00e9 les textes originaux dans <em>Le Yogi et le commissaire<\/em> paru en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis il y a deux ans et je n&rsquo;ai jamais eu un d\u00e9menti officiel. A tout cela il faut ajouter les d\u00e9portations en masse (des citoyens sovi\u00e9tiques aussi bien que ceux des territoires occup\u00e9s), la loi des otages, qui rend responsable des actes d&rsquo;un homme sa famille enti\u00e8re, la suppression de toute opposition politique, ces \u00e9lections qui n&rsquo;accordent aux \u00e9lecteurs que le droit de voter oui ou non sur un candidat nomm\u00e9 par l&rsquo;autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, les referendums qui donnent 98 pour 100 de oui, etc. En un mot, un r\u00e9gime avec une \u00e9conomie nationalis\u00e9e et centralis\u00e9e sur laquelle se superpose une autocratie tyrannique et totalitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si les faits que vous citez sont accessibles, comment expliquez-vous qu&rsquo;il y ait des millions de gens honn\u00eates qui persistent \u00e0 regarder l&rsquo;U. R. S. S. comme le royaume du ciel sur la terre ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; La r\u00e9ponse est contenue dans la question. L&rsquo;\u00e2ge des lumi\u00e8res a peu \u00e0 peu d\u00e9pouill\u00e9 les masses de leur foi dans la divinit\u00e9, dans les valeurs morales absolues, donc de leur espoir de trouver jamais une compensation \u00e0 leurs souffrances. Depuis 1789 les masses ont perdu leurs racines \u00e9motionnelles et m\u00e9taphysiques. Ces d\u00e9racin\u00e9s ont trouv\u00e9 tout d&rsquo;un coup un nouvel humus pour leur espoir dans la promesse messianique que la r\u00e9volution russe leur apportait. Une fois ces nouvelles racines \u00e9motionnelles bien enfonc\u00e9es, il est devenu aussi difficile de les couper par des arguments logiques que d&rsquo;\u00e9loigner un croyant de son \u00e9glise. A chaque argument logique, scientifique, l&rsquo;apologiste &#8211; le scholiaste &#8211; trouvera une r\u00e9ponse qui n&rsquo;est qu&rsquo;une rationalisation de son attachement affectif, de son besoin vital de rester dans la foi. Comparez les \u00e9crits des apologistes du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle avec ceux des apologistes sovi\u00e9tiques et vous y trouverez une ressemblance frappante.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Si l&rsquo;espoir s&rsquo;accroche avec tant d&rsquo;obstination \u00e0 la r\u00e9volution russe, bien qu&rsquo;elle ait \u00e9videmment d\u00e9vi\u00e9 de son but initial, n&rsquo;est-ce pas parce que, en face de l&rsquo;U. R. S. S., le monde capitaliste n&rsquo;a rien \u00e0 offrir ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;accord. Nous sommes entre la Scylla capitaliste et le Charybde totalitaire et pseudo-socialiste. Mais ceci appelle deux r\u00e9serves : 1\u00b0 L&rsquo;argument selon lequel on ne peut pas critiquer l&rsquo;U. R. S. S. parce que ces critiques \u00ab aideront la r\u00e9action \u00bb est aussi fallacieux que l&rsquo;argument selon lequel il ne faut pas critiquer le capitalisme am\u00e9ricain parce que cela aidera Staline. C&rsquo;est du chantage moral, et si on accepte cette esp\u00e8ce d&rsquo;argumentation on s&rsquo;interdit toute opinion libre, on se ch\u00e2tre intellectuellement. 2\u00b0 Il y a tout de m\u00eame un certain espoir de naviguer entre Charybde et Scylla : l&rsquo;exp\u00e9rience travailliste en Angleterre. Je ne veux pas dire que M. Attlee soit Ulysse, et, vivant en Angleterre, je connais les faiblesses \u00e9videntes de la tradition r\u00e9formiste du Labour Party. Mais les travaillistes ne sont au pouvoir que depuis un an, et pourtant ils ont accompli des r\u00e9formes sociales ind\u00e9niables ; il est \u00e9galement ind\u00e9niable qu&rsquo;ils ont rompu avec la tradition de l&rsquo;imp\u00e9rialisme britannique au moins dans le cas de l&rsquo;Inde. Je serais de tout mon c\u0153ur un partisan des travaillistes anglais s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas failli sur ce point qui, pour moi, est d\u00e9cisif : la tentative s\u00e9rieuse de faire rena\u00eetre une vraie internationale socialiste, par une politique constructive et coordonn\u00e9e, qui engloberait aussi bien l&rsquo;Allemagne que l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En l&rsquo;absence de ce que vous appelez une internationale vraiment socialiste, quelle politique pr\u00e9conisez-vous pour les socialistes ind\u00e9pendants ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je vais vous r\u00e9pondre indirectement, par un parall\u00e8le historique. En 1925, le nom de deux hommes, Sacco et Vanzetti, a soulev\u00e9 une telle vague d&rsquo;indignation en Europe qu&rsquo;il y eut des barricades \u00e0 Paris et ailleurs. En 1946, les Soviets ont d\u00e9port\u00e9 environ un million et demi d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants, des r\u00e9publiques crim\u00e9enne et tch\u00e9tch\u00e8ne, et personne n&rsquo;a ouvert la bouche pour protester. De 1933 \u00e0 1939, la gauche a lutt\u00e9 contre le nazisme parce que Hitler \u00e9tablissait des camps de concentration et abolissait les libert\u00e9s, tandis que la droite essayait de s&rsquo;arranger avec lui. En 1946, la gauche est muette sur les pers\u00e9cutions inou\u00efes, sur les quelque vingt millions d&rsquo;hommes dans les camps de travail forc\u00e9 en Russie, tandis que l&rsquo;opposition de l&rsquo;Occident au stalinisme se cantonne sur le plan de la politique de puissance. Pour moi, on est antistalinien non pas \u00e0 cause de Trieste ou du p\u00e9trole perse, ou du contr\u00f4le des Dardanelles, de m\u00eame que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 anti-hitl\u00e9rien non point parce que Hitler voulait l&rsquo;Anschluss de l&rsquo;Autriche et de la Sarre : nous \u00e9tions antihitl\u00e9riens et nous sommes antistaliniens uniquement pour des raisons \u00e9thiques. La politique de puissance ne nous int\u00e9resse pas, mais ce qui nous passionne, c&rsquo;est l&rsquo;insurrection de l&rsquo;esprit contre le n\u00e9o-machiav\u00e9lisme totalitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais qui est ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb au nom duquel vous parlez ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dans les jours de Sacco et Vanzetti et dans la grande insurrection des consciences contre le nazisme, \u00ab nous \u00bb, c&rsquo;\u00e9tait la gauche. Aujourd&rsquo;hui la gauche est muette sur les crimes du totalitarisme stalinien, muette par l\u00e2chet\u00e9 morale, par fausse loyaut\u00e9 ; elle devient complice, par omission, de ce n\u00e9o-nazisme byzantin. La gauche est captive des ob\u00e9diences de son passe. R\u00e9sultat : ce sont les Hearst et les Tsaldaris qui se posent en porte-parole des libert\u00e9s humaines tandis que les partis socialistes se d\u00e9truisent et perdent leurs racines dans les masses parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas le courage d&rsquo;\u00e9lever la voix contre l&rsquo;usurpation cynique du nom de \u00ab socialisme \u00bb par la Gu\u00e9p\u00e9ou. Ou bien la gauche retrouvera ce climat \u00e9thique et spirituel des journ\u00e9es de la mystique socialiste, ou bien en se perdant elle perdra le socialisme, le seul espoir de notre temps. Alors ce sera la victoire du machiav\u00e9lisme, de la terreur, de ce cynisme qui se manifeste dans les conf\u00e9rences de Paris et de New-York &#8211; ces march\u00e9s noirs de la Paix.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En r\u00e9sum\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En r\u00e9sum\u00e9, une histoire biblique. Jacob \u00e9tait parti pour la M\u00e9sopotamie. Il entra au service de Laban. Ce dernier avait deux filles, l&rsquo;une \u00e9tait belle et s&rsquo;appelait Rachel ; l&rsquo;autre \u00e9tait laide ct s&rsquo;appelait L\u00e9a. Et Jacob s&rsquo;engagea \u00e0 servir pendant sept ans apr\u00e8s lesquels il \u00e9pouserait Rachel. Pendant la nuit de noces le vieux Laban substitua \u00e0 Rachel dans le lit nuptial L\u00e9a. Et au matin, quand Jacob s&rsquo;\u00e9veilla, au lieu d&rsquo;avoir la belle fille il avait la laide. J&rsquo;ai servi sept ans exactement dans le parti communiste et j&rsquo;ai eu le r\u00e9veil de Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui. Mais l&rsquo;histoire a une suite : Jacob travailla encore sept ans et il eut Rachel.<\/p>\n\n\n\n<p>Koestler sourit.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C&rsquo;est juste, dit-il. Voil\u00e0 un exemple \u00e0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais si dans sept ans nous aurons la belle Rachel. Mais j&rsquo;ai rapport\u00e9 exactement les d\u00e9clarations qu&rsquo;Arthur Koestler a bien voulu me faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Jean Duch\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>P. S.<\/em> &#8211; M. Koestler tient \u00e0 pr\u00e9ciser que ces deux interviews qu&rsquo;il nous a accord\u00e9es sont les seules qu&rsquo;il ait autoris\u00e9es pendant son s\u00e9jour \u00e0 Paris, exception faite pour celle de <a href=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2021\/08\/19\/maurice-nadeau-arthur-koestler-qui-vient-darriver-a-paris-nous-parle-de-la-tour-dezra\/\">M. Nadeau parue dans<em> Combat<\/em> du 3-10-46<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview d&rsquo;Arthur Koestler par Jean Duch\u00e9 publi\u00e9e en deux parties dans Le Litt\u00e9raire, n\u00b0 32, 26 octobre 1946, p. 1-2 ; n\u00b0 33, 2 novembre 1946, p. 3 _ \u00ab\u00a0Vous \u00eates un faux t\u00e9moin !\u00a0\u00bb reprochent les communistes \u00e0 Koestler. _ \u00ab\u00a0J&rsquo;ai v\u00e9cu \u00e0 Moscou et \u00e0 Kharkov ; j&rsquo;ai voyag\u00e9 dans toute la Russie\u00a0\u00bb, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7,8],"tags":[28,4286,3941,570,5743,5744,1211,908,1088,1861],"class_list":["post-26025","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livres","category-presse","tag-28","tag-arthur-koestler","tag-guerre-froide","tag-interview","tag-jean-duche","tag-le-litteraire","tag-litterature","tag-paris","tag-socialisme","tag-union-sovietique"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-6LL","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":18293,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/15\/la-lie-de-la-terre\/","url_meta":{"origin":26025,"position":0},"title":"La Lie de la terre","author":"SiNedjib","date":"15\/03\/2023","format":false,"excerpt":"Article sign\u00e9 G. 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P., Calmann-L\u00e9vy., Collection \u00ab Libert\u00e9 de l'Esprit \u00bb. 1956. 21,4\u00d714,3, 272 pages. Dans une br\u00e8ve pr\u00e9face l'auteur indique que ce recueil d'articles\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;revues&quot;","block_context":{"text":"revues","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/revues\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Koestler-lombre-du-dinosaure.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":18379,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/23\/maurice-nadeau-le-zero-et-linfini-par-arthur-koestler\/","url_meta":{"origin":26025,"position":5},"title":"Maurice Nadeau : Le Z\u00e9ro et l&rsquo;Infini par Arthur Koestler","author":"SiNedjib","date":"23\/03\/2023","format":false,"excerpt":"Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 1er f\u00e9vrier 1946, p. 2 ON se souvient de l'\u00e9motion que provoqu\u00e8rent les proc\u00e8s de Moscou. 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