{"id":27070,"date":"2025-08-20T11:05:31","date_gmt":"2025-08-20T09:05:31","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=27070"},"modified":"2025-08-20T11:05:31","modified_gmt":"2025-08-20T09:05:31","slug":"gallissot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/08\/20\/gallissot\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Gallissot : Des explications par les Alg\u00e9riens eux-m\u00eames de leur insurrection"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/gallissot-rene-marie-joseph\/\">Ren\u00e9 Gallissot<\/a> paru dans <em>La Quinzaine litt\u00e9raire<\/em>,<\/strong> <strong>n\u00b0 335, du 1er au 15 novembre 1980<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"530\" height=\"848\" data-attachment-id=\"27012\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/08\/16\/ben-aissa\/harbi-fln-mirage-realite\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?fit=530%2C848&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"530,848\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Harbi FLN mirage r\u00e9alit\u00e9\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?fit=188%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?fit=530%2C848&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?resize=530%2C848&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27012\" style=\"width:314px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?w=530&amp;ssl=1 530w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Harbi-FLN-mirage-realite.jpg?resize=188%2C300&amp;ssl=1 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Ren\u00e9 Gallissot parle ici surtout de deux livres qui viennent de para\u00eetre \u00e0 propos de l&rsquo;insurrection alg\u00e9rienne (en attendant celui de Ferhat Abbas) : <em>l&rsquo;Histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em> par Alistair Horne, traduit de l&rsquo;anglais, et celui de l&rsquo;Alg\u00e9rien Mohammed Harbi : <em>le FLN, mirage et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, qui, pour la premi\u00e8re fois, analyse de l&rsquo;int\u00e9rieur les raisons d&rsquo;\u00eatre du FLN, de la lutte arm\u00e9e et de la mise en place du nouveau r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Alistair Horne, <em>Histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em>. Trad. de l&rsquo;anglais par Yves du Guerny, Albin Michel \u00e9d., 624 p.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mohammed Harbi, <em>Le FLN mirage et r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Jeune Afrique \u00e9d.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Quand les commentateurs semblent prendre peur \u00e0 parler du livre de Mohammed Harbi : <em>le FLN mirage et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, <em>l&rsquo;Histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em> d&rsquo;Alistair Horne est salu\u00e9e comme l&rsquo;\u0153uvre enfin trouv\u00e9e qui ose dire avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ce que tairait la mauvaise conscience fran\u00e7aise. Il fallait, dit-on, ce recours \u00e0 un \u00e9tranger pour mettre les Fran\u00e7ais en face de leurs p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est beaucoup dire ; d&rsquo;abord parce que l&rsquo;ouvrage ne livre rien de plus que ce qui se trouvait d\u00e9j\u00e0 dans les t\u00e9moignages et r\u00e9cits collect\u00e9s par les Bromberger (<em>Les 13 complots du 13 mai<\/em>), dans les dossiers de Claude Paillat (<em>Dossier secret de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em>), et plus encore dans les r\u00e9cits et mises en sc\u00e8ne d&rsquo;Yves Courri\u00e8re largement mis \u00e0 contribution. Le livre serr\u00e9 de Mohammed Harbi apporte, lui, des informations neuves (sur l&rsquo;Organisation sp\u00e9ciale, sur le congr\u00e8s de la Soummam, sur le conflit entre l&rsquo;Etat Major alg\u00e9rien et le GPRA entre autres), et tout en utilisant la m\u00eame litt\u00e9rature anecdotique sur les grandes et petites man\u0153uvres militaires et politiques fran\u00e7aises, b\u00e9n\u00e9ficie de t\u00e9moignages alg\u00e9riens autres que les autobiographies s\u00e9lectives des officiers survivants (commandant Azzedine : <em>On nous appelait Fellaghas<\/em>, Stock 1976, ou Colonel Bencherif, <em>l&rsquo;Aurore des Mechtas<\/em>, SNED, Alger, 1968), met \u00e0 profit les travaux universitaires r\u00e9alis\u00e9s (th\u00e8ses de Slimane Chikh et Mohammed Teguia) et plus encore sa propre connaissance interne de la r\u00e9sistance et de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est pas que le livre d&rsquo;Alistair Horne soit difficile \u00e0 lire, en d\u00e9pit des fautes d&rsquo;impression et plus encore de traduction qui d\u00e9notent une \u00e9tonnante m\u00e9connaissance de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie puisque la \u00ab corv\u00e9e de bois \u00bb devient \u00ab travailler dans les bois \u00bb et qu&rsquo;Henri Jeanson est substitu\u00e9 \u00e0 Francis Jeanson. Il est vrai que dans le livre d&rsquo;Harbi, Diom\u00e8de Catroux est pris pour le G\u00e9n\u00e9ral, faute v\u00e9nielle dans une publication par ailleurs victime des proc\u00e9dures acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es d&rsquo;impression, qui laissent des coquilles nombreuses et chahutent jusqu&rsquo;\u00e0 la confusion, les dates, en particulier les mill\u00e9simes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;Histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em> offre malgr\u00e9 tout l&rsquo;avantage d&rsquo;ordonner la vision europ\u00e9enne, et l&rsquo;auteur britannique peut \u00e9crire tranquillement que cette guerre \u00ab fut la plus sale des guerres coloniales \u00bb, comme parler de De Gaulle non sans quelque persiflage sur ses pouvoirs de grand sorcier et sa voix de Com\u00e9die fran\u00e7aise. Aussi y a-t-il m\u00eame un bon chapitre, celui sur De Gaulle pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00ab le prince de l&rsquo;\u00e9quivoque \u00bb (ch. 18) ; la difficult\u00e9 du d\u00e9nouement en cette guerre effectivement anachronique se tenait dans l&rsquo;arm\u00e9e et dans le nationalisme fran\u00e7ais. De Gaulle s&rsquo;est employ\u00e9 \u00e0 d\u00e9lier ces liens ; peut-\u00eatre comme le sugg\u00e8re la conclusion, \u00e9tait-il le seul \u00e0 pouvoir le faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que la suite plus ou moins h\u00e9ro\u00efque d&rsquo;Yves Courri\u00e8re proc\u00e8de par montage d&rsquo;actualit\u00e9s et donc par juxtaposition, la composition d&rsquo;Alistair Horne entend faire alterner les vues sur la France et son arm\u00e9e, et les vues sur l&rsquo;Alg\u00e9rie et le FLN, mais au prix de quelle d\u00e9perdition ! Alors qu&rsquo;il apparaissait en arri\u00e8re-plan chez Courri\u00e8re, le contingent n&rsquo;existe plus gu\u00e8re ici si ce n&rsquo;est <em>in fine<\/em> pour \u00ab la guerre des tranch\u00e9es \u00bb. L&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, et c&rsquo;est encore elle qui est le mieux trait\u00e9e, n&rsquo;est pr\u00e9sente que par ses colonies et ses g\u00e9n\u00e9raux. Certes, beaucoup d&rsquo;essais sur la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie se perdent en complaisance ou en querelles sur les positions des hommes politiques fran\u00e7ais ou l&rsquo;attitude des partis ; le risque est ici annul\u00e9 puisque l&rsquo;attention s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 quelques approximations sur les syndicats et la puissance communiste, qui rel\u00e8vent des st\u00e9r\u00e9otypes de l&rsquo;anticommunisme, et que la perception de ce qui se passe en France se fait \u00e0 travers les images qu&rsquo;en donne la presse anglo-saxonne et les observations sur les sujets \u00e0 la mode parisienne qu&rsquo;apporte Janet Flanner. <em>Paris journal, 1944-1965<\/em>. (Londres, 1966). Rien sur l&rsquo;opinion fran\u00e7aise, en d\u00e9pit d&rsquo;un ou deux coups de chapeau, mais sans aucune utilisation, \u00e0 la th\u00e8se gigantesque d&rsquo;Harmut Elsehans. <em>Frankreichs Algerienkrieg<\/em>, Munich 1974, qui repose sur l&rsquo;analyse de presse et prend en compte les sondages. Il est au reste r\u00e9v\u00e9lateur que cette th\u00e8se allemande ne soit pas traduite en France : parce que c&rsquo;est elle qui met en face des r\u00e9alit\u00e9s, et que l&rsquo;on soit all\u00e9 chercher un ouvrage \u00e9tranger, certes, mais qui ne sort pas de l&rsquo;ordinaire, et que continue donc l&rsquo;action du chloroforme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>La litanie des occasions perdues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie est encore moins bien connue, si ce n&rsquo;est \u00e0 travers quelques aper\u00e7us g\u00e9ographiques ; l&rsquo;ouvrage se refuse en effet \u00e0 toute appr\u00e9hension sociale, ignore aussi bien les \u00e9tudes de Jacques Berque et celles de Pierre Bourdieu. Son vice principal appara\u00eetrait alors : il s&rsquo;en tient \u00e0 redire ce que n&rsquo;a cess\u00e9 d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;histoire coloniale. L&rsquo;historique jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre est d&rsquo;une pauvret\u00e9 insigne, du coup d&rsquo;\u00e9ventail aux consid\u00e9rations sur les oppositions de races et de mentalit\u00e9s, et l&rsquo;histoire de la guerre est rythm\u00e9e par la formule : \u00ab il \u00e9tait trop tard \u00bb ; le projet Blum-Viollette, le statut de 1947, la loi-cadre, appartiennent \u00e0 la litanie des occasions perdues, et autres rengaines : l&rsquo;arm\u00e9e ne serait jamais que la victime de cette absence d&rsquo;esprit de suite dans la politique coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est qu&rsquo;il y a incompr\u00e9hension totale de la colonisation, tant de la situation coloniale qui attache les Pieds-Noirs \u00e0 la d\u00e9fense aberrante de leur pr\u00e9pond\u00e9rance, mais qui leur vaut, cependant, sauf \u00e0 l&rsquo;heure finale, une inconsciente libert\u00e9 d&rsquo;action, que de la violence faite \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 colonis\u00e9e. Cette ignorance de l&rsquo;oppression coloniale fait aller la bienveillance au d\u00e9serteur Delguedre qui plastronne en toute impunit\u00e9 au bar de son ancien r\u00e9giment, quand l&rsquo;opposition fran\u00e7aise \u00e0 la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, les Alg\u00e9riens en France et l&rsquo;immense majorit\u00e9 de la population alg\u00e9rienne connaissent une toute autre r\u00e9pression faite de clandestinit\u00e9, de traque polici\u00e8re, de matraquages ou de quadrillages, sans compter la torture \u00e9voqu\u00e9e comme un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9bat, les camps et les victimes tout court.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi n&rsquo;est-il jamais parl\u00e9 de mouvement national alg\u00e9rien ; les d\u00e9clarations du FLN appartiendraient au genre faux de la tirade. Cette m\u00e9connaissance \u00e9clate notamment \u00e0 propos du Congr\u00e8s et de la plateforme de la Soummam dont la signification n&rsquo;est pas per\u00e7ue : le nom du principal r\u00e9dacteur : Amar Ouzegane est m\u00eame inconnu. Son id\u00e9al patriotique donnait au moins \u00e0 De Gaulle l&rsquo;intuition de l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne, et le sentiment d&rsquo;\u00eatre en face d&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9 nationale ; Alistair Horne n&rsquo;en a pas le moindre sentiment. C&rsquo;est probablement cette banalit\u00e9 et cette constance dans la tradition coloniale qui ont fait l&rsquo;audience du livre. Il appartient \u00e0 la litt\u00e9rature bien-pensante, voire au genre du feuilleton en forme de chronique de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Un livre qui br\u00fble les doigts<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le livre de Mohammed Harbi, par contre, br\u00fble les doigts, non qu&rsquo;il ait quelque virulence qui tienne au r\u00e8glement de comptes, alors que l&rsquo;auteur conna\u00eet la plupart des protagonistes, ni que l&rsquo;auteur cultive la provocation ou le d\u00e9pit pour avoir d\u00fb quitter l&rsquo;Alg\u00e9rie de Boumedienne. Tout au contraire, cette incandescence et sa nervosit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture viennent de cette passion froide qui fait remettre les choses en place et retrouver les proportions, \u00e0 l&rsquo;encontre des c\u00e9l\u00e9brations globales qui identifient en l&rsquo;occurrence le FLN et le peuple alg\u00e9rien. Il ne refuse pas de parler des sujets interdits par l&rsquo;historiographie alg\u00e9rienne : les conflits de bases r\u00e9gionales, l&rsquo;hostilit\u00e9 au berb\u00e9risme, le r\u00f4le fondateur de Messali Hadj, la place de la religion musulmane, et aussi les tortures et les ex\u00e9cutions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;arm\u00e9e de lib\u00e9ration alg\u00e9rienne. A travers l&rsquo;analyse du FLN, voici la premi\u00e8re version alg\u00e9rienne de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette approche de la face cach\u00e9e, et cette prise en compte de tous les aspects, fussent-ils noirs, de la lutte de lib\u00e9ration et de la formation politique de l&rsquo;Alg\u00e9rie, ne sont pas l&rsquo;essentiel ; l&rsquo;ouvrage vaut plus encore par ses interrogations sur les originalit\u00e9s du mouvement national alg\u00e9rien qui fait \u00e9clater son radicalisme anticolonial en insurrection, affirme un progressisme socialisant, mais pratique un moralisme familial ombrageux ; \u00ab les anc\u00eatres redoublent de f\u00e9rocit\u00e9 \u00bb en ces terribles m\u00e9faits de repliement sur la tribu, en ces retours des pouvoirs de commandement, en cet exclusivisme religieux. Aussi en cette d\u00e9couverte des contradictions de la soci\u00e9t\u00e9 politique et civile alg\u00e9rienne, est-on moins assur\u00e9 que Mohammed Harbi, du moins en introduction et en conclusion qui parlent de la bureaucratie comme d&rsquo;une chose en soi, de la coh\u00e9rence et de l&rsquo;unit\u00e9 de volont\u00e9 du r\u00e9gime alg\u00e9rien, puisque toute l&rsquo;\u00e9tude met en valeur son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&rsquo;origine sociale et de constitution.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois gestes d&rsquo;audace conf\u00e8rent sa force \u00e0 cette analyse politique et historique : la critique de la th\u00e8se de classes qui assimile le FLN et le r\u00e9gime alg\u00e9rien au triomphe de la petite bourgeoisie, la d\u00e9monstration de l&rsquo;inexistence politique du \u00ab parti FLN \u00bb, qui permet sous le sigle r\u00e9volutionnaire d&rsquo;un front et derri\u00e8re le symbole d&rsquo;un parti unique, l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une structure non de parti-Etat, ou m\u00eame d&rsquo;Etat-parti, mais d&rsquo;arm\u00e9e-Etat, et pour la premi\u00e8re fois enfin, maintenant que l&rsquo;ind\u00e9pendance est acquise, une interrogation sur l&rsquo;Alg\u00e9rie comme nation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Une paysannerie mythique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le rejet de l&rsquo;\u00e9quivalence entre classes et manifestations politiques ne nie pas la distinction souvent faite entre les mouvements nationaux maghr\u00e9bins qui l&#8217;emportent en Tunisie et au Maroc sur des bases \u00e9litaires et en servant les int\u00e9r\u00eats d&rsquo;une bourgeoisie que l&rsquo;on dit nationale parce qu&rsquo;elle est au sens propre du terme : indig\u00e8ne. D\u00e9j\u00e0 l&rsquo;abandon de la simplification du reflet de classe \u00e9carte la complaisance en une paysannerie mythique, qui sert aux rapprochements avec le Viet-Nam et la Chine, quand pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, ce que sugg\u00e8re l&rsquo;auteur, les comparaisons devraient se porter vers l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, par suite de la destruction du monde rural et des secousses in\u00e9gales d&rsquo;entreprises de modernisation \u00e9conomique au temps m\u00eame de la guerre. La n\u00e9gociation finale ne buttait-elle pas sur le p\u00e9trole et le Sahara ? Mohammed Harbi refuse la solution de facilit\u00e9 qui se pr\u00e9tend dialectique, laquelle consiste \u00e0 tout expliquer soit par les mauvais penchants, soit par les chances progressistes de cette classe petite bourgeoise au caract\u00e8re hybride, et qui pour les besoins de la cause, devient \u00e9minemment extensible. L&rsquo;argumentation r\u00e9pond, entre autres, \u00e0 Mostefa Lacheraf qui avait plac\u00e9 en t\u00eate de son recueil : <em>l&rsquo;Alg\u00e9rie nation et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, une d\u00e9nonciation de la petite bourgeoisie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;explication par la petite bourgeoisie ne suffit pas, c&rsquo;est que l&rsquo;Alg\u00e9rie conna\u00eet une pes\u00e9e de masses qui bouleverse les cadres de classe comme le prouve la guerre de lib\u00e9ration et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;implantation des maquis en zone rurale et montagnarde et l&rsquo;irruption des manifestations urbaines de d\u00e9cembre 1960, comme d\u00e9j\u00e0 ant\u00e9rieurement, l&rsquo;audience du messalisme et les itin\u00e9raires migratoires des militants qui deviennent professionnels politiques, puis combattants parce qu&rsquo;ils sont rendus disponibles par rupture de classe, qu&rsquo;ils soient fils de grande tente ou enfants d&rsquo;aristocratie maraboutique, membres de familles rurales notables, li\u00e9es \u00e9ventuellement \u00e0 l&rsquo;administration coloniale, qu&rsquo;ils soient issus de la paup\u00e9risation qui fait prolif\u00e9rer les boutiques, et plus encore migrants qui tissent des liens de continuit\u00e9 entre la pl\u00e8be rurale et la pl\u00e8be urbaine. En ces r\u00e9f\u00e9rences sociales, l&rsquo;on saisit tout l&rsquo;artifice de la qualification petite bourgeoise. Aussi Mohammed Harbi pr\u00e9f\u00e8re-t-il l&rsquo;appellation : pl\u00e9b\u00e9ienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Fondement social : le d\u00e9classement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le fondement social de l&rsquo;Alg\u00e9rie politique n&rsquo;est plus la petite bourgeoisie, mais le d\u00e9classement, il parle de populisme pour d\u00e9signer l&rsquo;entra\u00eenement id\u00e9ologique principal qui sacralise le peuple en une exaltation globale, c&rsquo;est-\u00e0-dire confus\u00e9ment sociale et nationale, r\u00eavant d&rsquo;\u00e9galitarisme au nom de valeurs religieuses, quand les pratiques d&rsquo;autorit\u00e9 vont \u00e0 l&rsquo;encontre des modalit\u00e9s d\u00e9mocratiques autres que pl\u00e9biscitaires, \u00e9cartent les liens organiques et la repr\u00e9sentation pour laisser place \u00e0 la d\u00e9pendance directe entre le chef et le peuple sublim\u00e9 mais r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de caution.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 \u00e0 pr\u00e9ciser la composition des diff\u00e9rentes branches du parti messaliste, l&rsquo;attention se porte sur les origines et les itin\u00e9raires des cadres qui arrivent au commandement des willayas, appartiennent \u00e0 la direction de la F\u00e9d\u00e9ration de France, aux cabinets renouvel\u00e9s du G.P.R.A., \u00e0 l&rsquo;Etat Major. Cadres, terme de fonction s&rsquo;il en est, voici le mot prononc\u00e9 ; car l&rsquo;\u00e9tude est celle de l&rsquo;encadrement du mouvement politique, et de l&rsquo;encadrement militaire, et ces cadres, par la guerre, deviennent les cadres de l&rsquo;Etat alg\u00e9rien en faisant place par subordination et alliance \u00e0 ces autres cadres de comp\u00e9tence juridique, administrative, technique plus qu&rsquo;\u00e9conomique, qui sont les h\u00e9ritiers de bonnes familles, pass\u00e9s fr\u00e9quemment par des professions lib\u00e9rales et le plus souvent form\u00e9s par l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise. Comme en beaucoup d&rsquo;autres pays du Tiers-Monde, la force constituante de l&rsquo;Etat national est une intelligentsia qui devient intelligentsia de fonctionnaires, mais en Alg\u00e9rie plus qu&rsquo;ailleurs elle r\u00e9sulte de combinaisons et tribulations, conglom\u00e9rat d&rsquo;hommes plus ou moins instruits car il n&rsquo;y a que des hommes, autodidactes ou lettr\u00e9s en arabe \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole musulmane et non sans complexe, et \u00e9volu\u00e9s d&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise, intelligentsia pl\u00e9b\u00e9ienne et intelligentsia d&rsquo;h\u00e9ritage. Les disparit\u00e9s et rivalit\u00e9s ne cessent de jouer comme en outre la m\u00e9fiance de la g\u00e9n\u00e9ration de la guerre \u00e0 l&rsquo;adresse des politiciens citadins ; seul le partage de l&rsquo;Etat et du pouvoir engendre des solidarit\u00e9s provisoires par \u00e9limination et recomposition qui perp\u00e9tuent au nom de la R\u00e9volution, le point d&rsquo;unit\u00e9 formelle qu&rsquo;est le F.L.N.<\/p>\n\n\n\n<p>Le F.L.N. n&rsquo;a jamais eu d&rsquo;existence r\u00e9elle, ou plus exactement n&rsquo;a jamais exist\u00e9 comme front de lib\u00e9ration, ni non plus comme parti politique, \u00e0 la diff\u00e9rence m\u00eame de ce qu&rsquo;\u00e9tait le parti messaliste qui fut son milieu d&rsquo;origine et qui tenait du parti-confr\u00e9rie et du mouvement de masses d&rsquo;action discontinue. Mohammed Harbi reprend l&rsquo;\u00e9tude esquiss\u00e9e dans <em>Aux origines du F.L.N. : la scission du P.P.A. &#8211; M.T.L.D<\/em>. (Christian Bougois, Paris 1975), en montrant que les d\u00e9buts ne sont pas si simples que veut le faire croire le mythe initiateur du 1er novembre ; la coupure avec Messali n&rsquo;\u00e9tait pas pour tous tranch\u00e9e au d\u00e9part, ainsi pour les maquisards de Kabylie ; et en Oranais, l&rsquo;audience du leader \u00e9tait rest\u00e9e forte, et les \u00e9changes continu\u00e8rent entre les diff\u00e9rentes composantes suscit\u00e9es par la crise du M.T.L.D. ; ils permettront les rentr\u00e9es de 1955 avant m\u00eame la proclamation du ralliement des partisans de Ferhat Abbas et des Oul\u00e9mas en 1956. Apr\u00e8s le passage \u00e0 l&rsquo;action directe et l&rsquo;action de d\u00e9multiplication de l&rsquo;insurrection en ao\u00fbt 1955 (offensive du Constantinois), le F.L.N., qui ne prend pas corps politiquement, se d\u00e9finit essentiellement comme un antimessalisme, et c&rsquo;est ce rejet tranch\u00e9 par la violence ou cet exorcisme qui lui valent son unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Port\u00e9 par l&rsquo;exclusivisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, au c\u0153ur du messalisme, il y avait un exclusivisme politique et id\u00e9ologique, une volont\u00e9 de monopole de repr\u00e9sentation du peuple alg\u00e9rien (P.P.A.) par passion intransigeante de l&rsquo;ind\u00e9pendance, et par centralisme et pratique organique acquis aupr\u00e8s du Parti communiste et en concurrence avec lui. Le F.L.N. est port\u00e9 lui aussi par cet exclusivisme, par n\u00e9cessit\u00e9 de guerre pour \u00eatre reconnu comme seul interlocuteur et pour imposer, sans jamais y parvenir, l&rsquo;unicit\u00e9 de direction, mais de plus en plus par ambition. Cet app\u00e9tit de pouvoir se traduit en rivalit\u00e9s de clans ayant leurs chefs et ses r\u00e9serves d&rsquo;hommes et d&rsquo;armes, et aussi ses ex\u00e9cuteurs. Les rapports politiques de puissance et de violence s&rsquo;exercent au sein m\u00eame du F.L.N., renforcent encore la mystique du secret qui le ferme en un microcosme qui dissimule ses \u00ab affaires \u00bb int\u00e9rieures, combinaisons et r\u00e8glements de compte. Ce n&rsquo;est plus un parti, mais le s\u00e9rail, sans que probablement, \u00e0 l&rsquo;encontre de ce que pense Mohammed Harbi, les Turcs y soient pour grand chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui rythme l&rsquo;histoire du messalisme et celle du F.L.N., c&rsquo;est alors l&rsquo;impossibilit\u00e9 de former un front aussi bien politique que de lib\u00e9ration. En privil\u00e9giant l&rsquo;unique trajectoire messaliste (Etoile nord-africaine &#8211; P.P.A. &#8211; M.T.L.D.) non qu&rsquo;elle ne soit principale mais elle n&rsquo;est pas seule &#8211; si les communistes sont vou\u00e9s \u00e0 la clandestinit\u00e9, les Oul\u00e9mas auront leur revanche &#8211; Mohammed Harbi n\u00e9glige peut-\u00eatre les \u00e9checs successifs de fronts politiques en Alg\u00e9rie (Congr\u00e8s musulmans en 1936, Amis du Manifeste en 1945), et plus encore d\u00e9valorise la proposition centraliste de Congr\u00e8s national alg\u00e9rien en 1953 que fait \u00e9chouer la crise m\u00eame du M.T.L.D. et que rend vaine l&rsquo;insurrection. Quoi qu&rsquo;il en soit, tous les projets frontistes se sont bris\u00e9s. En 1956, l&rsquo;entreprise d&rsquo;Abane Ramdane, pr\u00e9sent\u00e9e ici avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et qui s&rsquo;explicite dans la plateforme de la Soummam, tendait, en pr\u00e9conisant le rassemblement d&rsquo;organisations de masses, \u00e0 structurer un front national autour d&rsquo;une ligne politique qu&rsquo;incarnerait le F.L.N. d\u00e9li\u00e9 de la confusion-collusion avec l&rsquo;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration, subordonn\u00e9e tout comme la repr\u00e9sentation ext\u00e9rieure \u00e0 la direction politique int\u00e9rieure. La menace \u00e9tait si directe \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des chefferies et des clans, ces f\u00e9odalit\u00e9s d&rsquo;hommes d&rsquo;armes en rapports vasseliques, qu&rsquo;elle suscita la coalition et les complicit\u00e9s qui abattirent la tentative et l&rsquo;homme. Apr\u00e8s 1956, et par-dela l&rsquo;int\u00e9gration partielle des responsables des anciens partis \u00e8 usage diplomatique g\u00e9n\u00e9ralement, le F.L.N. ne cessa plus d&rsquo;\u00eatre port\u00e9 et secou\u00e9 par ces compromis et ces affrontements entre factions arm\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e9merge le pouvoir le plus fort qui deviendra arbitre : celui de l&rsquo;Etat-Major par lequel Boumedienne assure sa promotion.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la th\u00e8se de la filiation messaliste est discutable en partie, parce qu&rsquo;elle \u00e9carte les autres courants, elle l&rsquo;est surtout par ce qu&rsquo;elle masque la rupture de continuit\u00e9 ; il vaudrait mieux parler de filiation antimessaliste, puisque la d\u00e9termination se fait par le reniement ; mais l&rsquo;analyse minutieuse de Mohammed Harbi montre bien comment les anciens des partis politiques, y compris en nombre les anciens messalistes, deviennent des anciens combattants politiques d\u00e8s lors que la guerre pousse au premier rang une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration par la raison militaire m\u00eame. Il y aura, certes, des survivants en poste dans l&rsquo;Etat ind\u00e9pendant, mais c&rsquo;est par les appareils militaires, et autour d&rsquo;eux que se constituent les appareils d&rsquo;autorit\u00e9 qui s&rsquo;imposeront dans l&rsquo;Etat alg\u00e9rien. La priorit\u00e9 que d\u00e9fendra toujours Boumedienne ne sera-t-elle pas celle de \u00ab la construction de l&rsquo;Etat \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e au combat et \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur est le fait de cette jeunesse pl\u00e9b\u00e9ienne, dont quelques chefs \u00e9mergent ; mais en sa hi\u00e9rarchie et sa direction, elle incorpore les transfuges de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, officiers et sous-officiers plus nombreux encore et plus nombreux qu&rsquo;on ne le laisse g\u00e9n\u00e9ralement voir, elle accepte les services des anciens \u00e9tudiants qui sont fils de famille, et particuli\u00e8rement aux fronti\u00e8res, des familles alg\u00e9riennes install\u00e9es en Tunisie, et plus encore au Maroc (clan d&rsquo;Oujda). Ces alliances pr\u00e9parent les solidarit\u00e9s et les conflits de pouvoir de l&rsquo;Etat ind\u00e9pendant. Le F.L.N. n&rsquo;est ainsi \u00ab parti \u00bb qu&rsquo;\u00e0 titre d&rsquo;instrument d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;Etat, mais il sert bien plut\u00f4t de couverture et de symbole ; il cache l&rsquo;armature qui se met en place, celle de l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9organis\u00e9e en Tunisie, mise en r\u00e9serve et secr\u00e9tant ses propres appareils, \u00e0 commencer par ses services de renseignement et devenant susceptible apr\u00e8s la transition Ben Belliste, de prendre en charge et l&rsquo;administration du pays et l&rsquo;aspiration g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la fonction publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ce transfert par investissement de l&rsquo;Etat ind\u00e9pendant est largement \u00e9clair\u00e9, tout particuli\u00e8rement par le cheminement des hommes, l&rsquo;\u00e9tude porte aussi sur les destin\u00e9es id\u00e9ologiques. Mohammed Harbi insiste sur la place de l&rsquo;Islam et du rejet de l&rsquo;\u00e9tranger dans la r\u00e9sistance, on pourrait dire le refus alg\u00e9rien, contrebalanc\u00e9 par les attirances de culture fran\u00e7aise et de conduite europ\u00e9enne. L&rsquo;oppression coloniale a accus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame la conjonction entre patriotisme et attachement \u00e0 la religion ; aussi l&rsquo;islamisme arabe avait toute chance de l&#8217;emporter comme nationalisme. La plus grande d\u00e9faite est alors celle du messalisme en ses efforts pour promouvoir, voire clarifier, sur la question berb\u00e8re, la mise en valeur de ce qui \u00e9tait culture nationale alg\u00e9rienne. Ces \u00e9checs ou ces faiblesses ne laissaient plus aux fractions candidates au pouvoir que le recours \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie arabo-musulmane v\u00e9hicul\u00e9e par l&rsquo;Association des Oul\u00e9mas ; l&rsquo;intelligentsia pl\u00e9b\u00e9ienne restait au reste p\u00e9trie de pi\u00e9tisme familial et saisie d&rsquo;\u00e9galitarisme populiste qui s&rsquo;exprima un temps dans le fanonisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La connivence id\u00e9ologique couvre aussi une alliance sociale qui lie cette jeunesse aux origines pl\u00e9b\u00e9iennes, issue de la guerre et par la guerre, \u00e0 cette autre intelligentsia des familles de bourgeoisie musulmane qui avait m\u00eame pour partie fait son chemin dans l&rsquo;administration ou l&rsquo;arm\u00e9e coloniale, quelquefois plac\u00e9 ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise. Ce sont les conflits culturels du pr\u00e9sent, la d\u00e9fensive d&rsquo;un nationalisme arabo-musulman et les r\u00e9actions int\u00e9gristes qui r\u00e9pondent \u00e0 cette red\u00e9couverte des contradictions nou\u00e9es au d\u00e9part et au cours de la guerre, et pour la premi\u00e8re fois d\u00e9nou\u00e9es par un auteur alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un travail de reconstitution suivie et de pr\u00e9cision de l&rsquo;information donne m\u00eame \u00e0 Mohammed Harbi l&rsquo;audace de d\u00e9sacraliser l&rsquo;id\u00e9ologie nationaliste et de poser en termes historiques les probl\u00e8mes de l&rsquo;identit\u00e9 nationale alg\u00e9rienne qui s&rsquo;est certes impos\u00e9e avec effraction par une guerre terrible et h\u00e9ro\u00efque en ses luttes int\u00e9rieures, mais n&rsquo;en cesse pas moins d&rsquo;\u00eatre conflictuelle. L&rsquo;histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie change de registre, ou plut\u00f4t devient histoire en ne cherchant pas \u00e0 rivaliser avec la litt\u00e9rature journalistique europ\u00e9enne et en rompant avec l&rsquo;hagiographie alg\u00e9rienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Ren\u00e9 Gallissot paru dans La Quinzaine litt\u00e9raire, n\u00b0 335, du 1er au 15 novembre 1980 Ren\u00e9 Gallissot parle ici surtout de deux livres qui viennent de para\u00eetre \u00e0 propos de l&rsquo;insurrection alg\u00e9rienne (en attendant celui de Ferhat Abbas) : l&rsquo;Histoire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie par Alistair Horne, traduit de l&rsquo;anglais, et celui de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[53,112,138,457,534,4037,703,810,2001,1863],"class_list":["post-27070","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse","tag-53","tag-algerie","tag-anticolonialisme","tag-france","tag-histoire","tag-la-quinzaine-litteraire","tag-livre","tag-mohammed-harbi","tag-recension","tag-rene-gallissot"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9lTYU-72C","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":27226,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/09\/14\/bonnaud-3\/","url_meta":{"origin":27070,"position":0},"title":"Robert Bonnaud : Un nationalisme ind\u00e9passable","author":"SiNedjib","date":"14\/09\/2025","format":false,"excerpt":"Article de Robert Bonnaud paru dans La Quinzaine litt\u00e9raire, n\u00b0 216, 1er septembre 1975 L'historiographie de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne entre dans une \u00e8re nouvelle. 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