{"id":27564,"date":"2025-11-23T17:51:38","date_gmt":"2025-11-23T16:51:38","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=27564"},"modified":"2025-11-23T17:51:38","modified_gmt":"2025-11-23T16:51:38","slug":"vigne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/11\/23\/vigne\/","title":{"rendered":"Paul Vign\u00e9 d&rsquo;Octon : Sur le g\u00e9nie litt\u00e9raire d&rsquo;une race vaincue"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Etude de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/vigne-paul-dit-vigne-docton\/\">Paul Vign\u00e9 d&rsquo;Octon<\/a> parue en quatre parties dans <em>La Revue anarchiste<\/em>,<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k9621929q\/f1.image\">n\u00b0 10, octobre 1922<\/a> ;<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k9621695p\/f1.item\">n\u00b0 11, novembre 1922<\/a> ;<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k9621693v\/f1.item\">n\u00b0 12, d\u00e9cembre 1922<\/a> ; <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k96216718\/f1.item\">n\u00b0 13, du 20 janvier au 20 f\u00e9vrier 1923<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"159\" data-attachment-id=\"27569\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/11\/23\/vigne\/la-revue-anarchiste-octobre-1922\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?fit=1068%2C292&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1068,292\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La revue anarchiste octobre 1922\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?fit=300%2C82&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?fit=580%2C159&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?resize=580%2C159&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27569\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?resize=1024%2C280&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?resize=300%2C82&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?resize=768%2C210&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-octobre-1922.jpg?w=1068&amp;ssl=1 1068w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>LA LITTERATURE ARABE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;heure o\u00f9 plus que jamais s\u00e9vit, non seulement au Maroc, mais dans toute notre Afrique du Nord, le r\u00e9gime du vol, du massacre et de la spoliation, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 se multiplient les bombardements des villages marocains par avions, et les h\u00e9catombes de ceux qui persistent \u00e0 d\u00e9fendre leur pays contre l&rsquo;envahisseur cupide et cruel, \u00e0 l&rsquo;heure enfin, o\u00f9 les Arabes d&rsquo;Alg\u00e9rie et de Tunisie, bien qu&rsquo;ayant laiss\u00e9 80.000 des leurs dans les tranch\u00e9es subissent, plus brutal que jamais le Code f\u00e9roce et honteux de l&rsquo;Indig\u00e9nat, il me pla\u00eet de montrer ici que ces victimes de la Force ne sont pas les brutes et les sauvages, la <em>race inf\u00e9rieure <\/em>que le vainqueur ne cesse de nous pr\u00e9senter, sans doute pour att\u00e9nuer son crime. Et pour cela, il me suffira de dire, ici, ce que furent \u00e0 travers les si\u00e8cles l&rsquo;\u00e2me po\u00e9tique et le g\u00e9nie litt\u00e9raire des vaincus.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Avant l&rsquo;Islam<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Que trouve-t-on \u00e0 l&rsquo;origine de toutes les litt\u00e9ratures, ou plus exactement de toutes les po\u00e9sies et de tous les arts, sinon l&rsquo;amour et le sentiment religieux ? La puissance de ces deux instincts dans l&rsquo;\u00e9volution po\u00e9tique et artistique de l&rsquo;humanit\u00e9 fut reconnue par les critiques et les philosophes de l&rsquo;antiquit\u00e9, lesquels n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 d\u00e9finir l&rsquo;homme avec une pittoresque pr\u00e9cision : un animal amoureux et religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela est malheureusement vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, de toutes les litt\u00e9ratures et de toutes les po\u00e9sies qui ont, depuis les plus lointaines origines, enchant\u00e9 la vie humaine, fait oublier sa bri\u00e8vet\u00e9, berc\u00e9 ses souffrances, caress\u00e9 ses chim\u00e8res et ses espoirs, en lui donnant l&rsquo;illusion de l&rsquo;impossible bonheur, il en est une qui, d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8rement \u00e9clatante prouve la v\u00e9rit\u00e9 de cette doctrine, surtout en ce qui concerne l&rsquo;amour, c&rsquo;est de la litt\u00e9rature et de la po\u00e9sie arabes qu&rsquo;il s&rsquo;agit. On peut affirmer que dans ses origines et ses sources l&rsquo;instinct amoureux l&#8217;emporte de beaucoup sur l&rsquo;instinct religieux. Et pourtant malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9vidence, il s&rsquo;est trouv\u00e9 des critiques qui, uniquement pr\u00e9occup\u00e9s, hypnotis\u00e9s m\u00eame par la grande figure de Mohamed, seulement attentifs au r\u00f4le immense qu&rsquo;il joua dans les destin\u00e9es du peuple arabe consid\u00e8rent son livre,<em> Le livre<\/em>, comme la source unique et sacr\u00e9e de toute beaut\u00e9 et de tout id\u00e9al, dans cette branche de la famille de Sem.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s eux, c&rsquo;est \u00e0 peine si l&rsquo;histoire de la litt\u00e9rature arabe commencerait quelques g\u00e9n\u00e9rations avant le Proph\u00e8te. Et le <em>Koran <\/em>serait l&rsquo;alpha et l&rsquo;om\u00e9ga de son \u00e9volution pourtant si vari\u00e9e et si f\u00e9conde.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;appui de cette \u00e9troite th\u00e9orie, ils citent l&rsquo;opinion de certains auteurs arabes d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s anciens, qui taxent d&rsquo;ignorance absolue tous les temps \u00e9coul\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Mohamed.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab Avant l&rsquo;Islam, affirment ces vieux \u00e9crivains, plus confits en pi\u00e9t\u00e9 que solides en \u00e9rudition, le cerveau de l&rsquo;Arabe \u00e9tait aussi st\u00e9rile que les steppes de l&rsquo;Arabie P\u00e9tr\u00e9e ; son c\u0153ur et son \u00e2me, non encore vivifi\u00e9s par la parole de Dieu, \u00e9galaient en s\u00e9cheresse et aridit\u00e9 les \u00ab oued \u00bb taris par l&rsquo;\u00e9ternelle canicule, c&rsquo;est Mohamed et Mohamed, seul, qui a f\u00e9cond\u00e9 l&rsquo;imagination de sa race. A son <em>Livre<\/em> dict\u00e9 par Dieu, il convient de faire remonter, comme \u00e0 la source unique et v\u00e9ritable, tout le fleuve po\u00e9tique et aussi toutes les sciences qui depuis ont jailli d&rsquo;elle. Jusque-l\u00e0 le peuple arabe qui devait \u00eatre plus tard l&rsquo;\u00e9ducateur de tant d&rsquo;autres peuples a v\u00e9cu dans la <em>djahilya<\/em> qui est la <em>p\u00e9riode d&rsquo;ignorance<\/em> \u2026 \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 cette sentence s\u00e9v\u00e8re, dict\u00e9e par une profonde ignorance \u00e0 des sectaires religieux, ont souscrit beaucoup d&rsquo;orientalistes et d&rsquo;arabisants modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres, au contraire, plus \u00e9clair\u00e9s et s&rsquo;appuyant sur des documents inconnus ou m\u00e9connus ont affirm\u00e9 que, bien avant l&rsquo;Islam, le peuple arabe poss\u00e9dait une litt\u00e9rature dont les plus belles manifestations furent d\u00e9truites par l&rsquo;Islam lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi d&rsquo;\u00e9tonnant <em>a priori<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p>Est-il un seul fondateur de religion qui n&rsquo;ait fait table rase du pass\u00e9 ? Le premier geste des Proph\u00e8tes et des Messies ne fut-il pas toujours un geste de destruction ? Et le r\u00f4le des premiers disciples ne consista-t-il pas \u00e0 faire remonter au Ma\u00eetre les origines de toute perfection intellectuelle et morale ?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on nier, par exemple, que des si\u00e8cles s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent, pendant lesquels, aux yeux des chr\u00e9tiens, il n&rsquo;y eut que l&rsquo;Evangile, commencement et fin de tout ici-bas ?<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame pour tout bon musulman, il n&rsquo;y eut pendant longtemps, et il ne pouvait y avoir ni po\u00e9sie ni science avant le Koran ; pr\u00e9tendre le contraire \u00e9tait presque blasph\u00e9matoire et impie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, je le r\u00e9p\u00e8te, la critique n&rsquo;accepta pas aveugl\u00e9ment ce verdict dict\u00e9 par la foi plut\u00f4t que par l&rsquo;\u00e9tude et le vrai savoir. On ne manqua pas d&rsquo;opposer objections sur objections \u00e0 ceux qui, en des temps plus modernes, s&rsquo;efforc\u00e8rent de continuer cette doctrine sacerdotale en la propageant.<\/p>\n\n\n\n<p>On les renvoya d&rsquo;abord au <em>Livre des Livres<\/em>, \u00e0 la <em>Bible<\/em>. Ouvrez le <em>Livre des Rois <\/em>leur dit-on, et vous y verrez la sagesse de Salomon compar\u00e9e \u00e0 celle des Egyptiens, ces anc\u00eatres imm\u00e9moriaux des civilisations humaines et \u00e0 c<em>elle des Arabes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus si les Arabes avaient \u00e9t\u00e9, avant Mohamed, un peuple barbare et d\u00e9nu\u00e9 de toute culture et de toute po\u00e9sie, comment auraient-ils pu se donner pour reine, celle qui fit \u00e0 Salomon la fameuse visite que l&rsquo;on sait, et qui, selon les t\u00e9moignages de saint Cyprien, de saint Cyrille d&rsquo;Alexandrie, fut de vraie race arabe et v\u00e9cut de longs jours, au c\u0153ur de l&rsquo;Arabie heureuse, dans l&rsquo;Yemen. C&rsquo;est donc une grosse erreur de pr\u00e9tendre que bien avant Mohamed le peuple arabe ne poss\u00e9dait ni une litt\u00e9rature, ni surtout une po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;amour, comme je le disais plus haut, et comme je le d\u00e9montrerais tout \u00e0 l&rsquo;heure, bien plus que la religion, en furent la source profonde et intarissable, et c&rsquo;est au cours des si\u00e8cles ant\u00e9rieurs au Proph\u00e8te et \u00e0 l&rsquo;Islam que se produisirent les \u0153uvres les plus belles, les plus ardentes et les plus amoureuses, dont il nous reste quelques recueils peu connus.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez ce peuple qui connut, dans toute sa valeur, le communisme primitif, et dont la vie s&rsquo;\u00e9coulait libre et fi\u00e8rement errante dans le d\u00e9sert, nul ne pouvait se dire po\u00e8te qui n&rsquo;eut \u00e9t\u00e9 amoureux et tout arabe bien n\u00e9 devait manier aussi habilement le vers que l&rsquo;\u00e9p\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement l&rsquo;Amour n&rsquo;\u00e9tait pas alors ce qu&rsquo;il devint apr\u00e8s que Mohamed, au nom d&rsquo;Allah tout puissant et mis\u00e9ricordieux, eut institu\u00e9 la polygamie, emprisonn\u00e9 la femme dans le s\u00e9rail, et divinis\u00e9 sa chair aux d\u00e9pens de son \u00e2me et de son esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Amour \u00e9tait, au contraire, en ces si\u00e8cles lointains, tels que le r\u00eav\u00e8rent et le chant\u00e8rent nos trouv\u00e8res et nos troubadours, \u00ab la petite fleur bleue au c\u0153ur d&rsquo;or \u00bb qu&rsquo;ils arrosaient de douces larmes et pour l&rsquo;\u00e9panouissement de laquelle ils \u00e9taient toujours pr\u00eats \u00e0 verser leur sang.<\/p>\n\n\n\n<p>De ces po\u00e8mes pleins de tendresse chevaleresque, de ces contes d\u00e9bordant d&rsquo;amour, et dont la brutalit\u00e9 et le mat\u00e9rialisme islamique devaient bient\u00f4t tarir la source, tout n&rsquo;est pas perdu, il s&rsquo;en faut. Une coutume antique et touchante de la race contribua, pour beaucoup, \u00e0 en sauver d&rsquo;exquis et savoureux \u00e9chantillons.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s cette tradition, lorsqu&rsquo;un po\u00e8te avait enfant\u00e9 une \u0153uvre excellente, on ne se contentait pas de la redire et de la chanter, le soir, \u00e0 la clart\u00e9 de la lune, devant la tribu assembl\u00e9e ; les plus anciens et les plus illustres parmi les autres po\u00e8tes d\u00e9cidaient qu&rsquo;elle serait \u00e9crite en lettres d&rsquo;or et suspendue aux murs de la Kaaba qui \u00e9tait un des plus antiques sanctuaires du monde et occupait l&#8217;emplacement du premier temple \u00e9lev\u00e9 en l&rsquo;honneur d&rsquo;Allah, \u00e0 La Mecque.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l&rsquo;inspiration divine du po\u00e8te se trouvait \u00e0 l&rsquo;abri de la destruction, pour la plus grande joie des g\u00e9n\u00e9rations futures, d\u00e9sireuses d&rsquo;aimer et de chanter leurs amours comme le firent les a\u00efeux. Ces po\u00e9sies ainsi admises, pour ainsi dire, aux honneurs de la divinit\u00e9 devenaient des <em>moallag\u00e2s <\/em>(les suspendues) ou encore des <em>mouzahab\u00e2s <\/em>(les dor\u00e9es).<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes, je le r\u00e9p\u00e8te, ou \u00e0 peu pr\u00e8s toutes, \u00e9taient non pas des \u0153uvres religieuses, mais des po\u00e9sies et des contes d&rsquo;amour ; et ce qui les caract\u00e9rise plus encore et nous \u00e9claire de fa\u00e7on pr\u00e9cise sur ce qui \u00e9tait l&rsquo;\u00e2me arabe avant Mohamed, c&rsquo;est que le po\u00e8te ou le conteur devait, dans sa <em>moallag\u00e2 <\/em>ou dans sa <em>mouzahab\u00e2<\/em>, chanter le los et les charmes d&rsquo;une femme qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais vue (<em>nasiba<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Tels, je le r\u00e9p\u00e8te, nos troubadours de Provence, avant la conqu\u00eate de Toulouse par les barbares du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, par une sorte de r\u00e9gression qui ne manque ni de charme ni d&rsquo;impr\u00e9vu, ne voyons-nous pas nos po\u00e8tes contemporains &#8211; j&rsquo;entends les po\u00e8tes notoires du r\u00e9gime que nous subissons &#8211; r\u00eaver de <em>princesses lointaines<\/em>, exalter en rimes h\u00e9las ! plut\u00f4t indigentes ou en proses n\u00e9buleuses, les charmes non moins vaporeux de myst\u00e9rieuses inconnues.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>On a dit que le caract\u00e8re de la po\u00e9sie arabe \u00e9tait de pr\u00e9senter, r\u00e9unis dans une seule pi\u00e8ce, les genres lyrique, h\u00e9ro\u00efque, \u00e9l\u00e9giaque, \u00e9rotique et satirique. Cela est vrai depuis les temps contemporains de Mohamed, ou post\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;apparition du Koran. D\u00e8s ce moment, en effet, et notamment sous les Omniades, le grand et large fleuve po\u00e9tique n\u00e9 de l&rsquo;amour libre au D\u00e9sert se retire et la belle imp\u00e9tuosit\u00e9 de sa course se ralentit sensiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, les Albanides donnent, par leur munificence et leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le signal d&rsquo;un renouveau. Comme sous les successeurs d&rsquo;Alexandre, les po\u00e8tes et les conteurs arabes affectent une pr\u00e9cocit\u00e9, une complication qui ne sont, certes, pas sans m\u00e9rite, mais ne font pas oublier les simples, nobles et ardentes inspirations de ceux qui chant\u00e8rent avant l&rsquo;Islam.<\/p>\n\n\n\n<p>La richesse et la finesse de la pens\u00e9e, les artifices de la forme sont loin, malgr\u00e9 tout, de produire des \u0153uvres comparables aux anciennes <em>moallag\u00e2s <\/em>ou m\u00eame aux simples <em>qacid\u00e2s <\/em>(chants ou contes d&rsquo;amour) de jadis.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9 n\u00e9gligeables sont plut\u00f4t nombre de diwans (\u0153uvres compl\u00e8tes d&rsquo;un po\u00e8te) qui virent le jour sous le Proph\u00e8te et dans les temps qui suivirent la naissance de l&rsquo;Islam. Et l&rsquo;\u00e9difice de la po\u00e9sie arabe et de la litt\u00e9rature postislamique serait bien fragile, s&rsquo;il n&rsquo;avait \u00e0 la base et comme pierre angulaire le Koran, les <em>Mille et une Nuits<\/em> (Alf Lailah oua Lailah) et la grande \u00e9pop\u00e9e d&rsquo;<em>Antar<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, on ne saurait trop le r\u00e9p\u00e9ter, le tort des arabisants modernes fut, comme il nous reste \u00e0 le prouver, de ne voir dans l&rsquo;histoire de la litt\u00e9rature et de la po\u00e9sie arabes que ces trois chefs-d&rsquo;\u0153uvre immortels, et de faire le silence sur la longue \u00e9volution po\u00e9tique de la race arabe avant Mohamed.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Ignorance et mauvaise foi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Seul, Stendhal, qui pourtant ne fut pas un arabisant dans le vrai sens de ce mot, eut une intuition tr\u00e8s nette de la v\u00e9rit\u00e9, quand \u00e9crivit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab De toutes les races et de tous les peuples qui, depuis l&rsquo;aurore des temps historiques, se sont disput\u00e9s la terre, l&rsquo;Arabe est celui qui le mieux a compris l&rsquo;Amour comme source de po\u00e9sie. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme lui je pense et r\u00e9p\u00e8te, ici, que quoi qu&rsquo;aient dit et \u00e9crit sur la sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle et morale des Aryas (dont l&rsquo;existence est d&rsquo;ailleurs aujourd&rsquo;hui controuv\u00e9e) des savants, admirateurs enthousiastes de nos a\u00efeux imm\u00e9moriaux d&rsquo;Asie, c&rsquo;est sous la tente du nomade, dans la grandiose et troublante solitude du D\u00e9sert que la petite \u00ab fleur bleue \u00bb trouva les conditions les plus propices \u00e0 son complet \u00e9panouissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce rejeton le plus sain, le plus robuste, le plus ind\u00e9pendant et le plus beau de la famille de Sem, la Nature ne fut pas, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;esprit et du c\u0153ur, aussi injuste qu&rsquo;on le croit. Elle lui accorda, plus qu&rsquo;\u00e0 tout autre, le don d&rsquo;aimer, en compensation sans doute des sables arides, infinis et br\u00fblants qu&rsquo;elle lui conc\u00e9dait pour tout douaire ici-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Si d&rsquo;une main avare, elle sema l&rsquo;oasis odorante et fra\u00eeche, dans la st\u00e9rile immensit\u00e9, elle eut la justice d&rsquo;y mettre, avec la datte pr\u00e9cieuse, trois choses qui suffisent au plein  bonheur de l&rsquo;Arabe et lui donnent un avant-go\u00fbt de son Paradis. D&rsquo;abord la femme, dont les grands yeux br\u00fblent \u00e0 travers les longs cils noirs, comme les rayons du soleil peine tamis\u00e9s par les palmiers ; puis la fr\u00e9missante cavale au jarret d&rsquo;acier qui boit l&rsquo;espace, et enfin le svelte et maigre sloughi (l\u00e9vrier) qui la devance dans ses grisantes chevauch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ces trois incomparables merveilles, afin que l&rsquo;Arabe n&rsquo;eut rien \u00e0 envier de la part r\u00e9serv\u00e9e aux autres, elle fit, chaque matin, s&rsquo;\u00e9panouir sur la nudit\u00e9 blanche du D\u00e9sert, des aurores radieuses, et chaque soir des cr\u00e9puscules divins. Et elle le dota d&rsquo;une \u00e2me songeuse et de larges prunelles sombres pour en savourer, goutte \u00e0 goutte et sans lassitude, l&rsquo;in\u00e9galable beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 Mohamed jeta le fanatisme farouche de sa religion dans cette \u00e2me simple ct douce, les enfants bruns de l&rsquo;Arabie, p\u00e8res de ceux qui aujourd&rsquo;hui peinent et geignent en notre Afrique du Nord, furent le peuple de la terre qui sut le mieux aimer, chanter ses r\u00eaves et ses amours.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;un de ces enfants-l\u00e0, quelqu&rsquo;un demandait un jour : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab De quel peuple es-tu ? \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Je suis du peuple chez lequel, quand on aime, on meurt en chantant \u00bb repondit-il. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Et maintenant, ajouta-t-il, si tu veux savoir pourquoi nous aimons ainsi, c&rsquo;est que nos femmes sont les plus belles et nos jeunes hommes les plus ardents que la Nature ait cr\u00e9\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc sous la tente pendant les longues nuits remplies d&rsquo;amour comme le firmament d&rsquo;\u00e9toiles que naquit cette po\u00e9sie, ni\u00e9e par quelques-uns, et devant laquelle, pourtant, auraient p\u00e2li nos troubadours. Au long des strophes d&rsquo;une \u00e2pre et rude harmonie, la volupt\u00e9 coulait et chantait, semblable tant\u00f4t au mince filet d&rsquo;eau claire qui murmure sous les lauriers-roses de l&rsquo;oued, et tant\u00f4t au torrent d\u00e9vastateur roulant du Djebel abrupt.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici plus de deux mille ans, comme aujourd&rsquo;hui leurs fr\u00e8res de notre Afrique, pensifs et superbes, ils allaient poussant la chamelle \u00e9tique et leurs maigres troupeaux d&rsquo;oasis en oasis. Ils allaient par les aubes inspiratrices pleines de roses, que le ciel cl\u00e9ment r\u00e9pandait, comme aujourd&rsquo;hui, sur le D\u00e9sert encore endormi, et ils marchaient jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 le soleil suspendu ainsi qu&rsquo;un globe d&rsquo;or au z\u00e9nith, tombant sur eux en pluie de feu, les obligeait \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 l&rsquo;ombre illusoire de la dune ou du palmier. Puis toujours souriants et splendides, avec la m\u00eame allure calme et noble, ils reprenaient leur route vers la halte qui bient\u00f4t surgirait au loin, dans la gloire rapide du couchant, et o\u00f9 ne les attendaient point, comme aujourd&rsquo;hui leurs fr\u00e8res vaincus, les mitrailleuses du vainqueur ou la schlague de l&rsquo;officier.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, venue la nuit, l&rsquo;\u0153il aux \u00e9toiles que la Nature fit pour eux plus brillantes, ils chantaient et faisaient l&rsquo;amour librement sous les regards de la lune que cette m\u00eame Nature voulut encore plus \u00ab amiteuse \u00bb pour eux. Et quand ils \u00e9taient fatigu\u00e9s de caresses et de baisers, assis autour des feux odorants, ils d\u00e9lassaient en contant des histoires d&rsquo;amour merveilleuses et qui d\u00e9passaient, peut-\u00eatre en beaut\u00e9, celle dont plus tard la divine Scheharazade ber\u00e7a les insomnies du sultan cruel.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d&rsquo;entendre ainsi ces trois merveilles, la <em>femme<\/em>, le <em>courrier <\/em>et le <em>sloughi<\/em>, magnifi\u00e9es en paroles harmonieuses, le D\u00e9sert tout entier fr\u00e9missait dans l&rsquo;\u00e9ternelle s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de ses nuits \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De ce que chantaient et contaient avant le Proph\u00e8te les enfants de Sem errant aux solitudes d&rsquo;Arabie, j&rsquo;ai trouv\u00e9 un \u00e9cho fid\u00e8le, puisque affaibli, dans les chansons et les r\u00e9cits qui charment encore les nuits arabes de notre Mogh&rsquo;reb. Ce serait, en effet, une grosse erreur de croire qu&rsquo;au Maroc comme en Alg\u00e9rie, dans la Tripolitaine et la Tunisie, les conteurs puisent uniquement aujourd&rsquo;hui aux sources abondantes des Mille et une Nuits et de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e magique d&rsquo;<em>Antar<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ajoute qu&rsquo;il est criminel, comme on le fit chez le vainqueur, d&rsquo;accr\u00e9diter la l\u00e9gende de la sauvagerie compl\u00e8te, de l&rsquo;absolue d\u00e9ch\u00e9ance intellectuelle et morale du vaincu.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des longs mois pass\u00e9s pendant vingt ans sous la tente, je n&rsquo;ai cess\u00e9 d&rsquo;entendre tomber de la bouche des conteurs (meddah) des po\u00e8mes et des r\u00e9cits amoureux que les savants contemporains les mieux renseign\u00e9s sur la litt\u00e9rature arabe ne peuvent rattacher aux deux grands chefs-d&rsquo;\u0153uvre du g\u00e9nie oriental.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que les orientalistes de nos jours comme ceux de l&rsquo;\u00e9poque pas tr\u00e8s lointaine o\u00f9 vivait Stendhal ont le c\u0153ur tellement dess\u00e9ch\u00e9 par les habitudes acad\u00e9miques, et peut-\u00eatre aussi l&rsquo;\u00e2me \u00e0 ce point domestiqu\u00e9e qu&rsquo;ils sont rest\u00e9s et restent encore, devant certains tr\u00e9sors litt\u00e9raires de notre Afrique du Nord, comme une truie grassouillette devant des beryls et des corindons.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel l&rsquo;immortel et ignare biblioth\u00e9caire de Florence devant le manuscrit de <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em>, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 les hasards des guerres imp\u00e9riales jet\u00e8rent parmi ses livres poussi\u00e9reux, le capitaine d&rsquo;artillerie Courrier (Paul-Louis), fr\u00e8re d&rsquo;armes de Stendhal. H\u00e9las ! de nos jours encore, dans nos acad\u00e9mies et nos biblioth\u00e8ques les Furia de Florence sont aussi redoutables que les mites et les rats.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, tels ils \u00e9taient quand vivait l&rsquo;auteur de la <em>Chartreuse de Parme<\/em>, tels ils sont rest\u00e9s, ignorant les <em>Merveilleuses histoires des Arabes morts d&rsquo;amour<\/em>, que le savant Ebn-Abi-Hadhlat compila, pour la plus grande joie des enfants na\u00effs du D\u00e9sert, et dont les manuscrits dorment toujours, poudreux et respect\u00e9s, dans l&rsquo;immense \u00ab bazar aux livres \u00bb de la rue Richelieu.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pourtant \u00e0 cette \u0153uvre g\u00e9niale, \u00e0 cette source sacr\u00e9e que puisent surtout aujourd&rsquo;hui les po\u00e8tes et les conteurs de notre Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela suffirait \u00e0 expliquer le m\u00e9pris ou l&rsquo;ignorance de nos orientalistes et africanistes officiels ; c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de nos vaincus, je me propose de d\u00e9montrer ici m\u00eame, en consacrant ma prochaine chronique \u00e0 la litt\u00e9rature contemporaine de l&rsquo;Alg\u00e9rie, de la Tunisie et du Maroc, d&rsquo;apr\u00e8s des \u00e9tudes personnelles longuement poursuivies l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cela viendront des chroniques sur Han Ryner, sur S\u00e9verine, sur <em>La guerre comme inspiratrice litt\u00e9raire<\/em>, avec Romain Rolland Barbusse, Marcel Martinet, sur le <em>parasitisme litt\u00e9raire dans notre soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et bourgeoise<\/em>, etc., etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>P. VIGN\u00c9-D&rsquo;OCTON.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"158\" data-attachment-id=\"27568\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/11\/23\/vigne\/la-revue-anarchiste-novembre-1922\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?fit=1082%2C295&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1082,295\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La revue anarchiste novembre 1922\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?fit=300%2C82&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?fit=580%2C158&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?resize=580%2C158&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27568\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?resize=1024%2C279&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?resize=300%2C82&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?resize=768%2C209&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-novembre-1922.jpg?w=1082&amp;ssl=1 1082w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>LA SCIENCE ARABE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Ignorance et cynisme de ses d\u00e9tracteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai montr\u00e9, dans ma derni\u00e8re chronique, comment jusque dans le domaine de l&rsquo;ancienne litt\u00e9rature arabe, se faisait sentir cette phobie de l&rsquo;indig\u00e8ne, syst\u00e9matique et maladive, comme toutes les phobies, dont s&rsquo;est, \u00e0 la longue, profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9e la mentalit\u00e9 des Europ\u00e9ens, devenus les ma\u00eetres au pays d&rsquo;Islam, et d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 maintenir co\u00fbte que co\u00fbte leur pr\u00e9tendue sup\u00e9riorit\u00e9 de vainqueurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me reste maintenant \u00e0 montrer que cet odieux parti-pris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ancienne litt\u00e9rature p\u00e8se encore plus sur ses manifestations contemporaines chez les peuples de l&rsquo;Afrique du Nord, brutalement soumis \u00e0 notre domination ; mais pour que cette mise au point, je n&rsquo;ose dire cette r\u00e9habilitation de l&rsquo;intellectualit\u00e9 arabe soit compl\u00e8te, je voudrais avant \u00e9tablir que cette injustice du vainqueur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la race vaincue s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 son g\u00e9nie, \u00e0 ses aptitudes scientifiques et toutes autres de l&rsquo;esprit qu&rsquo;on va jusqu&rsquo;\u00e0 lui d\u00e9nier absolument.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, nul ne le contestera, il y a aujourd&rsquo;hui parmi les ethnologues, les sociologues, les psychologues, voire les m\u00e9decins philosophes, des individualit\u00e9s h\u00e9las ! nombreuses, \u00e0 qui la haine de l&rsquo;Arabe et de l&rsquo;Islam fait perdre la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et l&rsquo;impartialit\u00e9 indispensables \u00e0 quiconque pr\u00e9tend \u00e9tudier l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais en citer de nombreux exemples, mais \u00e9tant donn\u00e9 les limites forc\u00e9ment restreintes de cette \u00e9tude, je dois me borner au plus r\u00e9cent et au plus instructif qui soit tomb\u00e9 sous mes yeux.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Quelques semaines avant la guerre, les <em>Annales m\u00e9dico-psychologiques<\/em>, une des revues les plus s\u00e9rieuses de France, publiaient un long article intitul\u00e9 : <em>Etude psychologique sur l&rsquo;Islam<\/em>, sign\u00e9e du Dr Boigey, et qui est bien caract\u00e9ristique de la mentalit\u00e9 que j&rsquo;analyse. Telle \u00e9tait la partialit\u00e9 de ce travail, telle l&rsquo;ignorance qui s&rsquo;en exhalait du commencement \u00e0 la fin, que certains lettr\u00e9s musulmans, parmi lesquels le savant Dr Ahmed-Cheriff, s&rsquo;en indign\u00e8rent et protest\u00e8rent, mais sans grand r\u00e9sultat dans certains organes d\u00e9vou\u00e9s du peuple vaincu.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis heureux, aujourd&rsquo;hui, de joindre mes arguments personnels \u00e0 ceux du docteur Ahmed-Cheriff et de ses amis, qui sont eux-m\u00eames d&rsquo;ailleurs, par leur talent et leur savoir, les meilleurs arguments vivants contre la plus odieuse injustice qu&rsquo;ait jamais inspir\u00e9e l&rsquo;esprit de domination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>G\u00e9ographie, &#8211; Navigation. &#8211; Math\u00e9matiques. &#8211; Astronomie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab \u2026 Gloire aux Occidentaux, s&rsquo;\u00e9crie M. Boigey, au d\u00e9but de son \u00ab pamphlet \u00bb, eux seuls ont tout cr\u00e9\u00e9 dans le monde. D&rsquo;autres populations, au premier rang desquelles se placent les populations islamiques, n&rsquo;ont, au contraire, jamais produit aucun travail extraordinaire, b\u00e2ti aucune capitale, construit aucune flotte, \u00e9tudi\u00e9, \u00e0 fond, aucune science, embelli d&rsquo;une mani\u00e8re durable aucun endroit de la terre. \u00bb <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je cite textuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cet axiome grotesque une fois pos\u00e9, M. Boigey se demande : Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un musulman ? \u00ab Une silhouette m\u00e9diocre du Proph\u00e8te \u00bb, se r\u00e9pond-il \u00e0 lui-m\u00eame, &#8211; \u00ab Un homme incapable de naviguer, mais qui sait se servir de marins \u00ab non musulmans \u00bb. \u00ab Celui qui s&#8217;embarque deux fois sur la mer est infid\u00e8le \u00bb, dit dans le Koran le chamelier de La Mecque.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, avec Ahmed-Cheriff, je mets au d\u00e9fi M. Boigey et tous les pseudo-arabisants r\u00e9unis, de trouver dans le Koran une pareille phrase, ou quelque chose d&rsquo;approchant. Nous lui citerons, au contraire, un verset encourageant formellement les musulmans \u00e0 naviguer :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab C&rsquo;est lui (Dieu) qui vous a soumis la mer, pour que vous en mangiez des chairs fra\u00eeches, pour en retirer des ornements dont vous vous parez. &#8211; Vous voyez les vaisseaux fendant ses flots &#8211; et afin que vous recherchiez les bienfaits de Dieu, peut-\u00eatre lui rendrez-vous gr\u00e2ce. \u00bb (Koran, chap. 16, verset 14.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin il ajoute : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Votre Dieu est celui qui fait voguer les navires sur la mer, afin que vous recherchiez les dons de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ; il est plein de mis\u00e9ricorde pour vous. \u00bb (Koran, chap. 17, verset 68.)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le musulman incapable de naviguer ! Qui donc a divulgu\u00e9, en Europe, l&rsquo;usage de l&rsquo;instrument sans lequel aucun grand voyage sur mer ne pouvait \u00eatre entrepris : la boussole ? D&rsquo;apr\u00e8s Klaproth, qui a fait le plus de recherches sur la boussole, ce vocable m\u00eame qui la d\u00e9signe serait arabe. Voici ce qu&rsquo;on lit dans le <em>Grand dictionnaire Larousse<\/em>, tome II, p. 1151 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Klaproth, s&rsquo;appuyant sur des consid\u00e9rations assez importantes, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre cette \u00e9tymologie (italienne) et en propose une autre extr\u00eamement curieuse. Comme ce sont les Arabes qui nous ont appris l&rsquo;usage de la boussole, il est d&rsquo;avis que le nom de la boussole doit \u00eatre \u00e9galement arabe. On trouve, en effet, qu&rsquo;en arabe, un des noms de la boussole est <em>mouwossola<\/em>, qu&rsquo;on prononce vulgairement moussola, mot d\u00e9riv\u00e9 de la racine verbale <em>wossola<\/em>, aiguiser, rendre pointu, et dans le sens de dard, d&rsquo;aiguille. Or, l&rsquo;<em>m<\/em> initial des mots arabes introduits dans nos langues, permute souvent avec la labiale <em>b<\/em> \u2026 \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>N&rsquo;a-t-on pas conserv\u00e9 aujourd&rsquo;hui les termes de marine emprunt\u00e9s aux Arabes, d\u00e8s le moyen \u00e2ge tels que : <em>amiral<\/em>, de l&rsquo;arabe <em>amir<\/em>-chef, ou plus directement <em>amira\u00ef-bahr<\/em>, commandant de la mer par apocope de la derni\u00e8re syllabe ; &#8211; <em>darse<\/em>, de l&rsquo;espagnol <em>darmesa<\/em>, qui se rapporte lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;arabe <em>darcin\u00e2\u00e2<\/em>, maison de travail, atelier, arsenal, qu&rsquo;on pronon\u00e7ait <em>arsena<\/em>, tout en \u00e9crivant arsen\u00e2l ou arsenal, de l&rsquo;italien <em>arsenale<\/em>, venant de l&rsquo;arabe <em>arsin\u00e2a<\/em>, la construction (de navires) ; &#8211; <em>madrague<\/em>, de l&rsquo;espagnol <em>al madrabar<\/em>, de l&rsquo;arabe <em>al mazraba<\/em>, radical <em>zarraba<\/em>, enclore ; &#8211; <em>felouque<\/em>, de l&rsquo;arabe <em>falouka<\/em>, navire, etc., etc., pour ne citer que des mots d&rsquo;une \u00e9tymologie certaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Passons \u00e0 l&rsquo;histoire. Imagine-t-on comment les musulmans se cr\u00e9\u00e8rent le plus vaste empire qu&rsquo;on ait jamais vu et firent toutes leurs conqu\u00eates sans savoir naviguer et sans avoir \u00ab construit une flotte \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de citer tous les faits historiques ; mais voici d&rsquo;un savant fran\u00e7ais L. S\u00e9dillot, ces lignes extraites de son <em>Histoire G\u00e9n\u00e9rale des Arabes<\/em>, dont M. Boigey ignore peut-\u00eatre l&rsquo;existence.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab \u2026 Des relations s&rsquo;\u00e9taient \u00e9tablies de l&rsquo;Espagne aux limites de l&rsquo;Asie Orientale ; une  flotte arabe avait franchi le d\u00e9troit de Gibraltar, et une temp\u00eate en la rejetant sur la c\u00f4te, lui avait enlev\u00e9 l&rsquo;honneur de d\u00e9couvrir les A\u00e7ores et peut-\u00eatre l&rsquo;Am\u00e9rique. \u00bb (L.-A. S\u00e9dillot, loc. cit. t. II, p. 124). <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin, il ajoute :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Les musulmans de l&rsquo;Orient, laissant aux Arabes occidentaux le commerce de la M\u00e9diterran\u00e9e, se portaient de pr\u00e9f\u00e9rence du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Oc\u00e9an Indien. Ils parviennent en suivant les rivages de l&rsquo;Afrique, d&rsquo;abord jusqu&rsquo;au Zanguelar et aux pays des Cafres, ils fondent Brava, Manbaza, Quiboa \u2026 Mozambique \u2026 , ils occupent les \u00eeles voisines des c\u00f4tes et plusieurs points de Madagascar. Les b\u00e2timents de commerce ne se bornent pas au port de Calicut ; ils atteignent Sumatra, les grandes \u00eeles de l&rsquo;archipel indien, traversant le golfe de Siam et arrivent \u00e0 Canton \u2026 Les Malois avaient, pour la plupart, embrass\u00e9 l&rsquo;islamisme et de puis le golfe Persique jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 orientale de l&rsquo;Asie en entendait et en parlait l&rsquo;Arabe. (loc. cit., t. II, pp. 127 et 128).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab \u2026 Le musulman, continue M. Boigey, est un homme qui ignore la m\u00e9canique, les arts, l&rsquo;astronomie, les math\u00e9matiques, car Mahomet les ignorait. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Avec Ahmed-Cheriffe, je r\u00e9pondrai \u00e0 M. Boigey, par des faits et point par point. Pour la m\u00e9caniques et les arts, je lui rappellerai l&rsquo;horloge envoy\u00e9e par Haroun-Al-Rachid, a Charlemagne, la grande renomm\u00e9e qu&rsquo;avaient les anc\u00eatres de celui-l\u00e0 chez toutes les nations comme tanneurs, fondeurs, ciseleurs, fourbisseurs d&rsquo;armes et fabricants d&rsquo;\u00e9toffes. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Ces cimeterres d&rsquo;une trempe irr\u00e9sistible, dit M. Viardot, ces cottes de mailles si l\u00e9g\u00e8res et si imp\u00e9n\u00e9trables, ces tapis mo\u00eblleux, ces fins et brillants tissus de laine, de soie ou de lin, dont les cachemires modernes sont une tradition, attestent assez leur incontestable sup\u00e9riorit\u00e9 dans tous les arts industriels. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour ce qui est de l&rsquo;astronomie et des math\u00e9matiques, comment ose-t-on soutenir que les musulmans les ignoraient ? En astronomie, leur ciel si pur leur a facilit\u00e9 les moyens de devenir des initiateurs et des ma\u00eetres ; aujourd&rsquo;hui encore les occidentaux emploient les termes techniques arabes tels que : <em>azimuth <\/em>de l&rsquo;arabe <em>alsent<\/em>, le droit chemin ; <em>Z\u00e9nith<\/em>, mot corrompu de l&rsquo;arabe <em>st\u00e9niet <\/em>et tronqu\u00e9 de son sens v\u00e9ritable : <em>semt arres<\/em>, point du ciel situ\u00e9 au-dessus de la t\u00eate de l&rsquo;observateur dans le prolongement du rayon terrestre men\u00e9 par ses pieds ; <em>nadir<\/em>, du verbe arabe <em>nadhara<\/em>, \u00eatre situ\u00e9 vis-\u00e0-vis de \u2026 le <em>nadir <\/em>est le point directement oppos\u00e9 au <em>z\u00e9nith<\/em>, dit Laplace, de m\u00eame les noms d&rsquo;\u00e9toiles <em>Alghol, Wega, Altha\u00efr, Rizet,, Aldebaran<\/em>. Pour inciter les musulmans \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;astronomie, le Koran dit (Chapitre 6, verset 97) : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab C&rsquo;est lui qui a fait pour vous les \u00e9toiles afin que vous vous en aidiez pour rechercher votre chemin dans les t\u00e9n\u00e8bres. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quant aux math\u00e9matiques, le nom m\u00eame de l&rsquo;Alg\u00e8bre est arabe et la num\u00e9ration \u00e9crite en chiffres arabes. Ecoutez ce que dit Charles, cit\u00e9 par S\u00e9dillot (t. II, p. 45).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab La Trigonom\u00e9trie est une des parties des math\u00e9matiques que les Arabes cultiv\u00e8rent avec le plus de soin \u00e0 cause de ses applications \u00e0 l&rsquo;astronomie. Aussi leur d\u00fbt-elle de nombreux perfectionnements qui lui donn\u00e8rent une forme nouvelle et la rendirent propre \u00e0 des applications que les Grecs n&rsquo;auraient pu faire que tr\u00e8s p\u00e9niblement. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>S\u00e9dillot nous dit encore (t. II, p. 42) : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Les Arabes introduisent les tangentes dans les calculs et substituent aux m\u00e9thodes anciennes, des solutions plus simples en proposant trois ou quatre th\u00e9or\u00e8mes qui sont le fondement de notre trigonom\u00e9trie moderne. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin l&rsquo;historien fran\u00e7ais r\u00e9sume ainsi les d\u00e9couvertes faites par les musulmans et qu&rsquo;on attribue \u00e0 tort aux savants des XVe et XVIIe si\u00e8cles : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab La substitution des sinus aux cordes, l&rsquo;introduction des tangentes dans les calculs trigonom\u00e9triques, l&rsquo;application de l&rsquo;alg\u00e8bre \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie, la r\u00e9solution des \u00e9quations cubiques, les id\u00e9es les plus ing\u00e9nieuses en math\u00e9matique, voil\u00e0 ce que d\u00e9j\u00e0 les manuscrits arabes nous ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le mouvement de l&rsquo;apog\u00e9e du soleil, l&rsquo;excentricit\u00e9 de son orbite, la dur\u00e9e de l&rsquo;ann\u00e9e avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9s, avec une exactitude remarquable par les astronomes de Bagdad. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>Morale et esth\u00e9tique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sous ce titre : <em>Les Etats nerveux des Musulmans<\/em>, M. Boigey \u00e9crit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab L&rsquo;\u0153uvre de Mahomet  se r\u00e9sume en un dogmatisme intense et maladif qui repousse violemment tout ce qui lui est \u00e9tranger. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or, il suffit d&rsquo;ouvrir le Koran \u00e0 n&rsquo;importe quelle page pour trouver des versets \u00e9loquents demandant au musulman de croire en tous les proph\u00e8tes, de v\u00e9n\u00e9rer leurs \u0153uvres \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de celle de Mahomet. Car l&rsquo;Islam est une religion dont l&rsquo;essence est la croyance en un dieu unique, et tout est l\u00e0 ; c&rsquo;est pourquoi, Mo\u00efse, J\u00e9sus, Mahomet ordonnant le culte, d&rsquo;un seul dieu, sont trois proph\u00e8tes identiques. Pour vous en convaincre, voici un passage du Livre :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab Dis : Nous croyons en dieu, \u00e0 ce qu&rsquo;il nous a envoy\u00e9, \u00e0 ce qu&rsquo;il a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Abraham, Isma\u00ebl, Isaac, Jacob et aux douze tribus ; nous croyons aux livres saints que Mo\u00efse, J\u00e9sus et les Proph\u00e8tes ont re\u00e7us de Dieu ; nous ne mettons aucune diff\u00e9rence entre eux, nous leur sommes ant\u00e9rieurs. (Koran, ch.3, verset 78).<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Traitez vos p\u00e8res et m\u00e8res avec bont\u00e9 ; ne tuez pas un homme, car Dieu l&rsquo;a d\u00e9fendu, except\u00e9 si la justice l&rsquo;exige. Voil\u00e0 ce que Dieu vous recommande pour que vous compreniez enfin. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ne touchez pas au patrimoine de l&rsquo;orphelin, si ce n&rsquo;est en bien, et, ce, jusqu&rsquo;\u00e0 sa pubert\u00e9. Donnez la mesure et le poids justes. Nous n&rsquo;imposons \u00e0 l&rsquo;homme que ce qu&rsquo;il est en \u00e9tat d&rsquo;accomplir. Quand vous prononcez un jugement, prononcez-le avec justice, d\u00fbt-ce \u00eatre contre un parent. Soyez fid\u00e8les \u00e0 vos engagements qui sont sacr\u00e9s. Voil\u00e0 ce que Dieu vous a recommand\u00e9 ; peut-\u00eatre y r\u00e9fl\u00e9chirez-vous. Telle est ma voie, elle est droite, etc \u2026 \u00bb (Koran, ch. 6, verset 152 et 153).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus loin, M. Borgey, formule sur l&rsquo;\u00e9tat nerveux des musulmans des th\u00e9or\u00e8mes d\u00e9finitifs qui r\u00e9v\u00e8lent le sociologue de cabinet, l&rsquo;observateur d&rsquo;apr\u00e8s les autres, et \u2026 le p\u00e9dant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Les premiers disciples du Proph\u00e8te furent des d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Mahomet a implant\u00e9, dans le cerveau des croyants un v\u00e9ritable \u00e9tat n\u00e9vropathique dont les manifestations sont \u2026 le d\u00e9lire de tristesse. Vous ne verrez gu\u00e8re la bonne humeur ni la jovialit\u00e9 se manifester dans un milieu islamique, tant le Koran a extirp\u00e9 du c\u0153ur de l&rsquo;homme tout sentiment de joie et de gaiet\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u00e0, vrai, M. Byogey, laissez-nous rire \u00e0 vos d\u00e9pens. Que, faites-vous donc, s&rsquo;il vous pla\u00eet des contes des <em>Mille et une nuits<\/em>, dont certains \u00e9voquent les pages les plus hilarantes de<\/p>\n\n\n\n<p>Les musulmans neurasth\u00e9niques ! Mais dans quel Orient avez-vous donc voyag\u00e9 ? Le pseudo savant avance encore ceci avec la m\u00eame cynique gravit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab \u2026 Il faut bien que l&rsquo;on sache que ce sont les Espagnols, violemment musulmanis\u00e9s, leurs artistes, leurs savants, leurs ing\u00e9nieurs, leurs m\u00e9decins, leurs architectes, leurs cultivateurs qui, pour avoir la vie sauve et gagner les bonnes gr\u00e2ces du vainqueur, lui offraient leur savoir et se laissaient exploiter par lui \u2026 Averro\u00e8s qui, converti \u00e0 l&rsquo;islamisme musulmanisa son nom en Ibn-Raschid, et Avicenne qui signa ses livres Abou-Sina \u00e9taient bien des Espagnols, et leurs d\u00e9couvertes en m\u00e9decine ne sauraient \u00eatre attribu\u00e9es aux \u00ab d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s \u00bb de l&rsquo;Islam \u2026 \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ainsi, Avicenne et Averro\u00e8s sont deux Espagnols convertis \u00e0 l&rsquo;Islam ! Et il a servi cette monstruosit\u00e9 \u00e0 ses lecteurs sans daigner ouvrir pour s&rsquo;y renseigner, un seul ouvrage fran\u00e7ais tels que l&rsquo;<em>Histoire de la m\u00e9decine arabe<\/em>, par le Dr Lecl\u00e8re, ou Averro\u00e8s et l&rsquo;Averro\u00efsme de Renan, pas m\u00eame le <em>Grand dictionnaire Larousse<\/em> !<\/p>\n\n\n\n<p>Avicenne (Ibn-Cina) est persan, et n&rsquo;a jamais vu l&rsquo;Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait n\u00e9 au c\u0153ur de l&rsquo;Asie, dans le village d&rsquo;Afchana, pr\u00e8s de Boukhara, et vivait au Xe si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ. Il s&rsquo;appelait Hussein, fils d&rsquo;Abdallah, fils de Hossein, fils d&rsquo;Ali, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Averro\u00e8s (Ibn-Rachid) vivait au XIIe si\u00e8cle. Il naquit \u00e0 Cordoue, en 1126, apr\u00e8s J .- C. d&rsquo;une famille de c\u00e9l\u00e8bres jurisconsultes musulmans. Il s&rsquo;appelait Mohamed ben Amed.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant que reste-t-il de ce que M. le Dr Boigey qui se pr\u00e9tend m\u00e9decin-philosophe appelle pompeusement une <em>\u00e9tude m\u00e9dico-psychologique sur l&rsquo;Islam<\/em> ? Rien qu&rsquo;un mauvais pamphlet, un libelle odieux qui prouve, ainsi que je le disais au d\u00e9but de ce travail, \u00e0 quel point l&rsquo;orgueil et l&rsquo;esprit de domination peuvent obnubiler l&rsquo;entendement, inhiber presque le bon sens, cr\u00e9er en un mot une mentalit\u00e9 monstrueuse chez des hommes dont l&rsquo;esprit et le c\u0153ur ne devraient conna\u00eetre que la passion de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, je le r\u00e9p\u00e8te, ces hommes-l\u00e0 sont nombreux ainsi que je le prouverai, en \u00e9tudiant dans ma prochaine chronique l&rsquo;injustice commise par les critiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la litt\u00e9rature arabe contemporaine de notre Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>P. VIGN\u00c9-D&rsquo;OCTON.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"165\" data-attachment-id=\"27571\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/11\/23\/vigne\/la-revue-anarchiste-decembre-1922\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?fit=1092%2C310&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1092,310\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La revue anarchiste d\u00e9cembre 1922\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?fit=300%2C85&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?fit=580%2C165&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?resize=580%2C165&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27571\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?resize=1024%2C291&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?resize=300%2C85&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?resize=768%2C218&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-decembre-1922.jpg?w=1092&amp;ssl=1 1092w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>POESIE ET POETES ARABES DE NOTRE AFRIQUE DU NORD<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai montr\u00e9, dans mes pr\u00e9c\u00e9dentes chroniques, combien, chez le vainqueur et par esprit de domination, \u00e9tait grande l&rsquo;injustice des uns, profondes l&rsquo;ignorance ou l&rsquo;indiff\u00e9rence des autres \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ancienne litt\u00e9rature et du g\u00e9nie scientifique de la race vaincue. Je veux aujourd&rsquo;hui montrer qu&rsquo;il en est de m\u00eame, et pis encore \u00e0 l&rsquo;endroit de la litt\u00e9rature arabe contemporaine, et plus particuli\u00e8rement de ses manifestations actuelles dans notre Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Je puis dire qu&rsquo;au cours de mes nombreux voyages et s\u00e9jours, depuis Nefta et Tozeur, de l&rsquo;Extr\u00eame-Sud Tunisien jusqu&rsquo;au Figuig marocain et \u00e0 Fez en passant par les oasis du Tafilalet, je n&rsquo;ai jamais rencontr\u00e9 un seul musulman lettr\u00e9, voire un simple et modeste \u00ab thaleb \u00bb (\u00e9tudiant) de \u00ab Zaou\u00efa \u00bb (\u00e9cole-h\u00f4tellerie) qui, interrog\u00e9 par moi sur le pr\u00e9sent et le pass\u00e9 intellectuel de sa race ne m&rsquo;ait r\u00e9pondu, non sans une certaine fiert\u00e9 : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Nos anc\u00eatres descendent de ces peuples arabes, arabis\u00e9s ou islamis\u00e9s qui, au Moyen Age, depuis Cordoue jusqu&rsquo;\u00e0 Bagdad, cultiv\u00e8rent avec \u00e9clat les lettres, les sciences, les arts, alors que la vieille Europe \u00e9tait encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de barbarie \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Partout, je le r\u00e9p\u00e8te, au cours de mes vagabondages, je me suis assur\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait bien \u00e0 ces sources sacr\u00e9es que l&rsquo;on doit faire remonter presque tous les contes sentimentaux, po\u00e8mes, r\u00e9cits de guerre et d&rsquo;amour, qui sont aujourd&rsquo;hui narr\u00e9s par les conteurs (meddah) pendant les nuits lumineuses, sous la tente, et dans les \u00ab ksour \u00bb du Sud-Alg\u00e9rien comme dans l&rsquo;int\u00e9rieur du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>MARTYR D&rsquo;AMOUR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voici, par exemple, la belle idylle tragique de <em>Oueddah <\/em>et <em>Om-el-Bonin<\/em>, dont l&rsquo;inspiration remonte, sans aucun doute, \u00e0 cette source sacr\u00e9e du <em>Divan d&rsquo;Amour,<\/em> l&rsquo;incomparable compilation dont j&rsquo;ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment et qui fut faite dans les si\u00e8cles lointains par le v\u00e9n\u00e9rable Ebn-Abi-Hadglat.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m&rsquo;a paru si \u00e9mouvante et si caract\u00e9ristique de la vraie psychologie de la race arabe, que je tiens \u00e0 la mettre sous les yeux de nos lecteurs telle que je l&rsquo;ai entendu conter par un meddah. C&rsquo;\u00e9tait sous les palmiers du Figuig en, plein Maroc oriental au temps o\u00f9 le Ksourien cueille la datte dor\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire par un doux cr\u00e9puscule automnal. Sans se cacher du roumi que j&rsquo;\u00e9tais, ainsi parla le conteur dont le regard illuminait les jours maigres, et p\u00e9tillait comme une braise sous le blanc capuchon de son burnous :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; \u00ab Parmi les jeunes trobes, les plus beaux et les plus robustes qui couraient sur leurs cavales inlassables, les plaines arides de l&rsquo;Yomen, Oueddah \u00e9tait renomm\u00e9e pour sa beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame tribu, comme la lune au milieu des \u00e9toiles du firmament, avait grandi Om-el-Bonin, fille d&rsquo;Abd-el-Aziz, fils de Neroan. Enfants, ces deux cr\u00e9atures s&rsquo;aimaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ne pouvoir se s\u00e9parer, m\u00eame le temps qu&rsquo;il faut au \u00ab Shoughi \u00bb pour atteindre le li\u00e8vre au bond. Aussi, lorsque Om devint la femme d&rsquo;Abd-El-Malek, Oueddah en perdit la raison.<\/p>\n\n\n\n<p>Abd-El-Malek avait sa tente et ses troupeaux au d\u00e9sert lointain de Syrie. Fou de douleur, Oueddah monta sa cavale et partit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pendant des jours et des nuits, il r\u00f4da sans tr\u00eave autour de la tente o\u00f9 il savait sa bien-aim\u00e9e. Et pendant tous ces jours-l\u00e0, le soleil lui sembla p\u00e2le comme un homme qui va mourir, et pendant toutes ces nuits-l\u00e0, les \u00e9toiles et la lune cess\u00e8rent de lui sourire comme jadis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab D\u00e9sesp\u00e9rant de la revoir, il allait en finir avec la vie, lorsque, pr\u00e8s de la fontaine, il fit la rencontre d&rsquo;une jeune esclave, dans les yeux de laquelle, il lui sembla voir une douce et myst\u00e9rieuse clart\u00e9 ? Il lui demanda, et incontinent, il obtint de boire l&rsquo;eau fra\u00eeche \u00e0 m\u00eame ses mains. Puis, s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9salt\u00e9r\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Connais-tu, lui dit-il, la plus jolie femme du d\u00e9sert Om-el-Bonin ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Si je la connais, c&rsquo;est ma ma\u00eetresse, et voici l&rsquo;eau que pour elle je viens puiser.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Eh bien va lui dire qu&rsquo;Oueddah est ici.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce que fit aussit\u00f4t la jeune esclave dont les yeux \u00e9taient pleins d&rsquo;une douce et myst\u00e9rieuse clart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Impossible, s&rsquo;\u00e9cria la plus belle d&rsquo;entre les femmes du d\u00e9sert, Oueddah n&rsquo;est pas vivant :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Il l&rsquo;est, je te jure, comme moi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Cours lui dire d&rsquo;attendre o\u00f9 il est un messager de ma part. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le soir m\u00eame, Oueddah \u00e9tait cach\u00e9 dans un coffre sous la tente de sa bien-aim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Elle l&rsquo;en faisait sortir pour \u00eatre avec lui, quand elle se croyait en s\u00fbret\u00e9, et l&rsquo;y faisait vite rentrer au moindre bruit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Or il advint qu&rsquo;un jour, Abd-el-Malek voulut faire cadeau \u00e0 sa femme d&rsquo;une perle merveilleuse, que lui apportait un marchand.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La perle achet\u00e9e, il dit \u00e0 un des serviteurs : \u00ab Prends-la et porte-la dans la tente d&rsquo;Om-el-Bonin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le serviteur ob\u00e9it, et, sans s&rsquo;\u00eatre fait annoncer, entra chez la femme d&rsquo;Abd-el-Malek au  moment o\u00f9 elle \u00e9tait avec Oueddah, de sorte qu&rsquo;il vit celui-ci s&rsquo;enfermer dans le coffre myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le serviteur remit le bijou et demanda quelque chose pour sa commission.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Furieuse d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 surprise, Om-el-Bonin refusa et le gronda s\u00e9v\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Muet et sombre, l&rsquo;esclave sortit et alla dire \u00e0 son ma\u00eetre tout ce qu&rsquo;il venait de voir, sans oublier de bien d\u00e9crire le coffre dans lequel Oueddah \u00e9tait enferm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Abd-el-Malek court chez sa femme et comme il y avait plusieurs coffres, il s&rsquo;assied sur celui o\u00f9 \u00e9tait enferm\u00e9 Oueddah, disant \u00e0 Om-el-Bonin :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Donne-moi donc un de ces coffres en \u00e9change de mon cadeau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Prends, r\u00e9pondit sa femme, comme moi-m\u00eame, ils sont tous \u00e0 toi.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Eh bien, je d\u00e9sire avoir celui sur lequel je suis assis.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Mais il y a dans celui-l\u00e0 des choses qui me sont d&rsquo;une extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Ce ne sont pas ces choses-l\u00e0 que je d\u00e9sire, mais le coffre seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Que soit faite ta volont\u00e9, prends-le.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t Abd-el-Malek fit appeler deux esclaves et leur ordonna de creuser une fosse jusqu&rsquo;\u00e0 la profondeur o\u00f9 il se trouverait de l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab S&rsquo;approchant ensuite de sa femme et du coffre :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab On m&rsquo;a dit de toi quelque chose, cria t-il, si cela est vrai, que toute ta race de toi soit s\u00e9par\u00e9e ! Que toute nouvelle de toi soit ensevelie ! Si l&rsquo;on m&rsquo;a menti, je ne fais rien de mal en enfouissant un coffre, je n&rsquo;enterre qu&rsquo;un morceau de bois. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et il fit pousser le coffre dans la fosse et la fit combler des pierres et des terres qu&rsquo;on en avait retir\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Point ne parla, ni ne tressaillit la bien-aim\u00e9e du jeune homme, mais depuis lors, elle ne quitta plus cet endroit et y pleura jour et nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Un matin, on la trouva morte, la face contre la terre o\u00f9 dormait le seul homme qu&rsquo;elle eut aim\u00e9 \u2026 \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Telle est cette perle cueillie par moi, au c\u0153ur des oasis figuigiennes, dans l&rsquo;ombre ti\u00e8de d&rsquo;un ksar.<\/p>\n\n\n\n<p>Stendhal lui-m\u00eame la consid\u00e9rait comme une des plus belles pages de ce <em>Divan d&rsquo;amour<\/em> qu&rsquo;il admirait passionn\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>UN PO\u00c8TE DU DJERID<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les jolis vers et les proses imag\u00e9es et savoureuses, v\u00e9ritables \u00ab gacidas \u00bb et \u00ab mohal-t\u00e2bous \u00bb des po\u00e8tes arabes contemporains que j&rsquo;ai rapport\u00e9s de mes longs s\u00e9jours dans le Sud Tunisien, je ne peux donner ici, vu le manque de place, que quelques menus \u00e9chantillons.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pourrai \u00e9galement citer que quelques noms de po\u00e8tes. Ceux de mes lecteurs qui s&rsquo;int\u00e9resseront \u00e0 ce sujet pourront lire avec fruit, d\u00e8s sa prochaine publication, la longue \u00e9tude que je lui consacre au cours de mon livre <em>Sommeil dans l&rsquo;Oasis<\/em>, o\u00f9 est d\u00e9crite la vie intellectuelle des lettr\u00e9s musulmans dans notre Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici d&rsquo;abord le po\u00e8te Si Abderhaman qui peu avant la guerre m&rsquo;offrait l&rsquo;hospitalit\u00e9 la plus g\u00e9n\u00e9reuse, dans sa jolie maison de \u00ab tob \u00bb sous les palmiers de Nefta-la-Sainte. Il repr\u00e9sente le type accompli du berb\u00e8re \u2026 De taille moyenne, il est tr\u00e8s blanc de peau, poss\u00e8de des mains potel\u00e9es et menues que lui envierait une Parisienne. Ses prunelles, d&rsquo;un gris tr\u00e8s clair sont remplies d&rsquo;une intelligente douceur qui s&rsquo;\u00e9pand sur tout son visage large, aux traits l\u00e9g\u00e8rement emp\u00e2t\u00e9s par la cinquantaine. Il parle tr\u00e8s lentement et dans toute sa puret\u00e9, l&rsquo;arabe des livres, et il consacre ses loisirs \u00e0 chanter son Djerid natal et ses oasis merveilleuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici celle de ses chansons o\u00f9 il s&rsquo;est plu \u00e0 magnifier la gloire de ses palmeraies plantureuses :<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><em>La Chanson du Ksourien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Qu&rsquo;il vienne du Nord o\u00f9 brille pr\u00e8s de la mer bleue<br>La sainte Tunis aux mosqu\u00e9es blanches, <br>Tunis, reine des savants et des po\u00e8tes,<br>Qu&rsquo;il vienne du Sud \u00e0 travers la \u00ab hamada \u00bb<br>Dont les pierres br\u00fblent les pieds nus du chamelier,<br>Qu&rsquo;il arrive du Magh&rsquo;rib lointain,<br>Ou de Tripoli aux fortes murailles,<br>Le voyageur que la main de Dieu conduit<br>Aux oasis du Blad-el-Djerid<br>Se prosterne avant d&rsquo;en franchir le seuil,<br>Et ferme ses yeux \u00e9blouis par leur beaut\u00e9<br>Comme l&rsquo;oiseau qui a dormi dans le buisson<br>Ferme les siens devant les feux de l&rsquo;Aurore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Avant m\u00eame d&rsquo;avoir senti sur son front<br>Que le soleil, pendant des jours, a meurtri<br>La fra\u00eeche caresse des palmes,<br>Avant m\u00eame d&rsquo;avoir tremp\u00e9 sa l\u00e8vre aride<br>Dans l&rsquo;eau limpide de la source<br>Et apais\u00e9 la br\u00fblure de sa gorge,<br>Avant m\u00eame d&rsquo;avoir mouill\u00e9 ses pieds<br>Qui saignent et ses maigres jarrets<br>Couverts par la poussi\u00e8re de la route,<br>A la seule vue de l&rsquo;oasis proche,<br>Il se sent rena\u00eetre \u00e0 la vie : et sa joie,<br>La joie de son c\u0153ur et de sa chair,<br>D\u00e9borde en une pri\u00e8re qui monte vers Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Plus rapide que la fl\u00e8che<br>Il remercie le ma\u00eetre des mondes<br>D&rsquo;avoir fait surgir ce Paradis<br>Dans la triste immensit\u00e9 des sables ;<br>Si c&rsquo;est un nomade dont la vie d\u00e9j\u00e0 longue<br>S&rsquo;est pass\u00e9e \u00e0 courir le D\u00e9sert<br>Il avoue, dans l&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 de son c\u0153ur,<br>Que ni, dans le bled de Tripoli,<br>Ni dans les vastes solitudes du Baghreb,<br>Ni, quand il errait au pays des N\u00e8gres<br>Ses yeux n&rsquo;ont admire des palmiers plus beaux,<br>Et qui balancent plus haut dans le ciel,<br>Leur tete orgueilleuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mais que dira-t-il tout \u00e0 l&rsquo;heure<br>Quand, p\u00e9n\u00e9trant sous leur vo\u00fbte d&rsquo;ombre,<br>Il verra pendus aux palmes<br>Comme des sequins d&rsquo;or,<br>Les lourds et blonds r\u00e9gimes de dattes ?<br>Que dira-t-il, le vieux nomade,<br>Tourment\u00e9 par l&rsquo;inapaisable soif,<br>Quand, il verra, sur le grenadier,<br>La grenade ouverte lui sourire,<br>Et l&rsquo;oranger offrir \u00e0 sa main br\u00fblante<br>Son fruit d&rsquo;or, plus frais aux l\u00e8vres<br>Que l&rsquo;eau des sources<br>Et plus doux que le miel d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Que dira-t-il, quand devant ses yeux,<br>Qui, pendant des jours et des jours,<br>N&rsquo;ont contempl\u00e9 que le sable aride,<br>Il verra parmi les bl\u00e9s et les orges<br>Parmi les oignons et les f\u00e8ves<br>Courir, en chantant doucement<br>Le flot limpide des \u00ab S\u00e9guias \u00bb<br>Et de l&rsquo;Oued jamais tari ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Que dira-t-il, le vagabond de Dieu,<br>Dont la poussi\u00e8re du d\u00e9sert couvre le corps,<br>Quand, dans l&rsquo;eau ti\u00e8de de Bas-El-tin,<br>Il plongera ses membres bris\u00e9s de fatigue ?<br>Il dira et r\u00e9p\u00e8tera sans lassitude<br>Que les oasis du Blad-el-Djerid<br>Sont les perles du Sahara !<br>Qu&rsquo;il n&rsquo;en est pas de plus belles<br>Et, ayant encore une fois remerci\u00e9 le R\u00e9tributeur,<br>Il d\u00e9chirera sa tente, vendra ses chameaux<br>Et souhaitera de mourir dans une maison de pierre<br>Car, telle est la volont\u00e9 de Dieu<br>Que le nomade venu dans nos oasis<br>Ne songe d\u00e9sormais qu&rsquo;\u00e0 ne plus l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>L\u00c9GENDE RYTHM\u00c9E<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et voici maintenant une l\u00e9gende rythm\u00e9e o\u00f9 sont magnifi\u00e9es plus ardemment encore les oasis djeridiennes et les belles sources ti\u00e8des qui les arrosent et les fertilisent, l\u00e9gende qu&rsquo;il me donna comme datant de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 vivait Ebn-Abi-Hadglat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><em>A la gloire des oasis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab En ce temps lointain, parmi les houris<br>Qui habitent les jardins c\u00e9lestes<br>Cr\u00e9\u00e9s par Dieu depuis le commencement des mondes<br>Pour r\u00e9compenser apr\u00e8s leur mort<br>Les croyants fid\u00e8les<br>Il y en eut un certain nombre,<br>Et non des moins belles,<br>Qui s&rsquo;ennuyant de vivre toujours dans le ciel<br>Suppli\u00e8rent le ma\u00eetre des mondes<br>De les envoyer un certain temps sur la terre.<br>Dieu consent\u00eet \u00e0 leur d\u00e9sir,<br>Et chercha parmi les jardins terrestres,<br>Des jardins dont la magnificence<br>Rappellerait un peu celle des jardins c\u00e9lestes ;<br>Mais nulle part il n&rsquo;en trouva<br>Qui fussent selon son d\u00e9sir<br>Et o\u00f9 pourraient se complaire<br>Les cr\u00e9atures sorties de ses mains divines<br>Et qu&rsquo;il aimait, malgr\u00e9 leurs caprices ;<br>Alors une premi\u00e8re fois il souffla sur le D\u00e9sert<br>Et Nefta, la plus belle des oasis du Djerid<br>Sortit du sable, semblable \u00e0 une grosse \u00e9meraude<br>Tomb\u00e9e de son sceptre.<br>Une deuxi\u00e8me fois, il souffla sur le sable aride<br>Et ce fut Tazeur.<br>Puis il souffla cinq fois de suite<br>Et tour \u00e0 tour surgirent aux bords du Shott<br>Deggacha, Zaou\u00efet-el-Arad, Oulad Ndjala, Kriz et Seddada,<br>Les cinq oasis qui sont les cinq perles <br>Du beau collier de l&rsquo;Oudiane.<br>Enfin, une derni\u00e8re fois il souffla<br>Et El Hamma sortit \u00e0 son tour du sable<br>Non moins belle et fertile que les autres ;<br>Et, comme un vol d&rsquo;abeilles au printemps,<br>Les houris divines s&rsquo;en vinrent<br>Mont\u00e9es sur des nuages frang\u00e9s d&rsquo;or,<br>Et elles b\u00e9nirent le Tout-puissant<br>D&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9, pour elles, ces jardins,<br>Pareils en beaut\u00e9 aux jardins c\u00e9lestes<br>Et elles s&rsquo;y trouverent aussi heureuses.<br>Mais quand vint le temps<br>O\u00f9 les dattes muries par les feux du ciel<br>S&rsquo;offrent \u00e0 la main d\u00e9licate du rhamn\u00e8s,<br>Pareilles aux gros sequins d&rsquo;or<br>Qui pendent au cou des danseuses,<br>Les filles de Dieu, firent en les mangeant<br>Une grimace et les jet\u00e8rent,<br>Tant elles \u00e9taient dissemblables de go\u00fbt<br>Et moins sucr\u00e9es, moins parfum\u00e9es<br>Que celles dont jusqu&rsquo;alors<br>Elles s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9gal\u00e9es aux jardins c\u00e9lestes ;<br>Et pareilles \u00e0 un murmure d&rsquo;abeilles<br>Qui seraient m\u00e9contentes de leur miel<br>Leurs plaintes mont\u00e8rent vers le Cr\u00e9ateur<br>Et Dieu sourit.<br>Puis, ayant souri, il ne voulut pas<br>Pousser plus loin sa douce vengeance<br>Envers les ch\u00e8res capricieuses :<br>Et il ne lui fallut pas plus d&rsquo;une nuit<br>Pour faire surgir, dans ses oasis,<br>A la place des dattiers \u00ab ftimi \u00bb et \u00ab amari \u00bb<br>Dont se contentent les villageois et les nomades<br>La superbe \u00ab Deglat-Ennour \u00bb,<br>Qui donne la datte de la lumi\u00e8re<br>Et qui jusqu&rsquo;alors n&rsquo;avait pouss\u00e9<br>Que dans les jardins c\u00e9lestes :<br>Et les houris remerci\u00e8rent le Cr\u00e9ateur<br>De sa bont\u00e9 paternelle.<br>Mais un autre jour, elles lui dirent :<br>&#8211; \u00ab Seigneur, quand nous \u00e9tions dans le Ciel,<br>Chaque matin nous plongions nos corps frileux<br>Dans l&rsquo;eau ti\u00e8de de tes sources,<br>Et nous prolongions nos \u00e9bats<br>Pendant des heures.<br>Ici, c&rsquo;est \u00e0 peine si nous osons<br>Tremper nos pieds dans l&rsquo;Oued<br>Tant son eau est fra\u00eeche et nous pique.<br>Nous te prions de les ti\u00e9dir de ton haleine<br>Et de les faire en tout semblables<br>Aux eaux des sources c\u00e9lestes. \u00bb<br>Et Dieu fit selon leurs d\u00e9sirs.<br>Il souffla sur toutes les sources du Djerid<br>Qui d\u00e9sormais furent ti\u00e8des<br>Comme la dune sous la caresse du soleil<br>Et d\u00e9sormais les filles de Dieu<br>A ce point furent heureuses<br>Qu&rsquo;elles en oubli\u00e8rent le Ciel \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>\u00ab Connais-tu dans la litt\u00e9rature de ton pays, une l\u00e9gende d&rsquo;une na\u00efvet\u00e9 plus charmante et plus po\u00e9tique ? me demanda, quand il l&rsquo;eut finie Si Abderhamna, le lettr\u00e9 de Nefta-la-Sainte ? Et comme il persistait \u00e0 lui donner une origine tr\u00e8s ancienne :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab J&rsquo;avoue, m&#8217;empressai-je de lui r\u00e9pondre, que parmi nos contes de f\u00e9e les meilleurs, elle brillerait d&rsquo;un \u00e9clat tr\u00e8s doux, comme une perle. Mais, ajoutai-je timidement : \u00ab Es-tu bien s\u00fbr qu&rsquo;elle soit d&rsquo;origine aussi lointaine que tu veux bien le pr\u00e9tendre ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et pourquoi cette question ? fit mon ami avec une h\u00e9sitation fort visible.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Mon Dieu, c&rsquo;est que les palmiers ftimi et amari, de m\u00eame que les belles \u00ab deglat-en-nour \u00bb, dont il y est si joliment parl\u00e9, et qui font la fortune du Djerid, sont des vari\u00e9t\u00e9s de palmiers qui, si j&rsquo;en crois les maitres de l&rsquo;agriculture tunisienne, ne remontent pas \u00e0 une date bien lointaine et alors \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;eus pas le courage d&rsquo;achever, tant le l\u00e9ger embarras du po\u00e8te devint une confusion profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Une jeune fille surprise en train de cueillir un bouquet pour son amoureux ne rougit pas plus que ne fit Si Abderhaman quasiment convaincu par moi d&rsquo;attribuer \u00e0 une vieille anthologie, la fleur merveilleuse de son propre r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Et alors ? balbutia-t-il, les yeux baiss\u00e9s, reprenant ma phrase inachev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Alors, mon ami, laissez-moi f\u00e9liciter sinc\u00e8rement l&rsquo;aimable auteur de cette \u0153uvrette. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et je lui serrai la main \u00e0 la fa\u00e7on si fraternelle des Arabes. Il rougit &lsquo;un peu plus, ce qui pour moi fut l&rsquo;aveu complet de sa fraternit\u00e9 po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, comme aux yeux de l&rsquo;Arabe bien n\u00e9, la plus innocente supercherie, garde toujours, un certain c\u00f4t\u00e9 peu avantageux ou ridicule, je voulus dissiper sa g\u00eane toujours visible et lui contai l&rsquo;aventure des beaux po\u00e8mes ossianesques.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab Crois-tu, lui dis-je, que cet incomparable chef-d&rsquo;\u0153uvre o\u00f9 palpite l&rsquo;\u00e2me des pays brumeux et des races abolies qui les peupl\u00e8rent, voici des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, ont perdu une parcelle de leur beaut\u00e9, le jour o\u00f9 ses innombrables admirateurs, apprirent que son auteur n&rsquo;\u00e9tait ni un vieux druide, ni un celte, mais un enfant de ce si\u00e8cle ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et crois-tu aussi, que de cette heure, celui-ci ait cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un grand po\u00e8te, dont le r\u00eave charma les loisirs de Napol\u00e9on et enthousiasma les lettr\u00e9s autant que la foule ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et Mac Cherson n&rsquo;\u00e9tait-il pas vraiment Fingall ? N&rsquo;avait-il pas l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un barde puisque son g\u00e9nie lui donnait la claire vision des si\u00e8cles \u00e9teints, des hommes et des pays que chant\u00e8rent, en cueillant le gui sacr\u00e9, les pr\u00eatres-po\u00e8tes ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut avec une attention passionn\u00e9e qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9couta, et, quand je me tus, un sourire erra sur ses l\u00e8vres. Alors, \u00e0 son tour, il prit ma main, la serra et porta la sienne \u00e0 son c\u0153ur et \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oui, fit-il, cette l\u00e9gende est de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, compl\u00e8tement rassur\u00e9, enhardi m\u00eame, il me lut, sans en dissimuler la paternit\u00e9 d&rsquo;autres pi\u00e9cettes charmantes et qui m\u00e9riteraient des places de choix dans une anthologie des po\u00e8tes arabes de notre temps, si quelque arabisant, bien document\u00e9, avait. l&rsquo;heureuse id\u00e9e de la faire.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie paisible du Ksourien, les beaut\u00e9s de Nefta-la-Sainte, les charmes de son oasis, son incomparable flore, la fertilit\u00e9 de ses jardins, les travaux monotones du \u00ab rhamn\u00e8s \u00bb qui les cultive, tels sont les canevas sur lesquels se pla\u00eet \u00e0 broder la d\u00e9licate fantaisie de son imagination po\u00e9tique, ainsi que font d&rsquo;ailleurs la plupart des po\u00e8tes arabes contemporains de notre Afrique du Nord dont je parlerai dans ma prochaine chronique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><strong>P. VIGN\u00c9-D&rsquo;OCTON.<\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"164\" data-attachment-id=\"27574\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/11\/23\/vigne\/la-revue-anarchiste-20-janvier-1923\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?fit=1072%2C303&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1072,303\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"La revue anarchiste 20 janvier 1923\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?fit=300%2C85&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?fit=580%2C164&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?resize=580%2C164&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27574\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?resize=1024%2C289&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?resize=300%2C85&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?resize=768%2C217&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/La-revue-anarchiste-20-janvier-1923.jpg?w=1072&amp;ssl=1 1072w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>POESIE ARABE CONTEMPORAINE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><em>(suite et fin)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons vu, dans une pr\u00e9c\u00e9dente chronique, que les trois principaux sujets que se complaisaient \u00e0 traiter les po\u00e8tes arabes de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9islamique \u00e9taient : la femme, le slouyhi (levrier) et le coursier.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, il m&rsquo;a paru, au cours de mes \u00e9tudes et de ma vie errante \u00e0 travers les oasis et le d\u00e9sert de notre Afrique du Nord, que les meilleures inspirations de ses po\u00e8tes leur venaient, en chantant la datte, ce fruit savoureux dor\u00e9 par l&rsquo;ardent soleil, l&rsquo;arbre svelte qui la porte, et les rudes travaux du rhannier qui le f\u00e9conde et l&rsquo;arrose pendant les chauds cr\u00e9puscules avec l&rsquo;eau de la <em>seguia<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la cueillette, au cours des belles matin\u00e9es automnales, elles montent, ces chansons, de toutes les oasis vers le ciel d&rsquo;un bleu tr\u00e8s doux. Et le po\u00e8te qui les fit en profita pour dire sa vie qui est celle des oasiens :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 Petit, petit enfant, s\u00e8me un \u00ab meddah \u00bb sonfi que je me plaisais \u00e0 \u00e9couter pendant mes s\u00e9jours dans l&rsquo;Oued R&rsquo;hir ; je restai au pied des dattiers avec les femmes et les filles, prenant les r\u00e9gimes, o\u00f9 les dattes m\u00fbres pendaient, comme de grosses perles de miel, et les d\u00e9posant dans les \u00ab couffins \u00bb avec plus de soin que n&rsquo;en met l&rsquo;orf\u00e8vre juif quand il d\u00e9pose ses bijoux dans leur \u00e9crin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Puis, quand je fus plus grand et assez fort, je grimpais jusqu&rsquo;au milieu du dattier pour les recevoir des mains de celui qui \u00e9tait au dessus de moi, et les passer \u00e0 celui qui \u00e9tait en dessous. Et puis, enfin, quand j&rsquo;eus seize ans, je montais tout en haut, tout en haut, je d\u00e9tachai moi-m\u00eame le r\u00e9gime suspendu au creux des palmes comme le lustre tombant de la voute dans la zaou\u00efa de Temacine \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et si les dattiers et les \u00ab couffins \u00bb \u00e9taient pleins de dattes, l&rsquo;oasis tout enti\u00e8re \u00e9tait pleine de rires et de chansons \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout \u00e0 coup exalt\u00e9 par cette \u00e9vocation de la cueillette o\u00f9 passaient les plus beaux jours de sa vie d&rsquo;enfant, le po\u00e8te, frappant des mains, en cadence chantait :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Au matin du monde, dans la jeune lumi\u00e8re<br>Qui \u00e9clairait sa cr\u00e9ation<br>Dieu ayant fa\u00e7onn\u00e9 le chameau<br>Fit surgir dans l&rsquo;oasis, le palmier<br>Comme un artiste son chef-d&rsquo;\u0153uvre ;<br>Avec amour il le fa\u00e7onna,<br>Pour le plaisir de ses prunelles<br>Et pour le bonheur de l&rsquo;Arabe<br>Errant d\u00e9j\u00e0 dans le d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Au plus profond du sol br\u00fblant<br>Il plongea ses pieds d\u00e9licats<br>Afin qu&rsquo;il p\u00fbt boire \u00e0 suffisance<br>Dans les Oueds myst\u00e9rieux et souterrains<br>Qui sont le sang de la terre ;<br>Le sang g\u00e9n\u00e9reux qui donne la vie<br>Aux arbres les plus altiers,<br>Et sans lequel le monde entier<br>Serait semblable au d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Puis il fit son corps svelte et gracile<br>Comme la taille des houris,<br>Mais robuste, dur et puissant<br>Comme les reins du cavalier ;<br>Tandis que le fr\u00eale roseau<br>Avec l&rsquo;humilit\u00e9 d&rsquo;une esclave,<br>S&rsquo;incline \u00e0 la brise la plus l\u00e9g\u00e8re<br>Le palmier offre son corps inflexible<br>A tous les vents du d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et Dieu s&rsquo;\u00e9tant \u00e0 nouveau recueilli<br>Fit, pour sa t\u00eate orgueilleuse,<br>La plus belle chevelure<br>Qu&rsquo;il soit possible de r\u00eaver.<br>Y a-t-il, sur la terre et au d\u00e9sert,<br>Rien de plus beau, de plus noble<br>Que les grandes palmes vertes<br>Quand la brise matinale<br>Les remue doucement comme un \u00e9ventail ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Est-il aussi rien de plus terrible<br>Que les grandes palmes vertes,<br>Quand le \u00ab simoun \u00bb les agite,<br>Et quand, dans sa col\u00e8re impuissante<br>Il voudrait les ensevelir<br>Sous la poussi\u00e8re du d\u00e9sert ?<br>Est-il musique plus douce,<br>Que celle des palmes vertes<br>Remu\u00e9es \u00e0 peine par le vent !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Est-il aussi chanson plus terrible<br>Que celle des palmes vertes<br>Echevel\u00e9es par le siroco !<br>Y a-t-il dans le Tell et au d\u00e9sert<br>Rien de plus beau et plus noble<br>Que le palmier solitaire<br>Qui se dresse sous le ciel bleu<br>Pr\u00e8s de la blanche Koubba<br>O\u00f9 dort le Marabout b\u00e9ni de Dieu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Connais-tu rien de plus beau<br>Que les palmiers r\u00e9unis en couples,<br>Ainsi que font les amoureux,<br>Ou trois par trois<br>Quatre par quatre<br>En bouquets gracieux<br>Et regardant leurs grandes palmes<br>Dans les eaux claires de la Source<br>Qu&rsquo;ils abritent des feux du Ciel ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Connais-tu rien de plus triste<br>Que le palmier dompt\u00e9<br>Par l&rsquo;\u00e2ge et qui se meurt<br>Pr\u00e8s de la source tarie<br>Dans l&rsquo;oasis ensabl\u00e9e ?<br>Ses belles palmes si vertes<br>Retombent fl\u00e9tries vers la terre<br>Plus jaunes que les dents<br>D&rsquo;un vieux cheval moribond.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Quoi qu&rsquo;enseignent ou qu&rsquo;\u00e9crivent les contempteurs syst\u00e9matiques de la race arabe dans notre Afrique du Nord, je tiens ce po\u00e8me pour tr\u00e8s beau et digne d&rsquo;une anthologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais ce qu&rsquo;en penseraient, s&rsquo;ils avaient le temps de le lire, nos jeunes po\u00e8tes parnassiers, dada\u00efstes, symbolistes ou d\u00e9cadents, qui passent leur temps \u00e0 se manger le nez aux sons de la lyre, quand ils ne le perdent pas \u00e0 se distribuer des prix comme au coll\u00e8ge, ou \u00e0 \u00e9lire des princes dans leurs c\u00e9nacles, telles les grenouilles r\u00e9clamant des rois dans leurs marais. Pour moi, je n&rsquo;en pense que ceci : c&rsquo;est que je voudrais bien l&rsquo;avoir \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un genre moins lyrique, plus didactique, si j&rsquo;ose ainsi m&rsquo;exprimer, voici un autre po\u00e8me remarquable, en l&rsquo;honneur de ce m\u00eame palmier, et que j&rsquo;ai recueilli \u00e9galement dans le Djerid tunisien, pays merveilleux qui emprunte son nom \u00e0 l&rsquo;arbre m\u00eame dont ses po\u00e8tes ne se fatiguent pas de chanter la richesse et la beaut\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">O palmier qui balance aux vents du D\u00e9sert<br>Tes \u00ab djerid \u00bb (palmes) quand du minaret<br>Le \u00ab mueddin \u00bb clame la pri\u00e8re du matin.<br>Et aussi quand vient le soir,<br>Et que le soleil, avant de mourir,<br>Habille de rose la dune et le ksar,<br>Tu es la plus belle parure. de l&rsquo;oasis<br>Mais tu es aussi, \u00f4 palmier, le pain<br>De celui qui ne quitte jamais sa maison<br>Comme du perp\u00e9tuel vagabond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">De tous, tes fruits lentement m\u00fbris<br>Par le soleil, sont le pain de chaque jour,<br>Qui leur met la joie au c\u0153ur<br>Et les fait vivre de longs jours.<br>Les riches les mangent avec du lait.<br>La bedouine les p\u00e9trit de ses mains brunes,<br>Et en fait le pain du d\u00e9sert<br>Que la caravane emporte dans ses \u00ab tellis \u00bb<br>Et qui soutiendra les chameliers<br>Et les p\u00e2tres marchant vers les p\u00e2turages lointains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Avec tes feuilles, \u00f4 palmier b\u00e9ni de Dieu<br>Seront faits les \u00ab couffins \u00bb si utiles aux menay\u00e8res<br>Les grands chapeaux dont on se pare aux fantasias,<br>Des \u00e9ventails pour chasser les mouches,<br>Et aussi la natte, aux mailles finement tress\u00e9es<br>Et sur laquelle nous dormons d&rsquo;un sommeil profond<br>La natte, couche tr\u00e8s fra\u00eeche aux jours br\u00fblants<br>Si propice au long repos des midis d&rsquo;\u00e9t\u00e9<br>Et sur laquelle, aussi, devant la porte du caf\u00e9 maure<br>On passe \u00e0 humer le \u00ab Kaoua \u00bb, des heures si d\u00e9licieuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Avec tes palmes, \u00f4 palmier b\u00e9ni de Dieu,<br>Nous dressons autour de nos oasis les barri\u00e8res et les \u00ab tabias \u00bb<br>Qui les d\u00e9fendent contre les vents du d\u00e9sert ;<br>Et quand lentement les ann\u00e9es et les ann\u00e9es<br>Ont fatigu\u00e9 ta f\u00e9condit\u00e9 sans pareille<br>Il nous suffit de te blesser \u00e0 la t\u00eate,<br>Pour voir, chaque jour, de ta plaie maintenue b\u00e9ante,<br>Couler \u00e0 flots, dans les gargoulettes d&rsquo;argile<br>Ta s\u00e8ve rafra\u00eechissante, le pr\u00e9cieux \u00ab lagmi \u00bb<br>O\u00f9 revit le parfum subtil des dattes m\u00fbres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Utile et bon, \u00f4 palmier b\u00e9ni de Dieu,<br>Jusqu&rsquo;aux jours, encore nombreux, de ton extr\u00eame vieillesse,<br>Tu nous sers m\u00eame, apr\u00e8s que la Mort<br>A couch\u00e9 sur le sol ton tronc superbe et robuste<br>Qui si fi\u00e8rement se dressait sur le ciel bleu,<br>D\u00e9coup\u00e9, il sert de charpente \u00e0 nos maisons,<br>Entier, nous le jetons au travers de nos s\u00e8guas<br>Pour barrer leurs eaux et les partager en bons fr\u00e8res<br>Selon les sonneries de l&rsquo;<em>amin-el-ma<\/em>, le vieillard sage<br>Sur la justice duquel tous les Ksouriens se reposent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Avec tes palmes mortes, \u00f4 palmier b\u00e9ni de Dieu<br>Nos enfants, joyeux et rieurs, jouent \u00e0 la balle<br>Et nos femmes avec les fibres de ton \u00e9corce<br>Font les vastes <em>chouari <\/em>(sacs appr\u00e9ci\u00e9s des chameliers)<br>Et pourtant, \u00f4 palmier b\u00e9ni de Dieu<br>Malgr\u00e9 les bont\u00e9s dont tu combles les oasiens<br>Et aussi ceux qui vont, errant sous les tentes,<br>Nul ne songerait \u00e0 chanter ta gloire,<br>Si Dieu ne faisait, parmi eux, surgir le po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pourrais citer encore d&rsquo;autres \u0153uvres par moi recueillies dans le Sud depuis Nefta et Tozeur jusqu&rsquo;au Figuig et \u00e0 Marrakech, et dont la grande beaut\u00e9 po\u00e9tique est le d\u00e9menti le plus formel qu&rsquo;on puisse jeter \u00e0 la face des africanistes arabophobes, qui d\u00e9nient toute qualit\u00e9 morale, toute valeur intellectuelle aux vaincus.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la place m&rsquo;\u00e9tant ici mesur\u00e9e, je pr\u00e9f\u00e8re \u00e9voquer maintenant d&rsquo;apr\u00e8s ses <em>Notes de route<\/em>, les belles et \u00e9mouvantes m\u00e9lop\u00e9es qu&rsquo;Isabelle Eberhardt rapporta, elle aussi, de ses Vagabondages au D\u00e9sert, en ce d\u00e9sert dont elle a senti et magnifi\u00e9, dans son \u0153uvre les tristesses et les splendeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a si bien d\u00e9crit cette heure magique du cr\u00e9puscule, heure des chants, des longues m\u00e9lop\u00e9es na\u00efves et poignantes, sur les choses de la guerre et de l&rsquo;amour, sur l&rsquo;exil et la mort, \u00e0 la mani\u00e8re des antiques rhapsodies.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecoutez celle-ci qu&rsquo;elle entendit chanter un soir, devant un grand feu clair, tandis que les \u00e9toiles risquaient leur premier sourire dans la limpidit\u00e9 du ciel saharien :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Les chefs nous annoncent une exp\u00e9dition lointaine,<br>Mon c\u0153ur est mon avertisseur ;<br>Il m&rsquo;annonce une mort prochaine,<br>Qui me verra mourir ? qui priera pour moi ?<br>Qui fera, pour ma m\u00e9moire, l&rsquo;aum\u00f4ne sur ma tombe<br>Ah ! qui sait ce que me r\u00e9serve la destin\u00e9e de Dieu ?<br>Ma gazelle blanche m&rsquo;oubliera,<br>Un autre montera ma douce cavale.<br>O c\u0153ur, tais-toi ! Ne pleure pas mon c\u0153ur<br>Car les larmes ne servent \u00e0 rien.<br>Nul n&rsquo;obtiendra ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9crit<br>Et ce qui est \u00e9crit nul ne l&rsquo;\u00e9vitera.<br>Calme-toi, mon \u00e2me ! jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Dieu ait piti\u00e9,<br>Et si tu ne parviens pas \u00e0 te calmer, il y a la mort \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela \u00e9tait accompagn\u00e9 par la petite fl\u00fbte b\u00e9douine, la <em>djouak<\/em>, dont les accents plaintifs remplissent l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;une indicible m\u00e9lancolie.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors du cercle des cavaliers bleus une autre voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve plus fruste et plus rauque qui pleure une lamentation sur le sort du soldat musulman :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dieu m&rsquo;a abandonn\u00e9 ; car je suis un p\u00eacheur ;<br>J&rsquo;ai quitt\u00e9 ma tribu et ma tente,<br>J&rsquo;ai rev\u00eatu le burnous bleu,<br>J&rsquo;ai pris pour \u00e9pouse le fusil ;<br>Demain ce sera l&rsquo;heure qui sonnera ;<br>L&rsquo;ange de la mort approchera.<br>Sera-ce un Guilil haillonneux,<br>Ou un Filali sans piti\u00e9<br>Dont la balle m&rsquo;an\u00e9antira ?<br>Ceci est parmi les secrets de Dieu ;<br>Et qui priera sur moi la pri\u00e8re des morts ?<br>Qui pleurera sur ma tombe ?<br>Je mourrai et nul n&rsquo;aura piti\u00e9 de moi \u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici qu&rsquo;une autre voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve non moins m\u00e9lancolique et poignante, vers le ciel tranquille, que les \u00e9toiles indiff\u00e9rentes remplissent de leur sourire \u00e9ternel :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u00ab Hier, tout le jour j&rsquo;ai pleur\u00e9 :<br>J&rsquo;ai regrett\u00e9 ma tente,<br>J&rsquo;ai regrett\u00e9 ma gazelle<br>Aujourd&rsquo;hui le soleil s&rsquo;est lev\u00e9 et j&rsquo;ai souri.<br>Il y en a qui sont all\u00e9s au Tafilalet, \u00e0 B\u00e9char<br>Aux \u00ab gours \u00bb de Timimoun et d&rsquo;El Moungar<br>Dieu les a prot\u00e9g\u00e9s.<br>D&rsquo;autres n&rsquo;ont jamais quitt\u00e9 leurs tentes<br>Et ceux-l\u00e0 sont morts \u2026<br>La vie est entre les mains de Dieu :<br>Et il n&rsquo;y a qu&rsquo;une mort :<br>Ne pense \u00e0 rien, ne c\u00e8le aucune pens\u00e9e dans ton c\u0153ur.<br>Notre pays est le pays de la poudre.<br>Nos tombeaux sont marqu\u00e9s dans le sable<br>Et la tombe est ouverte, \u00f4 fils de Mimoun. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Et voici encore d&rsquo;autres merveilles po\u00e9tiques, volontairement ignor\u00e9es de nos p\u00e9dants et de nos cuistres mangeurs d&rsquo;arabe et qui pourtant furent recueillies en 1853, par le g\u00e9n\u00e9ral Daumas (<em>rara avis<\/em>) dans son beau livre sur <em>Le grand d\u00e9sert<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Il les tenait, pour la plupart d&rsquo;un Chaambi de Mellili, Si-El-Hadj-Mohamed.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Je voudrais pouvoir les reproduire toutes ici car toutes sont rest\u00e9es absolument inconnues bien que, je le r\u00e9p\u00e8te, dignes d&rsquo;une anthologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Celle-ci suffira, je crois, pour donner une id\u00e9e de cette po\u00e9sie saharienne et de son inspiration :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">O le ma\u00eetre des ailes bleues,<br>Je t&rsquo;en prie, beau pigeon,<br>Vole dans l&rsquo;air et va voir les Chamba ;<br>Informe-toi de Metlily,<br>Porte nos salutations ;<br>Visite tous nos amis,<br>Donne-leur de nos nouvelles, <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Aux vieillards comme aux jeunes gens.<br>Dis-leur : N&rsquo;oubliez pas vos fr\u00e8res,<br>Ces compagnons de bonne compagnie,<br>Dont les chants en vers bien tourn\u00e9s<br>Vous tenaient les yeux ouverts.<br>Oiseau de race aux ailes bleues,<br>Reviens avec une r\u00e9ponse.<br>Beau pigeon, dans le Sahara,<br>Souffle le vent de l&rsquo;amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Y sont-elles encore ces jeunes filles<br>Qui laissent flotter leurs ceintures ?<br>Qui se gardent le secret entre elles,<br>Le secret dont un jeune homme a sa part.<br>Et qui sauraient mourir<br>Pour leur <em>fr\u00e8re du d\u00e9mon<\/em> ?<br>Elles pass\u00e8rent pr\u00e8s de moi,<br>Et Dieu m&rsquo;en a s\u00e9par\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Leurs tailles ont l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance<br>Des minarets sur une ville.<br>Le plus distrait, en venant de loin,<br>Les regarde avec des yeux humides ;<br>Quand elles marchent, ce sont des roseaux<br>Balanc\u00e9s par le vent sur une prairie,<br>Et ce sont des palmiers<br>Quand elles s&rsquo;arr\u00eatent !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Voit-on encore Meriem aux bras polis<br>Comme la hampe d&rsquo;un drapeau de La Mecque ?<br>Ses cheveux sont des \u00e9cheveaux de soie,<br>Noirs comme les plumes de l&rsquo;autruche m\u00e2le ;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ses sourcils sont deux noun<br>Qui brillent sur du papier blanc ;<br>Ses yeux sont la bouche d&rsquo;un fusil,<br>Ils assassinent comme la poudre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ses l\u00e8vres sont vermeilles comme le henn\u00e9,<br>Ses dents sont d&rsquo;ivoire poli ;<br>Son cou est un \u00e9tendard<br>Qui se dresse au jour du combat ;<br>Les seins de sa poitrine<br>Ont le grain de l&rsquo;argent mat,<br>Tout son corps est une neige,<br>Une neige qui tombe en sa saison<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Meriem, c&rsquo;est une jument blanche<br>Qui brille au milieu du goum<br>Avec une selle en fil d&rsquo;or,<br>Orn\u00e9e de paillettes d&rsquo;argent.<br>Mon c\u0153ur m&rsquo;a d\u00e9laiss\u00e9,<br>Mon \u00e2me est en voyage.<br>Depuis que j&rsquo;ai quitt\u00e9 Meriem :<br>Oh ! mon beau ramier, la vois-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Y a-t-il encore dans le Sahara de ces razzias<br>Qui passent comme des troupeaux d&rsquo;autruches ?<br>Y a-t-il encore de ces \u00e9claireurs<br>Qui montent sur les mamelons pour voir ?<br>Y a-t-il encore de la poudre<br>Et des tribus qui marchent p\u00eale-m\u00eale ?<br>Des p\u00e9lerins qui partent pour la Mecque,<br>Et des caravanes pour le Soudan ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Voit-on encore ces troupeaux de chameaux<br>Partir le matin et rentrer le soir ?<br>Et ces juments de noble race<br>Que suivent leurs poulains ?<br>Les chasseurs de gazelles<br>Qui font porter au lieu de chasse<br>Leurs beaux slouguis sur des chameaux,<br>Courrent-ils encore en cercle dans la plaine ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Y a-t-il encore dans le Sahara<br>Des tolbas qui lisent dans les mosqu\u00e9es ;<br>Des marabouts qui prot\u00e8gent les orphelins<br>Et rassasient les pauvres ?<br>Y a-t-il encore dans le Sahara<br>Des tentes surmont\u00e9es de plumes d&rsquo;autruche,<br>O\u00f9 les nobles de la tribu<br>Accueillent les h\u00f4tes fatigu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Y a-t-il encore dans le Sahara<br>Des troupeaux \u00e0 la laine blanche,<br>Et voit-on les femmes<br>Tisser les ha\u00efks fins et les burnous ?<br>Y a-t-il encore des chanteurs<br>Aux r\u00e9cits d&rsquo;enthousiasme,<br>Avec des tambourins qui parlent<br>Et que suivent les soupirs des fl\u00fbtes ?<br>Beau ramier aux ailes bleues,<br>Tout cela le voit-on encore ?<br>&#8211; Oui, tout cela y est encore,<br>Il n&rsquo;y manque que vos figures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le g\u00e9n\u00e9ral Daumas qui eut la bonne inspiration de recueillir, avec d&rsquo;autres, cette perle de la po\u00e9sie saharienne contemporaine fut un homme de grande valeur qui, malgr\u00e9 ses \u00e9toiles n&rsquo;eut jamais la haine du peuple dompt\u00e9 mais non soumis, au milieu duquel il passa sa vie. Rara avis, dans son esp\u00e8ce, ai-je dit :<em> rarissima<\/em>, r\u00e9p\u00e8terai-je volontiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Son livre, <em>Le grand D\u00e9sert<\/em>, bien que d\u00e9j\u00e0 vieux, compte toujours parmi les meilleurs qu&rsquo;ait inspir\u00e9 la beaut\u00e9 m\u00e9lancolique du Sahara. Il me pla\u00eet de lui rendre cette justice en passant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Que la reconnaissance des lettres aille aussi \u00e0 M. Sonneck, ce savant orientaliste, ami du vaincu qui a recueilli et traduit, en 1904, dans un livre aujourd&rsquo;hui introuvable <em>Les chants arabes du Mogh&rsquo;reb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La plus rigoureuse conspiration du silence a \u00e9t\u00e9 faite autour de ce livre comme autour de tous ceux o\u00f9 l&rsquo;on essaya de rendre \u00e0 la race arabe tous ses biens intellectuels dont elle fut d\u00e9pouill\u00e9e comme de son patrimoine terrien.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien je regrette de ne pouvoir cueillir \u00e0 pleines mains dans cette gerbe merveilleuse les plus belles fleurs pour les offrir \u00e0 mes lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tiens toutefois \u00e0 mettre sous leurs yeux un pur joyau, pris au c\u0153ur de cet \u00e9crin, et cisel\u00e9 par l&rsquo;\u00e9mir Abd-El-Kader, le grand vaincu qui d\u00e9fendit jusqu&rsquo;au bout l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Islam nord-africain :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ne critique pas les tentes d&rsquo;\u00eatre l\u00e9g\u00e8res,<br>Et ne vante pas les maisons d&rsquo;\u00eatre de pierre et de boue.<br>Si tu savais, tu comprendrais notre enthousiasme,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mais tu ignores la vie du nomade<br>Et l&rsquo;ignorance est la source du mal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Je voudrais que tu te fusses \u00e9veill\u00e9 un matin<br>Sur nos tapis de sable,<br>O\u00f9 les graviers sont comme des perles ;<br>Je voudrais que tu te sois promen\u00e9<br>Dans le Sahara du printemps.<br>Alors, tu aurais respir\u00e9 la brise qui fortifie l&rsquo;\u00e2me,<br>Car elle est pure du souffle des villes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Nos filles et nos femmes y sont cach\u00e9es,<br>Et les \u00e9troites d\u00e9chirures des liti\u00e8res<br>Souvent sont rapi\u00e9c\u00e9es par leurs grands yeux noirs,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Au jour du d\u00e9part,<br>Les \u00ab bassours \u00bb de nos chameaux charg\u00e9s,<br>Apparaissent comme des an\u00e9mones sous la pluie,<br>Ils chantent pour la route,<br>Les anciens ont dit une parole<br>Que nos p\u00e8res ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9e.<br>Les chameliers b\u00e9douins marchent derri\u00e8re leurs montures.<br>Et leur chant \u00e0 l&rsquo;infini nous semble plus d\u00e9lectable<br>Que celui de la fl\u00fbte de roseau, du tambour et des cordes de la danse.<br>Cependant, rapides sur des chevaux nobles,<br>A la croupe orn\u00e9e d&rsquo;\u00e9toffes flottantes,<br>Nous for\u00e7ons \u00e0 la course l&rsquo;antilope, la gazelle et l&rsquo;autruche,<br>Dont la course ne le c\u00e8de pas au vol des oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quand nous revenons le soir, vers nos tentes,<br>Nous les voyons dress\u00e9es sur un sol vierge.<br>Odorant comme le musc,<br>Et leurs feux allum\u00e9s dans la vaste plaine,<br>Nous font penser au ciel nocturne, tout brillant d&rsquo;\u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Les anciens ont dit une parole<br>Que nos p\u00e8res ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9e.<br>Nous proclamerons, apr\u00e8s eux, sa v\u00e9rit\u00e9 :<br>Il y a deux grandes beaut\u00e9s sur la terre,<br>Celles des tentes du nomade et celle des vers du po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Nous sommes des rois inconnus,<br>Car la puissance est de fuir l&rsquo;injustice.<br>D\u00e8s que nous pouvons partir, nous sommes libres,<br>Et bien au-dessus des proc\u00e8s de voisinage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mais si tu parles de la noblesse et de la sant\u00e9<br>Qui assurent la possession compl\u00e8te de la vie.<br>Sache que la maladie n&rsquo;habite pas le Sahara,<br>Vois : nos vieillards sont les a\u00een\u00e9s des hommes.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Et maintenant pour clore, comme il convient cette \u00e9tude sur le g\u00e9nie litt\u00e9raire d&rsquo;une race vaincue, voici, apr\u00e8s le chant de libert\u00e9 que l&rsquo;on vient d&rsquo;ou\u00efr, le chant supr\u00eame du d\u00e9sespoir et de la douleur, tel que je l&rsquo;entendis s&rsquo;exhaler un jour en plein Sahara, d&rsquo;une tente mis\u00e9rable, basse et grise, tapie comme une toile d&rsquo;araign\u00e9e derri\u00e8re une haie mena\u00e7ante de figuiers de Barbarie. Dans le fond, quand j&rsquo;y entrai, je vis un fant\u00f4me dont la nudit\u00e9 osseuse se montrait sous des haillons et dont le regard phosphorescent avait cette expression d&rsquo;angoisse qu&rsquo;ont les b\u00eates mourant de faim : c&rsquo;\u00e9tait une femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Accroupie sur une natte crasseuse, le seul meuble de la tente avec une cruche de gr\u00e8s et une \u00e9cuelle de bois, elle plongeait un bout de son sein cadav\u00e9reux et rid\u00e9 dans la bouche d&rsquo;un enfant pareil aux f\u0153tus livides qui nagent dans les bocaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce faisant, elle chantait :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Ton p\u00e8re pousse les b\u0153ufs de son ma\u00eetre,<br>Il tient le soc de la charrue ;<br>La terre qu&rsquo;il remue est noire, noire,<br>Mais le c\u0153ur du ma\u00eetre est plus noir encor<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Dans cette terre noire, noire,<br>Ton p\u00e8re jette l&rsquo;orge et le bl\u00e9<br>Et la tourterelle blanche, blanche,<br>Picore le grain \u00e0 peine tomb\u00e9.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Sans que ton p\u00e8re le chasse<br>L&rsquo;oiseau de Dieu mange sa part,<br>La fourmi va prendre la sienne<br>Ton p\u00e8re seul n&rsquo;aura rien.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Il n&rsquo;aura d&rsquo;autre part que celle<br>Qu&rsquo;il volera pendant la nuit ;<br>Bien petites seront les galettes<br>Que je pourrai faire pour nous.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors! Dors ! mon petit,<br>Quand tu seras grand, toi aussi<br>Tu seras le \u00ab rhamn\u00e8s \u00bb d&rsquo;un ma\u00eetre<br>Aussi injuste et aussi cruel ;<br>Car telle est la volont\u00e9 du Dispensateur.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Tu seras le \u00ab rhamn\u00e8s \u00bb d&rsquo;un ma\u00eetre<br>Dont le c\u0153ur sera noir, noir,<br>Comme la terre que tu remueras ;<br>Et toi aussi pour manger, tu le voleras.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Dors ! Dors ! mon petit,<br>Tu apporteras \u00e0 ta vieille m\u00e8re<br>Le grain que chaque jour tu voleras ;<br>Et nous chercherons dans la ville<br>Un bon ami pour nous le garder.<br>Dors ! Dors ! mon petit,<br>Car lorsqu&rsquo;on dort on n&rsquo;a pas faim !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Oui, il me pla\u00eet de terminer sur ce chant, sorte de m\u00e9lop\u00e9e triste et farouche, dont j&rsquo;ai encore, apr\u00e8s des ann\u00e9es nombreuses, l&rsquo;\u00e2me poign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9ditons-le, car il symbolise la grande mis\u00e8re du vaincu et la honte du vainqueur. Eh ! qu&rsquo;importe, apr\u00e8s cela, que des p\u00e9dants \u00e0 gages et des cuistres domestiqu\u00e9s pr\u00e9tendent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de po\u00e9sie arabe contemporaine dans notre Afrique du Nord !<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;importe que certains d&rsquo;entr&rsquo;eux aient os\u00e9 \u00e9crire des lignes comme celles-ci : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab De leurs <em>medress\u00e8s <\/em>comme de leurs Universit\u00e9s, il n&rsquo;est  encore sorti et il ne sortira jamais un po\u00e8te capable de d\u00e9crocher les lyres suspendues depuis des si\u00e8cles aux palmiers de l&rsquo;Arabie !<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Laissons les chiens aboyer et regardons la caravane passer, allant, toujours somptueuse et magnifique, vers les ors resplendissants du Mogh&rsquo;reb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><strong>P. VIGN\u00c9-D&rsquo;OCTON.<\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etude de Paul Vign\u00e9 d&rsquo;Octon parue en quatre parties dans La Revue anarchiste, n\u00b0 10, octobre 1922 ; n\u00b0 11, novembre 1922 ; n\u00b0 12, d\u00e9cembre 1922 ; n\u00b0 13, du 20 janvier au 20 f\u00e9vrier 1923 LA LITTERATURE ARABE I A l&rsquo;heure o\u00f9 plus que jamais s\u00e9vit, non seulement au Maroc, mais dans toute [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[2340],"tags":[3193,2171,138,572,5887,1211,720,5763,5886,3396],"class_list":["post-27564","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-revues","tag-3193","tag-2171","tag-anticolonialisme","tag-islam","tag-la-revue-anarchiste","tag-litterature","tag-maghreb","tag-orientalisme","tag-paul-vigne-docton","tag-poesie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s9lTYU-vigne","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[{"id":5937,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2019\/06\/15\/landauer\/","url_meta":{"origin":27564,"position":0},"title":"\u00c0 contretemps : Gustav Landauer, un anarchiste de l\u2019envers","author":"SiNedjib","date":"15\/06\/2019","format":false,"excerpt":"J\u2019ai le plaisir d\u2019annoncer la publication dans\u00a0La R\u00e9volution prol\u00e9tarienne (n\u00b0 805, juin 2019)\u00a0de ma\u00a0note de lecture\u00a0au sujet du livre d'\u00c0 contretemps,\u00a0Gustav Landauer, un anarchiste de l'envers, suivi de\u00a0Douze \u00e9crits \u00ab\u00a0anti-politiques\u00a0\u00bb\u00a0de Gustav Landauer (Paris, \u00e9ditions de l\u2019\u00e9clat, 2018). On trouvera dans ce m\u00eame num\u00e9ro le texte de mon intervention au meeting\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;publications&quot;","block_context":{"text":"publications","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/category\/publications\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/thumbnail_1552142189783blob.jpg?resize=350%2C200&ssl=1","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/thumbnail_1552142189783blob.jpg?resize=350%2C200&ssl=1 1x, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/thumbnail_1552142189783blob.jpg?resize=525%2C300&ssl=1 1.5x"},"classes":[]},{"id":18307,"url":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2023\/03\/16\/dictionnaire-de-la-guerre-dalgerie-parution-aujourdhui\/","url_meta":{"origin":27564,"position":1},"title":"Dictionnaire de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie : parution aujourd&rsquo;hui","author":"SiNedjib","date":"16\/03\/2023","format":false,"excerpt":"Je suis heureux d\u2019annoncer \u00e0 mes amis, camarades et lecteurs la parution, aujourd'hui, du Dictionnaire de la guerre d'Alg\u00e9rie (\u00e9ditions Bouquins), sous la direction des historiens Tramor Quemeneur, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Th\u00e9nault. 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