{"id":27865,"date":"2026-01-10T09:16:34","date_gmt":"2026-01-10T08:16:34","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=27865"},"modified":"2026-01-10T09:16:34","modified_gmt":"2026-01-10T08:16:34","slug":"mohammed-harbi-lexperience-de-1962-a-1965-sa-portee-ses-limites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/01\/10\/mohammed-harbi-lexperience-de-1962-a-1965-sa-portee-ses-limites\/","title":{"rendered":"Mohammed Harbi : L&rsquo;exp\u00e9rience  de 1962 \u00e0 1965. Sa port\u00e9e, ses limites"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Entretien de <a href=\"https:\/\/maitron.fr\/harbi-mohammed\/\">Mohammed Harbi<\/a> avec Kuider Sami Na\u00efr paru dans <em>Les Temps Modernes<\/em>, n\u00b0 432-433, juillet-ao\u00fbt 1982, p. 34-55<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"465\" height=\"788\" data-attachment-id=\"27866\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/01\/10\/mohammed-harbi-lexperience-de-1962-a-1965-sa-portee-ses-limites\/les-temps-modernes-1982\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?fit=465%2C788&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"465,788\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Les Temps modernes 1982\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?fit=177%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?fit=465%2C788&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?resize=465%2C788&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27866\" style=\"width:343px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?w=465&amp;ssl=1 465w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Les-Temps-modernes-1982.jpg?resize=177%2C300&amp;ssl=1 177w\" sizes=\"auto, (max-width: 465px) 100vw, 465px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>I &#8211; <em>Quelle analyse faisais-tu, en 1962, du FLN ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En mars 1962, les masses alg\u00e9riennes s&rsquo;identifiaient au FLN. C&rsquo;\u00e9tait le parti victorieux. Chacun avait \u00e0 c\u0153ur de faire l&rsquo;effort n\u00e9cessaire pour que l&rsquo;action de l&rsquo;OAS ne puisse pas emp\u00eacher le r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;autod\u00e9termination. Personnellement je consid\u00e9rais que le FLN n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur de la situation \u00e0 laquelle il \u00e9tait confront\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Tout au long de la guerre, les dirigeants s&rsquo;\u00e9taient pr\u00e9occup\u00e9s de consolider leur pouvoir plut\u00f4t que de formuler le projet de soci\u00e9t\u00e9 que les populations attendaient d&rsquo;eux, de forger des appareils avec l&rsquo;espoir de les transf\u00e9rer tels quels en Alg\u00e9rie, plut\u00f4t que d&rsquo;aider l&rsquo;ALN \u00e0 faire face \u00e0 la pression militaire fran\u00e7aise. Il en est r\u00e9sult\u00e9 des contradictions et des tensions qui n&rsquo;attendaient que le moment propice pour s&rsquo;exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>La direction faisait valoir qu&rsquo;il ne lui appartenait pas de d\u00e9cider de l&rsquo;avenir du pays et que seul un congr\u00e8s du FLN \u00e9tait habilit\u00e9 \u00e0 le faire. Dans les faits, les choses se passaient autrement. Les accords d&rsquo;Evian \u00e9taient un programme, celui de l&rsquo;association entre les couches privil\u00e9gi\u00e9es en Alg\u00e9rie et l&rsquo;imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un compromis tactique qui permettait \u00e0 la r\u00e9volution de se poursuivre mais un jalon dans l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. Avec Abdelmalek Benhabyl\u00e8s, Abdelaziz Zerdani et d&rsquo;autres cadres du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res dont j&rsquo;\u00e9tais le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, je m&rsquo;y suis oppos\u00e9. Les dangers qui pesaient sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;Alg\u00e9rie m&rsquo;apparaissaient d&rsquo;autant plus graves que le FLN n&rsquo;avait aucune unit\u00e9 organique. C&rsquo;\u00e9tait une constellation d&rsquo;appareils, quasiment autonomes, reli\u00e9s \u00e0 un centre le GPRA. La force du mouvement r\u00e9sidait dans l&rsquo;appareil militaire, sans base sociale consistante et stable, fragment\u00e9, incapable de se substituer dans un bref d\u00e9lai \u00e0 l&rsquo;Etat colonial. L&rsquo;arm\u00e9e des fronti\u00e8res et les wilayas en \u00e9taient les composantes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e des fronti\u00e8res \u00e9tait une arm\u00e9e classique, disciplin\u00e9e, bien arm\u00e9e et bien encadr\u00e9e. Son \u00e9tat-major s&rsquo;opposait ouvertement au GPRA et revendiquait la main-mise sur les wilayas. Alli\u00e9 \u00e0 Ben Bella il avan\u00e7ait, masqu\u00e9, vers le pouvoir. <\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;int\u00e9rieur, l&rsquo;arm\u00e9e \u00e9tait exsangue. R\u00e9gionalis\u00e9e, elle avait plusieurs centres de d\u00e9cision. L&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9tait \u00e9miett\u00e9e entre une infinit\u00e9 de petits chefs qui se consid\u00e9raient comme les repr\u00e9sentant des djounoud aupr\u00e8s de la wilaya et les repr\u00e9sentants de la wilaya aupr\u00e8s des djounoud. Politiquement, les wilayas appuyaient le GPRA contre l&rsquo;\u00e9tat-major mais chacun entendait sauvegarder d&rsquo;abord son aire de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement \u00e9tait divis\u00e9 en clans sans base sociale diff\u00e9rente. N&rsquo;avaient de pouvoir en son sein que les alli\u00e9s privil\u00e9gi\u00e9s des cliques militaires, Krim, Bentobbal, Boussouf, Boudiaf et Ben Bella. Le FLN avait mis en place un syst\u00e8me excluant tout autre formation du champ politique. Tous ses dirigeants d\u00e9fendaient le principe du parti unique. Tous voulaient reconstruire le pays pour les Alg\u00e9riens et \u00e0 leur place. L&rsquo;invocation de telle ou telle id\u00e9ologie correspondait d&rsquo;abord \u00e0 une technique de conqu\u00eate du pouvoir. Face aux cliques arm\u00e9es qui tenaient le haut du pav\u00e9, nous \u00e9tions impuissants. Nos id\u00e9es, nos suggestions \u00e9taient utilis\u00e9es, d\u00e9tourn\u00e9es au gr\u00e9 des chefs dont nous d\u00e9pendions. Les clans en pr\u00e9sence ne tol\u00e9raient aucune force ind\u00e9pendante dedans ou dehors et allaient, comme malgr\u00e9 eux, vers la guerre civile. Dans ces conditions, le probl\u00e8me d&rsquo;une clarification politique, d&rsquo;une relecture des \u00e9v\u00e9nements et de leur sens, y compris au prix de l&rsquo;isolement m&rsquo;apparaissait incontournable et ce, d&rsquo;autant qu&rsquo;au sommet du FLN, toutes les forces sociales avaient un r\u00e9pondant sauf les travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements a apport\u00e9 un correctif majeur \u00e0 mon analyse. L&rsquo;exode massif des Europ\u00e9ens a modifi\u00e9 totalement les donn\u00e9es du probl\u00e8me alg\u00e9rien. J&rsquo;\u00e9tais convaincu que dans leur majorit\u00e9, les Europ\u00e9ens ne resteraient pas en Alg\u00e9rie. Je l&rsquo;ai, du reste, \u00e9crit d\u00e8s d\u00e9cembre 1960. J&rsquo;imaginais toutefois que leur d\u00e9part s&rsquo;\u00e9chelonnerait sur plusieurs ann\u00e9es, laissant \u00e0 la bourgeoisie alg\u00e9rienne le temps d&rsquo;asseoir son pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>II &#8211; <em>Quelle forme et quel contenu rev\u00eatait la lutte des classes de 1962 \u00e0 1965 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas perdre de vue que les \u00e9l\u00e9ments qui la composent ne sont apparus ni en 1954 ni en 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement : ce qui a model\u00e9 les classes en Alg\u00e9rie, ce n&rsquo;est pas tant l&rsquo;appartenance \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale que la conscience de faire partie d&rsquo;un groupe ethnique.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement : le FLN n&rsquo;a pas offert aux masses, ne serait-ce qu&rsquo;aux paysans, une alternative sur le terrain pour aller plus loin que la r\u00e9sistance nationale. On peut invoquer, bien s\u00fbr, la pression militaire fran\u00e7aise mais en v\u00e9rit\u00e9 le FLN a \u00e9rig\u00e9 en principe la coexistence de classes antagoniques en son sein d&rsquo;une part et d&rsquo;autre part aucune d&rsquo;elles n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 en mesure d&rsquo;exercer sur lui une pression suffisante pour l&rsquo;incliner \u00e0 choisir. C&rsquo;est le signe que la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne \u00e9tait peu diff\u00e9renci\u00e9e socialement et le poids du colonialisme \u00e9crasant. Les classes ont particip\u00e9, \u00e0 des degr\u00e9s divers certes, \u00e0 la guerre de lib\u00e9ration mais comme des cat\u00e9gories de la population dans son ensemble et non comme des entit\u00e9s dot\u00e9es d&rsquo;une conscience propre et d&rsquo;objectifs sp\u00e9cifiques. Si l&rsquo;on ne tient pas compte de ces donn\u00e9es de base, on ne peut rien comprendre \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 entre 1962 et 1965. Au cours de cette p\u00e9riode, les classes populaires ne se sont pas ru\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne, elles ont cherch\u00e9 \u00e0 exploiter \u00e0 leur profit le d\u00e9s\u00e9quilibre social cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;exode des Europ\u00e9ens. Rappelons le contexte. Entre mars et septembre 1962, l&rsquo;Etat colonial \u00e9tait disloqu\u00e9. Tout en demeurant un des \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;unification du pays il avait perdu toute emprise sur la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;\u00e9conomie \u00e9tait paralys\u00e9e par l&rsquo;exode des cadres, la fuite de capitaux, l&rsquo;arr\u00eat des entreprises. Le regroupement des populations rurales et le retour des r\u00e9fugi\u00e9s et des d\u00e9tenus accentuaient la d\u00e9stabilisation. L&rsquo;appareil dirigeant du FLN, peu structur\u00e9, d\u00e9chir\u00e9, polycentrique, \u00e9tait incapable de s&rsquo;\u00e9riger sans d\u00e9lai en couche r\u00e9gentant la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re autoritaire ; se d\u00e9roula alors la bataille sociale la plus importante de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. Cette bataille opposait les bourgeois et les bureaucrates aux travailleurs et \u00e0 la fraction populiste de la petite bourgeoisie urbaine. L&rsquo;enjeu en \u00e9tait l&rsquo;h\u00e9ritage des colons. La situation permettait le libre jeu des forces sociales et faisait appara\u00eetre clairement \u00e0 la surface les lignes fondamentales de la lutte des classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier round : de mars \u00e0 septembre 1962 les tendances bourgeoises investissent l&rsquo;Etat et essayent de cristalliser ses appareils \u00e0 leur profit. De ce lieu, elles facilitent le transfert des biens europ\u00e9ens aux bourgeois alg\u00e9riens et leur permettent, dans le cadre d&rsquo;une sp\u00e9culation effr\u00e9n\u00e9e, d&rsquo;\u00e9largir leur base \u00e9conomique. Un peu partout, des dignitaires de l&rsquo;arm\u00e9e int\u00e9rieure participent \u00e0 la cur\u00e9e. C&rsquo;est le r\u00e8gne du commandite. A Skikda, l&rsquo;ancien maire de la ville, Benquet-Crevaux, un des animateurs des massacres du 20 ao\u00fbt, s&rsquo;associe \u00e0 deux maquisards pour exploiter en commun le plus grand h\u00f4tel-restaurant de la cit\u00e9. Les agro-exportateurs raflent cin\u00e9mas, h\u00f4tels et immeubles. Alors que les diff\u00e9rentes fractions de la petite bourgeoisie [1] se battent pour le pouvoir d&rsquo;Etat, l&rsquo;offensive bourgeoise suscite peu d&rsquo;opposition sauf l\u00e0 o\u00f9 les classes populaires arrivent \u00e0 agir sur les cadres de l&rsquo;ALN dans l&rsquo;Orl\u00e9ansvillois et la r\u00e9gion de Blida-Boufarik par exemple. Se forment alors, ici et l\u00e0, avec l&rsquo;aide des syndicalistes de l&rsquo;UGTA des comit\u00e9s de gestion. Les fermes et les entreprises apparaissent aux ouvriers comme leur prolongement et leur patrimoine. Ils les exploiteront souvent en association avec des agro-exportateurs, des commer\u00e7ants des villes, des fonctionnaires qui avancent les capitaux pour les frais de culture et assurent la commercialisation des produits.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre, les dirigeants de la wilaya IV qui avaient gel\u00e9 jusqu&rsquo;alors les transactions c\u00e8dent aux pressions bourgeoises et reviennent sur leur d\u00e9cision. Mais les travailleurs urbains et ruraux s&rsquo;accrochent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment aux \u00eelots acquis &#8211; je dis bien des \u00eelots -, assurent le fonctionnement des entreprises sans tr\u00e9sorerie, sans salaires r\u00e9guliers et cherchent \u00e0 int\u00e9resser les diff\u00e9rentes factions du FLN et l&rsquo;Etat a leur situation. Ils ne trouvaient pas suffisamment de force en eux-m\u00eames pour offrir une alternative politique et manquaient d&rsquo;une vision globale.<\/p>\n\n\n\n<p>La gestion ouvri\u00e8re ne rel\u00e8ve d&rsquo;une interpr\u00e9tation socialiste du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 que chez les militants, quelques unit\u00e9s du reste. Les uns \u00e0 peine sortis des camps et des prisons, les autres venant de l&rsquo;\u00e9migration donc ext\u00e9rieurs, par situation, aux entreprises et tr\u00e8s peu au fait de leur r\u00e9alit\u00e9 sociologique. De mars \u00e0 septembre la bourgeoisie a acquis un avantage certain.<\/p>\n\n\n\n<p>Second round : en octobre la crise du FLN est en partie r\u00e9sorb\u00e9e. Le gouvernement Ben Bella cherche \u00e0 remettre l&rsquo;\u00e9conomie en marche. Mais les paysans n&rsquo;ont pas de moyens. Lors de la campagne des labours, l&rsquo;Etat fait appel \u00e0 la mobilisation de tous. Certains propri\u00e9taires priv\u00e9s se d\u00e9robent. Des paysans, dans le S\u00e9tifois et dans la r\u00e9gion de Batna, r\u00e9quisitionnent leur mat\u00e9riel ou br\u00fblent leurs moyens de travail mais leur mouvement reste circonscrit et ne se g\u00e9n\u00e9ralise pas. Il ne s&rsquo;est pas manifest\u00e9 de v\u00e9ritable mouvement paysan.<\/p>\n\n\n\n<p>La pouss\u00e9e va venir des villes et m\u00eame de certains appareils de l&rsquo;Etat investis par des militants ouvriers de la F\u00e9d\u00e9ration de France du FLN et des syndicalistes. Ce point occult\u00e9 ou sous-estim\u00e9 me semble important. En effet, quand, en octobre, la petite bourgeoisie est enfin arrach\u00e9e aux luttes de factions, elle s&rsquo;aper\u00e7oit que l&rsquo;h\u00e9ritage des colons dans les villes lui a \u00e9chapp\u00e9, que la haute administration et les emplois lucratifs sont pour une grande part entre les m\u00eames mains que sous la colonisation. L&rsquo;entr\u00e9e en sc\u00e8ne de la petite bourgeoisie en crise, \u00e0 la recherche d&rsquo;une place \u00ab honorable \u00bb dans la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 va donner \u00e0 tous les mouvements d&rsquo;opposition \u00e0 la bourgeoisie une audience que par eux-m\u00eames, ils ne sont pas parvenus \u00e0 avoir. Les aspirations populaires, refoul\u00e9es par les d\u00e9chirements de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1962 vont alors s&rsquo;exprimer \u00e0 travers tous les canaux, \u00e0 travers le FLN, les d\u00e9bris des appareils des wilayas, l&rsquo;ANP, les syndicats, les opposants \u00e0 Ben Bella. C&rsquo;est un v\u00e9ritable mouvement de toute la soci\u00e9t\u00e9. Trois th\u00e8mes sont particuli\u00e8rement mobilisateurs : l&rsquo;\u00e9puration de l&rsquo;Etat, l&rsquo;annulation des transactions, le travail. Commence une campagne de type justicialiste et \u00e9galitariste. On s&rsquo;attaque au crit\u00e8re de la comp\u00e9tence qui livre l&rsquo;Etat aux \u00ab bourgeois \u00bb et en barre l&rsquo;acc\u00e8s aux \u00ab fils du peuple \u00bb, on encourage les dol\u00e9ances des comit\u00e9s de gestion, on pousse \u00e0 l&rsquo;alg\u00e9rianisation des cadres des entreprises \u00e9trang\u00e8res, on r\u00e9clame du travail mais de pr\u00e9f\u00e9rence dans la fonction publique, on d\u00e9nonce les hauts salaires, etc. Le gouvernement fait droit \u00e0 certaines demandes, annule les transactions engag\u00e9es, interdit tout achat de biens vacants, institue les comit\u00e9s de gestion dans toutes les entreprises. Le Bureau national des Biens vacants et l&rsquo;Animation rurale prennent de l&rsquo;importance. Investis par des travailleurs venant en majorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9migration en France ils vont mener une grande bataille pour r\u00e9cup\u00e9rer les biens mal acquis et aider les travailleurs \u00e0 faire front. En mars, le pr\u00e9sident Ben Bella, prisonnier du Parti, de l&rsquo;arm\u00e9e, en butte aux attaques de ses adversaires de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1962 va plus loin et signe les d\u00e9crets de l&rsquo;autogestion, de port\u00e9e \u00e0 la fois nationale et sociale. Jusqu&rsquo;en mars, \u00e9tatistes et socialistes, partisans de la r\u00e9volution par en haut et de la r\u00e9volution par en bas agissent dans la m\u00eame direction. A partir de cette date leurs chemins divergent. Le reclassement social s&rsquo;op\u00e8re rapidement mais dans une confusion politique et id\u00e9ologique incroyable.<\/p>\n\n\n\n<p>a) La petite bourgeoisie se rue sur le secteur tertiaire et l&rsquo;arrache aux possesseurs de capital grands et petits, surtout petits et le g\u00e8re \u00e0 son profit \u00e0 l&rsquo;abri du masque de l&rsquo;Etat. La fraction de la petite bourgeoisie l\u00e9s\u00e9e par l&rsquo;annulation des transactions se retrouve alli\u00e9e \u00e0 la bourgeoisie.<\/p>\n\n\n\n<p>b) La bourgeoisie bat en retraite d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9lastique. Elle tente de garder la haute main sur la commercialisation et lance le mot d&rsquo;ordre de la vente sur pied des produits des fermes en autogestion. Dans le m\u00eame temps, ses \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s aux cadres des wilayas appellent \u00e0 la prise en mains des comit\u00e9s de gestion par les combattants d&rsquo;abord. Il s&rsquo;agit de jouer la r\u00e9sistance contre le mouvement social.<\/p>\n\n\n\n<p>c) La bureaucratie d&rsquo;Etat, les technocrates surtout qui jusqu&rsquo;alors d\u00e9fendaient les accords d&rsquo;Evian et la coop\u00e9ration avec la France changent leur fusil d&rsquo;\u00e9paule et admettent, contraints et forc\u00e9s par la peur de perdre leurs pr\u00e9rogatives la tutelle des ministres politiques (Ouzegane puis Mahsas \u00e0 l&rsquo;Agriculture, Laroussi puis Boumaza \u00e0 l&rsquo;Economie) dont ils cherchaient jusqu&rsquo;alors \u00e0 contrarier les efforts de nationalisation des \u00ab appareils \u00bb. L&rsquo;action des technocrates s&rsquo;infl\u00e9chit dans un sens \u00e9tatiste mais ce sont les nouveaux fonctionnaires issus du mouvement politique qui, pour le compte des minist\u00e8res \u00e9conomiques, vont essayer, en utilisant les appareils acquis \u00e0 l&rsquo;autogestion, de rompre les liens entre l&rsquo;administration et la bourgeoisie et de restituer \u00e0 l&rsquo;Etat et non aux travailleurs, le domaine vacant. Si l&rsquo;on fait abstraction du fait que les occupations spontan\u00e9es de fermes et d&rsquo;usines n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 nombreuses et que c&rsquo;est l&rsquo;Etat qui a arrach\u00e9, ici et l\u00e0, aux particuliers et m\u00eame \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e le domaine vacant pour y \u00e9tablir son autorit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire celle de son support social, on ne comprendrait pas pourquoi les travailleurs ont \u00e9t\u00e9 vaincus sans qu&rsquo;il y ait de v\u00e9ritable lutte frontale. <\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me round : au moment o\u00f9 commence la bataille pour l&rsquo;application des d\u00e9crets sur l&rsquo;autogestion, la situation socio-politique est d&rsquo;une grande complexit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>1) les appareils de l&rsquo;Etat ne sont pas encore cristallis\u00e9s ;<\/p>\n\n\n\n<p>2) la direction du FLN n&rsquo;a aucune homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et le parti n&rsquo;a aucune r\u00e9alit\u00e9 ;<\/p>\n\n\n\n<p>3) l&rsquo;opposition est d\u00e9sorient\u00e9e et ne sait comment reprendre souffle d&rsquo;autant que sa lutte contre Ben Bella refl\u00e8te les divisions au sein d&rsquo;une m\u00eame couche sociale ;<\/p>\n\n\n\n<p>4) le monde du travail, \u00e0 la ville comme \u00e0 la campagne est dans un \u00e9tat d&rsquo;atomisation sans pr\u00e9c\u00e9dent. Une partie des ouvriers qualifi\u00e9s et exp\u00e9riment\u00e9s est pass\u00e9e dans l&rsquo;administration d&rsquo;Etat. Une autre s&rsquo;est install\u00e9e \u00e0 son compte ; par ailleurs la mobilit\u00e9 g\u00e9ographique et sociale a profond\u00e9ment modifi\u00e9 la composition du prol\u00e9tariat, celui des campagnes surtout.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi dans la plaine de Skikda, les terres de vignobles et d&rsquo;agrumes ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es par des populations des montagnes de Collo, venues dans le sillage des maquisards. Ces populations n&rsquo;avaient aucune vraie tradition agricole. A Berrouaghia, dans le Sersou, des familles ou des groupements d&rsquo;originaires se sont install\u00e9s dans les fermes et ont reconstitu\u00e9 leurs structures patriarcales dans le cadre d&rsquo;entreprises capitalistes. A Ben Chicao, un gang arm\u00e9 appuy\u00e9 sur d&rsquo;anciens maquisards et alli\u00e9 aux notables de la r\u00e9gion avait accapar\u00e9 vingt et une fermes et les dirigeait \u00e0 son profit. L&rsquo;ANP avait \u00e0 sa disposition 70 000 ha. Son repr\u00e9sentant \u00e0 la commission interminist\u00e9rielle sur les d\u00e9crets de mars, le capitaine Aouchiche s&rsquo;est prononce pour une gestion \u00e9tatique, contre l&rsquo;autogestion. Il n&rsquo;a accept\u00e9 de donner l&rsquo;accord du minist\u00e8re de la D\u00e9fense qu&rsquo;en \u00e9change du maintien de l&rsquo;arm\u00e9e dans les fermes qu&rsquo;elle occupait.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;on rencontre donc, c&rsquo;est une juxtaposition de situations diff\u00e9rentes. Le prol\u00e9tariat rural n&rsquo;existe pas en tant qu&rsquo;entit\u00e9. Dans ces conditions, la cristallisation d&rsquo;une conscience collective s&rsquo;av\u00e8re d&rsquo;autant plus ardue que les syndicats, caporalis\u00e9s par le FLN, n&rsquo;\u00e9taient pas en mesure d&rsquo;intervenir. Les travailleurs alg\u00e9riens se trouvaient face aux autres forces sociales sans instruments ad\u00e9quats. Les seuls relais de leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9taient le Bureau national d&rsquo;Animation du secteur socialiste, le service de l&rsquo;Animation rurale, le cartel intersyndical et interf\u00e9d\u00e9ration UGTA avec Hassan Bourouiba, Lassel, Rebbah, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>En avril commence la campagne pour l&rsquo;autogestion. Ben Bella s&rsquo;adresse aux masses directement, par dessus la t\u00eate de son propre appareil. Sa tourn\u00e9e \u00e0 travers le pays, les d\u00e9cisions qu&rsquo;il prend sur le terrain en retirant \u00e0 des notabilit\u00e9s ou \u00e0 des bourgeois les biens que l&rsquo;administration rechignait \u00e0 leur enlever lui acquiert la confiance des masses. Encourag\u00e9s par son langage, les travailleurs bougent et revendiquent les pouvoirs qui leur sont reconnus. Les travailleurs du secteur priv\u00e9 s&rsquo;enhardissent, demandent l&rsquo;alg\u00e9rianisation des cadres, le contr\u00f4le ouvrier, veulent mettre les patrons \u00e9trangers dehors, font gr\u00e8ve pour y parvenir. Dans les appareils de l&rsquo;Etat, c&rsquo;est la panique. On pense \u00e0 Cuba. Les adversaires de l&rsquo;autogestion sont paralys\u00e9s et ne savent sur qui s&rsquo;appuyer pour r\u00e9sister. Malgr\u00e9 lui, Ben Bella devient un enjeu dans la lutte entre les masses et les appareils de l&rsquo;Etat. Le colonel Boumedienne pressent une modification de l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 son d\u00e9triment, talonne Ben Bella et ne cherche pas \u00e0 s&rsquo;en d\u00e9marquer. L&rsquo;opposition \u00e9tait neutralis\u00e9e et ne pouvait rien faire d&rsquo;autre qu&rsquo;invoquer contre Ben Bella les r\u00e9sistances de l&rsquo;administration \u00e0 l&rsquo;application des d\u00e9crets. Il y eut une p\u00e9riode o\u00f9 tout semblait possible. L&rsquo;assassinat de Khemisti provoque un coup d&rsquo;arr\u00eat. Nous avons alors propos\u00e9 \u00e0 Ben Bella de continuer sa tourn\u00e9e dans le pays, de s&rsquo;attaquer \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re alg\u00e9rienne pour stabiliser les rapports sociaux \u00e0 la campagne. Il a d\u00e9cid\u00e9 de rentrer \u00e0 Alger. C&rsquo;\u00e9tait une erreur. La mise au premier plan de la question sociale avait cr\u00e9\u00e9 un autre climat. Il fallait aller en avant tr\u00e8s vite avant que les forces hostiles \u00e0 toute \u00e9mergence des travailleurs sur la sc\u00e8ne politique n&rsquo;organisent une contre-offensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;esprit du l\u00e9gislateur, les d\u00e9crets de mars devaient \u00eatre le point de d\u00e9part d&rsquo;un processus de r\u00e9volution ininterrompue, trancher la question, jusqu&rsquo;alors en suspens, de la base sociale du pouvoir et aboutir \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement d\u00e9mocratique de toutes les institutions dans leur relation avec les masses. Le probl\u00e8me des libert\u00e9s et la question sociale \u00e9taient li\u00e9s. Mais pour que les virtualit\u00e9s socialistes des d\u00e9crets sur l&rsquo;autogestion prennent corps, il fallait faire la reforme agraire pour r\u00e9soudre la question des deux secteurs, le secteur moderne et le secteur traditionnel et r\u00e9aliser l&rsquo;alliance entre le prol\u00e9tariat rural et la paysannerie pauvre, r\u00e9organiser le commerce ext\u00e9rieur et prendre en main le secteur bancaire pour emp\u00eacher tout transfert de valeur vers le priv\u00e9, planifier l&rsquo;\u00e9conomie car il \u00e9tait hors de question que dans un pays o\u00f9 les ch\u00f4meurs et les fellahs mis\u00e9rables \u00e9taient l\u00e9gion, une cat\u00e9gorie de travailleurs monopolise les revenus existants. Dans la mesure o\u00f9 cette vision globale n&rsquo;a pas trouv\u00e9 un appui ferme aupr\u00e8s de Ben Bella et que le monde du travail n&rsquo;a pas trouv\u00e9 suffisamment de force en lui-m\u00eame pour s&rsquo;imposer \u00e0 ses adversaires \u00e0 cause de son faible niveau, de son atomisation et de son inexp\u00e9rience, la contre-offensive de tous les candidats \u00e0 l&rsquo;accaparement du revenu du travail en est facilit\u00e9e. Cette contre-offensive est men\u00e9e par une tendance directoriale et technocratique influenc\u00e9e par les sch\u00e9mas mentaux du capitalisme. Ses chefs de file, Boumaza et Mahsas, le premier partisan de la formation de soci\u00e9t\u00e9s nationales, le second de fermes d&rsquo;Etat, consid\u00e9raient les entreprises comme des unit\u00e9s techno-\u00e9conomiques qui fabriquent des produits et non comme des unit\u00e9s socio-politiques qui cr\u00e9ent des rapports entre les hommes. Ben Bella leur c\u00e8de tout le pouvoir \u00e9conomique et liquide \u00e0 leur profit les services de la Pr\u00e9sidence qui continuaient, contre vents et mar\u00e9es, \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;autogestion.<\/p>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie de substitution de la gestion \u00e9tatique au contr\u00f4le effectif des travailleurs sur la production est facilit\u00e9e par le marasme financier des entreprises. Dans l&rsquo;agriculture, l&rsquo;assaut le plus ravageur qu&rsquo;eut \u00e0 subir l&rsquo;autogestion fut celui que lui livr\u00e8rent les sp\u00e9culateurs et les grossistes. La commercialisation des produits agricoles fut un \u00e9chec. La collusion entre les organes gestionnaires de l&rsquo;Etat et la bourgeoisie commer\u00e7ante favorisa, malgr\u00e9 Mahsas lui-m\u00eame, un transfert massif de valeur vers le priv\u00e9. S&rsquo;accentuent d\u00e8s lors les critiques contre l&rsquo;autogestion accus\u00e9e de tous les maux. La bureaucratie fait feu de tout bois. <\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple : pour la Direction du Plan, le secteur agricole autog\u00e9r\u00e9 aurait d\u00fb d\u00e9gager en 1963 un revenu de 140 \u00e0 145 milliards d&rsquo;anciens francs. Ce chiffre calcul\u00e9 sur la base du revenu net d\u00e9gag\u00e9 par la colonisation europ\u00e9enne occultait plusieurs donn\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<p>a) Le financement de la campagne par les colons \u00e9tait de l&rsquo;ordre de 110 milliards. Or en 1963 l&rsquo;Etat alg\u00e9rien n&rsquo;a pu mobiliser que 17 milliards pour financer le secteur autog\u00e9r\u00e9 agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>b) Le parc mat\u00e9riel \u00e9tait d\u00e9ficient. Sur 6 986 tracteurs, 2 413 se trouvaient en panne en octobre 1963 dont 623 sur 1 134 dans le d\u00e9partement d&rsquo;Oran, 207 sur 417 dans celui de M\u00e9d\u00e9a et 121 sur 211 dans celui de Tlemcen.<\/p>\n\n\n\n<p>c) Le d\u00e9sinvestissement a \u00e9t\u00e9 important entre 1958 et 1962. Le mat\u00e9riel et les plants n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>d) La commercialisation en France ne se faisait plus dans les m\u00eames conditions, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Dernier round :<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre avec le Maroc et le soul\u00e8vement arm\u00e9 du Front des Forces socialistes et surtout la riposte de Ben Bella, nationalisation des derni\u00e8res terres de colons, masquent la gravit\u00e9 des probl\u00e8mes qu&rsquo;affronte le gouvernement Ben Bella. Les probl\u00e8mes pos\u00e9s refl\u00e9taient les donn\u00e9es de la lutte des classes et la solution ne pouvait leur \u00eatre apport\u00e9e qu&rsquo;au niveau de la strat\u00e9gie d&rsquo;ensemble alors que les r\u00e9ponses du pouvoir sont ponctuelles et empiriques.<\/p>\n\n\n\n<p>1) Sur le plan politique, la structuration du FLN sur une base de classe s&rsquo;av\u00e8re une illusion. La diff\u00e9renciation politique pi\u00e9tine. Le mouvement reste aux mains d&rsquo;une petite bourgeoisie de tradition populiste. Sa base spontan\u00e9ment sociale est indiff\u00e9rente aux probl\u00e8mes pos\u00e9s par le fonctionnement de l&rsquo;\u00e9conomie. Elle veut des emplois, des salaires, des pensions, la distribution des terres en priorit\u00e9 aux anciens combattants. Son attitude est exploit\u00e9e par les cadres de l&rsquo;arm\u00e9e qui veulent un syst\u00e8me autoritaire, les oul\u00e9mas qui d\u00e9noncent les atteintes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et la lutte des classes, et d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale tous les groupes qui veulent utiliser le m\u00e9contentement populaire contre le secteur autog\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>2) Pour les travailleurs, la d\u00e9tention des moyens de production par la classe ouvri\u00e8re est une fiction, un article de discours officiel. La propagande en faveur de l&rsquo;autogestion n&rsquo;a plus d&rsquo;\u00e9cho et joue un r\u00f4le d&rsquo;obscurcissement. La langue des m\u00e9dias devient une langue morte.<\/p>\n\n\n\n<p>3) L&rsquo;Etat monopolise des t\u00e2ches \u00e9conomiques qu&rsquo;il n&rsquo;arrive pas \u00e0 assumer et aggrave le marasme. Dans le m\u00eame temps, les faits sociaux prennent leur revanche. Le m\u00e9contentement des paysans pauvres et des paysans sans terre commence \u00e0 se manifester par une lutte, dans les fermes, des saisonniers contre les ouvriers permanents. Le ch\u00f4mage entra\u00eene des mouvements spontan\u00e9s de correction : gonflement des services, acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9migration en France, irruption par la force dans les comit\u00e9s de gestion dont 75 \u00e0 80 % des co\u00fbts de production seront d\u00e9sormais constitues de salaires. La profondeur de la crise sociale, les manifestations de l&rsquo;opposition ne permettaient plus un \u00e9quilibre entre les classes. Les temps o\u00f9 Ben Bella \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un enjeu semblaient d\u00e9pass\u00e9s. A partir de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1964, la bourgeoisie et les bureaucrates tournent de plus en plus leurs regards vers l&rsquo;arm\u00e9e et son chef qui se d\u00e9marque de Ben Bella.<\/p>\n\n\n\n<p>III &#8211; <em>Pourquoi et comment as-tu inscrit ton action au sein du FLN ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je vais essayer de r\u00e9pondre le plus bri\u00e8vement possible ; c&rsquo;est difficile. Au cours de la crise de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1962, j&rsquo;avais avec mes camarades des Affaires \u00e9trang\u00e8res, adopt\u00e9 une attitude de r\u00e9serve entre les clans en pr\u00e9sence. Nous avions essay\u00e9 de dialoguer avec Ben Bella. La premi\u00e8re fois au Caire, nous voulions d\u00e9battre avec lui des accords d&rsquo;Evian. Il s&rsquo;y est refus\u00e9 et a quitt\u00e9 la r\u00e9union \u00e0 notre grande surprise. Une seconde fois \u00e0 Tlemcen : je lui ai fait part du danger pour l&rsquo;avenir du pays des alliances tous azimuts, qu&rsquo;il contractait. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait en rien responsable de ce qu&rsquo;\u00e9tait devenu le FLN et qu&rsquo;il devait tenir compte des r\u00e9alit\u00e9s. Il ne m&rsquo;a pas convaincu. Je suis sorti de ma r\u00e9serve, avec tous mes camarades au moment de l&rsquo;affrontement entre les troupes de l&rsquo;ALN des fronti\u00e8res et de la wilaya IV \u00e0 Boghari. Le massacre des survivants &#8211; il y eut un millier de morts selon l&rsquo;APS &#8211; nous avait traumatis\u00e9s. Nous avons r\u00e9agi en d\u00e9non\u00e7ant le massacre. En signe de repr\u00e9sailles, le bureau politique m&rsquo;a \u00e9cart\u00e9 avec A. Benhabyl\u00e8s de la liste des d\u00e9put\u00e9s du Constantinois mais a \u00e9pargn\u00e9 Zerdani prot\u00e9g\u00e9 par le clan des Aur\u00e8s. Deux mois apr\u00e8s Ben Bella m&rsquo;a convoqu\u00e9 pour me proposer de partir \u00e0 Belgrade, \u00e0 Moscou ou \u00e0 P\u00e9kin comme ambassadeur. Je n&rsquo;ai pas choisi, je pr\u00e9f\u00e9rais rester en Alg\u00e9rie. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 quand m\u00eame \u00e0 Beyrouth et agr\u00e9\u00e9 mais je n&rsquo;ai pas rejoint mon poste. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 entre temps \u00e0 la pr\u00e9sidence. Politiquement, je me consid\u00e9rais, jusqu&rsquo;en mars, comme un opposant de l&rsquo;int\u00e9rieur. J&rsquo;ai protest\u00e9 par \u00e9crit contre le sabotage du congr\u00e8s de l&rsquo;UGTA et contre la dissolution du PCA. Je me sentais plus proche du PC que des oppositions issues du FLN dont la client\u00e8le n&rsquo;avait rien \u00e0 voir avec le socialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>1) L&rsquo;opposition \u00e0 Ben Bella \u00e9tait orthodoxe. Je m&rsquo;explique : elle \u00e9tait incapable d&rsquo;entreprendre une critique radicale de son itin\u00e9raire politique, pour cette raison simple qu&rsquo;une telle analyse d\u00e9truirait n\u00e9cessairement les mythes qui \u00e9taient sa raison d&rsquo;\u00eatre et qu&rsquo;elle voulait faire valoir \u00e0 son profit.<\/p>\n\n\n\n<p>2) Elle a fini, \u00e0 travers le PRS puis le FFS, par se constituer \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du FLN mais elle visait en fin de compte sa reconqu\u00eate ult\u00e9rieure. Certes l&rsquo;opposition traduisait des refus, des inqui\u00e9tudes, des r\u00e9voltes mais sa r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas dans le peuple mais dans les d\u00e9bris des appareils et des cliques vaincues au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1962. C&rsquo;\u00e9tait le monde des permanents, des notables, des has been. Les double et triple jeux \u00e9taient dans la nature de la composante humaine de cette opposition o\u00f9 chacun ne parlait de reprendre la lutte arm\u00e9e que pour faire monter les ench\u00e8res et n\u00e9gocier le pouvoir. A mon avis, ni Boudiaf ni A\u00eft Ahmed, coup\u00e9s du FLN depuis des ann\u00e9es, n&rsquo;ont su appr\u00e9cier les aspirations du milieu o\u00f9 ils \u00e9voluaient.<\/p>\n\n\n\n<p>3) Par ses pratiques et son style politique, cette opposition \u00e9tait une reproduction miniature du FLN. Elle ne voulait pas recommencer la r\u00e9volution mais investir a court terme l&rsquo;Etat. L&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un vrai programme \u00e9tait pour elle \u00e0 la fois inutile et impossible. Elle se contentait de slogans et d&rsquo;id\u00e9es forces. Personnellement, je ne croyais pas que les masses en 1962 visaient le renversement du pouvoir mais tentaient seulement de l&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 leur sort.<\/p>\n\n\n\n<p>La lutte arm\u00e9e m&rsquo;apparaissait comme une aventure. La situation \u00e9tait ouverte. C&rsquo;\u00e9tait une erreur de confondre m\u00e9contentement et aspiration. Il fallait donc tourner le dos au pass\u00e9 et aider les masses \u00e0 se guider en diffusant une conception nouvelle de la soci\u00e9t\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 Michel Raptis et Soliman Lotfallah je suivais ce qui se passait au Bureau national des Biens vacants. Tous les deux voyaient souvent Ben Bella et m&rsquo;entretenaient de ses dispositions politiques. Apr\u00e8s les d\u00e9crets d&rsquo;octobre sur les comit\u00e9s de gestion je me suis rendu \u00e0 Paris. J&rsquo;ai pris contact avec le colonel Boubnider et j&rsquo;ai demande a voir Mohammed Boudiaf pour discuter avec lui des possibilit\u00e9s qu&rsquo;offrait la situation. Mon but \u00e9tait de cr\u00e9er un consensus chez tous les opposants qui disaient s&rsquo;int\u00e9resser au mouvement ouvrier. J&rsquo;ai rencontre Boudiaf chez Mme Rey-Goldzeiguer. Ce fut bref. En fait d&rsquo;analyse politique, Boudiaf prof\u00e9ra quelques jurons contre Ben Bella. Je suis sorti de l\u00e0 abasourdi. Salah Boubnider m&rsquo;a dit pour me rass\u00e9r\u00e9ner : \u00ab Ne te formalise pas. Il est malade et il a de la fi\u00e8vre. \u00bb D&rsquo;octobre \u00e0 janvier j&rsquo;avais proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 de nombreux \u00e9changes de vue avec des adversaires de Ben Bella. De leur c\u00f4t\u00e9 Zerdani et Lotfallah Soliman prirent langue avec A\u00eft Ahmed. Celui-ci s&rsquo;\u00e9tait prononc\u00e9 pour l&rsquo;autogestion et avait d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 ce sujet un projet de loi-cadre \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e mais bien que l&rsquo;initiative f\u00fbt int\u00e9ressante, son projet ne r\u00e9pondait pas concr\u00e8tement aux probl\u00e8mes pratiques soulev\u00e9s par le patrimoine vacant. La question que chacun se posait \u00e9tait de savoir si l&rsquo;adh\u00e9sion de Ben Bella \u00e0 l&rsquo;autogestion \u00e9tait une conviction sinc\u00e8re ou une man\u0153uvre. Pour moi, l&rsquo;essentiel \u00e9tait que la man\u0153uvre, si man\u0153uvre il y avait, d\u00e9passe le cadre de la tactique \u00e0 court terme pour p\u00e9n\u00e9trer dans celui d&rsquo;une strat\u00e9gie \u00e0 long terme en modifiant le statut et la condition des travailleurs. De cela, la lutte, la lutte seule pouvait d\u00e9cider.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, ici et l\u00e0, je n&rsquo;ai pas particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction des d\u00e9crets de mars. Je suis intervenu aupr\u00e8s de Lotfallah Soliman, au moment de leur \u00e9laboration, pour que l&rsquo;article qui conf\u00e9rait tous les pouvoirs dans l&rsquo;entreprise au directeur soit modifi\u00e9, que le directeur soit plac\u00e9 sous l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un repr\u00e9sentant des travailleurs, pr\u00e9sident du comit\u00e9 de gestion. C&rsquo;\u00e9tait, \u00e0 mon avis, une mani\u00e8re de juguler les tendances pr\u00e9visibles \u00e0 une gestion \u00e9tatique, de s&rsquo;en remettre pour l&rsquo;avenir aux travailleurs et non au pouvoir d&rsquo;Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but avril 1963, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 conseiller politique \u00e0 la pr\u00e9sidence. La base de mon accord avec Ben Bella, c&rsquo;\u00e9tait le programme de l&rsquo;autogestion. Rien de plus, rien de moins. Je dois souligner que le FLN ne m&rsquo;apparaissait pas capable d&rsquo;y conduire. Je l&rsquo;ai dit \u00e0 Ben Bella. Le d\u00e9part de Khider ne m&rsquo;a pas fait changer d&rsquo;avis. Il fallait donc rassembler les militants capables d&rsquo;offrir une alternative \u00e0 l&rsquo;appareil en place, \u00e9viter les chemins de la conspiration, agir au grand jour en s&rsquo;appuyant sur la ligne strat\u00e9gique implicite dans les d\u00e9crets de mars. Je le r\u00e9p\u00e8te. D\u00e9but 1963, la situation \u00e9tait ouverte. La bourgeoisie \u00e9tait paralys\u00e9e. La majorit\u00e9 des cadres sup\u00e9rieurs de l&rsquo;Etat \u00e9tait sans pass\u00e9 dans la r\u00e9sistance. Les tendances \u00e0 l&#8217;embourgeoisement existaient mais elles \u00e9taient faibles. Une chose \u00e9tait d&rsquo;avoir conscience des limites du FLN. Autre chose \u00e9tait d&rsquo;en faire l&rsquo;agent de la bourgeoisie. L&rsquo;attachement des militants du FLN au peuple \u00e9tait r\u00e9el. Des reclassements dans le sens de la formation d&rsquo;un courant socialiste \u00e9taient possibles si nous parvenions, \u00e0 partir de l&rsquo;autogestion, \u00e0 cr\u00e9er un solide r\u00e9seau d&rsquo;associations de base. C&rsquo;est l&rsquo;ensemble de ces conditions qui a rendu possible l&rsquo;\u00e9mergence de ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 la gauche du FLN.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment s&rsquo;est form\u00e9e la gauche du FLN ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux choses qui se recoupent mais ne se confondent. Mon action \u00e0 la direction de \u00ab R\u00e9volution africaine \u00bb, lieu sans \u00e9quivalent pour l&rsquo;observation des courants dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans l&rsquo;Etat d&rsquo;une part et la formation d&rsquo;une tendance en faveur de l&rsquo;autogestion dans le FLN d&rsquo;autre part. Je me propose de relater, dans un proche avenir, cette exp\u00e9rience (nos erreurs, notre romantisme). Je vais en parler donc rapidement. La gauche du FLN &#8211; cette \u00e9tiquette n&rsquo;est pas de nous mais nous a \u00e9t\u00e9 accol\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur &#8211; n&rsquo;est pas n\u00e9e sur une base programmatique pr\u00e9\u00e9tablie. Ce fut le produit pragmatique des premi\u00e8res diff\u00e9renciations au sein du FLN. Jusqu&rsquo;au congr\u00e8s du FLN en avril 1964, elle ne constituait pas un groupe. Ce sont les d\u00e9bats autour de la Charte d&rsquo;Alger et de l&rsquo;autogestion qui lui ont peu \u00e0 peu fa\u00e7onn\u00e9 son image. A l&rsquo;origine, les \u00e9l\u00e9ments qui composaient la gauche se trouvaient pris dans le r\u00e9seau de plusieurs alliances qui s&rsquo;entrecroisaient. Par exemple Hocine Zahouane appartenait \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;Alger dont il tirait sa repr\u00e9sentativit\u00e9, Zerdani appartenait au \u00ab clan \u00bb militaire des Aur\u00e8s. Chacun d&rsquo;eux, au sein de ces entit\u00e9s se situait \u00e0 gauche et voulait se retrouver avec ceux qui pensaient comme lui \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale. C&rsquo;est ainsi que nous nous sommes regroup\u00e9s \u00e0 plusieurs autour de la commission d&rsquo;orientation. Il y avait Hocine Zahouane donc, Zerdani, Rabah Bouaziz, Ali Zamoum, Mohand-Sa\u00efd Mazouzi, Abdelmajid Bennaceur, Salah Louanchi et moi-m\u00eame. Dans ce regroupement cohabitaient deux courants : l&rsquo;un, populiste radical voulait r\u00e9nover le FLN en donnant de la force aux syndicats, aux femmes, aux jeunes, aux travailleurs ; l&rsquo;autre, marxiste, avait pour programme l&rsquo;autogestion avec toutes ses implications. Entre les deux, il y avait fusion dans l&rsquo;action et non dans le programme dans la mesure o\u00f9 le courant populiste faisait de la Charte d&rsquo;Alger son credo alors que le courant marxiste la consid\u00e9rait, sur bien des points, le parti, la conception des organisations de masse, comme un compromis circonstanciel. Quoi qu&rsquo;il en soit de ses contradictions, la \u00ab gauche \u00bb \u00e9tait dans le FLN le seul courant \u00e0 poser les probl\u00e8mes au niveau de la strat\u00e9gie d&rsquo;ensemble. C&rsquo;est de l\u00e0 qu&rsquo;elle tirait sa force face aux autres tendances. Nous avions compris plus vite que le PC et les opposants \u00e0 Ben Bella que le courant \u00e9tatiste ne cherchait pas, parce qu&rsquo;il n&rsquo;en avait pas les moyens, \u00e0 \u00e9craser  dans des batailles frontales le mouvement de masse. Toute sa politique \u00e9tait de corrompre des groupes de travailleurs, de jeunes, etc., de les gagner \u00e0 ses projets, de leur donner du pouvoir pour emp\u00eacher la cristallisation de tout appareil de d\u00e9fense, la formation de relais dans la soci\u00e9t\u00e9. La gauche est parvenue \u00e0 emp\u00eacher la caporalisation des organisations. Sans elle l&rsquo;UNEA et la JFLN auraient \u00e9t\u00e9, d\u00e8s 1964, bris\u00e9es par la commission d&rsquo;organisation du FLN qui voulait en exclure les communistes. Sans elle, il n&rsquo;y aurait pas eu, en mars, un congres de l&rsquo;UGTA ouvert, encore moins l&rsquo;organisation sans pr\u00e9c\u00e9dent de la manifestation des femmes du 8 mars 1965 qui fut suivie de centaines de divorces. Toutes ces batailles ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, sans l&rsquo;appui de Ben Bella, mais avec sa neutralit\u00e9. Nous les avons gagn\u00e9es parce que dans les secteurs o\u00f9 nous luttions, les droitiers de l&rsquo;appareil se sont heurt\u00e9s \u00e0 des travailleurs exp\u00e9riment\u00e9s et \u00e0 la petite bourgeoisie d\u00e9mocratique. Nous avons par contre \u00e9chou\u00e9 \u00e0 donner des structures de type politique au secteur autog\u00e9r\u00e9 parce que la direction du FLN s&rsquo;y opposait et que les travailleurs n&rsquo;ont pas trouv\u00e9 en eux-m\u00eames la force de s&rsquo;imposer malgr\u00e9 les appuis qu&rsquo;ils ont trouves a l&rsquo;ext\u00e9rieur des entreprises. En mars 1965, il m&rsquo;apparaissait clairement qu&rsquo;il y avait d\u00e9gradation du rapport de force social au d\u00e9triment des travailleurs avec maintien d&rsquo;un rapport de force inchang\u00e9 sur le plan politique. Malgr\u00e9 la victoire contre les droitiers au congr\u00e8s de l&rsquo;UGTA, les sympt\u00f4mes de recul, l&rsquo;arrogance de l&rsquo;entourage de Boumedienne annon\u00e7aient l&rsquo;orage. Il fallait se pr\u00e9parer \u00e0 une fracture. J&rsquo;ai alors propos\u00e9 l&rsquo;\u00e9largissement de la fraction \u00e0 des syndicalistes et \u00e0 d&rsquo;autres militants, la cr\u00e9ation d&rsquo;un centre ind\u00e9pendant avec maintien du travail dans le cadre du FLN, l&rsquo;organisation dans les f\u00e9d\u00e9rations et l&rsquo;alliance avec le PCA. Il y eut deux r\u00e9actions \u00e0 mes propositions. La premi\u00e8re r\u00e9action acceptait la cr\u00e9ation d&rsquo;un centre ind\u00e9pendant et l&rsquo;\u00e9largissement de la tendance mais pr\u00f4nait un renversement d&rsquo;alliances et une rupture avec Ben Bella \u00ab qui avait \u00e9puis\u00e9 ses possibilit\u00e9s progressistes en favorisant le courant droitier \u00bb. La seconde r\u00e9action rejetait toutes mes propositions sauf une que je n&rsquo;ai pas \u00e9voqu\u00e9e et qui consistait \u00e0 mettre l&rsquo;accent sur la r\u00e9cup\u00e9ration des richesses p\u00e9troli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme j&rsquo;\u00e9tais hostile \u00e0 un renversement d&rsquo;alliances qui aurait fait pratiquement de nous les otages de courants hostiles \u00e0 l&rsquo;autogestion, notre d\u00e9bat s&rsquo;est termin\u00e9 en queue de poisson. Et le 19 juin a trouv\u00e9 la gauche divis\u00e9e, impuissante. En fait le courant marxiste est parti d&rsquo;un niveau tr\u00e8s bas. Il n&rsquo;avait initialement aucun enracinement et \u00e9tait prisonnier de r\u00e9f\u00e9rences dogmatiques sans rapport avec la situation de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Le poids sociologique de la classe ouvri\u00e8re \u00e9tait faible. Rares \u00e9taient ceux qui l&rsquo;appr\u00e9ciaient avec mesure et accordaient l&rsquo;importance qu&rsquo;il fallait donner aux questions tactiques, d&rsquo;o\u00f9 des controverses sans fin sur le r\u00f4le de Ben Bella. Certains, parmi nous, avaient tendance \u00e0 croire que leur apport lui profitait alors que c&rsquo;\u00e9tait son engagement en faveur de l&rsquo;autogestion qui leur donnait des forces et j&rsquo;ajoute, lui cr\u00e9ait des ennemis qui, eux, avaient un poids r\u00e9el dans les appareils et dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense qu&rsquo;outre le manque de coh\u00e9rence interne de la gauche, l&rsquo;erreur a \u00e9t\u00e9 de surestimer le poids des textes sur l&rsquo;autogestion dans leurs effets sur la d\u00e9mocratisation de la soci\u00e9t\u00e9. Il en est r\u00e9sult\u00e9 un certain laxisme, un penchant \u00e0 croire que les tendances au monolithisme, \u00e0 un pr\u00e9sidentialisme ferm\u00e9 seraient surmont\u00e9es dans le cadre de la seule lutte au sein du FLN et des organisations de masse, une dissociation entre le combat pour les libert\u00e9s et celui pour le socialisme. Or ce combat \u00e9tait le barom\u00e8tre des tendances r\u00e9elles du r\u00e9gime. Est-ce \u00e0 dire que nous avons avalis\u00e9 le viol des libert\u00e9s ? Nullement. C&rsquo;est moi-m\u00eame qui ait soulev\u00e9 au comit\u00e9 central la question de la r\u00e9pression et des tortures en Kabylie. Mais je reconnais que ce que nous avons fait \u00e9tait insuffisant et inad\u00e9quat. La question des libert\u00e9s n&rsquo;\u00e9tait pas pour nous un axe strat\u00e9gique essentiel parce que nous partions du principe que la solution de la question sociale entra\u00eenerait,<em> ipso facto<\/em> la solution de la question des libert\u00e9s. Je dois ajouter qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque, aucun courant de gauche ne posait le probl\u00e8me autrement. Les communistes eux-m\u00eames avaient renonc\u00e9 au pluralisme et revendiquaient leur int\u00e9gration au FLN.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois toutefois insister sur une donn\u00e9e de taille : le partisanisme du FFS et celui du Conseil national de la R\u00e9volution (CNDR) avec Boudiaf, le commandant Moussa Benahmed, Chaabani et Moussa Hassani nous mettaient le dos au mur. Avant la formation du CNDR, dont chacun connaissait les composantes avant m\u00eame qu&rsquo;il ne se manifeste, j&rsquo;ai avis\u00e9 le docteur Abdelmoum\u00e8ne qui en \u00e9tait partie prenante que les troupes du Nord-Constantinois sur lesquelles le PRS comptait \u00e9taient manipul\u00e9es par les services de s\u00e9curit\u00e9 et qu&rsquo;il s&rsquo;agissait pour ces derniers de mettre \u00e0 profit des troubles pour faire de Ben Bella l&rsquo;otage de l&rsquo;arm\u00e9e. Mais l&rsquo;habitude des combinaisons sans principe qui visent le pouvoir et non le changement dans la soci\u00e9t\u00e9 ne se perd la perspective de r\u00e9volution des rapports sociaux en Alg\u00e9rie (dont l&rsquo;autogestion \u00e9tait une manifestation) ?<\/p>\n\n\n\n<p>La ligne politique repr\u00e9sent\u00e9e par Ben Bella (alliance avec les militaires) \u00e9tait-elle susceptible de renforcer ou d&rsquo;affaiblir la perspective de r\u00e9volution des rapports sociaux en Alg\u00e9rie ? (dont l&rsquo;autogestion \u00e9tait une manifestation).<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois sinc\u00e8rement qu&rsquo;\u00e0 partir de mars 1963, Ben Bella a acquis le soutien des masses dont aucun de ses concurrents ne pouvait se pr\u00e9valoir. Mais le drame est qu&rsquo;il n&rsquo;avait aucune politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;arm\u00e9e. A lui seul, Boumedienne n&rsquo;aurait jamais pu consolider son pouvoir. En mars 1963 il n&rsquo;avait pas encore r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;arm\u00e9e. Ni Mohand Ould Hadj ni Chaabani n&rsquo;\u00e9taient sous sa coupe. Le corps des officiers \u00e9tait divis\u00e9 en boumediennistes, benbellistes et \u00ab officiers libres \u00bb qui ne se reconnaissaient en aucun des deux. Il y avait une pl\u00e9iade d&rsquo;officiers contestataires. En avril 1964, \u00e0 la veille du congr\u00e8s  du FLN, Boumedienne consid\u00e9rait qu&rsquo;il avait perdu la partie ; avec ses amis, il a offert sa d\u00e9mission. Ben Bella l&rsquo;a refus\u00e9e. Evoquant cet \u00e9pisode au moment de la d\u00e9mission d&rsquo;Ali Sabri en Egypte, Bouteflika a confi\u00e9 \u00e0 un de ses collaborateurs : \u00ab Ali Sabri vient de faire un faux-pas. Si Ben Bella avait accept\u00e9 notre d\u00e9mission en 1964, nous ne serions pas l\u00e0 aujourd&rsquo;hui. \u00bb La d\u00e9ception a pouss\u00e9 les officiers contestataires, y compris le colonel Zbiri dans les bras de Boumedienne. Je prends un exemple, celui de l&rsquo;\u00e9tablissement de la liste des militaires au comit\u00e9 central. Je me trouvais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Boumedienne quand Ben Bella lui a soumis les noms qu&rsquo;il avait retenus. Boumedienne a enlev\u00e9 les noms de Sa\u00efd Abid et Bouhara et leur a substitu\u00e9 ceux de Dra\u00efa et Bensalem. Il se d\u00e9barrassait de deux soutiens de la Charte d&rsquo;Alger au profit de ses f\u00e9aux sans qu&rsquo;il y ait une quelconque discussion. Je pourrais citer bien d&rsquo;autres exemples.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment as-tu analys\u00e9 le coup d&rsquo;Etat de 1965, sa signification et sa port\u00e9e ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9voquerai ici l&rsquo;analyse que j&rsquo;ai faite personnellement et non celle que j&rsquo;ai r\u00e9dig\u00e9e pour le compte de l&rsquo;Organisation de la R\u00e9sistance populaire (ORP) qui est le produit d&rsquo;une \u00e9laboration collective. A mon avis Ben Bella reposait sur un \u00e9quilibre de forces contraires situ\u00e9es \u00e0 tous les niveaux entre les travailleurs et les autres groupes de la soci\u00e9t\u00e9, entre la gauche du FLN et sa droite, entre le FLN dans son ensemble et l&rsquo;arm\u00e9e. Pour durer, il lui fallait choisir, car tous les groupes de la soci\u00e9t\u00e9 le soutenaient pour des raisons qui s&rsquo;opposent \u00e0 celle des autres. Il ne l&rsquo;a pas fait, \u00e0 temps, m\u00eame si \u00e0 la veille du coup d&rsquo;Etat, il s&rsquo;est mis \u00e0 regarder \u00e0 nouveau en direction du mouvement des masses et \u00e0 se d\u00e9marquer plus nettement des ministres qui ont eu raison de la confiance des travailleurs. Les chefs de l&rsquo;arm\u00e9e ont agi contre Ben Bella \u00e0 un moment o\u00f9 l&rsquo;appui des groupes privil\u00e9gi\u00e9s, des forces d&rsquo;ordre, bourgeois, bureaucrates et un large secteur de la petite bourgeoisie leur \u00e9tait acquis. Toutes ces forces \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 une caporalisation de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pensais \u00e9galement que l&rsquo;imp\u00e9rialisme \u00e9tait pour quelque chose dans le coup d&rsquo;Etat. Je ne serais pas aussi affirmatif aujourd&rsquo;hui. D&rsquo;abord parce que je jugeais Boumedienne sur la base des id\u00e9es de Bouteflika, ensuite parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas juste de d\u00e9duire de la satisfaction des capitales occidentales \u00e0 l&rsquo;annonce du coup d&rsquo;Etat que Boumedienne agissait pour leur compte. Ind\u00e9niablement le 19 juin a, d&rsquo;abord et avant tout, couronn\u00e9 une d\u00e9faite du mouvement populaire. Il ouvrait la voie d&rsquo;un r\u00e9am\u00e9nagement de la soci\u00e9t\u00e9 sur des bases bureaucratiques expropriant les masses de tout pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelles sont les le\u00e7ons que tu tires de ton alliance avec le PC de 1965 \u00e0 1967 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour la commodit\u00e9 de l&rsquo;expos\u00e9, je distinguerai d&rsquo;une part les le\u00e7ons politiques, d&rsquo;autre part celles que j&rsquo;ai tir\u00e9es de son mode de fonctionnement.<\/p>\n\n\n\n<p>1) Je crois que sans r\u00e9\u00e9valuation de la nature de classe de l&rsquo;URSS par le PC (PAGS), il est difficile de faire un bout de chemin avec lui, de travailler, en commun, sans s&rsquo;\u00e9puiser \u00e0 \u00e9viter les chausse-trappes. L&rsquo;alliance que nous avons contract\u00e9e en 1965 avec ses dirigeants s&rsquo;est faite dans un contexte marqu\u00e9 par la veulerie de toute la classe politique. Nous l&rsquo;avons contract\u00e9e dans la perspective d&rsquo;une fusion qui pla\u00e7ait au centre de la probl\u00e9matique r\u00e9volutionnaire l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;autogestion et une conception de l&rsquo;Internationale identique \u00e0 celle que d\u00e9veloppent aujourd&rsquo;hui les Italiens. Nous devions r\u00e9examiner tous les probl\u00e8mes strat\u00e9giques et politiques soulev\u00e9s dans la Charte d&rsquo;Alger en fonction de l&rsquo;autogestion. Nous avons \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s avant de mener \u00e0 bien ce travail.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1966 nous avions envisag\u00e9 d&rsquo;un commun accord avec nos camarades en libert\u00e9 de faire campagne pour le front unique anti-imp\u00e9rialiste et d\u00e9mocratique et de relancer la lutte pour le pluralisme politique en Alg\u00e9rie. Le front \u00e9tait con\u00e7u comme une alliance repr\u00e9sentant divers secteurs de la soci\u00e9t\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire une lettre \u00e0 A\u00eft Ahmed, au FFS. Je l&rsquo;ai fait de la prison de Lamb\u00e8se. Nos camarades \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger devaient de leur c\u00f4t\u00e9 toucher les autres groupes de l&rsquo;opposition. L&rsquo;organisation clandestine de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne (OCRA) de Mohammed Lebjaoui, le PRS de Boudiaf, etc. Des contacts ont \u00e9t\u00e9 pris puis rompus sur pression des Sovi\u00e9tiques au profit d&rsquo;une politique de soutien \u00e0 Boumedienne. Je pressentais un peu ce virage alors m\u00eame que nos camarades passaient par dizaines dans les salles de torture. Je vais raconter une anecdote plus significative qu&rsquo;une analyse politique. Vers d\u00e9cembre 1965, je crois, je me trouvais dans un couloir des locaux de la s\u00e9curit\u00e9 militaire quand j&rsquo;ai vu passer un groupe de camarades. L&rsquo;un d&rsquo;eux, Larbi El Hadi, m&rsquo;a lanc\u00e9 \u00e0 la cantonade : \u00ab Ils nous ont tortur\u00e9s. Nous avons fait une connerie. Boumedienne part pour Moscou. \u00bb La renonciation \u00e0 la ligne sur laquelle nous nous \u00e9tions oppos\u00e9s \u00e0 Boumedienne \u00e9tait dans les esprits. Il a fallu trois ans de man\u0153uvres, de proc\u00e8s en sorcellerie pour que le PC l&rsquo;impose. Brejnev avait m\u00eame demand\u00e9 \u00e0 ce que je sois personnellement \u00e9cart\u00e9 de la direction. Le PC a refus\u00e9 mais comme il a chang\u00e9 d&rsquo;orientation, cela revenait au m\u00eame. C&rsquo;est moi qui suis parti. C&rsquo;est perdre son temps que chercher \u00e0 comprendre la politique du PAGS \u00e0 partir de l&rsquo;analyse des tendances du d\u00e9veloppement en Alg\u00e9rie. Ses dirigeants ne sont pas libres de leurs mouvements et de leur strat\u00e9gie qui s&rsquo;inscrit dans le cadre de la lutte entre les grandes puissances. Ainsi s&rsquo;explique la r\u00e9f\u00e9rence constante au mod\u00e8le russe, l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9volution par en-haut, la volont\u00e9 d&rsquo;investir l&rsquo;Etat plut\u00f4t que de mobiliser les masses, la tendance \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;imp\u00e9rialisme comme une force ext\u00e9rieure donnant un pr\u00e9cieux alibi aux groupes privil\u00e9gi\u00e9s sans lesquels l&rsquo;imp\u00e9rialisme n&rsquo;est rien, la r\u00e9duction du contenu du socialisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tatisation des moyens de production, etc. Le PC fonctionne en s&rsquo;appuyant sur un d\u00e9ni permanent de la r\u00e9alit\u00e9 et sacrifie sur l&rsquo;autel de l&rsquo;alliance avec les pouvoirs \u00ab en bons termes \u00bb avec l&rsquo;URSS, quelle qu&rsquo;en soit la nature sociale, la lutte pour les libert\u00e9s dans un pays sans tradition d\u00e9mocratique et ne favorise pas le changement des mentalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>2) Une autre r\u00e9flexion que m&rsquo;inspire mon exp\u00e9rience avec le PC c&rsquo;est la tendance \u00e0 transformer le marxisme en savoir absolu, en cat\u00e9chisme, \u00e0 pr\u00e9server \u00e0 l&rsquo;abri des recettes instrumentales les militants de toute \u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;avais peine \u00e0 imaginer l&rsquo;esp\u00e8ce de peur que provoquait dans le PC la contradiction, le discours divergent. Alors pour le contourner, on \u00e9vite le d\u00e9bat au fond, on met l&rsquo;accent sur l&rsquo;origine sociale de l&rsquo;interlocuteur, sur son itin\u00e9raire politique, on invoque les conditions \u00ab particuli\u00e8res \u00bb dans lesquelles on agit, autant de proc\u00e9d\u00e9s qui constituent \u00e0 faire des militants de simples ex\u00e9cutants, d&rsquo;\u00e9ternels mineurs.<\/p>\n\n\n\n<p>3) Dernier point, la pr\u00e9tention au monopole de la repr\u00e9sentation de la classe ouvri\u00e8re rec\u00e8le en germe la disqualification de tout ce qui est externe au PC, une id\u00e9ologie du pur et de l&rsquo;impur qui n&rsquo;\u00e9pargne m\u00eame pas la classe ouvri\u00e8re. De m\u00eame que le PPA en 1938 \u00e9tait accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;agent des hitl\u00e9riens, les militants de gauche qui n&rsquo;\u00e9taient pas d&rsquo;accord avec la ligne \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s comme agents objectifs de la bourgeoisie, de l&rsquo;imp\u00e9rialisme et j&rsquo;en passe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourquoi l&rsquo;opposition d\u00e9mocratique et r\u00e9volutionnaire n&rsquo;a pas pu se constituer face \u00e0 Boumedienne ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Etait-elle r\u00e9ellement d\u00e9mocratique ? Nous avons vu que ce n&rsquo;\u00e9tait pas vrai pour le PC qui, \u00e0 partir de son ralliement \u00e0 Boumedienne s&rsquo;est acharn\u00e9 contre tous ses adversaires. Quant aux oppositions issues du FLN, leurs rapports, quand il y en avait, \u00e9taient hypoth\u00e9qu\u00e9s par le poids du pass\u00e9. Les discussions sur les responsabilit\u00e9s de chacun dans la formation d&rsquo;un syst\u00e8me absolutiste tournaient en rond. Le PRS et le FFS le situaient en 1962. Les benbellistes en 1965. Les critiques du r\u00e9gime de Boumedienne n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s dans le cadre de projets qui se situent en rupture avec les ambigu\u00eft\u00e9s de l&rsquo;origine et de l&rsquo;histoire de ces mouvements. Il fallait oser d\u00e9sacraliser la p\u00e9riode 1954-1962, reconna\u00eetre que si le FLN a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;initiateur de la lutte, il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par une exceptionnelle radicalisation des masses et qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ombre de cette radicalisation, il a impos\u00e9 une v\u00e9ritable r\u00e9gression des formes politiques de la lutte. A partir de l\u00e0, la recomposition du mouvement politique sur des bases d\u00e9mocratiques redevenait possible.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle diff\u00e9rence fais-tu entre l&rsquo;actuel r\u00e9gime et celui de Boumedienne ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a continuit\u00e9 du r\u00e9gime et changement de pouvoir. La continuit\u00e9, Chadli lui-m\u00eame s&rsquo;en r\u00e9clame. Il n&rsquo;y a pas de raison pour ne pas le croire. Les fondements du syst\u00e8me sont toujours les m\u00eames. Que le pouvoir cherche \u00e0 s&rsquo;articuler autrement sur les forces sociales existantes, \u00e0 faire payer aux travailleurs les cons\u00e9quences de l&rsquo;incurie bureaucratique, cela ne fait pas de doute. Mais quoi qu&rsquo;en disent les boumediennistes, aujourd&rsquo;hui  orphelins, la militarisation du syst\u00e8me et le cantonnement des forces populaires ne sont pas des nouveaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si tu avais \u00e0 donner un avis aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations en Alg\u00e9rie, que dirais-tu ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je leur dirais que l&rsquo;Alg\u00e9rie a besoin de voir se d\u00e9velopper, si elle veut se recomposer, de nouvelles mani\u00e8res de vivre, de penser et d&rsquo;agir. Les longues ann\u00e9es de mystification sous Boumedienne ont laiss\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 et les id\u00e9es radicales dans une situation catastrophique. Mais le d\u00e9tournement de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, la formation d&rsquo;un syst\u00e8me politique autoritaire, ne sont ni un effet du caract\u00e8re de Boumedienne ni seulement le r\u00e9sultat de la politique du FLN. On a trop souvent tendance, pr\u00e9occup\u00e9s que nous sommes \u00e0 rechercher les forces motrices de l&rsquo;\u00e9volution, \u00e0 oublier le r\u00f4le de la passivit\u00e9 des masses humaines dans les processus sociaux du d\u00e9senchantement, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment vaincre la passivit\u00e9 sans lutte pour les libert\u00e9s non pas pour une cat\u00e9gorie particuli\u00e8re mais pour tous ? Comment avancer si on croit pouvoir se lib\u00e9rer en abandonnant notre sort \u00e0 des directions omniscientes et omnipotentes ? La le\u00e7on polonaise est significative : la seule critique valable du pouvoir en place est celle qui favorise la tendance des masses populaires \u00e0 s&rsquo;organiser et \u00e0 se diriger elles-m\u00eames. La seule crise irr\u00e9m\u00e9diable du r\u00e9gime ne peut r\u00e9sulter que de la volont\u00e9 des masses de se guider elles-m\u00eames. La r\u00e9organisation de la vie sur des bases d\u00e9mocratiques et socialistes est \u00e0 ce prix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Mohammed HARBI.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* M. Harbi r\u00e9pond ici \u00e0 des questions pos\u00e9es par K.S. Na\u00efr. M. Harbi a occup\u00e9 des fonctions importantes au FLN-GPRA ; apr\u00e8s 1962, il a \u00e9t\u00e9 directeur de <em>R\u00e9volution africaine<\/em>, conseiller \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Arr\u00eat\u00e9 en 1965, il passera cinq ans en prison. Exile depuis 1973.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">1. Dans un contexte o\u00f9 la d\u00e9composition sociale \u00e0 une profondeur de champ historique d&rsquo;un si\u00e8cle, seule l&rsquo;analyse concr\u00e8te peut rendre le sens de la notion de petite bourgeoisie. Nous l&rsquo;appliquons \u00e0 tous les individus qui n&rsquo;appartiennent ni \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, ni aux travailleurs de la terre non propri\u00e9taires ni aux couches sociales qui vivent de la rente ou du profit.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien de Mohammed Harbi avec Kuider Sami Na\u00efr paru dans Les Temps Modernes, n\u00b0 432-433, juillet-ao\u00fbt 1982, p. 34-55 I &#8211; Quelle analyse faisais-tu, en 1962, du FLN ? En mars 1962, les masses alg\u00e9riennes s&rsquo;identifiaient au FLN. C&rsquo;\u00e9tait le parti victorieux. 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