{"id":27973,"date":"2026-01-28T19:22:36","date_gmt":"2026-01-28T18:22:36","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=27973"},"modified":"2026-01-28T19:22:36","modified_gmt":"2026-01-28T18:22:36","slug":"sur-le-maghreb-et-le-mouvement-national-algerien-interview-de-hocine-ait-ahmed","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/01\/28\/sur-le-maghreb-et-le-mouvement-national-algerien-interview-de-hocine-ait-ahmed\/","title":{"rendered":"Sur le Maghreb et le Mouvement national alg\u00e9rien : Interview de Hocine A\u00eft Ahmed"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Interview de <a href=\"https:\/\/fondation-hocine-ait-ahmed.org\/biographie\/\">Hocine A\u00eft Ahmed<\/a> parue dans <em>Sou&rsquo;al<\/em>, n\u00b0 2, 1982, p. 110-133<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"229\" data-attachment-id=\"27328\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2025\/10\/02\/casablanca-2\/soual-1981-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?fit=590%2C233&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"590,233\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"sou&amp;rsquo;al 1981\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?fit=300%2C118&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?fit=580%2C229&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?resize=580%2C229&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-27328\" style=\"width:590px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?w=590&amp;ssl=1 590w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/soual-1981.jpg?resize=300%2C118&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>QUESTION.- <em>A-t-il exist\u00e9 une strat\u00e9gie de lutte commune dans les trois pays du Maghreb ? Quels ont \u00e9t\u00e9 les efforts d\u00e9ploy\u00e9s en vue de mettre en \u0153uvre une strat\u00e9gie commune, sur quels obstacles ces efforts ont-ils but\u00e9 ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9ponse &#8211;<\/strong> Je pense que nous retrouverons cette interrogation fondamentale dans la conjoncture, c&rsquo;est-\u00e0-dire au fur et \u00e0 mesure que les \u00e9v\u00e8nements se d\u00e9veloppent en Afrique du Nord. Strat\u00e9gie commune, pourquoi ? Parce qu&rsquo;il y a une communion affective profonde : les Maghr\u00e9bins, pris collectivement ou individuellement, se sentaient li\u00e9s par le m\u00eame destin, et tout ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie \u00e9tait profond\u00e9ment ressenti et suivi en Alg\u00e9rie. C&rsquo;est l\u00e0 un t\u00e9moignage que je puis porter. Jeune, ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie me concernait directement, atteignait ma sensibilit\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re que ce qui pouvait se passer en Alg\u00e9rie. Nous \u00e9tions pour la lib\u00e9ration de nos pays respectifs, mais les fronti\u00e8res n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 des fronti\u00e8res, il y avait donc communion inscrite dans l&rsquo;intuition des hommes, des femmes de nos peuples. Cette communion ne tardera pas \u00e0 acqu\u00e9rir un contenu politique.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Les partis ind\u00e9pendantistes, le N\u00e9o-Destour, le PPA-MTLD, l&rsquo;Istiqlal ont men\u00e9 des actions communes, par-del\u00e0 les fronti\u00e8res une opinion maghr\u00e9bine s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e, particuli\u00e8rement apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Les d\u00e9l\u00e9gations de ces mouvements avaient l&rsquo;habitude de se rencontrer \u00e0 Paris ou ailleurs, dans les capitales nord-africaines, pour faire le point, pour \u00e9laborer des d\u00e9clarations communes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que l&rsquo;horizon politique de nos compatriotes a \u00e9t\u00e9 nourri par ce genre de rencontres qui, d&rsquo;ailleurs, il faut le rappeler, ne faisait que prolonger l&rsquo;action commune men\u00e9e au sein de AEMNA, l&rsquo;Association des Etudiants Musulmans Nord Africains \u00e0 Paris ; de nombreux leaders, sinon la plupart des leaders maghr\u00e9bins, se sont connus au sein de cette organisation estudiantine et se sont forg\u00e9s une fa\u00e7on de voir unitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Etoile Nord-Africaine, cr\u00e9\u00e9e au lendemain de la premi\u00e8re guerre mondiale ne l&rsquo;oublions pas, a eu son si\u00e8ge \u00e0 Paris et travaillait c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec cette association.<\/p>\n\n\n\n<p>Communion affective que l&rsquo;opposition et les r\u00e9pressions coloniales n&rsquo;ont fait que renforcer, communion politique que la jeunesse esp\u00e9rait voir s&rsquo;\u00e9largir et s&rsquo;approfondir. Mais il manquait ce que je pourrais appeler la communion positive, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne m&rsquo;\u00e9tendrai pas sur les facteurs d&rsquo;ordre historique et sociologique qui ont s\u00e9par\u00e9 nos trois pays et ont emp\u00each\u00e9 une prise de conscience beaucoup plus pr\u00e9coce de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une strat\u00e9gie commune. Mais nous avons, pour notre part, ressenti cette n\u00e9cessit\u00e9. Gr\u00e2ce aux \u00ab archives de la r\u00e9volution \u00bb, un ensemble de textes que vient de publier Mohammed Harbi, aux Editions \u00ab Jeune Afrique \u00bb, on trouve le rapport que j&rsquo;ai fait au Comit\u00e9 Central \u00e9largi en d\u00e9cembre 1948 ; je pense qu&rsquo;il est \u00e9difiant en ce qui concerne ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 les imp\u00e9ratifs d&rsquo;unit\u00e9. Nous avons eu une exp\u00e9rience de soul\u00e8vement avort\u00e9 en 1945, ensuite de terrorisme, tout cela s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 la suite d&rsquo;initiatives tr\u00e8s malheureuses prises par une direction aux abois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Q &#8211; <em>Pour vous, les \u00e9v\u00e8nements de 1945 semblent marquer un tournant important. Pour quelles raisons ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9ponse <\/strong>&#8211; Il serait tr\u00e8s long de revenir sur la mutation qualitative qui s&rsquo;est produite dans le mouvement de lib\u00e9ration alg\u00e9rien en 1945. De simple mouvement citadin que la police a vite r\u00e9prim\u00e9 et r\u00e9duit apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements de S\u00e9tif et de Guelma, le mouvement s&rsquo;est implant\u00e9 dans les campagnes et tout de suite en Kabylie. Pourquoi en Kabylie ? C&rsquo;est la question que la plupart des Maghr\u00e9bins ne se sont pas pos\u00e9s de mani\u00e8re cons\u00e9quente. Tout simplement parce que la Kabylie est tr\u00e8s dense avec ses gros villages, ses traditions de vie civiles et civiques ; il y a l\u00e0 tout un contexte sociologique qui donne \u00e0 cette r\u00e9gion d&rsquo;Alg\u00e9rie une capacit\u00e9 organisationnelle que ne poss\u00e8dent pas les autres r\u00e9gions, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;\u00e9clatement de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;habitat ; il y a un rythme d&rsquo;\u00e9volution et d&rsquo;involution des diff\u00e9rentes r\u00e9gions d&rsquo;Alg\u00e9rie que nous devons assumer sans complexe. Le fait est que la Kabylie a su prendre le relais et r\u00e9organiser le mouvement de lib\u00e9ration gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;apport de jeunes lyc\u00e9ens qui avaient pris le maquis en mai 45.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense que le rapport fait en 1948 explique pourquoi il \u00e9tait pour nous, absolument imp\u00e9ratif d&rsquo;envisager la lib\u00e9ration de l&rsquo;Afrique du Nord dans la vision unificatrice de la lutte. Ce rapport faisait ressortir une donn\u00e9e tout \u00e0 fait cardinale, \u00e0 savoir que nous ne pouvions envisager une lutte arm\u00e9e s\u00e9par\u00e9ment en Alg\u00e9rie, au Maroc ou en Tunisie, et qu&rsquo;il fallait mettre sur pied une strat\u00e9gie comme de la lutte arm\u00e9e de lib\u00e9ration Je rappelle que ce rapport a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 moins deux abstentions, et que tout de suite apr\u00e8s cette r\u00e9union extraordinaire du Comit\u00e9 Central, nous avons d\u00e9p\u00each\u00e9 deux d\u00e9l\u00e9gations, l&rsquo;une en direction de Rabat et l&rsquo;autre de Tunis, pour tenter de mettre en \u0153uvre les d\u00e9cisions du Comit\u00e9 Central. Il fallait faire passer dans la pr\u00e9paration, dans l&rsquo;organisation, l&rsquo;intention strat\u00e9gique dont l&rsquo;avantage \u00e9tait d&rsquo;engager la lutte dans les trois pays simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9l\u00e9gation qui est partie vers le pays fr\u00e8re du Maroc \u00e9tait compos\u00e9e de Khider et de Cherchali. Ils ont rencontr\u00e9 en janvier 1949 Si Allal El Fassi, Ben Barka. Les fr\u00e8res marocains n&rsquo;envisageaient pas la cr\u00e9ation de structures communes au plan militaire, ils avaient pas contre fait part de leurs perspectives : il s&rsquo;agissait d&rsquo;abord de poser le probl\u00e8me marocain d&rsquo;une mani\u00e8re spectaculaire par le souverain du pays et ensuite, recourir \u00e0 des personnalit\u00e9s militaires de haut rang qui, d&rsquo;apr\u00e8s les dirigeants de l&rsquo;Istiqlal, \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 passer \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 tunisien, nous avions d\u00e9p\u00each\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation compos\u00e9e de deux parlementaires, Boukadoum, Derdour, et de Ben Bella, responsable de l&rsquo;organisation secr\u00e8te pour l&rsquo;Oranais. En Tunisie, il y a un non cat\u00e9gorique de la part de Salah Ben Youssef. C&rsquo;\u00e9tait pour lui des \u00ab enfantillages \u00bb. Rappelons que, d\u00e9j\u00e0, il \u00e9tait question de la formation d&rsquo;un gouvernement tunisien, probablement pr\u00e9sid\u00e9 par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du N\u00e9o-Destour, Salah Ben Youssef &#8211; c&rsquo;\u00e9tait en somme la pr\u00e9figuration du gouvernement Chenik, constitue en 1951 ou 52. Par contre, la rencontre avec Bourguiba a \u00e9t\u00e9 plus positive parce qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s ouvert,- sur tout l&rsquo;\u00e9ventail politique tunisien , en direction de la jeunesse, et comme celle-ci piaffait d&rsquo;impatience, je crois qu&rsquo;il a r\u00e9pondu \u00e0 cette aile radicale dans le but de mieux la canaliser. En d\u00e9finitive, nous avons envoy\u00e9 en renfort des jeunes qui avaient une formation militaire et qui ont fait suivre des stages \u00e0 de jeunes Tunisiens, notamment pour la fabrication et l&rsquo;utilisation des explosifs. Je rappelle que ces techniques ne constituaient qu&rsquo;une des branches secondaires de l&rsquo;activit\u00e9 secr\u00e8te que nous pr\u00e9parions.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;organisation paramilitaire commune, la mise sur pied d&rsquo;un \u00e9tat-major commun, n&rsquo;ont pas eu de suite. Nous avions m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque attir\u00e9 l&rsquo;attention de nos fr\u00e8res marocains et tunisiens sur le fait que, s&rsquo;il fallait bien tenter s\u00e9par\u00e9ment la n\u00e9gociation politique, encore fallait-il entrevoir et pr\u00e9voir l&rsquo;\u00e9chec des n\u00e9gociations et, en d\u00e9finitive, la pr\u00e9paration de structures minimum communes qui permettraient de coordonner notre lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, en ce qui me concernait, la n\u00e9cessit\u00e9 de cette strat\u00e9gie commune se fondait sur une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9vidente. Bien que soumise \u00e0 des statuts diff\u00e9rents, Alg\u00e9rie colonie ou territoire fran\u00e7ais, protectorat au Maroc et en Tunisie, c&rsquo;est la m\u00eame politique de domination et d&rsquo;administration directe, au secours de laquelle il existait, de la part du colonialisme, une strat\u00e9gie et des structures militaires de domination communes aux trois pays. Il y avait en effet des r\u00e9unions p\u00e9riodiques que tenaient le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Alg\u00e9rie et les r\u00e9sidents fran\u00e7ais au Maroc et en Tunisie ; elles n&rsquo;\u00e9taient pas seulement d&rsquo;ordre politique mais elles \u00e9taient \u00e9galement d&rsquo;ordre militaire. Je pense qu&rsquo;il y avait en perspective deux sortes de r\u00e9alismes : un r\u00e9alisme conjoncturel, politiquement fond\u00e9 sur les diff\u00e9rences juridiques des statuts des trois pays et qui faisaient ressortir le retard notamment de l&rsquo;Alg\u00e9rie par rapport aux deux autres pays fr\u00e8res. L&rsquo;Alg\u00e9rie pouvait appara\u00eetre \u00e0 ces derniers en retard parce que le chemin \u00e0 parcourir \u00e9tait pour eux moins long : il s&rsquo;agissait tout simplement de compl\u00e9ter une souverainet\u00e9, amput\u00e9e de certains attributs, alors que, pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, cela devait \u00eatre une longue marche, sa souverainet\u00e9 ayant \u00e9t\u00e9 totalement an\u00e9antie du point de vue juridique. &#8211; Un r\u00e9alisme r\u00e9volutionnaire qui en appelait aux r\u00e9alit\u00e9s profondes et non pas aux formes, ce qui n&rsquo;impliquait d&rsquo;ailleurs pas la m\u00e9connaissance des diff\u00e9rences de contexte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait certainement jouer sur les possibilit\u00e9s de faire avancer les probl\u00e8mes d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre, mais sans illusion, et d&rsquo;une fa\u00e7on responsable car la responsabilit\u00e9 c&rsquo;est la facult\u00e9 de pr\u00e9voir les \u00e9v\u00e9nements, d&rsquo;essayer mesurer les r\u00e9sultats de l&rsquo;action, de pr\u00e9parer des solutions de rechange, et de ne pas se laisser prendre au d\u00e9pourvu.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la vision strat\u00e9gique fondamentale que j&rsquo;avais personnellement et que j&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 faire passer au niveau de la direction politique du mouvement de lib\u00e9ration. Ce t\u00e9moignage, \u00e0 mon \u00e9chelle, peut appara\u00eetre subjectif mais je m&rsquo;efforce de restituer la dimension historique au regard que nous portions sur le Maghreb de l&rsquo;int\u00e9rieur. Ce regard \u00e9tait en fait celui de notre jeunesse, et ceci du fait m\u00eame de l&rsquo;exploitation radicale \u00e0 laquelle \u00e9taient soumises les masses populaires. C&rsquo;est pourquoi nous avons eu \u00e0 conna\u00eetre des exp\u00e9riences radicales de la lutte. Une conception maghr\u00e9bine de la lutte de lib\u00e9ration faisait partie de nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa part, le mouvement de lib\u00e9ration en Alg\u00e9rie, notamment le PPA-MTLD, avait r\u00e9ussi \u00e0 mobiliser en profondeur les masses populaires mais allait lui-m\u00eame conna\u00eetre son moment d&rsquo;involution. A la faveur de la d\u00e9couverte de l&rsquo;organisation paramilitaire par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises et de la grande r\u00e9pression, je dirais de l&rsquo;hyst\u00e9rie tortionnaire qui s&rsquo;\u00e9tait alors empar\u00e9e des forces coloniales, la direction politique qui avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e au Congr\u00e8s 1947 sous la pression des militants de Kabylie, est alors revenue \u00e0 la t\u00eate du mouvement de lib\u00e9ration, et a amorc\u00e9 le virage qui devait conduire le parti \u00e0 ce que nous avons appel\u00e9 la grande d\u00e9viation r\u00e9formiste. L&rsquo;OS, l&rsquo;organisation secr\u00e8te, a \u00e9t\u00e9 dissoute en 1950, ses militants \u00e9parpill\u00e9s se sont engag\u00e9s aux c\u00f4t\u00e9s des lib\u00e9raux fran\u00e7ais dans la voie dite constructive des r\u00e9alisations municipales et \u00e9lectoralistes. Messalistes et centralistes effray\u00e9s par la radicalisation populaire et surtout par la ligne pers\u00e9v\u00e9rante de l&rsquo;organisation secr\u00e8te, ont cr\u00e9\u00e9 de toute pi\u00e8ce le croque-mitaine berb\u00e9riste pour se d\u00e9barrasser de la pression de la Kabylie et n\u00e9gocier ainsi la remise en cause de tous les acquis strat\u00e9giques, tactiques et techniques que nous avions conquis sur le terrain de la lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Ben Bella \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;OS en d\u00e9cembre 49, j&rsquo;ai r\u00e9ussi apr\u00e8s deux ann\u00e9es d&rsquo;inactivit\u00e9, \u00e0 obtenir du Bureau Politique qu&rsquo;il m&rsquo;envoie au Caire. J&rsquo;ajoute que, \u00e9tant donn\u00e9 les chefs d&rsquo;inculpation qui pesaient sur moi, notamment apr\u00e8s l&rsquo;attaque de la poste d&rsquo;Oran &#8211; chefs d&rsquo;inculpation qui pesaient aussi sur la direction, celle-ci ne demandait pas mieux que de se d\u00e9barrasser de moi. J&rsquo;arrive donc au Caire en mai 1952, deux mois avant le coup d&rsquo;Etat qui devait porter Nasser au pouvoir. Au niveau de la lutte populaire en Afrique du Nord, ce sont d\u00e9j\u00e0 les \u00e9v\u00e8nements de Tunisie. Rappelons-nous la constitution du gouvernement Chenik, l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;exp\u00e9rience de Salah Ben Youssef qui fut oblig\u00e9 de prendre la fuite vers le Caire avec Mohamed Badra ; et voil\u00e0 que la lutte arm\u00e9e commence d&rsquo;une fa\u00e7on spontan\u00e9e en Tunisie. L&rsquo;\u00e9mergence des fellagas, la mise sur pied d&rsquo;une arm\u00e9e de lib\u00e9ration tunisienne et la d\u00e9portation de Sa Majest\u00e9 Mohamed V, d\u00e9clenchent au Maroc, une vague de r\u00e9actions populaires ; la r\u00e9sistance arm\u00e9e commence alors \u00e0 appara\u00eetre. L&rsquo;Afrique du Nord pouvait \u00eatre embras\u00e9e de bout en bout, et d\u00e9j\u00e0 des incursions de combattants tunisiens arrivaient jusque dans les Aur\u00e8s. La r\u00e9volution avan\u00e7ait et l&rsquo;Alg\u00e9rie, \u00e0 l&rsquo;avant-garde au niveau de la pr\u00e9paration, \u00e9tait neutralis\u00e9e, paralys\u00e9e par des luttes intestines entre les diff\u00e9rentes fractions qui se disputaient le pouvoir au niveau du parti et qui devaient conduire \u00e0 la scission entre messalistes et centralistes, au d\u00e9sespoir des militants.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 reprendre en mains les anciennes structures de l&rsquo;O.S. et \u00e0 pr\u00e9parer l&rsquo;insurrection du 1er novembre 1954. Le moment \u00e9tait venu de concr\u00e9tiser la strat\u00e9gie d&rsquo;unification de la lutte de lib\u00e9ration. Malgr\u00e9 la carence de ses dirigeants politiques, la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne \u00e9tait grosse de la r\u00e9volution et tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient rassembl\u00e9s pour jeter les bases d&rsquo;une v\u00e9ritable guerre de lib\u00e9ration au Maghreb. Parmi ces \u00e9l\u00e9ments, il y avait le Comit\u00e9 du Maghreb au Caire, dont je ne ferai pas l&rsquo;historique, et dont l&rsquo;action a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par certains r\u00e9fugi\u00e9s au Caire, notamment l&rsquo;\u00e9mir Abdel Krim, Bourguiba, Allal El Fassi.<\/p>\n\n\n\n<p>La composition du Comit\u00e9 du Maghreb \u00e9tait la suivante : pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, Khider, Ben Bella et moi-m\u00eame ; pour la Tunisie Salah Ben Youssef, Tayeb Slim, Rachid Driss, Brahim Tobal ; pour le Maroc, Allal El Fassi, Ben Mellih, Majid Ben Djelloun signaler tout de m\u00eame que la d\u00e9l\u00e9gation alg\u00e9rienne s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9barrass\u00e9e de Chadli El Mekki qui \u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 au Caire depuis 1945 et \u00e9tait cens\u00e9 repr\u00e9senter le PPA depuis cette date, et qui \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment de perturbation contre lequel l&rsquo;unanimit\u00e9 des Maghr\u00e9bins s&rsquo;\u00e9tait faite. Personnellement, j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u de Mohamed Abdel Krim car il ne participait pas d&rsquo;une mani\u00e8re dynamique au processus de lib\u00e9ration du Maghreb ; il y avait un tr\u00e8s grand espoir \u00e0 son \u00e9gard \u00e9tant donn\u00e9 la l\u00e9gende qui l&rsquo;entourait. Le moment \u00e9tait peut-\u00eatre aussi venu, pour lui, de s&rsquo;adapter \u00e0 l&rsquo;histoire et d&rsquo;y prendre une part active. Pr\u00e9cisons une chose au d\u00e9part : je sais que le mythe peut jouer un r\u00f4le politique mobilisateur mais comme il s&rsquo;agit de faire l&rsquo;histoire d&rsquo;une mani\u00e8re rigoureuse, il faut \u00e9viter de tomber dans la mythologie entretenue savamment et souvent par des l\u00e9gendes personnelles. Faire l&rsquo;histoire, c&rsquo;est s&rsquo;efforcer de retrouver les r\u00e9alit\u00e9s. Il faut par cons\u00e9quent voir dans le Bureau du Maghreb une esp\u00e8ce de haut commandement qui dirige les op\u00e9rations en Afrique du Nord. N&rsquo;oublions pas que les partis n&rsquo;ont jamais renonc\u00e9 \u00e0 leur autonomie et surtout que les \u00e9v\u00e8nements, dans les trois pays d&rsquo;Afrique du Nord, se sont impos\u00e9s \u00e0 eux et ont fait \u00e9clater les structures traditionnelles. Il y avait certainement dans nos masses populaires l&rsquo;intuition d&rsquo;une strat\u00e9gie commune ; en tout cas l&rsquo;aspiration \u00e0 une lutte commune pour retrouver en commun leur ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Bureau du Maghreb \u00e9tait un Bureau de rencontre, je dois dire qu&rsquo;il y a toujours r\u00e9gn\u00e9 une ambiance chaleureuse de collaboration. Il a permis une coordination \u00e0 des niveaux divers : &#8211; coordination technique des diff\u00e9rentes sections alg\u00e9riennes, marocaine, tunisienne qui travaillaient ensemble, se consultaient, s&rsquo;entr&rsquo;aidaient, notamment dans les t\u00e2ches quotidiennes d&rsquo;information &#8211; coordination tactique de d\u00e9marche en commun aupr\u00e8s de la Ligue Arabe, des autorit\u00e9s \u00e9gyptiennes dont nous \u00e9tions les h\u00f4tes et, quelquefois, aupr\u00e8s d&rsquo;autres gouvernements afro-asiatiques. Personnellement, J&rsquo;assurais la permanence au 32 rue Abdel Khalek Sarwat, c&rsquo;est-\u00e0-dire que je faisais pratiquement tout le travail de la r\u00e9daction des m\u00e9moires. Je n&rsquo;avais aucun probl\u00e8me quand il s&rsquo;agissait, par exemple, de faire des d\u00e9marches communes, d&rsquo;\u00e9laborer des m\u00e9moires communs, je voyais tr\u00e8s souvent Ben Mellih, Abdelmajid Ben Djelloun qui assurait la permanence pour le Maroc, Boukhriss et Rachid Driss qui eux, \u00e9galement, faisaient le travail de tous les jours \u00e0 la section tunisienne. Il faut noter que la conf\u00e9rence de presse, tenue le 1er novembre 1954, pour annoncer la cr\u00e9ation du FLN et le d\u00e9clenchement par l&rsquo;ALN des \u00e9v\u00e8nements en Alg\u00e9rie, a eu lieu en pr\u00e9sence de tous les responsables du Maghreb. Je pense qu&rsquo;il est aise de retrouver aupr\u00e8s de la Ligue Arabe, aux minist\u00e8res des Affaires \u00e9trang\u00e8res marocain et tunisien, des documents que les trois sections du Maghreb ont r\u00e9dig\u00e9 en commun pour solliciter des appuis politiques et diplomatiques toujours plus engag\u00e9s de la Ligue Arabe et des Etats afro-asiatiques. Cette coop\u00e9ration tactique a atteint parfois des niveaux strat\u00e9giques ; ce fut le cas pour la conf\u00e9rence de Bandung o\u00f9 les trois d\u00e9l\u00e9gations ont d\u00e9cid\u00e9 de constituer une seule et unique d\u00e9l\u00e9gation pour entreprendre des d\u00e9marches en commun et amorcer ce que nous appelions alors le \u00ab new look \u00bb. Nous avons soumis un seul et unique m\u00e9moire au nom du Maghreb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait le plus spectaculaire a \u00e9t\u00e9 la conf\u00e9rence de presse tenue la veille de l&rsquo;ouverture officielle de la conf\u00e9rence de Bandung et au cours de laquelle on pouvait voir un Alg\u00e9rien r\u00e9pondre \u00e0 une question pos\u00e9e sur la Tunisie ou un Tunisien s&rsquo;expliquer sur un probl\u00e8me alg\u00e9rien ; la conf\u00e9rence avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s soigneusement pr\u00e9par\u00e9e par nos trois d\u00e9l\u00e9gations, nous avions pr\u00e9vu dans le d\u00e9tail la plupart des questions qui allaient nous \u00eatre pos\u00e9es et les r\u00e9ponses qui nous apparaissaient les plus ad\u00e9quates. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 plus qu&rsquo;une initiative diplomatique ; \u00e0 mes yeux un v\u00e9ritable fait politique, une offensive quasi-militaire con\u00e7ue et men\u00e9e de fa\u00e7on rationnelle et collective. Jusque l\u00e0, il faut le dire, au niveau de l&rsquo;activit\u00e9 diplomatique, chaque pays, chaque mouvement d\u00e9cidait et menait son affaire d&rsquo;une mani\u00e8re autonome, sans consultation pr\u00e9alable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il importe \u00e9galement de verser au dossier, sans que cela implique de ma part un jugement normatif, une esp\u00e8ce de distance qui, jusque l\u00e0, avait \u00e9t\u00e9 prise par nos camarades de Tunisie. Vous savez probablement que Salah Ben Youssef et Mohamed Badra, qui faisaient partie du gouvernement Chenik, ont voulu faire pr\u00e9valoir au plan international une l\u00e9gitimit\u00e9, une l\u00e9galit\u00e9 tunisienne ; ils continuaient \u00e0 parler au nom du gouvernement tunisien, ils n&rsquo;\u00e9taient pas de simples repr\u00e9sentants de mouvements comme nous l&rsquo;\u00e9tions. Mais cela les autorisait peut-\u00eatre \u00e0 croire qu&rsquo;il y avait l\u00e0 un statut l\u00e9gal privil\u00e9gi\u00e9 qui leur permettait d&rsquo;\u00eatre plus efficaces. De ce point de vue, n&rsquo;oublions pas qu&rsquo;\u00e0 la veille de la conf\u00e9rence de Bandung, il y avait eu la signature du protocole d&rsquo;accord entre Bourguiba et le gouvernement fran\u00e7ais. On sait que Salah Ben Youssef s&rsquo;\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 ce protocole d&rsquo;accord. Ce sont tous ces \u00e9v\u00e8nements qui ont rendu possible le fait que l&rsquo;action du Bureau du Maghreb ait \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9e \u00e0 un niveau aussi \u00e9lev\u00e9. Pour les faits de coordinations techniques, par exemple sur le plan de la logistique, je vous renvoie \u00e0 Abderrahmane Youssoufi, Abdelkrim Khatib, Allal El Fassi, \u00e0 Boudiaf et Ben Bella. Boudiaf \u00e9tait \u00e9galement charg\u00e9 de la coordination avec les camarades marocains. Ben Bella qui avait une mission logistique \u00e0 Tripoli \u00e9tait charg\u00e9, lui, d&rsquo;assurer la coordination avec les camarades tunisiens. Il importe d&rsquo;observer \u00e9galement que les appuis financiers \u00e9taient recherch\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment par les trois mouvements ; chaque section pouvait g\u00e9rer d&rsquo;une fa\u00e7on autonome ses fonds ou sa mis\u00e8re. Il y eut un grand moment strat\u00e9gique dans la coordination, qui aurait pu v\u00e9ritablement transformer toute l&rsquo;\u00e9quation de la guerre de lib\u00e9ration au Maghreb, ce fut le d\u00e9clenchement des \u00e9v\u00e8nements dans le Rif et l&rsquo;Oranais, en octobre 1955<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab new look \u00bb, amorc\u00e9 en avril 1955 par la conf\u00e9rence de Bandung, se traduisit par des r\u00e9sultats d\u00e9terminants sur le plan diplomatique, que confirmait la radicalisation des positions de Salah Ben Youssef et de l&rsquo;Istiqlal par la bouche d&rsquo;Allal El Fassi. Au retour du Caire, ce dernier m&rsquo;avait demand\u00e9 de lui traduire en langue fran\u00e7aise une d\u00e9claration tr\u00e8s violente qu&rsquo;il avait faite contre Bourguiba et dans laquelle il l&rsquo;accusait d&rsquo;avoir rompu le Front Maghr\u00e9bin, o\u00f9 le terme de \u00ab tra\u00eetrise \u00bb figurait. Personnellement j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 le dissuader d&rsquo;utiliser ce terme l\u00e0, et \u00e0 trouver une formulation plus nuanc\u00e9e, en attendant que le peuple tunisien lui-m\u00eame en arrive dans sa maturation \u00e0 accepter un tel jugement.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 1955, arrive au Caire une d\u00e9l\u00e9gation marocaine compos\u00e9e du Docteur Ben Aboud, du Docteur Khatib et d&rsquo;Abbas un grand r\u00e9sistant du Rif. Outre des pr\u00e9occupations logistiques, cette d\u00e9l\u00e9gation, en tout cas sur notre insistance et notamment la mienne, fut amen\u00e9e \u00e0 discuter de probl\u00e8mes de strat\u00e9gie politique, ce qui \u00e9tait mal vu par certains de nos dirigeants. Il ne faut pas oublier en effet que les responsables de la Ligue Arabe nous avaient d\u00e9conseill\u00e9 d&rsquo;aller \u00e0 Bandung sous pr\u00e9texte que c&rsquo;\u00e9tait aller \u00ab faire de la politique \u00bb. Mais il ne suffisait pas de r\u00e9agir d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9pidermique au cessez-le-feu conclu par les Tunisiens ; il fallait en tirer une le\u00e7on d&rsquo;ordre strat\u00e9gique. Je sugg\u00e9rai alors, au sein de la d\u00e9l\u00e9gation alg\u00e9rienne d&rsquo;abord, d&rsquo;\u00e9laborer une Charte commune devant lier les r\u00e9sistants marocains et les r\u00e9sistants alg\u00e9riens. Le Docteur Lamine Debaghine et Ben Bella pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, Ben Aboud et Abbas pour le Maroc, \u00e9taient charg\u00e9s de r\u00e9diger un projet. A la suite de certains incidents qui oppos\u00e8rent Ben Bella au Docteur Lamine, c&rsquo;est en d\u00e9finitive le Docteur Ben Aboud et moi-m\u00eame qui avons pris sur nous la t\u00e2che d&rsquo;\u00e9laborer cette Charte. De ce point de vue, le t\u00e9moignage du Docteur Ben Aboud, qui exerce toujours \u00e0 Sal\u00e9, peut \u00eatre pr\u00e9cieux, pour essayer de reconstituer avec lui le texte de cette Charte. En tout cas il est indiscutable que le point essentiel portait sur la n\u00e9cessit\u00e9 de concevoir la lutte de lib\u00e9ration au Maroc et en Alg\u00e9rie comme une lutte commune et indivisible, donc incompatible avec des cessez-le-feu s\u00e9par\u00e9s. Le pr\u00e9c\u00e9dent tunisien \u00e9tait encore tout chaud !<\/p>\n\n\n\n<p>Cette Charte avait-elle l&rsquo;aval de tous les dirigeants de l&rsquo;Istiqlal ? Je ne saurais l&rsquo;affirmer, il nous appartient de le v\u00e9rifier ; mais \u00e0 partir de cette charte, la coop\u00e9ration amorc\u00e9e au Bureau du Maghreb pouvait prendre une tournure et un contenu v\u00e9ritablement strat\u00e9gique, car nous avions d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;une action commune d&rsquo;envergure.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que l&rsquo;Oranais, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;arrestation des responsables du 1er novembre n&rsquo;avait pu entrer en dissidence arm\u00e9e. A la suite d&rsquo;une r\u00e9organisation et d&rsquo;un approvisionnement en armements, nous avions d\u00e9cid\u00e9 de relancer notre activit\u00e9 militaire dans cette r\u00e9gion. Cela devait se faire conjointement et simultan\u00e9ment avec une op\u00e9ration de guerre qui devait \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 partir du Rif. Relance spectaculaire du combat commun dont la date \u00e9tait fix\u00e9e, si je ne m&rsquo;abuse, au 2 ou 3 Octobre 1955, mais relance spectaculaire aussi de notre action diplomatique. Cette action diplomatique commune devait \u00eatre synchronis\u00e9e avec l&rsquo;action militaire. Aussi un t\u00e9l\u00e9gramme de confirmation du d\u00e9clenchement du 2 au 3 Octobre devait m&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 New York pour que je puisse prendre avec les camarades marocains les mesures n\u00e9cessaires \u00e0 une action commune. Le sc\u00e9nario mis au point a \u00e9t\u00e9 strictement respect\u00e9. Pour un \u00ab new look \u00bb diplomatique, il y avait d\u00e9sormais un point d&rsquo;ancrage strat\u00e9gique sur le terrain. En quoi consistait ce \u00ab new look \u00bb ? C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;abord abandonner la terminologie nationaliste et parler du Maghreb, de la f\u00e9d\u00e9ration nord-africaine et ensuite entreprendre en commun nos activit\u00e9s diplomatiques, dans une d\u00e9marche militante commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes tout de suite r\u00e9unis, Ben Aboud, Youssoufi, Yazid et moi-m\u00eame ; nous \u00e9tions des jeunes et nous avions \u00e0 c\u0153ur de donner suite \u00e0 cette d\u00e9cision historique pour entreprendre des initiatives en commun. Je dois signaler des r\u00e9sistances de la part de la vieille garde, et notamment de Balafrej qui se trouvait \u00e0 New York. J&rsquo;entends \u00e9voquer ici un souvenir qui rel\u00e8ve de l&rsquo;anecdote : me rendant au domicile de Laghzaoui, loin de New York, je l&rsquo;y ai trouv\u00e9 bien d\u00e9moralis\u00e9 : il se plaignait des n\u00e9gligences et du laisser-aller qui r\u00e9gnaient au sein de la direction du mouvement marocain, il se faisait surtout beaucoup de soucis au sujet du roi et de sa famille d\u00e9port\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait la veille du d\u00e9clenchement commun ; je ne pouvais \u00e9videmment pas lui r\u00e9v\u00e9ler ce d\u00e9clenchement mais je l&rsquo;assurai que bient\u00f4t il reverrait sa Majest\u00e9 et sa famille. Je pense que Laghzaoui peut fournir un t\u00e9moignage utile sur cette p\u00e9riode ; il n&rsquo;allait pas tarder d&rsquo;ailleurs \u00e0 \u00eatre rappel\u00e9 par Mohamed V pour prendre la direction de la S\u00fbret\u00e9 Nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le retour de Mohamed V, les n\u00e9gociations d&rsquo;Aix-les-Bains allaient marquer un tournant d\u00e9cisif dans le d\u00e9roulement de la lutte de lib\u00e9ration \u00e0 travers le Maghreb. Une question essentielle se posait aux r\u00e9sistants marocains et alg\u00e9riens : fallait-il poursuivre le combat commun, malgr\u00e9 l&rsquo;ouverture du gouvernement fran\u00e7ais envers les aspirations marocaines, et la Charte qui liait les deux mouvements, ou bien fallait-il en d\u00e9finitive se soumettre aux \u00e9v\u00e8nements, accepter le processus de cessez-le-feu s\u00e9par\u00e9 et de r\u00e9cup\u00e9ration progressive et pacifique par le pays fr\u00e8re du Maroc des attributs de sa souverainet\u00e9 ? Cette question a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;une rencontre extraordinaire entre les dirigeants de la r\u00e9sistance marocaine et ceux du FLN. Du c\u00f4t\u00e9 marocain, il y avait Abderrahmane Youssoufi, Abdelkrim Khatib, Abbas, du c\u00f4t\u00e9 alg\u00e9rien, Ben M&rsquo;Hidi qui s&rsquo;appr\u00eatait justement \u00e0 entrer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, Yousfi qui \u00e9tait le repr\u00e9sentant du F.L.N. \u00e0 Madrid, qui est maintenant en Alg\u00e9rie apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ambassadeur \u00e0 Berne, et moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui nous concerne, il est bien \u00e9vident que nous demandions le respect de la Charte d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s ferme, et nous avons exprim\u00e9 notre surprise qu&rsquo;on ait pu envisager de r\u00e9\u00e9diter l&rsquo;exp\u00e9rience tunisienne de paix s\u00e9par\u00e9e. Outre le respect des stipulations de la Charte, il y avait de notre part un r\u00e9flexe tout \u00e0 fait naturel de combattants qui ne veulent pas \u00eatre isol\u00e9s. Certes, le retour du souverain l\u00e9gitime sur le tr\u00f4ne de son pays constituait un v\u00e9ritable bouleversement politique, mais on pouvait tr\u00e8s bien envisager cela en commun : comment inclure cette ouverture dans le respect de la Charte conclue entre les deux mouvements de r\u00e9sistance, autrement dit, dans le processus de la lutte commune pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;Afrique du Nord ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Marocains, l&rsquo;argument principal consistait \u00e0 dire qu&rsquo;on ne comprenait pas que la lutte puisse continuer au Maroc alors que le pays retrouvait son souverain et s&rsquo;engageait dans des n\u00e9gociations. Cela risquait de prouver la non repr\u00e9sentativit\u00e9 de Mohamed V. Contre cet argument, j&rsquo;ai essay\u00e9 de faire pr\u00e9valoir une autre logique : il fallait se pr\u00e9munir contre la logique coloniale, ne pas rentrer dans le jeu ; il ne s&rsquo;agissait pas de faire la preuve de la repr\u00e9sentativit\u00e9 du monarque, la preuve en \u00e9tait faite tous les jours, mais la logique qui devait pr\u00e9sider \u00e0 l&rsquo;analyse de la situation devait \u00eatre celle de la r\u00e9sistance. L&rsquo;interrogation cons\u00e9quente \u00e9tait de savoir pourquoi le gouvernement fran\u00e7ais \u00e9tait empress\u00e9 de ramener de d\u00e9portation le roi du Maroc et de conclure une paix s\u00e9par\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s net ; les m\u00eames raisons qui l&rsquo;avaient pouss\u00e9 \u00e0 renverser la perspective au Maroc l&rsquo;auraient certainement pouss\u00e9 \u00e0 ouvrir des n\u00e9gociations en Alg\u00e9rie si, malgr\u00e9 le retour du roi, la r\u00e9sistance continuait. Car, alors que les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais seraient menac\u00e9s, la position fran\u00e7aise, son influence et toute construction seraient d\u00e9faites en Afrique \u00e0 partir de l&rsquo;Afrique du Nord ou risqueraient d&rsquo;\u00eatre mises en p\u00e9ril. La rencontre a dur\u00e9 deux jours, pendant lesquels eurent lieu des discussions tr\u00e8s fraternelles mais tr\u00e8s fermes. Nous en appelions au respect de la Charte et, finalement, le docteur Ben Aboud nous a demand\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater le combat pendant deux ou trois mois, quitte \u00e0 reprendre la lutte par la suite. Je n&rsquo;ai pas eu de mal \u00e0 souligner le danger d&rsquo;une d\u00e9mobilisation quand il s&rsquo;agit de r\u00e9volution, de lutte ; ce n&rsquo;est pas du tout un m\u00e9canisme que l&rsquo;on peut faire et d\u00e9faire \u00e0 volont\u00e9, d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 il y a d\u00e9mobilisation, c&rsquo;est un processus, un engrenage psychologique, politique qui pouvait aller tr\u00e8s loin. En d\u00e9sespoir de cause, le colonel Abbas, du Rif, a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;en ce qui le concernait, en ce qui concernait ses trois mille hommes, il demanderait \u00e0 l&rsquo;Istiqlal l&rsquo;autorisation, soit de continuer la lutte contre les troupes fran\u00e7aises au Maroc, soit de se porter volontaire pour rentrer en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que cette attitude personnelle appar\u00fbt \u00eatre de l&rsquo;insubordination au regard des dirigeants, notamment de Ben Barka ? Je ne peux y r\u00e9pondre ; cette affaire-l\u00e0 n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e, je pense que, pour qu&rsquo;elle le soit, il faudrait la soustraire aux exploitations politiques et la replacer dans son contexte historique. Il ne peut, \u00e0 mon avis, y avoir de recherche historique sans la passion de la v\u00e9rit\u00e9, sans bonne foi et cela exige une grande rigueur scientifique et un minimum d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Question &#8211; <em>Comment envisagiez-vous la Conf\u00e9rence de 1956 en Tunisie ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9ponse <\/strong>&#8211; En effet, une autre \u00e9tape historique aurait pu \u00eatre d\u00e9cisive pour le devenir du Maghreb, et aurait en tout cas transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9quation de la lutte maghr\u00e9bine de lib\u00e9ration. Elle se situe en octobre 1956 : c&rsquo;est la non-conf\u00e9rence de Tunis. On a tort de ne retenir que le rapt de l&rsquo;avion et ses cons\u00e9quences imm\u00e9diates. Quel \u00e9tait l&rsquo;enjeu de cette conf\u00e9rence, \u00e0 quoi aurait-elle pu aboutir ? Je pense qu&rsquo;il faut fouiller \u00e0 travers toutes sortes de l\u00e9gendes, et retrouver les v\u00e9ritables pr\u00e9occupations. Je vais essayer de le faire, aussi bri\u00e8vement que possible.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;arrive \u00e0 Madrid le 18 ou 19 octobre 1956, de New York o\u00f9 j&rsquo;avais r\u00e9dig\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 le m\u00e9moire devant appuyer la demande d&rsquo;inscription de la question alg\u00e9rienne \u00e0 la nouvelle session de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. Mais mon v\u00e9ritable probl\u00e8me, le voici : \u00e0 la suite de nombreux contacts, j&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 trouver une source d&rsquo;approvisionnement d&rsquo;armes, c&rsquo;\u00e9tait une question vitale pour la r\u00e9sistance. J&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 conclure un march\u00e9 qui portait sur dix mille fusils de guerre, des centaines de mitrailleuses l\u00e9g\u00e8res et lourdes, des mitraillettes Thomson, des colts, le tout avec des munitions standard , il y avait m\u00eame des lance-flammes. Un bateau \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vu pour le chargement en direction de l&rsquo;Afrique du Nord. Il restait simplement \u00e0 accomplir des formalit\u00e9s d&rsquo;assurance et le paiement des armes ; mais pour couvrir l&rsquo;op\u00e9ration il me fallait une licence d\u00e9livr\u00e9e par un pays fr\u00e8re. J&rsquo;ai rendu visite \u00e0 Moundji Slim, arriv\u00e9 quelques jours avant comme ambassadeur de son pays \u00e0 Washington. Celui-ci me confia qu&rsquo;il ne disposait pas encore d&rsquo;un courrier diplomatique qui lui permettait d&rsquo;acheminer de fa\u00e7on \u00ab top secret \u00bb le message pour Tunis. Je vis alors le docteur Ben Aboud, qui lui aussi venait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme ambassadeur du Maroc \u00e0 Washington. Celui-ci me dit qu&rsquo;il fallait passer outre le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, pour des raisons qu&rsquo;on devine ais\u00e9ment : il fallait que je m&rsquo;adresse directement \u00e0 Sa Majest\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait la seule mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9viter atermoiements et prudence excessive. L\u00e0-dessus et pour ne pas avoir \u00e0 ouvrir une parenth\u00e8se lors de la conf\u00e9rence de Rabat, je m&#8217;empressai de pr\u00e9ciser qu&rsquo;au cours d&rsquo;une lev\u00e9e de s\u00e9ance je pris \u00e0 part le prince Moulay Hassan, aujourd&rsquo;hui roi du Maroc, et je lui fis part de ma demande. Il alla aussit\u00f4t s&rsquo;adresser \u00e0 son p\u00e8re et me transmit une r\u00e9ponse positive. Je fis parvenir sur le champ, par les coins d&rsquo;Omar Boudaoud, qui allait devenir par la suite responsable de la F\u00e9d\u00e9ration de France du F.L.N., un t\u00e9l\u00e9gramme cod\u00e9 \u00e0 ma femme rest\u00e9e \u00e0 New York pour prendre rendez-vous avec mon interlocuteur afin de conclure le march\u00e9 pour le mercredi, c&rsquo;est a dire deux jours apr\u00e8s le rapt de l&rsquo;avion. Je n&rsquo;avais pas du tout l&rsquo;intention moi-m\u00eame alors de me rendre \u00e0 Tunis, anxieux que j&rsquo;\u00e9tais de r\u00e9soudre cette question de l&rsquo;approvisionnement en armement ; c&rsquo;\u00e9tait mon probl\u00e8me num\u00e9ro un et il \u00e9tait sur le point d&rsquo;\u00eatre r\u00e9gl\u00e9 ! Mohamed V avait donc accept\u00e9 de d\u00e9livrer une licence qui me permettait de faire sortir le bateau d&rsquo;approvisionnement pour le compte et au nom du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Question <\/strong><em><strong>&#8211; Comment s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e la conf\u00e9rence de Rabat ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9ponse <\/strong>&#8211; Je dois d&rsquo;abord pr\u00e9senter les participants. Du c\u00f4t\u00e9 marocain, si j&rsquo;ai bonne m\u00e9moire, il y avait bien s\u00fbr Sa Majest\u00e9 Mohamed V, son fils, Abderrahmane Youssoufi, le docteur Khatib et puis deux ou trois personnes ; il y avait \u00e9galement le Dr Hafedh Ibrahim, d&rsquo;origine tunisienne qui vit en Espagne ; du c\u00f4t\u00e9 alg\u00e9rien, Khider, Boudiaf, Lacheraf, Ben Bella et moi-m\u00eame. La premi\u00e8re s\u00e9ance eut lieu au Palais, j&rsquo;appris par la suite qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un contact direct, dans les coulisses, entre le roi du Maroc d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre Ben Bella et Boudiaf. C&rsquo;est au cours de cette rencontre que le roi avait propos\u00e9 aux deux responsables alg\u00e9riens de parler au nom de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 la conf\u00e9rence de Tunisie. Ce que personnellement j&rsquo;ignorais. Au cours des premi\u00e8res discussions j&rsquo;ai donc \u00e9t\u00e9 surpris de voir, qu&rsquo;en ce qui concernait la conf\u00e9rence de Tunis, projet\u00e9e entre les trois partis, l&rsquo;id\u00e9e fondamentale que r\u00e9p\u00e9taient nos fr\u00e8res marocains d&rsquo;une fa\u00e7on plus ou moins explicite, c&rsquo;\u00e9tait de faire sortir l&rsquo;Alg\u00e9rie de l&rsquo;isolement et de permettre au roi du Maroc de d\u00e9fendre aupr\u00e8s de Bourguiba la question alg\u00e9rienne. J&rsquo;\u00e9tais personnellement tr\u00e8s surpris par cette proposition. Devant le silence de nos compagnons, j&rsquo;ai d\u00e9fendu la th\u00e8se selon laquelle il serait absolument incompr\u00e9hensible que, nous, qui cherchions \u00e0 sortir la personnalit\u00e9 alg\u00e9rienne de l&rsquo;oubli historique, nous, qui n&rsquo;avions laiss\u00e9 aucune pierre non retourn\u00e9e, qui \u00e9tions all\u00e9s \u00e0 Bogor, \u00e0 Bandung, aux Nations-Unies pour faire en sorte que l&rsquo;Alg\u00e9rie retrouve sa personnalit\u00e9, nous soyons absents de la premi\u00e8re conf\u00e9rence diplomatique maghr\u00e9bine ! L&rsquo;Alg\u00e9rie devait par cons\u00e9quent faire son entr\u00e9e par la grande porte dans les affaires mondiales, gr\u00e2ce et \u00e0 partir de cette premi\u00e8re rencontre. Je dois dire que je ne cherche pas du tout ici \u00e0 faire valoir mes positions. S&rsquo;agissant de donn\u00e9es historiques, je pense qu&rsquo;on a pour devoir de les livrer sans complexe. L&rsquo;impression que j&rsquo;eus de cette premi\u00e8re s\u00e9ance, et l\u00e0, il y a toujours un coefficient subjectif, c&rsquo;est qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e un peu dans la confusion, qui s&rsquo;explique par l&rsquo;improvisation qui a pr\u00e9sid\u00e9 notre d\u00e9part de Madrid jusqu&rsquo;\u00e0 Rabat en passant par Tetouan. Improvisation qui caract\u00e9rise l&rsquo;activisme, en tout cas l&rsquo;activisme alg\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 beaucoup question, au cours de cette premi\u00e8re prise de contact, des pourparlers que Moulay Hassan avait eus \u00e0 Paris avec des personnalit\u00e9s fran\u00e7aises, et d&rsquo;une volont\u00e9 exprim\u00e9e, ici ou l\u00e0, de r\u00e9gler pacifiquement le probl\u00e8me alg\u00e9rien. Khider fit une esp\u00e8ce de mise au point sur les contacts qu&rsquo;il avait eus personnellement, en compagnie de Yazid, avec les envoy\u00e9s de Guy Mollet. L&rsquo;impression qui se d\u00e9gageait de ces contacts \u00e9tait que le pouvoir fran\u00e7ais n&rsquo;allait pas au-del\u00e0 d&rsquo;un statut d&rsquo;autonomie <em>\u00ab \u00e0 la sicilienne \u00bb<\/em>. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un r\u00e9am\u00e9nagement du statut de l&rsquo;Alg\u00e9rie vot\u00e9 le 20 septembre 1947, c&rsquo;est \u00e0 dire d&rsquo;un pouvoir r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite d&rsquo;une suspension de s\u00e9ance, je proposai au nom de la d\u00e9l\u00e9gation du F.L.N. et sans avoir pris l&rsquo;avis de mes camarades puisqu&rsquo;ils ne m&rsquo;avaient pas demand\u00e9 pr\u00e9alablement le mien, que la conf\u00e9rence de Tunis se prononce pour l&rsquo;\u00e9dification ici et maintenant d&rsquo;une F\u00e9d\u00e9ration nord-africaine ce qui supposait qu&rsquo;au pr\u00e9alable le Front de Lib\u00e9ration Nationale et l&rsquo;A.L.N. proclament la R\u00e9publique, se proclament en entit\u00e9 ind\u00e9pendante et soient reconnues ipso facto par les pays maghr\u00e9bins.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait impasse politique : si nos positions et les positions fran\u00e7aises \u00e9taient si \u00e9loign\u00e9es les unes des autres, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il y avait impasse sur le terrain. Il fallait donc changer l&rsquo;\u00e9quation politique avec la certitude qu&rsquo;elle pourrait changer l&rsquo;\u00e9quation militaire, si les Fran\u00e7ais s&rsquo;ent\u00eataient \u00e0 ne pas r\u00e9aliser leurs v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. Ces int\u00e9r\u00eats l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait la prise en compte d&rsquo;une formule \u00ab d&rsquo;association \u00bb que les trois pays maghr\u00e9bins, organis\u00e9s en F\u00e9d\u00e9ration, allaient proposer \u00e0 la France. D\u00e9sormais, en balance, il ne devait plus y avoir l&rsquo;Alg\u00e9rie et la France, mais la France et l&rsquo;Afrique du Nord avec tout ce que cela pouvait comporter comme int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, politiques, et comme ponts jet\u00e9s vers l&rsquo;Afrique et l&rsquo;ensemble du monde islamique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fis donc cette proposition et invitai les Marocains \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 donner leur r\u00e9ponse sur ces propositions concr\u00e8tes. J&rsquo;imagine que les Fr\u00e8res marocains devaient \u00eatre surpris par cette proposition, d&rsquo;autant que ni Boudiaf ni Ben Bella &lsquo;y avaient apport\u00e9 d&rsquo;objection. Boudiaf me confia plus tard, \u00e0 la Sant\u00e9, qu&rsquo;au cours de l&rsquo;entretient secret qui avait eu lieu en compagnie de Ben Bella avec Sa Majest\u00e9 et son fils, la discussion avait bien porte sur la repr\u00e9sentation de l&rsquo;Alg\u00e9rie par le Maroc \u00e0 Tunis ! Quoiqu&rsquo;il en soit, quelle f\u00fbt notre joie le lendemain, d\u00e8s la reprise de la conf\u00e9rence, d&rsquo;entendre Son Altesse se prononcer d&rsquo;une mani\u00e8re p\u00e9remptoire sur nos propositions en disant que le Maroc les faisait siennes. Je pense donc essentiel de r\u00e9tablir la perspective dans laquelle devait se tenir la conf\u00e9rence de Tunis. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;abord et avant tout de concr\u00e9tiser la F\u00e9d\u00e9ration Nord-Africaine, de construire le Maghreb. C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0, que nos relations avec la France devaient se red\u00e9finir : qu&rsquo;elles soient pacifiques, et c&rsquo;est ce que nous souhaitions, ou qu&rsquo;elles soient violentes, par la continuit\u00e9 de la guerre de lib\u00e9ration, ce qui \u00e9videmment devait alors nous poser la question de la reconversion de nos strat\u00e9gies respectives et communes.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite est connue : il y a eu le rapt, et la non conf\u00e9rence de Tunis. Ce que je voudrais ajouter \u00e0 ce propos, c&rsquo;est que beaucoup de commentateurs, d&rsquo;historiens s&rsquo;arr\u00eatent au fait que le d\u00e9tournement de l&rsquo;avion, est le r\u00e9sultat d&rsquo;une initiative subalterne ; cela est vrai ; je pense que les partisans de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, ont voulu mettre le pouvoir en France devant le fait accompli. Mais j&rsquo;ai peine \u00e0 croire que les services parisiens d&rsquo;information n&rsquo;aient pas r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;importance strat\u00e9gique de cette conf\u00e9rence et n&rsquo;aient pas pris une part active, sinon la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re de la faire \u00e9chouer. Je voudrais \u00e9galement, \u00e0 toutes fins utiles, verser un autre \u00e9l\u00e9ment concernant ce rapt. Quelques minutes avant la lev\u00e9e de la deuxi\u00e8me s\u00e9ance de travail, je demandais au prince Moulay Hassan de nous voir un instant, et je lui ai expliqu\u00e9 le danger qu&rsquo;il y avait \u00e0 suivre le plan de vol initial, \u00e0 savoir monter dans le m\u00eame avion que Sa Majest\u00e9 et survoler l&rsquo;Alg\u00e9rie. Je soulignais que l&rsquo;Histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e9tait \u00e9maill\u00e9e par des coups de force, des faits accomplis devant lesquels les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes, coloniales avaient plac\u00e9 le pouvoir central. Il y avait donc un v\u00e9ritable danger \u00e0 survoler l&rsquo;espace a\u00e9rien contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, ce qui pouvait \u00e9galement comporter un p\u00e9ril pour Sa Majest\u00e9. L\u00e0-dessus, et je pense qu&rsquo;on ne r\u00e9futera pas ce t\u00e9moignage, Hassan est revenu autour de la table, et il a dit : <em>\u00ab si A\u00eft Ahmed vient d&rsquo;attirer mon attention sur un fait important \u00bb<\/em> et il a parl\u00e9 de mes appr\u00e9hensions. C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 que nous avions d\u00e9cid\u00e9 de ne plus monter dans le m\u00eame avion et de prendre un itin\u00e9raire qui nous \u00e9loigne de l&rsquo;espace a\u00e9rien dangereux.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de notre arrestation, je n&rsquo;aurai pas grand chose \u00e0 apporter comme \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;intervention et d&rsquo;appr\u00e9ciation directe de la situation, puisque nous \u00e9tions hors de combat ; je pourrais beaucoup plus parler de nos probl\u00e8mes int\u00e9rieurs, c&rsquo;est \u00e0 dire des cons\u00e9quences que notre emprisonnement allait entra\u00eener sur la direction du FLN et de l&rsquo;ALN et sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoiqu&rsquo;il en soit, le r\u00e9cit parcellaire des relations personnelles doit c\u00e9der le pas \u00e0 une analyse globale de la situation, pour retrouver les v\u00e9ritables probl\u00e8mes qui se posaient \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie combattante et au Maghreb. Il faut un certain recul par rapport \u00e0 soi, je dirai par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, pour suivre l&rsquo;histoire en tant que processus de l&rsquo;humanit\u00e9 maghr\u00e9bine engag\u00e9e dans son combat lib\u00e9rateur. Il est \u00e9vident que les relations entre les trois pays du Maghreb allaient se situer d\u00e9sormais sur un plan technique, voire tactique, mais n&rsquo;allaient plus parvenir \u00e0 retrouver ce registre strat\u00e9gique capable de modifier de fond en comble les rapports de force qui nous opposaient au colonialisme. Quand je parle <em>\u00ab registre strat\u00e9gique \u00bb<\/em>, je pense surtout \u00e0 la conduite de la guerre proprement dite, \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif supr\u00eame qui consiste \u00e0 terminer la guerre vite et bien. Autrement dit \u00e0 r\u00e9aliser les objectifs politiques dans les meilleurs d\u00e9lais. Cela suppose que l&rsquo;on ait constamment dans la pens\u00e9e et dans les actes, comme pr\u00e9occupation, de renforcer les potentiels militaires en premier lieu, puis politiques, diplomatiques, et psychologiques. Il s&rsquo;agit, en mati\u00e8re de strat\u00e9gie, de d\u00e9velopper au maximum les forces existantes et de cr\u00e9er continuellement d&rsquo;autres forces susceptibles de submerger l&rsquo;ennemi et d&rsquo;exercer sur lui tout un faisceau d&rsquo;oppressions. En d&rsquo;autres termes, et \u00e9tant donn\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9crasante de l&rsquo;ennemi en moyens conventionnels, militaires et diplomatiques, il ne fallait jamais renoncer aux buts, aux lignes directrices de la strat\u00e9gie militaire, telles qu&rsquo;elles avaient \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues et pratiqu\u00e9es par l&rsquo;organisation secr\u00e8te. En tout cas, pour ma part, je n&rsquo;ai jamais perdu de vue les imp\u00e9ratifs de cette strat\u00e9gie militaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du Maghreb. Nous ne pouvons pas, certes, refaire l&rsquo;histoire avec des \u00ab si \u00bb, mais si la conf\u00e9rence de Tunis avait \u00e9t\u00e9 tenue, que l&rsquo;Alg\u00e9rie ait r\u00e9\u00e9merg\u00e9 en tant qu&rsquo;entit\u00e9 gouvernementale et se soit inscrite \u00e0 part enti\u00e8re dans le Maghreb, il est \u00e9vident que l&rsquo;\u00e9quation des conflits aurait \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e de fond en comble et nous aurions atteint le but strat\u00e9gique de la guerre r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;ind\u00e9pendance de nos trois pays dans les meilleurs d\u00e9lais. Fid\u00e8le, je dirais d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 obsessionnelle \u00e0 ce principe directeur de la guerre r\u00e9volutionnaire, et de la strat\u00e9gie militaire, je n&rsquo;ai jamais renonc\u00e9 \u00e0 tenter de transformer l&rsquo;\u00e9quation maghr\u00e9bine \u00e0 partir de la prison.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au lendemain de mon arrestation, j&rsquo;ai rapidement r\u00e9dig\u00e9 un rapport pour la constitution d&rsquo;un gouvernement \u00e0 l&rsquo;intention du Comit\u00e9 de Coordination et d&rsquo;Ex\u00e9cution (CCE). Je vous renvoie pour ce rapport \u00e0 <em>\u00ab Guerre et apr\u00e8s guerre \u00bb<\/em>, un petit livre que j&rsquo;ai publi\u00e9 en 1963, aux \u00e9ditions de Minuit, et dans lequel j&rsquo;ai rassembl\u00e9 \u00e0 la diable quelques textes que j&rsquo;ai pu r\u00e9cup\u00e9rer. Deux ans se sont pass\u00e9s, avant que les fr\u00e8res dirigeants de l&rsquo;\u00e9poque ne se soient r\u00e9solus \u00e0 constituer un gouvernement. Mais si nous avions pris cette initiative au lendemain de notre arrestation, ou disons quelques mois simplement avant l&rsquo;arriv\u00e9e du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au pouvoir, celui-ci aurait \u00e9t\u00e9 mis devant le fait accompli de l&rsquo;existence d&rsquo;un interlocuteur valable reconnu par de nombreux gouvernements et surtout par les Etats fr\u00e8res. Encore une fois, si la conf\u00e9rence de Tunis s&rsquo;\u00e9tait tenue, dans la perspective que j&rsquo;ai esquiss\u00e9e, il est certain qu&rsquo;elle aurait pr\u00e9cipit\u00e9 le retour du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au pouvoir et aurait facilit\u00e9 \u00e0 celui-ci la mise au pas de son arm\u00e9e, d&rsquo;autant que celle-ci se serait retrouv\u00e9e devant une impasse militaire et diplomatique. Dans \u00ab guerre et apr\u00e8s guerre \u00bb, vous pouvez \u00e9galement trouver deux rapports que j&rsquo;ai faits depuis l&rsquo;ile d&rsquo;Aix, \u00e0 l&rsquo;effet de <em>\u00ab maghr\u00e9biser \u00bb<\/em> la guerre de lib\u00e9ration. C&rsquo;est dire que personnellement je ne me suis jamais r\u00e9solu \u00e0 accepter la strat\u00e9gie de la dispersion dont le r\u00e9sultat \u00e9vident \u00e9tait l&rsquo;isolement de l&rsquo;Alg\u00e9rie avec tout ce que cela comportait comme risques de g\u00e9nocide.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux rapports indiquent ma volont\u00e9 de contribuer \u00e0 rompre la rupture intervenue dans le Front commun que nous avions essay\u00e9 de mettre sur pied pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;Afrique du Nord. On me dira qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de ma position personnelle qui n&rsquo;\u00e9tait pas celle des <em>\u00ab cinq \u00bb<\/em>. Il faut en finir avec cette l\u00e9gende, ce mythe de l&rsquo;unit\u00e9 entre certains dirigeants de la r\u00e9volution. En fait, il n&rsquo;y a jamais eu unit\u00e9 en vue, ni sur le plan id\u00e9ologique, ni sur le plan politique et surtout en ce qui concerne la conduite strat\u00e9gique et tactique de la guerre r\u00e9volutionnaire. Ce n&rsquo;est pas ici le lieu d&rsquo;exposer, les positions et les approches diff\u00e9rentes, ce serait revenir sur la crise d\u00e9clench\u00e9e par le Congr\u00e8s de la Soummam et sur le grand probl\u00e8me de la <em>\u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb<\/em>, je dirais de pseudo-l\u00e9gitimit\u00e9 soulev\u00e9 par ce Congr\u00e8s et ses cons\u00e9quences. Cependant, pour en revenir \u00e0 la question initiale que vous m&rsquo;avez pos\u00e9e sur les rapports qui r\u00e9gissaient les luttes de lib\u00e9ration au Maghreb, je dirais que malgr\u00e9 les tentatives de rupture de la strat\u00e9gie de dispersion ; et de la division, la coop\u00e9ration entre les diff\u00e9rents mouvements de lib\u00e9ration allaient descendre du registre strat\u00e9gique au registre tactique et technique. C&rsquo;est \u00e0 dire que, d\u00e9sormais, au lieu d&rsquo;une lutte men\u00e9e de concert sur le terrain, les fr\u00e8res marocains et tunisiens furent contraints d&rsquo;adapter les imp\u00e9ratifs de solidarit\u00e9 -car il ne s&rsquo;agira plus que de solidarit\u00e9 avec l&rsquo;Alg\u00e9rie &#8211; avec les imp\u00e9ratifs gouvernementaux d&rsquo;Etats \u00e9mergents qui ont des rapports \u00e9tatiques avec la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais qu&rsquo;\u00e0 ce niveau, de coop\u00e9ration tactique et technique, la solidarit\u00e9 a jou\u00e9 dans toute la mesure du possible. Qui peut nier l&rsquo;importance des bases militaires, politiques et diplomatiques qui ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es en pays fr\u00e8res par le FLN ; l&rsquo;ALN et le GPRA ? Qui peut nier les facilit\u00e9s de passage vers les fronti\u00e8res garanties par les nouveaux pouvoirs fr\u00e8res au Maroc et en Tunisie ? Qui peut nier l&rsquo;aide fournie en armement, en argent et sur tous les plans \u00e0 la lutte de lib\u00e9ration alg\u00e9rienne ? Il y a eu, certes, des hauts et des bas, il y a eu des probl\u00e8mes entre le gouvernement tunisien et le GPRA, le gouvernement marocain et le GPRA ; cela t\u00e9moignait pr\u00e9cis\u00e9ment de la difficult\u00e9 pour ces deux Etats, acc\u00e9dant \u00e0 la souverainet\u00e9, de soutenir une guerre, sans entrer en guerre avec le pouvoir colonial. Je pourrais vous raconter quelques anecdotes, qui illustreraient le drame de conscience qui se posait aux dirigeants alg\u00e9riens, de m\u00eame qu&rsquo;aux dirigeants marocains. Je pourrais par exemple, \u00e9voquer l&rsquo;\u00e9pisode de la gr\u00e8ve de la faim que nous avions entam\u00e9e \u00e0 Turquant et que nous avons termin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Garches. Le 20e jour de gr\u00e8ve de la faim, le souverain marocain d\u00e9p\u00eacha une d\u00e9l\u00e9gation aupr\u00e8s du g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle, en vue de faire aboutir nos revendications. Nous avons fait une gr\u00e8ve de la faim d&rsquo;abord en solidarit\u00e9, avec des milliers de compatriotes qui venaient d&rsquo;engager cette lutte pour se voir reconna\u00eetre la qualit\u00e9 de d\u00e9tenu politique, et ensuite pour r\u00e9agir contre toute sorte de vexations, de mesures restrictives que Michel Debr\u00e9, ministre de la justice, avait impos\u00e9es. Il voulait r\u00e9duire, peu \u00e0 peu, en tranches de salami, le r\u00e9gime lib\u00e9ral, tr\u00e8s lib\u00e9ral qui nous avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 \u00e0 Turquant, apr\u00e8s notre transfert de l&rsquo;ile d&rsquo;Aix. Cette mission marocaine nous rendit alors visite pour nous demander de cesser la gr\u00e8ve de la faim car, \u00e9videmment, l&rsquo;opinion marocaine \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mue. Th\u00e9oriquement, nous \u00e9tions encore les h\u00f4tes de Sa Majest\u00e9, et puis rappelons-nous cette formidable lev\u00e9e populaire qui, \u00e0 Rabat, est all\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 incendier l&rsquo;ambassade de France. La d\u00e9l\u00e9gation \u00e9tait compos\u00e9e de Allal El Fassi, Guedira, Driss Slaoui, le docteur Khatib. J&rsquo;ai gard\u00e9 un souvenir tr\u00e8s net des th\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s par la plupart des fr\u00e8res. Allal El Fassi nous convia a la sagesse, au nom de l&rsquo;Islam car l&rsquo;Islam interdit le suicide et, d&rsquo;apr\u00e8s lui, De Gaulle n&rsquo;\u00e9tant pas pr\u00eat \u00e0 c\u00e9der, nous allions droit au suicide. Khatib plaida l&rsquo;amiti\u00e9 et l&rsquo;impossibilit\u00e9 qu&rsquo;il y avait sur le plan affectif \u00e0 nous laisser mourir vainement. Quant \u00e0 Guedira, il plaida le dossier proprement politique, le dossier de la n\u00e9gociation. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Je viens<\/em> d\u00e9clara-t-il, <em>de voir Ben Khedda, Pr\u00e9sident du GPRA, de m\u00eame que Krim Belkacem \u00bb<\/em> \u2026 et, ajouta-t-il, <em>\u00ab vous les mettez dans une dr\u00f4le de situation, au moment o\u00f9 les n\u00e9gociations avancent, alors qu&rsquo;il y a des chances d&rsquo;aboutir, voil\u00e0 que, sans crier gare, vous leur posez ce probl\u00e8me brulant \u00bb<\/em> \u2026 <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce \u00e0 quoi Ben Bella r\u00e9pondit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Je ne fais pas la gr\u00e8ve de la faim contre le gouvernement fran\u00e7ais ni contre les autorit\u00e9s marocaines, je la fais contre le GPRA qui nous a abandonn\u00e9s \u00bb<\/em>. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je rappelle que le conflit m\u00fbrissait depuis longtemps, je dirais, pourrissait, et que, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 Turquant, certains journaux fran\u00e7ais avaient publi\u00e9 des rumeurs selon lesquelles il y avait friction grave entre le GPRA et les <em>\u00ab Cinq \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s que Ben Bella soit intervenu, j&rsquo;ai tenu, sans outrance verbale mais dans la rigueur, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 chacun des fr\u00e8res marocains. Je les ai remerci\u00e9s pour les sentiments qui les animaient, et dont je ne doutais pas ; pas plus que je ne doutais des motivations profondes qui amenaient Sa Majest\u00e9 \u00e0 d\u00e9p\u00eacher cette d\u00e9l\u00e9gation. Je r\u00e9pondis \u00e0 Reda Guedira d&rsquo;abord, en disant que notre gr\u00e8ve de la faim \u00e9tait une gr\u00e8ve de solidarit\u00e9, avec nos compatriotes qui croupissaient dans des centaines de prisons et souffraient le martyre du racisme, et de la r\u00e9pression jusque dans leurs cellules. Qu&rsquo;ensuite, nous avions malgr\u00e9 tout \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;importance et l&rsquo;impact de notre gr\u00e8ve de la faim et que nous avions agi en responsables, dans la perspective de la n\u00e9gociation. Il est tout de m\u00eame classique que la lutte ne s&rsquo;arr\u00eate pas \u00e0 la n\u00e9gociation. Au contraire, c&rsquo;est au moment o\u00f9 commencent les pourparlers que les partenaires, et notamment les opprim\u00e9s, doivent jouer tous leurs atouts et exacerber leur forme de lutte. C&rsquo;\u00e9tait pour nous une fa\u00e7on de contribuer \u00e0 cette lutte, et, s&rsquo;agissant d&rsquo;une guerre r\u00e9volutionnaire, la lutte psychologique avait une importance presque d\u00e9cisive. Par ailleurs, notre gr\u00e8ve n&rsquo;\u00e9tait pas du tout un obstacle, c&rsquo;\u00e9tait un r\u00e9v\u00e9lateur. <em>\u00ab Qui peut le plus peut le moins \u00bb<\/em>, je me rappelle cette expression : qui pouvait pr\u00e9tendre passer un accord avec le GPRA et le faire accepter \u00e0 son arm\u00e9e, \u00e0 plus forte raison \u00e9tait capable de faire accepter le r\u00e9gime politique \u00e0 celle-ci. Il convient de rappeler ici l&rsquo;argument selon lequel De Gaulle ne pouvait faire une concession face \u00e0 une arm\u00e9e qui verrait d&rsquo;un tr\u00e8s mauvais \u0153il que l&rsquo;on soit trait\u00e9 en interlocuteurs valables et qu&rsquo;on nous accorde le r\u00e9gime politique. A cela, je r\u00e9pondais que, puisque l&rsquo;arm\u00e9e \u00e9tait incapable d&rsquo;accepter ce qui est un minimum, \u00e0 plus forte raison, je ne voyais pas comment de Gaulle pourrait \u00eatre capable de faire passer dans les faits les accords qu&rsquo;il pourrait conclure avec le FLN. C&rsquo;\u00e9tait donc un test de voir jusqu&rsquo;o\u00f9 de Gaulle \u00e9tait capable d&rsquo;aller et si il avait les moyens de sa politique, ce qui, dans l&rsquo;appr\u00e9ciation que nous devions faire de la situation, me paraissait absolument fondamental. Avec Si Allal El Fassi, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un peu plus dur : il s&rsquo;\u00e9tait, en effet, r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Islam, qui interdit le suicide. Mais j&rsquo;ai dit : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Est-ce que l&rsquo;Islam accepte que des musulmans par milliers soient assassin\u00e9s, qu&rsquo;il y ait un g\u00e9nocide, aux fronti\u00e8res d&rsquo;autres musulmans et que ceux-ci restent les bras croises ! \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai dit que je n&rsquo;avais aucune ranc\u0153ur, aucun sentiment de frustration \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de nos fr\u00e8res marocains, que j&rsquo;avais dans le c\u0153ur l&rsquo;amour de toute cette partie maghr\u00e9bine, mais, tout de m\u00eame, l&rsquo;Alg\u00e9rie se battait toute seule depuis sept ann\u00e9es et faute de r\u00e9duire la r\u00e9sistance Alg\u00e9rienne les fran\u00e7ais cherchaient \u00e0 supprimer physiquement la Nation Alg\u00e9rienne. <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Est-ce que ce g\u00e9nocide va se poursuivre, sans que les musulmans qui sont marocains ou tunisiens ou libyens ou \u00e9gyptiens ou autres n&rsquo;expriment d&rsquo;autres formes de communion qu&rsquo;une solidarit\u00e9, si efficace soit-elle ? \u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, je fis une proposition susceptible de renverser la perspective.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 par dire que je ne cherchais pas du tout \u00e0 jeter le Maroc dans la guerre, mais pr\u00e9cis\u00e9ment peut-\u00eatre \u00e0 la pr\u00e9venir ; il s&rsquo;agissait de conclure une alliance et un accord de soutien mutuel entre le gouvernement alg\u00e9rien et le gouvernement marocain. Les deux gouvernements devaient d&rsquo;abord prendre acte des n\u00e9gociations qui s&rsquo;ouvraient entre les Alg\u00e9riens et les Fran\u00e7ais et souhaiter l&rsquo;aboutissement rapide des pourparlers en vue du r\u00e9tablissement de la paix en Afrique du Nord. En second lieu le gouvernement et le peuple marocain, feraient tout pour aider au succ\u00e8s de ces n\u00e9gociations, qui devaient ouvrir la voie \u00e0 une association du Maghreb avec la France. En troisi\u00e8me lieu, si par malheur ces n\u00e9gociations n&rsquo;aboutissaient pas, le gouvernement marocain se verrait dans l&rsquo;obligation de reconsid\u00e9rer sa position strat\u00e9gique et d&rsquo;\u00e9tudier des voies et moyens d&rsquo;actions directes susceptibles de parachever l&rsquo;ind\u00e9pendance des pays d&rsquo;Afrique du Nord. Evidemment, ce projet de traite d&rsquo;alliance et d&rsquo;assistance mutuelle ne pouvaient se concevoir en dehors d&rsquo;un <em>\u00ab dispositif diplomatique \u00e9largi \u00bb<\/em>, comme diraient les strat\u00e8ges sovi\u00e9tiques. Il fallait que les am\u00e9ricains et les sovi\u00e9tiques, d&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re, soient convaincus de la d\u00e9termination du gouvernement marocain, d&rsquo;entrer en guerre en cas d&rsquo;\u00e9chec de ces n\u00e9gociations. Cela \u00e9tait indispensable pour d\u00e9clencher tout le faisceau de pression diplomatique, politique, \u00e9conomique et militaire de la part notamment des Occidentaux, pour \u00e9viter l&#8217;embrasement g\u00e9n\u00e9ral du Maghreb.<\/p>\n\n\n\n<p>A condition que ce pacte d&rsquo;alliance et d&rsquo;assistance mutuelle soit accompagn\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9termination, il constituera sans nul doute, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment catalyseur pour la r\u00e9ussite des n\u00e9gociations, en \u00e9tant le facteur multiplicateur de toutes les pressions qui pouvaient et devaient s&rsquo;exercer sur le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Ce qui pouvait faire avancer la paix, c&rsquo;\u00e9tait une alternative plus grave pour le gouvernement fran\u00e7ais, l&rsquo;alternative d&rsquo;une guerre difficile \u00e0 ma\u00eetriser. Mais \u00e0 condition bien s\u00fbr, que ce trait\u00e9 d&rsquo;alliance et de soutien mutuel ne s&rsquo;en tienne pas uniquement \u00e0 des paroles ; il fallait pour qu&rsquo;il soit cr\u00e9dible, que des dispositions soient prises sur le terrain, notamment aux fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moins que je puisse dire, c&rsquo;est que la th\u00e8se que je d\u00e9fendais ne faisait pas l&rsquo;unanimit\u00e9 parmi nous et que nos divisions s&rsquo;\u00e9talaient au grand jour face \u00e0 nos interlocuteurs. En ce qui me concerne, je le r\u00e9p\u00e8te, mon seul souci permanent \u00e9tait de d\u00e9bloquer la situation sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Je livre enfin \u00e0 votre r\u00e9flexion une derni\u00e8re anecdote en ce qui concerne le Bureau du Maghreb. Il s&rsquo;est produit un \u00e9v\u00e8nement qui aurait pu \u00eatre tr\u00e8s dramatique et qui t\u00e9moigne chez l&rsquo;ennemi d&rsquo;une v\u00e9ritable intention strat\u00e9gique. Un jour, un chauffeur de taxi d&rsquo;origine grec amena une valise au Bureau du Maghreb et demanda \u00e0 voir Si Allal El Fassi. Il y trouva Abdel Majid Bendjelloun. Celui-ci eut la pr\u00e9sence d&rsquo;esprit de demander ce qu&rsquo;il y avait dans la valise, faute de quoi il se verrait dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de l&rsquo;accepter ; \u00e9videmment le chauffeur de taxi ne connaissait m\u00eame pas l&rsquo;identit\u00e9 de la personne qui lui avait remis la valise. Il pr\u00e9cisa simplement qu&rsquo;elle lui avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel <em>\u00ab Semiramis \u00bb<\/em>. Cinq ou dix minutes apr\u00e8s que le chauffeur ait quitt\u00e9 l&rsquo;immeuble, il y eut une formidable explosion. Le chauffeur de taxi a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 en morceaux, la voiture litt\u00e9ralement pulv\u00e9ris\u00e9e et des buildings endommag\u00e9s \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres, c&rsquo;est vous dire la puissance de l&rsquo;engin et les d\u00e9g\u00e2ts qu&rsquo;il aurait pu occasionner s&rsquo;il avait explos\u00e9 \u00e0 notre si\u00e8ge. C&rsquo;\u00e9tait un travail de tr\u00e8s grand sp\u00e9cialiste et, \u00e0 ce niveau, les op\u00e9rations sont des op\u00e9rations de nature politique. Elles visaient visiblement \u00e0 emp\u00eacher toute jonction strat\u00e9gique des luttes de lib\u00e9ration maghr\u00e9bines.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons maintenant, des appuis et des soutiens que nous avions de la part des pays arabes ou des pays afro-asiatiques. Disons-le tout de suite, l&rsquo;action essentielle de soutien a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;action psychologique ; c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s important pour le peuple de savoir qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas seul, qu&rsquo;il y avait tout un monde derri\u00e8re eux, en communion avec leurs souffrances, leur combat. On a beau critiquer dans le d\u00e9tail, la qualit\u00e9 des \u00e9missions de <em>\u00ab La voix des Arabes \u00bb<\/em>, il n&#8217;emp\u00eache que cette \u00e9mission a jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans la guerre psychologique, tant aupr\u00e8s de nos masses que de nos combattants si bien que les forces coloniales ont voulu l&rsquo;isoler et l&rsquo;\u00e9touffer. Il est certain, que financi\u00e8rement les pays arabes, africains et asiatiques ont aid\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment les trois mouvements. Quant au soutien politique, je pense qu&rsquo;il faut sortir de la l\u00e9gende qui attribue \u00e0 un neutralisme positif, les attitudes de soutien les plus radicales. Si paradoxale que cela puisse para\u00eetre, nous avons rencontr\u00e9 des soutiens radicaux aupr\u00e8s des pays comme l&rsquo;Irak, ou l&rsquo;Arabie Saoudite qui ont pris des initiatives de pointe, aussi bien dans les sessions ordinaires de l&rsquo;Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies qu&rsquo;aupr\u00e8s du Conseil de S\u00e9curit\u00e9. Quoi qu&rsquo;il en soit ces soutiens politiques \u00e9taient \u00e9galement li\u00e9s aux rapports \u00e9tatiques. Je vous donne pour illustration le fait que <em>\u00ab La voix des Arabes \u00bb<\/em> a \u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment suspendue car le gouvernement fran\u00e7ais a jou\u00e9 du chantage \u00e9conomique sur l&rsquo;Egypte et refus\u00e9 d&rsquo;acheter des stocks de coton qui lui \u00e9taient destin\u00e9s annuellement et mena\u00e7ait de prendre d&rsquo;autres sanctions. Khider et moi-m\u00eame avions r\u00e9agi et nous n&rsquo;avions trouv\u00e9 l&rsquo;explication que plus tard. Nasser aurait dit \u00e0 Ben Bella : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab On va vous donner des armes, mais pour l&rsquo;instant, de toute fa\u00e7on la radio n&rsquo;est pas importante, ce qui importe ce sont les armes \u00bb<\/em>. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes d\u00e9men\u00e9s comme des diables aupr\u00e8s de tous les minist\u00e8res, y compris aupr\u00e8s de Sadate, charg\u00e9 des relations avec les partis et mouvements \u00e9trangers, pour sortir de ce rideau de silence. Il fallait faire comprendre \u00e0 tous, y compris \u00e0 nos camarades les plus proches, que la guerre r\u00e9volutionnaire \u00e9tait avant tout une guerre politique. On pouvait stopper un chargement d&rsquo;armements, sans porter atteinte \u00e0 la r\u00e9volution mais stopper les m\u00e9canismes psychologiques de mobilisation \u00e9tait grave. Du reste une grande explication a eu lieu plus tard, lorsque nous sommes all\u00e9s en d\u00e9l\u00e9gation voir les responsables \u00e9gyptiens en compagnie de Ben M&rsquo;Hidi et du docteur Lamine, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9p\u00each\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur. Nous avons dit aux Egyptiens : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab M\u00eame si vous nous donnez toutes vos divisions d&rsquo;armements, contre la puissance militaire et industrielle fran\u00e7aise, que pouvons-nous ? \u00bb <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il ne fallait pas perdre de vue le fait que nous menions une guerre r\u00e9volutionnaire et que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment psychologique \u00e9tait primordial.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voudrais pas mettre un point final \u00e0 ce t\u00e9moignage sans \u00e9voquer la visite que Bouteflika nous a rendu \u00e0 Turquant. Bouteflika \u00e9tait venu avec des papiers marocains, donc clandestinement, par rapport aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises. Je doute que les services sp\u00e9ciaux fran\u00e7ais le savaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mais enfin, nous \u00e9tions en pleine n\u00e9gociation ; le bout du tunnel apparaissait et peut-\u00eatre aussi les jeux politiques avaient commenc\u00e9. Et tout l&rsquo;enjeu \u00e9tait : <em>\u00ab Quid \u00bb <\/em>de l&rsquo;Alg\u00e9rie apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance ? Que ferons ses dirigeants ? Qui sont-ils, quelles seront leurs conceptions id\u00e9ologiques et politiques ? C&rsquo;\u00e9taient les questions majeures que devaient se poser la plupart des gouvernements concern\u00e9s par l&rsquo;avenir de notre r\u00e9gion, et la mission de Bouteflika s&rsquo;inscrivait dans ce contexte.<\/p>\n\n\n\n<p>La suite des \u00e9v\u00e8nements devait prouver \u00e0 quel point la r\u00e9ponse \u00e0 ces questions allait conditionner l&rsquo;avenir du Maghreb tout entier. C&rsquo;est dire que nous devons avoir le m\u00eame courage dans l&rsquo;analyse aujourd&rsquo;hui que nous l&rsquo;avons eu hier dans le combat et que nous devons reconna\u00eetre qu&rsquo;il y a des formes de colonialisme int\u00e9rieur pires que celles du colonialisme \u00e9tranger. En d\u00e9finitive, le devoir de chacun et de chacune est d&rsquo;abord d&rsquo;en prendre conscience, et ensuite d&rsquo;amorcer une autre longue marche qui doit nous conduire \u00e0 la construction du Maghreb dont nos p\u00e8res et nos anc\u00eatres ont r\u00eav\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* <em>Hocine A\u00eft Ahmed est un des chefs historiques de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em> <em>; responsable du Front des Forces Socialistes, il vit en exil depuis 1966. Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur l&rsquo;Alg\u00e9rie post-coloniale et sur les droits de l&rsquo;homme.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de Hocine A\u00eft Ahmed parue dans Sou&rsquo;al, n\u00b0 2, 1982, p. 110-133 QUESTION.- A-t-il exist\u00e9 une strat\u00e9gie de lutte commune dans les trois pays du Maghreb ? 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