{"id":28165,"date":"2026-02-23T10:55:43","date_gmt":"2026-02-23T09:55:43","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=28165"},"modified":"2026-02-23T10:55:43","modified_gmt":"2026-02-23T09:55:43","slug":"femmes-appel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/02\/23\/femmes-appel\/","title":{"rendered":"Femmes : appel"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article paru dans <em><a href=\"https:\/\/www.lesamisdegeneriques.org\/medias\/customer_28\/pdf\/FRGNQ_P0030_1979_001\/FRGNQ_P0030_1979_001.pdf\">Sans Fronti\u00e8re<\/a><\/em>, n\u00b0 1, 27 mars 1979 ; suivi d&rsquo;un dossier paru dans <em><a href=\"https:\/\/www.lesamisdegeneriques.org\/medias\/customer_28\/pdf\/FRGNQ_P0030_1979_002\/FRGNQ_P0030_1979_002.pdf\">Sans Fronti\u00e8re<\/a><\/em>, n\u00b0 2, 1er mai 1979<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"431\" height=\"547\" data-attachment-id=\"28166\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/02\/23\/femmes-appel\/immigree-1979\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?fit=431%2C547&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"431,547\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"immigr\u00e9e 1979\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?fit=236%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?fit=431%2C547&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?resize=431%2C547&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-28166\" style=\"width:389px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?w=431&amp;ssl=1 431w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/immigree-1979.jpg?resize=236%2C300&amp;ssl=1 236w\" sizes=\"auto, (max-width: 431px) 100vw, 431px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>ELLES SUPPORTENT<br>L&rsquo;INSUPPORTABLE<br>VIVENT L&rsquo;INVIVABLE \u2026<br>ET ON LEUR DEMANDE DE PENSER \u2026<br>C&rsquo;EST IMPENSABLE \u2026 (1)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, un mouvement s&rsquo;est mis en route, prenant pour cible la FEMME IMMIGREE. Ce sont, soit des associations (en qu\u00eate d&rsquo;assistanat) ou des journalistes en qu\u00eate de sensation (l&rsquo;immigration masculine \u00e9tant d\u00e9su\u00e8te) qui ont essay\u00e9 de mettre \u00e0 nu l&rsquo;IMMIGREE. Elles sont donc devenues elles aussi, des objets de laboratoire, des sujets de recherche, des objets de consommation en racontant leur mis\u00e8re quotidienne, leur soumission \u00e0 l&rsquo;homme (la femme occidentale \u00e9tait lib\u00e9r\u00e9e ?), etc.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Et bien non, la femme immigr\u00e9e, m\u00eame si elle fait face \u00e0 deux oppressions : celle du syst\u00e8me qu&rsquo;elle subit avec son mari, quotidien fait d&rsquo;incertitudes, etc., et l&rsquo;oppression de l&rsquo;homme qui trouve en elle un \u00ab souffre-douleur \u00bb \u00e0 ses probl\u00e8mes et \u00e0 son agressivit\u00e9 refoul\u00e9e, vit autre chose que l&rsquo;on veut encore ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est s\u00fbr, il y a tout cela, mais il est trop facile de ramener constamment ces sch\u00e9mas, ces clich\u00e9s \u2026 Cela rassure de savoir qu&rsquo;il y a pire que soi \u2026 et la mis\u00e8re fait vivre beaucoup trop de gens !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi ne parle-t-on pas de ces femmes qui ont lutt\u00e9 pendant des ann\u00e9es, compl\u00e8tement coup\u00e9es du sol sur lequel elles vivent ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ne parle-t-on pas de ces femmes qui luttent quotidiennement pour asseoir leur pr\u00e9sence d&rsquo;immigr\u00e9es ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ne voit-on dans la femme immigr\u00e9e, que l&rsquo;analphab\u00e8te \u00e0 qui l&rsquo;on doit tout apprendre ; la femme prostr\u00e9e face \u00e0 un labyrinthe administratif ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi continue-t-on \u00e0 faire circuler un sch\u00e9ma de MISERABILISME DEPASSE ?<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pour cela que nous pr\u00e9parons un dossier : \u00ab NOUS LES, FEMMES IMMIGREES \u00bb. Celles ou ceux qui veulent y participer doivent nous faire parvenir leurs t\u00e9moignages ou articles d\u00e8s que possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos colonnes sont ouvertes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Anth\u00e9a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">(1) Le titre est un po\u00e8me de Fatiha Berezak.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>FEMMES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-larger-font-size\"><strong>Si les murs \u00e9taient transparents<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Farida, Taous, Saliha, Marie-Lourde, B\u00e9atrice, Nadia, plusieurs femmes immigr\u00e9es. Chacune s&rsquo;est exprim\u00e9e, dans son coin, timidement, solitairement. Un peu pour jeter sur le papier, graver sur une cassette, des mots qu&rsquo;on aime r\u00e9-entendre, relire. Des mots rebelles, pudiques, des mots qu&rsquo;on re-ferme, des mots pour soi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re minute, Nadia, Alg\u00e9rienne, a h\u00e9sit\u00e9. Son texte n&rsquo;\u00e9tait pas assez bien, ne valait pas la peine. Le t\u00e9l\u00e9phone a beaucoup sonn\u00e9 entre Marseille et Paris : <em>\u00ab Je l&rsquo;envoie ce soir en express \u00bb. \u00ab Non, je l&#8217;emm\u00e8ne moi-m\u00eame demain \u00bb<\/em>. Ni demain, ni aujourd&rsquo;hui. Nadia ne vint pas. Son cri est pourtant arriv\u00e9. Farida, Taous, Anth\u00e9a ne voulaient plus r\u00e9-\u00e9couter leurs voix ; leurs voix elles les avaient grav\u00e9es. Les bandes, elles ne voulaient plus en entendre parler.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marie-Lourde, Marie-Claire ont discr\u00e8tement d\u00e9pos\u00e9 leur texte. B\u00e9atrice a gliss\u00e9 les po\u00e8mes. Houria a racont\u00e9 sa m\u00e8re, Anth\u00e9a, dans le premier num\u00e9ro avait lanc\u00e9 un appel catastrophique. FEMMES, parlez-nous et si nous ne voulions pas parler ? La voix de Anth\u00e9a a port\u00e9 ; nos trop pleins de mots sont parvenus. Les copains du journal se sont \u00e9tonn\u00e9s : <em>\u00ab Pour les femmes, nous pouvons aller jusqu&rsquo;\u00e0 trois pages \u2026 Putain, c&rsquo;est fort les femmes \u00bb<\/em>. Moi, \u00e9mue, je ne sais pas \u2026 Le journal d&rsquo;immigr\u00e9s est \u00e0 son balbutiement, nous aussi. Allons-nous gagner un espace dans ce lieu, ou allons-nous servir d&rsquo;appoint quand les copains ont rat\u00e9 leur papier ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>T\u00e9moignage : Fatima raconte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fatima, 34 ans, 7 enfants. Mari\u00e9e \u00e0 un harki en Alg\u00e9rie, ses parents ne l&rsquo;ont pas accept\u00e9 ; elle est partie en France avec son mari en 1964. Vit \u00e0 Aix-en-Provence depuis. Aujourd&rsquo;hui elle a divorc\u00e9, est retourn\u00e9e en 1978 voir ses parents \u00e0 Ain-Be\u00efda pr\u00e8s de S\u00e9tif. Elle raconte :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Depuis 64, je n&rsquo;\u00e9tais pas repartie. Le premier jour, bien re\u00e7ue ; deuxi\u00e8me jour, ils m&rsquo;ont reproch\u00e9 d&rsquo;\u00eatre partie avec mon mari, alors je ne suis pas rest\u00e9e. Mais tout le monde m&rsquo;a mal re\u00e7ue, je ne sortais pas pour faire les courses, c&rsquo;est seulement quand je suis all\u00e9e voir ma s\u0153ur que j&rsquo;ai pu sortir et acheter un plateau le dernier jour avant de rentrer en France. Et \u00e0 la douane, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mal re\u00e7ue. \u00c7a m&rsquo;a d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Je n&rsquo;ai pas profit\u00e9, je suis rest\u00e9e enferm\u00e9e pendant 13 jours. Pour la douane on est des \u00e9trangers, ici on est des \u00e9trangers, l\u00e0 bas on est mal vus. Et je trouve que \u00e7a touche plus l\u00e0-bas, parce qu&rsquo;un Arabe contre un Arabe \u00e7a fait mal au c\u0153ur, tu te dis je pr\u00e9f\u00e8re entendre un \u00e9tranger me dire immigr\u00e9e, qu&rsquo;un de ma race.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Parce qu&rsquo;ils n&rsquo;entendent toujours que les Arabes, ils sont mal vus, alors mes enfants ne veulent pas apprendre. Par exemple ma fille Zahia, elle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e toute petite pendant cinq ans chez une gardienne \u00e0 Nice , parce qu&rsquo;elle est sourde, elle porte un appareil. Quand je l&rsquo;ai ramen\u00e9e, j&rsquo;ai essay\u00e9 de discuter avec elle, il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire. C&rsquo;est maintenant que \u00e7a lui rentre dans la t\u00eate qu&rsquo;elle est alg\u00e9rienne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me suis mari\u00e9e \u00e0 14 ans, quand je vois ma fille qui a 14 ans et qu&rsquo;elle joue encore \u00e0 la poup\u00e9e, \u00e7a me fait dr\u00f4le. Quand je me suis mari\u00e9e en 1962, il y avait encore la France l\u00e0-bas ; j&rsquo;ai eu des probl\u00e8mes quand je me suis s\u00e9par\u00e9e de mon mari, car quand je cherchais du travail et que je montrais la carte de r\u00e9sidence \u00ab sans profession \u00bb on me refusait, j&rsquo;ai travaill\u00e9 pendant un an sans \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 la directrice du foyer o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais, je fus plac\u00e9e comme femme de service dans un foyer de personnes \u00e2g\u00e9es et j&rsquo;ai eu des papiers. Ma fille a 14 ans, je la secoue pour qu&rsquo;elle m&rsquo;aide ; elle se l\u00e8ve le matin, fait sa chambre, s&rsquo;habille, s&rsquo;arrange et apr\u00e8s elle me demande \u00ab Maman, c&rsquo;est l&rsquo;heure ? \u00bb. Elle s&rsquo;en va. J&rsquo;ai essay\u00e9 de discuter avec elle, je lui ai dit un jour tu te marieras, ton mari, il cherche pas ta beaut\u00e9, il faut que tu travailles ; elle m&rsquo;a r\u00e9pondu, le jour o\u00f9 je me marierai, je saurai tout faire. Mais tant que moi j&rsquo;ai la sant\u00e9, je fais tout moi-m\u00eame, tant pis je ne compte pas sur eux. Normalement elle doit comprendre elle-m\u00eame que j&rsquo;ai beaucoup de travail.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>que les larmes<br>de nos m\u00e8res<br>deviennent une l\u00e9gende.<br>(Kahina).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Causerie : les lyc\u00e9ennes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Farida <\/strong>: Comment ressens-tu ta condition de femme en tant que lyc\u00e9enne immigr\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: En tant que lyc\u00e9enne, je sais que quand je rentre chez moi tous les soirs, il y a une coupure entre le lyc\u00e9e et ma maison, parce qu&rsquo;au lyc\u00e9e il n&rsquo;y a pas mes parents pour me dicter ma conduite etc. quoi. Puis au lyc\u00e9e, je fume, je discute vachement, je fais un peu ce que je veux, toute la journ\u00e9e. Le soir j&rsquo;arrive chez moi, il n&rsquo;y a plus une grande discussion, avec mes parents, peut-\u00eatre avec mes s\u0153urs, mais \u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saadia <\/strong>: \u00c7a ne te g\u00eane pas le fait qu&rsquo;il y a une coupure radicale entre le lyc\u00e9e et la maison ? Et au niveau de l&rsquo;organisation du travail scolaire, \u00e7a ne te g\u00eane pas. Parce que nous les filles immigr\u00e9es on a le probl\u00e8me de l&rsquo;aide m\u00e9nag\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: Moi personnellement \u00e7a ne me g\u00eane pas. J&rsquo;arrive, il faut que j&rsquo;aide ma m\u00e8re, apr\u00e8s faire les devoirs. Mes s\u0153urs sont plus \u00e2g\u00e9es que moi, ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e, je discute avec elle mais elle tique souvent. Quant \u00e0 mes fr\u00e8res ils ont encore la mentalit\u00e9 du pays : la fille doit \u00eatre au service de la maison. C&rsquo;est dur, car j&rsquo;aimerais quand j&rsquo;arrive \u00e0 la maison trouver quelqu&rsquo;un qui me comprenne. Ce qui me g\u00eane, c&rsquo;est le manque de compr\u00e9hension vis \u00e0 vis de notre vie, le vide quoi, le changement radical qu&rsquo;on a \u00e0 partir du moment o\u00f9 on met le pied dans le foyer familial, qui est normalement un foyer chaud, affectif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Farida <\/strong>: Les Fran\u00e7aises ont une civilisation, nous une autre. Comme on vit en France on essaye de vivre en fonction de ce qu&rsquo;on subit tous les jours. Etre au lyc\u00e9e par exemple \u00e7a demande un travail scolaire et le travail scolaire tu ne peux pas le faire quand tu fais le m\u00e9nage chez toi. Disons que la vie de lyc\u00e9enne et la vie familiale musulmane ne peuvent pas s&rsquo;accrocher. Ce n&rsquo;est pas le fait de faire la Fran\u00e7aise comme un mod\u00e8le type, c&rsquo;est essayer de vivre. Pas non plus r\u00e9clamer une libert\u00e9 au nom de dieu sait quoi, mais r\u00e9clamer sa propre libert\u00e9 individuelle de travail, d&rsquo;\u00e9panouissement, d&rsquo;expression, je crois que la civilisation fran\u00e7aise elle n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Il se trouve qu&rsquo;on est en France ; d&rsquo;accord, on est conditionn\u00e9es. Bien sur on est assises sur deux chaises, la culture scolaire qu&rsquo;on a re\u00e7ue est fran\u00e7aise et il y a la culture musulmane \u00e0 la maison. Ce sont deux choses diff\u00e9rentes, c&rsquo;est dur \u00e0 supporter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saliha <\/strong>: Nous en discutons entre nous en cercle tr\u00e8s ferm\u00e9, moi \u00e7a me fait beaucoup de bien d&rsquo;en discuter avec des filles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il faut c&rsquo;est essayer de sortir le maximum de filles de cette situation. Partir, \u00e7a ne me vient m\u00eame pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e parce que \u00e7a retombera sur ma famille, je crois qu&rsquo;il faut faire autre chose. Les copines fran\u00e7aises au lyc\u00e9e quand elles se parlent c&rsquo;est <em>\u00ab qu&rsquo;est-ce que tu as fait samedi et dimanche \u00bb <\/em>nous \u00e0 c\u00f4t\u00e9 on a rien \u00e0 raconter. On ne peut pas parler avec elles de nos probl\u00e8mes, elles ne comprennent pas, elles nous regardent un peu comme des&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tawes <\/strong>: Moi les probl\u00e8mes, \u00e7a se situe au niveau de mon p\u00e8re, parce que les m\u00e8res souvent elles cherchent plus \u00e0 nous comprendre, il y a une esp\u00e8ce de complicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re elle a plus confiance en moi, je peux lui raconter n&rsquo;importe quoi elle a toujours confiance, tandis qu&rsquo;avec mon p\u00e8re j&rsquo;essaierai jamais de discuter. M\u00eame quand on parle avec des mecs immigr\u00e9s, souvent les mecs ils ne nous comprennent pas non plus, ils sont \u00e9go\u00efstes. Ils jouissent des privil\u00e8ges, ils ne veulent pas casser \u00e7a. On se trouve au croisement de deux mentalit\u00e9s, on ne sait pas laquelle est la meilleure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Farida <\/strong>: La bonne c&rsquo;est la tienne, je sais tr\u00e8s bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure actuelle tu es coinc\u00e9e. Le drame c&rsquo;est d&rsquo;avoir sa vie en fonction du p\u00e8re et de la m\u00e8re. Mais quand tu seras en facult\u00e9 tu pourras choisir. Moi parfois je pense que le mariage pour moi sera une lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tawes <\/strong>: Mais pas du tout, tu te mets le doigt dans l&rsquo;\u0153il, parce que avec qui vas-tu te marier, pas avec un Su\u00e9dois ou un Canadien, tu vas te marier avec un gars qui a subi la mentalit\u00e9 de son p\u00e8re et tu seras emprisonn\u00e9e encore plus. Moi je crois que la meilleure solution, c&rsquo;est faire des actions pour sortir. Moi si je veux avoir une vie libre, je m&rsquo;en vais, je cherche du travail, je prends un appartement et \u00e0 partir de l\u00e0 j&rsquo;essaie de faire des actions. Bien s\u00fbr il faudra que j&rsquo;arr\u00eate les \u00e9tudes. C&rsquo;est tr\u00e8s dur de partir de chez toi et d&rsquo;\u00eatre au lyc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: Tu sais tu peux lutter contre une, deux personnes mais contre six, c&rsquo;est dur moi il y a mon p\u00e8re, ma m\u00e8re et mes quatre fr\u00e8res. O\u00f9 tu veux placer ton mot dans tout \u00e7a ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saadia <\/strong>: Moi, c&rsquo;est mon p\u00e8re, c&rsquo;est le dieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: Moi je sais que mes fr\u00e8res sont m\u00e9chants, j&rsquo;oserai pas faire quelque chose qui les rendra fous, puisqu&rsquo;au niveau de ma famille les actions c&rsquo;est impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut cr\u00e9er quelque chose de l&rsquo;ext\u00e9rieur. \u00c7a nous permet trait si un jour on se retrouve dans une merde vraiment pas possible, de se replier vers ce mouvement qu&rsquo;on aura cr\u00e9\u00e9 entre nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tawes <\/strong>: Quand tu es avec certaines \u00e9migr\u00e9es et qu&rsquo;il y a des Europ\u00e9ennes et que tu parles des probl\u00e8mes \u00e9migr\u00e9s, souvent les filles ont honte, elles ne savent pas quelle position adopter, moi je l&rsquo;ai ressenti souvent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saadia <\/strong>: Mais est-ce que tu aurais eu peur de parler avec une autre fille, m\u00eame une immigr\u00e9e, de ce que tu vis ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: Non non, s\u00fbrement pas. Ce que j&rsquo;ai dit tout \u00e0 l&rsquo;heure sur mon p\u00e8re, c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je le dis, ce n&rsquo;est pas de la honte, c&rsquo;est une certaine retenue, j&rsquo;ai peur que les gens ne me comprennent pas. C&rsquo;est pour \u00e7a que certaines filles quand tu parles des probl\u00e8mes des immigr\u00e9es dans leur famille, elles ne savent pas quelle attitude adopter. C&rsquo;est vrai que quand tu r\u00e9v\u00e8les ce que tu vis, c&rsquo;est vachement dur et les Fran\u00e7aise elles ne peuvent pas le comprendre. Elles vivent des trucs aussi mais pas de la m\u00eame fa\u00e7on que nous, pas du tout. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame mentalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saadia <\/strong>: Moi je ne me verrais pas personnellement au lyc\u00e9e en train de parler avec des filles fran\u00e7aises de ce que je vis pas parce que j&rsquo;ai honte, je sais comment le dire et \u00e0 qui le dire, en plus qu&rsquo;on le veuille ou non, il y a des filles qui sont plus ou moins racistes et qui pourront prendre \u00e7a comme argument. <em>\u00ab Ouais, les Arabes, ils sont comme \u00e7a, c&rsquo;est normal, qu&rsquo;on soit raciste, ils sont pourris \u00bb<\/em>. Elles n&rsquo;auront pas une attitude assez r\u00e9fl\u00e9chie, assez intelligente pour avoir une autre r\u00e9action que raciste. Il y a des filles qui craignent \u00e7a, moi je les comprends.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Farida <\/strong>: Moi je parle des filles qui ont honte de leur vie, qui montrent un masque, qui disent moi dans ma famille je fume, je sors, \u00e0 la limite c&rsquo;est une imitation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Zohra <\/strong>: \u00c7a vient de notre plus jeune \u00e2ge, quand \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole on t&rsquo;apprend nos anc\u00eatres les Gaulois ! Moi je me souviens, ma s\u0153ur \u00e9tait jeune et moi aussi, j&rsquo;avais 10 ans et elle 7. Elle a sorti \u00ab nos anc\u00eatres \u2026 \u00bb \u00e7a m&rsquo;est rest\u00e9 dans la gorge &#8211; on t&rsquo;apprend qu&rsquo;en 1515, la bataille de Marignan &#8211; que Charles Martel a battu les Arabes \u00e0 Poitiers, alors c&rsquo;est normal que tu aies honte de ta vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saadia <\/strong>: On a v\u00e9cu \u00e7a au cours pr\u00e9paratoire, on se mettait au fond de la classe, parce qu&rsquo;on est arabe, alors tu sens tout de suite que nos anc\u00eatres, ce n&rsquo;est pas les Gaulois, que tout ce qu&rsquo;on t&rsquo;apprend ce n&rsquo;est pas \u00e0 toi, on te rejette.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas un rejet des Fran\u00e7ais, tu te croirais comme tout le monde fran\u00e7ais, seulement parce que tu es fris\u00e9e et que tu as la peau noire on ne te prend pas pour une Fran\u00e7aise \u00e0 ce moment tu te poses la question : merde, qui je suis ? Tu peux te la poser pendant des ann\u00e9es, tu peux te trouver une solution aussi. C&rsquo;est s\u00fbr que c&rsquo;est une position vachement complexe.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Cri : le bonheur maman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le plus grave et le plus r\u00e9voltant dans la situation de femme immigr\u00e9e, c&rsquo;est cette impossibilit\u00e9 de communiquer avec sa m\u00e8re. Comment lui faire comprendre l&rsquo;importance du bonheur ? Etre heureuse sans mauvaise conscience, sans scrupule, comment lui faire admettre que cela doit \u00eatre le but de chaque femme, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de se nier comme elle l&rsquo;a fait, que nous femmes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ce que nous voulons c&rsquo;est nous affirmer en tant que personne libre, pas en tant que m\u00e8re ou en tant qu&rsquo;\u00e9pouse.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ces sacrifices que tu as faits, maman, me p\u00e8sent, m&rsquo;\u00e9touffent. Je ne me sens pas capable de faire ce que tu as fait. Je me sens coupable de rompre la cha\u00eene, de ne pas transmettre \u00e0 ma fille ce que tu m&rsquo;as toi-m\u00eame transmis. Comprends-moi, je ne peux pas faire abstraction de moi, de mes envies, de mes d\u00e9sirs pour ne penser qu&rsquo;\u00e0 ma fille et mon mari. J&rsquo;ai essay\u00e9 mais je n&rsquo;ai pas pu. Une r\u00e9volte est n\u00e9e en moi. Cette m\u00eame r\u00e9volte que tu as essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9touffer pendant des ann\u00e9es. Je sais, tu ne voulais pas que j&rsquo;ai la m\u00eame vie que toi, tu voulais quelques am\u00e9liorations pour moi. Il t&rsquo;\u00e9tait impossible d&rsquo;imaginer \u00e0 quel point ce peu de r\u00e9volte que tu as mis en moi s&rsquo;est multipli\u00e9. Tu n&rsquo;arrives pas \u00e0 l&rsquo;imaginer et moi je n&rsquo;arrive pas \u00e0 le contr\u00f4ler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Nadia<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Po\u00e9sie : les folles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On nous dit<br>que nos consciences<br>se sont tot \u00e9veill\u00e9es<br>On nous dit<br>que nous ne sommes pas<br>femmes de cette \u00e9poque ?<br>Ils veulent dire<br>par l\u00e0 que nous ne sommes<br>pas femelles<br>On nous dit<br>qu&rsquo;il faut vivre<br>avec son temps<br>et donner en \u00e9change<br>du petit recevoir<br>qu&rsquo;ils nous accordent<br>NOTRE DIGNITE DE<br>FEMME<br>NOTRE CORPS DE<br>FEMME !<br>Mais, moi, je dis<br>VIVONS l&rsquo;instant pr\u00e9sent<br>mes s\u0153urs<br>VIVONS notre utopie !<br>PARLONS haut et clair<br>mes s\u0153urs<br>LUTTONS haut et clair !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>B\u00e9atrice ELOM<\/strong><br>Camerounaise. En France depuis quatre ans.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>R\u00e9cit : Et si, par malheur, tu as une fille \u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, ma fille, tu es mal accueillie surtout si tu es la premi\u00e8re. Une femme digne de ce nom se doit de commencer sa nombreuse prog\u00e9niture par un gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, \u00e0 ton arriv\u00e9e, tu d\u00e9ranges l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Tu arrives vraiment comme un cheveu sur la soupe. Le mouton et la f\u00eate que l&rsquo;on pr\u00e9voyait pour le fils n&rsquo;aura pas lieu. On ne va tout de m\u00eame pas f\u00eater l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une fille et puis certaines \u00e2mes charitables consoleront ta m\u00e8re en lui disant qu&rsquo;apr\u00e8s tout, avoir une fille en premier, ce n&rsquo;est pas plus mal. Elle aidera pour le m\u00e9nage et pour \u00e9lever les enfants \u00e0 venir. Et puis, petite fille, on commencera \u00e0 te pr\u00e9parer pour \u00e7a. Il y a quelques ann\u00e9es, on te faisait une \u00ab harroussa \u00bb avec deux b\u00e2tons nou\u00e9s en forme de croix : c&rsquo;\u00e9tait ta fille, il te fallait l&rsquo;habiller, t&rsquo;en occuper. On te donnait une petite marmite et un petit \u00ab kanoun \u00bb et tu pouvais faire ta \u00ab rhalouta \u00bb et pendant que toi tu te pr\u00e9parais \u00e0 devenir une parfaite m\u00e9nag\u00e8re, ton fr\u00e8re joue dehors, il est choy\u00e9, surveill\u00e9, il accompagne son p\u00e8re en ville, pour se promener. Tr\u00e8s vite, \u00e0 chacun son r\u00f4le. Apr\u00e8s, c&rsquo;est la circoncision pour le gar\u00e7on, c&rsquo;est sa deuxi\u00e8me f\u00eate, alors que toi tu n&rsquo;as rien eu. On est fier du sexe de ce petit gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, petite fille, pendant que l&rsquo;on t&rsquo;apprendra \u00e0 broder, \u00e0 tricoter, \u00e0 t&rsquo;occuper de tes fr\u00e8res et s\u0153urs, le petit gar\u00e7on ne pense qu&rsquo;\u00e0 jouer. D\u00e9j\u00e0 il est servi comme un roi. Il mange avec son p\u00e8re dans la salle \u00e0 manger, et toi tu manges dans la cuisine avec tes s\u0153urs et ta m\u00e8re. Ce n&rsquo;est pas rare du tout que les hommes et les femmes mangent diff\u00e9remment : les hommes ont une cuisine plus riche. Ils travaillent, eux. Apr\u00e8s viendra le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9cole : tous les deux, vous irez \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et on prendra plus au s\u00e9rieux son instruction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LA MEMBRANE DECHIREE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand on \u00e9tait petite, pour apprendre l&rsquo;arabe, on allait \u00e0 la M\u00e9dersa tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9 mais dans cette M\u00e9dersa, les gar\u00e7ons repr\u00e9sentaient peut-\u00eatre 90 % de l&rsquo;effectif total. Nous \u00e9tions presque l&rsquo;exception. La fille n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;apprendre sa langue nationale : ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s important pour elle. L&rsquo;essentiel, pour elle, c&rsquo;est qu&rsquo;elle sache s&rsquo;occuper de son seigneur et ma\u00eetre et de ses enfants. Ainsi, toute ta vie, on t&rsquo;apprendra qu&rsquo;il faut te sacrifier \u00e0 l&rsquo;homme, qu&rsquo;il te faut le servir, tout accepter de lui et surtout on t&rsquo;apprendra \u00e0 faire attention au \u00ab tr\u00e9sor \u00bb que tu as entre tes cuisses. Ne fais pas de sport, ne saute pas, ne cours pas, tu risques de d\u00e9chirer cette membrane, cette seule membrane pour laquelle un homme d\u00e9cidera de te prendre ou de te renvoyer.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 toi, petite fille, que peu de fois dans ta vie. Ton mariage, si on ne te couvre plus le visage comme par le pass\u00e9, emp\u00eachant ainsi ta propre f\u00eate, n&rsquo;oublie pas quand m\u00eame qu&rsquo;il ne te faut \u00e0 aucun moment lever les yeux, ni regarder qui que ce soit ; tu ne mangeras pas bien s\u00fbr et surtout tu essayeras de pleurer, tu n&rsquo;en seras que plus belle et plus touchante ; je crois que c&rsquo;est une recommandation inutile, comment ne pas pleurer quand on sait qu&rsquo;on va \u00e0 l&rsquo;abattoir. Le lendemain de tes noces, quand ils verront le sang sur ta chemise, ils ne s&rsquo;occuperont que de \u00e7a. Le viol que tu as subi ne les int\u00e9resse pas. Surtout ne t&rsquo;avises pas \u00e0 te plaindre de la violence de l&rsquo;homme. Il t&rsquo;a choisie et pour cela il faut que tu supportes tout. Prends exemple sur ta m\u00e8re, sur ta grand-m\u00e8re et sur toutes les femmes arabes.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me fois o\u00f9 l&rsquo;on se rend compte que tu existes, c&rsquo;est quand tu mets un gar\u00e7on au monde. On te prend un peu en consid\u00e9ration, tu as \u00e9t\u00e9 capable de faire un gar\u00e7on. Ne te fais pas trop d&rsquo;illusion, c&rsquo;est quand m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;homme que tu l&rsquo;as eu. Tu es la terre, c&rsquo;est l&rsquo;homme qui a sem\u00e9 et qui r\u00e9colte. Et si par malheur tu as une fille, ce n&rsquo;est pas la faute de la semence, pas la faute de l&rsquo;homme tout de m\u00eame ; c&rsquo;est de ta faute toi, la femme, tu es une mauvaise terre ; qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, ce n&rsquo;est pas les femmes qui manquent, ton mari en prendra une autre. Surtout ne t&rsquo;aventures pas \u00e0 leur expliquer que ce sont les spermatozo\u00efdes de l&rsquo;homme qui d\u00e9cident du sexe de l&rsquo;enfant ; ils diront que tu diffames, tu est contre Dieu et contre l&rsquo;Islam. En aucun cas, l&rsquo;homme n&rsquo;est responsable de cela. Subis donc ton sort en silence et avec dignit\u00e9, n&rsquo;ajoutes pas au chagrin de tes parents ; non seulement ils ont eu une fille mais en plus une fille incapable d&rsquo;engendrer des m\u00e2les.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>J&rsquo;AI ETE PROGRAMMEE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tu crois, ma fille, que tout ceci est d\u00e9pass\u00e9, qu&rsquo;on a \u00e9volu\u00e9. Surtout, ne te fais pas trop d&rsquo;illusions. J&rsquo;ai vu tout cela ; j&rsquo;ai v\u00e9cu le d\u00e9but, j&rsquo;ai \u00e9chapp\u00e9 belle \u00e0 la fin, mais \u00e7a existe encore. Alors, ma fille, fais attention, j&rsquo;ai peur pour toi, tu es si belle, si fragile. Je ne veux pas qu&rsquo;ils te pi\u00e8gent dans leur soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes. Moi, je te veux libre et lib\u00e9r\u00e9e, je te veux ind\u00e9pendante et heureuse. Je voudrais que tu puisses choisir ta voie sans que p\u00e8se sur toi tout ce pass\u00e9 de femme exploit\u00e9e, ali\u00e9n\u00e9e, ni\u00e9e car moi il me p\u00e8se. Je n&rsquo;ai pas pu m&rsquo;en d\u00e9barrasser compl\u00e8tement. Je me crois libre et parfois je me surprends \u00e0 faire des choses pour lesquelles j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma fille, est-ce pour toi que j&rsquo;ai \u00e0 nouveau envie de hurler tout ce qui m&rsquo;a fait mal pendant des ann\u00e9es, tout ce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont fait ou emp\u00each\u00e9 de faire. Je croyais en avoir fini avec tout \u00e7a parce qu&rsquo;un jour j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un homme diff\u00e9rent d&rsquo;eux ; il m&rsquo;a r\u00e9concili\u00e9e avec eux mais aujourd&rsquo;hui je refuse cette r\u00e9conciliation.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Journal : un jour comme les autres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00eavais \u2026 Ces rires, ces visages, cette lumi\u00e8re, ce tout qui me semble fou et un peu \u00e9tranger \u2026 Pourtant, je ris aussi, je reconnais des visages et je chante et je danse \u2026 puis voil\u00e0 qu&rsquo;on frappe brutalement \u00e0 la porte \u2026 il fait noir, je suis allong\u00e9e, j&rsquo;arrive \u00e0 peine \u00e0 ouvrir les paupi\u00e8res \u2026 mais je suis dans mon lit ! Je r\u00eavais. Et ces coups \u00e0 la porte, c&rsquo;est lui, c&rsquo;est mon p\u00e8re. Il rentre apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la nuit dehors. Je me redresse. Ma s\u0153ur qui dort dans le lit \u00e0 c\u00f4t\u00e9, me dit : <em>\u00ab Tu est r\u00e9veill\u00e9e ? \u00bb. \u00ab Oui, quelle heure c&rsquo;est ? \u00bb \u00ab Six heures et demie \u00bb. \u00ab Merde, c&rsquo;est l&rsquo;heure de me lever pour aller au lyc\u00e9e. T&rsquo;as entendu il vient juste de rentrer \u00bb. \u00ab Bof, comme d&rsquo;habitude ! \u00bb. <\/em>Oui, comme d&rsquo;habitude, je dois pr\u00e9parer le caf\u00e9, en boire une tasse, m&rsquo;habiller en vitesse, passer un peu de noir \u00e0 mes yeux, rassembler mes bouquins et prendre la route du car qui me m\u00e8nera au lyc\u00e9e. Le m\u00eame chemin tous les matins, le grand d\u00e9barquement devant le bahut, un petit tour au Marigny, puis c&rsquo;est la reprise des cours. Je les supporte comme tout ce que je vis, avec des battements de c\u0153ur \u00e0 chaque sonnerie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>MA S\u0152UR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand c&rsquo;est fini, je me dirige vers le car ou bien je fais halte au bistrot. Alors je suis fatigu\u00e9e, j&rsquo;ai envie de me coucher, d&rsquo;oublier, de r\u00eaver comme ce matin au moment o\u00f9 le monstre est rentr\u00e9 compl\u00e8tement ivre apr\u00e8s la nuit pass\u00e9e dans un de ces cabarets orientaux o\u00f9 il a bu, rit, et dans\u00e9, o\u00f9 il a claqu\u00e9 son fric et celui de ma s\u0153ur qui le gagne durement et n&rsquo;en voit pas la couleur. Parce qu&rsquo;elle est une femme \u2026 c&rsquo;est trop con \u2026 apr\u00e8s le Marigny et mes derni\u00e8res cigarettes, c&rsquo;est la maison, le chaud foyer familial. Je suis tout de m\u00eame soulag\u00e9e de retrouver mes fr\u00e8res, mes s\u0153urs, mes neveux \u2026 et maman \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>ET MAMAN AUSSI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette pauvre maman qui vit un calvaire et le supporte tous les jours et remercie \u2026 Comment s&rsquo;appelle-t-il d\u00e9j\u00e0 ? Ah oui, le bon Dieu. Elle supporte tout en silence, ma maman, ma maman \u2026 quelquefois elle pleure mais jamais devant son mari qui ne voit en elle que la servante, l&rsquo;esclave, l&rsquo;\u00e9pouse destin\u00e9e \u00e0 lui ob\u00e9ir, \u00e0 faire le m\u00e9nage et la bouffe, les enfants, et \u00e0 assouvir ses besoins sexuels. Elle sert aussi \u00e0 se faire taper dessus quand le noble m\u00e2le a besoin de laisser s&rsquo;\u00e9pancher toute sa virilit\u00e9. Maman je t&rsquo;aime \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>C&rsquo;EST LA VIE \u2026 ET POURTANT \u2026 !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai plus envie de raconter ma vie, ma mort, la lente coul\u00e9e de maman vers le n\u00e9ant o\u00f9 elle m&rsquo;entra\u00eene avec elle parce qu&rsquo;elle s&rsquo;efface trop. Je ne raconterai pas tout ce que je subis \u00e0 la maison, au lyc\u00e9e, mes deux seuls horizons en tant que fille, en tant qu&rsquo;immigr\u00e9e. Ce serait trop long, trop dur, trop douloureux. Et puis peu de gens en comprendrait le sens, sauf peut-\u00eatre toutes les filles qui se reconna\u00eetront un peu dans ces quelques lignes, du moins, celles qui se rendent compte \u00e0 quel point elles sont enferm\u00e9es dans le monde qu&rsquo;on leur fabrique, qu&rsquo;on leur impose. Je voudrais simplement \u00e9crire puisque je ne peux rien faire d&rsquo;autre. Ecrire que j&rsquo;ai envie de vivre et non pas de rester clo\u00eetr\u00e9e dans mon mutisme face \u00e0 ces gens qui m&rsquo;entourent, qui compatissent \u00e0 mon deuil de la vie qui ne les touche pas. Ils me bloquent tous : les rares fois o\u00f9 j&rsquo;ai essay\u00e9 de me raconter, de les rencontrer, je n&rsquo;ai heurt\u00e9 que des mots et des visages. <em>\u00ab C&rsquo;est la vie !\u2026 \u00bb <\/em>m&rsquo;ont-ils dit. Si c&rsquo;est la vie, je pr\u00e9f\u00e8re le n\u00e9ant. J&rsquo;en suis si pr\u00e8s \u2026 mais je ne crois pas \u00e0 la fatalit\u00e9 \u2026 Et pourtant, le nombre de filles, de femmes qui sont dans la merde \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>HOURIA<\/strong><br>Salon-de-Provence.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Lettre \u00e0 mon fr\u00e8re arabe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ton \u00e9ducation t&rsquo;a donn\u00e9 ce qui est fort et brillant. Tout ce qui est amour et voyant jusqu&rsquo;\u00e0 ton sexe que tu peux promener \u00e0 l&rsquo;air pur de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>A moi, on m&rsquo;a dit cache ta honte. Il faut que l&rsquo;on voit rien appara\u00eetre. Ecrases-toi et surtout ne manifeste aucun sentiment. Mais fr\u00e8re arabe, suis-moi. Au fond de mon ab\u00eeme, j&rsquo;ai appris \u00e0 discerner la v\u00e9rit\u00e9, les belles choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, tu as peur que je ne te d\u00e9passe par mes intuitions, par mes jugements, par mon \u00e9volution plus rapide que la tienne. Ne crains rien m\u00eame si je te d\u00e9passe, je n&rsquo;en laisserai rien appara\u00eetre, pour ton amour propre, ta fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e8re arabe, suis-moi tu es \u00e0 la tra\u00eene. Je veux simplement que tu laisses tomber ton masque que tu apprennes \u00e0 vivre \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, \u00e0 exprimer tes sentiments avec humilit\u00e9, \u00e0 t&rsquo;enrichir avec moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e8re arabe, permets-moi de t&rsquo;exprimer mes sentiments, de te dire je t&rsquo;aime. Ta sup\u00e9riorit\u00e9, je n&rsquo;en veux point, je veux une lutte commune, pour une vie meilleure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Dalila<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Une lutte des femmes mauriciennes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er une commission femmes, au sein du Mouvement des travailleurs mauricien, (MTM), s&rsquo;imposait \u00e0 cause de la sp\u00e9cificit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;immigration mauricienne. En effet, les femmes repr\u00e9sentent 50 % de la communaut\u00e9 \u00e9migr\u00e9e en France et 90 % de celle install\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es en Italie. Toutes ces femmes occupent des emplois, presque exclusivement des emplois de maison et connaissent dans les maisons bourgeoises une surexploitation de leurs forces et de leur vie, digne du colonialisme et de ses m\u0153urs qu&rsquo;elles pensaient r\u00e9volues.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait vital de nous organiser par nous-m\u00eames en dehors des grandes assembl\u00e9es de Mauriciens o\u00f9 la pr\u00e9sence des hommes intimidait et bloquait un grand nombre d&#8217;employ\u00e9es de maison. Pour que les femmes s&rsquo;expriment librement, les plus militantes se sont d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 les r\u00e9unir en commissions femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les journ\u00e9es de travail des employ\u00e9es de maison mauriciennes sont particuli\u00e8rement longues. Elles s&rsquo;\u00e9tirent tard le soir, au gr\u00e9 de la fantaisie des employeurs et de leurs convives. Les unes assurent 12 heures de pr\u00e9sence cons\u00e9cutives sans vrai repos ; d&rsquo;autres d\u00e9passent les 14 heures sans broncher. Heureuses sont celles qui n&rsquo;ont pas \u00e0 garder d&rsquo;enfants la nuit, en l&rsquo;absence des ma\u00eetres de maison. Log\u00e9es, la plupart du temps chez l&#8217;employeur ou occupant la chambre de bonne de l&rsquo;immeuble, les employ\u00e9s de maison sont forc\u00e9es d&rsquo;accepter une existence de s\u00e9questration. Certains employeurs s&rsquo;octroient le droit de regard sur la vie priv\u00e9e de leur bonne en interdisant toute visite dans la chambre. Leur droit de vivre en dehors du travail, ou leur vie intime d\u00e9pend donc de l&rsquo;humeur ou de la complicit\u00e9 du concierge.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des premiers succ\u00e8s de la commission femmes a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;aider les femmes \u00e0 se lib\u00e9rer le dimanche en refusant d&rsquo;accompagner les patrons \u00e0 la campagne pour le week-end. Il fallait donc rassurer les employ\u00e9es de maison, en leur expliquant, qu&rsquo;elles ne risquaient pas de perdre leur emploi dans la mesure o\u00f9 elles \u00e9taient dans leur droit, prot\u00e9g\u00e9es par la l\u00e9gislation du travail. On a donc \u00e9tudi\u00e9 ensemble la convention collective des employ\u00e9es de maison de la r\u00e9gion parisienne. Les moins timides intervenaient aupr\u00e8s des employeurs pour exiger le respect de leurs droits et ne faisaient appel \u00e0 la commission femmes que si les employeurs \u00e9taient r\u00e9ticents. Les autres demandaient aux militantes de les accompagner pour discuter avec les employeurs. Notamment dans le cas de leur r\u00e9gularisations pour obliger les patrons \u00e0 remplir les contrats de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi non sans peine, chaque jour des employ\u00e9es de maison obtiennent des cong\u00e9s hebdomadaires et annuels, des salaires d\u00e9cents et surtout la r\u00e9mun\u00e9ration ou la r\u00e9cup\u00e9ration des heures suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Commission femme mauricienne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans Sans Fronti\u00e8re, n\u00b0 1, 27 mars 1979 ; suivi d&rsquo;un dossier paru dans Sans Fronti\u00e8re, n\u00b0 2, 1er mai 1979 ELLES SUPPORTENTL&rsquo;INSUPPORTABLEVIVENT L&rsquo;INVIVABLE \u2026ET ON LEUR DEMANDE DE PENSER \u2026C&rsquo;EST IMPENSABLE \u2026 (1) Depuis quelques ann\u00e9es, un mouvement s&rsquo;est mis en route, prenant pour cible la FEMME IMMIGREE. 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