{"id":28409,"date":"2026-03-25T14:15:55","date_gmt":"2026-03-25T13:15:55","guid":{"rendered":"https:\/\/sinedjib.com\/?p=28409"},"modified":"2026-03-25T14:18:22","modified_gmt":"2026-03-25T13:18:22","slug":"rachid-benattig-les-garcons-et-les-filles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/03\/25\/rachid-benattig-les-garcons-et-les-filles\/","title":{"rendered":"Rachid Benattig : Les gar\u00e7ons et les filles"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Article de Rachid Benattig paru dans <em>R\u00e9volution africaine<\/em>, n\u00b0 72, 13 juin 1964<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"847\" data-attachment-id=\"28410\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/03\/25\/rachid-benattig-les-garcons-et-les-filles\/les-garcons-et-les-filles\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?fit=598%2C873&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"598,873\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"les gar\u00e7ons et les filles\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?fit=205%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?fit=580%2C847&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?resize=580%2C847&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-28410\" style=\"width:390px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?w=598&amp;ssl=1 598w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/les-garcons-et-les-filles.jpg?resize=205%2C300&amp;ssl=1 205w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">VINGT et une heures \u00e0 Alger. Les rues se vident. A la terrasse de quelques caf\u00e9s encore ouverts ne restent que quelques \u00ab attard\u00e9s \u00bb. Attard\u00e9s, il convient de le dire car pass\u00e9e cette heure, rares deviennent les passants.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Une heure ou deux auparavant, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;animation, les art\u00e8res de la ville \u00e9taient occup\u00e9es par une foule dense, active. Puis brutalement, sans la moindre transition, elles se sont vid\u00e9es, et seuls, circulent encore quelques groupes isol\u00e9s ou des ombres furtives.<\/p>\n\n\n\n<p>Une courte animation rena\u00eet peu apr\u00e8s 23 heures. C&rsquo;est la sortie des cin\u00e9mas. Pendant un moment, on entend des apostrophes bruyantes, ponctu\u00e9es d&rsquo;\u00e9clats de rires, des p\u00e9tarades de voitures qui filent \u00e0 toute allure ; puis c&rsquo;est de nouveau le silence. C&rsquo;est fini.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>DEUX UNIVERS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la Grande Poste, des bus ram\u00e8nent ceux qui habitent la banlieue. La plupart sont des jeunes. Quelques-uns sont seuls, d&rsquo;autres rentrent par petits groupes. Ils discutent avec animation du spectacle auquel ils viennent d&rsquo;assister ou impressionn\u00e9s peut-\u00eatre, se taisent. Tr\u00e8s rares sont ceux qui sont en compagnie d&rsquo;une jeune fille. A Alger (comme un peu partout dans le pays) c&rsquo;est en effet un privil\u00e8ge incontestable, que d&rsquo;\u00eatre \u00ab en compagnie \u00bb. Au point que lorsque par hasard un couple survient, tous les regards, convergent vers lui, ou plus exactement vers la jeune fille qui est d\u00e9taill\u00e9e, \u00ab d\u00e9shabill\u00e9e \u00bb minutieusement, de la t\u00eate aux pieds. Ce pourrait \u00eatre un hommage, mais ce n&rsquo;est pas le cas. Car le plus souvent des murmures accompagnent le regard. Clins d&rsquo;yeux, airs entendus, sourires complices, tout y passe. Il arrive m\u00eame que l&rsquo;on entende parfois, au m\u00e9pris de toute correction, des appr\u00e9ciations \u00e0 haute voix sur la jeune fille. Ce sont toujours des mots \u00ab imag\u00e9s \u00bb qui se veulent expressifs, percutants mais restent toujours vulgaires et qui traduisent en tous cas surtout une pr\u00e9occupation permanente ; la \u00ab fille, cette \u00ab autre \u00bb qu&rsquo;on ne conna\u00eet pas, qu&rsquo;une barri\u00e8re sociale maintient de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e0 Alger, deux univers herm\u00e9tiquement clos et qui se c\u00f4toient cependant : celui des filles et des gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne rencontre jamais de fille seule <strong>\u00ab c&rsquo;est risqu\u00e9 vous dira-t-on avec tous ces voyous qui les emb\u00eatent \u00bb<\/strong>. Se promener seule \u00e0 Alger, pour une jeune fille comporte en effet des risques. Il est hors de question qu&rsquo;elles puissent sortir seules la nuit, sans courir de \u00ab risques graves \u00bb cette fois. Mais dans la journ\u00e9e non plus il semble exclu qu&rsquo;elles puissent se promener et regagner leur domicile, sans \u00eatre imm\u00e9diatement en butte \u00e0 toutes sortes de tracasseries. Une jeune fille dans la rue \u00e0 Alger, [est] un \u00ab gibier \u00bb pour toute une faune \u00ab de dragueurs \u00bb qui ne sont pas seulement des jeunes, mais des adultes aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>UNE CURIEUSE ESPECE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les dragueurs sont une curieuse esp\u00e8ce. Ils vivent \u00e0 la terrasse des caf\u00e9s, stationnent un peu trop longtemps \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat des bus, l&rsquo;\u0153il toujours aux aguets. D\u00e8s qu&rsquo;une jeune fille appara\u00eet, ils \u00ab attaquent \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Selon qu&rsquo;ils sont \u00ab circonstanciels \u00bb ou \u00ab permanents \u00bb, leurs proc\u00e9d\u00e9s diff\u00e9rent. Les premiers c\u00e8dent surtout \u00e0 la tentation de suivre le \u00ab gibier \u00bb au hasard de la rencontre. Ceux-l\u00e0 se contentent de siffler, ou de d\u00e9biter des niaiseries. S&rsquo;il arrive que le geste accompagne la parole, c&rsquo;est cependant rare.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autres, les \u00ab permanents \u00bb disposent et utilisent un large \u00e9ventail de moyens : coups d&rsquo;\u0153il, mimiques diverses qui se veulent expressives. Ils occupent le centre de la ville. \u00ab Ils chassent \u00bb pour reprendre une expression qu&rsquo;ils affectionnent. Quand ils disposent d&rsquo;une voiture ils s&rsquo;arr\u00eatent net devant des passantes et, dans un grand crissement de freins, ouvrent simplement les porti\u00e8res, sans mot dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Des disputes \u00e9clatent parfois \u00e0 la sortie des cin\u00e9mas, sur la plage, ou bien plus simplement en ville : c&rsquo;est un \u00ab dragueur \u00bb qui s&rsquo;est tout permis et qui s&rsquo;est fait rappeler \u00e0 l&rsquo;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le \u00ab dragueur \u00bb reste g\u00e9n\u00e9ralement prudent : il ne se livre que tr\u00e8s rarement, quand il est s\u00fbr de l&rsquo;impunit\u00e9, \u00e0 des agressions caract\u00e9ris\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les rues de la ville, des filles et des gar\u00e7ons circulent par petits groupes, s\u00e9par\u00e9s. Les gar\u00e7ons se tra\u00eenent ; ils ne s&rsquo;animent que lors du passage d&rsquo;une jeune fille. Quel que soit alors le sujet de leur conversation, ils sont aussit\u00f4t repris par \u00ab cette \u00bb pr\u00e9occupation majeure. Ils n&rsquo;ont pas forc\u00e9ment d&rsquo;intentions douteuses ; ils c\u00e8dent \u00e0 la curiosit\u00e9, et \u00e0 des \u00e9lans d&rsquo;adolescents refoul\u00e9s par un cadre social trop rigide. Pour la plupart, c&rsquo;est un d\u00e9sir de se lier, faire connaissance, discuter, et de se lib\u00e9rer de la solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres trouvent ailleurs, une solution. Il existe au haut du boulevard Mohamed V, une boutique de boissons o\u00f9 des jeunes se rendent, le soir nombreux. Leurs emplettes faites on les voit parfois en groupes, non loin de l\u00e0 occup\u00e9s \u00e0 vider leurs bouteilles. Leur jeunesse, ils la gaspillent comme ils peuvent. Ils sont agressifs et rageurs autant de signes qui ne trompent pas.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"478\" height=\"873\" data-attachment-id=\"28411\" data-permalink=\"https:\/\/sinedjib.com\/index.php\/2026\/03\/25\/rachid-benattig-les-garcons-et-les-filles\/ils-jouent\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?fit=478%2C873&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"478,873\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"ils jouent\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?fit=164%2C300&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?fit=478%2C873&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?resize=478%2C873&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-28411\" style=\"width:330px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?w=478&amp;ssl=1 478w, https:\/\/i0.wp.com\/sinedjib.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ils-jouent.jpg?resize=164%2C300&amp;ssl=1 164w\" sizes=\"auto, (max-width: 478px) 100vw, 478px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ils jouent les sombres, les nonchalants, les d\u00e9sabus\u00e9s&#8230;<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>LES NOUVEAUX \u00ab PIEDS NOIRS \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres encore qui le peuvent, se retrouvent le soir dans un appartement, ou un studio. C&rsquo;est alors un concert de musique, d&rsquo;\u00e9clats de rires, de tapage nocturne, qui indisposent les voisins.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons maintenant des \u00ab privil\u00e9gi\u00e9s \u00bb. C&rsquo;est une caste qui s&rsquo;est d\u00e9couverte toutes les \u00ab qualit\u00e9s \u00bb des \u00ab pieds noirs \u00bb. Longtemps r\u00e9duits \u00e0 les contempler avec envie, ils en ont conclu que vivre c&rsquo;est faire comme eux. Le \u00ab pied-noir \u00bb avait voiture, toujours en compagnie de filles, marque suppl\u00e9mentaire d&rsquo;auto-satisfaction. Comme eux, ils jouent les \u00ab sombres \u00bb, les \u00ab nonchalants \u00bb les \u00ab d\u00e9sabus\u00e9s \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils vont plus loin encore. Dans un certain milieu, il est de bon ton, pour para\u00eetre \u00e9volu\u00e9, de se plaindre de tout, de \u00ab parler \u00bb en bon \u00ab pied noir \u00bb des Arabes  sans souffrir un seul instant de cet anachronisme, de cette folle aberration, de ce reniement !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce mim\u00e9tisme, cet auto-racisme sont des signes particuliers \u00e0 la cat\u00e9gorie des privil\u00e9gi\u00e9s. Ils ont des voitures qui brillent par le luxe, des appartements, s&rsquo;habillent avec une \u00e9l\u00e9gance recherch\u00e9e, et se distinguent aussi par leur coiffure tr\u00e8s soigneusement entretenue. Cette faune stupide et vaniteuse qui infeste la ville a des lieux de pr\u00e9dilection : les terrasses de certains \u00e9tablissements. Nouvelle \u00ab aristocratie \u00bb, elle y parle \u00e9mancipation, bien qu&rsquo;elle soit elle-m\u00eame fabriqu\u00e9e de toutes pi\u00e8ces et ne vivant qu&rsquo;en fonction de ces artifices co\u00fbteux et soigneusement entretenus. Ils ont de l&rsquo;argent qui leur permet d&rsquo;organiser des surprises-parties, inviter des filles dans les studios. Dans la rue, leur d\u00e9marche est appliqu\u00e9e. Ils sont convaincus d&rsquo;\u00eatre le \u00ab progr\u00e8s \u00bb, la \u00ab civilisation \u00bb, alors qu&rsquo;ils ne sont que l&rsquo;expression m\u00eame de ce qui est le plus r\u00e9trograde dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>BILL ET MIMI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce go\u00fbt effr\u00e9n\u00e9 de luxe se retrouve aussi chez des filles. Celles-l\u00e0 aussi se distinguent par le soin excessif apport\u00e9 \u00e0 leur toilette. Maquillage, robes l\u00e9g\u00e8res ou collantes de mousseline, go\u00fbt pour les belles voitures, elles affichent un m\u00e9pris total pour toute vie laborieuse. C&rsquo;est la client\u00e8le habituelle des cabarets, et de certains cercles pr\u00e9tendument priv\u00e9s. Elles boivent, s&rsquo;amusent et rentrent au petit matin, en compagnie de \u00ab Bill \u00bb ou de \u00ab Mimi \u00bb et autres \u00e9l\u00e9ments de leur esp\u00e8ce. Souvent, elles sont \u00e0 l&rsquo;origine de violentes bagarres, et y trouvent une certaine justification.<\/p>\n\n\n\n<p>Cas-limites, ces deux cat\u00e9gories se rejoignent au niveau du cadre social marginal dans lequel elles \u00e9voluent. Les probl\u00e8mes qui se posent devant la s\u00e9gr\u00e9gation entre filles et gar\u00e7ons, se refl\u00e8tent aussi en eux d&rsquo;une autre fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les familles, c&rsquo;est toute une ancienne structure qui \u00e9clate. Les jeunes filles soumises \u00e0 l&rsquo;univers clos de leur maison, entendent aujourd&rsquo;hui se lib\u00e9rer. Cela se traduit parfois par des fugues. Il faut reconna\u00eetre que certains milieux consid\u00e8rent la jeune fille comme un poids, une pr\u00e9occupation constante. La marier est pour eux la seule solution. Cette conception f\u00e9odale de la femme conditionne aussi les gar\u00e7ons qui ne voient en elle qu&rsquo;un \u00eatre r\u00e9duit aux petites t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res et \u00e0 celui d&rsquo;\u00e9pouse soumise, clo\u00eetr\u00e9e, sans vie propre, sans \u00e2me et incapable d&rsquo;initiatives. Ne proc\u00e8de-t-elle pas de m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, cette bo\u00eete de nuit qui, sur les hauteurs d&rsquo;Alger, offre aux touristes et aux Alg\u00e9riens, \u00e0 grand renfort de publicit\u00e9, son spectacle de \u00ab danseuses \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;univers des filles est ainsi fait de savantes combinaisons, de petites intrigues, de mille pr\u00e9cautions, de complicit\u00e9s de correspondance secr\u00e8te, pour atteindre le gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab COMMENT VIVRE ? \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les filles comme pour les gar\u00e7ons, le probl\u00e8me de l&rsquo; \u00ab autre \u00bb est ressenti de telle fa\u00e7on qu&rsquo;il aberre d&rsquo;autres activit\u00e9s. La collaboration de la majorit\u00e9 des jeunes \u00e0 des t\u00e2ches concr\u00e8tes du volontariat passe par cette aspiration : mettre fin \u00e0 cette fausse s\u00e9gr\u00e9gation. L&rsquo;ignorer, c&rsquo;est perdre chaque jour un potentiel social et politique extraordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail lib\u00e8re la femme mais ce n&rsquo;est pas tout. Cr\u00e9er des structures \u00e9conomiques pour placer la jeune fille dans une condition laborieuse et responsable, ne peut suffire si son milieu n&rsquo;admet pas sa nouvelle fa\u00e7on de vivre, hors de traditions trop rigides comme de la tentation petite bourgeoise et le cheminement qui lui est propre, c&rsquo;est-\u00e0-dire le souci de mener une vie confortable, baigner dans la qui\u00e9tude avec pour toute justification l&rsquo;apolitisme, refuge de toute commodit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux jeunes, gar\u00e7ons et filles sont aujourd&rsquo;hui dans le d\u00e9sarroi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Comment, de quelle mani\u00e8re vivre ? \u00bb<\/strong> se demandent-ils.<\/p>\n\n\n\n<p>A Cuba, filles et gar\u00e7ons construisent en chantant en commun leur avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jeunes Alg\u00e9riens, filles et gar\u00e7ons, peuvent, savent et veulent chanter aussi, comme on chante \u00e0 leur \u00e2ge. Il suffit que ce droit leur en soit reconnu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Rachid BENATTIG<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Rachid Benattig paru dans R\u00e9volution africaine, n\u00b0 72, 13 juin 1964 VINGT et une heures \u00e0 Alger. Les rues se vident. A la terrasse de quelques caf\u00e9s encore ouverts ne restent que quelques \u00ab attard\u00e9s \u00bb. 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